{"id":3550,"date":"2013-05-11T11:14:15","date_gmt":"2013-05-11T11:14:15","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/05\/11\/tolstoi-etait-il-individualiste\/"},"modified":"2013-05-11T11:14:15","modified_gmt":"2013-05-11T11:14:15","slug":"tolstoi-etait-il-individualiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/05\/11\/tolstoi-etait-il-individualiste\/","title":{"rendered":"Tolsto\u00ef \u00e9tait-il individualiste&nbsp;?"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p>_\u200b <\/p>\n<div align=\"justify\">\n\n<p>Tout ce qui est beau\u200a\u2014\u200aet le beau est tou\u00adjours grand, m\u00eame quand il appar\u00adtient au minus\u00adcule \u2015 engendre l\u2019a\u00admour. C\u2019est ain\u00adsi que Tol\u00adsto\u00ef s\u2019a\u00admou\u00adra\u00adcha de la beau\u00adt\u00e9. Il fut grand, c\u2019est-\u00e0-dire magni\u00adfique quant \u00e0 l\u2019a\u00admour, s\u2019ai\u00admant lui-m\u00eame plus que tous les autres \u00eatres&nbsp;; il fut grand, c\u2019est-\u00e0-dire exquis et excellent, quant \u00e0 la souf\u00adfrance, car nul autre homme ne l\u2019\u00e9\u00adga\u00adla quant au d\u00e9li\u00adcat sen\u00adti\u00adment de la dou\u00adleur&nbsp;; il fut grand, super\u00adbe\u00adment grand, quant \u00e0 la lutte, car jamais, au dedans d\u2019une per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, ne se livr\u00e8rent des com\u00adbats comme ceux que sou\u00adtinrent en lui la vie et la mort, l\u2019\u00eatre et le non-\u00eatre, ce qui pal\u00adpite dans la chair et ce qui s\u2019i\u00adma\u00adgine dans le cer\u00adveau. C\u2019est \u00e0 cause de cette lutte\u200a\u2014\u200aet gr\u00e2ce \u00e0 elle \u2015 que nous connais\u00adsons Tol\u00adsto\u00ef&nbsp;; c\u2019est \u00e0 cause d\u2019elle que l\u2019oc\u00adca\u00adsion nous a \u00e9t\u00e9 don\u00adn\u00e9e de conna\u00eetre le bien et le mal, ce que d\u00e9sire l\u2019homme quand il aime comme homme et ce qu\u2019il souffre quand il veut aimer comme un saint ou comme un&nbsp;dieu.<\/p>\n<p>Cha\u00adcun de nous qui aima Tol\u00adsto\u00ef\u200a\u2014\u200aet celui qui aime n\u2019ou\u00adblie jamais le motif qui l\u2019a pous\u00ads\u00e9 \u00e0 aimer\u200a\u2014\u200agarde de lui un sou\u00adve\u00adnir, ce qui \u00e9qui\u00advaut \u00e0 la for\u00adma\u00adtion d\u2019un juge\u00adment ou \u00e0 la pos\u00adses\u00adsion d\u2019une connais\u00adsance quant \u00e0 celui que nous aimons. Devant ma conscience passe l\u2019i\u00admage de Tol\u00adsto\u00ef\u200a\u2014\u200ade sa vie, de son \u0153uvre\u200a\u2014\u200atelle que mon cer\u00adveau la for\u00adgea ou r\u00e9unis\u00adsant les mat\u00e9\u00adriaux que m\u2019ap\u00adpor\u00adt\u00e8rent l\u2019af\u00adfec\u00adtion, l\u2019in\u00adtel\u00adli\u00adgence et l\u2019intuition.<\/p>\n<p>J\u2019ai lu son \u0153uvre\u200a\u2014\u200anon comme le lec\u00adteur qui se laisse entra\u00ee\u00adner par des images ou des argu\u00adments comme s\u2019il s\u2019a\u00adgis\u00adsait d\u2019un chas\u00adseur de papillons qui, ne se sou\u00adciant que des cou\u00adleurs \u00e9cla\u00adtantes de ces beaux insectes ail\u00e9s, oublie la beau\u00adt\u00e9 s\u00e9v\u00e8re et magni\u00adfique de la for\u00eat. Je l\u2019ai lue en m\u2019en p\u00e9n\u00e9\u00adtrant, me lais\u00adsant enve\u00adlop\u00adper et ber\u00adcer par la musi\u00adca\u00adli\u00adt\u00e9 suave et douce de sa parole, tan\u00adt\u00f4t ver\u00adsant de douces