{"id":396,"date":"2007-05-24T20:42:30","date_gmt":"2007-05-24T20:42:30","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/24\/lanarchie-2\/"},"modified":"2007-05-24T20:42:30","modified_gmt":"2007-05-24T20:42:30","slug":"lanarchie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/05\/24\/lanarchie-2\/","title":{"rendered":"L\u2019anarchie (2)"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/396?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/396?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n\tPeut-\u00eatre me don\u00adne\u00adrez-vous rai\u00adson&nbsp;? Mais encore ici plu\u00adsieurs d\u2019entre vous pro\u00adnon\u00adce\u00adront le mot de \u00ab&nbsp;chi\u00adm\u00e8re&nbsp;\u00bb. Heu\u00adreux d\u00e9j\u00e0 que vous y voyiez du moins une noble chi\u00adm\u00e8re&nbsp;! mais je vais plus loin, et j\u2019af\u00adfirme que notre id\u00e9al, notre concep\u00adtion de la morale est tout \u00e0 fait dans la logique de l\u2019his\u00adtoire, ame\u00adn\u00e9e natu\u00adrel\u00adle\u00adment par l\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion de l\u2019humanit\u00e9.&nbsp;\n<p>\tPour\u00adsui\u00advis jadis par la ter\u00adreur de l\u2019in\u00adcon\u00adnu aus\u00adsi bien que par le sen\u00adti\u00adment de leur impuis\u00adsance dans la recherche des causes, les hommes avaient cr\u00e9\u00e9 par l\u2019in\u00adten\u00adsi\u00adt\u00e9 de leur d\u00e9sir une ou plu\u00adsieurs divi\u00adni\u00adt\u00e9s secou\u00adrables qui repr\u00e9\u00adsen\u00adtaient \u00e0 la fois leur id\u00e9al plus ou moins informe et le point d\u2019ap\u00adpui de tout ce monde mys\u00adt\u00e9\u00adrieux visible et invi\u00adsible des choses envi\u00adron\u00adnantes. Ces fan\u00adt\u00f4mes de l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adna\u00adtion, rev\u00ea\u00adtus de la toute-puis\u00adsance, devinrent aus\u00adsi aux yeux des hommes le prin\u00adcipe de toute jus\u00adtice et de toute auto\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;: ma\u00eetres du ciel, ils eurent natu\u00adrel\u00adle\u00adment leurs inter\u00adpr\u00e8tes sur la terre, magi\u00adciens, conseillers, chefs de guerre, devant les\u00adquels on apprit \u00e0 se pros\u00adter\u00adner comme devant les repr\u00e9\u00adsen\u00adtants d\u2019en haut. C\u2019\u00e9\u00adtait logique&nbsp;; mais l\u2019homme dure plus que ses oeuvres, et ces dieux qu\u2019il cr\u00e9a n\u2019ont ces\u00ads\u00e9 de chan\u00adger comme des ombres pro\u00adje\u00adt\u00e9es sur l\u2019in\u00adfi\u00adni. Visibles d\u2019a\u00adbord, ani\u00adm\u00e9s de pas\u00adsions humaines, vio\u00adlents et redou\u00adtables, ils recu\u00adl\u00e8rent peu \u00e0 peu dans un immense loin\u00adtain&nbsp;; ils finirent par deve\u00adnir des abs\u00adtrac\u00adtions, des id\u00e9es sublimes, aux\u00adquelles on ne don\u00adnait m\u00eame plus de nom, puis ils arri\u00adv\u00e8rent peu \u00e0 peu \u00e0 se confondre avec les lois natu\u00adrelles du monde&nbsp;; ils ren\u00adtr\u00e8rent dans cet uni\u00advers qu\u2019ils \u00e9taient cen\u00ads\u00e9s avoir fait jaillir du n\u00e9ant, et main\u00adte\u00adnant l\u2019homme se retrouve seul sur la terre au-des\u00adsus de laquelle il avait dres\u00ads\u00e9 l\u2019i\u00admage colos\u00adsale de&nbsp;Dieu.