{"id":4077,"date":"2020-07-07T06:38:29","date_gmt":"2020-07-07T06:38:29","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/07\/erreurs-et-dangers-de-lexistentialisme\/"},"modified":"2020-07-07T06:38:29","modified_gmt":"2020-07-07T06:38:29","slug":"erreurs-et-dangers-de-lexistentialisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/07\/erreurs-et-dangers-de-lexistentialisme\/","title":{"rendered":"Erreurs et dangers de l\u2019existentialisme"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4077?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4077?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Il n\u2019entre pas dans notre inten\u00adtion de pr\u00e9\u00adsen\u00adter ici une \u00e9tude phi\u00adlo\u00adso\u00adphique de l\u2019existentialisme. Il y fau\u00addrait tout un volume, car la mati\u00e8re est consi\u00add\u00e9\u00adrable, de Kier\u00adke\u00adgaard \u00e0 Sartre. Notre but est seule\u00adment de mon\u00adtrer vers quels \u00e9cueils conduit la doc\u00adtrine de ce der\u00adnier, en rai\u00adson des erreurs fon\u00adda\u00admen\u00adtales sur quoi elle s\u2019est impru\u00addem\u00adment&nbsp;bas\u00e9e.<\/p>\n<p>Exis\u00adtons-nous&nbsp;? inter\u00adrogent les exis\u00adten\u00adtia\u00adlistes. \u00c0 vrai dire, c\u2019est l\u00e0 une ques\u00adtion dont ils sont \u00e0 peu pr\u00e8s les seuls \u00e0 se pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adper&nbsp;; en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, elle ne tra\u00adcasse gu\u00e8re le com\u00admun des hommes. Mais puisque la ques\u00adtion est pos\u00e9e, voyons un peu com\u00adment Sartre y r\u00e9pond. \u00c0 peu pr\u00e8s comme ceci&nbsp;: Nous ne sommes s\u00fbrs d\u2019exister que parce que nous pour\u00adrions exis\u00adter&nbsp;; l\u2019\u00eatre n\u2019est d\u00e9mon\u00adtr\u00e9 que par le non-\u00eatre. En somme, s\u2019il n\u2019y avait pas la mort, nous ne serions pas s\u00fbrs d\u2019exister. Donc d\u2019apr\u00e8s lui et Hei\u00addeg\u00adger, le sens de la vie r\u00e9side dans l\u2019attente de la mort, le but de l\u2019existence se fixant dans son contraire, c\u2019est-\u00e0-dire la&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Voi\u00adl\u00e0 qui est fort dis\u00adcu\u00adtable puisque la mort, loin d\u2019\u00eatre le but de la vie, n\u2019en est que le d\u00e9noue\u00adment tar\u00addif ou pr\u00e9\u00adma\u00adtu\u00adr\u00e9. Elle ne repr\u00e9\u00adsente donc pas autre chose qu\u2019un acci\u00addent que nous nous \u00e9ver\u00adtuons, d\u2019ailleurs, \u00e0 repous\u00adser le plus loin pos\u00adsible. Dans cette inten\u00adtion on nous voit prendre des pr\u00e9\u00adcau\u00adtions d\u2019hygi\u00e8ne, et m\u00eame avoir recours \u00e0 la m\u00e9de\u00adcine en cas de mala\u00addie. La mort appa\u00adra\u00eet donc plu\u00adt\u00f4t sous les traits d\u2019une enne\u00admie, contre laquelle nous entrons en lutte d\u00e8s qu\u2019elle menace de nous emporter.<\/p>\n<p>Et jus\u00adte\u00adment, le seul fait de lui dis\u00adpu\u00adter l\u2019existence, nous pr\u00e9\u00adserve fort \u00e0 pro\u00adpos du cynique fata\u00adlisme dans quoi versent les exis\u00adten\u00adtia\u00adlistes, et qui se mani\u00adfeste avec outrance chez les per\u00adson\u00adnages que Sartre nous pr\u00e9\u00adsente, tant dans ses romans que dans son th\u00e9\u00e2tre. Ce sont le plus sou\u00advent des \u00eatres bla\u00ads\u00e9s, vicieux et sans scru\u00adpules, com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment d\u00e9pour\u00advus de sens moral, de noblesse, de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 cela notre auteur r\u00e9pond volon\u00adtiers ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous vou\u00adlons une doc\u00adtrine bas\u00e9e sur la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 et non sur un ensemble de belles th\u00e9o\u00adries pleines d\u2019espoir mais sans fon\u00adde\u00adments r\u00e9els.