{"id":3983,"date":"1937-10-21T00:00:53","date_gmt":"1937-10-21T00:00:53","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/06\/11\/memoires-dun-libertaire-chapitre-ix\/"},"modified":"2025-07-20T01:38:31","modified_gmt":"2025-07-20T01:38:31","slug":"memoires-dun-libertaire-chapitre-ix","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1937\/10\/21\/memoires-dun-libertaire-chapitre-ix\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d\u2019un libertaire \u2013 Chapitre IX"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3983?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3983?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h6 style=\"text-align: center;\">IX<br>\nBombardement, famine et capitulation.<\/h6>\n<div align=\"justify\">\n<p>Les Prus\u00adsiens avaient la fac\u00e9\u00adtie lourde. Pour cadeau de nou\u00advelle ann\u00e9e ils offrirent aux Pari\u00adsiens le bom\u00adbar\u00adde\u00adment, qui com\u00admen\u00ad\u00e7a exac\u00adte\u00adment le 5 jan\u00advier, s\u2019acharnant sur\u00adtout sur les quar\u00adtiers de la rive gauche.<\/p>\n<p>Notre 5<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment fut un des mieux vis\u00e9s&nbsp;: le d\u00f4me du Pan\u00adth\u00e9on ser\u00advait de point de mire aux bat\u00adte\u00adries du pla\u00adteau de Ch\u00e2\u00adtillon. Sur les flancs de la Mon\u00adtagne Sainte-Gene\u00advi\u00e8ve, les pro\u00adjec\u00adtiles pleu\u00advaient. Le pre\u00admier obus \u00e9tait tom\u00adb\u00e9 rue Daguerre, tuant un petit chien&nbsp;; un autre, rue de la Par\u00adche\u00admi\u00adne\u00adrie, hacha une fillette de six ans dont les restes \u2013 de vraies miettes \u2013 furent recueillis dans une ser\u00adviette. Les rues Des\u00adcartes, Lac\u00e9\u00adp\u00e8de, Monge, Gay-Lus\u00adsac, Cajas, des Carmes, \u00e9taient aus\u00adsi \u00e9prou\u00adv\u00e9es que la&nbsp;n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Eh bien&nbsp;! je l\u2019avoue, si je d\u00e9plo\u00adrais cet arro\u00adsage pour les vic\u00adtimes qu\u2019il fai\u00adsait, car, apr\u00e8s tout, je n\u2019\u00e9tais pas un monstre, il ne m\u2019\u00e9tait pas fon\u00adci\u00e8\u00adre\u00adment d\u00e9sagr\u00e9able.<\/p>\n<p>Les pi\u00e8ces des appar\u00adte\u00adments ayant vue sur la rue pas\u00adsant pour les plus expo\u00ads\u00e9es, et celles don\u00adnant sur la cour l\u2019\u00e9tant presque autant, mes parents me logeaient, aux heures de bom\u00adbar\u00adde\u00adment, dans un cabi\u00adnet de d\u00e9bar\u00adras meu\u00adbl\u00e9 d\u2019une paillasse. Abri ti\u00e8de et demi-sombre o\u00f9 ma petite voi\u00adsine H\u00e9l\u00e8ne venait me tenir com\u00adpa\u00adgnie. Ses parents, comme les miens, ne s\u2019imaginaient pas que deux enfants de notre \u00e2ge pussent \u00e9bau\u00adcher une idylle. Et, pour\u00adtant, ce fut une idylle tr\u00e8s confuse et \u00e0 peu pr\u00e8s pla\u00adto\u00adnique. Nous pre\u00adnions pr\u00e9\u00adtexte des d\u00e9to\u00adna\u00adtions pour nous ser\u00adrer un peu plus l\u2019un contre l\u2019autre, mais au fond, ce que nous nous moquions des canons prus\u00adsiens&nbsp;! Nous leur avions presque de la reconnaissance.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait tout juste si, lorsqu\u2019ils fai\u00adsaient rel\u00e2che, nous ne r\u00e9cri\u00admi\u00adnions&nbsp;point&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Eh bien&nbsp;! qu\u2019est-ce qu\u2019ils font donc, les paresseux&nbsp;?<\/p>\n<p>Comme quoi le mal\u00adheur des uns fait tou\u00adjours le bon\u00adheur des autres.