{"id":3674,"date":"2014-04-03T15:35:53","date_gmt":"2014-04-03T15:35:53","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/04\/03\/le-paysan-francais-et-la-litterature-daujourdhui-et-de-demain\/"},"modified":"2014-04-03T15:35:53","modified_gmt":"2014-04-03T15:35:53","slug":"le-paysan-francais-et-la-litterature-daujourdhui-et-de-demain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/04\/03\/le-paysan-francais-et-la-litterature-daujourdhui-et-de-demain\/","title":{"rendered":"Le Paysan Fran\u00e7ais et la Litt\u00e9rature d\u2019aujourd\u2019hui et de demain"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3674?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3674?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p>Mon inten\u00adtion, d\u00e9j\u00e0 expri\u00adm\u00e9e ici, \u00e9tait de consa\u00adcrer la pr\u00e9\u00adsente chro\u00adnique \u00e0 l\u2019\u0153uvre et \u00e0 la vie de notre cama\u00adrade Han Hyner, mais cette \u0153uvre vaste, touf\u00adfue, pro\u00adfonde exige, pour \u00eatre trai\u00adt\u00e9e selon son m\u00e9rite, non seule\u00adment une lec\u00adture atten\u00adtive, la plume \u00e0 la main, mais aus\u00adsi et sur\u00adtout de la r\u00e9flexion, de la m\u00e9di\u00adta\u00adtion, une rumi\u00adna\u00adtion, ose\u00adrai-je dire, qui doit don\u00adner \u00e0 la cri\u00adtique toute sa valeur. Et cela ne va pas sans une conten\u00adtion d\u2019esprit, sans un effort c\u00e9r\u00e9\u00adbral que l\u2019\u00e9tat de ma san\u00adt\u00e9, deve\u00adnue depuis quelques mois plus pr\u00e9\u00adcaire, ne m\u2019a pas encore permis.<\/p>\n<p>Ce sera, je l\u2019esp\u00e8re, pour bien\u00adt\u00f4t. En atten\u00addant, je vou\u00addrais aujourd\u2019hui expo\u00adser \u00e0 mes lec\u00adteurs une \u00e9vo\u00adlu\u00adtion bien curieuse de la vie, des m\u0153urs et de l\u2019\u00e2me du pay\u00adsan dans ses rap\u00adports avec la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture rus\u00adtique et notam\u00adment avec le&nbsp;roman.<\/p>\n<p><\/p><center>\n<h3>*  *  *  *<\/h3>\n<p><\/p><\/center>\n<p>Au cours de la grande guerre, pen\u00addant le long som\u00admeil que dut subir la vie lit\u00adt\u00e9\u00adraire, ma plume \u00e9tant r\u00e9duite au ch\u00f4\u00admage, ou plu\u00adt\u00f4t trans\u00adfor\u00adm\u00e9e, par les cir\u00adcons\u00adtances tra\u00adgiques, en bis\u00adtou\u00adri, j\u2019eus l\u2019id\u00e9e de consa\u00adcrer mes loi\u00adsirs, rares en v\u00e9ri\u00adt\u00e9, \u00e0 relire avec l\u2019\u0153uvre po\u00e9\u00adtique de Mis\u00adtral, les romans de George Sand, de Fer\u00addi\u00adnand Fabre, de L\u00e9on Cla\u00addel, d\u2019\u00c9mile Pou\u00advillon, de Paul Ar\u00e8ne et d\u2019Hyppolite Babou, qui furent les chantres et les his\u00adto\u00adriens les plus illustres du Ber\u00adry, de la lumi\u00adneuse Pro\u00advence et de mon doux Languedoc.<\/p>\n<p>Et je ne regrette, certes, pas le temps que je leur ai don\u00adn\u00e9. Outre qu\u2019aux heures les plus sombres ils cal\u00adm\u00e8rent mes angoisses et ber\u00adc\u00e8rent ma m\u00e9lan\u00adco\u00adlie par la beau\u00adt\u00e9 har\u00admo\u00adnieuse ou s\u00e9v\u00e8re de leur prose et de leurs vers, ils me per\u00admirent de faire, sur l\u2019\u00e2me du pay\u00adsan fran\u00ad\u00e7ais, de nom\u00adbreuses et utiles observations.