{"id":3752,"date":"2015-11-24T17:15:48","date_gmt":"2015-11-24T17:15:48","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2015\/11\/24\/han-ryner-et-son-oeuvre-suite\/"},"modified":"2015-11-24T17:15:48","modified_gmt":"2015-11-24T17:15:48","slug":"han-ryner-et-son-oeuvre-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2015\/11\/24\/han-ryner-et-son-oeuvre-suite\/","title":{"rendered":"Han Ryner et son \u0153uvre (suite)"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3752?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3752?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n\n<h4>IV. \u00ab&nbsp;Les Chr\u00e9tiens et les Philosophes&nbsp;\u00bb<\/h4>\n<p>Avant d\u2019\u00e9tudier le <i>Fils du Silence<\/i>, livre impor\u00adtant, et pour en finir avec la part du chris\u00adtia\u00adnisme dans l\u2019\u0153uvre touf\u00adfue de Han Ryner, arr\u00ea\u00adtons-nous quelques ins\u00adtants devant un autre beau livre qui a pour titre&nbsp;: <i>Les Chr\u00e9\u00adtiens et les Phi\u00adlo\u00adsophes<\/i>.<\/p>\n<p>Ici, Han&nbsp;Ryner semble avoir r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9 une v\u00e9ri\u00adtable gageure en fai\u00adsant revivre toute une \u00e9poque sans appe\u00adler \u00e0 son aide la des\u00adcrip\u00adtion, par le seul moyen du dia\u00adlogue. Et quelle \u00e9poque&nbsp;! Celle qui sui\u00advit la mort du Christ o\u00f9 la pen\u00ads\u00e9e antique, tout en conti\u00adnuant \u00e0 \u00e9clai\u00adrer le monde de sa lumi\u00e8re, sem\u00adblait fai\u00adblir devant l\u2019aurore des temps nouveaux.<\/p>\n<p>Ce pre\u00admier si\u00e8cle auquel le g\u00e9nie de Renan voua un amour si grand, une pas\u00adsion si ardem\u00adment clair\u00advoyante, Han&nbsp;Ryner l\u2019a, \u00e0 son tour, magis\u00adtra\u00adle\u00adment \u00e9vo\u00adqu\u00e9, sans phrases gran\u00addi\u00adlo\u00adquentes, avec une sim\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9 digne de l\u2019antiquit\u00e9, en des pages dont j\u2019ai savou\u00adr\u00e9 le charme, m\u00eame apr\u00e8s avoir lu celles de&nbsp;Renan.<\/p>\n<p>Impec\u00adcable, l\u2019argumentation de ce livre, qui n\u2019est d\u2019imagination qu\u2019en appa\u00adrence seule\u00adment. Je d\u00e9fie n\u2019importe quel \u00e9ru\u00addit, pos\u00ads\u00e9\u00addant \u00e0 fond son Mum\u00adsen et autres sources de trou\u00adver dans ces dia\u00adlogues, un seul ana\u00adchro\u00adnisme non seule\u00adment de fait, mais sur\u00adtout d\u2019id\u00e9e, ce qui est bien plus dif\u00adfi\u00adcile \u00e0 \u00e9vi\u00adter. Il fait par\u00adler ses sophistes en vrais sophistes du I<sup>er<\/sup> si\u00e8cle et l\u2019on sent que les sages d\u2019alors ne purent par\u00adler autre\u00adment qu\u2019il ne fait dis\u00adcou\u00adrir les siens. Son \u00c9pic\u00adt\u00e8te ne sau\u00adrait \u00eatre plus vivant.