<\/p>\n<p>Ce bom\u00adbar\u00adde\u00adment, qui s\u2019attaquait non plus \u00e0 des ouvrages mili\u00adtaires, mais \u00e0 un foyer de civi\u00adli\u00adsa\u00adtion s\u00e9cu\u00adlaire et mon\u00addial, pro\u00advo\u00adqua par\u00adtout de path\u00e9\u00adtiques pro\u00adtes\u00adta\u00adtions. Sou\u00addard pi\u00e9\u00adtiste, Guillaume I<sup>er<\/sup> affir\u00adma, sans rire, son huma\u00adni\u00adta\u00adrisme&nbsp;: c\u2019\u00e9tait non pour d\u00e9truire leurs vies, mais pour \u00e9bran\u00adler leur moral et les contraindre \u00e0 une capi\u00adtu\u00adla\u00adtion qui e\u00fbt mis fin \u00e0 la guerre&nbsp;!<\/p>\n<p>D\u00e8s cette \u00e9poque s\u2019annon\u00e7ait dans l\u2019\u00e9tat-major alle\u00admand la doc\u00adtrine que, plus tard, devaient for\u00admu\u00adler dog\u00adma\u00adti\u00adque\u00adment Treit\u00adschke et Bern\u00adhar\u00addi, celle qu\u2019il ne faut pas cher\u00adcher \u00e0 tem\u00adp\u00e9\u00adrer les hor\u00adreurs de la guerre. Plus celle-ci est atroce, plus vite la r\u00e9sis\u00adtance serait bri\u00ads\u00e9e et la paix \u2013 quelle paix&nbsp;! \u2013 r\u00e9tablie.<\/p>\n<p>Si telle avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9el\u00adle\u00adment la pen\u00ads\u00e9e de Guillaume I<sup>er<\/sup> et de ses deux conseillers, Bis\u00admarck et de Moltke, le trio s\u2019\u00e9tait gran\u00adde\u00adment tromp\u00e9.<\/p>\n<p>En enten\u00addant, au lieu du gron\u00adde\u00adment loin\u00adtain des forts et des bat\u00adte\u00adries prus\u00adsiennes croi\u00adsant leurs feux, un ton\u00adnerre conti\u00adnu, accom\u00adpa\u00adgn\u00e9 du sif\u00adfle\u00adment et de l\u2019\u00e9clatement des obus, les Pari\u00adsiens avaient res\u00adsen\u00adti non de l\u2019effroi, mais une sorte de sur\u00adprise amu\u00ads\u00e9e et, d\u00e9j\u00e0 les gamins, saluant de leurs cris joyeux le pas\u00adsage des pro\u00adjec\u00adtiles, se pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adtaient \u00e0 peine ceux-ci explo\u00ads\u00e9s pour en ramas\u00adser les \u00e9clats.<\/p>\n<p>\u00c0 par\u00adtir de ce moment, ma m\u00e8re qui se ren\u00addait rue Dau\u00adben\u00adton tous les deux ou trois jours, y alla quotidiennement.<\/p>\n<p>Les vieilles dames de la pen\u00adsion Como\u00adl\u00e9\u00adra sup\u00adpor\u00adtaient sans grande \u00e9mo\u00adtion le bom\u00adbar\u00adde\u00adment. Quelques-unes, demeu\u00adr\u00e9es confiantes dans le g\u00e9nie de Tro\u00adchu, ins\u00adpi\u00adr\u00e9 par sainte Gene\u00advi\u00e8ve, r\u00e9p\u00e9\u00adtaient sen\u00adten\u00adcieu\u00adse\u00adment le cli\u00adch\u00e9 lan\u00adc\u00e9 dans la cir\u00adcu\u00adla\u00adtion depuis bien\u00adt\u00f4t quatre mois&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Patience, il a un&nbsp;plan&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais, en d\u00e9pit de quelques res\u00adpec\u00adtables momies des deux sexes, m\u00fbres pour le sar\u00adco\u00adphage, la croyance au plan Tro\u00adchu ne sub\u00adsis\u00adtait plus gu\u00e8re dans la population&nbsp;!<\/p>\n<p>Et, m\u00eame dans cette anti\u00adchambre de cime\u00adti\u00e8re qu\u2019\u00e9tait la pen\u00adsions Como\u00adl\u00e9\u00adra, j\u2019ai enten\u00addu une bonne sep\u00adtua\u00adg\u00e9\u00adnaire expri\u00admer avec v\u00e9h\u00e9\u00admence son irres\u00adpect du gouvernement&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Mais qu\u2019attendent-ils donc pour vider les lieux tous ces Jules&nbsp;? (la moi\u00adti\u00e9 de ces diri\u00adgeants, et les plus impo\u00adpu\u00adlaires, se pr\u00e9\u00adnom\u00admaient Jules). Ce n\u2019est pas Gam\u00adbet\u00adta et Tro\u00adchu qu\u2019il faut les appe\u00adler, mais Grand B\u00eata et Torche-Cul&nbsp;!<\/p>\n<p>Car sur Gam\u00adbet\u00adta lui-m\u00eame, quoique \u00e9loi\u00adgn\u00e9, rejaillis\u00adsait l\u2019impopularit\u00e9 de ses coll\u00e8gues.