&nbsp;<\/p>\n<p>\tToute la concep\u00adtion des choses change donc en m\u00eame temps. Si Dieu s\u2019\u00e9\u00adva\u00adnouit, ceux qui tiraient de lui leurs titres \u00e0 l\u2019o\u00adb\u00e9is\u00adsance voient aus\u00adsi se ter\u00adnir leur \u00e9clat emprun\u00adt\u00e9&nbsp;: eux aus\u00adsi doivent ren\u00adtrer gra\u00adduel\u00adle\u00adment dans les rangs, s\u2019ac\u00adcom\u00admo\u00adder de leur mieux au milieu. On ne trou\u00adve\u00adrait plus aujourd\u2019\u00adhui de Tamer\u00adlan qui com\u00adman\u00add\u00e2t \u00e0 ses qua\u00adrante cour\u00adti\u00adsans de se jeter du haut d\u2019une tour, s\u00fbr que, dans un clin d\u2019\u0153il, il ver\u00adrait des cr\u00e9\u00adneaux les qua\u00adrante cadavres san\u00adglants et bri\u00ads\u00e9s. La liber\u00adt\u00e9 de pen\u00adser a fait de tous les hommes des anar\u00adchistes sans le savoir. Qui ne se r\u00e9serve main\u00adte\u00adnant un petit coin de cer\u00adveau pour r\u00e9fl\u00e9\u00adchir et pour pen\u00adser&nbsp;? Or c\u2019est l\u00e0 pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment le crime des crimes, le p\u00e9ch\u00e9 par excel\u00adlence sym\u00adbo\u00adli\u00ads\u00e9 par le fruit de l\u2019arbre qui r\u00e9v\u00e9\u00adla aux hommes la connais\u00adsance du bien et du mal. De l\u00e0 la haine de la science que pro\u00adfes\u00adsa tou\u00adjours l\u2019\u00c9\u00adglise. De l\u00e0 cette fureur que Napo\u00adl\u00e9on, un Tamer\u00adlan moderne, eut tou\u00adjours pour les \u00ab&nbsp;id\u00e9ologues&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n<p>\tMais les id\u00e9o\u00adlogues sont venus. Ils ont souf\u00adfl\u00e9 sur les illu\u00adsions d\u2019au\u00adtre\u00adfois comme sur une bu\u00e9e, recom\u00admen\u00ad\u00e7ant \u00e0 nou\u00adveau tout le tra\u00advail scien\u00adti\u00adfique par l\u2019ob\u00adser\u00adva\u00adtion et l\u2019ex\u00adp\u00e9\u00adrience. Un d\u2019eux m\u00eame, nihi\u00adliste avant nos \u00e2ges, anar\u00adchiste s\u2019il en fut, du moins en paroles, d\u00e9bu\u00adta par faire \u00ab&nbsp;table rase&nbsp;\u00bb de tout ce qu\u2019il avait appris. Il n\u2019est main\u00adte\u00adnant gu\u00e8re de savant, gu\u00e8re de lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adteur, qui ne pro\u00adfesse d\u2019\u00eatre lui-m\u00eame son propre ma\u00eetre et mod\u00e8le, le pen\u00adseur ori\u00adgi\u00adnal de sa pen\u00ads\u00e9e, le mora\u00adliste de sa morale. \u00ab&nbsp;Si tu veux sur\u00adgir, sur\u00adgis de toi-m\u00eame&nbsp;!&nbsp;\u00bb disait G\u0153the. Et les artistes ne cherchent-ils pas \u00e0 rendre la nature telle qu\u2019ils la voient, telle qu\u2019ils la sentent et la com\u00adprennent&nbsp;? C\u2019est l\u00e0 d\u2019or\u00addi\u00adnaire, il est vrai, ce qu\u2019on pour\u00adrait appe\u00adler une \u00ab&nbsp;anar\u00adchie aris\u00adto\u00adcra\u00adtique&nbsp;\u00bb, ne reven\u00addi\u00adquant la liber\u00adt\u00e9 que pour le peuple choi\u00adsi des Musa\u00adg\u00e8tes, que pour les gra\u00advis\u00adseurs du Par\u00adnasse. Cha\u00adcun d\u2019eux veut pen\u00adser libre\u00adment, cher\u00adcher \u00e0 son gr\u00e9 son id\u00e9al dans l\u2019in\u00adfi\u00adni, mais tout en