{"id":3727,"date":"2014-10-25T02:25:16","date_gmt":"2014-10-25T02:25:16","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/10\/25\/han-ryner-et-son-oeuvre\/"},"modified":"2014-10-25T02:25:16","modified_gmt":"2014-10-25T02:25:16","slug":"han-ryner-et-son-oeuvre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2014\/10\/25\/han-ryner-et-son-oeuvre\/","title":{"rendered":"Han Ryner et son oeuvre"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3727?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3727?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<h3>I. Le Romancier Henri&nbsp;Ner<\/h3>\n<p>Vers 1892\u200a\u2013\u200a1893 (cela ne me rajeu\u00adnit pas), j\u2019\u00e9tais char\u00adg\u00e9 de la cri\u00adtique lit\u00adt\u00e9\u00adraire \u00e0 la <i>Petite R\u00e9pu\u00adblique<\/i>. Un matin, du tas que m\u2019apportait chaque jour le fac\u00adteur, je reti\u00adrais un petit livre qui avait pour titre&nbsp;: <i>La folie de mis\u00e8re<\/i>. Cela \u00e9tait sign\u00e9 Hen\u00adri Ner, un nom qui m\u2019\u00e9tait abso\u00adlu\u00adment inconnu.<\/p>\n<p>Contrai\u00adre\u00adment \u00e0 ce qui se passe d\u2019ordinaire chez mes col\u00adl\u00e8gues en cri\u00adtique, je fus inci\u00adt\u00e9, sinon \u00e0 lire, du moins \u00e0 feuille\u00adter le bou\u00adquin. Le hasard fit tom\u00adber mon coupe-papier sur une s\u00e9rie de pages fort in\u00e9gales mais qui me prirent for\u00adte\u00adment. Non seule\u00adment un tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment s\u2019y r\u00e9v\u00e9\u00adlait, mais j\u2019entrevis tout de suite l\u2019importance du sujet trai\u00adt\u00e9, ses dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s et sa gran\u00addeur. C\u2019\u00e9tait, en effet, \u00e0 l\u2019effroyable et redou\u00adtable ques\u00adtion de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 que l\u2019auteur, jeune sans doute, puisqu\u2019inconnu, n\u2019avait pas h\u00e9si\u00adt\u00e9 \u00e0 s\u2019attaquer.<\/p>\n<p>Jus\u00adte\u00adment, \u00e0 ce moment-l\u00e0, j\u2019avais sur le chan\u00adtier un roman rus\u00adtique&nbsp;: <i>Fauves Amours<\/i>, dans lequel j\u2019essayais de mettre en relief toute la puis\u00adsance de la tare \u00e9ro\u00adti\u00adco-hys\u00adt\u00e9\u00adrique sur une jeune pay\u00adsanne deve\u00adnue la Mes\u00adsa\u00adline de son hameau. Je venais, en cons\u00e9\u00adquence, de relire Dar\u00adwin, Huxe\u00adley, Hoe\u00adkel, Guyau, et j\u2019\u00e9tais non seule\u00adment fra\u00ee\u00adche\u00adment et s\u00e9rieu\u00adse\u00adment docu\u00admen\u00adt\u00e9 sur le sujet, mais aus\u00adsi com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment domi\u00adn\u00e9, obs\u00e9\u00add\u00e9 m\u00eame par&nbsp;lui.<\/p>\n<p>\u00c0 ce point me frap\u00adp\u00e8rent, je le r\u00e9p\u00e8te, les pages par\u00adcou\u00adrues \u00e7\u00e0 et l\u00e0, par la jus\u00adtesse de l\u2019observation qui les ins\u00adpi\u00adra, que je lus le livre, de sa pre\u00admi\u00e8re ligne \u00e0 sa der\u00adni\u00e8re, sans la moindre las\u00adsi\u00adtude, de plus en plus frap\u00adp\u00e9 par la fa\u00e7on, presque magis\u00adtrale dont l\u2019inconnu Hen\u00adri Ner\u200a\u2014\u200aqui n\u2019\u00e9tait pas un bio\u00adlo\u00adgiste, cela se voyait,\u200a\u2014\u200aavait pu vaincre pour\u00adtant les for\u00admi\u00addables dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s du&nbsp;sujet.