{"id":3908,"date":"1937-10-16T00:00:28","date_gmt":"1937-10-16T00:00:28","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2019\/04\/11\/memoires-dun-libertaire-chapitre-vii\/"},"modified":"2025-07-20T01:34:13","modified_gmt":"2025-07-20T01:34:13","slug":"memoires-dun-libertaire-chapitre-vii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1937\/10\/16\/memoires-dun-libertaire-chapitre-vii\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d\u2019un libertaire \u2013 Chapitre VII"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<h6 style=\"text-align: center;\">VII<br>\nLe lendemain du 4 septembre.<\/h6>\n<div style=\"text-indent: 1cm;\">\n<p>Lis\u00adsa\u00adga\u00adray, dans sa superbe <i>His\u00adtoire de la com\u00admune<\/i>, a tr\u00e8s exac\u00adte\u00adment retra\u00adc\u00e9, en m\u00eame temps que la marche des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments, l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019es\u00adprit durant la tra\u00adgique \u00e9po\u00adp\u00e9e de 1870\u200a\u2013\u200a1871.Paris avait accom\u00adpli la moins san\u00adglante des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions. Les sou\u00adte\u00adneurs du r\u00e9gime \u00e9crou\u00adl\u00e9 \u00e9taient en fuite pour la plu\u00adpart&nbsp;; nulles repr\u00e9\u00adsailles ne furent exer\u00adc\u00e9es contre ceux qui res\u00adtaient. Huma\u00adni\u00adta\u00adrisme qui, sans doute, fut un tort&nbsp;! Dix-huit ann\u00e9es de des\u00adpo\u00adtisme orgiaque, le r\u00e8gne du casse-t\u00eate poli\u00adcier, du sabre et du gou\u00adpillon, le Mexique, Men\u00adta\u00adna, appe\u00adlaient des sanc\u00adtions. Les tyran\u00adneaux de la veille se fai\u00adsaient petits&nbsp;; n\u2019\u00e9\u00adtant point inqui\u00e9\u00adt\u00e9s, ils purent, tout en chan\u00adgeant d\u2019\u00e9\u00adti\u00adquette, pour se dire \u00ab&nbsp;hommes d\u2019ordre&nbsp;\u00bb, r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains hon\u00adn\u00eates et mod\u00e9\u00adr\u00e9s, com\u00adplo\u00adter l\u2019\u00e9\u00adtran\u00adgle\u00adment de la r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les gens de l\u2019H\u00f4\u00adtel de Ville, \u00e0 l\u2019ex\u00adcep\u00adtion d\u2019une infime mino\u00adri\u00adt\u00e9, cher\u00adchaient d\u00e9j\u00e0 leur appui dans la bour\u00adgeoi\u00adsie, se d\u00e9fiant du m\u00eame peuple qui les avait envoy\u00e9s au Par\u00adle\u00adment, d\u2019o\u00f9 ils venaient de se jucher au pou\u00advoir. Ernest Picard, dont le jour\u00adnal l\u2019<em>\u00c9lec\u00adteur libre<\/em>, avait coqu\u00e9\u00adt\u00e9 avec l\u2019Em\u00adpire&nbsp;; Jules Favre, Jules Fer\u00adry, poli\u00adti\u00adciens aspi\u00adrant au r\u00f4le d\u2019hommes d\u2019\u00c9\u00adtat, qui ne connais\u00adsaient le peuple qu\u2019aux jours d\u2019\u00e9\u00adlec\u00adtion&nbsp;; Jules Simon, dont le bagage socio\u00adlo\u00adgique se bor\u00adnait \u00e0 un livre lit\u00adt\u00e9\u00adraire, <i>L\u2019Ou\u00advri\u00e8re<\/i>, et qui avait pous\u00ads\u00e9 une recon\u00adnais\u00adsance rapide sur l\u2019In\u00adter\u00adna\u00adtio\u00adnale, pour se replier aus\u00adsi\u00adt\u00f4t dans le camp de la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie bour\u00adgeoise, n\u2019a\u00advaient rien de com\u00admun avec ces grands pas\u00adsion\u00adn\u00e9s qui \u00e9pousent la cause de la masse mis\u00e9\u00adreuse et lui sacri\u00adfient leur exis\u00adtence. Leurs col\u00adl\u00e8gues Gar\u00adnier-Pag\u00e8s et Glais-Bizoin, assez ind\u00e9\u00adpen\u00addants, man\u00adquaient de s\u00e8ve et de pres\u00adtige. Eug\u00e8ne Pel\u00adle\u00adtan, avec de bonnes inten\u00adtions, demeu\u00adrait effa\u00adc\u00e9. Quant au g\u00e9n\u00e9\u00adral Tro\u00adchu, gou\u00adver\u00adneur de Paris et pr\u00e9\u00adsident du nou\u00adveau gou\u00adver\u00adne\u00adment, orl\u00e9a\u00adniste\u200a\u2014\u200ace qui ne l\u2019a\u00advait pas emp\u00ea\u00adch\u00e9 de ser\u00advir l\u2019Em\u00adpire\u200a\u2014\u200aet, avant tout, cl\u00e9\u00adri\u00adcal, il se pr\u00e9\u00adpa\u00adrait \u00e0 pla\u00adcer Paris sous la pro\u00adtec\u00adtion de sainte Gene\u00advi\u00e8ve, pi\u00e8tre moyen de d\u00e9fense contre les krupps prussiens&nbsp;!