larmes sur la terre ch\u00e9\u00adrie ou le fils bien-aim\u00e9, tan\u00adt\u00f4t pas\u00adsant des nuits d\u2019in\u00adsom\u00adnie parce que je ne trou\u00advais pas en mon cer\u00adveau une r\u00e9ponse ad\u00e9\u00adquate \u00e0 la ques\u00adtion imp\u00e9\u00adrieuse qui d\u00e9chi\u00adrait mon \u00e2me, ou encore parce que je ne d\u00e9cou\u00advrais pas en mon c\u0153ur le baume d\u2019a\u00admour n\u00e9ces\u00adsaire pour \u00eatre aus\u00adsi bon que mon moi l\u2019exi\u00adgeait. J\u2019ai lu cette \u0153uvre en posant des ques\u00adtions g\u00e9n\u00e9\u00adrales et en m\u2019in\u00adter\u00adro\u00adgeant per\u00adson\u00adnel\u00adle\u00adment&nbsp;; cher\u00adchant \u00e0 r\u00e9pondre moi-m\u00eame aux ques\u00adtions pos\u00e9es par Tol\u00adsto\u00ef. Apr\u00e8s avoir ana\u00adly\u00ads\u00e9 ses r\u00e9ponses, je me suis sen\u00adti chair de sa chair&nbsp;; j\u2019ai res\u00adsen\u00adti la mor\u00adsure de sa dou\u00adleur&nbsp;; j\u2019ai ri de tout mon c\u0153ur, d\u2019un rire qui me secouait tout le corps lorsque je le voyais \u00ab&nbsp;rire&nbsp;\u00bb. Dans ma jeu\u00adnesse, je l\u2019ai contem\u00adpl\u00e9 sou\u00adventes fois \u00e0 tra\u00advers les regards de mon ima\u00adgi\u00adna\u00adtion, j\u2019ai sui\u00advi ses pas tout au long de ses livres, je me suis effor\u00adc\u00e9 de d\u00e9ga\u00adger le sens pro\u00adfond de telle phrase, sor\u00adtie de sa plume, j\u2019ai sen\u00adti comme lui et ses dou\u00adleurs ont \u00e9t\u00e9 les miennes.<\/p>\n<p>Le temps pas\u00adsant, la vie me pr\u00e9\u00adsen\u00adtant un visage hos\u00adtile, et comme je devais gagner mon pain \u00e0 la sueur de mon corps, celle du front comp\u00adtant pour peu \u00e0 cet \u00e9gard\u200a\u2014\u200aje cor\u00adri\u00adgeai mon appr\u00e9\u00adcia\u00adtion pre\u00admi\u00e8re, me repro\u00adchant d\u2019a\u00advoir \u00e9t\u00e9 aveu\u00adgl\u00e9 par l\u2019af\u00adfec\u00adtion&nbsp;; je consi\u00add\u00e9\u00adrais donc cette \u0153uvre avec plus de s\u00e9r\u00e9\u00adni\u00adt\u00e9 qu\u2019au\u00adpa\u00adra\u00advant et je rec\u00adti\u00adfiai mon juge\u00adment, ce juge\u00adment que j\u2019a\u00advais cru d\u00e9fi\u00adni\u00adtif et sans appel. Com\u00adbien de fois n\u2019ai-je pas com\u00admen\u00adc\u00e9 \u00ab&nbsp;Ma confes\u00adsion&nbsp;\u00bb parce que je dou\u00adtais\u200a\u2014\u200aet chaque fois mon doute \u00e9tait dif\u00adf\u00e9\u00adrent\u200a\u2014\u200acom\u00adbien de fois ne me suis-je pas deman\u00add\u00e9 si tout cela n\u2019\u00e9\u00adtait pas d\u00fb \u00e0 ce que s\u2019\u00e9\u00adva\u00adnouis\u00adsait en moi la ten\u00addresse \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adgard du ma\u00eetre&nbsp;?<\/p>\n<p>Un jour que je m\u00e9di\u00adtais sur sa vie et son \u0153uvre, sou\u00addain\u200a\u2014\u200aavec la promp\u00adti\u00adtude qu\u2019emploient pour vous assaillir les mau\u00advaises pen\u00ads\u00e9es\u200a\u2014\u200aun doute, h\u00e9r\u00e9\u00adtique et per\u00advers, s\u2019in\u00adsi\u00adnua en mon esprit \u00ab&nbsp;Tol\u00adsto\u00ef, ton ma\u00eetre et sei\u00adgneur n\u2019a\u00adgit pas comme il le dit&nbsp;\u00bb. Ce doute mina mon orga\u00adnisme au point de me rendre malade. Je m\u2019y arr\u00ea\u00adtai long\u00adtemps. Je relus son \u0153uvre, je la consul\u00adtai, j\u2019\u00e9\u00adtu\u00addiai sa doc\u00adtrine \u00e0 tra\u00advers la prose \u00e9mol\u00adliente de ses