<\/p>\n<p>La dame qui excla\u00admait son indi\u00adgna\u00adtion avec cette ver\u00addeur gau\u00adloise avait pour\u00adtant re\u00e7u une excel\u00adlente \u00e9du\u00adca\u00adtion \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 vivait le g\u00e9n\u00e9\u00adral Cam\u00adbronne. Elle avait appris, comme il \u00e9tait de rigueur alors dans les familles qua\u00adli\u00adfi\u00e9es de \u00ab&nbsp;bonnes&nbsp;\u00bb, \u00e0 pia\u00adno\u00adter, tapis\u00adser et dan\u00adser aux bals offi\u00adciels, o\u00f9 l\u2019on ne pr\u00e9\u00adsen\u00adtait pas encore la valse cha\u00adlou\u00adp\u00e9e et le char\u00adles\u00adton. Mais elle \u00e9tait patriote&nbsp;!<\/p>\n<p>En 1814 ou 1815, sa famille avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9si\u00adgn\u00e9e par\u00admi les plus notables de sa ville lor\u00adraine, qu\u2019occupait Alle\u00admands, Autri\u00adchiens et Russes, pour h\u00e9ber\u00adger un cer\u00adtain nombre d\u2019officiers alli\u00e9s&nbsp;; la dame, alors jeune fille d\u2019une quin\u00adzaine d\u2019ann\u00e9es, avait deman\u00add\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ces guerriers&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Et vous, mon\u00adsieur, \u00e0 quelle nation appartenez-vous&nbsp;?<br> \u2013 \u00c0 celle qui d\u00e9teste le plus les Fran\u00ad\u00e7ais, avait r\u00e9pon\u00addu hai\u00adneu\u00adse\u00adment le malotru.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait Prussien&nbsp;!<\/p>\n<p>V\u2019lan&nbsp;! Une gifle lan\u00adc\u00e9e \u00e0 toute vol\u00e9e l\u2019aveugle.<\/p>\n<p>Il y eut un beau tapage. Les Alle\u00admands ne par\u00adlaient de rien moins que de br\u00fb\u00adler la mai\u00adson. L\u2019affaire finit tou\u00adte\u00adfois par s\u2019arranger.<\/p>\n<p>Cette per\u00adsonne \u00e0 la main leste \u00e9tait ma grand\u2019m\u00e8re, pour\u00adtant si&nbsp;bonne&nbsp;!<\/p>\n<p>J\u2019ai gar\u00add\u00e9 le sou\u00adve\u00adnir d\u2019une pro\u00adme\u00adnade aux Halles avec mes parents, un peu avant ou un peu apr\u00e8s le Nou\u00advel an. Quelques vola\u00adtiles fra\u00ee\u00adche\u00adment occis et d\u2019apparence moyenne s\u2019\u00e9talaient sur la table d\u2019une mar\u00adchande, pour la bourse des nababs, les\u00adquels ne d\u00e9dai\u00adgnaient pas de venir faire eux-m\u00eames leurs emplettes.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re en d\u00e9si\u00adgna&nbsp;un&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Com\u00adbien ce poulet&nbsp;?<br> \u2013 Soixante francs.<\/p>\n<p>Nous lais\u00ads\u00e2mes l\u2019animal emplu\u00adm\u00e9 et pour\u00adsui\u00adv\u00eemes notre route. Le pavillon des l\u00e9gumes \u00e9tait d\u2019un vide d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrant&nbsp;; pour\u00adtant nous fin\u00eemes par d\u00e9cou\u00advrir une demi-dou\u00adzaine de navets gla\u00adc\u00e9s et raide comme la jus\u00adtice, tenant t\u00eate \u00e0 deux bois\u00adseaux de pommes de terre bour\u00adsou\u00adfl\u00e9es de germes.<\/p>\n<p>La plu\u00adpart des mar\u00adchandes ins\u00adtal\u00adl\u00e9es devant leurs tables d\u00e9gar\u00adnies sem\u00adblaient venues l\u00e0 par habi\u00adtude, pour regar\u00adder la mine anxieuse des clients et bavar\u00adder entre&nbsp;elles.<\/p>\n<p>\u2013 Com\u00adbien la livre de beurre&nbsp;?<br> \u2013 Cin\u00adquante francs.<br> \u2013 Et ce poi\u00adreau solitaire&nbsp;?<br> \u2013 Un&nbsp;franc.<\/p>\n<p>Toutes ces r\u00e9ponses sont faites d\u2019un ton p\u00e9remp\u00adtoire. C\u2019est \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser.<\/p>\n<p>Nombre de bour\u00adgeoises, ais\u00e9es avant la guerre et qui ont main\u00adte\u00adnant cong\u00e9\u00addi\u00e9 leur bonne, viennent faire leurs emplettes elles-m\u00eames. Il faut voir l\u2019ironique hos\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 avec laquelle le regard des femmes en che\u00adveux pour\u00adsuit les femmes en chapeau.