<\/p>\n<p>Il s\u2019agissait, si ma m\u00e9moire est fid\u00e8le, et elle doit l\u2019\u00eatre, car j\u2019avais \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s frap\u00adp\u00e9\u200a\u2014\u200ail s\u2019agissait de la folie h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adtaire du meurtre, chez la fille d\u2019un meur\u00adtrier. Je sens encore l\u2019\u00e9motion pro\u00adfonde qui me gagna, en sui\u00advant les phases tra\u00adgiques de la lutte que la pauvre cr\u00e9a\u00adture, p\u00e9trie au fond d\u2019honn\u00eatet\u00e9, oppose \u00e0 la puis\u00adsance ter\u00adrible de la tare, qui p\u00e8se sur elle comme l\u2019in\u00e9luctable <i>Anan\u00adk\u00e9<\/i>. Aus\u00adsi n\u2019ai-je jamais plus que ce jour-l\u00e0 regrette de n\u2019avoir, dans une br\u00e8ve chro\u00adnique, que quelques lignes pour dire ce que je pen\u00adsais de ce livre et de son auteur.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 par\u00adtir de ce jour-l\u00e0, mon atten\u00adtion fut et res\u00adta fix\u00e9e sur lui. J\u2019\u00e9tais, en effet, cer\u00adtain qu\u2019il tra\u00adce\u00adrait son sillon dans la voie o\u00f9 il entrait et que ce sillon serait profond.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, Hen\u00adri Ner, satis\u00adfait sans doute par ces quelques lignes de cri\u00adtique lui prou\u00advant tout au moins qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 com\u00adpris, m\u2019envoyait un autre de ses livres, ant\u00e9\u00adrieur, je crois, et qui avait pour titre <i>Chair Vain\u00adcue<\/i>. Je le go\u00fb\u00adtai beau\u00adcoup moins. Est-ce parce qu\u2019il \u00e9tait flan\u00adqu\u00e9 d\u2019une pr\u00e9\u00adface de Jean Aicard dont la m\u00e9dio\u00adcri\u00adt\u00e9 bour\u00adgeoise eut tou\u00adjours le don de m\u2019horripiler.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre pour un peu, car il y a des impul\u00adsions ins\u00adtinc\u00adtives dont il est dif\u00adfi\u00adcile aux plus calmes de se pr\u00e9\u00adser\u00adver&nbsp;; mais la vraie rai\u00adson pour laquelle je n\u2019appr\u00e9ciai par <i>Chair Vain\u00adcue<\/i> apr\u00e8s avoir lu la <i>Folie de mis\u00e8re<\/i>, c\u2019est parce que autant ce der\u00adnier livre \u00e9tait plein de vivante obser\u00adva\u00adtion, je pour\u00adrai m\u00eame dire de vie tout court, autant le pre\u00admier se noyait dans les n\u00e9bu\u00adlo\u00adsi\u00adt\u00e9s d\u2019une m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique \u00e9perdue.<\/p>\n<p>Dans un troi\u00adsi\u00e8me livre l\u2019<i>Humeur Inqui\u00e8te<\/i>, je retrou\u00advai le Hen\u00adri Ner de la <i>Folie de mis\u00e8re<\/i>, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019observateur p\u00e9n\u00e9\u00adtrant, le psy\u00adcho\u00adlogue d\u00e9j\u00e0 s\u00fbr de son ana\u00adlyse et qui se d\u00e9fie des concepts vagues, des abs\u00adtrac\u00adtions mortes qui sont comme des cadavres d\u2019id\u00e9es et qui, tout en \u00e9vi\u00adtant la s\u00e9che\u00adresse autant que le r\u00e9a\u00adlisme outran\u00adcier, serre de pr\u00e8s la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; le fond de ce nou\u00adveau livre \u00e9tait l\u2019histoire d\u2019une exis\u00adtence d\u00e9s\u00ad\u00e9qui\u00adli\u00adbr\u00e9e, qui fut peut-\u00eatre un peu celle de l\u2019auteur, car on y devine, dans une par\u00adtie du moins, un peu d\u2019autobiographie, on y trouve, en outre, une rude pointe plu\u00adt\u00f4t qu\u2019une th\u00e8se, pous\u00ads\u00e9e contre la cruau\u00adt\u00e9 d\u2019une loi, inter\u00addi\u00adsant aux \u00e9poux de se rema\u00adrier, une fois le divorce pro\u00adnon\u00adc\u00e9 entre eux. Je com\u00adprends par\u00adfai\u00adte\u00adment qu\u2019Alphonse Dau\u00addet eut, pour ce livre, une grande pr\u00e9\u00addi\u00adlec\u00adtion, lui qui aimait sur\u00adtout la vie dans les livres, et qui en a tant mis dans les&nbsp;siens.