{"id":353,"date":"1953-06-01T00:03:27","date_gmt":"1953-06-01T00:03:27","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/04\/23\/femmes-fantasques\/"},"modified":"2025-08-01T18:52:52","modified_gmt":"2025-08-01T18:52:52","slug":"femmes-fantasques","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1953\/06\/01\/femmes-fantasques\/","title":{"rendered":"Femmes fantasques"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/353?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/353?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p style=\"text-align: justify;\">&nbsp;<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"text-align: justify; padding-left: 120px;\">Nous repro\u00addui\u00adsons dans le pr\u00e9\u00adsent num\u00e9\u00adro les cha\u00adpitres VI et VII (quelques autres sui\u00advront) des <em>Donne fan\u00adtas\u00adtiche<\/em> d\u2019Arrigo Bene\u00addet\u00adti. Ce bref roman d\u2019\u00e0 peine deux cents pages, Silone, pen\u00addant la der\u00adni\u00e8re guerre, nous l\u2019avait signa\u00adl\u00e9 d\u00e8s sa publi\u00adca\u00adtion en Ita\u00adlie, et nous avions \u00e9t\u00e9 aus\u00adsi\u00adt\u00f4t d\u2019accord avec lui qu\u2019il semble dif\u00adfi\u00adcile de trou\u00adver \u00e9vo\u00adca\u00adtion plus authen\u00adtique d\u2019un cer\u00adtain aspect de la pro\u00advince ita\u00adlienne, ren\u00addue avec une aus\u00adsi par\u00adfaite jus\u00adtesse de ton. Moins char\u00adg\u00e9 de sub\u00adstance et d\u2019angoisse, moins puis\u00adsant aus\u00adsi que l\u2019inoubliable <em>Pan\u00adli\u00adna 1880<\/em> de P.-J. Jouve, l\u2019ouvrage tout en demi-teintes de Bene\u00addet\u00adti ne s\u2019en appa\u00adrente pas moins, cer\u00adtai\u00adne\u00adment \u00e0 l\u2019insu de son auteur, au chef\u2011d\u2019\u0153uvre des ann\u00e9es d\u2019au-del\u00e0 des Alpes de l\u2019\u00e9crivain fran\u00ad\u00e7ais. Ici \u00e9ga\u00adle\u00adment, c\u2019est le des\u00adtin d\u2019une jeune fille qui nous est cont\u00e9, des\u00adtin d\u2019ailleurs beau\u00adcoup plus banal, mais c\u2019est peut-\u00eatre ce qui en accro\u00eet la valeur de t\u00e9moi\u00adgnage. Fille unique d\u2019une famille rela\u00adti\u00adve\u00adment ais\u00e9e vivant \u00e0 la cam\u00adpagne, Maria Giu\u00adlia a pas\u00ads\u00e9 quelque temps au chef-lieu de la pro\u00advince chez une vieille cou\u00adsine, puis elle est retour\u00adn\u00e9e chez ses parents. Un soir, une amie de son \u00e2ge, Zita, venue en visite, est emp\u00ea\u00adch\u00e9e de repar\u00adtir par l\u2019orage. Pour la nuit, elle par\u00adtage le lit de Maria Giu\u00adlia, qui, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, lui raconte ce qui lui est \u00ab&nbsp;arri\u00adv\u00e9&nbsp;\u00bb \u00e0 la ville. On le devine\u200a\u2014\u200anous avons dit que l\u2019histoire est des plus quel\u00adconques\u200a\u2014\u200aMaria Giu\u00adlia a \u00e9t\u00e9 s\u00e9duite par un beau jeune homme, que main\u00adte\u00adnant elle attend sans l\u2019attendre, car il fau\u00addrait croire \u00e0 l\u2019avenir. Et de la longue confi\u00addence mal \u00e9cou\u00adt\u00e9e par la visi\u00adteuse qui som\u00adnole ou feint de dor\u00admir, se d\u00e9gage cette exal\u00adta\u00adtion dans l\u2019insignifiance, nour\u00adrie de petits faits et de demi-men\u00adsonges, qui est la grande affaire des petites vies inutiles,\u200a\u2014\u200aqui sait&nbsp;? de presque toute exis\u00adtence.\u200a\u2014\u200a\u0153uvre, r\u00e9p\u00e9\u00adtons-le, par\u00adfaite, exquise, si bien\u00adfai\u00adsante \u00e0 lire apr\u00e8s les rodo\u00admon\u00adtades du fas\u00adcisme et de la guerre. Un \u00e9cri\u00advain qui jamais ne force la voix, \u00e0 sa mani\u00e8re enseigne l\u2019homme. Crier, ne l\u2019avons-nous pas en com\u00admun avec l\u2019animal&nbsp;? Tan\u00addis que de s\u2019en abs\u00adte\u00adnir, sur\u00adtout pen\u00addant les grandes catas\u00adtrophes, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 nous rendre \u00e0 nous-m\u00eames. Et voi\u00adl\u00e0 bien