{"id":3536,"date":"2013-04-15T02:36:05","date_gmt":"2013-04-15T02:36:05","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/04\/15\/les-sources-du-roman-moderne-en-france\/"},"modified":"2013-04-15T02:36:05","modified_gmt":"2013-04-15T02:36:05","slug":"les-sources-du-roman-moderne-en-france","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/04\/15\/les-sources-du-roman-moderne-en-france\/","title":{"rendered":"Les sources du roman moderne en France"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3536?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3536?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>L\u2019histoire du roman fran\u00ad\u00e7ais dans ces qua\u00adrante der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es pr\u00e9\u00adsente aux yeux d\u2019un obser\u00adva\u00adteur conscien\u00adcieux le plus \u00e9tour\u00addis\u00adsant des spec\u00adtacles. Chaos immense et tour\u00adbillon\u00adnant d\u2019\u0153uvres mul\u00adtiples fai\u00adsant dan\u00adser sur des rythmes de tous genres les images les plus diverses.<\/p>\n<p>Pour s\u2019y recon\u00adna\u00eetre et dis\u00adcer\u00adner avec jus\u00adtice, il est bon de remon\u00adter aux sources vives de ce d\u00e9luge de r\u00e9cits.<\/p>\n<p>Cher\u00adchons donc ces sources.<\/p>\n<p>Elles ont l\u2019air innom\u00adbrables. Peut-\u00eatre n\u2019est-ce qu\u2019apparence. Peut-\u00eatre pre\u00adnons-nous pour des sources quelques banales fon\u00adtaines dont les eaux ne jaillissent que d\u2019un roc arti\u00adfi\u00adciel. Rares sont les \u00e9cri\u00advains qui peuvent trou\u00adver en eux-m\u00eames leurs sources. Je ne crois pas que les auteurs de roman, depuis 1870 jusqu\u2019\u00e0 ce jour aient eu tous assez de g\u00e9niale puis\u00adsance pour qu\u2019ils puissent se pas\u00adser d\u2019anc\u00eatres. Allons donc au-del\u00e0 de l\u2019\u00e9poque qui les fit. \u00e9crire pour cher\u00adcher les grands cr\u00e9a\u00adteurs dont la pous\u00ads\u00e9e de s\u00e8ve se pro\u00adlon\u00adgea jusque dans la pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Avant 1870 trois hommes ont \u00e9crit des \u0153uvres&nbsp;: Sten\u00addhal (de 1831 \u00e0 1839)&nbsp;; Bal\u00adzac (de 184o \u00e0 1845)&nbsp;; Flau\u00adbert (de 1857 \u00e0 1870). Ceux-l\u00e0 furent des sources. Allons \u00e0 eux afin de savoir ce que nos contem\u00adpo\u00adrains leur doivent.<\/p>\n<p>Sten\u00addhal et Bal\u00adzac sont \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame \u00e9poque\u200a\u2014\u200a\u00e9poque admi\u00adrable, unique moment qui connut les \u00e9lans, les luttes et les \u00e9clo\u00adsions po\u00e9\u00adtiques d\u2019un Vigny et d\u2019un Hugo, d\u2019un Mus\u00adset et d\u2019un Lamar\u00adtine. Sten\u00addhal et Bal\u00adzac sont de l\u2019\u00e9poque romantique.<\/p>\n<p>Il est curieux de noter les influences r\u00e9ci\u00adproques des po\u00e8tes et des pro\u00adsa\u00adteurs d\u2019un m\u00eame temps. Plus sou\u00advent l\u2019\u00e2me po\u00e9\u00adtique l\u2019emporte et impose son rythme au cer\u00adveau du conteur. Il y eut cepen\u00addant des excep\u00adtions. Mais ce fut aux \u00e9poques o\u00f9 la prose fut la moins cr\u00e9a\u00adtrice d\u2019imaginations, la moins riche d\u2019invention&nbsp;; ce fut, en ces \u00e9poques de cri\u00adtique et de satire, de dis\u00adcus\u00adsion et de pam\u00adphlet, comme le xviiie si\u00e8cle fran\u00ad\u00e7ais, pen\u00addant lequel il fal\u00adlut attendre Rous\u00adseau, le po\u00e8te en prose Jean-Jacques, ce pr\u00e9\u00adcur\u00adseur du roman\u00adtisme, pour retrou\u00adver enfin dans notre lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture autre chose que des jeux spi\u00adri\u00adtuels, de pr\u00e9\u00adcises attaques ou de mat\u00e9\u00adrielles philosophies.