<\/p>\n<p>L\u2019exquise sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, le fris\u00adson de vie qui rem\u00adplit l\u2019<i>Humeur Inqui\u00e8te<\/i> s\u2019\u00e9panouit plus encore dans <i>Ce qui meurt<\/i>. Je dirai m\u00eame que cette sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 atteint, ici, dans les pages inti\u00adtu\u00adl\u00e9es <i>Frag\u00adments du livre de Pierre<\/i>, une acui\u00adt\u00e9 mala\u00addive qui fait dou\u00adlou\u00adreu\u00adse\u00adment vibrer les nerfs. Seule, une grande infor\u00adtune, un de ces coups du des\u00adtin qui abattent les faibles mais qui font r\u00e9agir puis\u00adsam\u00adment les forts, avaient pu ins\u00adpi\u00adrer ce livre o\u00f9, comme dans les \u0153uvres de l\u2019antiquit\u00e9, le path\u00e9\u00adtique emprunte toute sa force \u00e0 la simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec cette remar\u00adquable t\u00e9tra\u00adlo\u00adgie dont les pon\u00adtifes de la cri\u00adtique ne d\u00e9dai\u00adgn\u00e8rent m\u00eame pas s\u2019occuper, Hen\u00adri Ner avait ter\u00admi\u00adn\u00e9 le cycle de ses d\u00e9buts lit\u00adt\u00e9\u00adraires. On fei\u00adgn\u00eet d\u2019ignorer que notre lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture comp\u00adtait un roman\u00adcier dont l\u2019\u0153uvre de jeu\u00adnesse \u00e9ga\u00adlait et d\u00e9pas\u00adsait m\u00eame celle qu\u2019enfanta la matu\u00adri\u00adt\u00e9 de cer\u00adtains de ses a\u00een\u00e9s les plus hauts&nbsp;c\u00f4t\u00e9s.<\/p>\n<h3>II. \u00c0 l\u2019\u00e9cole de Voltaire se d\u00e9gage Han&nbsp;Ryner<\/h3>\n<p>Cette conspi\u00adra\u00adtion du silence orga\u00adni\u00ads\u00e9e autour des romans d\u2019Henri Ner allait se conti\u00adnuer autour des \u0153uvres plus m\u00fbries, plus puis\u00adsantes, toutes empreintes d\u2019une phi\u00adlo\u00adso\u00adphie pro\u00adfonde, o\u00f9 se r\u00e9v\u00e9\u00adle\u00adra, avec tous ses moyens, avec toutes ses pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s, la v\u00e9ri\u00adtable per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019Henri Ner deve\u00adnu Hau&nbsp;Ryner.<\/p>\n<p>Je n\u2019oublierai jamais la sorte d\u2019heureux \u00e9ton\u00adne\u00adment que j\u2019\u00e9prouvai voi\u00adci quelques semaines seule\u00adment en lisant l\u2019<i>Homme-Four\u00admi<\/i> que j\u2019ignorai. C\u2019\u00e9tait, dans ma soli\u00adtude b\u00e9n\u00e9\u00advole, o\u00f9 apr\u00e8s une crise vio\u00adlente de palu\u00addisme, pour repo\u00adser mon cer\u00adveau encore \u00e9bran\u00adl\u00e9, je venais de relire \u00e0 petites doses, quelques contes de Vol\u00adtaire, m\u2019attardant \u00e0 <i>Can\u00addide<\/i>, le plus phi\u00adlo\u00adso\u00adphique et aus\u00adsi le plus amu\u00adsant de&nbsp;tous.<\/p>\n<p>Cette lec\u00adture m\u2019avait induit \u00e0 des r\u00e9flexions s\u00e9rieuses sur cette mer\u00adveille de notre lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture que fut le conte phi\u00adlo\u00adso\u00adphique au <sc>xvii<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle et sur\u00adtout sous la plume du plus grand de nos pro\u00adsa\u00adteurs\u2026 Je regret\u00adtais que le si\u00e8cle sui\u00advant e\u00fbt quelque peu d\u00e9dai\u00adgn\u00e9 ce genre, pour lequel cepen\u00addant sem\u00adblaient bien faits le g\u00e9nie de notre prose, et de notre race, ain\u00adsi que le fond de notre temp\u00e9rament.<\/p>\n<p>Avec l\u2019<i>Homme-Four\u00admi<\/i>, Han Ryner appor\u00adtait une att\u00e9\u00adnua\u00adtion \u00e0 ce regret.<\/p>\n<p>Un peu de <i>Can\u00addide<\/i> et de cer\u00adtains autres h\u00e9ros, des petits chefs\u2011d\u2019\u0153uvre vol\u00adtai\u00adriens se refl\u00e9\u00adtaient dans <i>Octave Per\u00addi\u00adcant<\/i>, le mor\u00adtel \u00e0 qui la haute fan\u00adtai\u00adsie de Ryner donne un cer\u00adveau mixte d\u2019homme et de fourmi.