pour\u00adquoi, outre le plai\u00adsir de faire un peu conna\u00eetre un bel \u00e9cri\u00advain d\u2019Italie, \u00ab&nbsp;T\u00e9moins&nbsp;\u00bb s\u2019honore de don\u00adner, avec l\u2019aimable per\u00admis\u00adsion de leur auteur, quelques-unes des meilleures pages que l\u2019on connaisse de lui, emprun\u00adt\u00e9es \u00e0 la ver\u00adsion int\u00e9\u00adgrale du livre telle que nous l\u2019avions \u00e9ta\u00adblie il y a quelques ann\u00e9e pour des \u00e9di\u00adtions suisses qui, fort mal \u00e0 pro\u00adpos, ces\u00ads\u00e8rent d\u2019exister juste avant d\u2019avoir pu faire impri\u00admer plus que les pre\u00admi\u00e8res \u00e9preuves.\u200a\u2014\u200aAjou\u00adtons qu\u2019Arrigo Bene\u00addet\u00adti, ori\u00adgi\u00adnaire de Lucques, en Tos\u00adcane, et \u00e0 qui l\u2019on doit aus\u00adsi, entre autres, <em>I mis\u00adte\u00adri del\u00adla cit\u00adt\u00e0<\/em> et un tr\u00e8s beau livre de guerre, <em>Pau\u00adra all\u2019Alba<\/em>, dirige le grand heb\u00addo\u00adma\u00addaire mila\u00adnais <em>L\u2019Europeo<\/em>.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p style=\"text-align: right;\">J. P.&nbsp;S.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Elles pas\u00ads\u00e8rent l\u2019apr\u00e8s-midi sur les lev\u00e9es du fleuve, mal\u00adgr\u00e9 le ciel cou\u00advert, bou\u00adch\u00e9 de gros nuages. Zita parais\u00adsait tr\u00e8s gaie, par\u00adlait conti\u00adnuel\u00adle\u00adment. Bien\u00adt\u00f4t, elles se mirent \u00e0 plai\u00adsan\u00adter, allant jusqu\u2019\u00e0 cueillir des fleurs des champs, qu\u2019elles jet\u00e8rent ensuite dans le cou\u00adrant souill\u00e9 de terre par les pluies r\u00e9centes, pro\u00adcla\u00admant qu\u2019elles \u00e9taient laides et sen\u00adtaient affreu\u00adse\u00adment mau\u00advais. C\u2019est seule\u00adment apr\u00e8s le cou\u00adcher du soleil que Maria Giu\u00adlia dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;En ce moment, Tito sort de chez lui. Peut-\u00eatre ira-t-il \u00e0 pied vers le centre de la ville, \u00e0 moins qu\u2019il n\u2019ait pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adr\u00e9 prendre son auto.&nbsp;\u00bb L\u2019ombre du soir mon\u00adtait de la plaine comme une brume l\u00e9g\u00e8re. Les deux jeunes filles lon\u00adgeaient la digue, tan\u00adt\u00f4t de front, tan\u00adt\u00f4t l\u2019une der\u00adri\u00e8re l\u2019autre. Aux endroits o\u00f9 le che\u00admin d\u00e9va\u00adlait brus\u00adque\u00adment entre de chao\u00adtiques lev\u00e9es de terre, Zita, hys\u00adt\u00e9\u00adri\u00adque\u00adment, criait qu\u2019elle avait peur, d\u2019une voix qui dis\u00adsi\u00admu\u00adlait sa ga\u00ee\u00adt\u00e9&nbsp;; et Maria Giu\u00adlia l\u2019imitait, mais avec effort et sans \u00e9lan. Elles enten\u00addirent le train du soir sur le pont de fer&nbsp;; virent, sur l\u2019autre rive, s\u2019allumer les lumi\u00e8res entre les peupliers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Bon\u00adsoir&nbsp;\u00bb, disait au pas\u00adsage quelque pay\u00adsan. Et il ajou\u00adtait que le fleuve allait pro\u00adba\u00adble\u00adment grossir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Oui, fai\u00adsaient ceux qui pas\u00adsaient, regar\u00addant les eaux encore lui\u00adsantes, il a plu quelque part.&nbsp;\u00bb Ou bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019eau est sale, \u00e0 cause de la fila\u00adture de San Martino.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au ciel, il y eut quelques \u00e9clairs, non sui\u00advis de grondements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Demain, dit Zita, si c\u2019est vrai\u00adment la crue, on ver\u00adra pas\u00adser des vaches et des mou\u00adtons&nbsp;morts.