{"id":4069,"date":"2020-07-07T06:37:57","date_gmt":"2020-07-07T06:37:57","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/07\/la-question-paysanne\/"},"modified":"2020-07-07T06:37:57","modified_gmt":"2020-07-07T06:37:57","slug":"la-question-paysanne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/07\/la-question-paysanne\/","title":{"rendered":"La question paysanne"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4069?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4069?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Depuis Oli\u00advier de Serres qui lais\u00adsa une grande r\u00e9pu\u00adta\u00adtion d\u2019expert en agro\u00adno\u00admie, bien des pages ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur le pro\u00adbl\u00e8me de la terre. Des pages excel\u00adlentes sous le rap\u00adport du style et du manie\u00adment des \u00ab&nbsp;rap\u00adports sta\u00adtis\u00adtiques&nbsp;\u00bb. On y trouve cepen\u00addant bien peu d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9el si l\u2019on veut bien consi\u00add\u00e9\u00adrer le peu de cas qu\u2019elles font de la trop simple r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 et leur obs\u00adti\u00adna\u00adtion \u00e0 situer le mat\u00e9\u00adriel humain comme un m\u00e9ca\u00adnisme n\u00e9ces\u00adsaire mais de valeur secon\u00addaire. Les auteurs de ces \u00e9crits sont, le plus sou\u00advent, des gens qui dis\u00adsi\u00admulent une pro\u00adfonde igno\u00adrance de la ques\u00adtion qu\u2019ils traitent sous une ava\u00adlanche de titres ron\u00adflants et de dis\u00adtinc\u00adtions \u00e9bou\u00adrif\u00adfantes. Ils rap\u00adpellent tr\u00e8s exac\u00adte\u00adment la s\u00e9millante dame de S\u00e9vi\u00adgn\u00e9 qui consi\u00add\u00e9\u00adrait les tra\u00advaux des champs comme des jeux extr\u00ea\u00adme\u00adment amusants\u2026<\/p>\n<p>Bien dif\u00adf\u00e9\u00adrente est cette bro\u00adchure, inti\u00adtu\u00adl\u00e9e <em>Le Syn\u00addi\u00adca\u00adlisme et le pro\u00adbl\u00e8me pay\u00adsan<\/em>, qui vient de para\u00eetre aux \u00c9di\u00adtions Slim et dont l\u2019auteur reven\u00addique auda\u00adcieu\u00adse\u00adment le titre d\u00e9cri\u00e9 d\u2019ouvrier agri\u00adcole. Cette bro\u00adchure contient plus de bon sens et de savoir r\u00e9el que les \u00e9lu\u00adcu\u00adbra\u00adtions des puis\u00adsants intel\u00adlec\u00adtuels et hono\u00adrables poli\u00adti\u00adciens inca\u00adpables de dis\u00adtin\u00adguer une carotte d\u2019un navet mais par\u00adfai\u00adte\u00adment aptes \u00e0 juger la ques\u00adtion sous l\u2019angle qui abou\u00adtit \u00e0 leur escarcelle.<\/p>\n<p>Pour\u00adtant nous devons for\u00admu\u00adler une r\u00e9serve \u2013 qui n\u2019enl\u00e8ve rien d\u2019ailleurs, aux tr\u00e8s sagaces obser\u00adva\u00adtions d\u00e9ve\u00adlop\u00adp\u00e9es par Paul Camus tout au long de sa bro\u00adchure. L\u2019auteur nous fait la des\u00adcrip\u00adtion d\u2019un monde pay\u00adsan que nous croyons pous\u00ads\u00e9 au noir dans cer\u00adtains de ces aspects. C\u2019est ain\u00adsi qu\u2019il nous parle de ces \u00ab&nbsp;bagnards&nbsp;\u00bb <em>qui font des jour\u00adn\u00e9es de seize heures sans conna\u00eetre ni repos ni dimanches. Ils tra\u00advaillent<\/em>, nous dit-il, <em>d\u00e8s l\u2019\u00e2ge de dix ans jus\u00adqu\u2019au tom\u00adbeau dans ces hon\u00adteuses condi\u00adtions, connais\u00adsant une per\u00adp\u00e9\u00adtuelle sous ali\u00admen\u00adta\u00adtion&nbsp;; ils sont sou\u00advent log\u00e9s dans les \u00e9cu\u00adries sur un gra\u00adbat fait de planches et de paille, sans draps, \u00e0 proxi\u00admi\u00adt\u00e9 des b\u00eates dans un \u00e9tat d\u2019hygi\u00e8ne lamen\u00adtable<\/em>.