<\/p>\n<p>Pour bien com\u00adprendre toute la por\u00adt\u00e9e et toute lu saveur de cette m\u00e9ta\u00admor\u00adphose, ain\u00adsi que le grand m\u00e9rite qu\u2019eut l\u2019auteur \u00e0 l\u2019imaginer, il convient de pos\u00ads\u00e9\u00adder quelques notions sur la bio\u00adlo\u00adgie et les m\u0153urs de cet hym\u00e9\u00adno\u00adpt\u00e8re social, qu\u2019est la four\u00admi, sans avoir lu a fond Huber, Forel, J. Lub\u00adbock, Buch\u00adner, il faut avoir pr\u00e9\u00adsent \u00e0 la m\u00e9moire ce que Dar\u00adwin a \u00e9crit d\u2019elle, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;que son gan\u00adglion c\u00e9r\u00e9\u00adbrio\u00efde est la plus grande mer\u00adveille que la Nature ait cr\u00e9\u00e9e avec un peu de protoplasma&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Alors seule\u00adment on com\u00adpren\u00addra avec quelle maes\u00adtria Han Ryner a tir\u00e9 de cet \u00ab&nbsp;os&nbsp;\u00bb pr\u00e9\u00adcieux qu\u2019\u00e9tait son sujet, toute la moelle phi\u00adlo\u00adso\u00adphique qui y \u00e9tait contenue.<\/p>\n<p>Jamais la superbe humaine ne re\u00e7ut d\u2019un phi\u00adlo\u00adsophe le\u00e7on plus cruelle, sous une forme plus douce, plus am\u00e8ne et d\u2019une aus\u00adsi exquise et savante ironie.<\/p>\n<p>D\u2019un bout \u00e0 l\u2019autre de ce suc\u00adcu\u00adlent petit livre, Han Ryner emble dire \u00e0 l\u2019homme&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu te crois le ma\u00eetre du monde, tu te dis le roi de la cr\u00e9a\u00adtion parce que la sub\u00adstance grise de ton cer\u00adveau contient des tril\u00adlions de \u00ab&nbsp;neu\u00adrones&nbsp;\u00bb, o\u00f9 les g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions pas\u00ads\u00e9es ont accu\u00admu\u00adl\u00e9 des images et des concepts&nbsp;; eh bien&nbsp;! com\u00adpare ce que tu en as tir\u00e9 et l\u2019usage que tu en fais, avec ce que l\u2019humble four\u00admi dont tu \u00e9crases chaque jour des tas \u00e0 cha\u00adcun de tes pas, sait faire avec un glo\u00adbule de sub\u00adstance ner\u00adveuse invi\u00adsible \u00e0 l\u2019\u0153il nu. Peut-\u00eatre alors, ne seras-tu pas si&nbsp;fier&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h3>III. Han Ryner devant le Christianisme<\/h3>\n<p>Ayant don\u00adn\u00e9 l\u2019<i>Homme-Four\u00admi<\/i>, Han Ryner ne devait pas tar\u00adder \u00e0 quit\u00adter la moderne huma\u00adni\u00adt\u00e9 ou plu\u00adt\u00f4t ses contem\u00adpo\u00adrains, pour se tour\u00adner vers l\u2019antiquit\u00e9 \u00e0 laquelle revinrent tou\u00adjours, et sou\u00advent pour ne plus la quit\u00adter, les esprits vrai\u00adment phi\u00adlo\u00adso\u00adphiques de notre&nbsp;temps.<\/p>\n<p>Par le fait de cette \u00e9vo\u00adlu\u00adtion natu\u00adrelle et atten\u00addue de ceux qui avaient sui\u00advi son \u0153uvre, Han Ryner devait se trou\u00adver en face des deux plus grandes \u00e9tapes qui aient mar\u00adqu\u00e9 la marche de l\u2019humanit\u00e9 vers son \u00e9ter\u00adnel deve\u00adnir&nbsp;; je veux par\u00adler de l\u2019Hell\u00e9nisme et du Christianisme.<\/p>\n<p>Le <i>Cin\u00adqui\u00e8me \u00c9van\u00adgile<\/i> fut le r\u00e9sul\u00adtat de sa ren\u00adcontre avec J\u00e9sus&nbsp;; et sur les routes de l\u2019Hellade divine o\u00f9 il s\u2019engagea plus tard, ce fut Pytha\u00adgore qui lui fit signe de le suivre, et que fid\u00e8\u00adle\u00adment il sui\u00advit&nbsp;; et le <i>Fils du Silence<\/i>,\u200a\u2014\u200acet autre beau livre\u200a\u2014\u200alui fut dic\u00adt\u00e9 par ce p\u00e8le\u00adrin de la sagesse antique, aux longues haltes et dans les car\u00adre\u00adfours pou\u00addreux des chemins.