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme sai\u00adsies d\u2019une sou\u00addaine panique, les deux jeunes filles, fuyant la digue, se mirent \u00e0 mon\u00adter et \u00e0 des\u00adcendre les pentes cou\u00advertes d\u2019herbe, et leurs yeux \u00e9vi\u00adtaient les ronces, sous les\u00adquelles lui\u00adsaient de petites flaques d\u2019eau dormante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;En ce moment\u2026\u00bb, disait Maria Giu\u00adlia. Puis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Zita, tu ne sais pas&nbsp;\u00bb. Contrainte de suivre le pas pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e9 de sa com\u00adpagne \u00e9ner\u00adv\u00e9e par le chan\u00adge\u00adment du temps, elle ne savait com\u00adment s\u2019y prendre pour com\u00admen\u00adcer \u00e0 par\u00adler. \u00ab&nbsp;Les nuits o\u00f9 il pleu\u00advait, fit-elle tout en se h\u00e2tant aux c\u00f4t\u00e9s de Zita, nous nous retrou\u00advions.&nbsp;\u00bb Quand la mai\u00adson de Maria Giu\u00adlia appa\u00adrut dans la lumi\u00e8re rou\u00adge\u00e2tre de l\u2019orage tout proche, les deux com\u00adpagnes se mirent \u00e0 cou\u00adrir, arri\u00advant \u00e0 l\u2019abri lorsque d\u00e9j\u00e0 tom\u00adbaient les pre\u00admi\u00e8res gouttes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Zita, dit Maria Giu\u00adlia, je suis contente, je ne me repens pas qu\u2019entre moi et Tito cela soit arriv\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Zita se tai\u00adsait. Puis, apr\u00e8s quelques pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il devrait t\u2019\u00e9pouser&nbsp;\u00bb, dit-elle avec fougue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois en s\u00fbre\u00adt\u00e9, les deux com\u00adpagnes avaient per\u00addu tout leur \u00e9lan, elles ne se pres\u00adsaient pas de p\u00e9n\u00e9\u00adtrer dans la mai\u00adson. \u00c0 ce moment m\u00eame parut la m\u00e8re de Maria Giu\u00adlia qui, ayant mis sur sa t\u00eate l\u2019imperm\u00e9able du p\u00e8re et por\u00adtant \u00e0 la main trois para\u00adpluies, sor\u00adtait pour aller \u00e0 leur rencontre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;C\u2019est la crue&nbsp;! cria Zita, avec une ter\u00adreur sou\u00addain reve\u00adnue&nbsp;; pour un peu nous \u00e9tions encer\u00adcl\u00e9es par le fleuve.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Augus\u00adto, \u00e0 son tour, ayant renon\u00adc\u00e9 \u00e0 son fau\u00adteuil et quit\u00adt\u00e9 la salle \u00e0 man\u00adger, vint sur la porte&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il pas\u00adse\u00adra des vaches et des mou\u00adtons morts, dit-il&nbsp;; une fois j\u2019ai vu pas\u00adser un che\u00adval. Il \u00e9tait gon\u00adfl\u00e9 d\u2019eau.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien qu\u2019il ne f\u00eet pas froid, tous, quand on eut refer\u00adm\u00e9 la porte de la mai\u00adson et que l\u2019on fut pas\u00ads\u00e9 dans la salle, s\u2019approch\u00e8rent du po\u00eale, dont la cha\u00adleur ren\u00addait trans\u00adlu\u00adcides les parois de m\u00e9tal. Augus\u00adto s\u2019assit dans son fau\u00adteuil, mais sans reprendre sa lec\u00adture&nbsp;; exci\u00adt\u00e9 comme s\u2019il \u00e9tait adve\u00adnu quelque chose d\u2019irr\u00e9parable, il regar\u00addait sa fille et Zita qui, toutes deux, s\u2019abandonnaient au bien-\u00eatre phy\u00adsique de la pi\u00e8ce chaude, aug\u00admen\u00adt\u00e9 par la conscience de se retrou\u00adver \u00e0 l\u2019abri apr\u00e8s cette course sous le ciel d\u2019orage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Ton p\u00e8re et ta m\u00e8re ne vont-ils pas \u00eatre inquiets&nbsp;?&nbsp;\u00bb deman\u00adda sou\u00addain Tere\u00adsa qui, \u00e9tran\u00adg\u00e8re \u00e0 l\u2019excitation qui s\u2019\u00e9tait empa\u00adr\u00e9e des autres, sur\u00adveillait atten\u00adti\u00adve\u00adment tous leurs gestes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Il pleut, fit-elle enfin, on ne peut pas sor\u00adtir par un temps pareil. Zita, il fau\u00addra que tu restes chez&nbsp;nous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors, Maria Giu\u00adlia&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, il faut que tu restes chez nous&nbsp;! Com\u00adment pour\u00adrais-tu sor\u00adtir par