{"id":3765,"date":"2015-11-24T20:54:55","date_gmt":"2015-11-24T20:54:55","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2015\/11\/24\/bourreaux-de-conscience-daristote-a-monsieur-poincare\/"},"modified":"2015-11-24T20:54:55","modified_gmt":"2015-11-24T20:54:55","slug":"bourreaux-de-conscience-daristote-a-monsieur-poincare","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2015\/11\/24\/bourreaux-de-conscience-daristote-a-monsieur-poincare\/","title":{"rendered":"Bourreaux de conscience&nbsp;: D\u2019Aristote \u00e0 Monsieur Poincar\u00e9"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3765?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3765?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n\n<p>Des na\u00effs auraient pu, avant cette guerre, s\u2019\u00e9tonner encore que des \u00e9cri\u00advains \u00ab&nbsp;r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaires&nbsp;\u00bb aient pu avoir une si consi\u00add\u00e9\u00adrable influence sur la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtique fille de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. J\u2019esp\u00e8re que le ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne de \u00ab&nbsp;l\u2019Union sacr\u00e9e&nbsp;\u00bb aura suf\u00adfi\u00adsam\u00adment d\u00e9mon\u00adtr\u00e9 qu\u2019il y a en France, au del\u00e0 des appa\u00adrentes et \u00e9ph\u00e9\u00adm\u00e8res dif\u00adf\u00e9\u00adrences de par\u00adtis, une com\u00admune et vague id\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019ordre social qui sait faire pro\u00adfi\u00adter la nation de toutes les dis\u00adci\u00adplines et de toutes les \u00e9lo\u00adquences, quelle qu\u2019en soit la&nbsp;forme.<\/p>\n<p>L\u2019important en ce pays est que l\u2019\u00e9crivain comme l\u2019orateur n\u2019oublie pas de par\u00adler pour son public. Mal\u00adheur \u00e0 celui qui n\u2019\u00e9crit que pour expri\u00admer sa propre pen\u00ads\u00e9e et ne parle que pour d\u00e9fendre l\u2019action de son \u00eatre. Ce dan\u00adge\u00adreux indi\u00advi\u00addu qui ne com\u00adprend pas que la parole humaine n\u2019est, faite que pour tra\u00adduire en un style per\u00adson\u00adnel les id\u00e9es de tout le monde, ce mal\u00adfai\u00adteur qui s\u2019obstine \u00e0 ne pas employer son talent au ser\u00advice d\u2019une col\u00adlec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 sera mis en demeure de se sou\u00admettre ou de se d\u00e9mettre, de capi\u00adtu\u00adler ou de mou\u00adrir. Mais du moment qu\u2019un homme de pen\u00ads\u00e9e n\u2019a pour fin que d\u2019\u00e9duquer le groupe humain auquel il appar\u00adtient et de faire pro\u00adfi\u00adter cette masse de toutes les res\u00adsources de son intel\u00adli\u00adgence en lui l\u00e9guant un de ces grands mots bour\u00adsou\u00adfl\u00e9e qui lui servent de prin\u00adcipe afin de mieux agir en bloc et d\u2019un seul mou\u00adve\u00adment, ce bien\u00adfai\u00adteur qui sait dis\u00adpen\u00adser ses contem\u00adpo\u00adrains de la souf\u00adfrance de pen\u00adser par soi-m\u00eame, est un g\u00e9nie qui m\u00e9rite de la m\u00e9moire des hommes. Alors qu\u2019importe le sens du mot et sa cou\u00adleur pour\u00advu qu\u2019il soit pro\u00adnon\u00adc\u00e9 avec un dog\u00adma\u00adtisme assez for\u00admel\u00adle\u00adment cat\u00e9\u00adgo\u00adrique pour s\u2019imposer aux mul\u00adtiples cer\u00advelles en une m\u00eame vibra\u00adtion. Toute parole est bonne pour une foule \u00e0 la seule condi\u00adtion qu\u2019elle puisse en faire un dra\u00adpeau. L\u2019important pour les hommes sociaux n\u2019est-il pas d\u2019abord de se grou\u00adper et de se dis\u00adci\u00adpli\u00adner\u2026 Pour\u00adquoi&nbsp;? Et qu\u2019importe&nbsp;? Les id\u00e9es viennent ensuite sui\u00advant le hasard des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments. Mais ce qu\u2019il convient c\u2019est d\u2019\u00eatre l\u00e0, mas\u00ads\u00e9s en un trou\u00adpeau d\u2019inconscience pr\u00eat \u00e0 se mou\u00advoir au com\u00adman\u00adde\u00adment d\u2019un chef\u200a\u2014\u200adieu, roi ou loi\u200a\u2014\u200ader\u00adri\u00e8re un sym\u00adbole de ser\u00advi\u00adtude\u200a\u2014\u200acroix ou crois\u00adsant\u200a\u2014\u200adra\u00adpeau blanc ou tri\u00adco\u00adlore ou rouge, sous le sti\u00admu\u00adlant d\u2019une fan\u00adfare de cuivres ou de mots\u200a\u2014\u200avers toutes les fosses com\u00admunes de la vie ou de la mort, de la paix ou de la guerre, en tas d\u2019uniformit\u00e9. Voi\u00adl\u00e0 com\u00adment il se fait que la m\u00eame \u00e9poque subit avec une \u00e9gale bien\u00adveillance les lourdes ges\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adtions de l\u2019emphase socia\u00adli\u00adsante d\u2019un Jau\u00adr\u00e8s, les s\u00e8ches clai\u00adron\u00adnades d\u2019un Barres, les gar\u00adga\u00adrismes de sens com\u00admun d\u2019un Faguet, les dis\u00adci\u00adplines cl\u00e9\u00adri\u00adcales d\u2019un Bru\u00adne\u00adti\u00e8re et les huma\u00adni\u00adtaires cam\u00adpagnes des membres de la Ligue des Droits de l\u2019homme. C\u2019est que tous ces gens-l\u00e0 en somme s\u2019entendaient dans leur com\u00admun concept d\u2019uniformisation. Cha\u00adcun \u00e0 leur fa\u00e7on, ils pour\u00adsui\u00advaient le m\u00eame id\u00e9al&nbsp;: la consti\u00adtu\u00adtion d\u2019un type social sur lequel se devaient for\u00admer les hommes de France. Avec des ciseaux d\u2019in\u00e9gale dimen\u00adsion, cha\u00adcun d\u2019eux col\u00adla\u00adbo\u00adrait \u00e0 tailler le patron mod\u00e8le d\u2019apr\u00e8s lequel se devaient ch\u00e2\u00adtrer toutes les per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s. Ils n\u2019avaient pen\u00ads\u00e9, \u00e9crit, par\u00adl\u00e9 que pour cola&nbsp;: l\u2019int\u00e9grale r\u00e9duc\u00adtion de l\u2019individualit\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9ale forme du&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Alors l\u2019effort de cha\u00adcun.