<\/p>\n<p>Dans les si\u00e8cles d\u2019id\u00e9alisme, c\u2019est tou\u00adjours le po\u00e8te qui entra\u00eene le pro\u00adsa\u00adteur. Son\u00adgez au <sc>xvii<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Voyez com\u00adbien Bos\u00adsuet ou La Bruy\u00e8re, ou La Roche\u00adfou\u00adcauld, dont les tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adments et les g\u00e9nies furent si dif\u00adf\u00e9\u00adrents les uns des autres, nous appa\u00adraissent cepen\u00addant comme des clas\u00adsiques dont l\u2019id\u00e9al lit\u00adt\u00e9\u00adraire nous semble fr\u00e8re cadet de celui des Cor\u00adneille, des Racine et des Moli\u00e8re.<\/p>\n<p>Il est remar\u00adquable aus\u00adsi que pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment ces \u00e9poques de grand id\u00e9a\u00adlisme po\u00e9\u00adtique voient sur\u00adgir les per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s les plus for\u00adte\u00adment et les plus d\u00e9li\u00adca\u00adte\u00adment dif\u00adf\u00e9\u00adren\u00adci\u00e9es. Comme l\u2019\u00e2me de Cor\u00adneille dif\u00adf\u00e8re bien de celle de Racine et de celle de Moli\u00e8re, et comme les qua\u00adli\u00adt\u00e9s d\u2019esprit d\u2019un La Roche\u00adfou\u00adcauld sont aux anti\u00adpodes de celles d\u2019un Bossuet&nbsp;!<\/p>\n<p>Le Roman\u00adtisme fut une de ces flam\u00adb\u00e9es de haut id\u00e9a\u00adlisme qui per\u00admettent aux grands g\u00e9nies de se recon\u00adna\u00eetre et de se r\u00e9unir afin jouir les uns les autres de leurs dis\u00adtinctes et irr\u00e9\u00adduc\u00adtibles beaut\u00e9s.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait natu\u00adrel que Sten\u00addhal et Bal\u00adzac y par\u00adti\u00adci\u00adpassent\u200a\u2014\u200acha\u00adcun \u00e0 leur fa\u00e7on, \u00e0 la mesure de leur temp\u00e9rament.<\/p>\n<p>Si l\u2019on ne consi\u00add\u00e8re du Roman\u00adtisme que ses exa\u00adg\u00e9\u00adra\u00adtions et ses d\u00e9fauts\u200a\u2014\u200asi l\u2019on ne veut plus appe\u00adler roman\u00adtique que ce qui ne nous en peut plus para\u00eetre qu\u2019insupportable\u200a\u2014\u200ail est \u00e9vident que Sten\u00addhal, dans ce sens, n\u2019est pas le moins du monde romantique.<\/p>\n<p>Il a le ver\u00adba\u00adlisme en hor\u00adreur. Il ex\u00e8cre la sur\u00adabon\u00addance des d\u00e9tails&nbsp;; il ne se sou\u00adcie pas du pit\u00adto\u00adresque. Il pr\u00e9\u00adf\u00e8re la s\u00e9che\u00adresse \u00e0 l\u2019abondance. Il est sobre d\u2019expression. Il ne d\u00e9clame ni ne lar\u00admoie. Mais il me semble que Vigny non plus. En ses romans, Sten\u00addhal ne se met pas en sc\u00e8ne pour y don\u00adner la confi\u00addence de ses espoirs ou de ses d\u00e9ses\u00adpoirs. Mais il me semble qu\u2019en ses po\u00e9\u00adsies Vigny ne fut pas plus confi\u00addent de ses petites mis\u00e8res sen\u00adti\u00admen\u00adtales. Sten\u00addhal est un pen\u00adseur qui ana\u00adlyse sans piti\u00e9. Et que fut le po\u00e8te de la <i>Mort du Loup<\/i>&nbsp;?<\/p>\n<p>Le Roman\u00adtisme ne tient pas tout entier dans le mono\u00adlogue de <i>Her\u00adna\u00adni<\/i> ou dans les <i>Nuits<\/i> de Mus\u00adset. Il n\u2019est pas seule\u00adment \u00e9clat ou lamen\u00adta\u00adtion\u200a\u2014\u200ail peut \u00eatre aus\u00adsi pen\u00ads\u00e9e&nbsp;: il nous le montre avec Vigny et avec Stendhal.<\/p>\n<p>En quoi donc l\u2019auteur du <i>Rouge et du Noir<\/i> fut-il, digne de l\u2019\u00e9poque romantique&nbsp;?