{"id":3719,"date":"2014-10-25T00:40:54","date_gmt":"2014-10-25T00:40:54","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/10\/25\/du-sport-pour-la-patrie\/"},"modified":"2014-10-25T00:40:54","modified_gmt":"2014-10-25T00:40:54","slug":"du-sport-pour-la-patrie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/10\/25\/du-sport-pour-la-patrie\/","title":{"rendered":"Du sport pour la Patrie"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3719?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3719?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p><i>Voi\u00adci encore un extrait d\u2019un livre \u00e9crit par moi pen\u00addant la guerre et qui, je l\u2019esp\u00e8re, ver\u00adra bien\u00adt\u00f4t le jour. Je rap\u00adpelle aux lec\u00adteurs qu\u2019Agathon, auteur des<\/i> Jeunes Gens d\u2019aujourd\u2019hui, <i>fut de 1912 \u00e0 1914, avec M.&nbsp;Col\u00adrat, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un mou\u00adve\u00adment n\u00e9o-natio\u00adna\u00adliste qui pro\u00advo\u00adqua la venue au pou\u00advoir de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 et l\u2019explosion de la \u00ab&nbsp;Guerre du Droit, de la Jus\u00adtice et de la Civilisation&nbsp;\u00bb.<\/i><\/p>\n<p>La Jeune-France \u00e9tait en un piteux \u00e9tat. Aga\u00adthon et ses amis le savaient aus\u00adsi bien que moi. Durant leurs ann\u00e9es sco\u00adlaires, ils n\u2019avaient pas man\u00adqu\u00e9 d\u2019\u00e9prouver, en pro\u00advince ou \u00e0 Paris, les m\u00eames haut le c\u0153ur devant les petites cochon\u00adne\u00adries lyc\u00e9ennes. Je suis cer\u00adtain qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient \u00e9car\u00adt\u00e9s avec r\u00e9pu\u00adgnance, eux aus\u00adsi, des veules bru\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9s du champ de rug\u00adby et des louches r\u00e9jouis\u00adsances du dor\u00adtoir. Aga\u00adthon et ses amis durent avoir, en leur enfance, assez de d\u00e9li\u00adca\u00adtesse d\u2019\u00e2me pour ne pas dai\u00adgner se m\u00ealer \u00e0 ces com\u00admunes gros\u00adsi\u00e8\u00adre\u00adt\u00e9s. Mais ils avaient gran\u00addi. Leur id\u00e9a\u00adlisme \u00e9tait deve\u00adnu pra\u00adtique. Ils avaient vou\u00adlu vivre de leur lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture et \u00e9crire pour leur pays. Ils fai\u00adsaient de la poli\u00adtique. Ils ne s\u2019appartenaient plus. Leurs go\u00fbts intimes deve\u00adnaient secon\u00addaires. L\u2019int\u00e9r\u00eat\u2026 natio\u00adnal pri\u00admait&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Or les int\u00e9\u00adr\u00eats sup\u00e9\u00adrieurs de la patrie de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 com\u00adman\u00addaient une renais\u00adsance irr\u00e9\u00adsis\u00adtible de l\u2019\u00e9nergie natio\u00adnale. Pour cela il fal\u00adlait une Jeu\u00adnesse Fran\u00ad\u00e7aise admi\u00adrable, une h\u00e9ro\u00efque foule de \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb digne de celle qui se fit mas\u00adsa\u00adcrer de 1789 \u00e0 1815 pour la gloire de Napo\u00adl\u00e9on. L\u2019aube du <sc>XX<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle devait \u00eatre encore plus \u00e9blouis\u00adsante que celle du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est pour\u00adquoi Aga\u00adthon et ses amis se pro\u00adpo\u00ads\u00e8rent une patrio\u00adtique t\u00e2che&nbsp;: celle de gal\u00adva\u00adni\u00adser d\u2019illusion natio\u00adnale ce tas de bidoches puantes afin de lan\u00adcer tous les petits cr\u00e9\u00adtins de la France spor\u00adtive et mon\u00addaine en plein ciel tri\u00adco\u00adlore, aux sons d\u2019une Mar\u00adseillaise sty\u00adli\u00ads\u00e9e. Ces Mes\u00adsieurs de l\u2019<i>Opi\u00adnion<\/i> allaient don\u00adner du style \u00e0 la jeu\u00adnesse de France, ils \u00e9taient assez habiles gen\u00adde\u00adlettres pour savoir bro\u00adder quelques fleurs de rh\u00e9\u00adto\u00adrique sur les maillots des veules brutes du rug\u00adby. Et leur sophisme ne s\u2019embarrasserait gu\u00e8re pour trou\u00adver de l\u2019esth\u00e9tique et de l\u2019id\u00e9alisme jusqu\u2019en ces s\u00e9ances de p\u00e9d\u00e9\u00adras\u00adtie que se payaient heb\u00addo\u00adma\u00addai\u00adre\u00adment dans le dor\u00adtoir de leur ado\u00adles\u00adcence les igno\u00admi\u00adnieux fric\u00adtion\u00adneurs de fesses qui ne craignent pas, aujourd\u2019hui, jeune sub\u00adsti\u00adtut ou juge de cor\u00adrec\u00adtion\u00adnelle, de requ\u00e9\u00adrir