\u200a\u2014\u200aquel qu\u2019il fut\u200a\u2014\u200adevait n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment ser\u00advir \u00e0 tous. En appre\u00adnant aux jeunes hommes \u00e0 se dis\u00adci\u00adpli\u00adner aux r\u00e8gles d\u2019un Par\u00adti socia\u00adliste qui n\u2019oubliait pas d\u2019\u00eatre Fran\u00ad\u00e7ais, Jean Jau\u00adr\u00e8s fai\u00adsait la m\u00eame besogne que Fer\u00addi\u00adnand Bru\u00adne\u00adti\u00e8re en leur ensei\u00adgnant de suivre les dures le\u00e7ons d\u2019ob\u00e9issance de la hi\u00e9\u00adrar\u00adchique \u00c9glise et que Mau\u00adrice Bar\u00adr\u00e9s en les inci\u00adtant \u00e0 la gym\u00adnas\u00adtique morale du bon patriote. \u00c0 l\u2019heure du dan\u00adger, les appa\u00adrentes rai\u00adsons s\u2019oublient, les fan\u00adt\u00f4mes d\u2019id\u00e9es s\u2019\u00e9vanouissent, mais ce qui reste chez tous, iden\u00adtique, c\u2019est l\u2019habitude de la dis\u00adci\u00adpline, le mou\u00adve\u00adment m\u00e9ca\u00adnique du tas\u00adse\u00adment et du ran\u00adge\u00adment pour une action col\u00adlec\u00adtive, c\u2019est, dans l\u2019oubli de la conscience indi\u00advi\u00adduelle, le sou\u00adve\u00adnir des gestes qui font mar\u00adcher en ordre pour ob\u00e9ir \u00e0 la&nbsp;loi.<\/p>\n<p>Jean Jau\u00adr\u00e8s n\u2019a pas d\u00e9m\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 de la Patrie qui l\u2019assassina. Le tri\u00adbun du socia\u00adlisme fran\u00ad\u00e7ais fut un patriote m\u00e9con\u00adnu. Assu\u00adr\u00e9\u00adment, si les poli\u00adti\u00adciens du natio\u00adna\u00adlisme avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois plus sou\u00adcieux du bien r\u00e9el de leur pays et plus intel\u00adli\u00adgents de la psy\u00adcho\u00adlo\u00adgie du socia\u00adlisme, ils n\u2019auraient pas fait assas\u00adsi\u00adner Jau\u00adr\u00e8s et si, leur amour-propre les e\u00fbt emp\u00ea\u00adch\u00e9s d\u2019adopter sa poli\u00adtique, ils eussent au moins, com\u00adpris que le fait accom\u00adpli de la guerre d\u00e9cla\u00adr\u00e9e entre l\u2019Allemagne et la France ne l\u2019aurait pas emp\u00ea\u00adch\u00e9 lui non plus de faire son \u00ab&nbsp;devoir de Fran\u00ad\u00e7ais&nbsp;\u00bb. Car Jean Jau\u00adr\u00e8s \u00e9tait un Fran\u00ad\u00e7ais, tout aus\u00adsi bien que M.&nbsp;Bar\u00adr\u00e9s ou M.&nbsp;Bunau-Varilla. Ses enne\u00admis poli\u00adtiques ont com\u00admis un crime inutile.<\/p>\n<p>Jean Jau\u00adr\u00e8s \u00e9tait Fran\u00ad\u00e7ais \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un m\u00e9ri\u00addio\u00adnal&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il accen\u00adtuait ter\u00adri\u00adble\u00adment les l\u00e9gers d\u00e9fauts de sa race. Il \u00e9tait \u00e9lo\u00adquent. Il savait admi\u00adra\u00adble\u00adment par\u00adler au public, parce qu\u2019il ne pen\u00adsait que pour lui par\u00adler. Mal\u00adgr\u00e9 les appa\u00adrences, ce tri\u00adbun socia\u00adliste appar\u00adte\u00adnait \u00e0 la m\u00eame tra\u00addi\u00adtion de pen\u00ads\u00e9e for\u00adma\u00adliste que Bru\u00adne\u00adti\u00e8re et Vic\u00adtor Cou\u00adsin. Mais il savait \u00eatre plus actuel que ces attar\u00add\u00e9s. D\u2019ailleurs son tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment gros\u00adsier le por\u00adtait plu\u00adt\u00f4t vers les suc\u00adc\u00e8s de la place que vers ceux de la chaire. C\u2019est pour\u00adquoi il sut \u00eatre de son temps et adap\u00adter aux id\u00e9es du jour les formes du pas\u00ads\u00e9. Jean Jau\u00adr\u00e8s me fai\u00adsait pen\u00adser \u00e0 Bos\u00adsuet. L\u2019ours de Car\u00admaux par\u00adlait aux bons citoyens de notre R\u00e9pu\u00adblique avec la m\u00eame fougue super\u00adbe\u00adment ora\u00adtoire, l\u2019identique ton de phra\u00ads\u00e9o\u00adlo\u00adgique pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtion que l\u2019aigle de Meaux employait pour \u00e9mou\u00advoir les \u00ab&nbsp;hon\u00adn\u00eates gens&nbsp;\u00bb de son si\u00e8cle. C\u2019est la m\u00eame magni\u00adfi\u00adcence de forme au ser\u00advice des lieux com\u00admuns. Du temps de Jau\u00adr\u00e8s, les lieux com\u00admuns ne hantent plus ni le ciel, ni Ver\u00adsailles. Ils sont des\u00adcen\u00addus \u00e0 la hau\u00adteur du ventre et sur le pav\u00e9 \u00e9lec\u00adto\u00adral. Les lieux com\u00admuns se sont d\u00e9mo\u00adcra\u00adti\u00ads\u00e9s, mais ils ne c\u2019en d\u00e9ve\u00adloppent pas moins \u00e9lo\u00adquem\u00adment dans la bouche des ora\u00adteurs et des \u00e9cri\u00advains qui les rehaussent de leur&nbsp;style.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui on parle et on \u00e9crit pour les gens civi\u00adli\u00ads\u00e9s et les bons citoyens comme au 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle on le fai\u00adsait pour les gens du monde, comme au 16<sup>e<\/sup> pour la Cour et comme au Moyen-\u00c2ge pour les clercs. C\u2019est tou\u00adjours le m\u00eame for\u00adma\u00adlisme qui fait se pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adper de par\u00adler comme il faut, et non comme l\u2019on veut, de res\u00adpec\u00adter l\u2019opinion des audi\u00adteurs et non sa propre pen\u00ads\u00e9e, de mode\u00adler son expres\u00adsion sur les sen\u00adti\u00adments g\u00e9n\u00e9\u00adraux d\u2019un moment social et non sur les intimes sen\u00adti\u00adments de l\u2019\u00e2me individuelle.