disant \u00ab&nbsp;qu\u2019il faut une reli\u00adgion pour le peuple&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il veut vivre en homme ind\u00e9\u00adpen\u00addant, mais \u00ab&nbsp;l\u2019o\u00adb\u00e9is\u00adsance est faite pour les femmes&nbsp;\u00bb, veut cr\u00e9er des \u0153uvres ori\u00adgi\u00adnales, mais \u00ab&nbsp;la foule d\u2019en bas&nbsp;\u00bb doit res\u00adter asser\u00advie comme une machine \u00e0 l\u2019i\u00adgnoble fonc\u00adtion\u00adne\u00adment de la divi\u00adsion du tra\u00advail&nbsp;! Tou\u00adte\u00adfois ces aris\u00adto\u00adcrates du go\u00fbt et de la pen\u00ads\u00e9e n\u2019ont plus la force de fer\u00admer la grande \u00e9cluse par laquelle se d\u00e9verse le flot. Si la science, la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture et l\u2019art sont deve\u00adnus anar\u00adchistes, si tout pro\u00adgr\u00e8s, toute nou\u00advelle forme de la beau\u00adt\u00e9 sont dus \u00e0 l\u2019\u00e9\u00adpa\u00adnouis\u00adse\u00adment de la pen\u00ads\u00e9e libre, cette pen\u00ads\u00e9e tra\u00advaille aus\u00adsi dans les pro\u00adfon\u00addeurs de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 et main\u00adte\u00adnant il n\u2019est plus pos\u00adsible de la conte\u00adnir. Il est trop tard pour arr\u00ea\u00adter le d\u00e9luge.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLa dimi\u00adnu\u00adtion du res\u00adpect n\u2019est-elle pas le ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne par excel\u00adlence de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 contem\u00adpo\u00adraine&nbsp;? J\u2019ai vu jadis en Angle\u00adterre des foules se ruer par mil\u00adliers pour contem\u00adpler l\u2019\u00e9\u00adqui\u00adpage vide d\u2019un grand sei\u00adgneur. Je ne le ver\u00adrai plus main\u00adte\u00adnant. En Inde, les parias s\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adtaient d\u00e9vo\u00adte\u00adment aux cent quinze pas r\u00e9gle\u00admen\u00adtaires qui les s\u00e9pa\u00adraient de l\u2019or\u00adgueilleux brah\u00admane&nbsp;: depuis que l\u2019on se presse dans les gares, il n\u2019y a plus entre eux que la paroi de cl\u00f4\u00adture d\u2019une salle d\u2019at\u00adtente. Les exemples de bas\u00adsesse, de rep\u00adta\u00adtion vile ne manquent pas dans le monde, mais pour\u00adtant il y a pro\u00adgr\u00e8s dans le sens de l\u2019\u00e9\u00adga\u00adli\u00adt\u00e9. Avant de t\u00e9moi\u00adgner son res\u00adpect, on se demande quel\u00adque\u00adfois si l\u2019homme ou l\u2019ins\u00adti\u00adtu\u00adtion sont vrai\u00adment res\u00adpec\u00adtables. On \u00e9tu\u00addie la valeur des indi\u00advi\u00addus, l\u2019im\u00adpor\u00adtance des \u0153uvres. La foi dans la gran\u00addeur a dis\u00adpa\u00adru&nbsp;; or l\u00e0 o\u00f9 la foi n\u2019existe plus, les ins\u00adti\u00adtu\u00adtions dis\u00adpa\u00adraissent \u00e0 leur tour. La sup\u00adpres\u00adsion de l\u2019\u00c9\u00adtat est natu\u00adrel\u00adle\u00adment impli\u00adqu\u00e9e dans l\u2019ex\u00adtinc\u00adtion du respect.