&nbsp;\u00bb Mais alors, qu\u2019est-ce que la v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;? \u00ab&nbsp;Pour qu\u2019il y ait une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 quel\u00adconque, dit-il, il faut une v\u00e9ri\u00adt\u00e9 abso\u00adlue, et celle-ci est simple, facile \u00e0 atteindre, elle est \u00e0 la por\u00adt\u00e9e de tout le monde&nbsp;: elle consiste \u00e0 se sai\u00adsir sans inter\u00adm\u00e9\u00addiaire.&nbsp;\u00bb Et voi\u00adci qui n\u2019est gu\u00e8re fait pour nous avan\u00adcer, croyons-nous.<\/p>\n<p>La posi\u00adtion d\u2019Albert Camus (dont nous n\u2019affirmons pas qu\u2019il soit pro\u00adpre\u00adment exis\u00adten\u00adtia\u00adliste) est dif\u00adf\u00e9\u00adrente. Son <em>Cali\u00adgu\u00adla<\/em> illustre fort bien, semble-t-il, sa propre aven\u00adture&nbsp;: \u00c9c\u0153u\u00adr\u00e9 par le vide de toutes choses, ce jeune empe\u00adreur s\u2019est \u00e9va\u00add\u00e9 dans la cam\u00adpagne, et toutes les recherches pour le retrou\u00adver sont demeu\u00adr\u00e9es vaines. Il revient cepen\u00addant au bout de quelques jours, h\u00e2ve et d\u00e9fait, d\u00e9mo\u00adra\u00adli\u00ads\u00e9 pour n\u2019avoir pas pu d\u00e9cou\u00advrir ce qu\u2019il \u00e9tait par\u00adti cher\u00adcher. Or qu\u2019\u00e9tait-ce&nbsp;? \u00ab&nbsp;Je vou\u00adlais la lune&nbsp;! s\u2019\u00e9crie-t-il, je me suis sen\u00adti tout d\u2019un coup un besoin d\u2019impossible&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 \u00e9vi\u00addem\u00adment un non-sens, car on ne part pas \u00e0 la recherche de ce que l\u2019on sait impos\u00adsible, mais de ce que l\u2019on croit possible.<\/p>\n<p>Natu\u00adrel\u00adle\u00adment, c\u2019est la parole d\u2019un d\u00e9ment&nbsp;; mais d\u2019un d\u00e9ment qui veut \u00eatre un r\u00e9demp\u00adteur et s\u2019est don\u00adn\u00e9 un but&nbsp;: le bon\u00adheur des hommes. Et ce n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas si mal. Le f\u00e2cheux c\u2019est que, en bon para\u00adno\u00efaque, il s\u2019acharne \u00e0 cher\u00adcher ce bon\u00adheur o\u00f9 il est impos\u00adsible qu\u2019il puisse le ren\u00adcon\u00adtrer. \u00ab&nbsp;Il est deux sortes de bon\u00adheur, hurle-t-il, et j\u2019ai choi\u00adsi celui des meur\u00adtriers.&nbsp;\u00bb En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, on aurait aim\u00e9 conna\u00eetre l\u2019autre sorte. Mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 quelque chose que Cali\u00adgu\u00adla recon\u00adnaisse son \u00e9chec&nbsp;; il le fait en ces termes&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019ai pas pris la voie qu\u2019il fal\u00adlait, je n\u2019aboutis \u00e0 rien\u2026 De quoi me sert ce pou\u00advoir \u00e9ton\u00adnant si je ne puis faire que la souf\u00adfrance dimi\u00adnue.&nbsp;\u00bb Et le fait est qu\u2019elle ne ris\u00adquait pas de dimi\u00adnuer, cette souf\u00adfrance, par la ver\u00adtu des assas\u00adsi\u00adnats, des viols et des menaces dont il se rend res\u00adpon\u00adsable. C\u2019est pour\u00adquoi il avoue tris\u00adte\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ma liber\u00adt\u00e9 n\u2019est pas&nbsp;bonne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Pour\u00adtant il faut savoir gr\u00e9 \u00e0 Camus d\u2019avoir mon\u00adtr\u00e9 \u2013 pour si fugi\u00adti\u00adve\u00adment qu\u2019il l\u2019ai fait \u2013 que le but de l\u2019existence n\u2019est autre que le bon\u00adheur&nbsp;; car ce n\u2019est pas si fr\u00e9\u00adquent. Seule\u00adment, au lieu de s\u2019\u00e9\u00adcer\u00adve\u00adler \u00e0 d\u00e9cou\u00advrir les lois de ce bon\u00adheur, il en d\u00e9cr\u00e8te cyni\u00adque\u00adment l\u2019av\u00e8nement impos\u00adsible, et se met \u00e0 c\u00e9l\u00e9\u00adbrer l\u2019absurde avec outrance, notam\u00adment dans \u00ab&nbsp;Le Mythe de Sysiphe&nbsp;\u00bb. Ain\u00adsi sa d\u00e9marche est-elle deve\u00adnue inutile, non par manque de bonne volon\u00adt\u00e9, mais par d\u00e9faut d\u2019imagination.