<\/p>\n<p>For\u00adma\u00adlisme huma\u00adni\u00adtaire en ces temps de mer\u00adcan\u00adti\u00adlisme inter\u00adna\u00adtio\u00adnal qui s\u2019ouvrent devant nous, for\u00adma\u00adlisme natio\u00adnal aux \u00e9poques o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat social se cris\u00adtal\u00adli\u00adsait en id\u00e9o\u00adlo\u00adgie patrio\u00adtique, for\u00adma\u00adlisme mon\u00addain aux si\u00e8cles o\u00f9 une caste avait le triste pri\u00advi\u00adl\u00e8ge de repr\u00e9\u00adsen\u00adter la, publique opi\u00adnion, for\u00adma\u00adlisme sei\u00adgneu\u00adrial aux jours de la puis\u00adsance f\u00e9o\u00addale, for\u00adma\u00adlisme catho\u00adlique en ce Moyen-\u00c2ge o\u00f9 le cler\u00adg\u00e9 \u00e9tait seul \u00e0 pen\u00adser et \u00e0 lire, for\u00adma\u00adlisme aris\u00adto\u00adt\u00e9\u00adli\u00adcien en tous tempe, depuis Aris\u00adtote&nbsp;; car, en tous ces for\u00adma\u00adlismes, qu\u2019ils se d\u00e9nomment catho\u00adlique ou mon\u00addain ou natio\u00adna\u00adliste ou socia\u00adliste, \u00e9ga\u00adle\u00adment, je retrouve, en diverses appli\u00adca\u00adtions, la vieille logique, faus\u00adse\u00adment clas\u00adsi\u00adfi\u00adca\u00adtrice de l\u2019\u00e9ternelle sco\u00adlas\u00adtique&nbsp;; j\u2019y retrouve la m\u00eame croyance assas\u00adsine en un type id\u00e9al de l\u2019\u00eatre \u00e0 r\u00e9a\u00adli\u00adser uni\u00adfor\u00adm\u00e9\u00adment par tous les hommes. J\u2019y entends g\u00e9mir la m\u00eame plainte atroce de l\u2019esprit que l\u2019on empri\u00adsonne der\u00adri\u00e8re les bar\u00adreaux de la r\u00e8gle uni\u00adver\u00adselle. Dans toutes ces id\u00e9o\u00adlo\u00adgies, l\u2019id\u00e9al se nie \u00e0 chaque fois qu\u2019il veut s\u2019affirmer en lois pour la conduite des trou\u00adpeaux d\u2019hommes, parce qu\u2019il ne peut y vivre col\u00adlec\u00adti\u00adve\u00adment qu\u2019\u00e0 la condi\u00adtion de mou\u00adrir dans l\u2019\u00e2me de chaque indi\u00advi\u00addu qu\u2019il se soumet.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant pour qui pr\u00e9\u00adf\u00e8re renon\u00adcer \u00e0 la noble vie de la conscience pour l\u2019active incons\u00adcience du Monde social, ces id\u00e9o\u00adlo\u00adgies ont leur uti\u00adli\u00adt\u00e9. Elles sont les moteurs de la machine qui poussent en chaque engre\u00adnage la force et la r\u00e9gu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 de leurs fonc\u00adtions. Leur n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 se fait sur\u00adtout plus puis\u00adsante en cer\u00adtaines cir\u00adcons\u00adtances o\u00f9 le m\u00e9ca\u00adnisme social a besoin plus que jamais de toute son \u00e9ner\u00adgie et de toute sa pr\u00e9\u00adci\u00adsion, je veux dire en ces his\u00adto\u00adriques heures o\u00f9 il s\u2019entra\u00eene \u00e0 ne fonc\u00adtion\u00adner que pour le meurtre.<\/p>\n<p>Guerres ou r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions poli\u00adtiques n\u2019ont jamais man\u00adqu\u00e9 en France d\u2019id\u00e9ologues pour les atti\u00adser de leur \u00e9loquence.<\/p>\n<p>La \u00ab&nbsp;Grande guerre&nbsp;\u00bb, nous l\u2019avons vu, ne lais\u00adsa pas d\u2019enflammer les plus dilet\u00adtantes de nos plu\u00admi\u00adtifs afin d\u2019en faire d\u2019\u00e9pouvantables diables, sau\u00adtant et dan\u00adsant autour du petit feu de joie jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il pr\u00eet les pro\u00adpor\u00adtions d\u2019un bra\u00adsier d\u2019enfer. Il y eut les Lave\u00addan, les Capus, les Bour\u00adget, les de Flers, les Mau\u00adrice Don\u00adnay et les Mar\u00adcel Pr\u00e9\u00advost, l\u00e2chant leur plume \u00e0 cha\u00adtouiller les sexes pour empoi\u00adgner \u00e0 pleines mains, la fourche \u00e0 nour\u00adrir les flammes. Ce fut la guerre de 1870, qui por\u00adta aux nues ces deux \u00e9toiles de la troi\u00adsi\u00e8me R\u00e9pu\u00adblique&nbsp;: Thiers et Gam\u00adbet\u00adta, afin, d\u2019\u00e9clairer la route \u00e0 tous les lyc\u00e9ens de France en marche \u00e0 tra\u00advers les champs mal labou\u00adr\u00e9s de la culture g\u00e9n\u00e9\u00adrale comme autant de bons \u00e0 rien d\u00e9gui\u00ads\u00e9s en petits rois mages pro\u00admis depuis les temps \u00e0 la f\u00e9li\u00adci\u00adt\u00e9 sociale et fai\u00adsant route vers le Bar\u00adreau, cette Beth\u00adl\u00e9em de la poli\u00adti\u00adcaille\u00adrie r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaine, afin d\u2019y trou\u00adver en son ber\u00adceau de men\u00adsonge envi\u00adron\u00adn\u00e9 de rayons d\u2019or, le divin man\u00addat \u00e9lectoral.<\/p>\n<p>Avec la 3<sup>e<\/sup> R\u00e9pu\u00adblique, l\u2019avocat ne fai\u00adsait que s\u2019\u00e9panouir. M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 est l\u2019aboutissant de soixante ans de v\u00e9n\u00e9\u00adneuse flo\u00adrai\u00adson. Depuis 1789, l\u2019avocat s\u00e9vit en France comme un rat dans son fro\u00admage. La France et l\u2019avocat sont d\u00e9sor\u00admais ins\u00e9\u00adpa\u00adrables. Rien ne pour\u00adra jamais arra\u00adcher l\u2019un \u00e0 l\u2019autre. La France est l\u2019expression g\u00e9o\u00adgra\u00adphique de l\u2019avocat et l\u2019avocat est l\u2019humaine expres\u00adsion de la France. Ils forment, en leur rare sym\u00adbo\u00adlique r\u00e9ci\u00adproque, un tout que Charles Maur\u00adras, mal\u00adgr\u00e9 toute son intel\u00adli\u00adgence et sa har\u00addiesse, ne pour\u00adra jamais modi\u00adfier. S\u00e9pa\u00adrer la France de l\u2019avocat me semble plus impos\u00adsible encore que d\u2019arracher l\u2019Allemagne au Kaiser,<\/p>\n<p>L\u2019actuel