{"id":3577,"date":"2013-05-12T21:35:12","date_gmt":"2013-05-12T21:35:12","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/05\/12\/revue-des-revues-20\/"},"modified":"2013-05-12T21:35:12","modified_gmt":"2013-05-12T21:35:12","slug":"revue-des-revues-20","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2013\/05\/12\/revue-des-revues-20\/","title":{"rendered":"Revue des Revues"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3577?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3577?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p><\/p>\n<div align=\"justify\">\n\n<p>Je crois que je ne sau\u00adrai jamais assez bien expri\u00admer la joie que me cause cha\u00adcun des copieux <sc>Cahiers d\u2019aujourd\u2019hui<\/sc> (27, quai de Gre\u00adnelle, Paris).<\/p>\n<p>Voi\u00adci une revue d\u2019une pr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion impec\u00adcable et dont le conte\u00adnu vaut l\u2019habillement. Ce qui est rare. Chose encore plus rare on sait, admi\u00adra\u00adble\u00adment, y dire ce que l\u2019on pense, par\u00adfois d\u2019une fa\u00e7on f\u00e9roce. Cela m\u2019enchante.<\/p>\n<p>Je viens de rece\u00advoir le num\u00e9\u00adro&nbsp;10. Il est consa\u00adcr\u00e9 \u00e0 des <i>Por\u00adtraits plai\u00adsants<\/i> de diverses per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s artis\u00adtiques et lit\u00adt\u00e9\u00adraires. Je ne puis les citer toutes. Ren\u00e9 Arcos parle de Romain Rolland&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Voi\u00adl\u00e0 l\u2019homme de la plus grande patrie et de l\u2019affection totale tel que le chan\u00adta Whit\u00adman\u200a\u2014\u200ale libre citoyen du monde, le com\u00adpa\u00adgnon fra\u00adter\u00adnel \u00e0 tous, le ma\u00eetre sans dis\u00adciples qui pour tout pr\u00eache vous dira&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soyez vous-m\u00eames.&nbsp;\u00bb Oui, mais il met mal les vir\u00adgules, minaude l\u2019esth\u00e8te de s\u00e9rail. C\u2019est, voyez-vous, qu\u2019il a mar\u00adqu\u00e9 rude\u00adment nos finas\u00adsiers, rou\u00adblards, esco\u00adbars et jean-jean de lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture. Et cette engeance a le res\u00adsen\u00adti\u00adment f\u00e9roce.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Fla\u00adminck et un peintre presque c\u00e9l\u00e8bre. Je ne connais pas ses toiles mais j\u2019aime fort ses \u00e9crits. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 ici son remar\u00adquable article sur Guillaume Apol\u00adli\u00adnaire. Aujourd\u2019hui, il nous entre\u00adtient de L\u00e9on&nbsp;Werth&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Un tendre, un sen\u00adti\u00admen\u00adtal qui a des sen\u00adti\u00adments, qu\u2019une injus\u00adtice et une sale\u00adt\u00e9 r\u00e9voltent. Une psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie un peu dou\u00adlou\u00adreuse, car appro\u00adcher le plus pr\u00e8s pos\u00adsible de la vie est chez lui une obsession.<\/i><\/p>\n<p>Dans sa bouche les mots n\u2019ont pas plu\u00adsieurs signi\u00adfi\u00adca\u00adtions, plu\u00adsieurs sens&nbsp;: Werth est un homme qui sait dire oui, qui sait r\u00e9pondre non.