<\/p>\n<p>Du moins a\u2011t-il inves\u00adti\u00adgu\u00e9&nbsp;; tan\u00addis que Sartre, en d\u00e9cr\u00e9\u00adtant l\u2019identit\u00e9 du bien et du mal, part bat\u00adtu, et accepte les cons\u00e9\u00adquences effroyables de l\u2019\u00e9chec. La rai\u00adson en est que son culte est celui de la luci\u00addi\u00adt\u00e9, l\u2019essentiel pour lui \u00e9tant de ne pas \u00eatre dupe. Ces paroles nous en donnent la preuve&nbsp;: \u00ab&nbsp;Dans la mesure o\u00f9 les hommes peuvent croire que leur mis\u00adsion de faire exis\u00adter l\u2019en-soi \u2013 pour-soi est \u00e9crite dans les choses, ils sont condam\u00adn\u00e9s au d\u00e9ses\u00adpoir, car ils d\u00e9couvrent en m\u00eame temps que toutes les acti\u00advi\u00adt\u00e9s humaines sont \u00e9qui\u00adva\u00adlentes, car elles tendent toutes \u00e0 sacri\u00adfier l\u2019homme pour faire sur\u00adgir la cause de soi \u2013 et toutes sont vou\u00e9es au prin\u00adcipe de l\u2019\u00e9chec. Aus\u00adsi revient-il au m\u00eame de s\u2019enivrer ou de conduire les peuples. Si l\u2019une de ces acti\u00advi\u00adt\u00e9s l\u2019emporte sur l\u2019autre, ce ne sera pas \u00e0 cause de son but r\u00e9el, mais \u00e0 cause du degr\u00e9 de conscience qu\u2019elle pos\u00ads\u00e8de de son but id\u00e9al&nbsp;; et dans ce cas il arri\u00adve\u00adra que le qui\u00e9\u00adtisme de l\u2019ivrogne l\u2019emportera sur l\u2019agitation vaine du conduc\u00adteur de peuples.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 un rai\u00adson\u00adne\u00adment sp\u00e9\u00adcieux, parce que bas\u00e9 sur le pos\u00adtu\u00adlat de l\u2019\u00e9chec. Croyant celui-ci in\u00e9vi\u00adtable, Sartre s\u2019empresse de le c\u00e9l\u00e9\u00adbrer avec d\u00e9lec\u00adta\u00adtion. Dans un autre ordre d\u2019id\u00e9e, c\u2019est ce que font tous ceux \u2013 et ils sont innom\u00adbrables \u2013 qui acceptent comme in\u00e9vi\u00adtable une guerre pro\u00adchaine, tout en admet\u00adtant que ses effets pour\u00adraient aller jus\u00adqu\u2019\u00e0 l\u2019an\u00e9antissement de l\u2019humanit\u00e9, et m\u00eame l\u2019\u00e9clatement de la pla\u00adn\u00e8te. Pour\u00adtant, rien ne d\u00e9montre qu\u2019un tel cata\u00adclysme soit in\u00e9vi\u00adtable et qu\u2019on ne puisse sur\u00admon\u00adter l\u2019\u00e9chec uni\u00adver\u00adsel pour cou\u00adrir ensuite \u00e0 la r\u00e9us\u00adsite. Or la r\u00e9us\u00adsite, que ce soit au labo\u00adra\u00adtoire, \u00e0 la cui\u00adsine, sur le ter\u00adrain de sport, en amour ou dans l\u2019organisation du monde, s\u2019accompagne tou\u00adjours de joies petites ou grandes mais qui, en mati\u00e8re de civi\u00adli\u00adsa\u00adtion, pour\u00adraient aller jus\u00adqu\u2019au d\u00e9lire uni\u00adver\u00adsel. Entre le d\u00e9ses\u00adpoir que pro\u00adcure l\u2019\u00e9chec et l\u2019all\u00e9gresse qu\u2019apporte la r\u00e9us\u00adsite, il n\u2019y a \u00e9vi\u00addem\u00adment pas \u00e0 h\u00e9si\u00adter&nbsp;; mais il est clair que opter pour le suc\u00adc\u00e8s, sup\u00adpose l\u2019intention bien d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9e de tra\u00advailler \u00e0 son av\u00e8nement.<\/p>\n<p>On est donc en droit d\u2019accuser Sartre de d\u00e9fai\u00adtisme, d\u2019autant plus qu\u2019il affirme ceci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a pas de d\u00e9ter\u00admi\u00adnisme, l\u2019homme est libre.