cette&nbsp;pluie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, tout en par\u00adlant, elle cou\u00adrait aux vitres d\u00e9j\u00e0 mouill\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Il fait froid ce soir, dit Augus\u00adto&nbsp;; man\u00adgeons de bonne heure, Tere\u00adsa. Dis qu\u2019on apporte un peu de bois. Tu ne vois pas que le po\u00eale est en train de s\u2019\u00e9teindre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Augus\u00adto vou\u00adlut savoir ce qu\u2019il y avait \u00e0 d\u00eener, se f\u00e9li\u00adci\u00adta que Tere\u00adsa e\u00fbt fait pr\u00e9\u00adpa\u00adrer du r\u00f4ti de porc gar\u00adni de l\u00e9gumes, puis deman\u00adda dans quel lit dor\u00admi\u00adrait Zita si l\u2019orage, comme cela du reste en avait bien l\u2019air, conti\u00adnuait jusqu\u2019au matin.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;On ne peut abso\u00adlu\u00adment pas sor\u00adtir par un temps pareil&nbsp;\u00bb, affir\u00admait-il, s\u2019adressant \u00e0 Teresa.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il regar\u00addait la pluie battre les vitres o\u00f9, t\u00e9nue encore, s\u2019\u00e9paississait l\u2019ombre noc\u00adturne. Bien que la mai\u00adson de Zita ne f\u00fbt pas \u00e0 deux kilo\u00adm\u00e8tres, elle lui sem\u00adblait hors du monde, s\u00e9pa\u00adr\u00e9e par toute une cam\u00adpagne tra\u00ee\u00adtresse. Et quand un \u00e9clair allu\u00admait les vitres des fen\u00eatres, tous se tai\u00adsaient pour \u00e9cou\u00adter le ton\u00adnerre qui, tou\u00adjours, sur\u00adve\u00adnait \u00e0 un plus petit inter\u00advalle, mais sans cette d\u00e9fla\u00adgra\u00adtion que cha\u00adcun, peut-\u00eatre, sans se l\u2019avouer, aurait sou\u00adhai\u00adt\u00e9e. C\u2019\u00e9taient des coups sourds, rare\u00adment vio\u00adlents. Fina\u00adle\u00adment, il en reten\u00adtit un plus fort que les autres, qui fit trem\u00adbler les vitres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;On ne peut pas sor\u00adtir, dit Augus\u00adto et, ayant ouvert son livre, il se mit \u00e0&nbsp;lire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013&nbsp;Il faut que tu ailles fer\u00admer la fen\u00eatre du gre\u00adnier, cria alors Tere\u00adsa, sou\u00addain tout excit\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Zita com\u00admen\u00ad\u00e7a \u00e0 se lamen\u00adter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon pauvre p\u00e8re, ma pauvre m\u00e8re\u200a\u2014\u200aet tout en par\u00adlant elle arpen\u00adtait la pi\u00e8ce\u200a\u2014\u200acomme ils vont \u00eatre inquiets.&nbsp;\u00bb Sou\u00addain, pour mieux voir le temps qu\u2019il fai\u00adsait, elle cou\u00adrut \u00e0 la fen\u00eatre et l\u2019ouvrit. \u00ab&nbsp;Est-ce que tu es folle&nbsp;?&nbsp;\u00bb cria Augus\u00adto, furieux d\u2019\u00eatre trou\u00adbl\u00e9 dans son flegme. Zita s\u2019\u00e9carta de la croi\u00ads\u00e9e, le visage bai\u00adgn\u00e9 de pluie, res\u00adtant calme, ensuite, et comme r\u00e9si\u00adgn\u00e9e \u00e0 l\u2019in\u00e9vitable.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pen\u00addant que l\u2019on d\u00eenait, on frap\u00adpa \u00e0 la&nbsp;porte.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Mon Dieu&nbsp;!&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9cria Zita, prise d\u2019une brusque terreur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux voix, au-dehors, se fai\u00adsaient entendre&nbsp;: la voix de la ser\u00advante et une autre, plus pro\u00adlixe&nbsp;; puis, il y eut des pas dans la pi\u00e8ce voi\u00adsine, et enfin, dans le cadre de la porte, appa\u00adrut Guillaume.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Guillaume&nbsp;!&nbsp;\u00bb cria Augus\u00adto, puis, se met\u00adtant \u00e0 rire, il ajou\u00adta, tour\u00adn\u00e9 vers Zita&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019entends d\u2019ici ton p\u00e8re s\u2019\u00e9crier&nbsp;: \u201cGuillaume, voi\u00adl\u00e0 cinq lires&nbsp;; cours rep\u00ea\u00adcher Zita dans le fleuve\u2026\u201d<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013&nbsp;Made\u00admoi\u00adselle Zita, dit Guillaume tou\u00adjours sur le seuil, votre m\u00e8re m\u2019envoie vous dire que, vu le temps qu\u2019il fait, elle est all\u00e9e se cou\u00adcher. Comme cela, je pour\u00adrai, moi, vous rac\u00adcom\u00adpa\u00adgner.