<\/p>\n<p>Ces deux mots chez lui ne sont pas \u00e9las\u00adtiques, incon\u00adsis\u00adtants&nbsp;: ces mots ne veulent pas dire&nbsp;: on ver\u00adra demain, je n\u2019ai jamais dit cela, je r\u00e9fl\u00e9\u00adchi\u00adrai, peut-\u00eatre bien, je ne me rap\u00adpelle&nbsp;plus.<\/p>\n<p>La conscience de Werth c\u2019est une grande ligne de che\u00admin de fer. C\u2019est tout droit, direct, pas d\u2019embranchements, pas de bifur\u00adca\u00adtions. Il se rap\u00adpelle tou\u00adjours ce qu\u2019il a \u00e9crit, ce qu\u2019il a dit. Impos\u00adsible de le prendre en contra\u00addic\u00adtion avec lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>N.-B.\u200a\u2014\u200aSignes par\u00adti\u00adcu\u00adliers&nbsp;; il n\u2019aime pas les salauds et n\u2019est pas d\u00e9co\u00adr\u00e9 de la L\u00e9gion d\u2019honneur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Hen\u00adri B\u00e9raud qui est de la par\u00adtie, parle des jour\u00adna\u00adlistes. Et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de choses tr\u00e8s sen\u00ads\u00e9es, il exa\u00adg\u00e8re un peu par\u00adfois. \u00c9cou\u00adtez-le par\u00adler du jour\u00adna\u00adliste deve\u00adnu c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Il se r\u00e8gle lui-m\u00eame comme un lami\u00adnoir \u00e0 boni\u00adment. Il s\u2019use. Il jette au vent le meilleur de lui-m\u00eame. Ce qu\u2019il d\u00e9pense en un an d\u2019esprit, de savoir, de juge\u00adment,\u200a\u2014\u200aet de gram\u00admaire\u200a\u2014\u200asuf\u00adfi\u00adrait \u00e0 assu\u00adrer la car\u00adri\u00e8re de trois cent soixante-cinq Andr\u00e9 Gide. Mais il est jour\u00adna\u00adliste. On ne m\u00eale pas les genres. Il \u00e9crit pour l\u2019oubli. Et l\u2019oubli vien\u00addra, il vien\u00addra plus vite pour l\u2019ouvrier de lettres, pour le m\u00e2le g\u00e9n\u00e9\u00adreux de son c\u0153ur et de son ouvrage, que pour tel ou tel petit bour\u00adgeois de la<\/i> Nou\u00advelle Revue fran\u00ad\u00e7aise<i>, dont les <\/i>per\u00admet\u00adt\u00e2tes<i>, les <\/i>mal\u00adgr\u00e9 que<i>, les <\/i>voire m\u00eame<i>, et autres d\u00e9li\u00adca\u00adtesses, enchantent les der\u00adniers gla\u00addia\u00adteurs de l\u2019art&nbsp;pur\u2026&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Hum&nbsp;! M.&nbsp;Hen\u00adri B\u00e9raud entre les pirouettes de M.&nbsp;Andr\u00e9 Gide et les repor\u00adtages du <i>Petit Pari\u00adsien<\/i>, savez-vous que nous h\u00e9si\u00adtons \u00e0 choi\u00adsir&nbsp;! Et le \u00ab&nbsp;<i>male g\u00e9n\u00e9\u00adreux de son c\u0153ur<\/i>&nbsp;\u00bb comme vous vous d\u00e9si\u00adgnez si modes\u00adte\u00adment, nous semble sur\u00adtout g\u00e9n\u00e9\u00adreux de copie bien r\u00e9tribu\u00e9e.<\/p>\n<p>Plus loin, on raille gen\u00adti\u00adment la toute blonde Mme&nbsp;Aurel, \u00e0 la voix cris\u00adtal\u00adline. On cite copieu\u00adse\u00adment les <i>Lettres du Lieu\u00adte\u00adnant de vais\u00adseau Dupo\u00adney<\/i> que M.