{"id":3609,"date":"2014-03-25T10:38:53","date_gmt":"2014-03-25T10:38:53","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/03\/25\/temoignages-espagnols\/"},"modified":"2014-03-25T10:38:53","modified_gmt":"2014-03-25T10:38:53","slug":"temoignages-espagnols","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/03\/25\/temoignages-espagnols\/","title":{"rendered":"T\u00e9moignages espagnols"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3609?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3609?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify>\n<p>[(Un camarade d\u2019ICO (Informations et Correspondance Ouvri\u00e8re) et un camarade de NR ont pris contact avec des ouvriers espagnols pendant l\u2019\u00e9t\u00e9. Voici rapport\u00e9s de leur voyage deux t\u00e9moignages&nbsp;: l\u2019un provenant de la r\u00e9gion des Asturies, l\u2019autre de Bilbao. Ces textes ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans leur num\u00e9ro de septembre par nos camarades d\u2019ICO.)]<br \/>\n<\/p>\n<p>[|<b>UN MINEUR DU PUITS NICOLASA DE MIERES (pr\u00e8s d\u2019Oviedo, Asturies)<\/b>|]<br \/>\n<\/p>\n<p>Mieres est une ville mini\u00e8re et industrielle de 60&nbsp;000 habitants, situ\u00e9e au fond d\u2019une vall\u00e9e profonde, dans la fum\u00e9e des usines et des hauts fourneaux. On y respire une atmosph\u00e8re \u00e9touffante et dess\u00e9chante, tout est gris, les murs sont us\u00e9s \u00e0 force de gratter les inscriptions, \u00e0 hauteur d\u2019hommes. Le puits Nicolasa, d\u2019o\u00f9 partit la gr\u00e8ve de mars qui s\u2019\u00e9tendit \u00e0 presque toute l\u2019Espagne, est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la ville, il est encore en gr\u00e8ve lorsque nous y allons. Nous tentons vainement d\u2019y arriver par un c\u00f4t\u00e9 de la ville, finalement de l\u2019autre nous y arrivons apr\u00e8s avoir travers\u00e9 une dizaine de lignes de chemin de fer. Abla\u00f1a, village gris, ratatin\u00e9&nbsp;; \u00e0 travers un labyrinthe de ruelles, un retrait\u00e9 de la mine croit que nous cherchons du travail, nous indique le chemin&nbsp;: \u201c&nbsp;c\u2019est \u00e0 une demie-heure de marche&nbsp;\u201d. C\u2019est un chemin pour jeep, au creux de la vall\u00e9e, o\u00f9 on doit tenir le v\u00e9lo \u00e0 la main&nbsp;; au-dessus de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 longeant presque la cr\u00eate, il y a une ligne de chemin de fer, neuve, avec traction \u00e9lectrique, dernier mod\u00e8le, qui emm\u00e8ne le charbon. Un ouvrier isol\u00e9 descend, il marche vite, il a les traits tir\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n<p>\u201c&nbsp;-- Vous travaillez \u00e0 la mine \u2013 nous sommes fran\u00e7ais, on voudrait vous poser des questions,<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Venir de si loin pour chercher du travail\u2026<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non, on ne vient pas pour \u00e7a, on veut savoir comment on vit&nbsp;\u201d (il se durcit, il nous regarde profond\u00e9ment, et serre mon poignet)&nbsp;: <\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Vous voulez savoir comment on vit&nbsp;? Eh bien&nbsp;! Voil\u00e0&nbsp;: ici on est des esclaves, l\u2019ouvrier espagnol serait le meilleur du monde pour la production, mais on ne le paie pas, et il ne produit pas. Dimanche (on est mardi) des belges sont venus faire des discours \u00e0 Oviedo devant le maire, les autorit\u00e9s. Ils ont dit que l\u2019ouvrier espagnol est le plus travailleur et le plus s\u00e9rieux. Ici, si on nous paie, nous produisons. Si on nous donnait carte blanche pour sortir, personne ne resterait, pas m\u00eame le pointeur. L\u2019autre jour un belge est venu avec une liste pour 200 noms, et moi je n\u2019ai pas pu y aller parce je vis loin, et n\u2019\u00e9tais pas au courant&nbsp;; mais je crois qu\u2019on se jetait m\u00eame par les fen\u00eatres, parce que la police et la garde civile ont d\u00fb venir.