<\/p>\n<p>Roche\u00adfort et Gam\u00adbet\u00adta, par contre, ins\u00adpi\u00adraient confiance. Mais ce der\u00adnier par\u00adtit en bal\u00adlon le 8 octobre, pour rejoindre \u00e0 Tours Glais-Bizooin, Cr\u00e9\u00admieux et l\u2019a\u00admi\u00adral Fou\u00adri\u00adchon, char\u00adg\u00e9s d\u2019or\u00adga\u00adni\u00adser la d\u00e9fense en pro\u00advince. D\u00e9part qui fut salu\u00e9 comme un envoi vers l\u2019es\u00adp\u00e9\u00adrance et la vic\u00adtoire&nbsp;! D\u00e8s lors, le pam\u00adphl\u00e9\u00adtaire se trou\u00adva majo\u00adri\u00ads\u00e9 par ses col\u00adl\u00e8gues qui s\u2019empress\u00e8rent de l\u2019an\u00adni\u00adhi\u00adler dans les fonc\u00adtions d\u00e9ri\u00adsoires de direc\u00adteur des bar\u00adri\u00adcades. Des bar\u00adri\u00adcades&nbsp;! \u00c0 quoi eussent-elles ser\u00advi contre un enne\u00admi deve\u00adnu ma\u00eetre des forts et de la pre\u00admi\u00e8re enceinte&nbsp;?<\/p>\n<p>Il serait injuste de ran\u00adger dans cette majo\u00adri\u00adt\u00e9 d\u2019im\u00adpuis\u00adsants, plus effray\u00e9s de la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019une R\u00e9pu\u00adblique sociale que du triomphe de la Prusse, fai\u00adsant la loi \u00e0 l\u2019Eu\u00adrope, Dorian, ministre des Tra\u00advaux publics. Lui, prit son r\u00f4le au s\u00e9rieux, se sur\u00adme\u00adna pour orga\u00adni\u00adser des fon\u00adde\u00adries de can\u00adnons et, fina\u00adle\u00adment mou\u00adrut \u00e0 la&nbsp;t\u00e2che.<\/p>\n<p>Ces canons, c\u2019\u00e9\u00adtait le peuple de Paris qui les payait de ses gros sous. Dans les jour\u00adnaux et par\u00adtout des sous\u00adcrip\u00adtions s\u2019ouvraient.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9\u00adlan pour la d\u00e9fense \u00e9tait una\u00adnime. Dans les jour\u00adnaux les plus avan\u00adc\u00e9s, dans ceux qui exis\u00adtaient d\u00e9j\u00e0 comme <i>Le Rap\u00adpel<\/i> et <i>Le R\u00e9veil<\/i>, dans ceux qui avaient sur\u00adgi, comme <i>Le Com\u00adbat<\/i> de F\u00e9lix Pyat, et <i>La Patrie en dan\u00adger<\/i>, de Blan\u00adqui, on pr\u00ea\u00adchait l\u2019u\u00adnion sous le dra\u00adpeau de la R\u00e9pu\u00adblique fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Et, pour\u00adtant, les v\u00e9t\u00e9\u00adrans de la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie sociale et r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, ceux qui avaient vu Juin 48 et le 2 D\u00e9cembre, ne pou\u00advaient gu\u00e8re se faire d\u2019illu\u00adsions sur les hommes de l\u2019H\u00f4\u00adtel de Ville. Les pros\u00adcrits de l\u2019Em\u00adpire, Ledru-Rol\u00adlin, Louis Blanc, Edgard Qui\u00adnet, Sch\u0153l\u00adcher, Vic\u00adtor Hugo, \u00e9taient ren\u00adtr\u00e9s, aur\u00e9o\u00adl\u00e9s de pres\u00adtige, certes, mais vieillis, ayant \u00e9pui\u00ads\u00e9 toute leur s\u00e8ve. Vic\u00adtor Hugo qui, main\u00adte\u00adnant, rehaus\u00adsait sa gloire lit\u00adt\u00e9\u00adraire en arbo\u00adrant le k\u00e9pi de garde natio\u00adnal, demeu\u00adrait Olym\u00adpio, le po\u00e8te superbe des <i>Ch\u00e2\u00adti\u00adments<\/i> et de la <i>L\u00e9gende des Si\u00e8cles<\/i>&nbsp;; mais ce n\u2019\u00e9\u00adtaient pas avec des strophes, si enflam\u00adm\u00e9es fussent-elles, qu\u2019on eut pu domi\u00adner la situation.<\/p>\n<p>Je fai\u00adsais ma nour\u00adri\u00adture spi\u00adri\u00adtuelle des jour\u00adnaux qu\u2019a\u00adche\u00adtait mon p\u00e8re. Chaque jour je d\u00e9gus\u00adtais suc\u00adces\u00adsi\u00adve\u00adment Vac\u00adque\u00adrie, F\u00e9lix Pyat, Deles\u00adcluze et Blan\u00adqui. Mal\u00adgr\u00e9 mon ima\u00adgi\u00adna\u00adtion tr\u00e8s sici\u00adlienne, por\u00adt\u00e9e aux choses peu ordi\u00adnaires, mes treize ans ne lais\u00adsaient pas de s\u2019\u00e9\u00adton\u00adner lorsque je voyais <i>Le Com\u00adbat <\/i>ouvrir une sous\u00adcrip\u00adtion pour le don d\u2019un fusil d\u2019hon\u00adneur \u00e0 celui qui tue\u00adrait le roi de Prusse. Comme si les monarques de nos jours expo\u00adsaient leur pr\u00e9\u00adcieuse peau sur les champs de bataille&nbsp;?