&nbsp;Andr\u00e9 Gide pr\u00e9\u00adfa\u00ad\u00e7a et fit \u00e9di\u00adter. Il faut noter cela et le r\u00e9pandre. \u00c9cou\u00adtez, braillards d\u2019union sacr\u00e9e, socia\u00adlistes voteurs de cr\u00e9\u00addit, par\u00adti\u00adsans de la Guerre du Droit, \u00e9cou\u00adtez les aveux d\u2019un galon\u00adnard de la Guerre du&nbsp;Droit&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;J\u2019ai, par\u00admi mes hommes, quelques \u00e9chap\u00adp\u00e9s des Bourses du tra\u00advail qui suivent mes all\u00e9es et venues de l\u2019\u0153il peu tendre du tigre sous bar\u00adreaux, et l\u2019esprit encore plein de leurs ren\u00adgaines anar\u00adchistes&nbsp;; mais, s\u2019ils m\u2019observent, je les ai moi-m\u00eame encore bien plus \u00e0 l\u2019\u0153il, et d\u00e8s qu\u2019ils bronchent, je sou\u00admets leur digni\u00adt\u00e9 d\u2019\u00e9lecteurs conscients aux pires ava\u00adnies\u2026 Ces pro\u00adl\u00e9\u00adtaires \u00e9clai\u00adr\u00e9s sont d\u2019ailleurs en petit nombre et les bons ayant d\u00e9ci\u00add\u00e9\u00adment pour eux le vent et la mar\u00e9e\u200a\u2014\u200aje veux dire&nbsp;: les per\u00admis\u00adsions de faveur&nbsp;; les paquets de tabac et les v\u00eate\u00adments de la Croix-Rouge\u200a\u2014\u200ale reste de la com\u00adpa\u00adgnie semble avoir recon\u00adnu les avan\u00adtages de la ver\u00adtu et les dan\u00adgers du vice. La besogne est d\u2019ailleurs bien sim\u00adpli\u00adfi\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 sans r\u00e9plique que prend \u00e0 la guerre un capi\u00adtaine de compagnie.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Huit jours apr\u00e8s, le lieu\u00adte\u00adnant Dupo\u00adney ajoute&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Nos hommes sont en g\u00e9n\u00e9\u00adral tou\u00adjours bien vaillants, sauf quelques anar\u00adchistes et autres \u00e9chap\u00adp\u00e9s des Bourses du Tra\u00advail aux\u00adquels j\u2019ai appli\u00adqu\u00e9 ma m\u00e9thode la plus rigou\u00adreuse et qui, pour la plu\u00adpart, ont d\u00e9j\u00e0 fait place nette\u2026 Pour cet \u00e9l\u00e9\u00adment v\u00e9ri\u00adta\u00adble\u00adment pour\u00adri par l\u2019id\u00e9al mat\u00e9\u00adria\u00adliste des Jau\u00adr\u00e8s, il ne reste que les coups de pieds et de triques. Tu peux croire qu\u2019ils n\u2019en sont pas priv\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Je m\u2019en vou\u00addrais de pi\u00e9\u00adti\u00adner ce qui n\u2019est m\u00eame plus une pour\u00adri\u00adture&nbsp;: il me sera tout de m\u00eame per\u00admis d\u2019ajouter que M.&nbsp;Dupo\u00adney ayant \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en 1915 sur l\u2019Yser, nous f\u00fbmes d\u00e9bar\u00adras\u00ads\u00e9s d\u2019un beau sali\u00adgaud. Mais la guerre n\u2019a pas tu\u00e9 que ceux-l\u00e0, h\u00e9las&nbsp;! Ce sera notre \u00e9ter\u00adnel regret.<\/p>\n<p>Pour en finir, je veux citer l\u2019opinion de Georges Bes\u00adson, direc\u00adteur des <sc>Cahiers d\u2019Aujourd\u2019hui<\/sc> sur la <i>Gar\u00ad\u00e7onne<\/i> de Vic\u00adtor Mar\u00adgue\u00adritte, opi\u00adnion qui se rap\u00adproche assez de la mienne&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Il y a des livres ennuyeux pour ceux que peut encore int\u00e9\u00adres\u00adser la poli\u00adtique radi\u00adcale&nbsp;; il y a des livres \u00e9ro\u00adtiques, sou\u00advent bien faits, dans des librai\u00adries sp\u00e9\u00adciales. <\/i>La Gar\u00ad\u00e7onne<i> est un livre ennuyeux, triste, mal \u00e9crit, et ce n\u2019est pas un livre cochon. M.