&nbsp;\u00bb Augus\u00adto n\u2019en finis\u00adsait pas de s\u2019esclaffer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Guillaume, fit-il, dis \u00e0 ta patronne que Zita, cette nuit, ne ren\u00adtre\u00adra pas \u00e0 la mai\u00adson. Explique-lui, je ne sais pas, moi, qu\u2019elle a pris la fuite\u2026 qu\u2019elle s\u2019est noy\u00e9e dans la rivi\u00e8re\u2026\u00bb Tout d\u00e9con\u00adte\u00adnan\u00adc\u00e9, le pay\u00adsan se reti\u00adra, tan\u00addis que Tere\u00adsa disait \u00e0 la bonne accou\u00adrue \u00e0 la porte de la salle \u00e0 manger&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Donne-lui un verre de&nbsp;vin.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maria Giu\u00adlia et Zita ne s\u2019\u00e9taient pas m\u00eal\u00e9es au col\u00adloque, comme absor\u00adb\u00e9es par d\u2019autres pen\u00ads\u00e9es. \u00ab&nbsp;Vous dor\u00admi\u00adrez ensemble&nbsp;\u00bb, dit la m\u00e8re. Et c\u2019est \u00e0 peine si elles r\u00e9pon\u00addirent qu\u2019elles n\u2019y voyaient pas d\u2019inconv\u00e9nient.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Main\u00adte\u00adnant, \u00e0 cette heure-ci\u2026\u00bb, son\u00adgeait Maria Giu\u00adlia, comme retrou\u00advant un peu de calme dans une pen\u00ads\u00e9e habi\u00adtuelle. Mais quelque chose l\u2019irritait. Peut-\u00eatre les mou\u00adve\u00adments des mains de son p\u00e8re devant le feu rou\u00adgeoyant du po\u00eale, ou l\u2019attitude de sa m\u00e8re, debout \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la table, d\u00e9si\u00adreuse encore, on le sen\u00adtait, de faire quelque chose, ou tout au moins de s\u2019agiter. Zita avait l\u2019air de tom\u00adber de som\u00admeil&nbsp;; ou bien fai\u00adsait-elle seule\u00adment montre d\u2019indiff\u00e9rence pour les pen\u00ads\u00e9es qu\u2019elle devi\u00adnait chez sa compagne&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Veux-tu une carafe d\u2019eau&nbsp;? deman\u00adda un peu plus tard Maria Giu\u00adlia. Moi, la nuit, je ne bois jamais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Quel\u00adque\u00adfois, cela m\u2019arrive, r\u00e9pon\u00addit Zita, mais \u00e7a n\u2019a aucune importance.<\/p>\n<p>\u2013 Pre\u00adnez une bou\u00adgie, dit Augus\u00adto, au cas o\u00f9 la lumi\u00e8re serait cou\u00adp\u00e9e pen\u00addant la&nbsp;nuit.<\/p>\n<p>\u2013 Oui, une bou\u00adgie, fit la m\u00e8re en \u00e9cho, f\u00e2ch\u00e9e de ne pas avoir pen\u00ads\u00e9 la pre\u00admi\u00e8re \u00e0 ce d\u00e9tail.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Maria Giu\u00adlia se leva de table, affec\u00adtant d\u2019\u00eatre tr\u00e8s calme. \u00ab&nbsp;Il fait tr\u00e8s froid, mur\u00admu\u00adra-t-elle en s\u2019approchant du po\u00eale, et, un ins\u00adtant, elle s\u2019y chauf\u00adfa les pieds et les mains. Il fait un froid ter\u00adrible. Nous met\u00adtrons la cou\u00adver\u00adture de&nbsp;laine.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au moment de se cou\u00adcher, les deux com\u00adpagnes furent prises de ga\u00ee\u00adt\u00e9. Elles se deman\u00addaient l\u2019une \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: \u00ab&nbsp;De quel c\u00f4t\u00e9 pr\u00e9\u00adf\u00e8res-tu dor\u00admir&nbsp;?