<\/p>\n<p>Paul Camus tra\u00advaille sans doute dans une r\u00e9gion affreu\u00adse\u00adment d\u00e9sh\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9e qui subit encore ce sys\u00adt\u00e8me d\u2019exploitation qu\u2019il nous sou\u00advient fort bien d\u2019avoir vu en appli\u00adca\u00adtion dans notre enfance. Il a eu tort, tou\u00adte\u00adfois, de pr\u00e9\u00adsen\u00adter ce pitoyable tableau comme la condi\u00adtion g\u00e9n\u00e9\u00adrale des tra\u00advailleurs ruraux. Nous avons par\u00adcou\u00adru et nous connais\u00adsons par\u00adfai\u00adte\u00adment bien des r\u00e9gions essen\u00adtiel\u00adle\u00adment agri\u00adcoles. Nous n\u2019avons trou\u00adv\u00e9 nulle part l\u2019homme bagnard dont parle Camus. Ce mal\u00adheu\u00adreux a dis\u00adpa\u00adru avec la guerre de 1914 qui pro\u00advo\u00adqua une ru\u00e9e des \u00ab&nbsp;sur\u00advi\u00advants&nbsp;\u00bb vers le confort rela\u00adtif des grosses agglo\u00adm\u00e9\u00adra\u00adtions industrielles.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019\u00adhui, si le sort du tra\u00advailleur agri\u00adcole est loin d\u2019\u00eatre brillant, il n\u2019est pas pire que celui du tra\u00advailleur des villes. Les jour\u00adn\u00e9es de tra\u00advail sont g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment beau\u00adcoup plus courtes qu\u2019autrefois. Les enfants vont en classe jus\u00adqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de qua\u00adtorze ans. Les dimanches et jours de f\u00eates sont rigou\u00adreu\u00adse\u00adment ch\u00f4\u00adm\u00e9s. La nour\u00adri\u00adture est accep\u00adtable et le gra\u00adbat d\u2019\u00e9curie \u2013 sauf les sor\u00addides excep\u00adtions dont parle Camus \u2013 n\u2019appartient plus qu\u2019au domaine de la l\u00e9gende. Quant au salaire moyen, il n\u2019est pas inf\u00e9\u00adrieur \u00e0 soixante-dix mille francs par an dans les cam\u00adpagnes du Cha\u00adrol\u00adlais, du Bour\u00adbon\u00adnais, du Niver\u00adnais et de la Sologne, pour ne citer que ces seules r\u00e9gions. Ce chiffre moyen \u2013 le double du chiffre maxi\u00admum cit\u00e9 dans la bro\u00adchure de Paul Camus \u2013 est, bien enten\u00addu, plus qu\u2019insuffisant dans les condi\u00adtions de vie actuelles. Mais le tra\u00advailleur indus\u00adtriel, qui ne peut faire un pas sans avoir le porte-mon\u00adnaie en main, n\u2019est gu\u00e8re mieux&nbsp;plac\u00e9&nbsp;!