<\/p>\n<p>L\u2019esprit impr\u00e9\u00adgn\u00e9 de cette lec\u00adture quo\u00adti\u00addienne, c\u2019est avec un int\u00e9\u00adr\u00eat plus vif et encore plus atten\u00addri que je me pen\u00adchais sur mes bles\u00ads\u00e9s et mes malades, presque tous enfants de la gl\u00e8be, qu\u2019ils avaient quit\u00adt\u00e9e nagu\u00e8re, pour aller, avec le calme et la r\u00e9si\u00adgna\u00adtion d\u2019un trou\u00adpeau, vers la&nbsp;mort.<\/p>\n<p><\/p><center>\n<h3>*  *  *  *<\/h3>\n<p><\/p><\/center>\n<p>Chaque matin, apr\u00e8s la visite, quand la dou\u00adleur du pan\u00adse\u00adment s\u2019\u00e9teignait peu \u00e0 peu, comme une vague qui meurt, que le front p\u00e2le et plis\u00ads\u00e9 se ras\u00ads\u00e9\u00adr\u00e9\u00adnait et que l\u2019esp\u00e9rance et la jeu\u00adnesse ral\u00adlu\u00admaient la flamme un moment \u00e9teinte du regard, je m\u2019attardais aupr\u00e8s d\u2019eux, me com\u00adplai\u00adsant \u00e0 son\u00adder leur \u00e2me apr\u00e8s avoir son\u00add\u00e9 leurs plaies.<\/p>\n<p>Or, si au cours des confi\u00addences que je pro\u00advo\u00adquais, cer\u00adtains d\u2019entre eux m\u2019apparaissaient bien, au phy\u00adsique et au moral, comme les fils de ceux qui vivent leur vie robuste, saine et simple, dans la Mireille de Mis\u00adtral, dans la Mare au Diable et Fran\u00ad\u00e7ois le Cham\u00adpi de Georges Sand, dans le Che\u00advrier et les Cour\u00adbe\u00adzon de Fer\u00addi\u00adnand Fabre, la F\u00eate Native et le Bous\u00adcas\u00adsie de L\u00e9on Cla\u00addel, la C\u00e9sette de Pou\u00advillon, le Jean des Figues de Paul Ar\u00e8ne et les Pa\u00efens inno\u00adcents d\u2019Hyppolite Babou, la plu\u00adpart des autres me sem\u00adblaient, au contraire, s\u2019\u00e9loigner beau\u00adcoup des types cr\u00e9\u00e9s et obser\u00adv\u00e9s par ces illustres romanciers.<\/p>\n<p>C\u2019est ain\u00adsi, par exemple, qu\u2019il m\u2019\u00e9tait dif\u00adfi\u00adcile de trou\u00adver entre ceux venus de tous les coins du Midi, du Sud-Est comme du Sud-Ouest, cette tour\u00adnure d\u2019esprit, cette men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 propre qui dis\u00adtinguent dans les auteurs pr\u00e9\u00adci\u00adt\u00e9s, le Rouer\u00adgat du Quer\u00adcy\u00adnois, le Pro\u00adven\u00ad\u00e7al camar\u00adguais de l\u2019Alpin, le Lan\u00adgue\u00addo\u00adcien cos\u00adsu des grasses plaines tou\u00adlou\u00adsaines de notre mon\u00adta\u00adgnard C\u00e9ve\u00adnol, plus connu sous le nom de \u00ab&nbsp;Govoch&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Il me sem\u00adblait qu\u2019ils se confon\u00addaient dans une sorte d\u2019uniformit\u00e9 morale et ne trou\u00advais de dif\u00adf\u00e9\u00adrence r\u00e9elle, de d\u00e9mar\u00adca\u00adtion s\u00e9rieuse que dans le type phy\u00adsique et l\u2019accent.<\/p>\n<p>Rares \u00e9taient, par\u00admi eux, les illet\u00adtr\u00e9s&nbsp;; plus nom\u00adbreux, au contraire, ceux \u00e0 qui la simple \u00e9cole pri\u00admaire avait suf\u00adfi pour ouvrir l\u2019intelligence et ins\u00adpi\u00adrer le go\u00fbt de la r\u00e9flexion. \u00c0 ceux-l\u00e0, pour pr\u00e9\u00adci\u00adser mon enqu\u00eate, l\u2019id\u00e9e me vint de don\u00adner \u00e0 lire les \u0153uvres prin\u00adci\u00adpales de nos grands roman\u00adciers des champs et de recueillir ensuite leurs impressions.