<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, si F\u00e9lix Pyat cise\u00adlait avec un soin d\u2019ar\u00adtiste les phrases gran\u00addi\u00adlo\u00adquentes et sonores, se mon\u00adtrant roman\u00adtique en poli\u00adtique comme en lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, son jour\u00adnal, durant le pre\u00admier si\u00e8ge, don\u00adna tou\u00adjours la bonne note. Celle que don\u00adnaient en lan\u00adgage clair, vigou\u00adreux et path\u00e9\u00adtique, <i>Le R\u00e9veil<\/i> et <i>La Patrie en dan\u00adger<\/i>. Dans ce der\u00adnier jour\u00adnal, Blan\u00adqui mon\u00adtrait avec une remar\u00adquable science mili\u00adtaire, bien sup\u00e9\u00adrieure \u00e0 celle des offi\u00adciers de salon du Second Empire et du sacris\u00adtain Tro\u00adchu, les moyens de d\u00e9fense que pos\u00ads\u00e9\u00addait&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Ces moyens \u00e9taient immenses. Outre la gar\u00adni\u00adson de la capi\u00adtale, \u00e0 laquelle \u00e9taient venus s\u2019ad\u00adjoindre les 35.000 hommes du corps Vinoy, non englo\u00adb\u00e9s dans le d\u00e9sastre de Sedan, 16.000 marins r\u00e9par\u00adtis dans les forts cou\u00advrant Paris, 50.000 gardes mobiles de la Seine, plus de 100.000 mobiles des autres d\u00e9par\u00adte\u00adments et la garde nationale.<\/p>\n<p>La garde natio\u00adnale, c\u2019\u00e9\u00adtait tout le peuple de Paris et non plus une petite pha\u00adlange de boutiquiers.<\/p>\n<p>D\u00e8s la pro\u00adcla\u00adma\u00adtion de la R\u00e9pu\u00adblique, mon p\u00e8re, retrou\u00advant ses ardeurs de jeu\u00adnesse r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire\u200a\u2014\u200al\u2019a\u00advaient-elles jamais quit\u00adt\u00e9&nbsp;?\u200a\u2014\u200as\u2019\u00e9\u00adtait enr\u00f4\u00adl\u00e9 dans cette milice citoyenne&nbsp;: simple garde au 160<sup>e<\/sup> bataillon. De m\u00eame, les autres \u00e9tran\u00adgers habi\u00adtant Paris se fai\u00adsaient un devoir de concou\u00adrir \u00e0 la d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Force popu\u00adlaire qui dans ses deux cat\u00e9\u00adgo\u00adries&nbsp;: les bataillons de marche et les s\u00e9den\u00adtaires, pou\u00advait, au bas mot, chif\u00adfrer 300.000 hommes<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"0000000057fb6d4e000000000cd35a1d_3908\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-0000000057fb6d4e000000000cd35a1d_3908-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-0000000057fb6d4e000000000cd35a1d_3908-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Exac\u00adte\u00adment, d\u2019a\u00adpr\u00e8s les sta\u00adtis\u00adtiques, 313.000.<\/span>.<\/p>\n<p>\u00c0 qui ferait-on croire que, sur plus de 300.000 hommes vivant dans l\u2019at\u00admo\u00adsph\u00e8re \u00e9lec\u00adtri\u00ads\u00e9e de Paris, on n\u2019en e\u00fbt pas pu trou\u00adver au moins 100.000 capables de s\u2019a\u00adjou\u00adter effi\u00adca\u00adce\u00adment en ligne de bataille \u00e0 la garde mobile et aux r\u00e9gu\u00adliers&nbsp;? Soit envi\u00adron 400.000 bons com\u00adbat\u00adtants \u00e0 oppo\u00adser aux Alle\u00admands qui, devant Paris, ne furent le plus sou\u00advent que 120.000 et jamais plus de 180.000.<\/p>\n<p>Les Alle\u00admands, eux, s\u2019approchaient. D\u00e8s le len\u00adde\u00admain du 4 sep\u00adtembre, alors que la popu\u00adla\u00adtion fr\u00e9\u00admis\u00adsante d\u2019enthousiasme et s\u00fbre que la Troi\u00adsi\u00e8me R\u00e9pu\u00adblique allait renou\u00adve\u00adler les miracles de la pre\u00admi\u00e8re, se pr\u00e9\u00adpa\u00adrait sto\u00ef\u00adque\u00adment \u00e0 la lutte, des trains bon\u00add\u00e9s empor\u00adtaient loin de la capi\u00adtale des trou\u00adpeaux affo\u00adl\u00e9s de fuyards. Riches pri\u00advi\u00adl\u00e9\u00adgi\u00e9s, oisifs, indo\u00adlentes pou\u00adp\u00e9es, noceurs et noceuses pour les\u00adquels les dix-huit ans de r\u00e9gime imp\u00e9\u00adrial n\u2019avaient \u00e9t\u00e9 qu\u2019une f\u00eate inin\u00adter\u00adrom\u00adpue, s\u2019envolaient de ce Paris pr\u00eat \u00e0 se trans\u00adfor\u00admer de ville de plai\u00adsir en camp retranch\u00e9.<\/p>\n<p>Je devais revoir le m\u00eame exode qua\u00adrante-quatre ans plus&nbsp;tard&nbsp;!<\/p>\n<p>Tan\u00addis que la bour\u00adgeoi\u00adsie dor\u00e9e s\u2019enfuyait, le peuple res\u00adtait&nbsp;: il ne pos\u00ads\u00e9\u00addait que sa vie et ne crai\u00adgnait pas de la perdre.<\/p>\n<p>En h\u00e2te, le gou\u00adver\u00adne\u00adment fai\u00adsait ren\u00adtrer dans Paris des trou\u00adpeaux, des appro\u00advi\u00adsion\u00adne\u00adments. Il n\u2019y avait pas de temps \u00e0 gas\u00adpiller. Chaque jour, devant l\u2019avance prus\u00adsienne, les com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtions de la capi\u00adtale avec la pro\u00advince dimi\u00adnuaient&nbsp;: le cercle se resserrait.<\/p>\n<p>Le 11 sep\u00adtembre, les Alle\u00admands entraient \u00e0&nbsp;Meaux.