{"id":367,"date":"2007-05-09T11:11:48","date_gmt":"2007-05-09T11:11:48","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/09\/lectures-6\/"},"modified":"2007-05-09T11:11:48","modified_gmt":"2007-05-09T11:11:48","slug":"lectures-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/09\/lectures-6\/","title":{"rendered":"Lectures"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/367?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/367?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p class=\"post_excerpt\">Pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00add\u00e9e d\u2019une pr\u00e9\u00adface d\u2019Albert Camus. Texte anglais et nou\u00advelle tra\u00adduc\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise de Jacques Bour. (\u00c9di\u00adtions Falaize, Paris.)<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div align=\"justify\">\n<p>L\u2019\u00e9trange actua\u00adli\u00adt\u00e9, et com\u00adbien poi\u00adgnante, que celle de <em>la Bal\u00adlade de la ge\u00f4le de Rea\u00adding<\/em>, dont les cent et quelques strophes nous reviennent accom\u00adpa\u00adgn\u00e9es d\u2019une tra\u00adduc\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise nou\u00advelle de Jacques Bour, pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00add\u00e9es d\u2019un texte remar\u00adquable d\u2019Albert Camus. Ce long po\u00e8me, s\u2019il fait un mince volume, p\u00e8se d\u2019un poids sin\u00adgu\u00adlier dans l\u2019orbe de la conscience contem\u00adpo\u00adraine, et ce poids n\u2019est autre que celui de la culpa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 qui s\u2019ignore elle-m\u00eame ou qui ne s\u2019avoue point. Nos d\u00e9mons v\u00e9ri\u00adtables ne g\u00eetent pas dans les pro\u00adfon\u00addeurs r\u00e9pu\u00adt\u00e9es hon\u00adteuses ou pri\u00admi\u00adtives de notre \u00eatre. Ce qu\u2019ils sont, et d\u2019o\u00f9 ils pro\u00adc\u00e8dent, Camus nous le laisse bien entendre, en une s\u00e9rie d\u2019approximations d\u2019autant plus sai\u00adsis\u00adsantes qu\u2019elles sont plus d\u00e9pouill\u00e9es et qu\u2019elles s\u2019appliquent mieux \u00e0 un cas par\u00adti\u00adcu\u00adlier. Mais le par\u00adti\u00adcu\u00adlier seul sait rendre compte de la com\u00adplexi\u00adt\u00e9 humaine, d\u00e9ce\u00adler\u200a\u2014\u200ac\u2019est ici le pro\u00adpos de Camus\u200a\u2014\u200ale tra\u00adgique essen\u00adtiel ins\u00adcrit dans l\u2019insuffisance du \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et l\u2019ali\u00e9nation sub\u00ads\u00e9\u00adquente d\u2019autrui. \u00ab&nbsp;On peut \u00eatre s\u00fbr que le talent qui n\u2019a su pro\u00adduire qu\u2019une \u0153uvre arti\u00adfi\u00adcielle ne pou\u00advait sou\u00adte\u00adnir qu\u2019une vie fri\u00advole et sans por\u00adt\u00e9e. D\u00eener tous les soirs au Savoy n\u2019exige pas for\u00adc\u00e9\u00adment du g\u00e9nie, ni m\u00eame de l\u2019aristocratie, mais seule\u00adment de la for\u00adtune\u2026 Il est dou\u00adteux que Wilde ait jamais pen\u00ads\u00e9, avant sa condam\u00adna\u00adtion, qu\u2019il exis\u00adt\u00e2t des pri\u00adsons. S\u2019il y a pen\u00ads\u00e9, c\u2019est avec la convic\u00adtion tacite qu\u2019elles n\u2019\u00e9taient pas faites pour les hommes de sa qua\u00adli\u00adt\u00e9\u2026 Du jour au len\u00adde\u00admain, le voi\u00adl\u00e0, au