<\/p>\n<p>C\u2019est sur\u00adtout aux queues pour le pain ou la viande, sta\u00adtion\u00adne\u00adment de plus de deux heures sous la pluie, la neige et les bombes, que cette hos\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e9clate.<\/p>\n<p>\u2013 Eh l\u00e0-bas&nbsp;! la grande au cha\u00adpeau&nbsp;! En a\u2011t-elle un air de marquise&nbsp;!<br> \u2013 Mar\u00adquise de la&nbsp;d\u00e8che&nbsp;!<br> \u2013 \u00c0 la queue&nbsp;! \u00c0 la queue!\u2026 Tu pas\u00adse\u00adras \u00e0 ton&nbsp;tour&nbsp;!<\/p>\n<p>Haine de classe qui cou\u00advait peut-\u00eatre et que les souf\u00adfrances ont fait \u00e9cla\u00adter en l\u2019exasp\u00e9rant. Revanche l\u00e9gi\u00adtime, sans doute, dans sa cause pre\u00admi\u00e8re, cruelle et injuste le plus sou\u00advent dans ses manifestations.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re fait la queue comme presque toutes les Pari\u00adsiennes. Aus\u00adsi loin que remontent mes sou\u00adve\u00adnirs d\u2019enfance, je ne me rap\u00adpelle pas avoir connu \u00e0 mes parents de domes\u00adtiques m\u00e2les ou femelles. Une femme de m\u00e9nage, le plus sou\u00advent la concierge, ou, pour les gros tra\u00advaux, un homme de peine, c\u2019est tout. Ma m\u00e8re, mal\u00adgr\u00e9 son \u00e9du\u00adca\u00adtion soi\u00adgn\u00e9e, n\u2019a jamais vou\u00adlu avoir d\u2019esclave \u00e0 son foyer et la vie r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire de mon p\u00e8re l\u2019a habi\u00adtu\u00e9 \u00e0 se ser\u00advir lui-m\u00eame&nbsp;; il adore d\u2019ailleurs cui\u00adsi\u00adner et, \u00e0 l\u2019instar de Ros\u00adsi\u00adni et d\u2019Alexandre Dumas p\u00e8re, y d\u00e9ploie une vir\u00adtuo\u00adsi\u00adt\u00e9 de gour\u00admet. Conscient de sa valeur dans cette branche de l\u2019activit\u00e9 humaine, jamais il n\u2019a consen\u00adti \u00e0 aban\u00addon\u00adner \u00e0 des mains vul\u00adgaires la confec\u00adtion du macaroni.<\/p>\n<p>Pour\u00adquoi avoir aupr\u00e8s de soi, \u00e0 demeure, des domes\u00adtiques qui, vivant com\u00adpri\u00adm\u00e9s, dans votre ombre, for\u00adc\u00e9\u00adment vous d\u00e9testent, vous \u00e9pient et se moquent de vous si vous les trai\u00adtez sans hauteur.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi pensent mes parents et c\u2019est aus\u00adsi mon sen\u00adti\u00adment. J\u2019ai tou\u00adjours eu hor\u00adreur de me faire ser\u00advir et de regar\u00adder comme mes inf\u00e9\u00adrieurs d\u2019autres \u00eatres humains.<\/p>\n<p>C\u2019est aus\u00adsi ce sen\u00adti\u00adment-l\u00e0 qui m\u2019a tou\u00adjours fait pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrer dans la conver\u00adsa\u00adtion l\u2019usage du fran\u00ad\u00e7ais \u00e0 celui de l\u2019italien. Cette der\u00adni\u00e8re langue, avec toute sa beau\u00adt\u00e9 musi\u00adcale, m\u2019agace \u00e0 la longue par des for\u00admules c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnieuses rap\u00adpe\u00adlant le ser\u00advi\u00adlisme et la flat\u00adte\u00adrie des anciennes cours de la p\u00e9nin\u00adsule. J\u2019ai hor\u00adreur du <i>lei<\/i>, cette troi\u00adsi\u00e8me per\u00adsonne f\u00e9mi\u00adni\u00ads\u00e9e, m\u00eame lorsqu\u2019elle s\u2019adresse \u00e0 un homme, qui sous-entend \u00ab&nbsp;Sa Sei\u00adgneu\u00adrie&nbsp;\u00bb et rem\u00adplace le <i>voi<\/i> dans les rap\u00adports d\u2019inf\u00e9rieur \u00e0 sup\u00e9\u00adrieur ou entre mes\u00adsieurs du beau monde, tan\u00addis que ceux-ci vou\u00advoient d\u00e9dai\u00adgneu\u00adse\u00adment les gens d\u2019un cran au-des\u00adsous d\u2019eux et souf\u00adflettent du <i>tu<\/i> leurs domes\u00adtiques. Le <i>usted<\/i> espa\u00adgnol, qui r\u00e9pond \u00e0 \u00ab&nbsp;Votre Gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb, ne me choque point parce qu\u2019il pr\u00e9\u00adsente plus de r\u00e9ci\u00adpro\u00adci\u00adt\u00e9. De m\u00eame le <i>you<\/i> anglais, qui \u00e9li\u00admine le tutoie\u00adment sauf en langue mys\u00adtique, et le <i>gy <\/i>fla\u00admand qui s\u2019emploie seul pour <i>tu<\/i> et pour <i>vous<\/i> .