avo\u00adcat qui r\u00e9git la France tient les r\u00eanes de son char avec une ma\u00ee\u00adtrise trop auto\u00adri\u00adtaire pour que nous puis\u00adsions l\u2019assimiler \u00e0 la mul\u00adti\u00adtude des inof\u00adfen\u00adsifs Trouillot qui peuplent les mares de la poli\u00adti\u00adcaille\u00adrie radi\u00adca\u00adlo-socia\u00adliste. Il n\u2019est pas un de ces innom\u00adbrables bons bougres d\u2019avocats qui font du par\u00adle\u00admen\u00adta\u00adrisme une ques\u00adtion de libre bavar\u00addage loin du s\u00e9v\u00e8re vis-\u00e0-vis de la Cour. L\u2019homme \u00e0 la face p\u00e2le ne rigole pas. Il ne ges\u00adti\u00adcule pas \u00e0 tort et \u00e0 tra\u00advers non plus, Poin\u00adca\u00adr\u00e9 n\u2019est pas le fils de Gam\u00adbet\u00adta, mais le dis\u00adciple de Royer-Col\u00adlard. Il est un <i>doc\u00adtri\u00adnaire<\/i>.<\/p>\n<p>Je sais bien que le ma\u00eetre du \u00ab&nbsp;doc\u00adtri\u00adna\u00adrisme&nbsp;\u00bb \u00e9tait un l\u00e9gi\u00adti\u00admiste et que M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 est Pr\u00e9\u00adsident de la R\u00e9pu\u00adblique. Mais cela n\u2019a rien de contra\u00addic\u00adtoire&nbsp;: les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments contem\u00adpo\u00adrains nous ont suf\u00adfi\u00adsam\u00adment mon\u00adtr\u00e9 qu\u2019un Chef d\u2019\u00c9tat peut, quand il sait le vou\u00adloir, exer\u00adcer son auto\u00adri\u00adt\u00e9 sur la nation aus\u00adsi indis\u00adcu\u00adta\u00adble\u00adment en r\u00e9gime r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain que sous le tsa\u00adrisme le plus souverain.<\/p>\n<p>Or, Royer-Col\u00adlard conci\u00adliait le droit du sou\u00adve\u00adrain avec ceux des par\u00adle\u00adments. En un style grave et morne, pr\u00e9\u00adcis et froid, sans pas\u00adsion et sans fan\u00adtai\u00adsie, cet avo\u00adcat deve\u00adnu pro\u00adfes\u00adseur de phi\u00adlo\u00adso\u00adphie \u00e0 la Sor\u00adbonne excel\u00adlait dans l\u2019art d\u2019accommoder en doc\u00adtrine phi\u00adlo\u00adso\u00adphique les com\u00admo\u00addi\u00adt\u00e9s de la bour\u00adgeoi\u00adsie. Sous le nom de \u00ab&nbsp;nou\u00adveau spi\u00adri\u00adtua\u00adlisme&nbsp;\u00bb cet \u00e9co\u00adno\u00admiste lib\u00e9\u00adral avait trou\u00adv\u00e9 moyen de se faire aimer des catho\u00adliques. Sa phi\u00adlo\u00adso\u00adphie ora\u00adtoire les ras\u00adsu\u00adrait sur les inten\u00adtions du si\u00e8cle. L\u2019\u00c9glise voyait avec plai\u00adsir cet homme de bon sens qui com\u00adpre\u00adnait enfin la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 de rat\u00adta\u00adcher le pro\u00adgr\u00e8s mat\u00e9\u00adriel au pro\u00adgr\u00e8s spi\u00adri\u00adtuel, la foi \u00e9co\u00adno\u00admique \u00e0 la foi catho\u00adlique, l\u2019administration du&nbsp; \u00ab&nbsp;bien public&nbsp;\u00bb au res\u00adpect de la divine auto\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;! Le gla\u00adcial d\u00e9pu\u00adt\u00e9 de la Marne fut le vrai p\u00e8re intel\u00adlec\u00adtuel du s\u00e9na\u00adteur de la Meuse. Royer-Col\u00adlard apprit \u00e0 Poin\u00adca\u00adr\u00e9 la bonne recette de toute gloire poli\u00adtique&nbsp;: l\u2019art d\u2019\u00eatre m\u00e9diocre avec&nbsp;\u00e9clat.<\/p>\n<p>Un autre ma\u00eetre de cette vieille Sor\u00adbonne, si ch\u00e8re au jeune Aga\u00adthon, dut, lui aus\u00adsi, par sa l\u00e9gende autant que par ses \u00e9crits, contri\u00adbuer \u00e0 la for\u00adma\u00adtion morale de l\u2019Homme \u00e0 la face p\u00e2le. Je veux par\u00adler de M.&nbsp;Gui\u00adzot qui n\u2019\u00e9tait pas non plus un rigo\u00adlo. L\u2019id\u00e9al de ce dog\u00adma\u00adtique ren\u00adfro\u00adgn\u00e9 qui avait la fran\u00adchise de n\u2019appeler rai\u00adson qu\u2019un ensemble choi\u00adsi des id\u00e9es qui conve\u00adnaient le plus \u00e0 l\u2019utilit\u00e9 de sa classe fut de trans\u00adfor\u00admer la France en une asso\u00adcia\u00adtion de riches bour\u00adgeois dont il serait le patron en chef. Pour ce gla\u00adcial monstre, rien ne comp\u00adtait que les affaires de son pays et tout homme n\u2019\u00e9tait \u00e0 ses yeux qu\u2019une infime pi\u00e8ce de la grande machine capi\u00adta\u00adliste. Aus\u00adsi \u00e9tait-il natu\u00adrel que son sys\u00adt\u00e8me poli\u00adtique com\u00adpor\u00adt\u00e2t au pre\u00admier plan l\u2019\u00e9nergique oppres\u00adsion des indi\u00advi\u00addua\u00adli\u00adt\u00e9s. Il n\u2019y man\u00adqua pas quand il en vint \u00e0 l\u2019application pra\u00adtique. Ayant \u00e0 la place de l\u2019\u00e2me un de ces qua\u00addri\u00adla\u00adt\u00e8res de roche que les juges et les pro\u00adcu\u00adreurs nomment leur conscience, il n\u2019aimait per\u00adsonne, pas m\u00eame les avo\u00adcats. Mais il savait le res\u00adpect des valeurs bud\u00adg\u00e9\u00adtaires. Aus\u00adsi sut-il \u00e0 la per\u00adfec\u00adtion vou\u00adloir le bien de son pays. M.&nbsp;Gui\u00adzot fut un excellent homme d\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>De la m\u00eame fa\u00e7on, il se mon\u00adtra un \u00e9cri\u00advain d\u2019ordre&nbsp;; d\u00e9dai\u00adgnant les indi\u00advi\u00adduelles mani\u00adfes\u00adta\u00adtions de la vie, et ne s\u2019int\u00e9ressant qu\u2019aux seules id\u00e9es assez g\u00e9n\u00e9\u00adrales pour ne pas per\u00admettre \u00e0 l\u2019individu de trou\u00adbler l\u2019ordre de la classe, et assez par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res pour ne pas sus\u00adci\u00adter de cri\u00adt\u00e9\u00adrium sup\u00e9\u00adrieur \u00e0 celui du concept de classe, M.