<\/p>\n<p>Par\u00adlons d\u2019abord du Naza\u00adr\u00e9en. Avant Ryner d\u2019autres dont l\u2019\u00e2me g\u00e9n\u00e9\u00adreuse et le clair g\u00e9nie n\u2019avaient pu admettre le <i>J\u00e9sus-Dieu<\/i> cr\u00e9\u00e9 par les pr\u00eatres, les para\u00adsites et les syco\u00adphantes pour domi\u00adner et exploi\u00adter l\u2019humanit\u00e9, s\u2019en \u00e9taient all\u00e9s le cher\u00adcher vers les coins per\u00addus de la Jud\u00e9e mys\u00adt\u00e9\u00adrieuse, o\u00f9 on disait qu\u2019il avait v\u00e9cu et d\u2019o\u00f9 sa pr\u00e9\u00adten\u00addue parole devait rayon\u00adner sur le Monde entier. Le pre\u00admier, si l\u2019on en croit le pro\u00adfes\u00adseur Gui\u00adgne\u00adbert, fut Rei\u00adma\u00adrus un phi\u00adlo\u00adsophe et th\u00e9o\u00adlo\u00adgien alle\u00admand mort en 1768. Aux savants \u00e9ton\u00adn\u00e9s de son temps, il mon\u00adtra, comme r\u00e9sul\u00adtat de sa recherche, \u00ab&nbsp;un J\u00e9sus poli\u00adtique, ambi\u00adtieux dont la conspi\u00adra\u00adtion n\u2019a pas r\u00e9us\u00adsi&nbsp;; homme de talent assu\u00adr\u00e9\u00adment et \u00e9mi\u00adnent pro\u00adfes\u00adseur de morale, tout p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 des v\u00e9ri\u00adt\u00e9s de la reli\u00adgion natu\u00adrelle, mais astu\u00adcieu\u00adse\u00adment adap\u00adt\u00e9 aux habi\u00adtudes d\u2019esprit et aux pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s de son&nbsp;temps.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Sur les pas de Rei\u00adma\u00adrus devaient s\u2019engager un peu plus tard Kant lui-m\u00eame et tous les grands cri\u00adti\u00adcistes kan\u00adtiens, depuis Fichte jusqu\u2019\u00e0 David-Fr\u00e9\u00add\u00e9\u00adric Strauss en pas\u00adsant par Hegel et Schelling.<\/p>\n<p>Kant, leur ma\u00eetre \u00e0 tous, donne le signal d\u2019une nou\u00advelle \u00ab&nbsp;ex\u00e9\u00adg\u00e8se&nbsp;\u00bb qui place J\u00e9sus hors de l\u2019histoire&nbsp;; Fichte est plus n\u00e9ga\u00adtif encore, tan\u00addis que Schel\u00adling s\u2019efforce de don\u00adner leur valeur r\u00e9elle tant m\u00e9ta\u00adphy\u00adsique qu\u2019historique aux sym\u00adboles \u00e9van\u00adg\u00e9\u00adliques avec Feuer\u00adbach et Strauss.<\/p>\n<p>La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 sur J\u00e9sus et les \u00c9van\u00adgiles est ser\u00adr\u00e9e de plus pr\u00e8s et un rude assaut est, par eux, don\u00adn\u00e9e \u00e0 la vieille \u00e9cole th\u00e9o\u00adlo\u00adgique d\u00e9j\u00e0 bien d\u00e9faillante. Sous leur cri\u00adtique vrai\u00adment scien\u00adti\u00adfique, le mythe appa\u00adra\u00eet et prend, dans la nou\u00advelle ex\u00e9\u00adg\u00e8se, une place qu\u2019elle ne per\u00addra jamais plus jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Avec une audace tr\u00e8s grande pour l\u2019\u00e9poque, mais que jus\u00adti\u00adfiait une \u00e9ru\u00addi\u00adtion et une pro\u00adfon\u00addeur de cri\u00adtique sans pareille, Strauss applique la th\u00e9o\u00adrie mythique non seule\u00adment \u00e0 la per\u00adsonne de J\u00e9sus, mais au r\u00e9cit \u00e9van\u00adg\u00e9\u00adlique tout entier.<\/p>\n<p>Par\u00admi toute cette grande pl\u00e9iade alle\u00admande de th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens-phi\u00adlo\u00adsophes, qui ont ren\u00addu \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 pen\u00adsante le grand ser\u00advice de rem\u00adpla\u00adcer la r\u00e9v\u00e9\u00adla\u00adtion divine par une froide, s\u00fbre et impla\u00adcable ex\u00e9\u00adg\u00e8se, la figure du grand pro\u00adfes\u00adseur de T\u00fcbin\u00adgen se d\u00e9tache avec un relief impo\u00adsant, auquel le monde savant n\u2019a jamais cen\u00ads\u00e9 de rendre hom\u00admage. Strauss a \u00e9crit deux \u00ab&nbsp;<i>Vie de J\u00e9sus<\/i>&nbsp;\u00bb. Tout le monde est