<\/p>\n<p>Si le seul sou\u00adci d\u2019objectivit\u00e9 nous oblige \u00e0 recon\u00adna\u00eetre que la situa\u00adtion du sala\u00adri\u00e9 agri\u00adcole s\u2019est gran\u00adde\u00adment am\u00e9\u00adlio\u00adr\u00e9e par rap\u00adport aux \u00ab&nbsp;normes&nbsp;\u00bb escla\u00adva\u00adgistes d\u2019avant 1914, il nous faut dire aus\u00adsi qu\u2019on ne sau\u00adrait y voir la mani\u00adfes\u00adta\u00adtion d\u2019un ph\u00e9\u00adno\u00adm\u00e8ne pure\u00adment moral. Ce n\u2019est pas du tout par altruisme, par un mou\u00adve\u00adment du c\u0153ur aus\u00adsi subit que spon\u00adta\u00adn\u00e9, que les employeurs en sont venus \u00e0 rompre avec des habi\u00adtudes s\u00e9cu\u00adlaires qui fai\u00adsaient du sala\u00adri\u00e9 agri\u00adcole un simple \u00e9l\u00e9\u00adment de leur chep\u00adtel. Pour rete\u00adnir une main\u2011d\u2019\u0153uvre qui avait ten\u00addance \u00e0 fuir vers les tra\u00advaux moins rebu\u00adtants des cit\u00e9s, il fal\u00adlait bien appor\u00adter quelque all\u00e9\u00adgeance \u00e0 cette vie grise comme un mur de cimeti\u00e8re.<\/p>\n<p>[|<b>* * * *<\/b>|]<\/p>\n<p>Le pro\u00adbl\u00e8me de la terre est un pro\u00adbl\u00e8me d\u2019importance. La cl\u00e9 n\u2019en est pas, comme cer\u00adtains semblent le croire, dans le d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adment de la tech\u00adnique, la s\u00e9lec\u00adtion des semences ou le meilleur choix des races de b\u00e9tail. C\u2019est avant tout un pro\u00adbl\u00e8me d\u2019ordre psy\u00adcho\u00adlo\u00adgique. Il fau\u00addrait arri\u00adver, et c\u2019est extr\u00ea\u00adme\u00adment dif\u00adfi\u00adcile, \u00e0 convaincre le pay\u00adsan de la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 d\u2019une nou\u00advelle orga\u00adni\u00adsa\u00adtion du monde qui oppo\u00adse\u00adrait la coor\u00addi\u00adna\u00adtion r\u00e9elle des forces pro\u00adduc\u00adtives \u00e0 la pro\u00adduc\u00adtion chao\u00adtique d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Consi\u00add\u00e9\u00adrant l\u2019importance vitale du labeur de la classe pay\u00adsanne, Paul Camus rap\u00adpelle la phrase de Kro\u00adpot\u00adkine qui affir\u00admait qu\u2019une r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ne pou\u00advait r\u00e9us\u00adsir si elle n\u2019\u00e9tait appuy\u00e9e par les pay\u00adsans. C\u2019\u00e9tait aus\u00adsi l\u2019opinion de Reclus et la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe en a d\u00e9mon\u00adtr\u00e9 le bien-fon\u00add\u00e9. Pour n\u2019avoir su se conci\u00adlier les masses pay\u00adsannes, les diri\u00adgeants bol\u00adche\u00adviques durent avoir recours \u00e0 des mesures d\u2019oppression qui ne furent sans doute pas \u00e9tran\u00adg\u00e8res \u00e0 la faillite, aujourd\u2019\u00adhui consom\u00adm\u00e9e, de leur r\u00e9volution.<\/p>\n<p>Les par\u00adtis poli\u00adtiques consi\u00add\u00e8rent la pay\u00adsan\u00adne\u00adrie comme une simple mati\u00e8re \u00e0 pro\u00adpa\u00adgande \u00e9lec\u00adto\u00adrale. Ils ne se contentent plus cepen\u00addant d\u2019envoyer dans les cam\u00adpagnes, \u00e0 \u00e9ch\u00e9ances fixes, ces \u00e9tranges com\u00admis voya\u00adgeurs qui viennent d\u00e9mo\u00adcra\u00adti\u00adque\u00adment saluer l\u2019autochtone, embras\u00adser la mar\u00admaille sale et don\u00adner des coups de cha\u00adpeau aux vaches et aux tas de fumier. Ils \u00e9ditent des jour\u00adnaux qui pr\u00e9\u00adtendent \u00e0 la d\u00e9fense des int\u00e9\u00adr\u00eats pay\u00adsans. Rouges, blancs ou noirs, ces organes affectent d\u2019ignorer qu\u2019il existe un pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat rural dont les int\u00e9\u00adr\u00eats dif\u00adf\u00e8rent quelque peu de ceux de ces gros exploi\u00adtants, tra\u00adfi\u00adquants du mar\u00adch\u00e9 noir, qui ont fait na\u00eetre la l\u00e9gende des les\u00adsi\u00adveuses coffres-forts.