&nbsp;\u00bb Par cons\u00e9\u00adquent, Sartre avait le choix. Seule\u00adment il se fait de cette liber\u00adt\u00e9 une id\u00e9e sin\u00adgu\u00adli\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous vou\u00adlons la liber\u00adt\u00e9 pour la liber\u00adt\u00e9 et \u00e0 tra\u00advers chaque cir\u00adcons\u00adtance par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re&nbsp;\u00bb, dit-il. Ce qui est un autre non-sens&nbsp;; car enfin, si nous vou\u00adlons la liber\u00adt\u00e9, c\u2019est tout sim\u00adple\u00adment parce que nous ha\u00efs\u00adsons la contrainte&nbsp;; nous la d\u00e9si\u00adrons fina\u00adle\u00adment pour le bon\u00adheur qu\u2019elle doit nous pro\u00adcu\u00adrer. Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019id\u00e9e de liber\u00adt\u00e9, comme celle de la contrainte sont li\u00e9es au pro\u00adbl\u00e8me social. Or nous voyons tou\u00adjours Sartre \u00e9lu\u00adder ce pro\u00adbl\u00e8me, d\u2019abord en phi\u00adlo\u00adsophe hau\u00adtain qui ne daigne pas, puis en homme de lettres plus sou\u00adcieux de c\u00e9l\u00e9\u00adbri\u00adt\u00e9 que de bien commun.<\/p>\n<p>Ceci ne l\u2019emp\u00eache d\u2019ailleurs pas de don\u00adner \u00e0 celui de la liber\u00adt\u00e9 une \u00e9norme impor\u00adtance qui nous vaut d\u2019interminables com\u00admen\u00adtaires, et m\u00eame des d\u00e9mons\u00adtra\u00adtions para\u00addoxales telles que celle-ci&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous exis\u00adtons \u00e0 pro\u00adpor\u00adtion de la liber\u00adt\u00e9 dont nous jouis\u00adsons. Mais en d\u00e9fi\u00adni\u00adtive, je suis en plein exer\u00adcice de ma liber\u00adt\u00e9 lorsque, vide et n\u00e9ant moi-m\u00eame, je n\u00e9an\u00adtis tout ce qui existe.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais \u00e0 cette for\u00admule il n\u2019y a pas lieu de pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrer celle de Camus, disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce monde est sans impor\u00adtance et qui le recon\u00adna\u00eet conquiert la liber\u00adt\u00e9.&nbsp;\u00bb Car ce n\u2019est certes pas par la d\u00e9mons\u00adtra\u00adtion de l\u2019absurde que se conquiert la liber\u00adt\u00e9, mais bien par la conqu\u00eate du bon\u00adheur. Et en effet, s\u2019il est une \u00e9vi\u00addence c\u2019est bien celle-ci, que l\u2019homme heu\u00adreux est libre. Aucun doute ne sau\u00adrait \u00eatre \u00e9mis \u00e0 cet \u00e9gard&nbsp;; car \u00e0 par\u00adtir du moment o\u00f9 tel indi\u00advi\u00addu est heu\u00adreux, il se trouve comme par miracle lib\u00e9\u00adr\u00e9 de ses peines, de ses angoisses, de ses craintes et de ses impa\u00adtiences. Par cons\u00e9\u00adquent le but de l\u2019existence n\u2019est pas plus la mort que la liber\u00adt\u00e9, c\u2019est le bon\u00adheur&nbsp;: \u00ab&nbsp;le plus grand bon\u00adheur du plus grand nombre&nbsp;\u00bb, sui\u00advant la belle for\u00admule de Ben\u00adtham, et donc, par cons\u00e9\u00adquent, le bon\u00adheur uni\u00adver\u00adsel. Ce qui veut dire que c\u2019est \u00e0 l\u2019av\u00e8nement de ce der\u00adnier que nous devons travailler.<\/p>\n<p>Uto\u00adpie&nbsp;! diront cer\u00adtains. Soit. Mais qu\u2019est-ce donc qu\u2019une uto\u00adpie sinon la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 de demain&nbsp;? Comme l\u2019a fort bien dit Ana\u00adtole France&nbsp;: \u00ab&nbsp;Sans les uto\u00adpistes d\u2019autrefois, les hommes seraient encore mis\u00e9\u00adrables et nus dans les cavernes. Ce sont les uto\u00adpistes qui ont tra\u00adc\u00e9 les lignes de la pre\u00admi\u00e8re cit\u00e9. Des r\u00eaves g\u00e9n\u00e9\u00adreux sortent les r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9s bien\u00adfai\u00adsantes. L\u2019utopie est le prin\u00adcipe de tout pro\u00adgr\u00e8s et l\u2019esquisse d\u2019un ave\u00adnir meilleur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Mais bien enten\u00addu, le bon\u00adheur n\u2019adviendra pas tout seul et sans que l\u2019on s\u2019y emploie pas\u00adsion\u00adn\u00e9\u00adment. Or, pour Sartre, \u00ab&nbsp;l\u2019homme