&nbsp;Gui\u00adzot fit de l\u2019histoire comme il fai\u00adsait de la poli\u00adtique, en auto\u00adri\u00adtaire et en dog\u00adma\u00adtique, sou\u00admet\u00adtant aux \u00ab&nbsp;<i>lois morales<\/i>&nbsp;\u00bb les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments du pas\u00ads\u00e9 comme il y vou\u00adlait sou\u00admettre, par son action, les hommes de son&nbsp;temps.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi l\u2019\u00e9crivain par la force de sa logique d\u00e9mons\u00adtra\u00adtive, en habi\u00adtuant les cer\u00adveaux de ses com\u00adpa\u00adtriotes \u00e0 conce\u00advoir dans l\u2019histoire comme une n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 un ordre de faits qui n\u2019\u00e9tait que dans sa pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrence de doc\u00adtri\u00adnaire, pr\u00e9\u00adpa\u00adrait les citoyens \u00e0 accep\u00adter avec sou\u00admis\u00adsion dans la vie, les lois que le gou\u00adver\u00adnant leur des\u00adti\u00adnait. L\u2019historien, en Gui\u00adzot, n\u2019\u00e9tait que l\u2019auxiliaire de l\u2019homme d\u2019\u00c9tat. Gui\u00adzot \u00e9cri\u00advain fut a Gui\u00adzot poli\u00adti\u00adcien ce que fut, en 1912, Aga\u00adthon pour Poin\u00adca\u00adr\u00e9&nbsp;: un huis\u00adsier \u00e0 cha\u00eene d\u2019or pr\u00e9\u00adpa\u00adrant les voies de son ministre.<\/p>\n<p>La \u00ab&nbsp;grande&nbsp;\u00bb R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion eut du moins un m\u00e9rite&nbsp;: celui de ne pas lais\u00adser aux hommes poli\u00adtiques les loi\u00adsirs n\u00e9ces\u00adsaires pour deve\u00adnir des hommes de lettres. N\u2019ayant pas le temps d\u2019\u00e9crire, ils se conten\u00adt\u00e8rent de par\u00adler. Ain\u00adsi il n\u2019y eut que demi-mal&nbsp;: au lieu d\u2019\u00e9crire comme on parle, ils se conten\u00adt\u00e8rent de par\u00adler comme on \u00e9crit. Ils eurent la fran\u00adchise de n\u2019\u00eatre que des dis\u00adcou\u00adreurs et de ne pas pr\u00e9\u00adtendre au titre d\u2019\u00e9crivain. Mais, par mal\u00adheur, se trouve-t-il tou\u00adjours quelque per\u00adson\u00adnage d\u2019assez mau\u00advais go\u00fbt pour se per\u00admettre l\u2019ex\u00e9crable fac\u00e9\u00adtie de r\u00e9unir en recueil post\u00adhume les papiers d\u2019un ora\u00adteur, et c\u2019est pour\u00adquoi nous avons le d\u00e9sa\u00advan\u00adtage de pou\u00advoir juger de l\u2019\u0153uvre \u00e9crite de tous ces tyran\u00adniques bavards qui ne ces\u00ads\u00e8rent de remuer leurs langues p\u00e2teuses qu\u2019\u00e0 l\u2019heure du cou\u00adpe\u00adret. La guillo\u00adtine fut tou\u00adjours ignoble, mais je serais presque ten\u00adt\u00e9 de la trou\u00adver l\u2019une lai\u00addeur moins mons\u00adtrueuse en son\u00adgeant \u00e0 ces ins\u00adtants de sa car\u00adri\u00e8re o\u00f9 elle sut recon\u00adna\u00eetre les <i>siens<\/i> [[C\u2019est-\u00e0-dire ceux-l\u00e0 m\u00eame qui sur\u00adent la faire fonc\u00adtion\u00adner.]]. Notre \u00ab&nbsp;grande guerre&nbsp;\u00bb ne pos\u00ads\u00e8de m\u00eame pas une telle att\u00e9\u00adnua\u00adtion \u00e0 son hor\u00adreur. Non seule\u00adment ceux qui la vou\u00adlurent ne se contentent pas d\u2019en par\u00adler, et ne cessent d\u2019en \u00e9crire \u00e0 plume que veux-tu, en prose et en vers, et en tous lieux ind\u00e9\u00adcem\u00adment, mais encore h\u00e9las&nbsp;! ceux-l\u00e0 qui la chantent ne sont pas du tout ceux qu\u2019elle tue.<\/p>\n<p>Sem\u00adblable \u00e0 la \u00ab&nbsp;grande guerre&nbsp;\u00bb d\u2019aujourd\u2019hui, la \u00ab&nbsp;grande R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion&nbsp;\u00bb a fait ger\u00admer sur la d\u00e9com\u00adpo\u00adsi\u00adtion de toute pen\u00ads\u00e9e et de tout art indi\u00advi\u00adduels, les pires cham\u00adpi\u00adgnons de l\u2019\u00e9loquence sociale&nbsp;: phra\u00ads\u00e9o\u00adlo\u00adgie ron\u00adflante, apo\u00adlo\u00adgie du type fixe, para\u00adly\u00adsie g\u00e9n\u00e9\u00adrale de l\u2019imagination et de la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, apla\u00adtis\u00adse\u00adment de toute per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 devant la b\u00eatise triom\u00adphant en for\u00admu\u00adl\u00e9e abs\u00adtraites et en d\u00e9cla\u00adma\u00adtoires sen\u00adti\u00admen\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9s. Les mots pour les\u00adquels les citoyens le France s\u2019assassinaient il y a 125 ans, au chant de la <i>Car\u00adma\u00adgnole<\/i> \u00e9taient les m\u00eames au nom de quoi, en ao\u00fbt 1914, les pro\u00adl\u00e9\u00adtaires de l\u2019Europe par\u00adtirent sur les champs de bataille afin de s\u2019y entre\u00adtuer au chant de \u00ab&nbsp;l\u2019Internationale&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Droit&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Liber\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;rai\u00adson&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;jus\u00adtice&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;huma\u00adni\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;civi\u00adli\u00adsa\u00adtion&nbsp;\u00bb, tels furent jadis les iden\u00adtiques termes d\u2019\u00e9loquence dont se ser\u00advirent \u00e0 tour de r\u00f4le Mira\u00adbeau et Ver\u00adgniaud, Dan\u00adton et Marat et Robes\u00adpierre pour enflam\u00admer leurs foules \u00e0 1\u2019ivresse du meurtre et jus\u00adti\u00adfier leurs r\u00e9ci\u00adproques guillo\u00adti\u00adnades, telles sont encore les gran\u00addi\u00adlo\u00adquentes for\u00admules dont usent en leurs dis\u00adcours aus\u00adsi bien Guillaume&nbsp;<sc>ii<\/sc> que M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9, le tsar que le roi d\u2019Italie, Fran\u00ad\u00e7ois-Joseph que Georges d\u2019Angleterre, M.