<\/p>\n<p>C\u2019est la grande phi\u00adlo\u00adso\u00adphie sto\u00ef\u00adcienne qui parle par la voix du noble esclave, et de pas\u00adser par la voix d\u2019un homme du <sc>xx<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle elle ne perd rien de son timbre, ni de sa douce et p\u00e9n\u00e9\u00adtrante sonorit\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019est bien ain\u00adsi que dut par\u00adler \u00c9pic\u00adt\u00e8te accueillant et rai\u00adson\u00adnant, avec un sou\u00adrire inef\u00adfable, le chris\u00adtia\u00adnisme naissant.<\/p>\n<p>Toute la pen\u00ads\u00e9e de Z\u00e9non, de Cl\u00e9anthe est bien dans la pen\u00ads\u00e9e de Han Ryner. Rien de plus beau et de plus pro\u00adfond \u00e0 la fois, que la dis\u00adcri\u00admi\u00adna\u00adtion faite entre les deux \u00e9pi\u00adcu\u00adrismes qui se dis\u00adpu\u00adt\u00e8rent l\u2019antiquit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec quelle verve mesu\u00adr\u00e9e et ardente cepen\u00addant se trouve fla\u00adgel\u00adl\u00e9e la basse \u00e9cole cyr\u00e9\u00adn\u00e9enne dans la per\u00adsonne de Por\u00adcus, le jouis\u00adseur ignoble et bavard&nbsp;! Et, au contraire, dans quelle langue exquise, avec quelle d\u00e9li\u00adca\u00adtesse nuan\u00adc\u00e9e nous sont pr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9s les amours de Sere\u00adna et Sere\u00adnus, fleurs divines, comme le vrai Jar\u00addin d\u2019\u00c9picure en vit s\u2019\u00e9panouir \u00e0 son soleil&nbsp;!<\/p>\n<p>N\u2019avais-je pas rai\u00adson de dire que les Chr\u00e9\u00adtiens et les Phi\u00adlo\u00adsophes sont un beau livre de plus \u00e0 l\u2019actif de Han&nbsp;Ryner et que f\u00e9conde fut sa ren\u00adcontre avec le christianisme.<\/p>\n<h4>V. Han Ryner et l\u2019Hell\u00e9nisme\u200a\u2014\u200aLe Fils du Silence<\/h4>\n<p>\u00c0 la suite de Pytha\u00adgore-le-Mys\u00adt\u00e9\u00adrieux, Han Ryner nous fait par\u00adcou\u00adrir, dans ce livre \u00e9trange, tout le cycle de la pen\u00ads\u00e9e grecque&nbsp;: reli\u00adgions, phi\u00adlo\u00adso\u00adphies, sciences \u00e0 leur aurore, po\u00e9\u00adsies, et nous nous trou\u00advons en pr\u00e9\u00adsence d\u2019une petite ency\u00adclo\u00adp\u00e9\u00addie de l\u2019hell\u00e9nisme.<\/p>\n<p>Quand le livre com\u00admence, l\u2019\u00eele de Samos patrie sup\u00adpo\u00ads\u00e9e du \u00ab&nbsp;Fils du Silence&nbsp;\u00bb, est en f\u00eate. La page est tr\u00e8s belle et d\u2019un souffle antique tr\u00e8s pur. Voi\u00adci Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde qui donne son nom \u00e0 cette pre\u00admi\u00e8re par\u00adtie&nbsp;: Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde le phi\u00adlo\u00adsophe de Syros dont la vie reste peut-\u00eatre un peu moins mys\u00adt\u00e9\u00adrieuse que celle de son illustre dis\u00adciple qu\u2019il ini\u00adtia aux doc\u00adtrines de Tha\u00adl\u00e8s et \u00e0 celles des pr\u00eatres \u00e9gyp\u00adtiens et ph\u00e9\u00adni\u00adciens, Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde dont le nom fut c\u00e9l\u00e8bre, pen\u00addant toute la p\u00e9riode alexan\u00addrine, gr\u00e2ce \u00e0 la pas\u00adsion vul\u00adga\u00adri\u00adsa\u00adtrice que lui por\u00adta le phi\u00adlo\u00adsophe-trau\u00adma\u00adturge Phi\u00adlon le Juif, et dont Cic\u00e9\u00adron a \u00e9crit qu\u2019il fut le pre\u00admier \u00e0 ensei\u00adgner