est une pas\u00adsion inutile&nbsp;\u00bb, ce qui est une affir\u00adma\u00adtion gra\u00adtuite et non d\u00e9mon\u00adtr\u00e9e. Il faut plu\u00adt\u00f4t croire que l\u2019homme n\u2019est ni bon ni mau\u00advais, mais qu\u2019il \u00e9vo\u00adlue sui\u00advant ce que les m\u0153urs et les cir\u00adcons\u00adtances le poussent \u00e0 deve\u00adnir. Ce qui importe donc, c\u2019est de le diri\u00adger dans la voie des r\u00e9us\u00adsites exal\u00adtantes et r\u00e9con\u00adci\u00adlia\u00adtrices, de l\u2019enthousiasmer en somme, par la pour\u00adsuite d\u2019un bon\u00adheur tou\u00adjours plus grand, tou\u00adjours mieux par\u00adta\u00adg\u00e9, et d\u2019ailleurs ind\u00e9\u00adfi\u00adni\u00adment per\u00adfec\u00adtible. C\u2019est pour\u00adquoi Sartre ne croit pas si bien dire lors\u00adqu\u2019il affirme que \u00ab&nbsp;notre res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 est beau\u00adcoup plus grande que nous ne pou\u00advons le sup\u00adpo\u00adser, car elle engage l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re&nbsp;\u00bb. H\u00e9las&nbsp;! que n\u2019a\u2011t-il mesu\u00adr\u00e9 l\u2019\u00e9tendue et la gra\u00advi\u00adt\u00e9 de sa propre res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 avant de r\u00e9pandre les ensei\u00adgne\u00adments de sa doc\u00adtrine si dan\u00adge\u00adreu\u00adse\u00adment nocive.<\/p>\n<p>\u00c0 cela cer\u00adtains r\u00e9pon\u00addront, il est vrai, que Sartre n\u2019est ni un pr\u00eatre, ni un mora\u00adliste, et qu\u2019il ne se donne pas pour un socio\u00adlogue. C\u2019est un phi\u00adlo\u00adsophe abs\u00adtrait, et il ne faut pas attendre de lui qu\u2019il change les m\u0153urs et qu\u2019il refasse la soci\u00e9\u00adt\u00e9. Le cer\u00adtain c\u2019est qu\u2019il ne s\u2019est pas pro\u00adpo\u00ads\u00e9 de construire une \u00e9thique ou un plan quin\u00adquen\u00adnal&nbsp;; mais on le voit pour\u00adtant prendre posi\u00adtion dans le domaine moral et de la fa\u00e7on la plus mons\u00adtrueuse \u2013 lorsque, citant le mot de Dos\u00adto\u00efevs\u00adky&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si Dieu n\u2019existait pas tout serait per\u00admis a, il ajoute&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u00e0 le point de d\u00e9part de l\u2019existentialisme. En effet, tout est per\u00admis si Dieu n\u2019existe pas, et par cons\u00e9\u00adquent, l\u2019homme est d\u00e9lais\u00ads\u00e9 parce qu\u2019il ne trouve ni en lui ni hors de lui une pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 de s\u2019accrocher\u2026 Aucune morale g\u00e9n\u00e9\u00adrale ne peut vous indi\u00adquer ce qu\u2019il y a \u00e0 faire. Il n\u2019y a pas de signes dans le&nbsp;monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Eh bien&nbsp;! si, il y a des signes dans le monde&nbsp;: des signes d\u2019angoisse et de d\u00e9ses\u00adpoir. Ils r\u00e9sultent de ce que l\u2019humanit\u00e9, d\u00e9sem\u00adpa\u00adr\u00e9e, n\u2019a pas encore su se don\u00adner un but&nbsp;; d\u2019o\u00f9 l\u2019impossibilit\u00e9 o\u00f9 l\u2019on se trouve d\u2019\u00e9tablir les lois d\u2019une morale quel\u00adconque. Mais ce n\u2019est pas une rai\u00adson suf\u00adfi\u00adsante pour ten\u00adter de rui\u00adner l\u2019existence sous pr\u00e9\u00adtexte de la d\u00e9montrer.