&nbsp;\u00bb Et Maria Giu\u00adlia don\u00adna \u00e0 Zita l\u2019oreiller le plus moel\u00adleux. \u00c9ten\u00addues dans le m\u00eame lit, elles h\u00e9si\u00adt\u00e8rent \u00e0 s\u2019endormir tout de suite ou \u00e0 enta\u00admer une conver\u00adsa\u00adtion. On enten\u00addait la pluie battre les vitres et, tou\u00adjours plus dis\u00adtinct, se rap\u00adpro\u00adcher l\u2019orage. D\u00e9j\u00e0 Zita fai\u00adsait mine de se tour\u00adner de c\u00f4t\u00e9, Maria Giu\u00adlia de prendre un livre pos\u00e9 depuis long\u00adtemps sur la table de nuit et dont elle remet\u00adtait tou\u00adjours la lec\u00adture \u00e0 plus tard. Elles enten\u00addirent le p\u00e8re et la m\u00e8re par\u00adler dans la pi\u00e8ce du pre\u00admier \u00e9tage, puis leurs pas dans l\u2019escalier. Quand ils pas\u00ads\u00e8rent devant la porte, tous deux mar\u00adch\u00e8rent sur la pointe des pieds, per\u00adsua\u00add\u00e9s sans doute que les jeunes filles \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 plon\u00adg\u00e9es dans le som\u00admeil. Sou\u00addain, dans l\u2019obscurit\u00e9 des fen\u00eatres, on vit luire un \u00e9clair. Les zig\u00adzags de flamme, au-del\u00e0 des vitres, se suc\u00adc\u00e9\u00addaient, avant ou en m\u00eame temps que les coups de ton\u00adnerre. La lampe \u00e9lec\u00adtrique s\u2019\u00e9teignit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par inter\u00advalles, l\u2019orage illu\u00admi\u00adnait la pi\u00e8ce. \u00ab&nbsp;Allu\u00admons la bou\u00adgie&nbsp;\u00bb, dit Maria Giu\u00adlia, mais elle res\u00adta immo\u00adbile, \u00e9ten\u00addue de tout son long. Les gron\u00adde\u00adments s\u2019\u00e9loign\u00e8rent, se turent, les vitres ne furent plus \u00e9clai\u00adr\u00e9es que de faibles lueurs. Enfin, seul ves\u00adtige de l\u2019orage, ce fut le bruit l\u00e9ger et conti\u00adnu de la pluie d\u2019automne. Dans la rue reten\u00adtit le timbre d\u2019une bicy\u00adclette&nbsp;; peut-\u00eatre quelque cycliste arr\u00ea\u00adt\u00e9 par l\u2019orage et qui, sor\u00adti main\u00adte\u00adnant de l\u2019abri o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait r\u00e9fu\u00adgi\u00e9, pour\u00adsui\u00advait sa&nbsp;route.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Zita se tai\u00adsait. On ne per\u00adce\u00advait pas non plus sa res\u00adpi\u00adra\u00adtion. Et Maria Giu\u00adlia crai\u00adgnait presque de l\u2019entendre tout \u00e0 coup pen\u00adser tout haut. Peut-\u00eatre allait-elle dire quelque chose comme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma m\u00e8re aime beau\u00adcoup nos che\u00advaux, Diane et Roland.&nbsp;\u00bb Ou bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu sais, pour telle ou telle rai\u00adson, nous fai\u00adsons sou\u00advent atte\u00adler.&nbsp;\u00bb Mais Zita conti\u00adnuait \u00e0 se taire, au point que sa pr\u00e9\u00adsence m\u00eame finis\u00adsait par sem\u00adbler irr\u00e9elle. Maria Giu\u00adlia, \u00e0 plu\u00adsieurs reprises, fut ten\u00adt\u00e9e d\u2019\u00e9tendre une main pour v\u00e9ri\u00adfier si, ce soir-l\u00e0, son amie \u00e9tait vrai\u00adment \u00e9ten\u00addue aupr\u00e8s d\u2019elle, ou bien si elle ne se l\u2019\u00e9tait pas tout sim\u00adple\u00adment ima\u00adgi\u00adn\u00e9. Mais elle se retint. Et ain\u00adsi, immo\u00adbile, \u00e9vi\u00adtant le moindre geste qui e\u00fbt pu lui faire tou\u00adcher sa com\u00adpagne toute ramas\u00ads\u00e9e sur elle-m\u00eame au bord du lit, elle com\u00admen\u00ad\u00e7a \u00e0 racon\u00adter. Zita, d\u2019abord, \u00e9cou\u00adta sans inter\u00adrompre&nbsp;; elle sem\u00adblait dor\u00admir. Et c\u2019est ce qui per\u00admit \u00e0 Maria Giu\u00adlia de racon\u00adter d\u2019une haleine, comme pour elle&nbsp;seule.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\"><b>\u2014 O \u2014<\/b><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La mai\u00adson de ma cou\u00adsine Ange\u00adla (dit Maria Giu\u00adlia) \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 l\u2019avenue M\u2026 d\u00e9bouche en pleine cam\u00adpagne. Pen\u00addant l\u2019hiver, nous pas\u00adsions la majeure par\u00adtie du temps dans une pi\u00e8ce o\u00f9 Ange\u00adla vou\u00adlait que le po\u00eale res\u00adt\u00e2t tou\u00adjours allu\u00adm\u00e9. Le reste de la mai\u00adson n\u2019\u00e9tant pas chauf\u00adf\u00e9, ni par des po\u00eales ni par un calo\u00adri\u00adf\u00e8re (\u00e0 Ls\u2026 il n\u2019y a que tr\u00e8s peu d\u2019habitations avec le chauf\u00adfage cen\u00adtral), lorsque nous sor\u00adtions de cette pi\u00e8ce nous met\u00adtions man\u00adteaux et \u00e9charpes. Des man\u00adteaux, des \u00e9charpes, il y en avait par\u00adtout sur les fau\u00adteuils et sur les chaises. \u00ab&nbsp;D\u00e9bar\u00adras\u00adsez-vous, conseillait Ange\u00adla lorsque quelqu\u2019un entrait, met\u00adtez-vous \u00e0 l\u2019aise.