<\/p>\n<p>Per\u00adsonne, dans la popu\u00adla\u00adtion, ne sup\u00adpo\u00adsait que le si\u00e8ge de Paris p\u00fbt \u00eatre de longue dur\u00e9e. Mes parents s\u2019\u00e9taient appro\u00advi\u00adsion\u00adn\u00e9s pour un mois&nbsp;: cet appro\u00advi\u00adsion\u00adne\u00adment ne devait \u00eatre qu\u2019un d\u00e9jeu\u00adner de soleil, si l\u2019on peut dire. Au pre\u00admier \u00e9tage de notre mai\u00adson nous avions pour voi\u00adsins une famille tr\u00e8s sym\u00adpa\u00adthique et que le mal\u00adheur des temps ren\u00addait peu for\u00adtu\u00adn\u00e9e. Nous par\u00adta\u00adge\u00e2mes fra\u00adter\u00adnel\u00adle\u00adment avec elle ces den\u00adr\u00e9es ali\u00admen\u00adtaires, qui consis\u00adtaient sur\u00adtout en p\u00e2tes, farine et l\u00e9gumes secs (les conserves \u00e9taient encore choses insoup\u00ad\u00e7on\u00adn\u00e9es). Aus\u00adsi les\u00addites den\u00adr\u00e9es ne furent-elles bien\u00adt\u00f4t qu\u2019un souvenir.<\/p>\n<p>Cette famille Cha\u00admois comp\u00adtait quatre per\u00adsonnes&nbsp;: un mari, jeune encore, lieu\u00adte\u00adnant dans l\u2019arm\u00e9e de Paris, d\u2019esprit ind\u00e9\u00adpen\u00addant et socia\u00adliste, sa femme, sa m\u00e8re et une char\u00admante fillette, moins \u00e2g\u00e9e que moi de quelques ann\u00e9es. Nos bal\u00adcons se tou\u00adchaient, s\u00e9pa\u00adr\u00e9s seule\u00adment par des bar\u00adreaux \u00e0 tra\u00advers les\u00adquels les mains pou\u00advaient s\u2019unir. Je n\u2019avais pas lu <i>Rom\u00e9o et Juliette<\/i>, mais je sen\u00adtais confu\u00ads\u00e9\u00adment s\u2019\u00e9baucher une idylle pr\u00e9\u00adcoce au milieu de la tra\u00adg\u00e9\u00addie des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Petite H\u00e9l\u00e8ne, qu\u2019\u00eates vous deve\u00adnue depuis plus d\u2019un demi-si\u00e8cle&nbsp;? Dans la suc\u00adces\u00adsion des sou\u00adcis ou des drames de la vie, vous \u00eates-vous rap\u00adpe\u00adl\u00e9 quel\u00adque\u00adfois votre voi\u00adsin de l\u2019Ann\u00e9e ter\u00adrible&nbsp;? \u00cates-vous encore de ce&nbsp;monde&nbsp;?<\/p>\n<p>Le pre\u00admier com\u00adbat livr\u00e9 devant Paris eut lieu le 19 sep\u00adtembre. L\u2019arm\u00e9e prus\u00adsienne se diri\u00adgeant au sud-ouest, sur Ver\u00adsailles, pour en faire sa base d\u2019op\u00e9rations, d\u00e9bou\u00adcha brus\u00adque\u00adment sur le pla\u00adteau de Ch\u00e2\u00adtillon occu\u00adp\u00e9 par des lignards et des zouaves. Ceux-ci, jeunes recrues qui n\u2019avaient rien de com\u00admun avec les \u00ab&nbsp;cha\u00adcals&nbsp;\u00bb d\u2019Afrique, prirent peur et se d\u00e9ban\u00add\u00e8rent. La redoute \u00e9bau\u00adch\u00e9e du pla\u00adteau qui domine la capi\u00adtale se trou\u00adva, sans coup f\u00e9rir, au pou\u00advoir des Alle\u00admands, qui ne per\u00addirent point de temps pour y \u00e9ta\u00adblir des bat\u00adte\u00adries. Ce furent ces krupps qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre achar\u00adn\u00e9s sur les forts du sud, bom\u00adbar\u00add\u00e8rent Paris, fai\u00adsant pleu\u00advoir leurs obus de pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrence sur notre 5<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment&nbsp;: le d\u00f4me du Pan\u00adth\u00e9on \u00e9tait pour eux un admi\u00adrable point de&nbsp;mire.<\/p>\n<p>La d\u00e9ban\u00addade des zouaves indi\u00adgna et exas\u00adp\u00e9\u00adra. Ces fuyards d\u00e9sho\u00adno\u00adraient un corps \u00e0 la r\u00e9pu\u00adta\u00adtion l\u00e9gen\u00addaire&nbsp;! Un grand nombre d\u2019entre eux furent arr\u00ea\u00adt\u00e9s aux portes de Paris par les gardes natio\u00adnaux, qui eurent \u00e0 les pro\u00adt\u00e9\u00adger contre la col\u00e8re de la popu\u00adla\u00adtion. Je me rap\u00adpelle avoir vu, place de la Concorde, quelques lignards qui avaient c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la panique et qu\u2019on emme\u00adnait pri\u00adson\u00adniers \u00e0 la place, le k\u00e9pi et la tunique retour\u00adn\u00e9s, un \u00e9cri\u00adteau infa\u00admant pla\u00adcar\u00add\u00e9 sur la poi\u00adtrine. Pauvres gens&nbsp;! Ont-ils \u00e9t\u00e9 fusill\u00e9s pour avoir c\u00e9d\u00e9 \u00e0 un irr\u00e9\u00adsis\u00adtible ins\u00adtinct de conservation&nbsp;?