&nbsp;Briand que Beth\u00admann-Hol\u00adweg ou que Lord Asquith afin d\u2019en sou\u00adler les lamen\u00adtables trou\u00adpeaux d\u2019humanit\u00e9s en armes dont les r\u00e9ci\u00adproques \u00e9gor\u00adge\u00adments doivent ser\u00advir leurs obs\u00adcures com\u00adp\u00e9\u00adti\u00adtions mat\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Tou\u00adte\u00adfois, la plu\u00adpart des chefs de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ne firent pas que d\u00e9cr\u00e9\u00adter la guillo\u00adtine, ils durent aus\u00adsi \u00e0 leur tour y mon\u00adter. Certes, je ne leur trouve pas plus de m\u00e9rite \u00e0 en avoir \u00e9t\u00e9 les vic\u00adtimes que d\u2019en avoir \u00e9t\u00e9 les bour\u00adreaux, mais au moins cou\u00adrurent-ils quelque risque et ne firent-ils rien pour y \u00e9chap\u00adper. Jusqu\u2019\u00e0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, rien ne me fait pr\u00e9\u00adsa\u00adger que M.&nbsp;Poin\u00adca\u00adr\u00e9 ou son col\u00adl\u00e8gue Guillaume puissent mou\u00adrir \u00e0 la guerre. La France et l\u2019Allemagne ont trop besoin de leur d\u00e9co\u00adra\u00adtive \u00e9lo\u00adquence pour que l\u2019une ou l\u2019autre consente jamais \u00e0 les voir endos\u00adser la tunique du \u00ab&nbsp;poi\u00adlu en tran\u00adch\u00e9e&nbsp;\u00bb. Leur vie appar\u00adtient \u00e0 l\u2019\u00c9tat et\u2026 l\u2019\u00c9tat, c\u2019est&nbsp;eux&nbsp;!<\/p>\n<p>Ain\u00adsi pen\u00adsait aux temps de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion l\u2019un de ses rares chefs qui eut le talent de savoir en \u00eatre sans en mou\u00adrir. Mira\u00adbeau ne connut pas les dou\u00adceurs de la guillo\u00adtine. Il est vrai que ce r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire avait toute l\u2019\u00e9toffe d\u2019un homme d\u2019\u00c9tat. Il \u00e9tait poli\u00adti\u00adcien jusqu\u2019\u00e0 la moelle des os. Il savait embal\u00adler les foules en d\u00e9cla\u00admant avec fougue des dis\u00adcours qu\u2019il n\u2019\u00e9crivait pas. Il mobi\u00adli\u00adsa une cohorte de jeunes gens nour\u00adris de lati\u00adni\u00adt\u00e9s ora\u00adtoires afin d\u2019en faire les ouvriers de sa g\u00e9niale entre\u00adprise d\u2019\u00e9loquence popu\u00adlaire. Il avait l\u2019art d\u2019utiliser les capa\u00adci\u00adt\u00e9s&nbsp;; Mira\u00adbeau \u00e9tait un homme moderne. Briand lui res\u00adsemble \u00e0 peu pr\u00e8s de la m\u00eame fa\u00e7on que la hy\u00e8ne res\u00adsemble au&nbsp;tigre.<\/p>\n<p>Il y a chez ces deux b\u00eates la m\u00eame sou\u00adplesse de conscience au ser\u00advice de la m\u00eame force de cruau\u00adt\u00e9. Mira\u00adbeau, comme Briand, n\u2019avait que des app\u00e9\u00adtits mat\u00e9\u00adriels. Il n\u2019avait pas plus d\u2019\u00e2me qu\u2019un Aris\u00adtide. Rien en lui ne fonc\u00adtion\u00adnait que par une froide intel\u00adli\u00adgence cal\u00adcu\u00adla\u00adtrice au ser\u00advice de son ambi\u00adtion. Depuis son enfance jusqu\u2019\u00e0 sa vieillesse cet \u00eatre n\u2019aspirait qu\u2019\u00e0 jouir des biens de la vie sociale. Aus\u00adsi ne regar\u00adda-t-il pas aux moyens. Pour r\u00e9us\u00adsir, il n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 vendre sa conscience. Pas plus qu\u2019\u00e0 Briand il ne lui r\u00e9pu\u00adgna de se faire mou\u00adchard. Toute la dif\u00adf\u00e9\u00adrence entre les deux cra\u00adpules est que Mira\u00adbeau r\u00e9ser\u00adva la tra\u00adhi\u00adson pour le cou\u00adron\u00adne\u00adment de sa car\u00adri\u00e8re, tan\u00addis que Briand eu fit l\u2019aurore de sa vie poli\u00adtique. \u00c0 son z\u00e9nith il a la conduite de cette guerre. Cela pro\u00admet pour son couchant.<\/p>\n<p>Mais les \u00ab&nbsp;patriotes&nbsp;\u00bb de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion comme ceux de la grande guerre, ne se trou\u00adblaient pas pour de tels d\u00e9tails. Il leur suf\u00adfi\u00adsait que Mira\u00adbeau ou Dan\u00adton ou Marat ou Robes\u00adpierre eussent assez d\u2019\u00e9loquence pour les per\u00adsua\u00adder de la juste gran\u00addeur des crimes qu\u2019ils leur fai\u00adsaient com\u00admettre et assez d\u2019autorit\u00e9 pour repr\u00e9\u00adsen\u00adter \u00e0 leurs yeux l\u2019id\u00e9alisme r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>Les ora\u00adteurs r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires furent dans la tra\u00addi\u00adtion du for\u00adma\u00adlisme fran\u00ad\u00e7ais. Ils sont les dignes anc\u00eatres d\u2019Agathon et de ces aca\u00add\u00e9\u00admi\u00adciens com\u00admis-voya\u00adgeurs en droit anglais et en civi\u00adli\u00adsa\u00adtion latine que nous v\u00eemes de 1914 \u00e0 1916 par\u00adcou\u00adrir le monde en tour\u00adn\u00e9es de conf\u00e9\u00adrences. Ceux-ci comme ceux-l\u00e0 usaient d\u2019une phra\u00ads\u00e9o\u00adlo\u00adgie dont tous les arti\u00adfices ne ten\u00addaient qu\u2019\u00e0 une fin&nbsp;: impo\u00adser au cer\u00adveau de leurs foules l\u2019uniformit\u00e9 d\u2019un type social. Les chefs de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion par\u00adlaient du \u00ab&nbsp;bon citoyen-patriote&nbsp;\u00bb comme aujourd\u2019hui les chefs de la guerre se r\u00e9clament tous en leurs dis\u00adcours du fameux \u00ab&nbsp;homme de jus\u00adtice et de civi\u00adli\u00adsa\u00adtion&nbsp;\u00bb. Mais ce ne sont l\u00e0 que de vides for\u00admules. Der\u00adri\u00e8re ces masques d\u2019id\u00e9al car\u00adton repeint aux cou\u00adleurs du jour il y a la face de pour\u00adri\u00adture de la vieille mati\u00e8re. Ah&nbsp;! leur id\u00e9a\u00adlisme est tou\u00adjours la m\u00eame farce. Les cabo\u00adtins peuvent chan\u00adger et, avec eux, les arti\u00adfices. Mais l\u2019anarchiste ne s\u2019y trompe pas. Il voit au del\u00e0 de la sc\u00e8ne apr\u00e8s que la toile est tom\u00adb\u00e9e, et il y d\u00e9couvre la hideuse r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 sociale, tou\u00adjours la&nbsp;m\u00eame.