{"id":366,"date":"2007-05-09T11:00:36","date_gmt":"2007-05-09T11:00:36","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/09\/lectures-5\/"},"modified":"2007-05-09T11:00:36","modified_gmt":"2007-05-09T11:00:36","slug":"lectures-5","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/09\/lectures-5\/","title":{"rendered":"Lectures"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/366?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/366?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p><quote>Pour la pre\u00admi\u00e8re fois, il semble que le grand \u00e9cri\u00advain autri\u00adchien Robert Musil va enfin\u200a\u2014\u200aonze ans apr\u00e8s sa mort\u200a\u2014\u200aces\u00adser d\u2019\u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s igno\u00adr\u00e9 du public, tant en pays de langue alle\u00admande, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9dition com\u00adpl\u00e8te actuel\u00adle\u00adment entre\u00adprise chez Rowohlt, qu\u2019en Am\u00e9\u00adrique, o\u00f9 les tra\u00adduc\u00adtions r\u00e9cem\u00adment parues re\u00e7oivent l\u2019accueil le plus enthou\u00adsiaste. Quel injuste retard, si l\u2019on songe qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un auteur dont l\u2019\u0153uvre prin\u00adci\u00adpale, <em>Der Mann ohne Eigen\u00adschaf\u00adten<\/em>, a fait dire \u00e0 un excellent juge&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a rien de mieux en langue alle\u00admande entre les deux guerres&nbsp;\u00bb. (Albert Drey\u00adfus, \u00ab&nbsp;Regards sur Robert Musil&nbsp;\u00bb dans <em>Lettres<\/em>, Gen\u00e8ve, 1945).\u200a\u2014\u200aH\u00e9las, cette heure de la r\u00e9pa\u00adra\u00adtion ne semble pas, en France, avoir d\u00e9j\u00e0 son\u00adn\u00e9. En atten\u00addant de contri\u00adbuer pour notre part \u00e0 com\u00adbler une aus\u00adsi d\u00e9plo\u00adrable lacune, nous pen\u00adsons per\u00admis de repro\u00adduire ici un frag\u00adment de l\u2019\u00e9tude que nous avons nous-m\u00eame publi\u00e9e sur Musil dans le tr\u00e8s beau num\u00e9\u00adro de <em>Lettres<\/em> jadis consa\u00adcr\u00e9 \u00e0 l\u2019Autriche. Certes, le rap\u00adpro\u00adche\u00adment, que l\u2019on va lire, entre Musil et Val\u00e9\u00adry pour\u00adra para\u00eetre un peu os\u00e9. Mais, solide ou fra\u00adgile, c\u2019est du moins une esp\u00e8ce de perche \u00e0 tendre au lec\u00adteur de langue fran\u00e7aise\u2026<\/quote><\/p>\n<p>(\u00c0 pro\u00adpos os\u00e9&nbsp;: le dit rap\u00adpro\u00adche\u00adment Val\u00e9\u00adry-Musil ci-des\u00adsous sug\u00adg\u00e9\u00adr\u00e9 implique la tra\u00adduc\u00adtion na\u00efve du titre <em>Der Mann ohne Eigen\u00adschaf\u00adten<\/em> par <em>L\u2019Homme sans qua\u00adli\u00adt\u00e9s<\/em>. Or, dans le m\u00eame article pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addem\u00adment cit\u00e9, Albert Drey\u00adfus remarque au contraire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le mot <em>Eigen<\/em> (propre \u00e0 l\u2019homme) <em>-schaft<\/em> ne cor\u00adres\u00adpond ni \u00e0 qua\u00adli\u00adt\u00e9 ni \u00e0 carac\u00adt\u00e8re (terme, faut-il ici pr\u00e9\u00adci\u00adser, choi\u00adsi par Bar\u00adba\u00adra Church pour les frag\u00adments parus dans <em>Mesures<\/em> en jan\u00advier 1935), plu\u00adt\u00f4t \u00e0 ver\u00adtu\u2026 On devrait tra\u00adduire <em>Der Mann ohne Eigen\u00adschaf\u00adten<\/em> par <em>L\u2019Homme sans ver\u00adtus<\/em>, en pen\u00adsant aux ver\u00adtus qui lui sont per\u00adson\u00adnelles.&nbsp;\u00bb Cela est fort sub\u00adti\u00adle\u00adment nuan\u00adc\u00e9. Mais qui ne voit en m\u00eame temps que \u00ab&nbsp;ver\u00adtu&nbsp;\u00bb, d\u00e8s lors, \u00e9qui\u00advaut cepen\u00addant \u00e0 qua\u00adli\u00adt\u00e9, ou d\u00e9ter\u00admi\u00adna\u00adtion&nbsp;? Comme si sou\u00advent, c\u2019est donc encore la ver\u00adsion la plus simple qui, \u00e0 notre humble avis, a peut-\u00eatre les meilleures chances de ne pas trahir.)<\/p>\n<p>Quelle signi\u00adfi\u00adca\u00adtion\u2026 convient-il de d\u00e9ga\u00adger du th\u00e8me prin\u00adci\u00adpal de l\u2019<em>Eigen\u00adschafts\u00adlo\u00adsig\u00adkeit<\/em>, de l\u2019ind\u00e9termination, de l\u2019absence de soi, th\u00e8me qui\u2026 motive\u2026 le titre de tout l\u2019ouvrage&nbsp;?<\/p>\n<p>Je ne crois pas qu\u2019on ait jamais sug\u00adg\u00e9\u00adr\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard un rap\u00adpro\u00adche\u00adment qui, d\u2019abord, peut sur\u00adprendre, et cepen\u00addant s\u2019impose \u00e9tran\u00adge\u00adment. Si \u00e9ton\u00adnant que cela puisse para\u00eetre, il est indu\u00adbi\u00adtable, en effet, que la pen\u00ads\u00e9e du roman\u00adcier Musil s\u2019\u00e9claire gran\u00adde\u00adment d\u00e8s qu\u2019on s\u2019avise d\u2019en com\u00adpa\u00adrer la posi\u00adtion fon\u00adda\u00admen\u00adtale au cas, tr\u00e8s dif\u00adf\u00e9\u00adrent en appa\u00adrence et pour\u00adtant ana\u00adlogue \u00e0 la racine, de Paul Val\u00e9\u00adry. Jusqu\u2019au jour o\u00f9, apr\u00e8s quelques \u00e9crits de jeu\u00adnesse, il com\u00admen\u00ad\u00e7a de publier ses chefs\u2011d\u2019\u0153uvre, le pres\u00adti\u00adgieux auteur de l\u2019<em>Intro\u00adduc\u00adtion \u00e0 la m\u00e9thode de L\u00e9o\u00adnard de Vin\u00adci<\/em> ne res\u00adta-t-il pas, lui aus\u00adsi, tel le h\u00e9ros du roman musi\u00adlien, comme \u00e0 l\u2019\u00e9cart du monde et de soi, absor\u00adb\u00e9 dans une m\u00e9di\u00adta\u00adtion en appa\u00adrence sans objet&nbsp;? L\u2019analogie, m\u00eame, est si frap\u00adpante que l\u2019on peut se deman\u00adder s\u2019il n\u2019y a pas l\u00e0 le symp\u00adt\u00f4me d\u2019un grand fait inh\u00e9\u00adrent \u00e0 la vie de l\u2019esprit de notre \u00e9poque. Plus se pro\u00adlonge la paix arm\u00e9e qui pr\u00e9\u00adc\u00e8de les grandes guerres, moins les convic\u00adtions, les croyances don\u00adn\u00e9es semblent avoir de prise sur nombre