&nbsp;Vic\u00adtor Mar\u00adgue\u00adritte ne doit pas \u00eatre pour\u00adsui\u00advi, comme il le sou\u00adhaite, pour outrage aux bonnes m\u0153urs, mais pour trom\u00adpe\u00adrie sur la mar\u00adchan\u00addise annon\u00adc\u00e9e et ses amis et les cri\u00adtiques ver\u00adtueux cou\u00adpables de publi\u00adci\u00adt\u00e9 devraient \u00eatre incul\u00adp\u00e9s de complicit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p><i>Albin<\/i> a consa\u00adcr\u00e9 l\u2019un de ses <sc>Cro\u00adquis brefs<\/sc> (4, rue Chau\u00admais, Lyon) au cama\u00adrade E.&nbsp;Armand. Il le d\u00e9fi\u00adnit de fa\u00e7on br\u00e8ve mais fort juste&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Une t\u00eate de mis\u00adsion\u00adnaire en vadrouille, avec des yeux malins. Tou\u00adjours dis\u00adtrait ou son\u00adgeur, il semble ne jamais faire atten\u00adtion \u00e0 ce qui l\u2019environne, mais il voit et entend tout\u2026&nbsp;<\/i><\/p>\n<p>Armand n\u2019est pas de ceux dont tout l\u2019anarchisme consiste \u00e0 ne pas fumer, ne pas boire d\u2019alcool et ne pas pro\u00adcr\u00e9er. Il ne nie pas la valeur de l\u2019abstinence mais il n\u2019admet pas que l\u2019on en fasse un dogme. \u00c9pi\u00adcu\u00adrien, il entend prendre ses plai\u00adsirs o\u00f9 il les trouve, sans autres consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adtions que le res\u00adpect de la liber\u00adt\u00e9 d\u2019autrui. Il consi\u00add\u00e8re la vie comme une suite d\u2019exp\u00e9riences et non comme une machine r\u00e9gl\u00e9e d\u2019avance et une fois pour toutes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p><sc>Gram\u00adma\u00adta<\/sc> est une revue grecque, parais\u00adsant en \u00c9gypte (B.P.&nbsp;1146 Alexan\u00addrie). Elle publie un sup\u00adpl\u00e9\u00adment fran\u00ad\u00e7ais. Dans le der\u00adnier cahier re\u00e7u, Fer\u00adnand Des\u00adpr\u00e8s rend compte d\u2019une conf\u00e9\u00adrence de P.-J.&nbsp;Jouve sur <i>Les po\u00e8tes de l\u2019Abbaye et la Guerre<\/i>. Fer\u00adnand Leprette brosse \u00e0 grands traits <i>Un aper\u00ad\u00e7u des Lettres fran\u00ad\u00e7aises en 1921<\/i>&nbsp;: aper\u00ad\u00e7u tr\u00e8s com\u00adplet et qui four\u00admille de juge\u00adments sym\u00adpa\u00adthiques, sage\u00adment \u00e9loi\u00adgn\u00e9s de tout par\u00adti pris mais t\u00e9moi\u00adgnant n\u00e9an\u00admoins d\u2019une rare ind\u00e9\u00adpen\u00addance d\u2019esprit. Rete\u00adnons-en l\u2019introduction&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Il est inutile, h\u00e9las&nbsp;! de pleu\u00adrer la dou\u00adceur de vivre de 1914. On le sait. L\u2019homme eut alors la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion de la for\u00admi\u00addable emprise de l\u2019engrenage social. Une pous\u00adsi\u00e8re d\u2019individus n\u2019\u00e9tait que pous\u00adsi\u00e8re. L\u2019individu \u00e9tait pri\u00adson\u00adnier. Pri\u00adson\u00adnier et esclave. Libre esclave&nbsp;! naturellement.<\/i><\/p>\n<p>Romain Rol\u00adland dites-vous&nbsp;? Qu\u2019eut-il fait en France et mobilisable&nbsp;?<\/p>\n<p>Per\u00addu dans la guerre, l\u2019individu d\u00e9cou\u00advrit le dan\u00adger des seules sp\u00e9\u00adcu\u00adla\u00adtions de l\u2019esprit. Il apprit la valeur des ver\u00adtus pra\u00adtiques. Il recon\u00adnut que sans ces prin\u00adcipes enra\u00adci\u00adn\u00e9s au plus intime de l\u2019\u00eatre et mis quo\u00adti\u00addien\u00adne\u00adment \u00e0 l\u2019\u00e9preuve, l\u2019esprit le plus fin \u00e9tait sou\u00advent le plus sen\u00adsible et le plus vite affo\u00adl\u00e9, comme l\u2019aiguille d\u2019une bous\u00adsole au voi\u00adsi\u00adnage de l\u2019aimant. Il ne vou\u00adlut plus seule\u00adment \u00eatre un homme intel\u00adli\u00adgent, mais un caract\u00e8re.