<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l\u2019allemand, il refl\u00e8te dans sa gram\u00admaire l\u2019esprit hi\u00e9\u00adrar\u00adchique de la soci\u00e9\u00adt\u00e9 d\u2019outre-Rhin.<\/p>\n<p>Avant d\u2019arriver \u00e0 la fin lamen\u00adtable du si\u00e8ge de Paris, je cite\u00adrai un fait divers que rela\u00adta le <i>Rap\u00adpel<\/i>&nbsp;:<\/p>\n<p>Un pas\u00adsant aper\u00ad\u00e7oit, en tra\u00adver\u00adsant le pont des Saints-P\u00e8res, une femme qui tenait un petit chien chau\u00adde\u00adment abri\u00adt\u00e9 sous son man\u00adteau, tout en tra\u00ee\u00adnant par la main un enfant en larmes qui g\u00e9mis\u00adsait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Maman, j\u2019ai froid&nbsp;!&nbsp;\u00bb La m\u00e8re, impas\u00adsible, s\u2019arr\u00eatait de temps \u00e0 autre pour gifler le petit mal\u00adheu\u00adreux. Sans doute his\u00adtoire de le r\u00e9chauffer.<\/p>\n<p>Indi\u00adgn\u00e9, le pas\u00adsant s\u2019approche, arrache le chien \u00e0 sa ma\u00ee\u00adtresse, le jette \u00e0 la Seine et met \u00e0 sa place, sous le man\u00adteau pro\u00adtec\u00adteur, le petit gre\u00adlot\u00adteux en disant \u00e0 la mau\u00advaise m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mar\u00adchez droit&nbsp;! Je vous accom\u00adpagne jusque chez&nbsp;vous&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>De faim, de froid et de mala\u00addie, il p\u00e9rit 40.000 enfants pen\u00addant le si\u00e8ge de&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Sur ces cadavres gran\u00addit la gloire de Guillaume I<sup>er<\/sup>. Le 15 jan\u00advier 1871, le vieux roi de Prusse fut pro\u00adcla\u00adm\u00e9 empe\u00adreur d\u2019Allemagne par les princes sou\u00adve\u00adrains r\u00e9unis au ch\u00e2\u00adteau de Ver\u00adsailles dans la gale\u00adrie des glaces.<\/p>\n<p>Pour\u00adtant, l\u2019esprit de r\u00e9sis\u00adtance de la popu\u00adla\u00adtion pari\u00adsienne demeu\u00adrait in\u00e9bran\u00adlable. Les rares recon\u00adnais\u00adsances au cours des\u00adquelles le gou\u00adver\u00adne\u00adment mili\u00adtaire s\u2019\u00e9tait d\u00e9ci\u00add\u00e9 \u00e0 employer la garde natio\u00adnale avaient mon\u00adtr\u00e9 celle-ci pleine d\u2019\u00e9lan. On lui avait pour\u00adtant don\u00adn\u00e9 comme g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adlis\u00adsime un homme indif\u00adf\u00e9\u00adrent aux uns, ex\u00e9\u00adcr\u00e9 des autres pour son r\u00f4le de r\u00e9ac\u00adteur en juin&nbsp;1848.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait Cl\u00e9\u00adment Tho\u00admas. Celui-ci, com\u00adman\u00addant la cava\u00adle\u00adrie au cours des jour\u00adn\u00e9es tra\u00adgiques, avait, d\u00e9si\u00adgnant de son sabre les h\u00e9ro\u00efques meurt-de-faim des fau\u00adbourgs, ceux m\u00eames qui avaient fon\u00add\u00e9 la R\u00e9pu\u00adblique en f\u00e9vrier, lan\u00adc\u00e9 cet ordre furieux&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Sabrez-moi cette canaille&nbsp;!<\/p>\n<p>La <i>canaille<\/i>, vingt-trois ans plus tard, devait avoir sa revanche.<\/p>\n<p>Mal\u00adgr\u00e9 Tro\u00adchu et ses aco\u00adlytes, ceux qui iden\u00adti\u00adfiaient France et R\u00e9pu\u00adblique per\u00adsis\u00adtaient \u00e0 tenir bon. Les \u00ab&nbsp;guerre-\u00e0-outrance&nbsp;\u00bb devaient les sur\u00adnom\u00admer plus tard en rica\u00adnant, les mili\u00adtaires pro\u00adfes\u00adsion\u00adnels, dont le r\u00f4le s\u2019av\u00e9rait si piteux&nbsp;!<\/p>\n<p>\u2013 La garde natio\u00adnale veut une sai\u00adgn\u00e9e&nbsp;: don\u00adnons-la-lui&nbsp;! d\u00e9cla\u00adra \u00e0 ses col\u00adl\u00e8gues le pi\u00e8tre che\u00adva\u00adlier de sainte Genevi\u00e8ve.