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas <em>La Terre<\/em> du bol\u00adche\u00advique Wal\u00addeck Rochet qui donne la note la moins curieuse dans ce buco\u00adlique concert. Si les lec\u00adteurs de l\u2019<em>Huma\u00adni\u00adt\u00e9<\/em> par\u00adcou\u00adraient l\u2019organe \u00ab&nbsp;pay\u00adsan&nbsp;\u00bb du par\u00adti, il en est peut-\u00eatre quelques-uns qui mani\u00adfes\u00adte\u00adraient quelque sur\u00adprise en lisant que la solu\u00adtion de la ques\u00adtion sociale tient tout enti\u00e8re dans la pro\u00adtec\u00adtion de la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 et qu\u2019il n\u2019est de salut pour le monde que dans le \u00ab&nbsp;rel\u00e8\u00adve\u00adment&nbsp;\u00bb des prix du beurre, des \u0153ufs, des fro\u00admages et autres den\u00adr\u00e9es qui font l\u2019objet de pro\u00admesses de baisse aupr\u00e8s du pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat urbain.<\/p>\n<p>Vir\u00adtuoses de la fla\u00adgor\u00adne\u00adrie, les pilotes des rafiots poli\u00adtiques emploient toutes les res\u00adsources de la plus basse d\u00e9ma\u00adgo\u00adgie afin de \u00ab&nbsp;cap\u00adter&nbsp;\u00bb cet \u00e9lec\u00adteur qui peut les pous\u00adser vers les bonnes et grasses pr\u00e9\u00adbendes. Il ne faut point effa\u00adrou\u00adcher ce der\u00adnier avec des pro\u00adcla\u00adma\u00adtions incen\u00addiaires et il est habile de para\u00eetre tenir pour des ver\u00adtus car\u00addi\u00adnales tous les vices et les peti\u00adtesses qui le main\u00adtiennent dans la m\u00e9dio\u00adcri\u00adt\u00e9 de sa condi\u00adtion pr\u00e9sente.<\/p>\n<p>Il est actuel\u00adle\u00adment de bon ton de pr\u00e9\u00adtendre encou\u00adra\u00adger le d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adment de la famille pay\u00adsanne et de dau\u00adber sur l\u2019insuffisance des allo\u00adca\u00adtions fami\u00adliales. En encou\u00adra\u00adgeant cette ten\u00addance au pul\u00adlu\u00adle\u00adment, d\u00e9j\u00e0 trop natu\u00adrelle, tous ces bons ap\u00f4tres ne peuvent man\u00adquer, s\u2019ils ne sont tota\u00adle\u00adment idiots, de pres\u00adsen\u00adtir les effrayantes pers\u00adpec\u00adtives d\u2019un ave\u00adnir qui ram\u00e8\u00adne\u00adra la popu\u00adla\u00adtion cam\u00adpa\u00adgnarde \u2013 l\u2019exutoire des cit\u00e9s ne pou\u00advant plus jouer son r\u00f4le \u2013 au niveau de ces temps, encore peu \u00e9loi\u00adgn\u00e9s, o\u00f9 la b\u00eate humaine n\u2019avait pas m\u00eame droit \u00e0 son soleil&nbsp;!<\/p>\n<p>La poli\u00adtique, la super\u00adsti\u00adtion et la rou\u00adtine s\u2019allient donc pour s\u2019opposer \u00e0 toute \u00e9vo\u00adlu\u00adtion ration\u00adnelle de la ques\u00adtion paysanne&nbsp;!