&nbsp;<\/p>\n<p>\tL\u2019\u0153uvre de cri\u00adtique fron\u00addeuse \u00e0 laquelle est sou\u00admis l\u2019\u00c9\u00adtat s\u2019exerce \u00e9ga\u00adle\u00adment contre toutes les ins\u00adti\u00adtu\u00adtions sociales. Le peuple ne croit plus, il ne croit abso\u00adlu\u00adment plus \u00e0 l\u2019o\u00adri\u00adgine sainte de la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 pri\u00adv\u00e9e, pro\u00adduite, nous disaient les \u00e9co\u00adno\u00admistes,\u200a\u2014\u200ails n\u2019osent plus le dire main\u00adte\u00adnant,\u200a\u2014\u200apar le tra\u00advail per\u00adson\u00adnel des pro\u00adpri\u00e9\u00adtaires&nbsp;; il n\u2019i\u00adgnore point que le labeur indi\u00advi\u00adduel ne cr\u00e9e jamais des mil\u00adlions ajou\u00adt\u00e9s \u00e0 des mil\u00adlions, et que cet enri\u00adchis\u00adse\u00adment mons\u00adtrueux est tou\u00adjours la cons\u00e9\u00adquence d\u2019un faux \u00e9tat social, attri\u00adbuant \u00e0 l\u2019un le pro\u00adduit du tra\u00advail de mil\u00adliers d\u2019autres&nbsp;; il res\u00adpec\u00adte\u00adra tou\u00adjours le pain que le tra\u00advailleur a dure\u00adment gagn\u00e9, la cabane qu\u2019il a b\u00e2tie de ses mains, le jar\u00addin qu\u2019il a plan\u00adt\u00e9, mais il per\u00addra cer\u00adtai\u00adne\u00adment le res\u00adpect pour toutes les pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9s fic\u00adtives que repr\u00e9\u00adsentent les papiers de toute esp\u00e8ce conte\u00adnus dans les banques. Le jour vien\u00addra, je n\u2019en doute point, o\u00f9 il repren\u00addra tran\u00adquille\u00adment pos\u00adses\u00adsion de tous les pro\u00adduits du labeur com\u00admun, mines et domaines, usines et ch\u00e2\u00adteaux, che\u00admins de fer, navires et car\u00adgai\u00adsons. Quand la mul\u00adti\u00adtude, cette mul\u00adti\u00adtude \u00ab&nbsp;vile&nbsp;\u00bb par son igno\u00adrance et la l\u00e2che\u00adt\u00e9 qui en \u00e9tait la cons\u00e9\u00adquence fatale, aura ces\u00ads\u00e9 de m\u00e9ri\u00adter le qua\u00adli\u00adfi\u00adca\u00adtif dont on l\u2019in\u00adsul\u00adta, quand elle sau\u00adra en toute cer\u00adti\u00adtude que l\u2019ac\u00adca\u00adpa\u00adre\u00adment de cet immense avoir repose uni\u00adque\u00adment sur une fic\u00adtion chi\u00adro\u00adgra\u00adphique, sur la foi en des pape\u00adrasses bleues, l\u2019\u00e9\u00adtat social actuel sera bien mena\u00adc\u00e9&nbsp;! En pr\u00e9\u00adsence de ces \u00e9vo\u00adlu\u00adtions pro\u00adfondes, irr\u00e9\u00adsis\u00adtibles, qui se font dans toutes les cer\u00advelles humaines, com\u00adbien niaises, com\u00adbien d\u00e9pour\u00advues de sens para\u00ee\u00adtront \u00e0 nos des\u00adcen\u00addants ces cla\u00admeurs for\u00adce\u00adn\u00e9es qu\u2019on lance contre les nova\u00adteurs&nbsp;! Qu\u2019im\u00adportent les mots ordu\u00adriers d\u00e9ver\u00ads\u00e9s par une presse obli\u00adg\u00e9e de payer ses sub\u00adsides en bonne prose, ou m\u00eame les insultes hon\u00adn\u00ea\u00adte\u00adment pro\u00adf\u00e9\u00adr\u00e9es contre nous par ces m\u00eames d\u00e9votes \u00ab&nbsp;saintes mais simples&nbsp;\u00bb qui por\u00adtaient du bois au b\u00fbcher de Jean Huss&nbsp;! Le mou\u00adve\u00adment qui nous emporte n\u2019est pas le fait de simples \u00e9ner\u00adgu\u00adm\u00e8nes ou de pauvres r\u00eaveurs, il est celui de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 m\u00eame dans son ensemble. Il est n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 par la marche de la pen\u00ads\u00e9e, deve\u00adnue main\u00adte\u00adnant fatale, in\u00e9\u00adluc\u00adtable, comme le rou\u00adle\u00adment de la terre et des&nbsp;cieux.