<\/p>\n<p>L\u2019h\u00e9ro\u00efsme est, je crois, la condi\u00adtion abso\u00adlue des grandes \u00e9poques lit\u00adt\u00e9\u00adraires. Les clas\u00adsiques furent de grands tra\u00adgiques parce qu\u2019ils cr\u00e9\u00e8rent des h\u00e9ros au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: h\u00e9ros du devoir, avec Cor\u00adneille, h\u00e9ros de la pas\u00adsion, avec Racine. Les roman\u00adtiques furent de grands po\u00e8tes parce qu\u2019ils h\u00e9ro\u00ef\u00ads\u00e8rent \u00e0 nou\u00adveau une lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture qu\u2019un si\u00e8cle de cri\u00adtique mat\u00e9\u00adria\u00adliste avait abais\u00ads\u00e9 au niveau du plus plat jour\u00adna\u00adlisme. H\u00e9ro\u00efsme social avec Hugo, h\u00e9ro\u00efsme pas\u00adsion\u00adnel avec Mus\u00adset, h\u00e9ro\u00efsme m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique avec Lamar\u00adtine, mais aus\u00adsi h\u00e9ro\u00efsme de pen\u00ads\u00e9e, h\u00e9ro\u00efsme de lutte pour la vie, avec&nbsp;Vigny.<\/p>\n<p>Je ne sais si l\u2019on me com\u00adprend bien quand je parle d\u2019h\u00e9ro\u00efsme. Ailleurs, je me suis d\u00e9ve\u00adlop\u00adp\u00e9 ample\u00adment \u00e0 ce sujet. J\u2019appelle le h\u00e9ros&nbsp;: celui qui sait se don\u00adner tout entier \u00e0 son id\u00e9al\u200a\u2014\u200acelui qui ne craint pas de pous\u00adser sa vie jusqu\u2019aux extr\u00eames cons\u00e9\u00adquences de ce qu\u2019il aime\u200a\u2014\u200af\u00fbt-ce m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la mort\u200a\u2014\u200aet ce qu\u2019il aime peut \u00eatre aus\u00adsi bien une foi, une femme, ou la vie telle qu\u2019elle est, ou la vie telle qu\u2019on la r\u00eave\u200a\u2014\u200aou sa vie telle qu\u2019on la veut&nbsp;faire.<\/p>\n<p>Sten\u00addhal se rat\u00adtache aux Roman\u00adtiques par cette concep\u00adtion de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme si sin\u00adgu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment forte en ses romans que l\u2019un de ses h\u00e9ros\u200a\u2014\u200aJulien Sorel de <i>Le Rouge et le Noir<\/i>\u200a\u2014\u200aeut sur de nom\u00adbreuses \u00e2mes, pen\u00addant plu\u00adsieurs g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions jusqu\u2019\u00e0 ces jours-ci, une influence aus\u00adsi grande que celle d\u2019un ma\u00eetre qui e\u00fbt v\u00e9cu, influence per\u00adsua\u00adsive, conta\u00adgieuse, hyp\u00adno\u00adtique, comme jamais aucun ap\u00f4tre n\u2019en eut durant ce si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Sten\u00addhal fui bien, comme il le disait de lui-m\u00eame, un \u00ab&nbsp;obser\u00adva\u00adteur du c\u0153ur humain&nbsp;\u00bb, mais il ne per\u00addit pas son temps et son art \u00e0 en obser\u00adver de m\u00e9diocres types. Il usa de l\u2019analyse, il est vrai, mais cette m\u00e9thode ne lui fut pas un ins\u00adtru\u00adment de des\u00adtruc\u00adtion. Il avait cr\u00e9\u00e9, en son esprit, des \u00eatres assez puis\u00adsam\u00adment vivants pour qu\u2019il p\u00fbt sans dan\u00adger les scru\u00adter. Les h\u00e9ros de ses romans \u00e9taient assez riches en juge\u00adment et en volon\u00adt\u00e9 pour qu\u2019il p\u00fbt ain\u00adsi leur deman\u00adder rai\u00adson de leurs actes. Julien Sorel se cr\u00e9e, s\u2019affirme, s\u2019oppose, se dresse plus vigou\u00adreu\u00adse\u00adment \u00e0 chaque ques\u00adtion que l\u2019auteur lui pose. Julien Sorel existe plus for\u00adte\u00adment encore que Sten\u00addhal. Il peut d\u00e8s lors sup\u00adpor\u00adter les dures \u00e9preuves de l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Nos roman\u00adciers soi-disant&nbsp;\u00bbpsy\u00adcho\u00adlogues&nbsp;\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui n\u2019ont pas com\u00adpris ces condi\u00adtions de la m\u00e9thode ana\u00adly\u00adtique dans l\u2019\u0153uvre sten\u00addha\u00adlienne. MM.