<\/p>\n<p>\u00c0 cela on pour\u00adrait objec\u00adter que les exis\u00adten\u00adtia\u00adlistes ne pr\u00e9\u00adtendent pas trans\u00adfor\u00admer le monde, mais seule\u00adment prou\u00adver qu\u2019il est absurde. Autant dire que ce sont des d\u00e9mo\u00adlis\u00adseurs d\u00e9nu\u00e9s du sou\u00adci de recons\u00adtruire, ce qui ne laisse pas d\u2019engager gra\u00adve\u00adment leur res\u00adpon\u00adsa\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9. Il est vrai que les phi\u00adlo\u00adsophes se figurent g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment faire \u0153uvre inno\u00adcente en \u00e9cri\u00advant de gros livres dans de petites tours d\u2019ivoire. En cela ils se trompent sou\u00advent, parce que, en ver\u00adtu des com\u00admen\u00adtaires qui ne manquent pas d\u2019en \u00eatre faits, leurs th\u00e9o\u00adries se vul\u00adga\u00adrisent en des\u00adcen\u00addant petit \u00e0 petit de l\u2019abstrait dans le concret. T\u00e9moin l\u2019aventure du peuple alle\u00admand, sub\u00adju\u00adgu\u00e9 par une doc\u00adtrine amal\u00adga\u00admant l\u2019id\u00e9e du devoir obli\u00adga\u00adtoire de Hegel, de noir pes\u00adsi\u00admisme de Scho\u00adpen\u00adhauer, et la volon\u00adt\u00e9 de puis\u00adsance de Nietzsche qui favo\u00adri\u00adsa \u00e9tran\u00adge\u00adment les des\u00adsins d\u2019Hitler par l\u2019ob\u00e9issance aveugle, le m\u00e9pris de la mort et la volon\u00adt\u00e9 de conqu\u00eate suscit\u00e9s.<\/p>\n<p>Rien de tel, il est vrai, chez les existentialistes._ Mais il est ind\u00e9\u00adniable que leur doc\u00adtrine conna\u00eet une vogue excep\u00adtion\u00adnelle du fait qu\u2019elle trouve, mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment, un ter\u00adrain par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment r\u00e9cep\u00adtif en rai\u00adson du d\u00e9sar\u00adroi des popu\u00adla\u00adtions, et du rel\u00e2\u00adche\u00adment des m\u0153urs r\u00e9sul\u00adtant de deux guerres cons\u00e9\u00adcu\u00adtives qui n\u2019ont abou\u00adti \u00e0 aucune solu\u00adtion logique, ni sur\u00adtout humaine. De plus, il faut bien recon\u00adna\u00eetre qu\u2019elle est sans concur\u00adrence, puisque nulle autre n\u2019est annon\u00adc\u00e9e aux mul\u00adti\u00adtudes d\u00e9mo\u00adra\u00adli\u00ads\u00e9es, qui soit capable de faire na\u00eetre en elles une esp\u00e9\u00adrance. Ain\u00adsi, l\u2019existentialisme trouve-t-il la place libre, apr\u00e8s l\u2019\u00e9chec de tous les sys\u00adt\u00e8mes, et c\u2019est sans doute ce qui assure le meilleur de son succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Car il faut bien recon\u00adna\u00eetre que le chris\u00adtia\u00adnisme \u2013 qui long\u00adtemps a suf\u00adfi \u00e0 satis\u00adfaire les c\u0153urs et les esprits \u2013 a fait faillite, puisque les hommes, loin de s\u2019aimer les uns les autres ain\u00adsi qu\u2019il est pres\u00adcrit, se jalousent, se ha\u00efssent et m\u00eame s\u2019entre-tuent.<\/p>\n<p>Il est vrai que, pr\u00e9\u00adtendre ordon\u00adner l\u2019amour imp\u00e9\u00adra\u00adti\u00adve\u00adment est une impru\u00addente gageure. L\u2019amour ne se com\u00admande pas. Aus\u00adsi est-ce bien en vain que les pr\u00eatres invitent leurs fid\u00e8les \u00e0 aimer leurs pro\u00adchains&nbsp;; com\u00adment le pour\u00adraient-ils dans la foire d\u2019empoigne o\u00f9 ils se d\u00e9battent, aiguillon\u00adn\u00e9s par la n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 de s\u2019en\u00adtre\u00add\u00e9\u00adpouiller&nbsp;? Au fait, qu\u2019y a\u2011t-il d\u2019engageant \u00e0 se sacri\u00adfier pour des tra\u00adfi\u00adquants, des \u00e9go\u00efstes ou des gang\u00adsters comme il en est par\u00adtout&nbsp;? Les hommes ne pour\u00adront s\u2019aimer que le jour o\u00f9 l\u2019id\u00e9e de pro\u00adfit indi\u00advi\u00adduel ces\u00adse\u00adra de les tour\u00admen\u00adter. Pour l\u2019heure, elle les entre\u00adtient dans une lutte inces\u00adsante et agres\u00adsive&nbsp;: pour la vie d\u2019abord, pour l\u2019enrichissement abu\u00adsif, ensuite.