nom du scan\u00addale, scan\u00adda\u00adleu\u00adse\u00adment per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9. Sans trop savoir encore ce qui s\u2019est pas\u00ads\u00e9, il se r\u00e9veille dans une cel\u00adlule, v\u00eatu d\u2019un treillis et trai\u00adt\u00e9 en esclave\u2026 Il n\u2019a plus d\u2019autre honte, mais cui\u00adsante il est vrai, que d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 com\u00adplice de ce monde qui juge et condamne en un moment, avant d\u2019aller d\u00eener aux chan\u00addelles. \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas\u200a\u2014\u200a\u00e9crit-il alors au plus fri\u00advole de ses amis\u200a\u2014\u200aun seul mal\u00adheu\u00adreux \u00eatre enfer\u00adm\u00e9 avec moi dans ce mis\u00e9\u00adrable endroit qui ne se trouve en rap\u00adport sym\u00adbo\u00adlique avec le secret de la&nbsp;vie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Du m\u00eame coup, il d\u00e9couvre les secrets de l\u2019art\u2026 Wilde recon\u00adna\u00eet que, pour avoir vou\u00adlu s\u00e9pa\u00adrer l\u2019art de la dou\u00adleur, il l\u2019avait cou\u00adp\u00e9 d\u2019une de ses racines et s\u2019\u00e9tait \u00f4t\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame la vraie vie\u2026 Dans sa plus haute incar\u00adna\u00adtion, le g\u00e9nie est celui qui cr\u00e9e pour que soit hono\u00adr\u00e9, aux yeux de tous et \u00e0 ses propres yeux, le der\u00adnier des mis\u00e9\u00adrables au c\u0153ur du bagne le plus noir. Pour\u00adquoi cr\u00e9er si ce n\u2019est pour don\u00adner un sens \u00e0 la souf\u00adfrance, f\u00fbt-ce en disant qu\u2019elle est inad\u00admis\u00adsible&nbsp;? La beau\u00adt\u00e9 sur\u00adgit \u00e0 cet ins\u00adtant des d\u00e9combres de l\u2019injustice et du mal\u2026 En quelque endroit de son c\u0153ur, \u00e0 quelque moment de son his\u00adtoire, le vrai cr\u00e9a\u00adteur finit tou\u00adjours par r\u00e9con\u00adci\u00adlier. Il rejoint alors la com\u00admune mesure dans l\u2019\u00e9trange bana\u00adli\u00adt\u00e9 o\u00f9 il se d\u00e9fi\u00adnit. Com\u00adbien d\u2019artistes qui refusent ain\u00adsi avec hau\u00adteur d\u2019\u00eatre un homme de peu&nbsp;? Mais ce peu aurait suf\u00adfi \u00e0 leur don\u00adner le vrai talent que, sans lui, ils ne peuvent plus atteindre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019art qui refuse la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 de tous les jours y perd la vie. Mais cette vie qui lui est n\u00e9ces\u00adsaire ne sau\u00adrait lui suf\u00adfire. Si l\u2019artiste ne peut refu\u00adser la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, c\u2019est qu\u2019il a pour charge de lui don\u00adner une jus\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtion plus haute. Com\u00adment la jus\u00adti\u00adfier si on d\u00e9cide de l\u2019ignorer&nbsp;? Mais com\u00adment la trans\u00adfi\u00adgu\u00adrer, si on consent \u00e0 s\u2019y asser\u00advir&nbsp;?