<\/p>\n<p>Je n\u2019ai pas, ici, \u00e0 d\u00e9crire les op\u00e9\u00adra\u00adtions mili\u00adtaires du si\u00e8ge de Paris. H\u00e9las&nbsp;! elles furent, du c\u00f4t\u00e9 des chefs de la d\u00e9fense natio\u00adnale (qui ne sur\u00adent rien d\u00e9fendre), si d\u00e9ri\u00adsoires que m\u00eame un gar\u00ad\u00e7on\u00adnet de treize ans \u00e9tait for\u00adc\u00e9 d\u2019en aper\u00adce\u00advoir l\u2019insuffisance et le d\u00e9cousu.<\/p>\n<p>On peut dire que toute la popu\u00adla\u00adtion pari\u00adsienne, femmes, enfants, vieillards, comme adultes, n\u2019avait qu\u2019une \u00e2me pour r\u00e9sis\u00adter. Un jour\u00adnal publia, une fois, un article sign\u00e9 Hen\u00adri Bauer, qui m\u2019enthousiasma. L\u2019\u00e9crivain, tout jeune alors, auquel l\u2019avenir pr\u00e9\u00adpa\u00adrait des vicis\u00adsi\u00adtudes poli\u00adtiques et une noto\u00adri\u00e9\u00adt\u00e9 lit\u00adt\u00e9\u00adraire&nbsp;; pr\u00e9\u00adco\u00adni\u00adsait la for\u00adma\u00adtion d\u2019un corps de volon\u00adtaires de douze \u00e0 quinze ans. J\u2019en avais treize, tout r\u00e9cem\u00adment son\u00adn\u00e9s&nbsp;: je vou\u00adlus aus\u00adsi\u00adt\u00f4t m\u2019enr\u00f4ler par\u00admi ces guer\u00adriers imberbes.<\/p>\n<p>Le corps en ques\u00adtion ne vit pas le jour. Mon p\u00e8re cal\u00adma mes regrets en m\u2019annon\u00e7ant que Gari\u00adbal\u00addi, qui venait mettre son \u00e9p\u00e9e \u00e0 la dis\u00adpo\u00adsi\u00adtion de la R\u00e9pu\u00adblique fran\u00ad\u00e7aise, ferait appel \u00e0 des volon\u00adtaires, sans trop se mon\u00adtrer exi\u00adgeant sur l\u2019\u00e2ge. Avec le h\u00e9ros de Mar\u00adsa\u00adla pour chef, mes vis\u00e9es \u00e9piques seraient \u00e9vi\u00addem\u00adment combl\u00e9es.<\/p>\n<p>Par mal\u00adheur pour moi, Gari\u00adbal\u00addi, d\u00e9bar\u00adqu\u00e9 \u00e0 Mar\u00adseille, ne vint pas \u00e0 Paris. Gam\u00adbet\u00adta l\u2019envoya dans l\u2019Est o\u00f9, avec ses deux fils, Menot\u00adti et Ric\u00adciot\u00adti, son gendre Can\u00adzio et un noyau de \u00ab&nbsp;che\u00admises rouges&nbsp;\u00bb, ren\u00adfor\u00adc\u00e9s de quelques corps francs, le g\u00e9n\u00e9\u00adral popu\u00adlaire, ha\u00ef des g\u00e9n\u00e9\u00adraux de sacris\u00adtie, cr\u00e9a la petite arm\u00e9e des Vosges, qui cou\u00advrit la Bourgogne.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais pas eu besoin de res\u00adpi\u00adrer l\u2019atmosph\u00e8re sur\u00adchauf\u00adf\u00e9e d\u2019une capi\u00adtale assi\u00e9\u00adg\u00e9e pour sen\u00adtir s\u2019\u00e9veiller en moi des effer\u00adves\u00adcences \u00e9piques. D\u00e8s l\u2019enfance, mon ima\u00adgi\u00adna\u00adtion sici\u00adlienne s\u2019enflamma pour les h\u00e9ros antiques et les pala\u00addins. Le pieux \u00c9n\u00e9e (je n\u2019avais encore lu Vir\u00adgile que tra\u00adduit en vers fran\u00ad\u00e7ais par Delille) me fai\u00adsait b\u00e2iller, certes, mais Dio\u00adm\u00e8de et Renaud de Mon\u00adtau\u00adban demeu\u00adraient mes grands favo\u00adris. Aimant pas\u00adsion\u00adn\u00e9\u00adment la lec\u00adture, je d\u00e9vo\u00adrais dans leurs tra\u00adduc\u00adtions <i>l\u2019Iliade<\/i>, l\u2019<i>Odys\u00ads\u00e9e<\/i>, <i>Roland furieux<\/i>, la <i>J\u00e9ru\u00adsa\u00adlem d\u00e9li\u00advr\u00e9e<\/i>. Quant au <i>Para\u00addis per\u00addu<\/i>, je lui pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrais net\u00adte\u00adment les romans de Paul de Kock. Toute ma vie, d\u2019ailleurs, j\u2019ai res\u00adsen\u00adti le besoin d\u2019une diver\u00adsi\u00adt\u00e9 d\u2019impression et, plus tard, je n\u2019ai pu \u00e9crire une \u0153uvre s\u00e9rieuse sans \u00eatre pous\u00ads\u00e9 aus\u00adsi\u00adt\u00f4t \u00e0 en \u00e9crire une autre de carac\u00adt\u00e8re humo\u00adris\u00adtique. Ten\u00adsion et d\u00e9tente&nbsp;!<\/p>\n<p>Cet amour de l\u2019\u00e9pop\u00e9e et des aven\u00adtures contras\u00adtait chez moi bizar\u00adre\u00adment avec une timi\u00addi\u00adt\u00e9 excessive.<\/p>\n<p>Comme don Qui\u00adchotte, mon illustre pr\u00e9\u00add\u00e9\u00adces\u00adseur, je fusse par\u00adti, les yeux ban\u00add\u00e9s, pour un monde incon\u00adnu en tra\u00adver\u00adsant des zones enflam\u00adm\u00e9es, mais dans une soci\u00e9\u00adt\u00e9 de grandes per\u00adsonnes je demeu\u00adrais immo\u00adbile, sans oser ouvrir la bouche, et l\u2019obligation d\u2019adresser la parole \u00e0 une dame m\u2019e\u00fbt fait d\u00e9faillir. Cette timi\u00addi\u00adt\u00e9, fruit d\u2019une \u00e9du\u00adca\u00adtion en serre chaude, m\u2019a pour\u00adsui\u00advi jusqu\u2019\u00e0 la vieillesse et m\u2019a \u00e9t\u00e9 sou\u00advent bien pr\u00e9judiciable.