livres, j\u2019a\u00adna\u00adly\u00adsai les carac\u00adt\u00e8res des hommes et des femmes qu\u2019il avait \u00ab&nbsp;d\u00e9peints&nbsp;\u00bb, je m\u2019en\u00adquis du degr\u00e9 de v\u00e9ra\u00adci\u00adt\u00e9 de ses dona\u00adtions aux pay\u00adsans, j\u2019ex\u00adhu\u00admai de la pous\u00adsi\u00e8re des \u00e9glises les vieilles croyances qui vol\u00adti\u00adgeaient comme de gros oiseaux incon\u00adnus dans son cer\u00adveau si bien rempli\u2026<\/p>\n<p>Une fois m\u00eame, effray\u00e9 de mon audace, je me dis \u00e0 moi-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tol\u00adsto\u00ef n\u2019est pas un fr\u00e8re des hommes. Tol\u00adsto\u00ef est un \u00e9go\u00efste. Son corps et sa foi sont des choses dis\u00adtinctes et contraires. Celle-ci nie ce que son corps d\u00e9sire et ambi\u00adtionne ce que celui-l\u00e0 ne peut lui don\u00adner&nbsp;\u00bb. Et \u00e0 par\u00adtir du moment o\u00f9 je pen\u00adsai ain\u00adsi, je ne le regar\u00addai plus avec les m\u00eames yeux, et quant \u00e0 sa lutte, tita\u00adnique et bru\u00adtale, je ne me four\u00advoyai pas\u200a\u2014\u200apour autant que j\u2019en fis l\u2019a\u00adna\u00adlyse\u200a\u2014\u200adans l\u2019er\u00adreur o\u00f9 sont tom\u00adb\u00e9s ses bio\u00adgraphes et ses ex\u00e9\u00adg\u00e8tes quand ils ont trai\u00adt\u00e9 de cette m\u00eame lutte et de ses mobiles. Je dis\u00adtin\u00adguai d\u2019autres motifs, plus ter\u00adrestres, plus per\u00adson\u00adnels, qui don\u00adn\u00e8rent nais\u00adsance \u00e0 une guerre int\u00e9\u00adrieure, \u00e0 une \u00e9po\u00adp\u00e9e magni\u00adfique et gran\u00addiose, qui n\u2019eut sa pareille dans aucun autre cer\u00adveau humain, car la per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 de Tol\u00adsto\u00ef est une des plus vigou\u00adreuses que l\u2019his\u00adtoire ait connue et ses croyances, se suc\u00adc\u00e9\u00addant les unes aux autres en un tour\u00adbillon in\u00e9ga\u00adl\u00e9, sont bien autre chose que les croyances de sa race, les croyances de l\u2019es\u00adp\u00e8ce\u200a\u2014\u200acela parce que Tol\u00adsto\u00ef repr\u00e9\u00adsente, comme aucun autre exem\u00adplaire humain ne l\u2019a fait, l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 en l\u2019es\u00adsor de la pen\u00ads\u00e9e qui lib\u00e8re et en la pro\u00adfon\u00addeur de la croyance qui anni\u00adhile. La lutte sans \u00e9gale qui eut pour t\u00e9moin muet la pai\u00adsible cam\u00adpagne de Ias\u00adna\u00efa Polia\u00adna, fut par cons\u00e9\u00adquent la lutte entre une gigan\u00adtesque indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9 humaine et l\u2019es\u00adp\u00e8ce \u00e0 laquelle ce cyclope appartenait.<\/p>\n<p>Posons-nous quelques ques\u00adtions qui se bous\u00adculent pour s\u2019\u00e9\u00adva\u00adder de ma plume&nbsp;: Tol\u00adsto\u00ef \u00e9tait-il indi\u00advi\u00addua\u00adliste&nbsp;? Pour qui \u00e9cri\u00advait-il&nbsp;; pour lui ou pour autrui&nbsp;? Qu\u2019est-ce que sa vie&nbsp;: un dia\u00adlogue avec quel\u00adqu\u2019un, dieu ou homme, abs\u00adtrac\u00adtion ou r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200aou bien un mono\u00adlogue&nbsp;? Ses \u0153uvres ne sont-elles pas des frag\u00adments de sa vie mar\u00adty\u00adri\u00ads\u00e9e&nbsp;? Ne mani\u00adfeste-t-il pas en elles ce qu\u2019il sent, ce qui se passe en lui, davan\u00adtage que ce qu\u2019il per\u00ad\u00e7oit&nbsp;? Le