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et quand les visites se reti\u00adraient, elle ne man\u00adquait pas de leur&nbsp;dire&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Cou\u00advrez-vous bien, pour l\u2019amour du ciel, il y a de quoi prendre une pneu\u00admo\u00adnie double&nbsp;\u00bb. Mais il ne venait pas beau\u00adcoup de monde. Sou\u00advent, c\u2019\u00e9taient des gens des vil\u00adlas voi\u00adsines. D\u2019abord, ils avaient l\u2019air d\u2019\u00eatre venus sans rai\u00adson, devi\u00adsaient de choses et d\u2019autres. Mais bien vite ils se met\u00adtaient \u00e0 par\u00adler de celui-ci ou de celle-l\u00e0, disant du mal de tout le monde, non sans s\u2019\u00e9crier de temps \u00e0&nbsp;autre&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Nous ne devrions pas nous occu\u00adper de ces choses&nbsp;; mais com\u00adment s\u2019abstenir d\u2019y mettre un peu le bec&nbsp;?&nbsp;\u00bb Oui, c\u2019\u00e9tait l\u00e0 une de leurs expres\u00adsions favo\u00adrites&nbsp;: \u00ab&nbsp;Y mettre le bec&nbsp;\u00bb. Et je com\u00adpre\u00adnais que ces gens \u00e9taient venus expr\u00e8s, et que s\u2019ils gei\u00adgnaient, au d\u00e9but, de n\u2019avoir rien \u00e0 dire, c\u2019est qu\u2019ils n\u2019avaient pas le cou\u00adrage de d\u00e9cla\u00adrer fran\u00adche\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous sommes venus, ch\u00e8re madame Ange\u00adla, pour cas\u00adser du&nbsp;sucre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Par\u00adfois, Ange\u00adla me d\u00e9si\u00adgnait \u00e0 ses amis, disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est la fille de mon cou\u00adsin Augus\u00adto, qui habite la cam\u00adpagne.&nbsp;\u00bb Et je me voyais obser\u00adv\u00e9e par les per\u00adsonnes pr\u00e9\u00adsentes, comme si celles-ci eussent atten\u00addu de moi une confir\u00adma\u00adtion, tant elles sem\u00adblaient avoir l\u2019habitude de voir du mys\u00adt\u00e8re sous les choses les plus simples. Alors, je disais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui, nous habi\u00adtons la cam\u00adpagne&nbsp;\u00bb. Ou bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;En effet, mon p\u00e8re s\u2019appelle Augus\u00adto.&nbsp;\u00bb Ange\u00adla \u00e9tait tou\u00adjours pr\u00eate \u00e0 conti\u00adnuer \u00e0 ma place, car je res\u00adtais court, g\u00ean\u00e9e, vu qu\u2019il s\u2019agissait de dames et de mes\u00adsieurs on ne peut plus graves&nbsp;; et elle d\u00e9cri\u00advait notre mai\u00adson comme une vil\u00adla qui, en m\u00eame temps, n\u2019en \u00e9tait pas une&nbsp;; comme une mai\u00adson com\u00admode, une mai\u00adson de ma\u00eetres, meilleure en somme que bien des demeures somp\u00adtueuses. Ou bien Ange\u00adla se met\u00adtait \u00e0 par\u00adler de mon p\u00e8re et de ma m\u00e8re. Elle disait par exemple&nbsp;:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab&nbsp;Mon cou\u00adsin vit enter\u00adr\u00e9 \u00e0 la cam\u00adpagne&nbsp;; quelqu\u2019un de si fin, de si culti\u00adv\u00e9.&nbsp;\u00bb Et elle exi\u00adgeait mon appro\u00adba\u00adtion. Mais pour ma m\u00e8re elle ne mon\u00adtrait pas grand int\u00e9\u00adr\u00eat, se bor\u00adnant \u00e0 la d\u00e9crire comme une bonne m\u00e9na\u00adg\u00e8re, tr\u00e8s atta\u00adch\u00e9e aux occu\u00adpa\u00adtions de la vie rus\u00adtique. Par\u00adfois, elle par\u00adlait aus\u00adsi de mes parents comme si je n\u2019eusse pas \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Mon p\u00e8re n\u2019aurait pas d\u00fb \u00e9pou\u00adser ma m\u00e8re, car c\u2019est \u00e0 cause d\u2019elle qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 obli\u00adg\u00e9 de res\u00adter \u00e0 la campagne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois m\u00eame, Ange\u00adla dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon cou\u00adsin Augus\u00adto est aus\u00adsi bon peintre. N\u2019est-ce pas, Maria Giu\u00adlia&nbsp;?