<\/p>\n<p>[|<b>* * * *<\/b>|]<\/p>\n<p>Sauf quelques rares excep\u00adtions le pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat rural, comme la moyenne pay\u00adsan\u00adne\u00adrie dont le sort n\u2019est pas tou\u00adjours plus enviable, est res\u00adt\u00e9, par sur\u00adcro\u00eet, sous la domi\u00adna\u00adtion plus ou moins appa\u00adrente du mythe reli\u00adgieux. C\u2019est une pompe aspi\u00adrante qui absorbe une bonne par\u00adtie des \u00ab&nbsp;acti\u00advi\u00adt\u00e9s sociales&nbsp;\u00bb et des res\u00adsources p\u00e9cu\u00adniaires des vil\u00adla\u00adgeois. Nous nous conten\u00adte\u00adrons de citer comme exemple topique, telle com\u00admune du Niver\u00adnais \u2013 pro\u00advince pour\u00adtant r\u00e9pu\u00adt\u00e9e par cet esprit fron\u00addeur qui nous don\u00adna <em>Mon oncle Ben\u00adja\u00admin<\/em> \u2013 o\u00f9 s\u2019\u00e9panouit cette men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 r\u00e9tro\u00adgrade qui s\u2019opposera encore long\u00adtemps, ne serait-ce que par une cer\u00adtaine iner\u00adtie, \u00e0 une meilleure orga\u00adni\u00adsa\u00adtion du monde. Le conseil muni\u00adci\u00adpal de cette petite com\u00admune de 900 habi\u00adtants vient d\u2019engager une d\u00e9pense de trois mil\u00adlions pour la r\u00e9fec\u00adtion de l\u2019\u00e9glise. Cepen\u00addant les che\u00admins vici\u00adnaux sont dans un \u00e9tat si lamen\u00adtable qu\u2019on les croi\u00adrait rava\u00adg\u00e9s par des bom\u00adbar\u00adde\u00adments d\u2019artillerie, les vil\u00adlages sont d\u00e9pour\u00advus de lavoirs et cer\u00adtaines m\u00e9na\u00adg\u00e8res doivent aller jouer du bat\u00adtoir \u00e0 deux kilo\u00adm\u00e8tres de leur domi\u00adcile. L\u2019eau potable fait d\u00e9faut dans le bourg m\u00eame. Les auto\u00adri\u00adt\u00e9s occu\u00adpantes, qui avaient consta\u00adt\u00e9 que les eaux \u00e9taient pol\u00adlu\u00e9es par l\u2019\u00e9coulement conti\u00adnu du purin et des gadoues, avaient inter\u00addit \u00e0 leurs troupes d\u2019y faire boire les che\u00advaux. Le bon parois\u00adsien, moins d\u00e9li\u00adcat, ingur\u00adgi\u00adte\u00adra jus\u00adqu\u2019aux der\u00adniers sacre\u00adments ce \u00ab&nbsp;bouillon de culture&nbsp;\u00bb, tout heu\u00adreux de sacri\u00adfier agr\u00e9\u00adments, hygi\u00e8ne, san\u00adt\u00e9 pour que soit plus belle la mai\u00adson du Sei\u00adgneur. Ici, on ne choi\u00adsit pas, selon l\u2019exemple c\u00e9l\u00e8bre, entre les bornes fon\u00adtaines et les canons. Le choix se fait plus sim\u00adple\u00adment entre les bornes fon\u00adtaines et les fonts baptismaux&nbsp;!<\/p>\n<p>Le plus curieux, il faut y insis\u00adter, c\u2019est qu\u2019il ne s\u2019agit m\u00eame pas de \u00ab&nbsp;l\u2019abus de pou\u00advoir&nbsp;\u00bb d\u2019un conseil muni\u00adci\u00adpal farou\u00adche\u00adment r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaire. Tout le monde est d\u2019accord, dans cette bien\u00adheu\u00adreuse com\u00admune, lors\u00adqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019\u00c9glise et des pr\u00e9\u00adro\u00adga\u00adtives du pr\u00eatre. Dans ce Cloche-merle o\u00f9 rien n\u2019\u00e9chappe aux regards mal\u00adin\u00adten\u00adtion\u00adn\u00e9s, la Majes\u00adt\u00e9 divine re\u00e7oit pour\u00adtant de s\u00e9rieux accrocs en la per\u00adsonne de son repr\u00e9\u00adsen\u00adtant qui aime la bonne ch\u00e8re et trousse les cotillons comme les joyeux abb\u00e9s