d\u2019accord pour recon\u00adna\u00eetre que la pre\u00admi\u00e8re parue en 1835\u200a\u2013\u200a36 marque une date&nbsp;; l\u2019\u00e9motion qu\u2019elle sou\u00adle\u00adva fut une des plus grandes qu\u2019ait enre\u00adgis\u00adtr\u00e9e l\u2019histoire de la pen\u00ads\u00e9e humaine. Entre les th\u00e9o\u00adlo\u00adgiens trans\u00adcen\u00addants, lut\u00adtant \u00e2pre\u00adment pour l\u2019orthodoxie s\u00e9cu\u00adlaire, et leurs adver\u00adsaires cri\u00adti\u00adcistes impi\u00adtoyables, le fos\u00ads\u00e9 \u00e9tait pro\u00adfond&nbsp;; mais pas plus les uns que les autres ne par\u00adve\u00adnaient \u00e0 inter\u00adpr\u00e9\u00adter rai\u00adson\u00adna\u00adble\u00adment les textes \u00e9van\u00adg\u00e9\u00adliques&nbsp;; c\u2019est alors que devant eux, Strauss se dres\u00adsa, jetant, dans les t\u00e9n\u00e8bres de leurs dis\u00adcus\u00adsions, la lumi\u00e8re de son inter\u00adpr\u00e9\u00adta\u00adtion mythique.<\/p>\n<p>Il mon\u00adtrait que si Dieu ne s\u2019est point incar\u00adn\u00e9 dans l\u2019homme-J\u00e9sus, l\u2019id\u00e9e du Christ incar\u00adn\u00e9 enferme pour\u00adtant une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 pro\u00adfonde&nbsp;; ce Dieu fait chair, d\u2019apr\u00e8s lui, figure l\u2019Humanit\u00e9, fille de la m\u00e8re visible qui est la Nature et du p\u00e8re invi\u00adsible qui est l\u2019Esprit&nbsp;; l\u2019Humanit\u00e9 qui fait des miracles en domp\u00adtant peu \u00e0 peu les \u00e9l\u00e9\u00adments aveugles, qui est sans p\u00e9ch\u00e9, car les souillures n\u2019atteignent que les indi\u00advi\u00addus et le constant pro\u00adgr\u00e8s de l\u2019esp\u00e8ce les efface, qui meurt et res\u00adsus\u00adcite par la suc\u00adces\u00adsion des g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions&nbsp;; qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve peu \u00e0 peu au-des\u00adsus des contin\u00adgences indi\u00advi\u00adduelles, par une v\u00e9ri\u00adtable ascen\u00adsion vers le prin\u00adcipe spi\u00adri\u00adtuel et divin, auquel elle tend \u00e0 s\u2019identifier comme J\u00e9sus a fini par s\u2019identifier \u00e0 Dieu le P\u00e8re. \u00ab&nbsp;Qui\u00adconque croit \u00e0 ce Christ-huma\u00adni\u00ads\u00e9 par\u00adti\u00adcipe vrai\u00adment \u00e0 la vie divine incar\u00adn\u00e9e dans l\u2019esp\u00e8ce. La per\u00adsonne et la vie de J\u00e9sus ont don\u00adn\u00e9 \u00e0 l\u2019Humanit\u00e9 repr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9e par les pre\u00admi\u00e8res g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions chr\u00e9\u00adtiennes l\u2019occasion de des\u00adsi\u00adner le por\u00adtrait de son Christ, tel qu\u2019elle se le repr\u00e9\u00adsente, en par\u00adtant de l\u2019id\u00e9e de ses propres rap\u00adports avec la divinit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Telle est la nou\u00advelle doc\u00adtrine que Strauss a l\u2019audace de jeter au monde \u00e0 une \u00e9poque et dans une Alle\u00admagne o\u00f9 le papisme et le pi\u00e9\u00adtisme mys\u00adtique \u00e9taient les deux plus grandes forces morales existantes.<\/p>\n<p>Trente ans pas\u00ads\u00e8rent consa\u00adcr\u00e9s \u00e0 lut\u00adter et \u00e0 subir des per\u00ads\u00e9\u00adcu\u00adtions pour elle&nbsp;; pen\u00addant ce temps, dans l\u2019ombre stu\u00addieuse d\u2019un grand s\u00e9mi\u00adnaire de Paris un jeune Bre\u00adton lisait cette <i>Vie de J\u00e9sus<\/i> avec une pas\u00adsion conte\u00adnue, en res\u00adsen\u00adtait un \u00e9bran\u00adle\u00adment pro\u00adfond dans son esprit et dans son \u00e2me. En m\u00eame temps qu\u2019il voyait s\u2019\u00e9vanouir dans cette grande lumi\u00e8re, les n\u00e9bu\u00adlo\u00adsi\u00adt\u00e9s de son r\u00eave (mys\u00adtique, une indi\u00adcible tris\u00adtesse le poi\u00adgnait \u00e0 l\u2019id\u00e9e que le J\u00e9sus de ce r\u00eave, ce J\u00e9sus dont il s\u2019\u00e9tait fait, mal\u00adgr\u00e9 sa divi\u00adni\u00adt\u00e9, un si noble et si beau por\u00adtrait humain, n\u2019\u00e9tait que l\u2019expression concr\u00e8te d\u2019un&nbsp;mythe.