impi\u00adtoya\u00adble\u00adment ou d\u2019appliquer gra\u00adve\u00adment, au nom de la morale offen\u00ads\u00e9e, les foudres de l\u2019article 330 contre quelque couple d\u2019amoureux sur\u00adpris en fla\u00adgrant d\u00e9lit de natu\u00adrelles expan\u00adsions aux pro\u00adfon\u00addeurs enivrantes d\u2019un bois printanier\u2026<\/p>\n<p>Aga\u00adthon et ses amis vou\u00adlaient pr\u00ea\u00adcher les ver\u00adtus mora\u00adli\u00adsa\u00adtrices du rug\u00adby dans la plus ath\u00e9\u00adnienne des R\u00e9pu\u00adbliques. Mais aupa\u00adra\u00advant il conve\u00adnait d\u2019appliquer aux jeunes corps de France une m\u00e9thode unique et nou\u00advelle\u200a\u2014\u200aune s\u00e9dui\u00adsante m\u00e9thode qui s\u00fbt allier l\u2019originalit\u00e9 \u00e0 l\u2019uniformit\u00e9, le bluff \u00e0 la tra\u00addi\u00adtion, une dis\u00adci\u00adpline nou\u00adveau jeu, quelque chose de sen\u00adsa\u00adtion\u00adnel et de tout repos, d\u2019\u00e9patant et de ras\u00adsu\u00adrant, un truc bien pari\u00adsien, quoi&nbsp;! une inven\u00adtion mise au go\u00fbt du jour et de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9, quelque chose qui ne contra\u00adri\u00e2t tout \u00e0 fait ni les juifs, ni les catho\u00adliques, ni les pro\u00adtes\u00adtants, ni les francs-ma\u00e7ons, ni les libre pen\u00adseurs de la rue de Valois\u200a\u2014\u200aune machine dans le genre de celle que M.&nbsp;Berg\u00adson obli\u00adgeam\u00adment avait mise au point pour les besoins de la vie spi\u00adri\u00adtuelle des \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200aoui tout \u00e0 fait cela, mais dans le genre spor\u00adtif. Il leur fal\u00adlait l\u2019\u00e9quivalent phy\u00adsique de l\u2019intuition revue et corrig\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce fut la m\u00e9thode ath\u00adl\u00e9\u00adtique du fameux lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert.<\/p>\n<p>Au ser\u00advice de la patrie tout se sacre et se sanc\u00adti\u00adfie. Le colo\u00adnel Hen\u00adry qui fit un faux pour sau\u00adver la France est un h\u00e9ros natio\u00adnal. Le lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert qui fit un mons\u00adtrueux pla\u00adgiat afin de sau\u00adver du ramol\u00adlis\u00adse\u00adment les jeunes forces de la R\u00e9pu\u00adblique est un puis\u00adsant g\u00e9nie national.<\/p>\n<p>Des cri\u00adtiques mal\u00adveillants ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9\u00adtendre que ce lieu\u00adte\u00adnant avait employ\u00e9 ses loi\u00adsirs de gar\u00adni\u00adson \u00e0 b\u00fbcher les gros trai\u00adt\u00e9s de la Fisi\u00adken\u00adkul\u00adtur alle\u00admande. C\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 encore trop de tra\u00advail, pour un offi\u00adcier fran\u00ad\u00e7ais. M.&nbsp;H\u00e9bert n\u2019avait pas besoin de se don\u00adner tant de peine pour trou\u00adver la mati\u00e8re de son lar\u00adcin. Il n\u2019eut qu\u2019\u00e0 feuille\u00adter quelques-unes de ces petites bro\u00adchures de pro\u00adpa\u00adgande que les anar\u00adchistes indi\u00advi\u00addua\u00adlistes lancent \u00e0 tout vent comme des graines dont ils savent que bien des mil\u00adliers se s\u00e9che\u00adront sur les rocs avant qu\u2019une d\u2019elles trouve un petit coin de jeune terre. L\u2019esprit du lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert ne fut ni le roc, ni la jeune terre, mais une sorte de ter\u00adrain fum\u00e9 de bonne merde natio\u00adnale, un ter\u00adreau bien fran\u00ad\u00e7ais. Les graines y tom\u00adb\u00e8rent, les pauvres, et y ger\u00adm\u00e8rent pour de mons\u00adtrueuses v\u00e9g\u00e9tations.<\/p>\n<p>V\u00e9g\u00e9\u00adta\u00adrisme, abs\u00adt\u00e9\u00admisme, acti\u00advi\u00adt\u00e9 natu\u00adrienne, autant d\u2019id\u00e9es que les har\u00addis pro\u00adph\u00e8tes de l\u2019anarchie n\u2019avaient ces\u00ads\u00e9 de pro\u00adfes\u00adser en toute leur int\u00e9\u00adgrale pure\u00adt\u00e9 comme les essen\u00adtiels fac\u00adteurs phy\u00adsiques de l\u2019individuelle liber\u00adt\u00e9. Ils avaient dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sois un \u00eatre libre&nbsp;\u00bb. Com\u00admence par te lib\u00e9\u00adrer des faux besoins qui t\u2019encha\u00eenent. Renonce \u00e0 l\u2019alimentation car\u00adn\u00e9e aus\u00adsi cruelle pour toi-m\u00eame que pour les ani\u00admaux qu\u2019elle fait tuer. Repousse l\u2019alcool et le tabac qui t\u2019affaiblissent et t\u2019ab\u00eatissent. Va tout nu dans les champs