&nbsp;Bar\u00adr\u00e8s, Bour\u00adget, Mar\u00adcel Pr\u00e9\u00advost, Abel Her\u00admant se pr\u00e9\u00adtendent les dis\u00adciples du ma\u00eetre Sten\u00addhal&nbsp;; ils n\u2019en sont que les vils contre\u00adfac\u00adteurs. De Sten\u00addhal ils n\u2019ont rete\u00adnu que la m\u00e9thode, ils en ont oubli\u00e9 l\u2019\u00e2me. Sten\u00addhal avait l\u2019\u00e2me h\u00e9ro\u00efque. Ces mes\u00adsieurs ont de l\u2019esprit. Sten\u00addhal mit l\u2019analyse au ser\u00advice de la libre \u00e9clo\u00adsion de ses \u00ab&nbsp;h\u00e9ros d\u2019\u00e9nergie&nbsp;\u00bb. Ces mes\u00adsieurs mirent les per\u00adson\u00adnages de leurs livres <i>au ser\u00advice<\/i> de leur propre manie analysatrice.<\/p>\n<p>Sten\u00addhal a \u00e9crit il y a soixante-quinze ans et son h\u00e9ros, Julien Sorel, vit encore dans tous les esprits\u200a\u2014\u200ail est une force immor\u00adtelle.\u200a\u2014\u200aQue res\u00adte\u00adra-t-il, seule\u00adment dans qua\u00adrante ans, des mala\u00addifs fan\u00adtoches de M.&nbsp;Bar\u00adr\u00e8s, des maniaques \u00e9l\u00e9\u00adgants de M.&nbsp;Bour\u00adget, de petites \u00e9cer\u00adve\u00adl\u00e9es de M.&nbsp;Mar\u00adcel Pr\u00e9\u00advost, et des louches \u00ab&nbsp;fins de race&nbsp;\u00bb de M.&nbsp;Abel Her\u00admant&nbsp;? Rien, sinon le sou\u00adve\u00adnir d\u2019une mode litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Bal\u00adzac est une autre source du roman moderne\u200a\u2014\u200amais une source qui jaillit aus\u00adsi\u00adt\u00f4t en un tor\u00adrent d\u00e9bor\u00addant tout, empor\u00adtant tout, pour s\u2019imposer avec une puis\u00adsance unique. Je crois qu\u2019il n\u2019est gu\u00e8re besoin de d\u00e9mon\u00adtrer lon\u00adgue\u00adment ce que peut \u00eatre en lui le Roma\u00adnisme. Tout est roman\u00adtique chez Bal\u00adzac, tout s\u2019y affirme avec l\u2019enthousiasme et la foi id\u00e9a\u00adliste de l\u2019auteur\u200a\u2014\u200amais ce qui s\u2019y affirme ain\u00adsi c\u2019est toute la vie des hommes, tous leurs espoirs, toutes leurs mis\u00e8res, tous leur efforts de dou\u00adleur et de joie, tous les aspects de leur acti\u00advi\u00adt\u00e9 dans la quo\u00adti\u00addienne lutte, toute la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 humaine telle que Bal\u00adzac l\u2019a vue, l\u2019a ima\u00adgi\u00adn\u00e9e, l\u2019a recr\u00e9e dans son cer\u00adveau vision\u00adnaire pour nous en dres\u00adser le grouillant spec\u00adtacle. Ain\u00adsi ce fut tout un monde dont il sut \u00eatre le cr\u00e9a\u00adteur\u200a\u2014\u200aun monde mille fois plus vivant que le monde r\u00e9el, un monde de vie intense o\u00f9 toutes les ver\u00adtus et tous les vices, toutes les tares et toutes les gran\u00addeurs des hommes se trouvent immor\u00adtel\u00adle\u00adment h\u00e9ro\u00ef\u00ads\u00e9s. Et cepen\u00addant ce, monde fabu\u00adleux est plus vrai que le monde des r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s fragmentaires.