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui \u00ab&nbsp;l\u2019homme de jus\u00adtice et de civi\u00adli\u00adsa\u00adtion&nbsp;\u00bb pare d\u2019abstractions g\u00e9n\u00e9\u00adreuses le groin de l\u2019homme d\u2019affaires\u200a\u2014\u200a\u00e2pre au gain sous toutes ses formes. Le \u00ab&nbsp;h\u00e9ros de l\u2019id\u00e9al huma\u00adni\u00adtaire&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;guer\u00adrier du droit&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;d\u00e9fen\u00adseur des petits peuples&nbsp;\u00bb autant de masques dont se pare la B\u00eate humaine \u00e0 l\u2019aurore du <sc>xx<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u200a\u2014\u200ala Brute orga\u00adni\u00ads\u00e9e et socia\u00adli\u00ads\u00e9e selon tous les pro\u00adgr\u00e8s de la Science pra\u00adtique. La \u00ab&nbsp;grande guerre&nbsp;\u00bb n\u2019est pas autre chose qu\u2019une ru\u00e9e de ventres g\u00e9o\u00adgra\u00adphi\u00adque\u00adment assem\u00adbl\u00e9s. Tel est le droit humain.<\/p>\n<p>La R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise de 1789 fut une affaire du m\u00eame genre. En ce temps-l\u00e0 le type-fixe n\u2019\u00e9tait pas le ventre\u200a\u2014\u200ac\u2019\u00e9tait la t\u00eate, mais cela n\u2019en valait gu\u00e8re mieux\u200a\u2014\u200acar la fonc\u00adtion c\u00e9r\u00e9\u00adbrale de l\u2019homme social n\u2019est en rien sup\u00e9\u00adrieure \u00e0 sa fonc\u00adtion diges\u00adtive. Un homme qui ne se pos\u00ads\u00e8de pas indi\u00advi\u00adduel\u00adle\u00adment, pense abso\u00adlu\u00adment comme il dig\u00e8re\u200a\u2014\u200aavec la m\u00eame incons\u00adcience uni\u00adfor\u00adm\u00e9\u00adment sou\u00admise \u00e0 un m\u00e9ca\u00adnisme col\u00adlec\u00adtif. Cepen\u00addant, tan\u00addis que nos hommes-ventre d\u2019aujourd\u2019hui ne se pr\u00e9\u00adoc\u00adcupent que de la quan\u00adti\u00adt\u00e9 des mati\u00e8res qu\u2019ils s\u2019arrachent, les hommes-t\u00eates d\u2019hier pr\u00e9\u00adten\u00addaient leur accor\u00adder quelque qua\u00adli\u00adt\u00e9. Aus\u00adsi se d\u00e9ca\u00adpi\u00adtaient-ils pour des ques\u00adtions de \u00ab&nbsp;pr\u00e9\u00ads\u00e9ance&nbsp;\u00bb au lieu de s\u2019\u00e9ventrer, comme nos contem\u00adpo\u00adrains, pour des ques\u00adtions de \u00ab&nbsp;b\u00e9n\u00e9\u00adfices&nbsp;\u00bb. Ain\u00adsi eurent-ils le masque du \u00ab&nbsp;bon citoyen&nbsp;\u00bb \u00e0 la place de celui de \u00ab&nbsp;bon civi\u00adli\u00ads\u00e9&nbsp;\u00bb et la Grande R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion eut l\u2019air de faire cou\u00adler tant de sang uni\u00adque\u00adment pour accor\u00adder \u00e0 tous les citoyens l\u2019\u00e9galit\u00e9 du droit poli\u00adtique. Cela nous sem\u00adble\u00adrait une bien grosse cause mat\u00e9\u00adrielle pour si peu d\u2019effet moral. Allons donc&nbsp;! levons le masque du \u00ab&nbsp;bon citoyen&nbsp;\u00bb et d\u00e9cou\u00advrons la face du bon bour\u00adgeois fai\u00adsant s\u2019assassiner des mil\u00adliers de jeunes hommes afin de trans\u00adf\u00e9\u00adrer \u00e0 son pro\u00adfit les \u00ab&nbsp;biens&nbsp;\u00bb tr\u00e8s mat\u00e9\u00adriels du noble et du moine. Tel est le droit r\u00e9publicain.<\/p>\n<p>La R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion avait affir\u00adm\u00e9 un nou\u00adveau type social. Par le sang et par le feu elle avait impo\u00ads\u00e9 aux hommes la forme dans laquelle ils devaient se mou\u00adler tous\u200a\u2014\u200acelle qu\u2019exigeaient les int\u00e9\u00adr\u00eats d\u2019une ascen\u00addante col\u00adlec\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9. Le droit r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain ne fut que le sanc\u00adtion\u00adne\u00adment de l\u2019ordre bour\u00adgeois suc\u00adc\u00e9\u00addant \u00e0 l\u2019ordre nobi\u00adliaire. Il s\u2019\u00e9difia sur les ruines du droit royal, mais sans man\u00adquer, pour sa construc\u00adtion, d\u2019en uti\u00adli\u00adser les \u00e9pars mat\u00e9\u00adriaux. La R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise n\u2019\u00e9tait qu\u2019un pro\u00adgr\u00e8s se r\u00e9a\u00adli\u00adsant avec brus\u00adque\u00adrie. Les termes s\u2019intervertissaient, mais l\u2019\u00e9quation res\u00adtait iden\u00adtique. Sous une forme neuve l\u2019ordre social conti\u00adnuait \u00e0 vivre \u00ab&nbsp;id\u00e9a\u00adle\u00adment&nbsp;\u00bb sur la mort de toute har\u00admo\u00adnie indi\u00advi\u00adduelle. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 la d\u00e9ca\u00addence du \u00ab&nbsp;bon sujet&nbsp;\u00bb ris\u00adquait de faire sur\u00adgir mira\u00adcu\u00adleu\u00adse\u00adment un indi\u00advi\u00addu en chaque homme, le \u00ab&nbsp;bon citoyen&nbsp;\u00bb naquit \u00e0 temps pour prendre, <i>de mains de ma\u00eetres<\/i>, ces pauvres \u00e2mes que les d\u00e9biles pha\u00adlanges du vieux type allaient aban\u00addon\u00adner \u00e0 leurs propres forces. En quelques coups de guillo\u00adtine 1790 r\u00e9gu\u00adla\u00adri\u00adsa la situa\u00adtion et ce que les deux Ter\u00adreurs ne purent faire, les 25 ans de mas\u00adsacres des guerres de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion et de l\u2019Empire y suf\u00adfirent ample\u00adment. Apr\u00e8s 1815, la France \u00e9tait m\u00fbre pour le droit r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain. La Res\u00adtau\u00adra\u00adtion ne fut qu\u2019un stage\u200a\u2014\u200aquelque chose dans le genre d\u2019une conva\u00adles\u00adcence d\u2019op\u00e9ration, une sorte de rel\u00e8\u00adve\u00adment de couches qui lui per\u00admit de prendre quelques forces aux r\u00eaves du pas\u00ads\u00e9 avant de se remettre au vigou\u00adreux r\u00e9gime du Progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Mais le \u00ab&nbsp;bon sujet&nbsp;\u00bb avait eu lui aus\u00adsi ses jours d\u2019adolescence. Il fut un temps o\u00f9 il se parait des sou\u00adrires de la jeu\u00adnesse et des chefs\u2011d\u2019\u0153uvre de la pen\u00ads\u00e9e. En ce temps-l\u00e0 il n\u2019\u00e9tait pas ce lamen\u00adtable g\u00e2teux nobi\u00adliaire trem\u00adblant de frousse aux chants de la \u00ab&nbsp;canaille&nbsp;\u00bb. Il redres\u00adsait un torse d\u2019ardeur sous les \u00ab&nbsp;fraises&nbsp;\u00bb du pour\u00adpoint et un jar\u00adret de m\u00e2le sous les den\u00adtelles du \u00ab&nbsp;jabot&nbsp;\u00bb. Il brillait \u00e0 l\u2019esprit et \u00e0 la guerre. Il \u00e9tait le triom\u00adpha\u00adteur des ruelles et des camps. Il \u00e9tait \u00e0 la cour&nbsp;; il \u00e9tait \u00e0 la ville et, quand il tra\u00adver\u00adsait les champs, tous s\u2019inclinaient devant sa puis\u00adsance. Il \u00e9tait le type social\u200a\u2014\u200aon disait alors <i>mon\u00addain<\/i>, mais cela revient au m\u00eame\u200a\u2014\u200ale mod\u00e8le vers lequel tous les \u00ab&nbsp;gens de bien&nbsp;\u00bb tour\u00adnaient des yeux d\u2019attention. Pour le r\u00e9a\u00adli\u00adser, tous s\u2019effor\u00e7aient&nbsp;; la machine de l\u2019\u00c9tat ne fonc\u00adtion\u00adnait que pour son bien-\u00eatre et les Lettres, en le res\u00adpec\u00adtant, ne ces\u00adsaient de l\u2019illustrer. Il avait sa phi\u00adlo\u00adso\u00adphie comme sa poli\u00adtique, comme son cr\u00e9\u00addit. Mais alors, en ces temps de flo\u00adrai\u00adson \u00e9pa\u00adnouie, il ne se disait pas le \u00ab&nbsp;bon sujet&nbsp;\u00bb. Il lui plai\u00adsait de se d\u00e9co\u00adrer du titre plus noble\u00adment g\u00e9n\u00e9\u00adral d\u2019\u00ab&nbsp;hon\u00adn\u00eate&nbsp;homme&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Au <sc>xvi<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle, on disait un \u00ab&nbsp;hon\u00adn\u00eate homme&nbsp;\u00bb abso\u00adlu\u00adment comme au <sc>xix<\/sc><sup>e<\/sup> on disait un \u00ab&nbsp;bon citoyen&nbsp;\u00bb et comme le <sc>xx<\/sc><sup>e<\/sup> si\u00e8cle dit un \u00ab&nbsp;homme libre&nbsp;\u00bb. Le droit humain suc\u00adc\u00e8de au droit r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain qui, lui-m\u00eame, a suc\u00adc\u00e9\u00add\u00e9 au droit royal, mais tout cela n\u2019est qu\u2019une ques\u00adtion de formes. Au fond, rien ne change du monde social&nbsp;; \u00ab&nbsp;homme civi\u00adli\u00ads\u00e9&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;bon citoyen&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;hon\u00adn\u00eate homme&nbsp;\u00bb, sont des syno\u00adnymes d\u2019un unique terme&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>l\u2019homme comme il faut<\/i>&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019homme selon les lois, r\u00e8gles et conven\u00adtions de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 de son temps, l\u2019homme selon le type\u200a\u2014\u200ale type fait homme\u200a\u2014\u200al\u2019\u00eatre humain comme il faut qu\u2019il soit s\u2019il ne veut pas mou\u00adrir de honte, de guillo\u00adtine ou de faim\u200a\u2014\u200al\u2019homme dres\u00ads\u00e9 selon les besoins du milieu social auquel il lui faut appar\u00adte\u00adnir s\u2019il n\u2019a pas le cou\u00adrage d\u2019entreprendre avec les forces de mati\u00e8re une lutte \u00e0 mort qui est pour\u00adtant la seule condi\u00adtion de la vie de son&nbsp;\u00e2me.<\/p>\n<p>[\/\u200bAndr\u00e9 <sc>Colo\u00admer<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<p>Extrait d\u2019un long ouvrage in\u00e9dit, \u00e9crit pen\u00addant la guerre (1915\u200a\u2013\u200a1916) et qui attend encore son \u00e9diteur.<\/p>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des na\u00effs auraient pu, avant cette guerre, s\u2019\u00e9tonner encore que des \u00e9cri\u00advains \u00ab&nbsp;r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaires&nbsp;\u00bb aient pu avoir une si consi\u00add\u00e9\u00adrable influence sur la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtique fille de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion. J\u2019esp\u00e8re que le ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne de \u00ab&nbsp;l\u2019Union sacr\u00e9e&nbsp;\u00bb aura suf\u00adfi\u00adsam\u00adment d\u00e9mon\u00adtr\u00e9 qu\u2019il y a en France, au del\u00e0 des appa\u00adrentes et \u00e9ph\u00e9\u00adm\u00e8res dif\u00adf\u00e9\u00adrences de par\u00adtis, une com\u00admune et&nbsp;vague&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[458],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-3765","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-la-revue-anarchiste-na18-juillet-1923"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3765","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3765"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3765\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3765"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3765"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3765"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3765"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}