et ne crains pas d\u2019exposer au vent et au soleil ta jeune chair. Sois fort et beau pour l\u2019amour de toi-m\u00eame. Aime la liber\u00adt\u00e9 et l\u2019hygi\u00e8ne de ton corps et ce te sera un mer\u00adveilleux entra\u00ee\u00adne\u00adment \u00e0 vou\u00adloir le libre jeu de tes facul\u00adt\u00e9s spi\u00adri\u00adtuelles. Sois vigou\u00adreux afin de gar\u00adder le go\u00fbt de vivre\u200a\u2014\u200aafin d\u2019intensifier en toi la joie de vivre\u200a\u2014\u200aet dans ton corps, d\u00e9ga\u00adg\u00e9 de ses entraves pour\u00adra fleu\u00adrir en har\u00admo\u00adnie ton \u00ab&nbsp;\u00e2me&nbsp;libre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert, vous le pen\u00adsez bien en pre\u00adnant toutes les don\u00adn\u00e9es pra\u00adtiques de cet ensei\u00adgne\u00adment, se h\u00e2ta d\u2019en chan\u00adger le ton. \u00c0 son tour il dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sois un bon sol\u00addat. Pr\u00e9\u00adpare pour les luttes natio\u00adnales ta jeune \u00e9ner\u00adgie. Entra\u00eene-toi \u00e0 te pas\u00adser de ce que, en temps de guerre, l\u2019\u00c9tat ne pour\u00adra te four\u00adnir aus\u00adsi abon\u00addam\u00adment qu\u2019en temps de paix. Habi\u00adtue-toi \u00e0 man\u00adger moins de viande, cela d\u2019ailleurs ne te fera pas de mal, la plu\u00adpart des \u00e9pi\u00add\u00e9\u00admies sont trans\u00admises par son usage. Laisse l\u2019alcool et le tabac qui tuent la dis\u00adci\u00adpline en fai\u00adsant oublier les ordres don\u00adn\u00e9s. La pro\u00adchaine guerre ne deman\u00adde\u00adra pas l\u2019ivresse des h\u00e9ros \u00e9piques, mais le sang-froid cal\u00adcu\u00adla\u00adteur des h\u00e9ros pra\u00adtiques. Il n\u2019y fau\u00addra pas perdre la bous\u00adsole. Ne bois pas, ne fume pas. Laisse tes fou\u00adlards et tes tri\u00adcots de laine, flanque-toi \u00e0 poil dans le gel et dans le vent. Il faut se tan\u00adner la peau, car \u00ab&nbsp;\u00e7a bar\u00adde\u00adra&nbsp;\u00bb dans quelques mois et seuls les \u00ab&nbsp;poi\u00adlus&nbsp;\u00bb pour\u00adront tenir dans les tran\u00adch\u00e9es. Nous ne sommes plus aux temps de la guerre en dentelles.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Sois un cos\u00adtaud&nbsp;\u00bb pour l\u2019amour de la patrie.<\/p>\n<p>Aime l\u2019hygi\u00e8ne car il te faut gar\u00adder la san\u00adt\u00e9. Ce n\u2019est plus le temps, Mon\u00adsieur le Vicomte, de la poser au \u00ab&nbsp;petit cre\u00adv\u00e9&nbsp;\u00bb. Ton corps ne t\u2019appartient plus. Il est \u00e0 la Patrie qui a besoin d\u2019enfants bien fou\u00adtus et agiles pour le libre jeu de ses fusils, de ses mitrailleuses et de ses canons.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Deviens vigou\u00adreux afin de pou\u00advoir bien tuer et bien mou\u00adrir dans les batailles. Fais-toi fort afin d\u2019intensifier en toi la joie de tuer et la joie de mou\u00adrir pour la patrie\u200a\u2014\u200aet en ton corps char\u00adnu, mus\u00adcl\u00e9, souple et solide pour\u00adra s\u2019exalter jusqu\u2019au sacri\u00adfice l\u2019\u00e2me d\u2019un h\u00e9ros national.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ain\u00adsi par\u00adlait le lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert. Mais il agis\u00adsait aus\u00adsi. Ses exer\u00adcices pra\u00adtiques n\u2019\u00e9taient pas moins ori\u00adgi\u00adna\u00adle\u00adment pla\u00adgi\u00e9s que les prin\u00adcipes de sa m\u00e9thode. Ils furent une com\u00admer\u00adciale paro\u00addie des pre\u00admiers jeux par\u00admi les\u00adquels s\u2019enchanta l\u2019\u00e2me auda\u00adcieuse des \u00ab&nbsp;ban\u00addits&nbsp;\u00bb. D\u00e9j\u00e0 il y avait\u200a\u2014\u200aimpor\u00adta\u00adtion \u00ab&nbsp;Made in England&nbsp;\u00bb\u200a\u2014\u200ales \u00ab&nbsp;boys-scouts&nbsp;\u00bb dont les exp\u00e9\u00addi\u00adtions guer\u00adri\u00e8res\u200a\u2014\u200apics sur l\u2019\u00e9paule tels des fusils, clai\u00adrons son\u00adnant en fan\u00adfares guer\u00adri\u00e8res et dra\u00adpeaux flot\u00adtants\u200a\u2014\u200acari\u00adca\u00adtu\u00adraient fort patrio\u00adti\u00adque\u00adment et caco\u00adpho\u00adni\u00adque\u00adment, les \u00ab&nbsp;jeunes copains anar\u00adchistes&nbsp;\u00bb en leurs fan\u00adtai\u00adsistes bal\u00adlades, de vaux en col\u00adlines et de bois en plaines, \u00e0 tra\u00advers des pay\u00adsages aux\u00adquels ils ne deman\u00addaient \u00e0 plein sens, que de la fra\u00ee\u00adcheur pour l\u2019\u00e2me et le rythme de leurs lignes dans