<\/p>\n<p>Avez-vous jamais connu des \u00eatres plus \u00e9mou\u00advants dans leur lai\u00addeur morale que le p\u00e8re Gran\u00addet ou le p\u00e8re S\u00e9chard&nbsp;? Avez-vous jamais ren\u00adcon\u00adtr\u00e9 des \u00eatres aus\u00adsi pure\u00adment ado\u00adrables qu\u2019Eug\u00e9nie Gran\u00addet, qu\u2019\u00c8ve et David S\u00e9chard&nbsp;? Avez-vous trou\u00adv\u00e9 une acti\u00advi\u00adt\u00e9 de jeu\u00adnesse aus\u00adsi f\u00e9bri\u00adle\u00adment d\u00e9bor\u00addante que celle de Lucien de Rubem\u00adpr\u00e9&nbsp;? Le roman\u00adcier anglais Oscar Wilde \u00e9cri\u00advait dans ses \u00ab&nbsp;Inten\u00adtions&nbsp;\u00bb que jamais, il n\u2019avait autant pleu\u00adr\u00e9 dans sa vie qu\u2019\u00e0 la mort de Lucien de Rubem\u00adpr\u00e9. Oscar Wilde \u00e9tait assez com\u00adplexe pour que nous puis\u00adsions l\u2019\u00e9couter. Ses larmes ne sont pas de faciles effu\u00adsions \u00e0 la mani\u00e8re du pleur quo\u00adti\u00addien d\u2019une midi\u00adnette avide de roman-feuille\u00adton. Cepen\u00addant je crois que Bal\u00adzac put ce miracle d\u2019\u00e9mouvoir \u00e0 la fois Oscar Wilde et la midi\u00adnette, d\u2019unir dans la m\u00eame sim\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 des pleurs le let\u00adtr\u00e9 le plus raf\u00adfi\u00adn\u00e9 et la plus na\u00efve des igno\u00adrantes lec\u00adtrices, et ce n\u2019est l\u00e0 qu\u2019un des mille et un miracles de l\u2019\u0153uvre balzacienne.<\/p>\n<p>Tout est pos\u00adsible dans le monde d\u2019un cr\u00e9a\u00adteur aus\u00adsi for\u00admi\u00adda\u00adble\u00adment g\u00e9nial que le fut Bal\u00adzac. C\u2019est que la vie dont il s\u2019est ser\u00advi ne lui fut pas un mod\u00e8le, mais une mati\u00e8re qu\u2019il p\u00e9trit puis\u00adsam\u00adment dans ses mains d\u00e9ci\u00add\u00e9es, afin de faire, sur\u00adgir de l\u2019\u00e9treinte de ses doigts divins tout un monde nou\u00adveau, sui\u00advant sa propre cr\u00e9a\u00adtion. Pas\u00adsez un mois \u00e0 lire la \u00ab&nbsp;Com\u00e9\u00addie Humaine&nbsp;\u00bb vous vous y pas\u00adsion\u00adne\u00adrez au point d\u2019y oublier la vie r\u00e9elle&nbsp;; vous ne pen\u00adse\u00adrez plus le matin \u00e0 conna\u00eetre les nou\u00advelles v\u00e9cues que nous apportent jour\u00adnaux&nbsp;; vous ne vou\u00addrez plus rien savoir de votre his\u00adtoire&nbsp;; tout de la vie contem\u00adpo\u00adraine vous para\u00ee\u00adtra sans int\u00e9\u00adr\u00eat, les \u00eatres que vous connais\u00adsez vous para\u00ee\u00adtront des ombres ou des fan\u00adtoches. La Vie, la vraie vie, vous la trou\u00adve\u00adrez, intense, tour\u00admen\u00adt\u00e9e, fi\u00e9\u00advreuse, mul\u00adti\u00adfor\u00adm\u00e9\u00adment active dans les his\u00adtoires du roman\u00adcier. Vous en sui\u00advrez hale\u00adtant le cours tra\u00adgique. Vous vivrez avez ses h\u00e9ros toutes les dou\u00adleurs et tous les espoirs du c\u0153ur des hommes, mais vous les vivrez aux bat\u00adte\u00adments d\u2019un c\u0153ur unique en ses haines comme en ses amours. Vous vivriez toutes les conqu\u00eates et toutes les chi\u00adm\u00e8res et toutes les d\u00e9s\u00adillu\u00adsions, et vous serez m\u00eame pr\u00e9\u00adsent et souf\u00adfrant aux angoisses et aux transes de la lutte avec la mort. Et quand vous aurez ain\u00adsi v\u00e9cu de toutes les h\u00e9ro\u00efques ima\u00adgi\u00adna\u00adtions bal\u00adza\u00adciennes\u200a\u2014\u200avous, qui durant ce temps, n\u2019aurez m\u00eame plus son\u00adg\u00e9 \u00e0 faire atten\u00adtion au m\u00e9diocre cours de la vie envi\u00adron\u00adnante\u200a\u2014\u200avous retour\u00adne\u00adrez aux com\u00adbats de cette vie, non pas avec la las\u00adsi\u00adtude et le d\u00e9go\u00fbt de la dure et terne r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, mais avec une flamme neuve et un cou\u00adrage jeune que vous aurez acquis en la com\u00adpa\u00adgnie de cer\u00adtains h\u00e9ros du conteur. Vous ver\u00adrez le monde \u00e0 la fois plus laid et plus beau qu\u2019il ne vous sem\u00adblait aupa\u00adra\u00advant, et vous vou\u00addrez agir et vous aurez la force de cette acti\u00advi\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200acomme si vous ne fai\u00adsiez que pour\u00adsuivre avec vous-m\u00eame, en votre vraie vie, l\u2019action intense des romans que vous venez de&nbsp;lire.