<\/p>\n<p>\u2014 C\u2019est tr\u00e8s beau, mais ce n\u2019est presque plus&nbsp;\u00e7a\u2026<\/p>\n<p>Ain\u00adsi peut se r\u00e9su\u00admer leur pen\u00ads\u00e9e sur la vie et les gens rus\u00adtiques, dont la belle \u00e9vo\u00adca\u00adtion avait char\u00adm\u00e9 leur esprit.<\/p>\n<p>D\u2019autres ajou\u00adtaient m\u00eame, en par\u00adlant d\u2019\u00c9mile Pou\u00advillon, le der\u00adnier mort&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c7a, c\u2019est le temps jadis, et nous avons enten\u00addu racon\u00adter des his\u00adtoires sem\u00adblables par nos anciens.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et ils r\u00e9p\u00e9\u00adtaient&nbsp;: \u00ab&nbsp;Non, ce n\u2019est plus \u00e7a&nbsp;\u00bb, sup\u00adpri\u00admant le \u00ab&nbsp;presque&nbsp;\u00bb cit\u00e9 plus haut&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons bien mar\u00adch\u00e9 depuis.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p><\/p><center>\n<h3>*  *  *  *<\/h3>\n<p><\/p><\/center>\n<p>Et de ce que me disaient ain\u00adsi mes bles\u00ads\u00e9s rus\u00adtiques, j\u2019\u00e9tais obli\u00adg\u00e9 de recon\u00adna\u00eetre la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, pour avoir obser\u00adv\u00e9 moi-m\u00eame, peu de temps avant la guerre, pen\u00addant mes longues retraites au c\u0153ur de nos gar\u00adrigues rouges et en plein pays c\u00e9ve\u00adnol, cette \u00e9vo\u00adlu\u00adtion dans l\u00e0 me et les m\u0153urs du paysan.<\/p>\n<p>Com\u00adbien ceux de l\u2019Espinouze, par exemple, du Lar\u00adzac, de l\u2019Escondargue, des col\u00adlines et de la val\u00adl\u00e9e de l\u2019Oile dif\u00adf\u00e8rent aujourd\u2019hui de ceux aux\u00adquels mon com\u00adpa\u00adtriote Fer\u00addi\u00adnand Fabre a consa\u00adcr\u00e9 ses plus beaux livres.<\/p>\n<p>C\u2019est ce que je consta\u00adtais, sans le moindre \u00e9ton\u00adne\u00adment, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>Et cepen\u00addant ses livres, notam\u00adment Toits\u00adsaint Gala\u00adbrie, le Che\u00advrier, les Cour\u00adbe\u00adzon, Julien Savir\u00adpiac, Bar\u00adnabe, Made\u00admoi\u00adselle de Malo\u00advieille et le Mar\u00adquis de Pier\u00adre\u00adrue s\u2019\u00e9chelonnent sur une p\u00e9riode allant de 1860 \u00e0 1890&nbsp;; d\u2019autres m\u00eame, comme Xavi\u00e8re et Taillevent, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crits et publi\u00e9s dans les toutes der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es du si\u00e8cle d\u00e9funt.<\/p>\n<p>Et ce n\u2019\u00e9taient pas seule\u00adment les gens qui avaient chan\u00adg\u00e9, empor\u00adt\u00e9s dans un tour\u00adbillon de moder\u00adnisme, mais aus\u00adsi la vie, les m\u0153urs, les cou\u00adtumes, le v\u00eate\u00adment, le lan\u00adgage local m\u00eame, toutes choses dont le pit\u00adto\u00adresque donne \u00e0 l\u2019\u0153uvre du c\u00e9l\u00e8bre conteur b\u00e9dar\u00adri\u00adcien, comme une saveur de miel sau\u00advage cueilli \u00e0 m\u00eame un rucher perdu.