<\/p>\n<p>Ce fut la sor\u00adtie de Buzen\u00adval (19 janvier).<\/p>\n<p>Comme celle de Cham\u00adpi\u00adgny, elle fut mar\u00adqu\u00e9e par le m\u00eame \u00e9lan des troupes et la m\u00eame imp\u00e9\u00adri\u00adtie du com\u00adman\u00adde\u00adment. La redoute, la vil\u00adla et la ter\u00adrasse de Mon\u00adtre\u00adtout furent enle\u00adv\u00e9es avec brio puis on t\u00e2ton\u00adna dans le brouillard, lais\u00adsant \u00e0 l\u2019ennemi le temps d\u2019envoyer des ren\u00adforts et de conso\u00adli\u00adder sa r\u00e9sis\u00adtance \u00e0 Buzen\u00adval. Fina\u00adle\u00adment, les bataillons d\u00e9ci\u00adm\u00e9s furent rame\u00adn\u00e9s sur&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>D\u00e8s lors, les plus obs\u00adti\u00adn\u00e9\u00adment cr\u00e9\u00addules devaient voir le proche et inexo\u00adrable d\u00e9noue\u00adment. \u00c0 quelle issue lamen\u00adtable allaient abou\u00adtir tant de souffrances&nbsp;!<\/p>\n<p>Deux jours apr\u00e8s c\u2019\u00e9tait une autre tra\u00adg\u00e9\u00addie&nbsp;: \u00e0 Paris, cette fois. Une fusillade de mobiles bre\u00adtons, embus\u00adqu\u00e9s aux fen\u00eatres de l\u2019H\u00f4tel de Ville, fou\u00addroie une paci\u00adfique mani\u00adfes\u00adta\u00adtion venue deman\u00adder la conti\u00adnua\u00adtion de la r\u00e9sis\u00adtance. Les gens de la \u00ab&nbsp;D\u00e9fense natio\u00adnale&nbsp;\u00bb ne savent rem\u00adpor\u00adter de vic\u00adtoires que sur leurs compatriotes&nbsp;!<\/p>\n<p>Flou\u00adrens et les autres d\u00e9te\u00adnus poli\u00adtiques enfer\u00adm\u00e9s \u00e0 Mazas avaient \u00e9t\u00e9 d\u00e9li\u00advr\u00e9s dans la&nbsp;nuit.<\/p>\n<p>Dans une pro\u00adcla\u00adma\u00adtion, en date du 6 jan\u00advier, le pieux Tro\u00adchu avait d\u00e9cla\u00adr\u00e9 solennellement&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Rien ne fera tom\u00adber les armes de nos mains. Cou\u00adrage, confiance, patrio\u00adtisme. <i>Le gou\u00adver\u00adneur de Paris ne capi\u00adtu\u00adle\u00adra&nbsp;pas&nbsp;!<\/i><\/p>\n<p>Alors que m\u00eame lan\u00adcer le mot de \u00ab&nbsp;capi\u00adtu\u00adla\u00adtion&nbsp;\u00bb c\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trahir&nbsp;!<\/p>\n<p>Au len\u00adde\u00admain de Buzen\u00adval, le tar\u00adtufe d\u00e9mis\u00adsionne comme gou\u00adver\u00adneur de Paris, sup\u00adprime ce poste, passe le com\u00adman\u00adde\u00adment de l\u2019arm\u00e9e \u00e0 son com\u00adp\u00e8re Vinoy, et c\u2019est celui-ci qui signe la capitulation&nbsp;!<\/p>\n<p>Esco\u00adbar n\u2019\u00e9tait pas&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Quel coup de mas\u00adsue pour la popu\u00adla\u00adtion lorsque, le 28 jan\u00advier au matin, on lut sur les murs et dans ceux des jour\u00adnaux que le gou\u00adver\u00adne\u00adment n\u2019avait pas sup\u00adpri\u00adm\u00e9s, la conster\u00adnante nouvelle&nbsp;!<\/p>\n<p>Paris avait \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 nui\u00adtam\u00adment, tra\u00ee\u00adtreu\u00adse\u00adment par les inca\u00adpables qui s\u2019\u00e9taient char\u00adg\u00e9s de le d\u00e9fendre. Les forts, sauf le Mont-Val\u00e9\u00adrien, allaient \u00eatre occu\u00adp\u00e9s par les Alle\u00admands&nbsp;; les armes et canons de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re devaient \u00eatre ren\u00addus. Seule une divi\u00adsion, jug\u00e9e n\u00e9ces\u00adsaire pour main\u00adte\u00adnir \u00ab&nbsp;l\u2019ordre&nbsp;\u00bb, et la garde natio\u00adnale, qu\u2019ont n\u2019e\u00fbt os\u00e9 d\u00e9fier, ne seraient point d\u00e9sarm\u00e9es.<\/p>\n<p>Cette red\u00addi\u00adtion igno\u00admi\u00adnieuse s\u2019accomplit comme un mau\u00advais coup dans les t\u00e9n\u00e8bres. Le der\u00adnier coup de canon fut tir\u00e9 le 27 jan\u00advier, \u00e0 minuit, et, au jour, les Pari\u00adsiens se trou\u00adv\u00e8rent devant le fait accompli.