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p>Qui croire d\u00e9sor\u00admais. Voi\u00adci deux revues libres que je crois \u00e9ga\u00adle\u00adment sin\u00adc\u00e8res et d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le num\u00e9\u00adro de novembre 1922 de l\u2019<sc>Id\u00e9e libre<\/sc> (\u00e0 Conflans-Hono\u00adrine, S.-et\u2011M.) on note que sur le nombre total des auto\u00admo\u00adbiles exis\u00adtant dans le monde entier, 83&nbsp;% se trouvent aux \u00c9tats-Unis. Et on rap\u00adpelle que \u00ab&nbsp;les \u00c9tats-Unis ont tou\u00adjours \u00e9t\u00e9 la terre clas\u00adsique de l\u2019abstinence et que leur vita\u00adli\u00adt\u00e9 n\u2019est pas absor\u00adb\u00e9e comme la n\u00f4tre par le bis\u00adtrot.&nbsp;\u00bb (Je ne com\u00adprends pas fort bien le rap\u00adport entre les auto\u00admo\u00adbiles et l\u2019antialcoolisme, mais passons&nbsp;!)<\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p>Dans le num\u00e9\u00adro d\u2019octobre 1922 des <sc>Vaga\u00adbonds<\/sc> (232, rue Gari\u00adbal\u00addi, Lyon) le cama\u00adrade Cham\u00adpion parle de la <i>Pro\u00adhi\u00adbi\u00adtion qui tue<\/i>. Ce n\u2019est plus du tout le m\u00eame tableau idyl\u00adlique. La \u00ab&nbsp;<i>terre clas\u00adsique de l\u2019abstinence<\/i>&nbsp;\u00bb nous appa\u00adra\u00eet plu\u00adt\u00f4t le pays des saou\u00adlards. \u00c9cou\u00adtez&nbsp;ceci&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Il a suf\u00adfi de d\u00e9fendre l\u2019alcool, de faire une loi inter\u00addi\u00adsant sa vente en public pour qu\u2019aussit\u00f4t sur\u00adgissent dans presque tous les vil\u00adlages des dis\u00adtil\u00adle\u00adries clan\u00addes\u00adtines qui dis\u00adtil\u00adlent les poi\u00adsons les plus vio\u00adlents, que des indi\u00advi\u00addus peu scru\u00adpu\u00adleux mettent en cir\u00adcu\u00adla\u00adtion les pro\u00adduits les plus h\u00e9t\u00e9\u00adro\u00adclites, les acides les plus vio\u00adlents, tuant aus\u00adsi s\u00fbre\u00adment que le poi\u00adgnard de l\u2019apache.<\/i><\/p>\n<p>Mais le com\u00admerce est bon&nbsp;: la fraude, si elle com\u00adporte des dan\u00adgers, a de bons rap\u00adports et la mar\u00adchan\u00addise est enle\u00adv\u00e9e \u00e0 n\u2019importe quel&nbsp;prix.<\/p>\n<p>[|\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026\u2026|]<\/p>\n<p>Qu\u2019on jette un coup d\u2019\u0153il sur les grands jour\u00adnaux am\u00e9\u00adri\u00adcains&nbsp;: il ne se passe pas de jour que l\u2019on ne voie des drames san\u00adglants de l\u2019alcool et les jours de grandes f\u00eates, comme No\u00ebl ou le 4 juillet, c\u2019est par mil\u00adliers que l\u2019on compte les victimes.<\/p>\n<p>Les pri\u00adsons et les asiles d\u2019ali\u00e9n\u00e9s alcoo\u00adliques regorgent de pen\u00adsion\u00adnaires au point qu\u2019il fau\u00addra, pour peu que cela conti\u00adnue, agran\u00addir toutes les mai\u00adsons publiques des\u00adti\u00adn\u00e9es cl rece\u00advoir le d\u00e9chet humain.