&nbsp;<\/p>\n<p>\tPour\u00adtant un doute pour\u00adrait sub\u00adsis\u00adter dans les esprits si l\u2019a\u00adnar\u00adchie n\u2019a\u00advait jamais \u00e9t\u00e9 qu\u2019un id\u00e9al, qu\u2019un exer\u00adcice intel\u00adlec\u00adtuel, un \u00e9l\u00e9\u00adment de dia\u00adlec\u00adtique, si jamais elle n\u2019a\u00advait eu de r\u00e9a\u00adli\u00adsa\u00adtion concr\u00e8te, si jamais un orga\u00adnisme spon\u00adta\u00adn\u00e9 n\u2019a\u00advait sur\u00adgi, met\u00adtant en action les forces libres de cama\u00adrades qui tra\u00advaillent en com\u00admun, sans ma\u00eetre pour les com\u00adman\u00adder. Mais ce doute peut \u00eatre faci\u00adle\u00adment \u00e9car\u00adt\u00e9. Oui, des orga\u00adnismes liber\u00adtaires ont exis\u00adt\u00e9 de tout temps&nbsp;; oui, il s\u2019en forme inces\u00adsam\u00adment de nou\u00adveaux, et chaque ann\u00e9e plus nom\u00adbreux, sui\u00advant les pro\u00adgr\u00e8s de l\u2019i\u00adni\u00adtia\u00adtive indi\u00advi\u00adduelle. Je pour\u00adrais citer en pre\u00admier lieu diverses peu\u00adplades, dites sau\u00advages, qui m\u00eame de nos jours vivent en par\u00adfaite har\u00admo\u00adnie sociale sans avoir besoin de chefs, ni de lois, ni d\u2019en\u00adclos, ni de force publique&nbsp;; mais, je n\u2019in\u00adsiste pas sur ces exemples, qui ont pour\u00adtant leur impor\u00adtance&nbsp;: je crain\u00addrais qu\u2019on ne m\u2019ob\u00adjec\u00adt\u00e2t le peu de com\u00adplexi\u00adt\u00e9 de ces soci\u00e9\u00adt\u00e9s pri\u00admi\u00adtives, com\u00adpa\u00adr\u00e9es \u00e0 notre monde moderne, orga\u00adnisme immense o\u00f9 s\u2019en\u00adtre\u00adm\u00ealent tant d\u2019autres orga\u00adnismes avec une com\u00adpli\u00adca\u00adtion infi\u00adnie. Lais\u00adsons donc de c\u00f4t\u00e9 ces tri\u00adbus pri\u00admi\u00adtives pour nous occu\u00adper seule\u00adment des nations d\u00e9j\u00e0 consti\u00adtu\u00e9es, ayant tout un appa\u00adreil poli\u00adtique et social.&nbsp;<\/p>\n<p>\tJe ne pour\u00adrai vous en mon\u00adtrer aucune dans le cours de l\u2019his\u00adtoire qui, je l\u2019a\u00advoue, se soit consti\u00adtu\u00e9e en soci\u00e9\u00adt\u00e9 pure\u00adment anar\u00adchique, car toutes se trou\u00advaient alors dans leur p\u00e9riode de lutte entre des \u00e9l\u00e9\u00adments divers non encore asso\u00adci\u00e9s&nbsp;; mais ce qu\u2019il sera facile de consta\u00adter, c\u2019est que cha\u00adcune de ces soci\u00e9\u00adt\u00e9s par\u00adtielles, non encore fon\u00addues en un ensemble har\u00admo\u00adnique, fut d\u2019au\u00adtant plus pros\u00adp\u00e8re, d\u2019au\u00adtant plus cr\u00e9a\u00adtrice, qu\u2019elle \u00e9tait plus libre, que la valeur per\u00adson\u00adnelle de l\u2019in\u00addi\u00advi\u00addu y \u00e9tait le mieux recon\u00adnue. Depuis les \u00e2ges pr\u00e9\u00adhis\u00adto\u00adriques o\u00f9 nos soci\u00e9\u00adt\u00e9s naquirent aux arts, aux sciences, \u00e0 l\u2019in\u00addus\u00adtrie, sans que des annales \u00e9crites aient pu nous en appor\u00adter la m\u00e9moire, toutes