<\/p>\n<p>Si Bal\u00adzac est un si magique cr\u00e9a\u00adteur d\u2019illusions, s\u2019il est cet effr\u00e9\u00adn\u00e9 roman\u00adtique que nous venons de dire, com\u00adment alors le r\u00e9a\u00adlisme contem\u00adpo\u00adrain a\u2011t-il pu le reven\u00addi\u00adquer pour&nbsp;p\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n<p>Il y a de tout dans l\u2019\u0153uvre de Bal\u00adzac, car c\u2019est tout un monde. Il y a des \u00e2mes d\u2019\u00e9lite et d\u2019extraordinaires monstres, nous l\u2019avons vu. Mais on y trouve aus\u00adsi, en contraste et comme ser\u00advant de fond en teintes de gri\u00adsailles, la foule des \u00eatres m\u00e9diocres, aux mornes exis\u00adtences v\u00e9g\u00e9tatives.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, dans un roman bal\u00adza\u00adcien, aucune de ces vies banales et vul\u00adgaires ne devient le sujet prin\u00adci\u00adpal. Cela reste tou\u00adjours un d\u00e9tail qui doit nous ser\u00advir \u00e0 mieux com\u00adprendre l\u2019\u00e9volution du h\u00e9ros, les cir\u00adcons\u00adtances de son acte. Jamais non plus Bal\u00adzac ne s\u2019attachera \u00e0 la des\u00adcrip\u00adtion du monde ext\u00e9\u00adrieur, nature de cam\u00adpagne ou de ville, pour le seul sou\u00adci vain de d\u00e9crire une chose qui est. S\u2019il nous d\u00e9crit un pays, une ville, un mai\u00adson, un ate\u00adlier une usine, c\u2019est qu\u2019ici ou l\u00e0 un h\u00e9ros de bien ou de mal se pas\u00adsionne, en tire souf\u00adfrance ou sa joie, y prend la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019exalter son \u00eatre jusqu\u2019au triomphe ou jusqu\u2019au mar\u00adtyre. Le monde objec\u00adtif pour Bal\u00adzac n\u2019est qu\u2019une condi\u00adtion de son sujet\u200a\u2014\u200aet son sujet peut s\u2019enrichir des d\u00e9tails du r\u00e9el parce que c\u2019est un esprit d\u2019id\u00e9aliste qui a trou\u00adv\u00e9 ce sujet et choi\u00adsi ces d\u00e9tails.<\/p>\n<p>En lisant les Natu\u00adra\u00adlistes on voit com\u00adment cer\u00adtains de ces \u00e9cri\u00advains, au contraire de Bal\u00adzac, et se croyant cepen\u00addant les h\u00e9ri\u00adtiers du r\u00e9a\u00adlisme bal\u00adza\u00adcien, furent les mornes esclaves d\u2019une plate r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 et com\u00adment ceux d\u2019entre ces Natu\u00adra\u00adlistes, qui m\u00e9ritent notre admi\u00adra\u00adtion, sont jus\u00adte\u00adment ceux dont l\u2019intuitif esprit cr\u00e9a\u00adteur a d\u00e9bor\u00add\u00e9 en ima\u00adgi\u00adna\u00adtions puis\u00adsantes ou en fr\u00e9\u00admis\u00adsantes sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s les bar\u00adri\u00e8res sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtiques de l\u2019\u00e9troit r\u00e9alisme.<\/p>\n<p>Mais l\u2019autre grand \u00e9cri\u00advain en qui nous voyons la troi\u00adsi\u00e8me source du roman moderne va nous ser\u00advir d\u00e9j\u00e0 \u00e0 dis\u00adcer\u00adner les pre\u00admiers ravages de ce pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9 lit\u00adt\u00e9\u00adraire. Le cas de Gus\u00adtave Flau\u00adbert est le plus com\u00adplexe qu\u2019il soit. Pour dis\u00adcer\u00adner sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, pla\u00ad\u00e7ons-l\u00e0 dans son temps et cher\u00adchons des rap\u00adports. Sten\u00addhal et Bal\u00adzac \u00e9taient contem\u00adpo\u00adrains du Roman\u00adtisme po\u00e9\u00adtique et nous avons vu com\u00adment ils en furent dignes. Il n\u2019en est