la lumi\u00e8re afin d\u2019y accor\u00adder har\u00admo\u00adnieu\u00adse\u00adment ces effer\u00adves\u00adcentes id\u00e9es qu\u2019ils se sen\u00adtaient \u00e9clore en eux. Et les \u00ab&nbsp;boys-scouts&nbsp;\u00bb ces affreux gamins jouant \u00e0 la guerre, vio\u00adlaient la cam\u00adpagne de leurs assauts dis\u00adci\u00adpli\u00adn\u00e9s en appren\u00adtis mili\u00adtaires qui s\u2019apprennent \u00e0 \u00ab&nbsp;uti\u00adli\u00adser le ter\u00adrain&nbsp;\u00bb contre l\u2019ennemi natio\u00adnal. Pour ces petites brutes sans \u00e2me, un buis\u00adson fleu\u00adri de roses n\u2019\u00e9tait qu\u2019un dan\u00adge\u00adreux point de mire. Un coteau fleu\u00adri de gen\u00eats deve\u00adnait du ter\u00adrain \u00e0 prendre d\u2019assaut. Ces impu\u00adb\u00e8res idiots s\u2019apprenaient \u00e0 num\u00e9\u00adro\u00adter les col\u00adlines qu\u2019ils voyaient, selon les indi\u00adca\u00adtions de la nou\u00advelle carte d\u2019\u00e9tat-major. \u00c0 tra\u00advers l\u2019\u00cele de France, les \u00ab&nbsp;boys-scouts&nbsp;\u00bb s\u2019exer\u00e7aient aux gestes des arm\u00e9es qui rasent les bois, minent les champs, ravagent les jar\u00addins et ruinent les fermes afin d\u2019y semer par\u00adtout, \u00e0 grands coups de ba\u00efon\u00adnettes et de mitraille, la mort, la mort, la mort\u2026 Les jeunes \u00ab&nbsp;boys-scouts&nbsp;\u00bb de France sont les petits pages de la vieille Dame-\u00e0-la-faulx.<\/p>\n<p>Je me sou\u00adviens d\u2019une vision \u00e9trange. C\u2019\u00e9tait un dimanche soir, du c\u00f4t\u00e9 de la Bas\u00adtille. Il y a dix ans. Une troupe de \u00ab&nbsp;boys-scouts&nbsp;\u00bb pas\u00adsait sur le Bou\u00adle\u00advard au cr\u00e9\u00adpus\u00adcule. C\u2019\u00e9taient des gosses de treize ans aux joues roses et aux yeux vifs. Ils reve\u00adnaient d\u2019une exp\u00e9\u00addi\u00adtion et ils d\u00e9fi\u00adlaient, deux par deux au milieu de la chaus\u00ads\u00e9e. Sou\u00addain ils enten\u00addirent un gron\u00adde\u00adment de sabots sur le pav\u00e9. Leur capi\u00adtaine se retour\u00adna et vit un esca\u00addron de cava\u00adle\u00adrie. C\u2019\u00e9taient des cui\u00adras\u00adsiers qui trot\u00adtaient lour\u00adde\u00adment vers Tivo\u00adli-Vaux-Hall o\u00f9 devait avoir lieu quelque r\u00e9union contre la guerre. Alors, d\u2019un seul mou\u00adve\u00adment, ces gamins se mirent en rang mili\u00adtai\u00adre\u00adment sur le bord du trot\u00adtoir, les pieds joints, et pr\u00e9\u00adsen\u00adtant leurs pics comme des fusils, dans la posi\u00adtion du salut sous les armes. Les sol\u00addats\u200a\u2014\u200ales vrais\u200a\u2014\u200aallaient l\u00e0-bas comme \u00e0 la cor\u00adv\u00e9e en rechi\u00adgnant. Ils avaient de bonnes gueules de pauvres bougres qui s\u2019emmerdent. En pas\u00adsant, du haut de leurs mon\u00adtures, entre deux secousses, ils virent ces m\u00f4mes qui les sin\u00adgeaient dans leur mis\u00e8re. Sur ces trognes il y eut alors quelque chose qui pas\u00adsa d\u2019inaccoutum\u00e9\u200a\u2014\u200aquelque chose qui tenait du rire et de la piti\u00e9. Alors je regar\u00addai, moi aus\u00adsi, les boys-scouts et ce que je vis ne fut ni comique, ni pitoyable. Au bout de ces corps immo\u00adbiles ali\u00adgn\u00e9s en file sur ce trot\u00adtoir, mili\u00adtai\u00adre\u00adment, \u00e0 la place des joues de roses et des yeux d\u2019\u00e9clat, je dis\u00adcer\u00adnai une r\u00e9gu\u00adli\u00e8re ran\u00adg\u00e9e d\u2019identiques t\u00e8tes de morts\u2026 Il y a dix ans de&nbsp;cela.<\/p>\n<p>Le Col\u00adl\u00e8ge des Ath\u00adl\u00e8tes natio\u00adnaux comme spec\u00adtacle ne fut ni moins sinistre, ni moins gro\u00adtesque. Mais outre qu\u2019aune farce macabre ce fut aus\u00adsi une excel\u00adlente affaire. M.&nbsp;H\u00e9bert n\u2019\u00e9tait pas patriote pour des prunes&nbsp;!<\/p>\n<p>Comme les \u00ab&nbsp;copains de Romain\u00adville&nbsp;\u00bb les \u00ab&nbsp;ath\u00adl\u00e8tes&nbsp;\u00bb du lieu\u00adte\u00adnant vivaient au \u00ab&nbsp;plein air&nbsp;\u00bb. Ils s\u2019\u00e9battaient eux aus\u00adsi qua\u00adsi-nus dans le soleil et dans le vent de la cam\u00adpagne, afin de rendre \u00e0 leurs membres la vigueur et la sou\u00adplesse des jeunes branches. Mais au lieu du \u00ab&nbsp;Jar\u00addin de l\u2019Anarchie&nbsp;\u00bb c\u2019\u00e9tait le \u00ab&nbsp;Parc du Col\u00adl\u00e8ge&nbsp;\u00bb. N\u2019entendez pas seule\u00adment par l\u00e0 que, gr\u00e2ce \u00e0 la com\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 de quelques capi\u00adta\u00adlistes, M.