<\/p>\n<p>C\u2019est que mes parents, ant\u00e9\u00adrieu\u00adre\u00adment \u00e0 ma nais\u00adsance, avaient per\u00addu deux enfants en bas \u00e2ge, tu\u00e9s par le croup, mala\u00addie alors r\u00e9pu\u00adt\u00e9e ingu\u00e9\u00adris\u00adsable. Seul reje\u00adton , je vis concen\u00adtrer sur moi toutes les sol\u00adli\u00adci\u00adtudes&nbsp;: on ne me lais\u00adsait pas tra\u00adver\u00adser seul la rue de peur qu\u2019il ne m\u2019arriv\u00e2t quelque acci\u00addent, alors que je r\u00eavais voya\u00adger autour du monde, explo\u00adra\u00adtions auda\u00adcieuses dans des contr\u00e9es inac\u00adces\u00adsibles, peu\u00adpl\u00e9es de cannibales.<\/p>\n<p>D\u00e8s cette \u00e9poque, le capi\u00adtaine Mayne-Reid, avec les innom\u00adbrables romans de sa s\u00e9rie <i>Aven\u00adtures de Terre et de Mer<\/i>, \u00e9tait mon auteur habi\u00adtuel. Je le pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrais \u00e0 Jules Verne, qui allait deve\u00adnir l\u2019idole des ado\u00adles\u00adcents, mais dont l\u2019int\u00e9ressante vul\u00adga\u00adri\u00adsa\u00adtion scien\u00adti\u00adfique n\u2019est pas sou\u00advent accom\u00adpa\u00adgn\u00e9e de la cha\u00adleur et du sen\u00adti\u00adment qu\u2019on ren\u00adcontre dans <i>La piste de guerre<\/i> ou dans <i>Les Chas\u00adseurs de che\u00adve\u00adlures<\/i>. Le capi\u00adtaine Meyne-Reid, de son vrai nom Tho\u00admas Meyne, avait rom\u00adpu avec sa famille, qui vou\u00adlait faire de lui un homme d\u2019\u00e9glise et \u00e9tait par\u00adti dans le Nou\u00adveau-Monde mener la vie d\u2019aventures qui m\u2019e\u00fbt&nbsp;tent\u00e9.<\/p>\n<p>J\u2019avais aus\u00adsi com\u00admen\u00adc\u00e9 \u00e0 lire les ouvrages d\u2019Erckmamm-Chatrian, dont la s\u00e9rie allait se pour\u00adsuivre avec un suc\u00adc\u00e8s grandissant.<\/p>\n<p>Tout le monde, \u00e0 ce moment, croyait, comme moi, que ce double nom \u00e9tait celui d\u2019un seul auteur. Grand fut l\u2019\u00e9tonnement lorsqu\u2019on apprit, quelque vingt ans plus tard, que les \u00e9cri\u00advains qui avaient si bien m\u00eal\u00e9 leur per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e9taient deux et qu\u2019un conflit d\u2019int\u00e9r\u00eats venait de les dissocier&nbsp;!<\/p>\n<p>Ma m\u00e9moire \u00e9tait extra\u00ador\u00addi\u00adnaire et elle est res\u00adt\u00e9e plus que grande jusqu\u2019\u00e0 la vieillesse, bien que la fi\u00e8vre typho\u00efde, contrac\u00adt\u00e9e au sor\u00adtir du si\u00e8ge, l\u2019ait un peu att\u00e9\u00adnu\u00e9e. J\u2019adorais la lec\u00adture et y consa\u00adcrais non seule\u00adment tous mes loi\u00adsirs diurnes, mais encore une par\u00adtie de la nuit, ne me cou\u00adchant pas sans avoir sous mon oreiller deux ou trois livres que, mal\u00adgr\u00e9 les d\u00e9fenses pater\u00adnelles, je m\u2019effor\u00e7ais de lire une fois les lumi\u00e8res \u00e9teintes. Com\u00adment n\u2019ai-je pas per\u00addu la&nbsp;vue&nbsp;!<\/p>\n<p>M\u00e9moire, ima\u00adgi\u00adna\u00adtion, amour de l\u2019aventure, tels \u00e9taient, avec mon insur\u00admon\u00adtable timi\u00addi\u00adt\u00e9, les prin\u00adci\u00adpaux traits de mon carac\u00adt\u00e8re. J\u2019avais treize ans, l\u2019\u00e2ge o\u00f9 la per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 se forme, et mes parents \u00e9taient aux aguets pour t\u00e2cher de d\u00e9cou\u00advrir en moi une voca\u00adtion qu\u2019ils n\u2019eussent pas vou\u00adlu contrarier.<\/p>\n<p>Une voca\u00adtion&nbsp;! Tout d\u2019abord, je m\u2019\u00e9tais cru des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 faire un peintre&nbsp;! M\u00e2nes de Rapha\u00ebl et du Titien, excu\u00adsez cette pr\u00e9\u00adten\u00adtion&nbsp;! Com\u00adbien de rames de papier n\u2019ai-je pas cou\u00advertes de mes aqua\u00adrelles mul\u00adti\u00adco\u00adlores&nbsp;! Mon p\u00e8re me don\u00adna un pro\u00adfes\u00adseur de des\u00adsin qui, d\u2019abord, admi\u00adra ma faci\u00adli\u00adt\u00e9 et, ensuite, se mon\u00adtra scan\u00adda\u00adli\u00ads\u00e9 de l\u2019audace avec laquelle je me per\u00admet\u00adtais de cher\u00adcher \u00e0 ani\u00admer les mod\u00e8les majes\u00adtueux et froids qu\u2019il me don\u00adnait \u00e0 copier. Le digne homme ne com\u00adpre\u00adnait que l\u2019art classique&nbsp;!