<\/p>\n<p>Je ne trou\u00advais plus trace de ces longues veill\u00e9es hiver\u00adnales au coin de l\u2019\u00e2tre, sous le man\u00adteau de l\u2019antique che\u00admi\u00adn\u00e9e, o\u00f9 br\u00fb\u00adlaient des troncs entiers de ch\u00e2\u00adtai\u00adgniers, tan\u00addis qu\u2019un vieux che\u00advrier, dra\u00adp\u00e9 dans l\u2019ample cape de laine, contait aux jeunes, atten\u00adtifs, les exploits des bonnes f\u00e9es c\u00e9ve\u00adnoles ou bien les aven\u00adtures mys\u00adt\u00e9\u00adrieuses de Para\u00addo le sorcier.&nbsp;<\/p>\n<p>Mais ce que je trou\u00advais \u00e0 la place, m\u00eame dans les vil\u00adlages les plus infimes du Lar\u00adzac, de l\u2019Escondargue ou de l\u2019Espinouze, c\u2019\u00e9tait un \u00ab&nbsp;caf\u00e9&nbsp;\u00bb ins\u00adtal\u00adl\u00e9 \u00e0 la moderne, avec des glaces aux cadres dor\u00e9s, des si\u00e8ges tr\u00e8s confor\u00adtables et, sur le papier mul\u00adti\u00adco\u00adlore tapis\u00adsant les murs, entre le car\u00adtel moderne et le por\u00adtrait chro\u00admo du Pr\u00e9\u00adsident de la R\u00e9pu\u00adblique, une affiche du <i>Petit M\u00e9ri\u00addio\u00adnal<\/i> voi\u00adsi\u00adnant par\u00adfois avec celle du <i>Petit Pari\u00adsien<\/i> ou de tout autre grand jour\u00adnal bourgeois.<\/p>\n<p><\/p><center>\n<h3>*  *  *  *<\/h3>\n<p><\/p><\/center>\n<p>C\u2019\u00e9tait la, et non plus au coin de l\u2019\u00e2tre, sous la vaste che\u00admi\u00adn\u00e9e noire des suies s\u00e9cu\u00adlaires, que se d\u00e9rou\u00adlaient, comme dans les caf\u00e9s et les bars de la grande ville, les longues veill\u00e9es d\u2019hiver, absor\u00adb\u00e9es par la manille, le b\u00e9sigue ou l\u2019\u00e9cart\u00e9, quand ce n\u2019\u00e9tait pas par la lec\u00adture du journal.<\/p>\n<p>Mieux encore, j\u2019avais enten\u00addu dans maints vil\u00adlages, hier encore iso\u00adl\u00e9s, les \u00e9chos de la mine voi\u00adsine, de la grande cit\u00e9 proche o\u00f9, dans l\u2019atelier et l\u2019usine geint et peine le pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat urbain en mal d\u2019\u00e9mancipation. Et il avait suf\u00adfi de, quelques tra\u00advailleurs conscients, \u00e9chap\u00adp\u00e9s \u00e0 la g\u00e9henne, pour appor\u00adter aux pacants endor\u00admis dans la tra\u00addi\u00adtion bour\u00adgeoise, la parole socia\u00adliste, com\u00admu\u00adniste, voire anar\u00adchiste, pour allu\u00admer l\u2019\u00e9tincelle qui demain fera d\u2019eux des r\u00e9vol\u00adt\u00e9s ardents, plus actifs que leurs fr\u00e8res dam\u00adn\u00e9s de la&nbsp;cit\u00e9.<\/p>\n<p>Que de fois, errant \u00e0 tra\u00advers les gar\u00adrigues rouges, sur le pla\u00adteau du Lar\u00adzac, ou dans les frais val\u00adlons de l\u2019Escondargue, j\u2019ai cher\u00adch\u00e9 le vieux p\u00e2tre de Fer\u00addi\u00adnand Fabre, dra\u00adp\u00e9 dans l\u2019antique limou\u00adsine et rumi\u00adnant des sor\u00adti\u00adl\u00e8ges, et n\u2019ai trou\u00adv\u00e9 que de jeunes ber\u00adgers \u00e0 la mine \u00e9veill\u00e9e, v\u00eatus de par\u00addes\u00adsus \u00e9li\u00adm\u00e9s sans doute, mais de coupe toute moderne et lisant avec une curio\u00adsi\u00adt\u00e9 mani\u00adfeste, les uns le feuille\u00adton d\u2019un jour\u00adnal bour\u00adgeois, mais cer\u00adtains tenant en main, le <i>Liber\u00adtaire<\/i>, la <i>M\u00eal\u00e9e sociale<\/i> et m\u00e9di\u00adtant sur l\u2019article de S\u00e9bas\u00adtien Faure, le vieux mili\u00adtant dont le nom com\u00admen\u00ad\u00e7ait \u00e0 briller dans les limbes de leur cerveau.