mou\u00adjik qu\u2019il d\u00e9peint&nbsp;: est-ce le mou\u00adjik r\u00e9el ou celui qu\u2019il serait, \u00ab&nbsp;celui qu\u2019il inter\u00adpr\u00e8te, lui, Tol\u00adsto\u00ef&nbsp;\u00bb, l\u2019ar\u00adtiste qui s\u2019en va au-del\u00e0 de la vie&nbsp;? S\u2019il s\u2019ou\u00adblie quel\u00adque\u00adfois lui-m\u00eame, cela veut-il dire qu\u2019il oublie son \u00ab&nbsp;ego&nbsp;\u00bb pour ne pas \u0153uvrer en \u00e9go\u00efste&nbsp;? S\u2019est-il sou\u00admis \u00e0 la vie fami\u00adliale, au cri\u00adt\u00e8re fami\u00adlial, \u00e0 l\u2019a\u00admour fami\u00adlial \u2015 ou a\u2011t-il d\u00e9ser\u00adt\u00e9 la famille lors\u00adqu\u2019il s\u2019est consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9 comme oppri\u00adm\u00e9 par elle&nbsp;? Lors\u00adqu\u2019il fait l\u2019ins\u00adti\u00adtu\u00adteur, qui rem\u00adplit l\u2019\u00e9\u00adcole&nbsp;: lui ou les pauvres enfants, lui ou les mis\u00e9\u00adrables cam\u00adpa\u00adgnards&nbsp;? Et quand il laboure son champ&nbsp;: oublie-t-il quel\u00adque\u00adfois qu\u2019il est le labou\u00adreur Tolsto\u00ef&nbsp;?<\/p>\n<p>Comme tout bon \u00e9go\u00efste, il ne se sou\u00admet \u00e0 aucune auto\u00adri\u00adt\u00e9, \u00e0 aucun tri\u00adbu\u00adnal, \u00e0 aucune reli\u00adgion. Par \u00e9go\u00efsme, il s\u2019in\u00adsurge contre le tsar et lui tient ouver\u00adte\u00adment t\u00eate. Par \u00e9go\u00efsme, il se juge lui-m\u00eame, jour et nuit, sans r\u00e9pit, toute sa vie&nbsp;; par \u00e9go\u00efsme, apr\u00e8s avoir \u00e9tu\u00addi\u00e9 et d\u00e9pr\u00e9\u00adci\u00e9 toutes les reli\u00adgions, il en invente une \u00e0 sa propre inten\u00adtion&nbsp;; par \u00e9go\u00efsme enfin, parce que son moi ne peut \u00e9pou\u00adser l\u2019\u00e9\u00adtroi\u00adtesse d\u2019au\u00adcun par\u00adti, il se tient \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adcart de toute politique.<\/p>\n<p>Quoi\u00adqu\u2019en \u00e9cri\u00advant, il semble s\u2019a\u00addres\u00adser aux autres, c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019il parle. Un qui ne serait pas indi\u00advi\u00addua\u00adliste\u200a\u2014\u200aon pos\u00ads\u00e8de des dons ou des qua\u00adli\u00adt\u00e9s qu\u2019on ignore et dont \u00e0 cause de cela on fait peu de cas\u200a\u2014\u200ane se livre\u00adrait pas \u00e0 une intros\u00adpec\u00adtion aus\u00adsi minu\u00adtieuse, envi\u00adsa\u00adg\u00e9e avec tant de s\u00e9v\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9. Dans tout ce qu\u2019il regarde, Tol\u00adsto\u00ef s\u2019a\u00adper\u00ad\u00e7oit, parce qu\u2019il palpe, piste et sent sa propre poten\u00adtia\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; lors\u00adqu\u2019il veut r\u00e9gler le monde selon ce qu\u2019il entend par bien, il ne le fait pas pour le com\u00adbler de bon\u00adheur, mais pour tran\u00adquilli\u00adser sa conscience, laquelle, supra\u00adsen\u00adsible, l\u2019ac\u00adcuse\u200a\u2014\u200apour apai\u00adser sa souf\u00adfrance, pour se pro\u00adcu\u00adrer une jouis\u00adsance, \u00e0 lui qui trem\u00adblait devant l\u2019i\u00add\u00e9e de plai\u00adsir, \u00e0 cause de la joie qu\u2019il \u00e9prou\u00advait \u00e0 se tor\u00adtu\u00adrer. Ain\u00adsi, lorsque reli\u00adgieux, il veut \u00eatre le plus humble des hommes, ce n\u2019est pas pour eux, mais pour lui, qu\u2019il pr\u00eache l\u2019hu\u00admi\u00adli\u00adt\u00e9, se sen\u00adtant