l\u2019immortalit\u00e9 de l\u2019\u00e2me. Ce fai\u00adsant, il s\u2019opposait \u00e0 son contem\u00adpo\u00adrain Anaxi\u00admandre qui, pr\u00e9\u00adcur\u00adseur de la science moderne ne voyait dans l\u2019univers que de la mati\u00e8re et du mou\u00adve\u00adment, et ouvrait ain\u00adsi la voie \u00e0 Socrate, \u00e0 Pla\u00adton, \u00e0 tous les grands r\u00eaveurs qui, comme nous le ver\u00adrons tout \u00e0 l\u2019heure, d\u00e9tour\u00adnant le g\u00e9nie humain du d\u00e9ter\u00admi\u00adnisme entre\u00advu par l\u2019\u00c9cole ionienne, devaient fata\u00adle\u00adment le conduire au christianisme.<\/p>\n<p>De l\u2019obscurit\u00e9 et du mys\u00adt\u00e8re qui, apr\u00e8s des si\u00e8cles d\u2019humanisme, r\u00e8gnent encore aujourd\u2019hui sur la vie et la per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 de Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde et de son dis\u00adciple, Han&nbsp;Ryner a su tirer un par\u00adti mer\u00adveilleux. Il nous montre Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde \u00ab&nbsp;ce grand errant, ce grand inquiet, ayant quit\u00adt\u00e9 la fer\u00adtile Syros, afin de par\u00adcou\u00adrir le monde, de le com\u00adprendre, de le chan\u00adter, s\u2019attardant depuis des mois dans l\u2019\u00e9troite Samos, pour la seule joie de don\u00adner sa science au noble fils de Mn\u00e9sarque.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Puis, tour \u00e0 tour, avec un art par\u00adfait, il fait d\u00e9fi\u00adler autour de lui le grand lyrique Iby\u00adcos, l\u2019inventeur de la sam\u00adbuque, un des pre\u00admiers ins\u00adtru\u00adments \u00e0 cordes, avec lequel pen\u00addant sa tr\u00e8s longue vie, il char\u00adma les loi\u00adsirs de Poly\u00adcrate, tyran de&nbsp;Samos.<\/p>\n<p>Poly\u00adcrate lui-m\u00eame parle et agit sous nos yeux en vrai \u00ab&nbsp;tyran de l\u2019Hellade&nbsp;\u00bb jouis\u00adseur mat\u00e9\u00adriel et gros\u00adsier, mais aus\u00adsi fin et d\u00e9li\u00adcat let\u00adtr\u00e9 qui sait pr\u00ea\u00adter une oreille atten\u00adtive aux dis\u00adcours divins d\u2019Anacr\u00e9on.<\/p>\n<p>Et voi\u00adci Ana\u00adcr\u00e9on lui-m\u00eame qui, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9 par la flutte de Caryste, fait entendre son Ode \u00e0 Bathylle, les plus beaux de ses vers d\u2019amour. Cette \u00e9vo\u00adca\u00adtion du po\u00e8te de T\u00e9os est par\u00admi les meilleures pages du livre, et ravi\u00adraient d\u2019aise s\u2019il reve\u00adnait par\u00admi nous le grand huma\u00adniste Hen\u00adri Estienne, dont la sub\u00adtile \u00e9ru\u00addi\u00adtion mys\u00adti\u00adfia si bien le <sc>xvi<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle en inven\u00adtant les <i>Odes ana\u00adcr\u00e9on\u00adtiques<\/i>, dont Ana\u00adcr\u00e9on n\u2019a jamais \u00e9crit le pre\u00admier&nbsp;vers\u2026<\/p>\n<p>Se taisent Iby\u00adcos, Poly\u00adcrate et Ana\u00adcr\u00e9on, et voi\u00adci que l\u2019on entend mon\u00adter des l\u00e8vres de Phe\u00adr\u00e9\u00adcyde vers l\u2019azur du ciel Sao\u00adnien, l\u2019hymne inou\u00adbliable \u00e0 Eros&nbsp;: <i>L\u2019Antre aux sept replis<\/i>.