d\u2019intellectuels&nbsp;; beau\u00adcoup sentent leur propre moi comme leur \u00e9chap\u00adper \u00e0 eux-m\u00eames. On flotte, on cherche la \u00ab&nbsp;gra\u00adtui\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, on est comme en vacances du r\u00e9el. Chez les uns, ce sera une \u00e9cole de fuite&nbsp;: l\u2019aventure pour l\u2019aventure. Chez les plus exi\u00adgeants, il s\u2019agira tout au contraire de tra\u00advailler \u00e0 trou\u00adver ce qui en vaut vrai\u00adment la peine. De l\u00e0, peut-\u00eatre, chez deux esprits aigus comme Val\u00e9\u00adry et Musil\u200a\u2014\u200aVal\u00e9\u00adry est n\u00e9 en 1871, Musil en 1880\u200a\u2014\u200acette h\u00e9si\u00adta\u00adtion paral\u00adl\u00e8le \u00e0 d\u00e9cou\u00advrir leur \u00eatre propre. Qu\u2019on veuille bien relire, par exemple, ces quelques lignes de Val\u00e9\u00adry qui pour\u00adraient ser\u00advir de com\u00admen\u00adtaire \u00e0 la posi\u00adtion toute sem\u00adblable de son cadet autrichien&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Plus une conscience est \u201cconsciente\u201d, plus son per\u00adson\u00adnage, ses opi\u00adnions, ses actes, ses carac\u00adt\u00e8res, ses sen\u00adti\u00adments lui appa\u00adraissent \u00e9tranges\u200a\u2014\u200a\u00e9trangers\u2026<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il faut bien que j\u2019aie des opi\u00adnions&nbsp;; des habi\u00adtudes, un nom, des affec\u00adtions, des r\u00e9pul\u00adsions, un sys\u00adt\u00e8me du monde, comme il faut bien que le mur de ma chambre ait une cer\u00adtaine cou\u00adleur. Je suis \u00e0 tout ce que je suis ce que la lumi\u00e8re est \u00e0 cette cou\u00adleur. Elle pour\u00adrait \u00e9clai\u00adrer quoi que ce&nbsp;soit.<\/p>\n<p>\u00ab\u200a\u2014\u200aCom\u00adment vous appelez-vous&nbsp;?<br>\n<br>\u00ab\u200a\u2014\u200aJe ne sais&nbsp;pas.<br>\n<br>\u00ab\u200a\u2014\u200aVotre \u00e2ge&nbsp;?\u2026 je ne sais pas. Votre lieu de nais\u00adsance&nbsp;? sais pas. Pro\u00adfes\u00adsion&nbsp;? sais pas\u2026 C\u2019est bien&nbsp;: vous \u00eates moi-m\u00eame.&nbsp;\u00bb[[Choses tues.]]<\/p>\n<p>Plus abso\u00adlus (c\u2019est leur part de roman\u00adtisme) que le Des\u00adcartes de la morale pro\u00advi\u00adsoire, Musil et Val\u00e9\u00adry, dans le com\u00admun \u00ab&nbsp;atten\u00adtisme de la per\u00adsonne&nbsp;\u00bb par quoi pour\u00adrait se d\u00e9fi\u00adnir leur posi\u00adtion pre\u00admi\u00e8re, d\u00e9daignent d\u00e9li\u00adb\u00e9\u00adr\u00e9\u00adment ce qui est seule\u00adment humain\u200a\u2014\u200amais en ver\u00adtu d\u2019une expec\u00adta\u00adtive f\u00e9conde, d\u2019une qu\u00eate des valeurs vraies\u2026<\/p>\n<blockquote><p>Pour\u00adsui\u00advant sur un ter\u00adrain moins cen\u00adtral, mais non moins signi\u00adfi\u00adca\u00adtif, notre confron\u00adta\u00adtion, nous \u00e9cri\u00advions&nbsp;aussi&nbsp;:<\/p><\/blockquote>\n<p>Signa\u00adlons tou\u00adte\u00adfois, d\u00e8s main\u00adte\u00adnant, chez