pas moins impor\u00adtant de savoir que te roman\u00adcier Flau\u00adbert lut contem\u00adpo\u00adrain du po\u00e8te Leconte de Lisle. L\u2019id\u00e9al de Flau\u00adbert et celui de l\u2019auteur des <i>Po\u00e8mes Bar\u00adbares<\/i> sont fr\u00e8res. Tous deux ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole du po\u00e8te Th\u00e9o\u00adphile Gau\u00adtier, l\u2019\u00e9cole de l\u2019<i>Art pour l\u2019Art<\/i>,\u200a\u2014\u200atous deux y ont pui\u00ads\u00e9 le sou\u00adci de la per\u00adfec\u00adtion de la forme, l\u2019amour de la tech\u00adnique scru\u00adpu\u00adleuse et savante. Tous deux ont deman\u00add\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9rudition la mati\u00e8re de leur \u0153uvre. Flau\u00adbert a vou\u00adlu objec\u00adti\u00adver le roman comme Leconte de Lisle a pr\u00e9\u00adten\u00addu objec\u00adti\u00adver le lyrisme. L\u2019un et l\u2019autre ont vou\u00adlu s\u2019\u00e9liminer de leur \u0153uvre afin de repro\u00adduire impas\u00adsi\u00adble\u00adment les tableaux de la&nbsp;Vie.<\/p>\n<p>Ici s\u2019affirme donc le paral\u00adl\u00e9\u00adlisme entre l\u2019\u00e9volution de la po\u00e9\u00adsie et celle du roman. La contem\u00adpo\u00adra\u00adn\u00e9i\u00adt\u00e9 et la simi\u00adli\u00adtude d\u2019id\u00e9es de Flau\u00adbert et de Leconte de Lisle sont frap\u00adpantes, mais plus encore nous y atta\u00adche\u00adrons d\u2019importance si son\u00adgeons que tous deux furent \u00e9ga\u00adle\u00adment contem\u00adpo\u00adrains d\u2019Ernest Renan.<\/p>\n<p>Avec Renan (1848\u200a\u2013\u200a1868) s\u2019affirme avec s\u00e9duc\u00adtion et par une claire logique la recherche m\u00e9tho\u00addique du vrai. Le ratio\u00adna\u00adlisme scien\u00adti\u00adfique trouve en cet \u00e9cri\u00advain un habile d\u00e9fen\u00adseur. D\u00e8s lors tout va pas\u00adser au crible de l\u2019analyse rena\u00adnienne&nbsp;; tout va se r\u00e9duire \u00e0 un d\u00e9ter\u00admi\u00adnisme exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adtal. D\u2019ailleurs Renan ne fai\u00adsait que vul\u00adga\u00adri\u00adser avec dis\u00adtinc\u00adtion dans le monde des lettres, des prin\u00adcipes et des m\u00e9thodes qui s\u2019affirmaient d\u00e9j\u00e0 depuis un moment chez les phi\u00adlo\u00adsophes de ce xixe si\u00e8cle en pleine maturit\u00e9.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s le posi\u00adti\u00advisme d\u2019Auguste Comte et les psy\u00adcho\u00adlogues exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adtaux de 1\u2019Angleterre, apr\u00e8s Stuart Mill, Bain et Spen\u00adcer, ce furent les psy\u00adcho-phy\u00adsio\u00adlogues alle\u00admands qui furent en&nbsp;vogue.&nbsp;<\/p>\n<p>Tout cela venait d\u2019ailleurs \u00e0 la suite des grandes d\u00e9cou\u00advertes scien\u00adti\u00adfiques dans le domaine de la m\u00e9ca\u00adnique et de la chi\u00admie et de leurs appli\u00adca\u00adtions phy\u00adsio\u00adlo\u00adgiques. Les hommes en furent \u00e9blouis et crurent que tout devait se subor\u00addon\u00adner aux m\u00e9thodes de la science jusqu\u2019alors exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adt\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire de la seule science des corps, tout, m\u00eame leur vie int\u00e9\u00adrieure, et par cons\u00e9\u00adquent leur art et leur lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, ne se ren\u00addant pas compte que le libre jeu de leur fan\u00adtai\u00adsie, de leur sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 ou de leur ima\u00adgi\u00adna\u00adtion pas\u00adsion\u00adnelle contri\u00adbue\u00adrait bien mieux \u00e0 consti\u00adtuer la docu\u00admen\u00adta\u00adtion