<\/p>\n<p>R\u00e9gal exquis d\u2019hell\u00e9niste raf\u00adfi\u00adn\u00e9, j\u2019approuve Han Ryner quand il fait dire \u00e0 un audi\u00adteur&nbsp;: \u00ab&nbsp;Phe\u00adr\u00e8\u00adcyde, ta pen\u00ads\u00e9e et ton verbe font de toi un&nbsp;dieu.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Cette pre\u00admi\u00e8re par\u00adtie est cer\u00adtai\u00adne\u00adment la meilleure et la plus ori\u00adgi\u00adnale de ce livre \u00e9ton\u00adnant, autant par sa forme par\u00adfaite que par sa pro\u00adfonde \u00e9ru\u00addi\u00adtion. J\u2019aime moins, beau\u00adcoup moins, les sui\u00advants o\u00f9 sont racon\u00adt\u00e9s les Voyages de Pytha\u00adgore, les ayant d\u00e9j\u00e0 lus \u00e0 la Biblio\u00adth\u00e8que Natio\u00adnale dans l\u2019\u00e9dition en 5 volumes de D\u00e9ther\u00adville, parue en l\u2019an <sc>viii<\/sc>.<\/p>\n<p>De m\u00eame, en ce qui concerne les Mys\u00adt\u00e8res qui joue\u00adront un si grand r\u00f4le dans la vie reli\u00adgieuse et intel\u00adlec\u00adtuelle des Grecs, et qui font l\u2019objet de la deuxi\u00e8me par\u00adtie tout enti\u00e8re, Chaus\u00adsard (Pierre-Jean-Bap\u00adtiste) ce grand uni\u00adver\u00adsi\u00adtaire m\u00e9con\u00adnu, je pour\u00adrais m\u00eame dire incon\u00adnu qui fut, en 1792, com\u00admis\u00adsaire du Comi\u00adt\u00e9 de Salut public, puis, \u00e0 la Res\u00adtau\u00adra\u00adtion, pro\u00adfes\u00adseur dans plu\u00adsieurs grands lyc\u00e9es de Paris, a \u00e9crit sur eux, en 1821, son livre qui, quoique res\u00adt\u00e9 ano\u00adnyme, n\u2019en est pas moins d\u00e9fi\u00adni\u00adtif. J\u2019avoue n\u2019avoir trou\u00adv\u00e9 dans le <i>Fils du Silence<\/i> ni sur les Mys\u00adt\u00e8res des Kabires, ni sur les grands et petits mys\u00adt\u00e8res, ni sur les Dyo\u00adni\u00adsies, ni sur l\u2019Orphisme, ni sur les doc\u00adtrines de l\u2019\u00c9gypte, de la Perse, de Baby\u00adlone et de la Chal\u00add\u00e9e, rien qui ne soit dans cette \u0153uvre d\u2019\u00e9l\u00e9gante \u00e9ru\u00addi\u00adtion, une des plus pro\u00adfondes, des plus solides pour l\u2019\u00e9poque o\u00f9 elle fut \u00e9crite et dont les quatre volumes donnent d\u2019un som\u00admeil jamais trou\u00adbl\u00e9 sous la pous\u00adsi\u00e8re du grand cime\u00adti\u00e8re livresque sis en la rue de Richelieu.<\/p>\n<p>Enfin nous avons sur Eleu\u00adsis et l\u00e9s mys\u00adt\u00e8res de C\u00e9r\u00e8s, les pages de Paul de Saint-Vic\u00adtor qui res\u00adte\u00adront par\u00admi les plus belles dont s\u2019honore la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture du si\u00e8cle d\u00e9funt.<\/p>\n<p>Cela dit, Han&nbsp;Ryner n\u2019en garde pas moins le tr\u00e8s grand m\u00e9rite de nous avoir pr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9 les Mys\u00adt\u00e8res de la Gr\u00e8ce antique sous une forme tr\u00e8s vivante, tr\u00e8s sai\u00adsis\u00adsante en les grou\u00adpant autour de son <i>Fils du Silence<\/i>. Et celui-ci n\u2019en reste pas moins surr Pytha\u00adgore et le Pytha\u00adgo\u00adrisme, une syn\u00adth\u00e8se que peu d\u2019universitaires, voire de phi\u00adlo\u00adsophes par\u00admi les plus r\u00e9pu\u00adt\u00e9s, eussent \u00e9t\u00e9 capables d\u2019\u00e9crire avec le talent qu\u2019il y a&nbsp;mis.