&nbsp;\u00bb C\u2019est tout le pro\u00adc\u00e8s de l\u2019art \u00ab&nbsp;enga\u00adg\u00e9&nbsp;\u00bb qu\u2019il semble que Camus rouvre ici. Il l\u2019assume plei\u00adne\u00adment, et il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 la ren\u00adcontre de ces deux mou\u00adve\u00adments contraires, comme le phi\u00adlo\u00adsophe de Rem\u00adbrandt entre l\u2019ombre et la lumi\u00e8re, se tient le vrai g\u00e9nie. C\u2019est pour\u00adquoi, au sor\u00adtir de sa pri\u00adson, Wilde, \u00e9pui\u00ads\u00e9, ne trouve nulle autre force que d\u2019\u00e9crire cette admi\u00adrable <em>Bal\u00adlade<\/em> et de faire reten\u00adtir \u00e0 nou\u00adveau les cris qui jaillirent un matin de toutes les cel\u00adlules de Rea\u00adding pour relaxer le cri du pri\u00adson\u00adnier que des hommes en frac pen\u00addaient\u2026 Alors, peut-\u00eatre, com\u00admence une autre folie qui, sous le choc de la d\u00e9cou\u00adverte, iden\u00adti\u00adfie aveu\u00adgl\u00e9\u00adment toute vie avec la dou\u00adleur. Mais \u00e0 ce moment, Wilde ne m\u00e9rite plus que ten\u00addresse et admi\u00adra\u00adtion&nbsp;; son si\u00e8cle seul, le monde o\u00f9 il vivait, est res\u00adpon\u00adsable. C\u2019est en effet la culpa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 des soci\u00e9\u00adt\u00e9s ser\u00adviles, comme est la n\u00f4tre, qu\u2019il leur faille tou\u00adjours la dou\u00adleur et la ser\u00advi\u00adtude pour entre\u00advoir une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 qui pour\u00adtant se trouve aus\u00adsi dans le bon\u00adheur, quand le c\u0153ur en est&nbsp;digne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais, apr\u00e8s <em>la Bal\u00adlade<\/em>, Wilde ne pro\u00addui\u00adsit plus rien. \u00ab&nbsp;Il connut sans doute l\u2019indicible mal\u00adheur de l\u2019artiste qui sait les che\u00admins du g\u00e9nie, mais qui n\u2019a plus la force de s\u2019y enga\u00adger. La mis\u00e8re, l\u2019hostilit\u00e9 ou l\u2019indiff\u00e9rence firent le reste.&nbsp;\u00bb Le monde pour qui il avait v\u00e9cu, remarque Albert Camus en une sen\u00adtence d\u2019une cin\u00adglante iro\u00adnie, \u00ab&nbsp;tour\u00adna le dos \u00e0 celui qui avait \u00e9t\u00e9 le h\u00e9ros de ses f\u00eates vides. Et, se jugeant alors lui-m\u00eame une seconde fois, ce monde condam\u00adna encore le po\u00e8te, non pour le vice d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 super\u00adfi\u00adciel, mais pour l\u2019impertinence d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 malheureux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Qu\u2019on me par\u00addonne ces trop longues cita\u00adtions. Elles m\u2019ont paru l\u2019exacte contre\u00adpar\u00adtie morale et l\u2019\u00e9clairement int\u00e9\u00adrieur le plus juste d\u2019un po\u00e8me qu\u2019on ne peut relire sans en pro\u00adje\u00adter l\u2019\u00e9loquence pas\u00adsion\u00adn\u00e9e dans le temps o\u00f9 nous sommes. La haute po\u00e9\u00adsie, parce qu\u2019elle \u0153uvre \u00e0 m\u00eame la dur\u00e9e et l\u2019exalte ou la trans\u00adcende, t\u00e9moigne pour tous les temps et d\u00e9nonce tou\u00adjours \u00e0 nou\u00adveau la soli\u00adtude de l\u2019homme par\u00admi les hommes. Mais du m\u00eame coup, elle cau\u00adtionne tous ses r\u00eaves d\u2019avenir soli\u00addaire et son infran\u00adgible dignit\u00e9.<\/p>\n<p>[\/\u200bGilbert <sc>Trol\u00adliet<\/sc>\/\u200b]\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00add\u00e9e d\u2019une pr\u00e9\u00adface d\u2019Albert Camus. Texte anglais et nou\u00advelle tra\u00adduc\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise de Jacques Bour. 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