<\/p>\n<p>Et on peut dire que d\u00e8s ce moment, par une r\u00e9ac\u00adtion natu\u00adrelle, issue de son h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9 reli\u00adgieuse la sil\u00adhouette de \u00ab&nbsp;son&nbsp;\u00bb J\u00e9sus \u00e0 lui, s\u2019\u00e9tait dres\u00ads\u00e9e bien vivante et bien r\u00e9elle devant les yeux de son&nbsp;\u00e2me.<\/p>\n<p>Ce fut eu l864, c\u2019est-\u00e0-dire trente ans apr\u00e8s la pre\u00admi\u00e8re <i>Vie de J\u00e9sus<\/i> de Strauss qu\u2019Ernest Renan publia l\u00e0 sienne.<\/p>\n<p>Les \u00e9chos de la tem\u00adp\u00eate qu\u2019elle sou\u00adle\u00adva bruissent encore \u00e0 nos oreilles. Beau\u00adcoup, par\u00admi les croyants, par\u00addon\u00adnaient plus faci\u00adle\u00adment au phi\u00adlo\u00adsophe alle\u00admand son mythe, qu\u2019\u00e0 Ernest Renan ce qu\u2019ils appe\u00adlaient le \u00ab&nbsp;sacri\u00adl\u00e8ge&nbsp;\u00bb de son J\u00e9sus pri\u00adv\u00e9 de la divi\u00adni\u00adt\u00e9, et deve\u00adnu, bien que la plus noble, une simple cr\u00e9a\u00adture p\u00e9rissable.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui le temps a pas\u00ads\u00e9 sur les mal\u00e9\u00addic\u00adtions bruyantes. Le si\u00e8cle nou\u00adveau a mis une sour\u00addine aux ana\u00adth\u00e8mes dont reten\u00adtit le si\u00e8cle mort&nbsp;; et le \u00ab&nbsp;J\u00e9sus&nbsp;\u00bb de Renan se dresse tou\u00adjours inef\u00adfa\u00adble\u00adment beau et regarde, avec son doux sou\u00adrire d\u00e9sa\u00adbu\u00ads\u00e9, notre \u00e9poque non moins vile et tour\u00admen\u00adt\u00e9e que ne fut la sienne, et qui le col\u00adle\u00adrait au poteau s\u2019il reve\u00adnait par\u00admi nous pr\u00ea\u00adcher sa doc\u00adtrine de com\u00admu\u00adniste anarchisant.<\/p>\n<p>[|<b>*  *  *  *<\/b>|]<br>\n<\/p>\n<p>Du J\u00e9sus mythique de Strauss et de celui si pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment vivant, si ten\u00addre\u00adment humain de Renan, lequel choisir&nbsp;?<\/p>\n<p>Ceux dont l\u2019esprit ne peut et ne veut conce\u00advoir que les r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s posi\u00adtives, ceux qui pensent que l\u2019histoire sans la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie et la cri\u00adtique res\u00adte\u00adra tou\u00adjours lettre morte, les scien\u00adtistes et les ath\u00e9es, qui pour\u00adchassent \u00e2pre\u00adment la l\u00e9gende et ne font aucune place au sen\u00adti\u00adment, iront au J\u00e9sus de Strauss.<\/p>\n<p>Avec lui, ils pen\u00adse\u00adront que \u00ab&nbsp;la pri\u00admi\u00adtive com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 chr\u00e9\u00adtienne en ima\u00adgi\u00adnant J\u00e9sus d\u2019apr\u00e8s le Christ id\u00e9al qu\u2019elle por\u00adtait en elle, a agi tout comme le Dieu de Pla\u00adton qui for\u00admait le monde en contem\u00adplant les&nbsp;id\u00e9es.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais pour les ima\u00adgi\u00adna\u00adtifs, les sen\u00adsi\u00adtifs, les r\u00eaveurs, les po\u00e8tes, pour tous ceux dont l\u2019\u00e2me a plus soif d\u2019id\u00e9al que leur cer\u00adveau de cer\u00adti\u00adtude, le J\u00e9sus du grand et doux Bre\u00adton gar\u00adde\u00adra tou\u00adjours un charme inex\u00adpri\u00admable, d\u2019autant plus pro\u00adfond et irr\u00e9\u00adsis\u00adtible qu\u2019il satis\u00adfait plei\u00adne\u00adment leur ins\u00adtinct irr\u00e9\u00adpres\u00adsible de religiosit\u00e9.