Val\u00e9\u00adry et Musil, un second trait com\u00admun\u2026 Musil et Val\u00e9\u00adry, on vient de le voir, mettent en doute le moi&nbsp;; mais par une d\u00e9marche de pen\u00ads\u00e9e toute sem\u00adblable et presque ing\u00e9\u00adnue sous ses appa\u00adrences aver\u00adties, l\u2019un et l\u2019autre trans\u00adposent \u00e9ga\u00adle\u00adment ce doute, et alors pour n\u2019en plus sor\u00adtir, dans le domaine des r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s col\u00adlec\u00adtives, de l\u2019histoire. Peut-\u00eatre y a\u2011t-il l\u00e0, chez tous les deux, un effet de la for\u00adma\u00adtion math\u00e9\u00adma\u00adti\u00adcienne, qui incline tant d\u2019esprits mode\u00adl\u00e9s par elle \u00e0 ne voir dans les sciences morales qu\u2019un ensemble de conjec\u00adtures&nbsp;? Mais sur\u00adtout, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Val\u00e9\u00adry et, plus tard, Musil ont m\u00e9di\u00adt\u00e9 sur les sciences exactes, celles-ci entraient ou se d\u00e9bat\u00adtaient dans la plus pro\u00adfonde des crises. Apr\u00e8s le bel opti\u00admisme du dix-neu\u00advi\u00e8me si\u00e8cle dans sa pre\u00admi\u00e8re moi\u00adti\u00e9, l\u2019explication scien\u00adti\u00adfique se heurte \u00e0 des pro\u00adbl\u00e8mes inat\u00adten\u00addus, qui mettent en cause les notions les plus fon\u00adda\u00admen\u00adtales. Si bien que la m\u00e9fiance envers soi-m\u00eame para\u00eet d\u00e8s lors le devoir pre\u00admier de l\u2019esprit. Or, c\u2019est bien le sou\u00adci de ce devoir-l\u00e0 qui a dic\u00adt\u00e9 \u00e0 Val\u00e9\u00adry les pages c\u00e9l\u00e8bres o\u00f9 il pro\u00adclame son scep\u00adti\u00adcisme his\u00adto\u00adrique, son refus de l\u2019histoire. Et si, pour en reve\u00adnir \u00e0 Musil, celui-ci ne nie pas l\u2019histoire de fa\u00e7on aus\u00adsi radi\u00adcale, du moins la consi\u00add\u00e8re-t-il comme une esp\u00e8ce d\u2019accident&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si l\u2019homme, \u00e9crit-il, a sur\u00adtout pour carac\u00adt\u00e9\u00adris\u00adtique de mani\u00adfes\u00adter des opi\u00adnions, il en r\u00e9sulte que, ne se mani\u00adfes\u00adtant jamais tout entier ni dura\u00adble\u00adment, il s\u2019y repren\u00addra sans cesse de mille fa\u00e7ons tou\u00adjours vari\u00e9es&nbsp;; et de l\u00e0 vient qu\u2019il a une his\u00adtoire. Si donc il en a une, ce n\u2019est que par fai\u00adblesse, me semble-t-il&nbsp;; bien que les his\u00adto\u00adriens, \u00e9vi\u00addem\u00adment, tiennent la facul\u00adt\u00e9 de faire, de pro\u00adduire de l\u2019histoire, pour un m\u00e9rite tout particulier&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ain\u00adsi, le scep\u00adti\u00adcisme cr\u00e9a\u00adteur qui, chez l\u2019un et chez l\u2019autre, dans l\u2019attention rigou\u00adreuse pr\u00ea\u00adt\u00e9e aux jeux de la pen\u00ads\u00e9e pure comme aux fata\u00adli\u00adt\u00e9s des sen\u00adti\u00adments humains, donne sa valeur insigne \u00e0 