<\/p>\n<p>La ville res\u00adtait morne, comme \u00e9cra\u00ads\u00e9e. Ain\u00adsi, tant de souf\u00adfrances sto\u00ef\u00adque\u00adment sup\u00adpor\u00adt\u00e9es pour en arri\u00adver&nbsp;l\u00e0&nbsp;!<\/p>\n<p>Un bataillon de garde natio\u00adnale vint crier devant l\u2019H\u00f4tel de Ville&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 bas les tra\u00eetres&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le soir, 400 offi\u00adciers de la milice citoyenne, en laquelle s\u2019incarnait l\u2019\u00e2me de Paris, sign\u00e8rent un pacte de r\u00e9sis\u00adtance et \u00e9lirent pour chef Bru\u00adnel, com\u00adman\u00addant du 107<sup>e<\/sup>. C\u2019\u00e9tait un homme \u00e9ner\u00adgique, ancien offi\u00adcier de car\u00adri\u00e8re, que ses opi\u00adnions r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaines avaient fait exclure de l\u2019arm\u00e9e sous l\u2019Empire.<\/p>\n<p>Dans notre quar\u00adtier nous per\u00adce\u00advions l\u2019\u00e9cho, par\u00adfois confus, des mou\u00adve\u00adments qui se pro\u00addui\u00adsaient sur la rive droite. Le 29, \u00e0 notre r\u00e9veil, nous appr\u00eemes que Bru\u00adnel, secon\u00add\u00e9 par un autre r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain, Piaz\u00adza, comme lui offi\u00adcier de la garde natio\u00adnale, avait fait battre le rap\u00adpel et son\u00adner le toc\u00adsin dans quelques arron\u00addis\u00adse\u00adments. Leur but \u00e9tait de se sai\u00adsir des forts avant qu\u2019ils fussent occu\u00adp\u00e9s par les Prus\u00adsiens et r\u00e9or\u00adga\u00adni\u00adser la d\u00e9fense. Mais la nuit \u00e9tait gla\u00adciale et leur appel dans les 10<sup>e<\/sup>, 13<sup>e<\/sup> et 20<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment ne fut gu\u00e8re enten\u00addu&nbsp;: seule\u00adment deux ou trois bataillons se r\u00e9unirent. C\u2019\u00e9tait trop peu et il \u00e9tait trop tard&nbsp;: la ten\u00adta\u00adtive, der\u00adni\u00e8re convul\u00adsion de la d\u00e9fense, avait \u00e9chou\u00e9.<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, Bru\u00adnel fut arr\u00eat\u00e9.<\/p>\n<p>Les forts avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9va\u00adcu\u00e9s le 28, \u00e0 3 heures de l\u2019apr\u00e8s-midi. Les marins, qui avaient tenus pen\u00addant quatre mois sous les canons alle\u00admands, se repli\u00e8rent sur la capi\u00adtale, o\u00f9 la popu\u00adla\u00adtion leur fit cor\u00adt\u00e8ge, et, dans l\u2019air, s\u2019\u00e9leva le refrain d\u2019un chant deve\u00adnu populaire&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 120px;\">Les marins de la R\u00e9publique<br>\nMon\u00adtaient le vais\u00adseau <i>Le Ven\u00adgeur<\/i><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Le sym\u00adbo\u00adlique vais\u00adseau de la Ville de Paris s\u2019\u00e9tait bien iden\u00adti\u00adfi\u00e9 avec le c\u00e9l\u00e8bre navire som\u00adbr\u00e9 dans le com\u00adbat du 13 prai\u00adrial an II, au cri de&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vive la R\u00e9pu\u00adblique&nbsp;!&nbsp;\u00bb Mais, plus heu\u00adreux que <i>Le Ven\u00adgeur<\/i>, et comme le vou\u00adlait sa devise, quoique vain\u00adcu, ou plu\u00adt\u00f4t livr\u00e9, il conti\u00adnuait de flotter&nbsp;!<\/p>\n<p>La capi\u00adtu\u00adla\u00adtion fut sui\u00advie aus\u00adsi\u00adt\u00f4t du ravi\u00adtaille\u00adment&nbsp;: les Anglais furent les pre\u00admiers \u00e0 nous envoyer des vivres.