&nbsp;H\u00e9bert pou\u00advait four\u00adnir \u00e0 ses dis\u00adciples un espace cent fois plus vaste que le bout de terre o\u00f9 se joua ing\u00e9\u00adnu\u00adment l\u2019adolescence des \u00ab&nbsp;ban\u00addits&nbsp;\u00bb. C\u2019\u00e9tait un Parc&nbsp;: il n\u2019y crois\u00adsait que des plantes de luxe&nbsp;; nulle plante l\u00e9gu\u00admi\u00e8re ne d\u00e9pa\u00adrait l\u2019\u00e9l\u00e9gance du lieu. Les pelouses en \u00e9taient entre\u00adte\u00adnues, et les acci\u00addents qui devaient accor\u00adder l\u2019illusion de la vie natu\u00adrelle \u00e9taient ing\u00e9\u00adnieu\u00adse\u00adment m\u00e9na\u00adg\u00e9s selon une pro\u00adgres\u00adsive m\u00e9thode.<\/p>\n<p>Le \u00ab&nbsp;jar\u00addin des copains&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9tait pas un lieu public et cepen\u00addant qui\u00adconque se pr\u00e9\u00adsen\u00adtait libre\u00adment y \u00e9tait accueilli sans m\u00e9fiance. Ils avaient en leur bicoque une table tou\u00adjours ser\u00advie pour le vaga\u00adbond ou l\u2019ami.<\/p>\n<p>Au Parc des Ath\u00adl\u00e8tes l\u2019entr\u00e9e \u00e9tait publique et payante. Il y avait un \u00e9ta\u00adblis\u00adse\u00adment \u00ab&nbsp;avec tout le confort moderne&nbsp;\u00bb&nbsp;: res\u00adtau\u00adrant-caf\u00e9-casi\u00adno. Un orchestre de dames bien fran\u00ad\u00e7aises n\u2019y jouaient que de la musique natio\u00adnale. On y vivait par abon\u00adne\u00adments ou au cachet.<\/p>\n<p>Les \u00ab&nbsp;clients&nbsp;\u00bb du lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert \u00e9taient nom\u00adbreux et vari\u00e9s. Les \u00ab&nbsp;jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb n\u2019\u00e9taient pas les seuls \u00e0 fr\u00e9\u00adquen\u00adter le Col\u00adl\u00e8ge des Ath\u00adl\u00e8tes. Quelques jeunes gens d\u2019hier et m\u00eame d\u2019avant-hier, sous pr\u00e9\u00adtexte de patrio\u00adtisme y venaient soi\u00adgner leur cal\u00advi\u00adtie et leur ob\u00e9sit\u00e9.<\/p>\n<p>Le matin, apr\u00e8s le petit d\u00e9jeu\u00adner, une dis\u00adcr\u00e8te son\u00adne\u00adrie \u00e9lec\u00adtrique rap\u00adpe\u00adlait aux ath\u00adl\u00e8tes que l\u2019heure \u00e9tait venue d\u2019aller trans\u00adpi\u00adrer pour la France. Ces Mes\u00adsieurs met\u00adtaient \u00e0 l\u2019air leurs nudi\u00adt\u00e9s. Il y en avait de tous les aca\u00adbits. Celles des petits \u00e9tu\u00addiants en droit se pom\u00adpon\u00adnaient en car\u00adna\u00adtions \u00e0 fos\u00adsettes avec des fesses rou\u00adgis\u00adsantes comme des joues de pre\u00admi\u00e8re com\u00admu\u00adniante. Celles des Sor\u00adbon\u00adnards, se rata\u00adti\u00adnaient en livides efflan\u00adque\u00adments qui sem\u00adblaient deman\u00adder gr\u00e2ce de toutes les saillies mis\u00e9\u00adrables de leurs join\u00adtures osseuses. Celles des internes d\u2019h\u00f4pitaux se pava\u00adnaient en ron\u00addouillards d\u00e9bor\u00adde\u00adments avec la joviale obs\u00adc\u00e9\u00adni\u00adt\u00e9 pro\u00adfes\u00adsion\u00adnelle de \u00ab&nbsp;toutes ces dames au salon&nbsp;\u00bb. Celles des \u00ab&nbsp;beaux gar\u00ad\u00e7ons&nbsp;\u00bb du Monde se ren\u00adgor\u00adgeaient coquet\u00adte\u00adment en petits coups fris\u00adson\u00adnants de muscles impu\u00addents connue des \u0153illades de grande actrice. C\u2019\u00e9taient les nudi\u00adt\u00e9s des jeunes gens d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 celles des jeunes gens d\u2019hier et d\u2019avant-hier, elles n\u2019\u00e9taient pas moins diver\u00adse\u00adment pittoresques.<\/p>\n<p>Il y avait d\u2019abord les convain\u00adcus. Une demi-dou\u00adzaine de ces vieux g\u00e2teux qui, depuis 1870 ne cessent de rem\u00e2\u00adcher en leurs cr\u00e2nes de rumi\u00adnants la sem\u00adpi\u00adter\u00adnelle chique de la Revanche. Ils vou\u00adlaient r\u00e9g\u00e9\u00adn\u00e9\u00adrer leurs corps afin de pou\u00advoir le mettre, en un jour de gloire, au ser\u00advice des arm\u00e9es. Triste cadeau pour la Patrie&nbsp;! Sous le bru\u00adtal soleil de juillet leurs chairs ter\u00adreuses \u00e0 poils blancs \u00e9taient un d\u00e9go\u00fb\u00adtant spectacle.<\/p>\n<p>Puis il y avait les ama\u00adteurs\u200a\u2014\u200ales vrais clients, les plus nom\u00adbreux. Ceux-l\u00e0 fai\u00adsaient leur cure. Ils venaient chez H\u00e9bert comme ils auraient \u00e9t\u00e9 chez le Doc\u00adteur Doyen ou \u00e0 l\u2019Institut de la rue de Londres. Ils pas\u00adsaient un mois ou deux au Col\u00adl\u00e8ge des Ath\u00adl\u00e8tes entre une sai\u00adson \u00e0 Vit\u00adtel et un s\u00e9jour \u00e0 Cau\u00adte\u00adrets. Ils y soi\u00adgnaient leurs infir\u00admi\u00adt\u00e9s\u200a\u2014\u200aet ils payaient bien.