leur com\u00admun \u00ab&nbsp;atten\u00adtisme per\u00adson\u00adnel&nbsp;\u00bb, para\u00eet, sur ce ter\u00adrain, faire place \u00e0 une cri\u00adtique uni\u00adque\u00adment dis\u00adsol\u00advante. Quand Val\u00e9\u00adry, quand Musil parlent d\u2019histoire, toute l\u2019acuit\u00e9 de leur regard n\u2019emp\u00eache point qu\u2019ils semblent tous deux frap\u00adp\u00e9s d\u2019une c\u00e9ci\u00adt\u00e9 para\u00addoxale. On a envie de dire qu\u2019ils n\u2019ont pas le sens de ce qui&nbsp;bouge&nbsp;:<\/p>\n<p><em>\u2026 Cruel Z\u00e9non&nbsp;! Z\u00e9non d\u2019El\u00e9e,<br>\n<br>M\u2019as-tu frap\u00adp\u00e9 de cette fl\u00e8che ail\u00e9e<br>\n<br>Qui vibre, vole, et qui ne vole&nbsp;pas&nbsp;?<\/em><\/p>\n<blockquote><p>Avions-nous plei\u00adne\u00adment rai\u00adson d\u2019ajouter alors que, en pr\u00e9\u00adsence d\u2019une telle fin de non-rece\u00advoir, \u00ab&nbsp;l\u2019on en vient \u00e0 pen\u00adser que l\u2019intelligence\u2026 tend, de nos jours, \u00e0 d\u00e9mis\u00adsion\u00adner devant la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 du deve\u00adnir&nbsp;?&nbsp;\u00bb Gu\u00e8re, \u00e0 vrai dire, si le sens de cette r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 du deve\u00adnir, l\u2019acceptation de l\u2019histoire comme don\u00adn\u00e9e devait in\u00e9vi\u00adta\u00adble\u00adment impli\u00adquer sou\u00admis\u00adsion de l\u2019homme \u00e0 ce que \u00ab&nbsp;r\u00e9a\u00adlistes&nbsp;\u00bb et mar\u00adxistes d\u00e9nomment de concert la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 his\u00adto\u00adrique. Chez Musil, en tout cas, il n\u2019y a point d\u00e9mis\u00adsion quand il prend le par\u00adti de ne se point encom\u00adbrer de l\u2019histoire, mais la volon\u00adt\u00e9\u200a\u2014\u200a\u00e9ga\u00adle\u00adment cr\u00e9a\u00adtrice d\u2019histoire\u200a\u2014\u200ade res\u00adti\u00adtuer les vraies valeurs qui sont l\u2019homme. L\u2019esprit pur n\u2019est pas son affaire\u200a\u2014\u200aheu\u00adreu\u00adse\u00adment. Si abs\u00adtrait, et quel\u00adque\u00adfois ratio\u00adci\u00adnant que puisse para\u00eetre son livre, c\u2019est le sens de la vie qu\u2019il vou\u00addrait trou\u00adver et nous rendre. Et nous voi\u00adci reve\u00adnus aux pro\u00adbl\u00e8mes que nous essayions de poser ici m\u00eame il y a trois mois \u00e0 pro\u00adpos de l\u2019actuelle d\u00e9marche \u00ab&nbsp;reli\u00adgieuse&nbsp;\u00bb de la pen\u00ads\u00e9e de Silone. D\u00e9j\u00e0, dans cette m\u00eame ancienne \u00e9tude sur l\u2019auteur de <em>L\u2019Homme sans qua\u00adli\u00adt\u00e9s<\/em>, nous \u00e9crivions&nbsp;:<\/p><\/blockquote>\n<p>Si Musil recherche avec une telle inten\u00adsi\u00adt\u00e9 la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique et intel\u00adlec\u00adtuelle, c\u2019est qu\u2019il y a en lui le besoin beau\u00adcoup plus pro\u00adfond encore, et dont il vou\u00addrait que des connais\u00adsances claires et dis\u00adtinctes pussent appor\u00adter la satis\u00adfac\u00adtion de pos\u00ads\u00e9\u00adder une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 \u00e9thique, une r\u00e8gle non seule\u00adment de pen\u00ads\u00e9e mais de vie. Faut-il dire une croyance&nbsp;?