<\/p>\n<p>Quel ravis\u00adse\u00adment lorsqu\u2019on revit le pain blanc au lieu de l\u2019ignoble mix\u00adture de son et d\u2019avoine&nbsp;! Au milieu de la mis\u00e8re g\u00e9n\u00e9\u00adrale quelques pri\u00advi\u00adl\u00e9\u00adgi\u00e9s avaient pu se four\u00adnir clan\u00addes\u00adti\u00adne\u00adment de pain man\u00adgeable, qui e\u00fbt d\u00fb stric\u00adte\u00adment \u00eatre r\u00e9ser\u00adv\u00e9 pour les h\u00f4pi\u00adtaux. Un jour m\u00eame mon p\u00e8re, avec quelques gardes de sa com\u00adpa\u00adgnie, ayant sur\u00adpris un c\u00e9nacle o\u00f9 se dis\u00adtri\u00adbuait en cachette du pain de luxe, \u00e9tait reve\u00adnu \u00e0 la mai\u00adson avec une grosse miche de pain blanc. Quelle bom\u00adbance ce&nbsp;fut&nbsp;!<\/p>\n<p>Et, main\u00adte\u00adnant, des den\u00adr\u00e9es magni\u00adfiques appa\u00adrais\u00adsaient&nbsp;: des harengs saurs, des bo\u00eetes de sar\u00addines, et du vrai sau\u00adcis\u00adson, non plus ce sau\u00adcis\u00adson impos\u00adteur, empli de crot\u00adtin que des mis\u00e9\u00adrables osaient par\u00adfois livrer \u00e0 la consommation&nbsp;!<\/p>\n<p>La vue des pre\u00admi\u00e8res c\u00f4te\u00adlettes nous cau\u00adsa une impres\u00adsion pro\u00adfonde&nbsp;: on avait presque oubli\u00e9 le go\u00fbt du mou\u00adton&nbsp;! Et ce fut un moment auguste celui o\u00f9 mon p\u00e8re d\u00e9po\u00adsa sur notre table, fumant dans un ar\u00f4me com\u00adbi\u00adn\u00e9 de beurre, de par\u00adme\u00adsan et de jus de viande, rele\u00adv\u00e9 de noix de mus\u00adcade \u2013 la tomate seule y man\u00adquait \u2013 un vrai maca\u00adro\u00adni qu\u2019il avait solen\u00adnel\u00adle\u00adment confectionn\u00e9.<\/p>\n<p>Les mer\u00adcan\u00adtis se h\u00e2taient alors de sor\u00adtir de leurs caves les den\u00adr\u00e9es qu\u2019ils avaient lais\u00ads\u00e9 pour\u00adrir, dans l\u2019attente fi\u00e9\u00advreuse du moment o\u00f9 ils pour\u00adraient les vendre leur poids d\u2019or \u00e0 la popu\u00adla\u00adtion affa\u00adm\u00e9e. Com\u00adbien ces fran\u00ad\u00e7ais, hommes d\u2019ordre, \u00e9taient plus ha\u00efs\u00adsables que les sou\u00addards allemands&nbsp;!<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! aucun de ces hon\u00adn\u00eates com\u00admer\u00ad\u00e7ants ne fut accro\u00adch\u00e9 \u00e0 un r\u00e9ver\u00adb\u00e8re. On n\u2019\u00e9tait plus en&nbsp;1793&nbsp;!<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>IX Bom\u00adbar\u00adde\u00adment, famine et capi\u00adtu\u00adla\u00adtion. Les Prus\u00adsiens avaient la fac\u00e9\u00adtie lourde. Pour cadeau de nou\u00advelle ann\u00e9e ils offrirent aux Pari\u00adsiens le bom\u00adbar\u00adde\u00adment, qui com\u00admen\u00ad\u00e7a exac\u00adte\u00adment le 5 jan\u00advier, s\u2019acharnant sur\u00adtout sur les quar\u00adtiers de la rive gauche. Notre 5<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment fut un des mieux vis\u00e9s&nbsp;: le d\u00f4me du Pan\u00adth\u00e9on ser\u00advait de point de mire&nbsp;aux&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":5379,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[469],"tags":[893],"ppma_author":[764],"class_list":["post-3983","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-memoires-dun-libertaire-par-charles-malato-le-peuple-1937-1938","tag-memoires"],"authors":[{"term_id":764,"user_id":98,"is_guest":0,"slug":"charles-malato","display_name":"Charles Malato","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/dec37ae452dae98c83574ffb83b51be776819688ad66aad5025fe8a60d533467?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Malato","first_name":"Charles","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3983"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3983\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9007,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3983\/revisions\/9007"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3983"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=3983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}