<\/p>\n<p>On ne nous laisse pas sortir d\u2019Espagne, on nous traite de voyous&nbsp;; eh bien, qu\u2019on nous laisse gagner notre vie, parce que l\u2019ouvrier espagnol, si on ne le paie pas, il ne produit pas, on est \u00e0 bout.<\/p>\n<p>Un comte, de je ne sais o\u00f9 a embarqu\u00e9 le mois dernier, \u00e0 Mieres, 40 millions&nbsp;: l\u2019argent des mineurs. Ce qu\u2019il y a, c\u2019est trop de suceurs, d\u2019employ\u00e9s de bureaux, d\u2019ing\u00e9nieurs, de maquereaux, et de merde\u2026<\/p>\n<p>Ici, il y a eu deux mois de gr\u00e8ve&nbsp;; apr\u00e8s on a sorti 1&nbsp;200 wagons par jour, et on s\u2019est aper\u00e7u qu\u2019on \u00e9tait pay\u00e9 pareil. Alors, on est descendu jusqu\u2019\u00e0 100. Et on serait all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 50&nbsp;; apr\u00e8s, il y a eu les 21 jours de gr\u00e8ve, le puits est modernis\u00e9 depuis deux ans, il produit plus que tous les autres ici.<\/p>\n<p>J\u2019ai un fr\u00e8re en Belgique, et trois cousins germains du c\u00f4t\u00e9 de ma femme en Allemagne, et ils gagnent leur vie. Mais nous, on est au fond, esclaves, on ne peut pas vivre, on est d\u00e9gueulasse. D\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s compl\u00e8tement&nbsp;; putain celle qui m\u2019a fait. J\u2019ai deux heures de chemin pour venir ici dans la mine, quelle saloperie&nbsp;!<\/p>\n<p>Je gagne 40&nbsp;[[Il s'agit de pesetas -- 1 peseta vaut 8,23 AF]] par jour, pour 7 heures (6 jours par semaine)&nbsp;; je travaille de 16 \u00e0 23 heures&nbsp;; je me douche, il est 23 heures 30 et j\u2019arrive chez moi \u00e0 2 heures du matin. Je me l\u00e8ve, je travaille 5 heures (c\u2019est son second travail) et je vais \u00e0 la mine&nbsp;; je gagne 3&nbsp;000 pour \u00e7a, que dalle&nbsp;! Je vis \u00e0 3 kilom\u00e8tres&nbsp;; \u00e0 Mieres le loyer est de 800 par mois, je ne peux pas, \u00e7a non&nbsp;; o\u00f9 je suis je paie 50 par semaine&nbsp;; j\u2019ai deux enfants, j\u2019ai 28 ans&nbsp;; comme moi, y en a 50&nbsp;000. Je suis ici depuis 7 mois, avant je travaillais aux champs. Je dormais de 11 \u00e0 12, et de 22 \u00e0 23, et si on m\u2019avait pay\u00e9 je serais capitaliste.<\/p>\n<p>Quand il y a eu la gr\u00e8ve de 21 jours j\u2019ai trouv\u00e9 un travail de terrassier, \u00e0 10 par heure, et \u00e7a vaut le coup.<\/p>\n<p>Je suis arriv\u00e9 ici, et \u00e7a m\u2019a co\u00fbt\u00e9 1&nbsp;000 de d\u00e9m\u00e9nagement&nbsp;; apr\u00e8s il y a eu deux mois de gr\u00e8ve, maintenant celle-ci, il n\u2019y a plus de r\u00e9serve, c\u2019est le bout, et comme moi 50&nbsp;000.<\/p>\n<p>\u00c0 la fonderie de Mieres (Fabrica) si on laissait les gars partir, personne ne resterait, et les employ\u00e9s de bureaux, qu\u2019est-ce qu\u2019ils feraient&nbsp;? Qu\u2019ils aillent se faire foutre, parce que c\u2019est l\u2019argent des mineurs qui les paient.