heu\u00adreux \u00e0 l\u2019i\u00add\u00e9e d\u2019a\u00advoir atteint une nou\u00advelle posi\u00adtion, d\u2019a\u00advoir effec\u00adtu\u00e9 en lui une trans\u00adfor\u00adma\u00adtion nou\u00advelle. Aus\u00adsi, plus il vitu\u00adp\u00e8re, plus il se sent tran\u00adquille, car il y a en Tol\u00adsto\u00ef une force vitale si grande que lors m\u00eame qu\u2019il se traite de vil, il \u00ab&nbsp;sait&nbsp;\u00bb bien qu\u2019il n\u2019est jamais tom\u00adb\u00e9 dans l\u2019ab\u00adjec\u00adtion, car jamais homme de sa trempe ne se pr\u00e9\u00adci\u00adpite dans l\u2019i\u00adgno\u00admi\u00adnie. Il s\u2019aus\u00adculte, il s\u2019a\u00adna\u00adlyse&nbsp;: tous ses regards se dirigent sur lui-m\u00eame. Et, ce que Tol\u00adsto\u00ef aima le plus dans la vie fut Tol\u00adsto\u00ef lui-m\u00eame. On ne lui a pas connu d\u2019autre grand&nbsp;amour.<\/p>\n<p>Tol\u00adsto\u00ef n\u2019eut pas \u00e9t\u00e9 grand, s\u2019il n\u2019a\u00advait pas \u00e9t\u00e9 indi\u00advi\u00adduel. Il impri\u00adma son sceau \u00e0 tout ce qu\u2019il tou\u00adcha et tout ce qu\u2019il \u00e9cri\u00advit est r\u00e9duc\u00adtion ou agran\u00addis\u00adse\u00adment, muti\u00adla\u00adtion ou explo\u00adsion de sa propre exis\u00adtence. Il ne v\u00e9cut pas en regar\u00addant le monde, mais en se regar\u00addant lui-m\u00eame, en s\u2019in\u00adter\u00adro\u00adgeant, en se per\u00adfec\u00adtion\u00adnant, en se trans\u00adfor\u00admant. Tou\u00adjours la qui\u00e9\u00adtude est la mort du g\u00e9nie&nbsp;; g\u00e9nial jus\u00adqu\u2019au tr\u00e9\u00adpas, il v\u00e9cut en \u00e9tat de mobi\u00adli\u00adt\u00e9 constante.<\/p>\n<p>Lors\u00adqu\u2019il se hasarde \u00e0 regar\u00adder le monde, il se d\u00e9tourne, \u00e9pou\u00advan\u00adt\u00e9. Le mal d\u2019au\u00adtrui le fait souf\u00adfrir. L\u2019es\u00adth\u00e8te qui est en lui \u00e9prouve de l\u2019hor\u00adreur pour ce qui est laid et l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu se replie sur lui-m\u00eame, se consa\u00adcrant, artiste, \u00e0 douer d\u2019une forme belle, non pas le <i>mal<\/i>, qu\u2019il n\u2019a pas aper\u00ad\u00e7u, mais, par oppo\u00adsi\u00adtion, le <i>bien<\/i> qui r\u00e9side en lui. Dans ce repli sur soi-m\u00eame\u200a\u2014\u200aapr\u00e8s ce coup d\u2019\u0153il sur le monde\u200a\u2014\u200aexiste le d\u00e9sir de se sau\u00adver, lui, Tol\u00adsto\u00ef, puis\u00adqu\u2019il a com\u00adpris l\u2019im\u00adpos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de sau\u00adver les autres. C\u2019est pour\u00adquoi il se demande tr\u00e8s rare\u00adment com\u00adment il se fait que les hommes vivent si mal, ce qu\u2019il se demande sans cesse c\u2019est pour\u00adquoi, lui, il existe. Lors\u00adqu\u2019il \u00e9nonce \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que la vie&nbsp;?&nbsp;\u00bb, il ne pose pas le pro\u00adbl\u00e8me avec l\u2019in\u00adten\u00adtion ana\u00adly\u00adsa\u00adtrice du scien\u00adti\u00adfique, l\u2019\u00e9\u00adten\u00addant \u00e0 la vie en soi, \u00e0 la vie en g\u00e9n\u00e9\u00adral, orga\u00adnique et inor\u00adga\u00adnique&nbsp;; ce qu\u2019il demande en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 c\u2019est \u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que ma vie&nbsp;? Dans quel but et pour\u00adquoi est-ce que je vis&nbsp;?