<\/p>\n<p>Si j\u2019eusse per\u00ads\u00e9\u00adv\u00e9\u00adr\u00e9 dans cette voie, sans doute eus\u00ads\u00e9-je fait un peintre quel\u00adconque, dont nul Charles-Quint ne f\u00fbt venu ramas\u00adser le pin\u00adceau, ou, don\u00adnant libre cours \u00e0 mon ori\u00adgi\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9, un remar\u00adquable cari\u00adca\u00adtu\u00adriste. Mais ma des\u00adti\u00adn\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas l\u00e0&nbsp;: l\u2019homme pro\u00adpose, les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments disposent&nbsp;!<\/p>\n<p>Plus tard, je me crus appe\u00adl\u00e9 \u00e0 deve\u00adnir m\u00e9de\u00adcin, comme ceux de mes ascen\u00addants mater\u00adnels qui n\u2019\u00e9taient point entr\u00e9s dans la car\u00adri\u00e8re professorale.<\/p>\n<p>Sans doute aurais-je \u00e9t\u00e9 capable de tuer mes malades tout aus\u00adsi pro\u00adpre\u00adment qu\u2019un autre mor\u00adti\u00adcole, mais en oubliant de r\u00e9cla\u00admer des hono\u00adraires, car j\u2019\u00e9tais dis\u00adtrait et non avide. Tr\u00e8s heu\u00adreu\u00adse\u00adment pour eux et pour moi cette \u00e9ven\u00adtua\u00adli\u00adt\u00e9 non plus ne devait pas se r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, ce n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment le d\u00e9sir de gu\u00e9\u00adrir des catarrhes ou des h\u00e9mor\u00adro\u00efdes qui m\u2019attirait vers la m\u00e9de\u00adcine. \u00c0 cette \u00e9poque o\u00f9 la psy\u00adcho\u00adphy\u00adsio\u00adlo\u00adgie \u00e9tait encore une science embryon\u00adnaire, \u00e0 peine entre\u00advue d\u2019un petit nombre de cher\u00adcheurs, j\u2019eusse vou\u00adlu \u00e9tu\u00addier aus\u00adsi \u00e0 fond que pos\u00adsible les ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8nes trou\u00adblants, par\u00adfai\u00adte\u00adment natu\u00adrels, certes, mais aux causes incon\u00adnues, qui sor\u00adtaient de l\u2019ordinaire et qui, ni\u00e9s de par\u00adti pris par d\u2019aucuns, \u00e9taient trop sou\u00advent d\u00e9for\u00adm\u00e9s par des simples ou exploi\u00adt\u00e9s par des char\u00adla\u00adtans. N\u2019y avait-il pas l\u00e0 tout un monde incon\u00adnu \u00e0 explorer&nbsp;?<\/p>\n<p>Cette explo\u00adra\u00adtion, com\u00adbien j\u2019eusse vou\u00adlu l\u2019entreprendre&nbsp;! Pr\u00e9\u00adten\u00adtion bien grande pour un gar\u00ad\u00e7on de treize ans&nbsp;!<\/p>\n<p>Et je d\u00e9vo\u00adrais des trai\u00adt\u00e9s de phr\u00e9\u00adno\u00adlo\u00adgie, de phy\u00adsiog\u00adno\u00admo\u00adnie, de chi\u00adro\u00adman\u00adcie m\u00eame \u2013 on ne par\u00adlait pas encore de gra\u00adpho\u00adlo\u00adgie. Gall, Lava\u00adter, Spurz\u00adheim, Combes, Fos\u00adsa\u00adti, Des\u00adba\u00adrolles, d\u2019Arpentigny m\u2019\u00e9taient d\u00e9j\u00e0 connus. Je m\u2019indignais de l\u2019autoritarisme rou\u00adti\u00adnier de l\u2019Acad\u00e9mie de M\u00e9de\u00adcine, repous\u00adsant le rap\u00adport de Jus\u00adsieu et niant dog\u00adma\u00adti\u00adque\u00adment l\u2019existence de tous les ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8nes magn\u00e9\u00adtiques dont d\u2019aucuns, par la suite, \u00e9tu\u00addi\u00e9s exp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adta\u00adle\u00adment, de fa\u00e7on m\u00e9tho\u00addique, sont aujourd\u2019hui admis par tous sous les noms d\u2019hypnotisme et de suggestion.<\/p>\n<p>Une t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphie sans fil visibles s\u2019exer\u00e7ant entre deux cer\u00adveaux, soup\u00ad\u00e7on\u00adnais-je confu\u00ads\u00e9\u00adment. L\u2019un doit jouer le r\u00f4le de pile, l\u2019autre celui de r\u00e9cepteur.<\/p>\n<p>Plus tard, deve\u00adnu t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphiste, je me suis confir\u00adm\u00e9 dans cette id\u00e9e et lorsque, une ving\u00adtaine d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s, on com\u00admen\u00ad\u00e7a \u00e0 dis\u00adcu\u00adter les exp\u00e9\u00adriences de Mar\u00adco\u00adni, je fus un des pre\u00admiers croyants de la T.S.F. \u00ab&nbsp;Tout dans l\u2019univers, me disais-je, doit \u00eatre vibrations.