<\/p>\n<p>Lundi, je suis revenu de mon travail de terrassier et j\u2019ai appris cette histoire des Belges \u00e0 Oviedo, je l\u2019aurais su j\u2019y serais all\u00e9, \u00e7a devait \u00eatre terrible. Ma femme m\u2019a dit qu\u2019il \u00e9tait arriv\u00e9 trois ou quatre paperasses, mais moi, qu\u2019est-ce que j\u2019en sais, j\u2019ai rien entendu. Je devais prendre le travail \u00e0 7 heures, eh bien&nbsp;! Putain d\u2019envie que j\u2019avais d'aller travailler, je me suis lev\u00e9 tout tranquillement \u00e0 8 heures et je suis arriv\u00e9 \u00e0 9 heures 30. J\u2019ai vu mon contrema\u00eetre, il buvait une bouteille de vin, il sourit, et me dit que je suis sur la liste pour 16 heures. Je lui dis que je n\u2019ai pas de casse-cro\u00fbte et que je rendre chez moi. Je reviendrai demain. Les employ\u00e9s de bureau, ils ont la semaine anglaise, et nous qui sommes au fond, qui donnons l\u2019argent, on n\u2019a rien. Vous croyez qu\u2019on a le droit (de faire \u00e7a)&nbsp;?<\/p>\n<p>40 ou 50 ont \u00e9t\u00e9 cong\u00e9di\u00e9s, des jeunes de 31 ans, qui travaillaient depuis 12 ans \u00e0 la mine, maintenant, qu\u2019est-ce qu\u2019ils vont faire&nbsp;? Ici, tu obtiens la paperasse pour partir, et \u00e0 la fronti\u00e8re, on ne te laisse pas sortir. Vous croyez qu\u2019on a le droit&nbsp;? Ici, on est les plus esclaves du monde. Quand je mets trois piquets de sout\u00e8nement on me paie moins que quand j\u2019en mets un, vous croyez qu\u2019on a le droit&nbsp;? Mon mois d\u2019ao\u00fbt \u00e9tait bon, je suis arriv\u00e9 \u00e0 91 par jour, maintenant je gagne 40 c\u2019est pas possible. Je connais un garde civil en Castille, si je peux je m\u2019en vais. Je crois qu\u2019il n\u2019y aura plus de gr\u00e8ve, parce que c\u2019est pas possible quand la situation sera normale&nbsp;; tout le monde va s\u2019en aller, s\u2019il vient un type pour la Belgique ou je ne sais o\u00f9, je m\u2019en vais le premier et je ne perds pas une minute de plus&nbsp;; et apr\u00e8s, c\u2019est comme si je ne l\u2019avais jamais v\u00e9cu&nbsp;; et rien de plus.<\/p>\n<p>50 ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, envoy\u00e9s au travail forc\u00e9 \u00e0 Almeria&nbsp;; vous croyez qu\u2019on a le droit&nbsp;? On n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 esclave comme ici, et rien de plus.<\/p>\n<p>Je vous dis la v\u00e9rit\u00e9, comme moi il y en a 50&nbsp;000. Pas la peine d\u2019aller plus loin, on ne vous laissera pas passer, il y a des gardes et la police viendra, et ce sera pire. Quand vous parlez \u00e0 un ouvrier, il faut parler \u00e0 voix basse, faire attention&nbsp;; quand la situation sera normale dans 8 jours, tous vont demander leur paie, et vous verrez comme ils discuteront en bas dans le village.&nbsp;\u201d<\/p>\n<p>Il parle avec l\u2019accent paysan, d\u2019un air fatigu\u00e9, il agite les poings, baisse la voix quand passent d\u2019autres mineurs, baissant la t\u00eate et se tournant du c\u00f4t\u00e9 des arbres. Par moment, il b\u00e9gaie, tellement il est boulevers\u00e9. Il s\u2019\u00e9loigne \u00e0 grands pas, comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait pas arr\u00eat\u00e9.<br \/>\n<\/p>\n<p>[|<b>UN MONTEUR-SOUDEUR DE LA NAVAL \u00c0 SESTAO (banlieue industrielle de Bilbao)<\/b>|]<\/p>\n<p>\nNous nous trouvons \u00e0 Sestao, faubourg industriel de Bilbao. Nous sommes dans une avenue o\u00f9 passent les ouvriers qui se rendent \u00e0 la Naval&nbsp;[[Naval: entreprise qui lan\u00e7a la gr\u00e8ve en mars dans la r\u00e9gion de Bilbao.]]. C\u2019est une avenue propre, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, des maisons pour ouvriers, semi taudis, de l\u2019autre en contrebas, des ateliers, des hauts-fourneaux, des usines, le port dans le fond. Des ouvriers passent, tenue de travail casse-cro\u00fbte \u00e0 la main&nbsp;; bouteille dans la poche.