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la poli\u00adtique, elle est domi\u00adn\u00e9e par un prin\u00adcipe de dis\u00adpute par\u00adti\u00adsane qui l\u2019a condam\u00adn\u00e9e \u00e0 l\u2019impuissance. On ne sau\u00adrait r\u00e9soudre les grands pro\u00adbl\u00e8mes humains par l\u2019effet de la que\u00adrelle \u00e9lec\u00adto\u00adrale et de l\u2019animosit\u00e9 par\u00adle\u00admen\u00adtaire, ni m\u00eame les poser ration\u00adnel\u00adle\u00adment. C\u2019est pour\u00adquoi les gou\u00adver\u00adne\u00adments s\u2019en montrent inca\u00adpables. Or les choses ne vont gu\u00e8re dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment dans ce super\u00adpar\u00adle\u00adment qu\u2019est l\u2019ONU, o\u00f9 s\u2019assemblent des diplo\u00admates et des experts ayant en vue, non pas le bon\u00adheur de l\u2019humanit\u00e9, mais le triomphe de leurs stra\u00adt\u00e9\u00adgies par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8res, ce qui les porte \u00e0 ruser, tem\u00adpo\u00adri\u00adser, et pro\u00adfi\u00adter de toutes les oppor\u00adtu\u00adni\u00adt\u00e9s pour mener au suc\u00adc\u00e8s leurs plans \u00e9go\u00efstes. Aus\u00adsi, ils pour\u00adront bien se ras\u00adsem\u00adbler suc\u00adces\u00adsi\u00adve\u00adment dans toutes les capi\u00adtales du monde, sans jamais arri\u00adver \u00e0 conci\u00adlier leurs app\u00e9\u00adtits en per\u00adp\u00e9\u00adtuel \u00e9tat d\u2019antagonisme.<\/p>\n<p>Et pour ce qui est des mora\u00adlistes, il faut recon\u00adna\u00eetre qu\u2019ils ont, eux aus\u00adsi, \u00e9chou\u00e9, tant dans leur pro\u00adpos de r\u00e9gle\u00admen\u00adter les m\u0153urs que d\u2019assurer le conten\u00adte\u00adment de cha\u00adcun. La rai\u00adson en est qu\u2019ils n\u2019ont consi\u00add\u00e9\u00adr\u00e9 le pro\u00adbl\u00e8me que sous son aspect indi\u00advi\u00adduel&nbsp;: vivez selon les r\u00e8gles de la ver\u00adtu, disent-ils en somme, et vous serez heu\u00adreux. Mais si cette pro\u00adpo\u00adsi\u00adtion valait peut-\u00eatre du temps d\u2019Aristote et d\u2019\u00c9picure, il n\u2019en est plus de m\u00eame aujourd\u2019\u00adhui. La civi\u00adli\u00adsa\u00adtion s\u2019est tel\u00adle\u00adment com\u00adpli\u00adqu\u00e9e, les int\u00e9\u00adr\u00eats s\u2019y sont contra\u00addic\u00adtoi\u00adre\u00adment si fort enche\u00adv\u00ea\u00adtr\u00e9s, que le bon\u00adheur indi\u00advi\u00adduel ne peut plus se conce\u00advoir iso\u00adl\u00e9\u00adment. Il est d\u00e9sor\u00admais deve\u00adnu impos\u00adsible d\u2019\u00eatre heu\u00adreux les uns sans les autres. Et ce qui est vrai des indi\u00advi\u00addus, l\u2019est aus\u00adsi des peuples, tant ils sont deve\u00adnus \u00e9troi\u00adte\u00adment soli\u00addaires les uns des autres. C\u2019est pour\u00adquoi le mora\u00adliste doit aujourd\u2019\u00adhui c\u00e9der la place au sociologue.<\/p>\n<p>Mais pour cela, il fau\u00addrait qu\u2019il y en eut. Car enfin on ne peut d\u00e9cem\u00adment don\u00adner ce titre \u00e0 des gens concen\u00adtr\u00e9s dans l\u2019observation des choses du pas\u00ads\u00e9. Quel int\u00e9\u00adr\u00eat le com\u00adpor\u00adte\u00adment des peu\u00adplades pri\u00admi\u00adtives ou des popu\u00adla\u00adtions du si\u00e8cle der\u00adnier peut-il bien pr\u00e9\u00adsen\u00adter pour r\u00e9soudre les gigan\u00adtesques pro\u00adbl\u00e8mes uni\u00adver\u00adsels qui se dressent devant nous&nbsp;? Aucun, \u00e9vi\u00addem\u00adment. Ces tra\u00advaux ne peuvent avoir qu\u2019un int\u00e9\u00adr\u00eat pure\u00adment his\u00adto\u00adrique. Or, a dit Paul Val\u00e9\u00adry, \u00ab&nbsp;L\u2019histoire n\u2019enseigne rien car elle donne des exemples de tout&nbsp;\u00bb. Il serait grand temps que des n\u00e9e-socio\u00adlogues s\u2019avisent de fon\u00adder une science sociale ax\u00e9e sur la d\u00e9cou\u00adverte des solu\u00adtions ration\u00adnelles et dyna\u00admiques qui per\u00admet\u00adtraient de tra\u00adcer le plan d\u2019une civi\u00adli\u00adsa\u00adtion meilleure o\u00f9 l\u2019existence puisse enfin deve\u00adnir heureuse.