<\/p>\n<h4>V. Les Voyages de Psychodore et les Paraboles cyniques<\/h4>\n<p>Sans avoir plus de pro\u00adfon\u00addeur, les <i>Voyages de Psy\u00adcho\u00addore<\/i> et aus\u00adsi les <i>Para\u00adboles cyniques<\/i> ont cer\u00adtai\u00adne\u00adment une plus grande originalit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le pre\u00admier, ce n\u2019est plus seule\u00adment l\u2019\u00e9rudit, dou\u00adbl\u00e9 d\u2019un po\u00e8te, l\u2019infatigable scru\u00adta\u00adteur de la pen\u00ads\u00e9e antique, mais c\u2019est Han&nbsp;Ryner lui-m\u00eame, qui sous le d\u00e9gui\u00adse\u00adment d\u2019un dis\u00adciple d\u2019\u00c9pict\u00e8te par\u00adcourt le monde et en rap\u00adporte sur l\u2019homme et l\u2019humanit\u00e9, toute une flore d\u2019id\u00e9es neuves, curieuses, \u00e9tranges et qui obligent le lec\u00adteur a r\u00e9fl\u00e9\u00adchir et \u00e0 pen\u00adser. Plus riche en id\u00e9es per\u00adson\u00adnelles est encore le second. Pour cette rai\u00adson-l\u00e0, ces deux livres comptent par\u00admi ceux qu\u2019il est tr\u00e8s dif\u00adfi\u00adcile d\u2019analyser.<\/p>\n<p>J\u2019estime que Poin\u00adsot donne la note juste quand, par\u00adlant des <i>Para\u00adboles cyniques<\/i>, il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce livre est d\u2019un sage qui d\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment nous dote d\u2019un mod\u00e8le d\u2019humanit\u00e9, ce livre est d\u2019un artiste qui, plei\u00adne\u00adment, nous satis\u00adfait&nbsp;; ce livre est d\u2019un homme qui a \u00e9treint la vie pour en extraire toute sa signi\u00adfi\u00adca\u00adtion et toute sa joie, d\u2019un homme qui a rap\u00adpor\u00adt\u00e9 de l\u2019exploration des \u00e2mes toute la psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie qu\u2019elles rec\u00e8lent, d\u2019un homme qui prend place \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des plus grands par la valeur de sa pen\u00ads\u00e9e et la splen\u00addeur de son&nbsp;verbe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Oui, en v\u00e9ri\u00adt\u00e9, ajou\u00adte\u00adrai-je, il est peu de livres dans la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture contem\u00adpo\u00adraine o\u00f9 tant d\u2019id\u00e9es aient \u00e9t\u00e9 remu\u00e9es en si peu de mots. Cha\u00adcune de ces cin\u00adquante-deux para\u00adboles est un mod\u00e8le de pure\u00adt\u00e9 attique, de conci\u00adsion et de clar\u00adt\u00e9, et qui, certes, loin d\u2019exclure la pro\u00adfon\u00addeur de la pen\u00ads\u00e9e, lui conf\u00e8rent un plus sai\u00adsis\u00adsant et plus cap\u00adti\u00advant relief.<\/p>\n<p>Lisez, par exemple, le <i>Jar\u00addi\u00adnier<\/i>, pour ne citer que celle-l\u00e0, et vous vous ren\u00addrez compte qu\u2019il est dif\u00adfi\u00adcile de ser\u00adtir avec plus d\u2019art une pierre pr\u00e9\u00adcieuse, d\u2019en tailler les mille facettes pour y faire miroi\u00adter tous les caprices, toutes les fan\u00adtai\u00adsies d\u2019une pen\u00ads\u00e9e qui se renou\u00advelle sans cesse et se r\u00e9fracte en cou\u00adleurs cha\u00adtoyantes et mul\u00adtiples comme \u00e0 tra\u00advers un prisme les rayons d\u2019or du soleil.