<\/p>\n<p>\u201c&nbsp;-- Vous allez au travail&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Nous sommes fran\u00e7ais, pouvons-nous vous poser des questions&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, je crois que oui.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Combien d\u2019heures faites-vous par jour&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;8 heures, de 14 \u00e0 22 heures&nbsp;\u201d<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Et vous travaillez 6 jours par semaine&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Vous gagnez suffisamment&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, 1 100 par semaine. Je suis soudeur-monteur, je vis bien, je paie 300 de loyer par semaine.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est cher&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non, c\u2019est bon march\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c7a me fait 100 par jour de salaire, \u00e0 la Naval on gagne une moyenne de 660. J\u2019ai travaill\u00e9 comme monteur dans une mine de charbon au L\u00e9on&nbsp;; les mineurs gagnaient 200 par semaine, avec 36 par jour&nbsp;[[Salaire relev\u00e9 \u00e0 Barcelonne,Saragosse, Mieres, Bilbao; autour de 500 pour le manoeuvre, 800 pour l'ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9.]].<\/p>\n<p>Dans les champs, les paysans ne peuvent travailler que 6 mois par an, le reste de l\u2019ann\u00e9e, il n\u2019y a rien \u00e0 faire, pratiquement, alors comme ils gagnent 70 par jour, \u00e7a leur fait en r\u00e9alit\u00e9 35, encore moins qu\u2019un ouvrier. Ici, dans les champs, c\u2019est ce qu\u2019il y a de pire, ce n\u2019est pareil dans aucun pays. Ici en Espagne, l\u2019ouvrier a des facilit\u00e9s, les bars sont ouverts de 5 heures 30 \u00e0 3 heures du matin, un verre de vin co\u00fbte 70 centimes. Je connais la Su\u00e8de, la Hollande, l\u2019Angleterre, j\u2019ai de la famille au V\u00e9n\u00e9zu\u00e9la et en Suisse, et je sais comment on y vit. Mais aujourd\u2019hui la situation est pire qu\u2019il y a de nombreuses ann\u00e9es&nbsp;; en 1936 c\u2019\u00e9tait mieux, et avant aussi.<\/p>\n<p>Ici, si on te voit parler \u00e0 un \u00e9tranger, on t\u2019arr\u00eate, il faut se taire&nbsp;; derri\u00e8re chaque espagnol, il y a un garde civil, on ne peut rien faire.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Comment les gr\u00e8ves ont-elles pu avoir lieu&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Ici, personne n\u2019aime le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019augmentation de salaire \u00e9tait-elle la cause des gr\u00e8ves&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Il y a de \u00e7a, et un peu de tout. Ici, les capitalistes et le clerg\u00e9 commandent, et maintenant les am\u00e9ricains, ils font tout.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Est-ce qu\u2019il y a des paysans qui viennent travailler ici, et trouvent-ils du travail&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, comme man\u0153uvres, comme ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s, partout. Beaucoup d\u2019ouvriers s\u2019en vont \u00e0 l\u2019\u00e9tranger\u2026 (\u00e0 ce moment, il nous offre une cigarette).<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;D\u2019apr\u00e8s ce que vous dites, votre fa\u00e7on de vous exprimer, votre exp\u00e9rience, vous connaissez des militants&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, un peu, j\u2019ai roul\u00e9 ma bosse partout, j\u2019ai visit\u00e9 beaucoup de nations, et ce qui m\u2019int\u00e9resse dans un pays, ce ne sont pas les monuments, mais de savoir comme vit l\u2019ouvrier.