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et mal\u00adgr\u00e9 les faits, mal\u00adgr\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience, les pro\u00adhi\u00adbi\u00adtion\u00adnistes s\u2019ent\u00eatent, au point que l\u2019on serait ten\u00adt\u00e9 de croire que leur but n\u2019est pas la lutte contre l\u2019alcool mais bien plu\u00adt\u00f4t l\u2019intoxication totale de tout un peuple.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p>M.&nbsp;J. Aza\u00efs repro\u00adduit dans ses der\u00adniers <sc>Essais cri\u00adtiques<\/sc> (30, rue de Cli\u00adchy, Paris) cette phrase de J. de Maistre&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Celui qui veut une chose en vient \u00e0 bout&nbsp;; mais la chose la plus dif\u00adfi\u00adcile dans le monde, c\u2019est de vou\u00adloir.&nbsp;\u00bb<\/i> Recon\u00adnais\u00adsons une fois de plus qu\u2019il a vou\u00adlu faire une revue ind\u00e9\u00adpen\u00addante et int\u00e9\u00adres\u00adsante&nbsp;: il r\u00e9us\u00adsit \u00e9tonnamment.<\/p>\n<p>Dans le der\u00adnier cahier, il exa\u00admine sans aucune flat\u00adte\u00adrie les po\u00e8mes de M.&nbsp;Paul Val\u00e9\u00adry dont il trouve la renom\u00adm\u00e9e bien sur\u00adfaite, et une abo\u00admi\u00adna\u00adble\u00adment ridi\u00adcule pi\u00e8ce de M.&nbsp;Mor\u00adtier, <i>Pen\u00adth\u00e9\u00adsi\u00adl\u00e9e<\/i>, qui fut jou\u00e9e \u00e0 l\u2019Od\u00e9on.<\/p>\n<p>\u00c0 pro\u00adpos du r\u00e9cent d\u00e9pla\u00adce\u00adment de M.&nbsp;Bar\u00adthou, il note de savou\u00adreuses r\u00e9flexions&nbsp;:<\/p>\n<p><i>\u00ab&nbsp;Nous avons un nou\u00advel exemple des gr\u00e2ces par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res que le suf\u00adfrage uni\u00adver\u00adsel conf\u00e8re \u00e0 ses \u00e9lus&nbsp;: il les rend aptes \u00e0 tout. En m\u00eame temps, il les dote d\u2019une mobi\u00adli\u00adt\u00e9 qui leur per\u00admet de ne pas trop s\u2019attarder dans les m\u00eames situa\u00adtions et de ne pas s\u2019encro\u00fbter dans la routine\u2026<\/i><\/p>\n<p>\u2026 Il n\u2019est pas juste en effet, on le recon\u00adna\u00ee\u00adtra, qu\u2019un homme d\u2019\u00c9tat reste can\u00adton\u00adn\u00e9 dans un d\u00e9par\u00adte\u00adment. Comme on doit s\u2019ennuyer dans un minis\u00adt\u00e8re si on ne change jamais&nbsp;! Est-il \u00e9qui\u00adtable que cer\u00adtains se pavanent place Ven\u00add\u00f4me, \u00e0 deux pas de l\u2019Op\u00e9ra, alors qu\u2019on trouve des ministres jusque sur le bou\u00adle\u00advard de Mont\u00adpar\u00adnasse, au diable vau\u00advert&nbsp;? Que dirait-on d\u2019un garde des sceaux qui ne sau\u00adrait gar\u00adder que les sceaux&nbsp;? que c\u2019est un cr\u00e9\u00adtin&nbsp;? on aurait bien rai\u00adson. Tan\u00addis qu\u2019en cou\u00adrant d\u2019un r\u00f4le \u00e0 l\u2019autre, nos maitres montrent leur g\u00e9nie uni\u00adver\u00adsel. Le voi\u00adci \u00e0 la tri\u00adbune dis\u00adcu\u00adtant sur la for\u00adma\u00adtion d\u2019un esca\u00addron de cava\u00adle\u00adrie, rele\u00advant les g\u00e9n\u00e9\u00adraux, don\u00adnant des ordres de bataille. Demain, il fixe\u00adra le prix des pommes de terre, en clouant d\u2019arguments irr\u00e9\u00adsis\u00adtibles le bec des agri\u00adcul\u00adteurs. Quelques jours encore et il expli\u00adque\u00adra au direc\u00adteur de la Banque de France pour\u00adquoi il faut aug\u00admen\u00adter la cir\u00adcu\u00adla\u00adtion fiduciaire&nbsp;!