liber\u00adtins du temps de Lat\u00adtai\u00adgnant. Les his\u00adtoires rabe\u00adlai\u00adsiennes qui cir\u00adculent sur les com\u00adpor\u00adte\u00adments des quelques pr\u00eatres du voi\u00adsi\u00adnage n\u2019entament point non plus l\u2019attachement des fid\u00e8les qui per\u00adsistent dans leurs \u00ab&nbsp;crain\u00adtives d\u00e9votions&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>D\u2019au\u00adcuns voient dans cet \u00e9tat de choses les r\u00e9sul\u00adtats in\u00e9vi\u00adtables d\u2019une patiente pro\u00adpa\u00adgande reli\u00adgieuse appuy\u00e9e par le bis\u00adtro et tous les com\u00admer\u00ad\u00e7ants qui tirent plus ou moins pro\u00adfit des r\u00e9unions domi\u00adni\u00adcales et des c\u00e9r\u00e9\u00admo\u00adnies cultuelles. Cette expli\u00adca\u00adtion n\u2019est pas suf\u00adfi\u00adsante. En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 cette popu\u00adla\u00adtion a besoin d\u2019illusions qu\u2019elle croit r\u00e9con\u00adfor\u00adtantes. Elle vient les cher\u00adcher l\u00e0 o\u00f9 elle les trouve&nbsp;! C\u2019est ce que Cle\u00admen\u00adceau a si excel\u00adlem\u00adment d\u00e9crit dans ces pas\u00adsages que nous extra\u00adyons d\u2019un de ses livres de la \u00ab&nbsp;bonne \u00e9poque&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Avec un mou\u00adve\u00adment de vague, toutes ces mous\u00adse\u00adlines sur\u00admon\u00adtant des nuques dor\u00e9es s\u2019\u00e9l\u00e8vent ou s\u2019abaissent au signal de la son\u00adnette sacr\u00e9e. Quelles pen\u00ads\u00e9es dans ces t\u00eates de dures tra\u00advailleuses qui tout le jour, pre\u00adnant part aux durs tra\u00advaux de leurs hommes, chargent le fumier sur les \u00e2nes, gra\u00advissent p\u00e9ni\u00adble\u00adment la dune d\u2019un pas alour\u00addi, b\u00eachent le sable ou le creusent de leurs mains pour les semailles ou la r\u00e9colte&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui les am\u00e8ne en ce lieu&nbsp;? Qu\u2019y font-elles&nbsp;? Y trouvent-elles ce qu\u2019elles y viennent cher\u00adcher&nbsp;? Je me pose ces ques\u00adtions. Et je me dis que per\u00adsonne, en dehors de ce vieux pr\u00eatre blanc cour\u00adb\u00e9 devant son Dieu, ne parle \u00e0 ces gens d\u2019autre chose que de l\u2019int\u00e9r\u00eat imm\u00e9\u00addiat, but unique du labeur qui fait toute leur vie. Com\u00adment s\u2019\u00e9tonner si les cr\u00e9a\u00adtures d\u2019instabilit\u00e9 ner\u00adveuse, d\u2019imagination obs\u00adcu\u00adr\u00e9\u00adment tour\u00admen\u00adt\u00e9e, sou\u00advent dou\u00adlou\u00adreuses et criantes, accourent en foule \u00e0 ce temple mys\u00adt\u00e9\u00adrieux, unique monu\u00adment du vil\u00adlage, o\u00f9 dans la fum\u00e9e de l\u2019encens, par\u00admi les cierges \u00e9tin\u00adce\u00adlants, un vieillard pliant sous la cha\u00adsuble d\u2019or les \u00e9meut de sono\u00adri\u00adt\u00e9s apaisantes&nbsp;?