<\/p>\n<p>L\u2019un, \u00e9l\u00e9\u00adphan\u00adtesque, amas\u00adsait, en sa nudi\u00adt\u00e9 \u00e9cra\u00adsante, des blocs de sain\u00addoux contre les\u00adquels s\u2019\u00e9taient rom\u00adpues les h\u00e9ro\u00efques pha\u00adlanges de tous les mas\u00adseurs d\u2019Am\u00e9rique. Le lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert \u00e9tait sa der\u00adni\u00e8re esp\u00e9\u00adrance\u2026 Vive la France&nbsp;!<\/p>\n<p>Cet autre, affais\u00ads\u00e9 comme un der\u00adnier quart de Brie \u00e0 l\u2019\u00e9talage d\u2019un cr\u00e9\u00admier, \u00e9tait venu au Col\u00adl\u00e8ge des Ath\u00adl\u00e8tes comme d\u2019autres vont \u00e0 Lourdes. Pour celui-l\u00e0 le lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert \u00e9tait une Notre Dame de toutes les gu\u00e9\u00adri\u00adsons. Il lui deman\u00addait un miracle&nbsp;: le retour de sa viri\u00adli\u00adt\u00e9 que qua\u00adrante ans de noce bien fran\u00ad\u00e7aise avait igno\u00admi\u00adnieu\u00adse\u00adment d\u00e9vo\u00adr\u00e9e et qu\u2019aucun des cent mille pro\u00adc\u00e9\u00add\u00e9s d\u2019effet rapide, s\u00fbr et in\u00e9bran\u00adlable n\u2019avait r\u00e9us\u00adsi \u00e0 faire se dres\u00adser d\u2019entre les pierres de sa tombe. La France a besoin d\u2019enfants. Pour la Patrie, lieu\u00adte\u00adnant H\u00e9bert, aux sons de la \u00ab&nbsp;Mar\u00adseillaise&nbsp;\u00bb, faites mar\u00adcher\u2026 le vieux marcheur.<\/p>\n<p>Celui-ci, conges\u00adtion\u00adn\u00e9 \u00e0 en suer le sang par tous les pores, y vient \u00ab&nbsp;m\u00e2ter son tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment&nbsp;\u00bb. Celui-l\u00e0 tiraill\u00e9 de tics, y vient cher\u00adcher la paix des nerfs. Il y a des g\u00e9ants qui esp\u00e8rent rape\u00adtis\u00adser et des nains qui veulent gran\u00addir, des bos\u00adsus et des boi\u00adteux et des goi\u00adtreux et des cagneux et des scro\u00adfu\u00adleux et des mar\u00adqu\u00e9s de grande v\u00e9role.<\/p>\n<p>Et tout \u00e7a, hor\u00adri\u00adble\u00adment nu, en pleine ver\u00addure sous le soleil.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9taient les ath\u00adl\u00e8tes de la Nou\u00advelle France, les cham\u00adpions de la vic\u00adtoire pour la guerre de demain. M.&nbsp;H\u00e9bert en r\u00e9pondait.<\/p>\n<p>D\u2019un coup de sif\u00adflet il les lan\u00ad\u00e7ait \u00e0 tra\u00advers champs, au pas gym\u00adnas\u00adtique. Bouf\u00adfonne insulte \u00e0 la lumi\u00e8re du jour. En avant, bom\u00adbant le torse comme un paon \u00e9tale sa queue, fai\u00adsant la roue, de tous ses muscles, le \u00ab&nbsp;beau gar\u00ad\u00e7on&nbsp;\u00bb <i>se sait<\/i> le pre\u00admier. Puis viennent les \u00ab&nbsp;\u00e9cha\u00adlas&nbsp;\u00bb de la Sor\u00adbonne en d\u00e9gin\u00adgan\u00adde\u00adments cocasses d\u2019araign\u00e9es \u00e9pi\u00adlep\u00adtiques. Voi\u00adci, mani\u00e9\u00adr\u00e9s comme des petites pen\u00adsion\u00adnaires aux bains de mer, les pou\u00adpons de l\u2019\u00c9cole de Droit\u200a\u2014\u200atr\u00e8s pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adp\u00e9s en sus du soin d\u2019arrondir leurs gestes \u00e0 \u00ab&nbsp;la mani\u00e8re antique&nbsp;\u00bb, de ne pas trop se piquer les pieds sur les cailloux et sur\u00adtout de ne pas perdre leurs binocles dans la course. Voi\u00adl\u00e0 les \u00e9l\u00e8ves mor\u00adti\u00adcoles cha\u00adhu\u00adtant leurs replis char\u00adnus au rythme balourd de leurs pattes et fai\u00adsant sau\u00adter leurs fesses comme un arri\u00e8re-train de jument.<\/p>\n<p>Puis voi\u00adci les ama\u00adteurs. Le vieux g\u00e9ant brin\u00adque\u00adbal\u00adlant ses encom\u00adbrantes gui\u00adbolles\u200a\u2014\u200ade ci, de l\u00e0, comme des colonnes en toc sur les\u00adquelles il s\u2019effondre \u00e0 chaque repli du ter\u00adrain. Le nain rou\u00adlant \u00e0 perdre haleine entre toutes les jambes avec ses bras tou\u00adjours en l\u2019air comme un appel \u00e0 la gran\u00addeur. Le bos\u00adsu calant sur sa gibo\u00adsi\u00adt\u00e9 tout le poids de son corps\u200a\u2014\u200acomme si l\u00e0-dedans il por\u00adtait le moteur de sa force et cou\u00adrant m\u00e9ca\u00adni\u00adque\u00adment avec des gestes bien appris. Le goi\u00adtreux por\u00adtant sa t\u00eate sur son goitre confor\u00adta\u00adble\u00adment comme sur un appui