&nbsp;\u00bb. C\u2019est tou\u00adjours lui qu\u2019on retrouve en tout et par\u00adtout. Il ne pos\u00ads\u00e8de\u200a\u2014\u200aaucun g\u00e9nie ne le pos\u00ads\u00e9\u00adda\u200a\u2014\u200aaucun cri\u00adt\u00e8re objec\u00adtif de la vie\u200a\u2014\u200ail se consi\u00add\u00e8re, sub\u00adjec\u00adti\u00adve\u00adment, en tout lieu et \u00e0 tout ins\u00adtant, le centre vital, c\u2019est-\u00e0-dire le centre d\u2019ac\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9. Sa souf\u00adfrance pour autrui n\u2019est qu\u2019ap\u00adpa\u00adrence, c\u2019est pour lui qu\u2019il souffre, pour sa chair tor\u00adtu\u00adr\u00e9e, pour net\u00adtoyer son \u00e2me de ses impu\u00adre\u00adt\u00e9s. Quand son indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9 perd de sa vigueur, quand le sub\u00adjec\u00adtif se rel\u00e8gue en lui&nbsp;; quand, \u00e9pui\u00ads\u00e9, il s\u2019ef\u00adfondre, tombe dans la reli\u00adgion\u200a\u2014\u200ail n\u2019y a plus en lui de fer\u00adme\u00adt\u00e9, de pug\u00adna\u00adci\u00adt\u00e9, de viri\u00adli\u00adt\u00e9. Ce n\u2019est plus qu\u2019un spectre. C\u2019est alors qu\u2019il invente, apr\u00e8s avoir rugi, la doc\u00adtrine de la \u00ab&nbsp;non-r\u00e9sis\u00adtance au mal par la vio\u00adlence&nbsp;\u00bb, concep\u00adtion mys\u00adtique de la&nbsp;vie.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n_<\/p>\n<p>Tol\u00adsto\u00ef fut-il anar\u00adchiste&nbsp;? Per\u00adsonne \u2015 sauf Stir\u00adner\u200a\u2014\u200an\u2019a pro\u00adnon\u00adc\u00e9 de paroles aus\u00adsi viru\u00adlentes contre l\u2019\u00c9\u00adtat, contre le Gou\u00adver\u00adne\u00adment, contre le non-homme. Cepen\u00addant, conti\u00adnua\u00adteur de Socrate, il se fait mora\u00adliste et conseille aux hommes d\u2019a\u00adgir selon leur c\u0153ur. C\u2019est l\u00e0 o\u00f9 com\u00admence sa lutte. Dune part, il aime l\u2019homme libre, celui qui \u00e9chappe au trou\u00adpeau, celui qui d\u00e9so\u00adb\u00e9it aux pas\u00adteurs, il tonne contre ces der\u00adniers et pro\u00adclame la loi de la d\u00e9so\u00adb\u00e9is\u00adsance qui n\u2019est ni plus ni moins que de la r\u00e9bel\u00adlion&nbsp;; d\u2019autre part, par un lien d\u2019a\u00admour, un lien du c\u0153ur, un lien moral, il convie les hommes \u00e0 consti\u00adtuer un doux ensemble social. C\u2019est ici o\u00f9 fai\u00adblit Tol\u00adsto\u00ef&nbsp;; vieillie, sa chair devient incon\u00adsis\u00adtante&nbsp;; la com\u00adba\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 aban\u00addonne son cer\u00adveau, sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 se fane, son indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9 baisse, s\u2019ef\u00adface, s\u2019es\u00adtompe. Il ne d\u00e9crit plus ce qu\u2019il sent, mais ce qu\u2019il \u00ab&nbsp;voit&nbsp;\u00bb, il ne fait plus de l\u2019art, mais de la reli\u00adgion. Il n\u2019\u00e9\u00adcrit plus de beaux romans, mais r\u00e9dige des d\u00e9ca\u00adlogues\u2026 Nietzsche, le \u00ab&nbsp;ter\u00adrible&nbsp;\u00bb Nietzsche, d\u00e9non\u00ad\u00e7ant toutes les morales, sur\u00adpasse, sous ce rap\u00adport, l\u2019au\u00adteur de <i>Guerre et Paix<\/i>. Si Nietzsche avait \u00e9crit en une langue com\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsible aux humbles au lieu de s\u2019a\u00addres\u00adser aux intel\u00adlec\u00adtuels, son \u00ab&nbsp;Zara\u00adthous\u00adtra&nbsp;\u00bb e\u00fbt op\u00e9\u00adr\u00e9 une v\u00e9ri\u00adtable r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion dans les consciences.