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Cette pas\u00adsion d\u2019explorer un monde incon\u00adnu peut \u00eatre p\u00e9rilleuse lorsqu\u2019elle n\u2019est pas \u00e9qui\u00adli\u00adbr\u00e9e par un esprit rigou\u00adreu\u00adse\u00adment ana\u00adly\u00adtique, et mon ima\u00adgi\u00adna\u00adtion e\u00fbt pu me conduire au pr\u00e9\u00adci\u00adpice. Tr\u00e8s heu\u00adreu\u00adse\u00adment, j\u2019avais pour me ser\u00advir de garde-fou l\u2019exemple d\u2019un grand oncle mater\u00adnel, Vic\u00adtor Hen\u00adne\u00adquin, qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tra\u00adqu\u00e9 par le spi\u00adri\u00adtisme. Avo\u00adcat de talent, r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain sin\u00adc\u00e8re et fou\u00adri\u00e9\u00adriste, il avait si\u00e9\u00adg\u00e9 \u00e0 l\u2019assembl\u00e9e l\u00e9gis\u00adla\u00adtive de 1849. Il fut de ceux qui pro\u00adtes\u00adt\u00e8rent contre le coup d\u2019\u00c9tat, mais les tables tour\u00adnantes qu\u2019il consul\u00adtait firent cha\u00advi\u00adrer ses convic\u00adtions. Dans un livre&nbsp;: <i>sau\u00advons le genre humain&nbsp;!<\/i> qu\u2019il s\u2019imagina dic\u00adt\u00e9 \u00e0 lui par l\u2019<i>\u00c2me de la terre<\/i>, il pro\u00adcla\u00adma l\u2019homme de 2 d\u00e9cembre une sorte de mes\u00adsie au r\u00f4le providentiel.<\/p>\n<p>Pauvre illu\u00admi\u00adn\u00e9, sin\u00adc\u00e8re comme Prou\u00addhon qui, sans l\u2019intervention des esprit, \u00e9cri\u00advit la <i>r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion sociale d\u00e9mon\u00adtr\u00e9e par le coup d\u2019\u00c9tat&nbsp;!<\/i><\/p>\n<p>Vic\u00adtor Hen\u00adne\u00adquin, tou\u00adjours abu\u00ads\u00e9 par cette mys\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtrice \u00ab&nbsp;\u00c2me de la terre&nbsp;\u00bb, s\u2019imagina que son \u00e9di\u00adteur allait lui comp\u00adter pour ses \u00e9lu\u00adcu\u00adbra\u00adtions une somme de cent mille francs, fabu\u00adleuse pour l\u2019\u00e9poque. Dans cette douce illu\u00adsion, il s\u2019empressa de dis\u00adtri\u00adbuer tout ce qu\u2019il pos\u00ads\u00e9\u00addait \u00e0 ses amis et il s\u2019en trou\u00adva en grand nombre. Il mou\u00adrut rui\u00adn\u00e9, douche s\u2019ajoutant \u00e0 celles qui lui furent admi\u00adnis\u00adtr\u00e9es par pres\u00adcrip\u00adtion m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion de 1848, qui ache\u00advait de s\u2019\u00e9teindre en 1870, \u00e9tait en m\u00eame temps que g\u00e9n\u00e9\u00adreuse, ter\u00adri\u00adble\u00adment mys\u00adtique. On ne pour\u00adrait certes pas adres\u00adser la m\u00eame cri\u00adtique \u00e0 celle d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<ul class=\"modern-footnotes-list modern-footnotes-list--show-only-for-print\"><li><span>1<\/span><div>Exac\u00adte\u00adment, d\u2019a\u00adpr\u00e8s les sta\u00adtis\u00adtiques, 313.000.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>VII Le len\u00adde\u00admain du 4 sep\u00adtembre. Lis\u00adsa\u00adga\u00adray, dans sa superbe His\u00adtoire de la com\u00admune, a tr\u00e8s exac\u00adte\u00adment retra\u00adc\u00e9, en m\u00eame temps que la marche des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments, l\u2019\u00e9\u00adtat d\u2019es\u00adprit durant la tra\u00adgique \u00e9po\u00adp\u00e9e de 1870 \u2013 1871.Paris avait accom\u00adpli la moins san\u00adglante des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions. Les sou\u00adte\u00adneurs du r\u00e9gime \u00e9crou\u00adl\u00e9 \u00e9taient en fuite pour la plu\u00adpart&nbsp;; nulles repr\u00e9\u00adsailles ne&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":5379,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[469],"tags":[893],"ppma_author":[764],"class_list":["post-3908","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-memoires-dun-libertaire-par-charles-malato-le-peuple-1937-1938","tag-memoires"],"authors":[{"term_id":764,"user_id":98,"is_guest":0,"slug":"charles-malato","display_name":"Charles Malato","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/dec37ae452dae98c83574ffb83b51be776819688ad66aad5025fe8a60d533467?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Malato","first_name":"Charles","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3908"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9005,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3908\/revisions\/9005"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3908"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3908"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3908"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3908"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}