<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0, pro\u00adfi\u00adtant des jours o\u00f9 le mau\u00advais temps tenait enfer\u00adm\u00e9 leur trou\u00adpeau, s\u2019en allaient \u00e0 la ville voi\u00adsine assis\u00adter \u00e0 la conf\u00e9\u00adrence d\u2019un ora\u00adteur qui appor\u00adtait l\u2019\u00c9vangile du Com\u00admu\u00adnisme ou de l\u2019Anarchie.<\/p>\n<p><\/p><center>\n<h3>*  *  *  *<\/h3>\n<p><\/p><\/center>\n<p>Plus la moindre trace \u00e9ga\u00adle\u00adment du vieux sor\u00adcier ni de la vieille \u00ab&nbsp;jeteuse de sort&nbsp;\u00bb&nbsp;; et, pour ce qui est des bonnes f\u00e9es, leur \u00e9vo\u00adca\u00adtion eut fait \u00e9cla\u00adter de rire les enfants fr\u00e9\u00adquen\u00adtant l\u2019\u00e9cole pri\u00admaire, dont les murs flam\u00adbant neufs s\u2019\u00e9levaient en lace de l\u2019antique \u00e9glise aux toits moussus.<\/p>\n<p>Avec l\u2019influence du cur\u00e9 ont dis\u00adpa\u00adru les mani\u00adfes\u00adta\u00adtions reli\u00adgieuses ain\u00adsi que les plus ou moins pit\u00adto\u00adresques exhi\u00adbi\u00adtions, dont s\u2019accompagnait la \u00ab&nbsp;f\u00eate votive&nbsp;\u00bb de chaque vil\u00adlage en ce temps-l\u00e0. Elle n\u2019est plus aujourd\u2019hui qu\u2019une occa\u00adsion de se r\u00e9unir, de fes\u00adtoyer entre parents et amis, de trai\u00adter cer\u00adtaines affaires et d\u2019\u00e9changer des&nbsp;id\u00e9es.<\/p>\n<p>Ce que je dis l\u00e0 de Fer\u00addi\u00adnand Fabre, le chantre de notre pay\u00adsan lan\u00adgue\u00addo\u00adcien, me semble vrai \u00e9ga\u00adle\u00adment de George Sand, de L\u00e9on Cla\u00addel, de Paul Ar\u00e8ne, de Pou\u00advillon et d\u2019Hippolyte Babou. Les causes qui ont moder\u00adni\u00ads\u00e9 le pay\u00adsan c\u00e9ve\u00adnol ont agi de m\u00eame sur celui du Rouergue, de la Pro\u00advence, du Quer\u00adcy, du Ber\u00adry et de la France enti\u00e8\u00adre\u00adment. Par\u00admi ces causes, on peut rele\u00adver&nbsp;: le che\u00admin de fer, l\u2019\u00e9cole, le ser\u00advice mili\u00adtaire agis\u00adsant en sens inverse de celle-ci, les pro\u00adgr\u00e8s du Com\u00admerce, de l\u2019Agriculture et de l\u2019Industrie, en un mot, la marche inces\u00adsante de la civi\u00adli\u00adsa\u00adtion deve\u00adnue si rapide en ces trente der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que tout cela a contri\u00adbu\u00e9 \u00e0 bras\u00adser, m\u00ealer ensemble les popu\u00adla\u00adtions rurales et cita\u00addines&nbsp;; \u00e0 nive\u00adler, en l\u2019\u00e9levant, le niveau de leur esprit et de leur savoir, et, par contre\u00adcoup, \u00e0 affai\u00adblir les tra\u00addi\u00adtions, la vita\u00adli\u00adt\u00e9 des dia\u00adlectes locaux, et \u00e0 uni\u00adfor\u00admi\u00adser la langue de m\u00eame que les cos\u00adtumes et les m\u0153urs&nbsp;; et c\u2019est peut-\u00eatre ce dont Zola a eu seul, dans son roman la Terre, la claire et gran\u00addiose vision.