<\/p>\n<p>Ce qui a de la valeur chez Tol\u00adsto\u00ef, ce qui se trans\u00admet \u00e0 l\u2019es\u00adp\u00e8ce, ce qui enseigne sans \u00eatre un ensei\u00adgne\u00adment, c\u2019est tout ce qu\u2019il y eut chez lui de fort, de com\u00adbat\u00adtif, de viril, d\u2019in\u00adsou\u00admis, de r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire&nbsp;; ce qui pas\u00ads\u00e9 sans lais\u00adser de trace, c\u2019est le condi\u00adtion\u00adn\u00e9, le gr\u00e9\u00adgaire, le moral, le reli\u00adgieux. D\u2019une part, il se sent l\u2019es\u00adclave de ses richesses et veut y renon\u00adcer, atti\u00adtude digne d\u2019un homme qui veut vivre d\u2019ac\u00adcord avec sa doc\u00adtrine de la pau\u00advre\u00adt\u00e9&nbsp;; d\u2019autre part, il craint de perdre ses aises et il se sou\u00admet. Lorsque ses dis\u00adciples, qui se comptent par mil\u00adlions, r\u00e9pri\u00admandent s\u00e9v\u00e8\u00adre\u00adment le comte Tol\u00adsto\u00ef \u00e0 cause du luxe, o\u00f9 il vit, il vacille, il m\u00e9dite, il pense. Mais il y est tel\u00adle\u00adment atta\u00adch\u00e9 qu\u2019il ne l\u2019a\u00adban\u00addonne pas. Ce n\u2019est pas avec plai\u00adsir qu\u2019il porte sa croix, la croix qu\u2019il s\u2019est cr\u00e9\u00e9e lui-m\u00eame, celle dont l\u2019a\u00advaient char\u00adg\u00e9 ceux qu\u2019il avait cat\u00e9\u00adchi\u00ads\u00e9s, les\u00adquels exigent que lors\u00adqu\u2019on parle de pau\u00advre\u00adt\u00e9 on soit pauvre soi-m\u00eame. Alors, croyant se d\u00e9char\u00adger de sa croix, il fait dota\u00adtion de ses biens, non aux pay\u00adsans, mais \u00e0 la com\u00adtesse sa&nbsp;femme.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n_<\/p>\n<p>Il va et vient, consi\u00add\u00e8re la vie, en garde la m\u00e9moire, se laisse \u00e9mou\u00advoir par elle, cr\u00e9e de l\u2019art, che\u00admine vers Dieu. Et, chose curieuse, lors\u00adqu\u2019il se tourne vers le pas\u00ads\u00e9, il se tourne \u00e9ga\u00adle\u00adment, sai\u00adsi d\u2019\u00e9\u00admo\u00adtion, vers la vie, mais quand il d\u00e9sire atteindre ce qu\u2019il consi\u00add\u00e8re comme \u00e9ter\u00adnel, le divin, il r\u00e9fl\u00e9\u00adchit \u00e0 la mort. Sa valeur, valeur per\u00adson\u00adnelle et unique, n\u2019est pas en ce qu\u2019il est, mais en ce qu\u2019il fut, tou\u00adjours en ce qu\u2019il fut. Il est le saint et il fut l\u2019homme. Dans sa lutte \u00e0 l\u2019air libre, en contact avec la nature, l\u2019homme triomphe. Dans la soli\u00adtude de son cabi\u00adnet, n\u2019ayant pour com\u00adpa\u00adgnie que ses pauvres pen\u00ads\u00e9es qui cherchent le divin, le saint triomphe. Cette lutte-l\u00e0 r\u00e9g\u00e9\u00adn\u00e8re, celle-ci an\u00e9antit.<\/p>\n<p>Jamais, chez aucun homme, il n\u2019y eut sem\u00adblable lutte entre l\u2019\u00eatre et le non-\u00eatre. Par tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment, par consti\u00adtu\u00adtion phy\u00adsique, par force vitale, Tol\u00adsto\u00ef est un \u00eatre d\u2019une indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9 exquise&nbsp;; \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9via\u00adtion de sa sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, ce n\u2019est plus qu\u2019un \u00eatre arbi\u00adtrai\u00adre\u00adment sou\u00admit qui tra\u00advaille sans cesse \u00e0 domi\u00adner sa volon\u00adt\u00e9 pour lui impri\u00admer