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Ce que vous voulez c\u2019est voir l\u2019homme tel qu\u2019il est&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, c\u2019est \u00e7\u00e0, j\u2019aimerais participer \u00e0 une activit\u00e9 politique mais ici, il faut se taire. J\u2019aimerais vous revoir, vous montrer des camarades et vous faire visiter les environs&nbsp;\u201d.<\/p>\n<p>Poign\u00e9es de main fermes, tapes dans le dos. Durant la conversation, il a parl\u00e9 en regardant droit dans les yeux, sans baisser la voix lorsque passaient d\u2019autres ouvriers, ni regarder \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, pour surveiller. Il emploie un vocabulaire s\u00fbr, et s\u2019exprime ais\u00e9ment.<\/p>\n<p>[|<b>* * *<\/b>|]<\/p>\n<p>Nous arrivons un peu en avance, il est l\u00e0. Nous partons \u00e0 la recherche d\u2019un caf\u00e9 tranquille, au passage il ach\u00e8te un cahier qu\u2019il nous donnera, pensant que nous n\u2019avions pas de papier pour prendre des notes. Finalement, on d\u00e9cide de partir hors de la ville, dans les champs.<\/p>\n<p>\u201c&nbsp;-- Nous avons remarqu\u00e9 qu\u2019on construit beaucoup de logements, combien vaut le loyer&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;On ne les loue pas, on les vend. 150&nbsp;000 ici, 400&nbsp;000 \u00e0 Bilbao. Et attention, en plus du prix de l\u2019appartement, il faut inclure les frais de la chauss\u00e9e, et du trottoir, qui sont \u00e0 la charge du quartier, \u00e7a fait 40 \u00e0 50&nbsp;000 de plus... Le maire, ici, c\u2019est le patron des AHV (Hauts-Fourneaux Biscayens). On l\u2019appelle Pepito l\u2019asturien, il \u00e9tait gangster \u00e0 Cuba.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Que mangent les ouvriers&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Pot-au-feu, haricots, lentilles ou pois chiches. Il est bourr\u00e9 pendant deux heures, apr\u00e8s il a aussi faim qu\u2019avant. Il ne peut pas donner de rendement au travail. Il ne s\u2019en sort pas, quoique pour mieux manger, il faudrait qu\u2019il travaille plus. Un ouvrier mari\u00e9, avec deux enfants, d\u00e9pense en nourriture par moi, disons environ 900. Il y a le loyer, au moins 800, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 au minimum 50, charbon pour la cuisine 200 (il n\u2019y a pas le gaz et souvent pas l\u2019eau courante), \u00e7a fait 1&nbsp;950. En plus l\u2019habillement&nbsp;: ma chemise de travail 95, mon pantalon (perc\u00e9) 130, disons 300. Eh bien&nbsp;! Il ne peut pas vivre.<\/p>\n<p>Tenez, venez chez moi, vous allez voir comme on vit. On est sept, quatre adultes, trois enfants. Moi, mon cousin, mon fr\u00e8re, on apporte plus de 2&nbsp;000 par semaine. Aucun ouvrier ne mange comme nous, ils sont mieux log\u00e9s peut-\u00eatre, mais pour la nourriture non. Imaginez comment peut vivre un ouvrier p\u00e8re de famille, \u00e0 500 par semaine.&nbsp;\u201d<\/p>\n<p>La famille en question vit pr\u00e8s des usines, dans un immeuble branlant, v\u00e9tuste, au troisi\u00e8me et dernier \u00e9tage. Au fond du couloir, une pi\u00e8ce mansard\u00e9e, c\u2019est \u00e7a. Surface&nbsp;: 15 m\u00e8tres carr\u00e9s environ. Plafond inclin\u00e9 jusqu\u2019au sol, \u00e0 cause du toit, une poutre le barre sur sa longueur. Un rideau divise la pi\u00e8ce en deux, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 les lits (on ne peut pas tenir debout), de l\u2019autre la cuisine, si on peut dire (c\u2019est la partie de 2 m\u00e8tres de large o\u00f9 on peut tenir debout). Pas d\u2019eau, ni gaz, un foyer dans la ma\u00e7onnerie, qui marche au bois de charpente, sans aucun doute r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 sur des chantiers, on l\u2019active avec de l\u2019huile d\u2019olive&nbsp;! Il est pr\u00e8s d\u2019une heure, la s\u0153ur du camarade vient d\u2019arriver du march\u00e9, il y a plein de fum\u00e9e parce que \u00e7a tire mal, les deux tabati\u00e8res de la pi\u00e8ce (ce sont les seules fen\u00eatres) sont ouvertes, ainsi que la porte.