<\/p>\n<p>Enfin la grande guerre en impo\u00adsant \u00e0 tous, pen\u00addant pr\u00e8s de cinq ans, la vie com\u00admune de la tran\u00adch\u00e9e ou du d\u00e9p\u00f4t, a ache\u00adv\u00e9 cet amal\u00adgame com\u00admen\u00adc\u00e9 par le pro\u00adgr\u00e8s, ou plu\u00adt\u00f4t par ce que les bio\u00adlo\u00adgistes-phi\u00adlo\u00adsophes d\u00e9nomment&nbsp;: l\u2019\u00e9volution.<\/p>\n<p>Aus\u00adsi, dans une foule de la pro\u00advince m\u00e9ri\u00addio\u00adnale ou du Nord, r\u00e9unie au chef-lieu, est-il presque impos\u00adsible aujourd\u2019hui de dis\u00adtin\u00adguer le pay\u00adsan du cita\u00addin. Et l\u2019on peut dire que le mot \u00ab&nbsp;pay\u00adsan&nbsp;\u00bb a per\u00addu \u00e0 peu pr\u00e8s toute sa signi\u00adfi\u00adca\u00adtion psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique et ne sera bien\u00adt\u00f4t plus qu\u2019une expres\u00adsion dont les d\u00e9mo\u00adgraphes seuls se serviront.<\/p>\n<p>Mais que de ce ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne \u00e9vo\u00adlu\u00adtif, in\u00e9vi\u00adtable et n\u00e9ces\u00adsaire point ne s\u2019attristent ni ne se d\u00e9cou\u00adragent les roman\u00adciers et les po\u00e8tes de la terre fran\u00ad\u00e7aise&nbsp;; si le roman cham\u00adp\u00eatre, en tant qu\u2019\u00e9\u00adtude de m\u0153urs pit\u00adto\u00adresques et bour\u00adgeoises, semble bien mort, il leur reste \u00e0 suivre et \u00e0 fixer dans leurs \u0153uvres, cette pas\u00adsion\u00adnante \u00e9vo\u00adlu\u00adtion, je ne dis pas du pay\u00adsan cos\u00adsu, plus cour\u00adb\u00e9 que jamais vers sa terre et vers son or, mais du paria de la gl\u00e8be, qui com\u00admence sa route vers le grand&nbsp;soir.<\/p>\n<p>Il leur reste, enfin, dans la vari\u00e9\u00adt\u00e9 infi\u00adnie de sa rus\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9, l\u2019imp\u00e9rissable Beau\u00adt\u00e9 de la Nature, ins\u00adpi\u00adra\u00adtrice \u00e9ter\u00adnelle de l\u2019Art.<\/p>\n<p>[\/\u200bP. <sc>Vign\u00e9 d\u2019Octon<\/sc>.\/\u200b]<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mon inten\u00adtion, d\u00e9j\u00e0 expri\u00adm\u00e9e ici, \u00e9tait de consa\u00adcrer la pr\u00e9\u00adsente chro\u00adnique \u00e0 l\u2019\u0153uvre et \u00e0 la vie de notre cama\u00adrade Han Hyner, mais cette \u0153uvre vaste, touf\u00adfue, pro\u00adfonde exige, pour \u00eatre trai\u00adt\u00e9e selon son m\u00e9rite, non seule\u00adment une lec\u00adture atten\u00adtive, la plume \u00e0 la main, mais aus\u00adsi et sur\u00adtout de la r\u00e9flexion, de la m\u00e9ditation,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[444],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3674","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-n14-20-fevrier-20-mars-1923"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3674","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3674"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3674\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3674"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3674"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3674"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3674"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}