les grandes p\u00e9riodes de la vie des nations ont \u00e9t\u00e9 celles o\u00f9 les hommes, agi\u00adt\u00e9s par les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, eurent le moins \u00e0 souf\u00adfrir de la longue et pesante \u00e9treinte d\u2019un gou\u00adver\u00adne\u00adment r\u00e9gu\u00adlier. Les deux grandes p\u00e9riodes de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 par le mou\u00adve\u00adment des d\u00e9cou\u00advertes, par l\u2019ef\u00adflo\u00adres\u00adcence de la pen\u00ads\u00e9e, par la beau\u00adt\u00e9 de l\u2019art furent des \u00e9poques trou\u00adbl\u00e9es, des \u00e2ges de \u00ab&nbsp;p\u00e9rilleuse liber\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. L\u2019ordre r\u00e9gnait dans l\u2019im\u00admense empire des M\u00e8des et des Perses, mais rien de grand n\u2019en sor\u00adtit, tan\u00addis que la Gr\u00e8ce r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaine, sans cesse agi\u00adt\u00e9e, \u00e9bran\u00adl\u00e9e par de conti\u00adnuelles secousses, a fait na\u00eetre les ini\u00adtia\u00adteurs de tout ce que nous avons de haut et de noble dans la civi\u00adli\u00adsa\u00adtion moderne&nbsp;: il nous est impos\u00adsible de pen\u00adser, d\u2019\u00e9\u00adla\u00adbo\u00adrer une oeuvre quel\u00adconque sans que notre esprit ne se reporte aus\u00adsi\u00adt\u00f4t vers ces Hel\u00adl\u00e8nes libres qui furent nos devan\u00adciers et qui sont encore nos mod\u00e8les. Deux mille ann\u00e9es plus tard, apr\u00e8s des tyran\u00adnies, apr\u00e8s des temps sombres d\u2019op\u00adpres\u00adsion qui ne sem\u00adblaient devoir jamais finir, l\u2019I\u00adta\u00adlie, les Flandres, l\u2019Al\u00adle\u00admagne, toute l\u2019Eu\u00adrope des com\u00admu\u00adniers s\u2019es\u00adsaya de nou\u00adveau \u00e0 reprendre haleine&nbsp;; des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions innom\u00adbrables secou\u00e8rent le monde&nbsp;: Fer\u00adra\u00adri ne comp\u00adta pas moins de sept mille secousses locales pour la seule Ita\u00adlie&nbsp;; mais aus\u00adsi le feu de la pen\u00ads\u00e9e libre se mit \u00e0 flam\u00adber et l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9 \u00e0 refleu\u00adrir&nbsp;: avec les Rapha\u00ebl, les Vin\u00adci, les Michel-Ange, elle se sen\u00adtit jeune pour la deuxi\u00e8me fois. Puis vient le grand si\u00e8cle de l\u2019En\u00adcy\u00adclo\u00adp\u00e9\u00addie avec les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions mon\u00addiales qui s\u2019en\u00adsui\u00advirent et la pro\u00adcla\u00adma\u00adtion des Droits de l\u2019Homme. Or, essayez, si vous le pou\u00advez, d\u2019\u00e9\u00adnu\u00adm\u00e9\u00adrer tous les pro\u00adgr\u00e8s qui se sont accom\u00adplis depuis cette grande secousse de l\u2019hu\u00adma\u00adni\u00adt\u00e9. On peut vrai\u00adment se deman\u00adder si pen\u00addant ce der\u00adnier si\u00e8cle ne s\u2019est pas concen\u00adtr\u00e9e plus de la moi\u00adti\u00e9 de l\u2019his\u00adtoire. Le nombre des hommes s\u2019est accru de plus d\u2019un demi-mil\u00adliard&nbsp;: le com\u00admerce a plus que d\u00e9cu\u00adpl\u00e9, l\u2019in\u00addus\u00adtrie s\u2019est comme trans\u00adfi\u00adgu\u00adr\u00e9e, et l\u2019art de modi\u00adfier les pro\u00adduits