n\u00e9ces\u00adsaire pour les fon\u00adde\u00adments d\u2019une psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie. Les natu\u00adra\u00adlistes vou\u00adlurent accen\u00adtuer ce sou\u00adci d\u2019exactitude et d\u2019objectivit\u00e9 en art, mais cela ne suf\u00adfit, heu\u00adreu\u00adse\u00adment, pas \u00e0 \u00e9touf\u00adfer le G\u00e9nie cr\u00e9a\u00adteur de quelques-uns d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Sten\u00addhal, Bal\u00adzac, Flau\u00adbert, telles sont les trois, puis\u00adsantes sources fran\u00ad\u00e7aises du roman moderne. Mais il en fut aus\u00adsi de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Nous en avons d\u00e9j\u00e0 dis\u00adcer\u00adn\u00e9 quelques-unes venant d\u2019Angleterre et d\u2019Allemagne, mais c\u2019\u00e9taient des sources empoi\u00adson\u00adn\u00e9es du fatal microbe de l\u2019analyse exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Il en fut aus\u00adsi de f\u00e9condes. Il y eut d\u2019abord l\u2019adorable conteur Dickens, qui fut une source de fine \u00e9mo\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9, de ten\u00addresse et de po\u00e9\u00adtique vision. Dickens, qui apprit \u00e0 notre Alphonse Dau\u00addet \u00e0 se conna\u00eetre pour se conter \u00e0 son&nbsp;tour.<\/p>\n<p>Il y eut aus\u00adsi les Russes&nbsp;: Tour\u00adgue\u00adnef et Dos\u00adto\u00efews\u00adky et sur\u00adtout Tol\u00adsto\u00ef, et enfin Gor\u00adki, dont les \u00e2mes de lumi\u00e8re furent pour un grand, nombre d\u2019\u00e9crivains fran\u00ad\u00e7ais des phares, d\u2019amour amour vers un Id\u00e9al nou\u00adveau. Il y eut l\u2019alti\u00e8re chan\u00adson de soli\u00adtude du grand et amer Nietzsche, dont l\u2019individualisme impi\u00adtoyable gui\u00adda cer\u00adtains de nos roman\u00adciers en des voies, moins popu\u00adlaires. Il y eut aus\u00adsi Oscar Wilde, dont l\u2019imagination esth\u00e9\u00adtique dora la fin du si\u00e8cle d\u2019un rayon d\u2019inoubliable l\u00e9gende.<\/p>\n<p>Telles sont, bonnes ou mau\u00advaises, les prin\u00adci\u00adpales sources intel\u00adlec\u00adtuelles ou morales du roman moderne. Mais le cer\u00adveau ou le c\u0153ur ne guident pas seuls les plumes des \u00e9cri\u00advains. Il faut comp\u00adter aus\u00adsi avec la vie sociale\u200a\u2014\u200aet m\u00eame avec la vie poli\u00adtique. Assu\u00adr\u00e9\u00adment celles-ci ne sont pas les plus pures des sources, mais, quel\u00adque\u00adfois, elles en sont les plus puis\u00adsantes, celles qui se d\u00e9ve\u00adlop\u00adpant en tor\u00adrents et cr\u00e9ant des fleuves, draguent en leurs eaux les plus nom\u00adbreuses pro\u00adduc\u00adtions\u200a\u2014\u200ales \u0153uvres que le moment impose, que la Foule acclame et qui volent la gloire aux grandes \u0153uvres de Beau\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200ajusqu\u2019au jour de la Pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 o\u00f9 elles s\u2019an\u00e9antissent avec les Soci\u00e9\u00adt\u00e9s et les M\u0153urs qui les ont engendr\u00e9es.<\/p>\n<p>[\/\u200bAndr\u00e9 <sc>Colo\u00admer<\/sc>.\/\u200b]<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019histoire du roman fran\u00ad\u00e7ais dans ces qua\u00adrante der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es pr\u00e9\u00adsente aux yeux d\u2019un obser\u00adva\u00adteur conscien\u00adcieux le plus \u00e9tour\u00addis\u00adsant des spec\u00adtacles. Chaos immense et tour\u00adbillon\u00adnant d\u2019\u0153uvres mul\u00adtiples fai\u00adsant dan\u00adser sur des rythmes de tous genres les images les plus diverses. 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