\u2026<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Elles ne savent point le sens de ces \u00e9tran\u00adge\u00adt\u00e9s et ne le cherchent pas. Quelque chose s\u2019accomplit en ce lieu qui les arrache pour un ins\u00adtant \u00e0 la terre. C\u2019est assez. D\u2019autres, dans les spec\u00adtacles, dans les r\u00eaves, dans les hautes sp\u00e9\u00adcu\u00adla\u00adtions de l\u2019esprit, \u00e9chappent pour une heure aux mis\u00e8res de la vie, se conso\u00adlant de mirages divers ou de la fier\u00adt\u00e9 de n\u2019\u00eatre point conso\u00adl\u00e9s. Ces res\u00adsources de luxe cita\u00addin ne sont point \u00e0 la por\u00adt\u00e9e des humbles tra\u00advailleurs de la terre. Ils peuvent contri\u00adbuer pour le Louvre, l\u2019Op\u00e9ra, la Com\u00e9\u00addie-Fran\u00ad\u00e7aise ou la Biblio\u00adth\u00e8que natio\u00adnale. Mais rien ne leur revient de ce qu\u2019ils ont don\u00adn\u00e9. On leur offre l\u2019\u00e9glise, le vieux pr\u00eatre et son suisse polo\u00adnais. Ils courent aux pompes du culte faute de&nbsp;mieux\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ce pas\u00adsage du <em>Grand Pan<\/em> s\u2019appliquait \u00e0 la Ven\u00add\u00e9e, cette terre des pr\u00eatres o\u00f9 l\u2019esprit de la vieille chouan\u00adne\u00adrie a du mal \u00e0 s\u2019\u00e9teindre. Il vaut pour d\u2019innombrables r\u00e9gions o\u00f9 les popu\u00adla\u00adtions se ruent vers ces rites obs\u00adcurs et bizarres qui leur apportent un peu de cette po\u00e9\u00adsie qu\u2019ils ne trouvent pas ailleurs et dont l\u2019\u00e2me la plus rudi\u00admen\u00adtaire \u00e9prouve l\u2019inconscient besoin.<\/p>\n<p>La ques\u00adtion pay\u00adsanne ne sera r\u00e9so\u00adlue qu\u2019au jour o\u00f9 le pay\u00adsan sera d\u00e9ga\u00adg\u00e9 de la morne mys\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtion des \u00ab&nbsp;fata\u00adli\u00adt\u00e9s \u00e9ter\u00adnelles&nbsp;\u00bb. Il faut qu\u2019il par\u00adti\u00adcipe vrai\u00adment au \u00ab&nbsp;d\u00e9sir de vivre&nbsp;\u00bb des hommes qui veulent la fin des patries guer\u00adri\u00e8res et l\u2019instauration d\u2019une soci\u00e9\u00adt\u00e9 qui puisse assu\u00adrer \u00e0 tous non seule\u00adment le pain, mais aus\u00adsi des po\u00e8mes et des&nbsp;roses.<\/p>\n<p>[\/\u200bS. <sc>Ver\u00adgine<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis Oli\u00advier de Serres qui lais\u00adsa une grande r\u00e9pu\u00adta\u00adtion d\u2019expert en agro\u00adno\u00admie, bien des pages ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites sur le pro\u00adbl\u00e8me de la terre. Des pages excel\u00adlentes sous le rap\u00adport du style et du manie\u00adment des \u00ab&nbsp;rap\u00adports sta\u00adtis\u00adtiques&nbsp;\u00bb. On y trouve cepen\u00addant bien peu d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9el si l\u2019on veut bien consi\u00add\u00e9\u00adrer le peu de&nbsp;cas&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[503],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-4069","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-defense-de-lhomme-n5-fevrier-1949"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4069","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4069"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4069\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4069"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4069"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4069"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4069"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}