<\/p>\n<h2>[|*  *  *  *|]<\/h2>\n<p>Dans la der\u00adni\u00e8re <sc>Chro\u00adnique de l\u2019Ours<\/sc> (39, rue de Ch\u00e2\u00adteau\u00addun, Paris) Maxi\u00admi\u00adlien Gau\u00adthier nous entre\u00adtient de Gabriel Belot. Sachons-lui gr\u00e9 d\u2019aider un peu ce peintre-gra\u00adveur sur bois, po\u00e8te et pro\u00adsa\u00adteur que la cri\u00adtique offi\u00adcielle aus\u00adsi bien que le <i>\u00ab&nbsp;nou\u00advel art&nbsp;\u00bb<\/i> vou\u00addraient bien pas\u00adser sous silence.<\/p>\n<p>On nous rap\u00adpelle la rude vie de cet ouvrier auto\u00addi\u00addacte, ses longues luttes contre la famille, la soci\u00e9\u00adt\u00e9, etc. Le cahier est excel\u00adlem\u00adment orn\u00e9 de plu\u00adsieurs des\u00adsins, bois gra\u00adv\u00e9s, repro\u00adduc\u00adtions de pein\u00adtures de Gabriel Belot. Il y a notam\u00adment ce bel ex-libris&nbsp;: <i>La cage ouverte<\/i>&nbsp;: une cage est accro\u00adch\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre d\u2019une man\u00adsarde, aupr\u00e8s d\u2019un pot de fleurs et d\u2019un vase avec des pois\u00adsons rouges. La porte en est ouverte et juch\u00e9 sur elle, <i>l\u2019oiseau libre chante au soleil<\/i>. De la lumi\u00e8re, de l\u2019humble joie, le <i>para\u00addis des humbles choses<\/i>, comme dit, quelque part, Gabriel Belot.<\/p>\n<p>Concluons avec M.&nbsp;Gau\u00adthier&nbsp;: <i>\u00ab&nbsp;Gabriel Belot, gra\u00adveur et peintre, n\u2019a certes pas don\u00adn\u00e9 encore toute sa mesure&nbsp;; renon\u00ad\u00e7ant pour aujourd\u2019hui, \u00e0 mon habi\u00adtuelle m\u00e9thode, je n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 affir\u00admer, sans autre preuve, que je te sens capable de grandes choses. Et puis, de qui, par\u00admi nous tous, pour\u00adrions-nous dire&nbsp;: son c\u0153ur, plus pur encore que son art&nbsp;; sa vie, plus admi\u00adrable encore que son&nbsp;\u0153uvre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/i><\/p>\n<p>[\/\u200bMaurice <sc>Wul\u00adlens<\/sc>.\/\u200b]<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je crois que je ne sau\u00adrai jamais assez bien expri\u00admer la joie que me cause cha\u00adcun des copieux Cahiers d\u2019aujourd\u2019hui (27, quai de Gre\u00adnelle, Paris). Voi\u00adci une revue d\u2019une pr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtion impec\u00adcable et dont le conte\u00adnu vaut l\u2019habillement. Ce qui est rare. Chose encore plus rare on sait, admi\u00adra\u00adble\u00adment, y dire ce que l\u2019on pense, parfois&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[431],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3577","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na11-novembre-1922"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3577","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3577"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3577\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3577"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3577"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3577"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3577"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}