<\/p>\n<p>Ceux-l\u00e0, le c\u0153ur bat\u00adtant d\u2019all\u00e9gresse intime, l\u2019extase aux yeux, l\u2019oreille char\u00adm\u00e9e par la musique d\u2019une prose dont Pla\u00adton lui-m\u00eame e\u00fbt \u00e9t\u00e9 jaloux, iront tou\u00adjours vers Renan. Ils sui\u00advront ce sacer\u00addote du verbe, fer\u00advents et pieux, comme les ap\u00f4tres eux-m\u00eames sui\u00advaient J\u00e9sus.<\/p>\n<p>Avec lui, sans se las\u00adser, ils s\u2019en iront, p\u00e8le\u00adrins pas\u00adsion\u00adn\u00e9e, vers les plaines arides de Jud\u00e9e, vers les col\u00adlines de la Gali\u00adl\u00e9e, aux bords du lac de Tib\u00e9\u00adriade, sur la mon\u00adtagne de la Trans\u00adfi\u00adgu\u00adra\u00adtion, par\u00adtout o\u00f9 le Naza\u00adr\u00e9en pro\u00adme\u00adna la m\u00e9lan\u00adco\u00adlie d\u2019un r\u00eave si Beau qu\u2019il suf\u00adfit \u00e0 cr\u00e9er sa divi\u00adni\u00adt\u00e9&nbsp;; et ils ne s\u2019arr\u00eateront qu\u2019au Gol\u00adgo\u00adtha pour \u00e9cou\u00adter en fris\u00adson\u00adnant le <i>Lama Sabac\u00adta\u00adni<\/i> dans lequel il exha\u00adla sa pauvre, sa lamen\u00adtable mais sublime humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Et ce sont aus\u00adsi ceux-l\u00e0 qui lais\u00adsant le Christ de Renan \u00e0 son tom\u00adbeau, liront, avec une pi\u00e9\u00adt\u00e9 non moins fer\u00advente, le <i>Cin\u00adqui\u00e8me \u00c9van\u00adgile<\/i> de Han&nbsp;Ryner.<\/p>\n<p>Ce sont ceux-l\u00e0 aus\u00adsi qui se met\u00adtront \u00e0 la suite de son J\u00e9sus tout impr\u00e9\u00adgn\u00e9 de beau\u00adt\u00e9 pa\u00efenne et de tol\u00adsto\u00efenne r\u00e9signation.<\/p>\n<p>Avec lui ils attein\u00addront la Mon\u00adtagne pour cueillir de sa l\u00e8vre ago\u00adni\u00adsante le verbe lib\u00e9rateur.<\/p>\n<p>Comme on le voit la ren\u00adcontre de Han Ryner avec le Chris\u00adtia\u00adnisme a pro\u00adduit des fruits suc\u00adcu\u00adlents dont se r\u00e9ga\u00adle\u00adront long\u00adtemps encore les phi\u00adlo\u00adsophes et les lettr\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous ver\u00adrons pro\u00adchai\u00adne\u00adment com\u00adbien belles et odo\u00adrantes furent les fleurs qu\u2019il buti\u00adna sur les routes de l\u2019Hellade \u00e0 la suite de Pytha\u00adgore, le grand phi\u00adlo\u00adsophe aim\u00e9 des Muses s\u00e9v\u00e8res et des&nbsp;dieux.<\/p>\n<p>[\/\u200bP. <sc>Vign\u00e9 d\u2019Octon<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n<p>(\u00c0 suivre.)\n<\/p><\/div>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. Le Roman\u00adcier Hen\u00adri&nbsp;Ner Vers 1892 \u2013 1893 (cela ne me rajeu\u00adnit pas), j\u2019\u00e9tais char\u00adg\u00e9 de la cri\u00adtique lit\u00adt\u00e9\u00adraire \u00e0 la Petite R\u00e9pu\u00adblique. Un matin, du tas que m\u2019apportait chaque jour le fac\u00adteur, je reti\u00adrais un petit livre qui avait pour titre&nbsp;: La folie de mis\u00e8re. Cela \u00e9tait sign\u00e9 Hen\u00adri Ner, un nom qui m\u2019\u00e9tait abso\u00adlu\u00adment inconnu.&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[449],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3727","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na15-20-mars-20-avril-1923"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3727","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3727"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3727\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3727"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3727"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3727"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3727"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}