une direc\u00adtion contraire \u00e0 celle que lui indique sa vita\u00adli\u00adt\u00e9. C\u2019est entre ces deux extr\u00eames que se d\u00e9roule constam\u00adment le drame. Lorsque triomphe l\u2019in\u00addi\u00advi\u00adduel\u200a\u2014\u200ac\u2019est-\u00e0-dire la vie\u200a\u2014\u200al\u2019ar\u00adtiste chante, cr\u00e9e et aime son art&nbsp;; quand triomphe le mys\u00adti\u00adcisme\u200a\u2014\u200ac\u2019est-\u00e0-dire la muti\u00adla\u00adtion de la per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, le th\u00e9o\u00adlo\u00adgien abo\u00admine l\u2019art et pr\u00eache.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n_<\/p>\n<p>Tol\u00adsto\u00ef fut-il un indi\u00advi\u00addua\u00adliste, nous nous sommes-nous deman\u00add\u00e9s au d\u00e9but de cet article&nbsp;? Oui et non. Oui, \u00e0 cause de sa vigou\u00adreuse indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 accuse des nuances si suaves, si d\u00e9li\u00adcates, si par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res, qu\u2019elle s\u2019a\u00adv\u00e8re unique, impos\u00adsible \u00e0 confondre avec qui que ce soit. Non, parce qu\u2019\u00e0 cer\u00adtains moments de sa vie\u200a\u2014\u200amoments de fai\u00adblesse\u200a\u2014\u200ail s\u2019a\u00adban\u00addon\u00adna \u00e0 des croyances alour\u00addis\u00adsantes qui muti\u00adl\u00e8rent les ailes de son intelligence.<\/p>\n<p>Ceci dit, qui peut s\u2019ap\u00adpe\u00adler, avec quelque rai\u00adson, son plus proche parent&nbsp;? Le reli\u00adgieux&nbsp;?\u200a\u2014\u200anon, car \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adgard de toutes les reli\u00adgions il fut un h\u00e9t\u00e9\u00adro\u00addoxe. Le poli\u00adtique&nbsp;?\u200a\u2014\u200anon, car il eut en abo\u00admi\u00adna\u00adtion tous les par\u00adtis&nbsp;; le gou\u00adver\u00adne\u00admen\u00adtal&nbsp;?\u200a\u2014\u200aencore moins, car il ana\u00adth\u00e9\u00adma\u00adti\u00adsa toute id\u00e9e et tout fait de gou\u00adver\u00adne\u00adment. Qui est donc son fr\u00e8re&nbsp;? L\u2019a\u00adnar\u00adchiste. Sa vita\u00adli\u00adt\u00e9 fut anar\u00adchiste, et sa per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 unique \u2015 d\u2019une uni\u00adt\u00e9 qui enri\u00adchit l\u2019es\u00adp\u00e8ce\u200a\u2014\u200ac\u2019est-\u00e0-dire une vigou\u00adreuse individualit\u00e9.<\/p>\n<p>[\/\u200bJuan <sc>de Iniesta\/\u200b]\n<\/sc><\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>_\u200b\u200b Tout ce qui est beau\u200a\u2014\u200aet le beau est tou\u00adjours grand, m\u00eame quand il appar\u00adtient au minus\u00adcule \u2015 engendre l\u2019a\u00admour. C\u2019est ain\u00adsi que Tol\u00adsto\u00ef s\u2019a\u00admou\u00adra\u00adcha de la beau\u00adt\u00e9. Il fut grand, c\u2019est-\u00e0-dire magni\u00adfique quant \u00e0 l\u2019a\u00admour, s\u2019ai\u00admant lui-m\u00eame plus que tous les autres \u00eatres&nbsp;; il fut grand, c\u2019est-\u00e0-dire exquis et excellent, quant \u00e0 la souffrance,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[426],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3550","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lunique-n17-janvier-fevrier-1947"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3550"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3550\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3550"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}