&nbsp;\u00bb Je me h\u00e2tai de r\u00e9pondre oui, bien que n\u2019ayant jamais su aupa\u00adra\u00advant que mon p\u00e8re e\u00fbt peint dans sa jeunesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S\u2019adressant \u00e0 moi, Ange\u00adla, sou\u00advent, disait en pr\u00e9\u00adsence d\u2019\u00e9trangers&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mon mari (il y a dix ans que je l\u2019ai per\u00addu), si ton p\u00e8re s\u2019\u00e9tait d\u00e9ci\u00add\u00e9 \u00e0 vivre \u00e0 la ville, l\u2019aurait cer\u00adtai\u00adne\u00adment intro\u00adduit dans la meilleure soci\u00e9\u00adt\u00e9.&nbsp;\u00bb Et lorsqu\u2019elle se met\u00adtait \u00e0 men\u00adtir en toute \u00e9vi\u00addence, je me r\u00e9fu\u00adgiais dans un coin de la pi\u00e8ce, bien que pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment, \u00e0 ces moments-l\u00e0, Ange\u00adla me pr\u00eet \u00e0 t\u00e9moin, disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;N\u2019est-ce pas, Maria Giu\u00adlia&nbsp;? N\u2019est-ce pas que c\u2019est&nbsp;vrai&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais si elle disait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma cou\u00adsine Tere\u00adsa\u2026\u00bb, je pou\u00advais m\u2019attendre, sur le compte de ma m\u00e8re, \u00e0 des paroles faus\u00adse\u00adment flat\u00adteuses. Elle l\u2019appelait \u00ab&nbsp;une bonne ma\u00ee\u00adtresse de mai\u00adson\u00bb&nbsp;; \u00e0 moins qu\u2019elle ne ces\u00ads\u00e2t brus\u00adque\u00adment de par\u00adler, si bien que quelqu\u2019un finis\u00adsait tou\u00adjours par s\u2019\u00e9crier&nbsp;: \u00ab&nbsp;N\u2019emp\u00eache, \u00e0 sa fa\u00e7on, Maria Giu\u00adlia est&nbsp;fine.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Arri\u00adgo Benedetti<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Nous repro\u00addui\u00adsons dans le pr\u00e9\u00adsent num\u00e9\u00adro les cha\u00adpitres VI et VII (quelques autres sui\u00advront) des Donne fan\u00adtas\u00adtiche d\u2019Arrigo Bene\u00addet\u00adti. Ce bref roman d\u2019\u00e0 peine deux cents pages, Silone, pen\u00addant la der\u00adni\u00e8re guerre, nous l\u2019avait signa\u00adl\u00e9 d\u00e8s sa publi\u00adca\u00adtion en Ita\u00adlie, et nous avions \u00e9t\u00e9 aus\u00adsi\u00adt\u00f4t d\u2019accord avec lui qu\u2019il semble dif\u00adfi\u00adcile de trou\u00adver \u00e9vocation&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":409,"featured_media":6849,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[53],"tags":[660],"ppma_author":[1279],"class_list":["post-353","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-temoins-n2-ete-1953","tag-litterature"],"authors":[{"term_id":1279,"user_id":409,"is_guest":0,"slug":"arrigo-benedetti","display_name":"Arrigo Benedetti","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/b4e932e2a65c5244883e81cdae72668216c455ef2206a9b1ab784c39a1b65626?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"","first_name":"","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/353","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/409"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=353"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/353\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9743,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/353\/revisions\/9743"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/6849"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=353"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=353"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=353"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=353"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}