<\/p>\n<p>Et, certes, apr\u00e8s Poin\u00adsot, com\u00adbien le doux, le modeste, le bon, le pro\u00adfond roman\u00adcier qui signa Jacques Fr\u00e9\u00adhel a eu rai\u00adson d\u2019\u00e9crire des <i>Para\u00adboles cyniques<\/i>&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout cela est trop beau, trop grand pour ceux que satis\u00adfait une lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture de n\u00e9ant, pour ceux qui font leur p\u00e2ture du livre super\u00adfi\u00adciel, jouet d\u2019un&nbsp;jour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<h4>VII. Contre Socrate<\/h4>\n<p>Avant de par\u00adler des <i>V\u00e9ri\u00adtables entre\u00adtiens de Socrate<\/i> un des livres les plus remar\u00adqu\u00e9s de Han&nbsp;Ryner, je tiens \u00e0 dire que je par\u00adtage contre l\u2019illustre sophiste d\u2019Ath\u00e8nes, toute l\u2019antipathie que lui portent, avec Auguste Comte, les plus grands par\u00admi les d\u00e9ter\u00admi\u00adnistes et les posi\u00adti\u00advistes contemporains.<\/p>\n<p>Par lui, par son \u0153uvre, par cette m\u00e9thode sub\u00adjec\u00adtive dont il fut le p\u00e8re, par l\u2019influence qu\u2019elle acquit, gr\u00e2ce \u00e0 lui, sur la pen\u00ads\u00e9e grecque, par le charme dont Pla\u00adton enve\u00adlop\u00adpa sa per\u00adsonne et ses paroles, il ne fut pas seule\u00adment comme on l\u2019a dit, un accou\u00adcheur d\u2019\u00e2mes, mais h\u00e9las&nbsp;! il fut aus\u00adsi l\u2019avorteur de la vraie m\u00e9thode scien\u00adti\u00adfique inau\u00adgu\u00adr\u00e9e avant lui, par Tha\u00adl\u00e8s et Anaxi\u00admandre et qui seule peut conduire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Phy\u00adsi\u00adcien et astro\u00adnome, Tha\u00adl\u00e8s qui fon\u00adda la grande \u00e9cole ionienne, avait pr\u00e9\u00addit l\u2019\u00e9clips\u00e9 de l\u2019an&nbsp;585, et il conce\u00advait les dieux comme de simples aspects d\u2019une force motrice. Anaxi\u00admandre, lui, bien des si\u00e8cles avant Coper\u00adnic ensei\u00adgna que la terre \u00e9tait&nbsp;ronde.<\/p>\n<p>Ces deux grands ini\u00adtia\u00adteurs de la science g\u00e9n\u00e9\u00adrale avaient lais\u00ads\u00e9 d\u2019illustres dis\u00adciples tels qu\u2019Emp\u00e9docle, Anaxa\u00adgore, D\u00e9mo\u00adcrite, Hip\u00adpo\u00adcrate et d\u2019autres qui, par un effort mira\u00adcu\u00adleux de leur puis\u00adsant cer\u00adveau, avaient, sans m\u00eame l\u2019appui de la plus rudi\u00admen\u00adtaire tech\u00adnique \u00e9di\u00adfi\u00e9 sur l\u2019Univers, sur le Cos\u00admos, des syn\u00adth\u00e8ses dont les esprits les plus pr\u00e9\u00adcis de notre \u00e9poque admirent encore la grandeur.