<\/p>\n<p>\u201c&nbsp;-- Je m\u2019excuse de vous recevoir ici. Demande \u00e0 ma s\u0153ur combien elle d\u00e9pense pour la nourriture&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Environ 150 par jour, \u00e7a fait 1&nbsp;500 \u00e0 2&nbsp;000 par semaine. On ne se prive pas, un ouvrier ne peut pas manger comme nous&nbsp;\u201d<\/p>\n<p>Tout en parlant, elle fait cuire dans une po\u00eale des tomates, du riz, des coquillages, une sorte de viande cuite. Un coup d\u2019\u0153il sur les lits&nbsp;: genre planches de bois rembourr\u00e9es. On finit un verre de vin rouge (aussi mauvais que le vin blanc pris dans les 4 ou 5 caf\u00e9s o\u00f9 on est all\u00e9&nbsp;; les ouvriers boivent beaucoup), et on s\u2019en va. En descendant on croise deux enfants de la famille, gentils, habits pas trop voyants, mais bien nourris.<\/p>\n<p>\u201c&nbsp;Imaginez comment pourra vivre un ouvrier, p\u00e8re de famille, \u00e0 500 par semaine&nbsp;\u201d, nous r\u00e9p\u00e8te notre camarade&nbsp;\u201d.<\/p>\n<p>Auparavant, il nous avait dit ceci&nbsp;: <\/p>\n<p>\u201c&nbsp;-- Pour le travail, y a-t-il une carte sp\u00e9ciale&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;La carte d\u2019assurance suffit, il n\u2019y a pas de livret de travail. Un certain nombre d\u2019ouvriers n\u2019ont pas de carte d\u2019identit\u00e9, les autorit\u00e9s la retirent pour les activit\u00e9s \u201c&nbsp;dangereuses&nbsp;\u201d pour le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Avec les salaires, il y a un syst\u00e8me de points. Comment cela marche-t-il&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;En th\u00e9orie, chaque entreprise doit verser des points correspondant \u00e0 20&nbsp;% du total des salaires vers\u00e9s, en r\u00e9alit\u00e9 c\u2019est 20&nbsp;% du total des salaires de base. Le point varie selon les entreprises de 40 \u00e0 60. Le c\u00e9libataire ne touche pas, l\u2019ouvrier mari\u00e9 3, pour le premier enfant 2, et apr\u00e8s 1 par enfant.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Et quand il y a maladie ou accident&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;En cas de maladie, on touche 50&nbsp;% du salaire de base (\u00e0 Saragosse, un ouvrier nous explique qu\u2019avec un bras cas\u00e9, il avait \u00e0 cause de cela, plus avantage \u00e0 venir travailler qu\u2019\u00e0 se soigner). En cas d\u2019accident, 70&nbsp;% du salaire de base. Moi, comme monteur, je suis consid\u00e9r\u00e9 comme ayant le salaire le plus \u00e9lev\u00e9, 40&nbsp;000 par an, soit 55 par jour, mais \u00e7a ne marche qu\u2019en cas d\u2019accident, sinon pour la maladie c\u2019est mon salaire de base qui compte.