bien venu pour l\u2019aider \u00e0 souf\u00adfler. Voi\u00adci le vieux mar\u00adcheur, plus mort que vif, l\u2019\u0153il tour\u00adn\u00e9 et ne cou\u00adrant que d\u2019un bras, avec l\u2019autre sur les reins d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9\u00adment. Le \u00ab&nbsp;tiqueux&nbsp;\u00bb n\u2019en pou\u00advant plus de \u00ab&nbsp;tiquer&nbsp;\u00bb et illus\u00adtrant les mou\u00adve\u00adments du pas gym\u00adnas\u00adtique d\u2019une fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adsie de d\u00e9clan\u00adche\u00adments ambu\u00adla\u00adtoires. Se tor\u00addant le cou, se grat\u00adtant le nez, se convul\u00adsion\u00adnant bras et jambes, il ne ces\u00adsait quand m\u00eame de cou\u00adrir et sem\u00adblait dans sa nudi\u00adt\u00e9 tor\u00adtu\u00adr\u00e9e je ne sais quel \u00e9chap\u00adp\u00e9 des flammes de l\u2019Enfer du Dante. Le conges\u00adtion\u00adn\u00e9 cre\u00advait de sang. Ses yeux s\u2019exorbitaient comme deux balles rouges pr\u00eates \u00e0 jaillir. Cou, face et cr\u00e2ne n\u2019\u00e9taient plus qu\u2019une masse vio\u00adl\u00e2tre d\u2019o\u00f9 s\u2019\u00e9chappait un souffle de&nbsp;forge.<\/p>\n<p>Enfin tout der\u00adri\u00e8re, le der\u00adnier, \u00e9norme s\u2019\u00e9branlait l\u2019homme trop gros. On e\u00fbt dit quelque mon\u00adtagne mu\u00e9e par un far\u00adceur de l\u2019Olympe en bloc de graisse mons\u00adtrueu\u00adse\u00adment dou\u00e9 du mou\u00adve\u00adment de l\u2019escargot. Cela encom\u00adbrait l\u2019horizon et se mou\u00advait pr\u00e9\u00adcau\u00adtion\u00adneu\u00adse\u00adment par par\u00adties, kilog par kilog, au d\u00e9tail\u200a\u2014\u200aen un inf\u00e2me grouille\u00adment de choses molles et blan\u00adch\u00e2tres lais\u00adsant apr\u00e8s soi sur l\u2019herbe la trace immense de sa gluante et labo\u00adrieuse acti\u00advi\u00adt\u00e9. Cela suait comme, une limace bave, mais avec l\u2019abondance du Nil aux jours de grande crue. C\u2019\u00e9tait \u00e9pou\u00advan\u00adtable de d\u00e9gou\u00adta\u00adtion. \u00c0 son pas\u00adsage, les arbres du Parc sous le soleil de juillet devaient sen\u00adtir un froid de&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi jusqu\u2019\u00e0 midi. Apr\u00e8s la course, mas\u00adsage, hydro\u00adth\u00e9\u00adra\u00adpie, remas\u00adsage et rocking chair au ber\u00adce\u00adment d\u2019une musique bien fran\u00ad\u00e7aise en atten\u00addant le d\u00e9jeu\u00adner de suc\u00adcu\u00adlente cui\u00adsine natio\u00adnale. Apr\u00e8s midi&nbsp;: rocking chair diges\u00adtif, caf\u00e9, vieux cognac Monis trois \u00e9toiles. Nou\u00adveaux accords patrio\u00adtiques et dring-dring-dring&nbsp;! son\u00adne\u00adrie g\u00e9n\u00e9\u00adrale, tout le monde debout sur le gazon pour la seconde s\u00e9ance. La bouf\u00adfon\u00adne\u00adrie se r\u00e9p\u00e9\u00adtait plus gro\u00adtesque encore que dans la mati\u00adn\u00e9e. Le beau gar\u00ad\u00e7on plas\u00adtron\u00adnait tou\u00adjours du tho\u00adrax, mais sans son enthou\u00adsiasme du r\u00e9veil, par devoir seule\u00adment. Les \u00ab&nbsp;sor\u00adbon\u00adnards&nbsp;\u00bb sui\u00advaient mais sans cocas\u00adse\u00adrie, ils sem\u00adblaient n\u2019avoir plus que leurs os et, sque\u00adlettes mal arti\u00adcu\u00adl\u00e9s, ils fai\u00adsaient une course macabre dans ce parc. Les b\u00e9b\u00e9s du droit dan\u00adsaient sur des \u0153ufs, lamen\u00adta\u00adble\u00adment. Les cara\u00adbins s\u2019avachissaient et leurs gestes en cette seconde course \u00e9taient ceux de ces dames quand elles ex\u00e9\u00adcutent leur qua\u00adran\u00adti\u00e8me \u00ab&nbsp;miche&nbsp;\u00bb par une soi\u00adr\u00e9e de dimanche estival.<\/p>\n<p>Le vieux g\u00e9ant avait renon\u00adc\u00e9 \u00e0 l\u2019usage de ses gui\u00adboles. Elles n\u2019\u00e9taient plus que deux inter\u00admi\u00adnables tuyaux de caou\u00adtchouc qu\u2019il lais\u00adsait pendre de \u00e7a, de l\u00e0, au gr\u00e9 des vents. Et il se tra\u00ee\u00adnait sur son tronc, comme un cul-de-jatte immense, le ventre \u00e0 terre en agi\u00adtant ses bras comme ceux d\u2019un mou\u00adlin \u00e0&nbsp;vent.