natu\u00adrels s\u2019est mer\u00adveilleu\u00adse\u00adment enri\u00adchi&nbsp;; des sciences nou\u00advelles ont fait leur appa\u00adri\u00adtion, et, quoi qu\u2019on en dise, une troi\u00adsi\u00e8me p\u00e9riode de l\u2019art a com\u00admen\u00adc\u00e9&nbsp;; le socia\u00adlisme conscient et mon\u00addial est n\u00e9 dans son ampleur. Au moins se sent-on vivre dans le si\u00e8cle des grands pro\u00adbl\u00e8mes et des grandes luttes. Rem\u00adpla\u00adcez par la pen\u00ads\u00e9e les cent ann\u00e9es issues de la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie du dix-hui\u00adti\u00e8me si\u00e8cle, rem\u00adpla\u00adcez-les par une p\u00e9riode sans his\u00adtoire o\u00f9 300 mil\u00adlions de paci\u00adfiques Chi\u00adnois eussent v\u00e9cu sous la tutelle d\u2019un \u00ab&nbsp;P\u00e8re du Peuple&nbsp;\u00bb, d\u2019un tri\u00adbu\u00adnal des rites et de man\u00adda\u00adrins tous d\u00fbment dipl\u00f4\u00adm\u00e9s. Loin de vivre comme nous l\u2019a\u00advons fait, nous nous serions gra\u00adduel\u00adle\u00adment rap\u00adpro\u00adch\u00e9s de l\u2019i\u00adner\u00adtie et de la mort. Si Gali\u00adl\u00e9e, encore tenu dans les pri\u00adsons de l\u2019In\u00adqui\u00adsi\u00adtion, ne put que mur\u00admu\u00adrer sour\u00adde\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour\u00adtant elle se meut&nbsp;!&nbsp;\u00bb nous pou\u00advons main\u00adte\u00adnant, gr\u00e2ce aux r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, gr\u00e2ce aux vio\u00adlences de la pen\u00ads\u00e9e libre, nous pou\u00advons le crier sur les toits, ou les places publiques&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le monde se meut et il conti\u00adnue\u00adra de se mouvoir&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>(<a href=\"http:\/\/www.la-presse-anarchiste.net\/spip\/spip.php?action=redirect&amp;id_article=566\">\u00c0 suivre<\/a>)<\/p>\n<p>\u00c9li\u00ads\u00e9e Reclus&nbsp;<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peut-\u00eatre me don\u00ad\u00adne\u00ad\u00adrez-vous rai\u00adson&nbsp;? Mais encore ici plu\u00adsieurs d\u2019entre vous pro\u00adnon\u00adce\u00adront le mot de \u00ab&nbsp;chi\u00adm\u00e8re&nbsp;\u00bb. Heu\u00adreux d\u00e9j\u00e0 que vous y voyiez du moins une noble chi\u00adm\u00e8re&nbsp;! mais je vais plus loin, et j\u2019af\u00adfirme que notre id\u00e9al, notre concep\u00adtion de la morale est tout \u00e0 fait dans la logique de l\u2019his\u00adtoire, ame\u00adn\u00e9e natu\u00adrel\u00adle\u00adment par l\u2019\u00e9\u00advo\u00adlu\u00adtion&nbsp;de&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[55],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-396","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-les-temps-nouveaux-na4-du-25-au-31-mai-1895"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/396","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=396"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/396\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=396"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=396"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=396"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=396"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}