<\/p>\n<p>Du cer\u00adveau de D\u00e9mo\u00adcrite, le pre\u00admier vrai d\u00e9ter\u00admi\u00adniste, \u00e9tait sor\u00adtie l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019atonisme, qui domine et dirige encore les chi\u00admistes contem\u00adpo\u00adrains. Le regard p\u00e9n\u00e9\u00adtrant d\u2019Emp\u00e9docle avait entre\u00advu le n\u00e9ant de l\u2019esp\u00e8ce, et l\u2019\u00e9volutionnisme deux mille cinq cents ans avant Lamarck et Dar\u00adwin. Hip\u00adpo\u00adcrate avait su dis\u00adtin\u00adguer dans le pro\u00adbl\u00e8me de la vie et de la forme, l\u2019importance des fac\u00adteurs externes comme l\u2019eau, l\u2019air, l\u2019habitat.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019en plein sc&gt;xviii<sup>e<\/sup> si\u00e8cle notre Aca\u00add\u00e9\u00admie des sciences consi\u00add\u00e9\u00adrait les d\u00e9bris fos\u00adsiles comme des jeux de la Nature, X\u00e9no\u00adphane de Colo\u00adphon, ce grand adver\u00adsaire de l\u2019anthropomorphisme grec avait recon\u00adnu leur iden\u00adti\u00adt\u00e9 et en avait tir\u00e9 sur la for\u00adma\u00adtion de la Terre, des conclu\u00adsions \u00e9ton\u00adnantes par leur pr\u00e9cision.<\/p>\n<p>Sauf peut-\u00eatre ce der\u00adnier, un peu plus ancien, tous les autres, dont je viens de citer les noms \u00e9taient contem\u00adpo\u00adrains de Socrate, et mal\u00adgr\u00e9 quelques dis\u00adsi\u00addences de l\u2019\u00c9cole \u00e9l\u00e9ate, avait \u00e9le\u00adv\u00e9, je le r\u00e9p\u00e8te, sur des bases aus\u00adsi solides que le com\u00adpor\u00adtait la connais\u00adsance d\u2019alors, un superbe \u00e9di\u00adfice scien\u00adti\u00adfique qui ne deman\u00addait qu\u2019\u00e0 \u00eatre \u00e9lar\u00adgi et conso\u00adli\u00add\u00e9, par l\u2019exp\u00e9rience et la r\u00e9flexion, et duquel \u00e9tait ban\u00adni le dua\u00adlisme n\u00e9faste des sophistes et des r\u00eaveurs.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 d\u00e9mo\u00adlir cet \u00e9di\u00adfice que Socrate employa sa dia\u00adlec\u00adtique sub\u00adtile et cette faconde inta\u00adris\u00adsable que lui pr\u00eate Pla\u00adton et qui le fait trai\u00adter par Auguste Comte de bavard grandiloquent.<\/p>\n<p>Ce fai\u00adsant, ain\u00adsi que l\u2019observe avec rai\u00adson Andr\u00e9 Lef\u00e8vre,\u200a\u2014\u200apas l\u2019ex-ministre de la guerre\u200a\u2014\u200aSocrate a cou\u00adp\u00e9 court \u00e0 la science g\u00e9n\u00e9\u00adrale, et par son \u00ab&nbsp;connais-toi toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb a d\u00e9tour\u00adn\u00e9 la pen\u00ads\u00e9e vers une par\u00adtie qui ne peut-\u00eatre com\u00adprise si on la s\u00e9pare du&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Ce fai\u00adsant, aus\u00adsi, il nous a valu pen\u00addant vingt si\u00e8cles, les diva\u00adga\u00adtions pla\u00adto\u00adni\u00adciennes, n\u00e9o-pla\u00adto\u00adni\u00adciennes, scho\u00adlas\u00adtiques, moyen\u00ad\u00e2geuses dont s\u2019ent\u00e9n\u00e8bre encore aujourd\u2019hui le cer\u00adveau pr\u00e9\u00adten\u00addu clair de M.&nbsp;Bergson.