\u2026 Il est exact que Musil, intel\u00adlec\u00adtuel\u00adle\u00adment irr\u00e9\u00adli\u00adgieux, semble, en de cer\u00adtaines p\u00e9riodes tout au moins, avoir comme reli\u00adgieu\u00adse\u00adment res\u00adsen\u00adti l\u2019urgence des grands pro\u00adbl\u00e8mes qui le han\u00adtaient. Et dans cette phrase (d\u2019un des per\u00adson\u00adnages f\u00e9mi\u00adnins du roman) o\u00f9 r\u00e9sonne \u00e0 ne s\u2019y point trom\u00adper la voix m\u00eame de l\u2019auteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis tout ensemble pleine et vide d\u2019amour&nbsp;\u00bb, il y a, n\u2019en dou\u00adtons point, l\u2019\u00e9cho d\u2019une nos\u00adtal\u00adgie. Si l\u2019\u0153uvre de Musil avait pu trou\u00adver son ach\u00e8\u00adve\u00adment (le der\u00adnier volume de <em>L\u2019Homme sans qua\u00adli\u00adt\u00e9s<\/em>, paru \u00e0 titre post\u00adhume, est res\u00adt\u00e9 en par\u00adtie \u00e0 l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9bauche), elle nous don\u00adne\u00adrait\u200a\u2014\u200apeut-\u00eatre\u200a\u2014\u200asur cette ques\u00adtion cen\u00adtrale, une r\u00e9ponse. Dans l\u2019\u00e9tat o\u00f9 le livre se pr\u00e9\u00adsente \u00e0 nous, il para\u00eet en tout cas per\u00admis de sup\u00adpo\u00adser que, s\u2019il y a bien eu chez Musil nos\u00adtal\u00adgie de la croyance, la rigueur qu\u2019il s\u2019imposait l\u2019e\u00fbt fort pro\u00adba\u00adble\u00adment ame\u00adn\u00e9 \u00e0 conti\u00adnuer de r\u00eaver le r\u00eave qui d\u00e9fi\u00adnit sa vie\u200a\u2014\u200ale r\u00eave, vou\u00addrait-on dire, que la pen\u00ads\u00e9e pure\u00adment ration\u00adnelle et toute de pr\u00e9\u00adci\u00adsion puisse enfin, pous\u00ads\u00e9e jusqu\u2019au bout de la pr\u00e9\u00adci\u00adsion m\u00eame, tenir lieu \u00e0 l\u2019esprit clair de l\u2019\u00e9quilibre que d\u2019autres \u00e2mes ont trou\u00adv\u00e9, ou trouvent dans la foi. Or, un tel r\u00eave n\u2019est pas celui de la reli\u00adgion&nbsp;: c\u2019est le r\u00eave de quelque sagesse.<\/p>\n<p>J. P.&nbsp;S.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la pre\u00admi\u00e8re fois, il semble que le grand \u00e9cri\u00advain autri\u00adchien Robert Musil va enfin\u200a\u2014\u200aonze ans apr\u00e8s sa mort\u200a\u2014\u200aces\u00adser d\u2019\u00eatre \u00e0 peu pr\u00e8s igno\u00adr\u00e9 du public, tant en pays de langue alle\u00admande, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019\u00e9dition com\u00adpl\u00e8te actuel\u00adle\u00adment entre\u00adprise chez Rowohlt, qu\u2019en Am\u00e9\u00adrique, o\u00f9 les tra\u00adduc\u00adtions r\u00e9cem\u00adment parues re\u00e7oivent l\u2019accueil le plus enthou\u00adsiaste. 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