<\/p>\n<p>Le nain n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un bal\u00adlon d\u00e9gon\u00adfl\u00e9 contre lequel les autres cou\u00adreurs butaient du pied de temps en temps. Le bos\u00adsu et le goi\u00adtreux, tout en pour\u00adsui\u00advant machi\u00adna\u00adle\u00adment leur course, dor\u00admaient en ron\u00adflant, l\u2019un sur sa bosse, l\u2019autre sur son goitre et ne s\u2019\u00e9veillaient qu\u2019au saut des fos\u00ads\u00e9s, dans les\u00adquels ils s\u2019\u00e9crasaient l\u2019un sur l\u2019autre, goitre contre bosse, avec des hur\u00adle\u00adments de chats qu\u2019on \u00e9gorge. Le \u00ab&nbsp;vieux mar\u00adcheur&nbsp;\u00bb sem\u00adblait sor\u00adtir du r\u00e9fri\u00adg\u00e9\u00adrant de la Morgue. Cas\u00ads\u00e9 en, deux il ne cou\u00adrait plus que des jambes. Ses bras der\u00adri\u00e8re le dos il s\u2019\u00e9treignait les reins avec ses deux mains cris\u00adp\u00e9es. Le \u00ab&nbsp;tiqueux&nbsp;\u00bb ne cou\u00adrait plus en lon\u00adgueur mais en hau\u00adteur. Des yeux, du nez, de la bouche, de la langue et du men\u00adton, des bras et des jambes et du ventre\u200a\u2014\u200ade tout son corps aux nerfs en tem\u00adp\u00eate, il s\u2019acharnait \u00e0 sau\u00adter, tres\u00adsau\u00adter, sur\u00adsau\u00adter avec furie, comme s\u2019il eut vou\u00adlu ten\u00adter \u00e0 lui seul l\u2019ascension vers le soleil, et le mal\u00adheu\u00adreux ne r\u00e9us\u00adsis\u00adsait qu\u2019\u00e0 pi\u00e9\u00adti\u00adner sur le m\u00eame coin pel\u00e9 de gazon inces\u00adsam\u00adment, avec les gri\u00admaces ignobles d\u2019un chim\u00adpan\u00adz\u00e9 dans une cage. Le \u00ab&nbsp;conges\u00adtion\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb tom\u00adbait fou\u00addroy\u00e9 par une attaque, tout de son long, ses yeux ronds ten\u00addus vers le ciel. Et enfin, \u00e0 l\u2019horizon, l\u00e0-bas se mou\u00advait avec la m\u00eame puis\u00adsance pr\u00e9\u00adcau\u00adtion\u00adneuses un peu plus gluant encore, un peu plus bl\u00eame, kilog par kilog, tout dou\u00adce\u00adment l\u2019homme trop gros, le mont de graisse tou\u00adjours fon\u00addant en flots immenses de sueur, tou\u00adjours \u00e9norme, tou\u00adjours&nbsp;lent\u2026<\/p>\n<p>Ain\u00adsi jusqu\u2019au soir. Et quand le vieux soleil qui en a pour\u00adtant vu de toutes les cou\u00adleurs et de toutes les formes depuis qu\u2019il \u00e9claire les hommes sur la terre, quand ce vieux bla\u00ads\u00e9 des contem\u00adpla\u00adtions \u00e9ter\u00adnelles voyant venir enfin l\u2019heure de son cou\u00adcher sur ce point de la cro\u00fbte o\u00f9 tout \u00e7a se grouillait impu\u00addem\u00adment sous la joie de ses beaux rayons, eut pous\u00ads\u00e9 comme un sou\u00adpir de sou\u00adla\u00adge\u00adment son der\u00adnier san\u00adglot rouge par\u00admi les nuages de l\u2019occident, les Ath\u00adl\u00e8tes all\u00e8rent de nou\u00adveau se faire dou\u00adcher, se faire mas\u00adser, se faire gaver, se faire ber\u00adcer, puis se faire cou\u00adcher. Et tout \u00e7a sous le haut com\u00adman\u00adde\u00adment d\u2019un lieu\u00adte\u00adnant, pour la France et pour la R\u00e9pu\u00adblique&nbsp;! Ah&nbsp;! la patrie pou\u00advait \u00eatre en dan\u00adger\u2026 Elle aurait des ath\u00adl\u00e8tes pour la d\u00e9fendre. M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 pou\u00advait mon\u00adter au pou\u00advoir. Il aurait de fiers lut\u00adteurs pour la Revanche. Avec des Fran\u00ad\u00e7ais comme ceux-l\u00e0, l\u2019Allemagne n\u2019avait plus qu\u2019\u00e0 trem\u00adbler et \u00e0 rendre l\u2019Alsace-Lorraine.<\/p>\n<p>[\/\u200bAndr\u00e9 <sc>Colo\u00admer<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voi\u00adci encore un extrait d\u2019un livre \u00e9crit par moi pen\u00addant la guerre et qui, je l\u2019esp\u00e8re, ver\u00adra bien\u00adt\u00f4t le jour. Je rap\u00adpelle aux lec\u00adteurs qu\u2019Agathon, auteur des Jeunes Gens d\u2019aujourd\u2019hui, fut de 1912 \u00e0 1914, avec M.&nbsp;Col\u00adrat, \u00e0 la t\u00eate d\u2019un mou\u00adve\u00adment n\u00e9o-natio\u00ad\u00adna\u00ad\u00adliste qui pro\u00advo\u00adqua la venue au pou\u00advoir de M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 et l\u2019explosion de&nbsp;la&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[449],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3719","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na15-20-mars-20-avril-1923"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3719","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3719"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3719\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3719"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3719"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3719"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3719"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}