<\/p>\n<p>Il est donc bien vrai que le \u00ab&nbsp;bavard gran\u00addi\u00adlo\u00adquent&nbsp;\u00bb d\u2019Auguste Comte a fait \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e humaine un mal incal\u00adcu\u00adlable. Et c\u2019est pour\u00adquoi je n\u2019aime pas Socrate. Tou\u00adte\u00adfois en lisant les pages o\u00f9 Han Ryner a essay\u00e9 de faire revivre sa pen\u00ads\u00e9e si sou\u00advent d\u00e9na\u00adtu\u00adr\u00e9e, semble-t-il, par des ignares et des imb\u00e9\u00adciles tr\u00e8s sou\u00advent int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s, pour lui rendre le vrai lan\u00adgage qu\u2019il dut tenir aux Ath\u00e9\u00adniens, j\u2019ai admi\u00adr\u00e9 l\u2019effort accom\u00adpli et mon amer\u00adtume \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019homme qui, si cou\u00adra\u00adgeu\u00adse\u00adment vida sa coupe de cig\u00fce, s\u2019en est trou\u00adv\u00e9 adou\u00adcie. Or donc, mal\u00adgr\u00e9 ce que je consi\u00add\u00e8re comme \u00ab&nbsp;son erreur sur Socrate et le Socra\u00adtisme&nbsp;\u00bb je main\u00adtiens ce que j\u2019ai dit en com\u00admen\u00ad\u00e7ant cette \u00e9tude, que l\u2019Hell\u00e9nisme apr\u00e8s le Chris\u00adtia\u00adnisme, a ins\u00adpi\u00adr\u00e9 \u00e0 Han&nbsp;Ryner, les plus nobles, les plus belles de ses \u0153uvres, celles o\u00f9 se refl\u00e8te comme en un miroir d\u2019une pure\u00adt\u00e9, d\u2019une sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 impec\u00adcables, avec l\u2019a pen\u00ads\u00e9e v\u00e9ri\u00adtable de Pytha\u00adgore, celle d\u2019\u00c9pict\u00e8te, de Z\u00e9non, de Cl\u00e9anthe, de toute cette \u00c9cole sto\u00ef\u00adcienne qui hono\u00adra l\u2019antiquit\u00e9 et dont l\u2019auteur des <i>Para\u00adboles cyniques<\/i> est, par\u00admi nous, un repr\u00e9\u00adsen\u00adtant attar\u00add\u00e9, incom\u00adpris et m\u00e9connu.<\/p>\n<p>En un pro\u00adchain et der\u00adnier article, j\u2019\u00e9tudierai dans Han Ryner paci\u00adfiste, l\u2019ap\u00f4tre et l\u2019individualiste-libertaire.<\/p>\n<p>[\/\u200bP. <sc>Vign\u00e9 d\u2019Octon<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IV. \u00ab&nbsp;Les Chr\u00e9\u00adtiens et les Phi\u00adlo\u00adsophes&nbsp;\u00bb Avant d\u2019\u00e9tudier le Fils du Silence, livre impor\u00adtant, et pour en finir avec la part du chris\u00adtia\u00adnisme dans l\u2019\u0153uvre touf\u00adfue de Han Ryner, arr\u00ea\u00ad\u00adtons-nous quelques ins\u00adtants devant un autre beau livre qui a pour titre&nbsp;: Les Chr\u00e9\u00adtiens et les Phi\u00adlo\u00adsophes. Ici, Han&nbsp;Ryner semble avoir r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9 une v\u00e9ri\u00adtable gageure en&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[456],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3752","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na16-20-avril-20-mai-1923"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3752","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3752"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3752\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3752"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3752"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3752"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3752"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}