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Et les syndicats&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Les conseils d\u2019entreprise sont dedans&nbsp;; ils vendent le travailleur \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Comment&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Quand il y a trop d\u2019ouvriers dans tel secteur, le syndicat passe des accords \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, et quand il a besoin des gars, il les rappelle. D\u2019ailleurs, vous pouvez vous en apercevoir en France, o\u00f9 les ouvriers espagnols ne gagnent pas autant que les fran\u00e7ais, la diff\u00e9rence va au syndicat (il s\u2019agit vraisemblablement des travailleurs qui partent collectivement \u00e0 l\u2019\u00e9tranger). Le syndicat ne donne rien aux familles, parce que les hommes sont ce qu\u2019ils sont, parfois ils s\u2019en vont, et ils oublient la femme et les enfants, et les familles peuvent mourir de faim, le syndicat ne donne rien.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Et du point de vue de propagande, par exemple. On vient des Asturies, on sait comment cela s\u2019est pass\u00e9 l\u00e0-bas, comment tu vois les choses&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Je vois cela plut\u00f4t comme une gr\u00e8ve de revendications de salaires, que comme un acte politique.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;As-tu entendu parler des gr\u00e8ves \u00e0 Beasain, Eibar, Zaraus&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Et les gr\u00e8ves de Bilbao&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est parti de la Naval. C\u2019\u00e9tait spontan\u00e9, les Hauts-Fourneaux Biscayens n\u2019ont pas boug\u00e9 (d\u2019autres t\u00e9moignages dont nous reparlerons expliquent ce fait, par la crainte de licenciements cons\u00e9cutifs \u00e0 une modernisation des Hauts-Fourneaux et \u00e0 l\u2019existence de contrats collectifs garantissant des salaires plus \u00e9lev\u00e9s). Tous les ouvriers de la Naval qui avaient fait la guerre chez les Rouges, ou de la prison, devaient se pr\u00e9senter tous les jours \u00e0 la Pr\u00e9fecture de police, les frais de d\u00e9placements ils les payaient, ils n\u2019ont pas pu bouger. Tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, l\u2019ont \u00e9t\u00e9 de nuit, vers 3-4 heures, il y en a eu beaucoup, et il y en encore en prison. La gr\u00e8ve, un mois, a \u00e9t\u00e9 mal organis\u00e9e. Les ouvriers allaient au caf\u00e9 pendant les trois premi\u00e8res semaines, ils d\u00e9pensaient autant que pendant le travail, c\u2019est seulement la derni\u00e8re semaine qu\u2019ils ont d\u00e9cid\u00e9 de faire la gr\u00e8ve des caf\u00e9s. Il aurait fallu la pr\u00e9parer deux, trois mois \u00e0 l\u2019avance, mettre de c\u00f4t\u00e9, moi je n\u2019ai pas l\u2019exp\u00e9rience, mais c\u2019est mon avis. Durant la gr\u00e8ve je travaillais m\u00eame le dimanche, il ne me restait pas de quoi me payer un verre de vin ou des cigarettes (il a donn\u00e9 le plus possible pour les gr\u00e9vistes, il travaillait, parce qu\u2019il n\u2019est que d\u00e9tach\u00e9 \u00e0 la Naval, et appartient \u00e0 une petite entreprise de montage).<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Est-ce que certains ouvriers venant de la campagne n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9courag\u00e9s et ont voulu y retourner&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Oui, mais ils en furent emp\u00each\u00e9s par la police secr\u00e8te. Ici, le capitalisme, c\u2019est la loi du fouet.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;On a dit que les cur\u00e9s ont appuy\u00e9 les gr\u00e9vistes&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Ici, oui, on le disait, mais aucun n\u2019a donn\u00e9 de l\u2019argent aux ouvriers.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;La messe est-elle obligatoire&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;La messe est obligatoire pour les militaires&nbsp;; pour les ouvriers, non, sauf lors du \u201c&nbsp;precepto pascual&nbsp;\u201d&nbsp;; pratiquement aucun membre de la classe ouvri\u00e8re ne va \u00e0 la messe, y vont tous les suceurs, qui se sucrent avec le r\u00e9gime.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Qui est-ce qui devient garde civil&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Tous les voyous, tous ceux qui ont peur de travailler&nbsp;; on est poursuivi seulement pour des cas politiques, ou des crimes. Par exemple on laisse en libert\u00e9 des d\u00e9serteurs, on se contente de confisquer leur papier d\u2019identit\u00e9. Ils ne peuvent travailler que dans des petites entreprises.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Y a-t-il de la propagande de la part de l\u2019opposition&nbsp;? Tracts, inscriptions&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non, rien&nbsp;; si on est trouv\u00e9 porteurs de tracts, on est aussit\u00f4t arr\u00eat\u00e9, tout est verbal.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;As-tu des contacts avec des militants des organisations&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non, vous \u00eates les premiers que je rencontre.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Crois-tu \u00e0 un changement de r\u00e9gime&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Non, pas de l\u2019int\u00e9rieur, c\u2019est impossible, il y a trop de gardes civils, \u00e7a ne peut venir que de l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Dans quel sens vois-tu ce changement&nbsp;?<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019incline pour la r\u00e9publique, c'est-\u00e0-dire un r\u00e9gime dans lequel l\u2019ouvrier puisse vivre mieux, ici l\u2019ouvrier est un esclave des temps primitifs. Nous sommes en plein 20\u00e8me si\u00e8cle, et en Espagne rien n\u2019a chang\u00e9. Je vois des travailleurs qui travaillent plus que moi, et qui gagnent moins, je ne le con\u00e7ois pas. Je vis bien pour un ouvrier, mais regardez-moi, j\u2019ai l\u2019air d\u2019avoir 35 ans. J\u2019en ai 29. J\u2019ai appris tout seul et maintenant \u00e7a ne me sert \u00e0 rien. Ici, je ne peux pas me marier (l\u00e9galement il est d\u00e9serteur, et il voudrait aller vivre \u00e0 l\u2019\u00e9tranger). Si vous connaissez des gars qui militent, je suis pr\u00eat, parce qu\u2019ici je ne peux pas fonder un foyer, alors y passer demain, ou apr\u00e8s\u2026 \u00c0 condition que ce ne soit pas inutile. Ici, je suis seul, personne ne fait rien.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;Il faut pr\u00e9parer les ouvriers, leur ouvrir une conscience des \u00e9v\u00e8nements.<\/p>\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai fait le service dans la marine, j\u2019en connais assez pour montrer&nbsp;; ici les casernes ne sont pas gard\u00e9es, mais personne ne bouge&nbsp;\u201d.<\/p>\n<p>[\/<sc>Simon<\/sc> et <sc>Renof<\/sc>\/]\n<\/div>\n<\/body><\/html>\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[437],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3609","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-noir-rouge-na22-octobre-novembre-1962"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3609","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3609"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3609\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3609"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3609"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3609"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3609"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}