<\/p>\n<p>Mais, reve\u00adnons \u00e0 Sartre. \u00ab&nbsp;Nagu\u00e8re a\u2011t-il \u00e9crit, les phi\u00adlo\u00adsophes \u00e9taient atta\u00adqu\u00e9s seule\u00adment par les autres phi\u00adlo\u00adsophes. Le vul\u00adgaire n\u2019y com\u00adpre\u00adnait rien et ne s\u2019en sou\u00adciait pas. Main\u00adte\u00adnant on fait des\u00adcendre la phi\u00adlo\u00adso\u00adphie sur la place publique.&nbsp;\u00bb Le cer\u00adtain c\u2019est que Sartre s\u2019y trouve lui-m\u00eame aujourd\u2019\u00adhui, et il n\u2019y a aucun doute qu\u2019il y ren\u00adcontre une audience excep\u00adtion\u00adnelle. Il en pro\u00adfite pour r\u00e9pandre ses th\u00e9o\u00adries, et pour ten\u00adter de d\u00e9mon\u00adtrer que l\u2019existentialisme est un huma\u00adnisme. Mais, qu\u2019entend-il par huma\u00adnisme&nbsp;? Selon lui, \u00ab&nbsp;c\u2019est une th\u00e9o\u00adrie qui prend l\u2019homme comme fin et comme valeur sup\u00e9\u00adrieure&nbsp;\u00bb. Mais alors, qu\u2019est-ce que l\u2019homme&nbsp;? C\u2019est un \u00eatre qui se dis\u00adtingue par ceci qu\u2019il \u00ab&nbsp;est constam\u00adment hors de lui-m\u00eame&nbsp;; c\u2019est en se pro\u00adje\u00adtant et en se per\u00addant hors de lui qu\u2019il fait exis\u00adter l\u2019homme, et d\u2019autre part, c\u2019est en pour\u00adsui\u00advant des buts trans\u00adcen\u00addants qu\u2019il peut exis\u00adter&nbsp;\u00bb. Il reste \u00e0 savoir quels sont ces buts, et s\u2019ils sont trans\u00adcen\u00addants. Or le seul que nous pr\u00e9\u00adsente Sartre c\u2019est la liber\u00adt\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;une liber\u00adt\u00e9 qui d\u00e9pend enti\u00e8\u00adre\u00adment de la liber\u00adt\u00e9 des autres&nbsp;\u00bb. Il n\u2019y a vrai\u00adment pas l\u00e0 de quoi exal\u00adter qui que ce soit, ni mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment, de quoi r\u00e9soudre le pro\u00adbl\u00e8me social qui pour\u00adtant pr\u00e9\u00adoc\u00adcupe les hommes universellement.<\/p>\n<p>Cela dit, venons-en main\u00adte\u00adnant au point o\u00f9 se r\u00e9v\u00e8le l\u2019erreur capi\u00adtale de l\u2019existentialisme ath\u00e9e. Sartre nous dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il ne peut y avoir de v\u00e9ri\u00adt\u00e9 autre, au point de d\u00e9part, que celle-ci&nbsp;: je pense donc je suis.&nbsp;\u00bb Bien. Mais si nous y regar\u00addons de plus pr\u00e8s, nous nous aper\u00adce\u00advons qu\u2019il y a une mul\u00adti\u00adtude de fa\u00e7ons \u00ab&nbsp;d\u2019\u00eatre&nbsp;\u00bb. Ain\u00adsi, nous pou\u00advons \u00eatre riche ou pauvre, malade ou en bonne san\u00adt\u00e9, sur\u00adme\u00adn\u00e9 ou oisif, etc., etc. \u00c0 la limite nous venons \u2013 dans cet ordre de choses \u2013 buter sur deux extr\u00eames qui s\u2019opposent, et qui sont incon\u00adtes\u00adta\u00adble\u00adment&nbsp;: l\u2019existence la plus mal\u00adheu\u00adreuse qui puisse \u00eatre, et l\u2019existence la plus heu\u00adreuse qui puisse \u00eatre. Or, l\u2019observation la plus \u00e9l\u00e9\u00admen\u00adtaire nous am\u00e8ne \u00e0 cette d\u00e9cou\u00adverte, c\u2019est que tous ceux dont l\u2019existence est mal\u00adheu\u00adreuse s\u2019efforcent \u2013 sans excep\u00adtion \u2013 vers son contraire. Or quel est le contraire du mal\u00adheur&nbsp;? c\u2019est \u00e9vi\u00addem\u00adment le bon\u00adheur. Donc le but de l\u2019existence \u2013 de toutes les exis\u00adtences \u2013 ne sau\u00adrait \u00eatre autre chose que le bon\u00adheur, et m\u00eame le bon\u00adheur maxi\u00admum. Que les exis\u00adten\u00adtia\u00adlistes n\u2019aient pas su dis\u00adcer\u00adner une si grande \u00e9vi\u00addence, c\u2019est pro\u00adpre\u00adment incom\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsible, et m\u00eame tragique.<\/p>\n<p>Main\u00adte\u00adnant, si cette d\u00e9mons\u00adtra\u00adtion pour\u00adtant per\u00adti\u00adnente \u2013 appa\u00adrais\u00adsait insuf\u00adfi\u00adsante aux yeux de cer\u00adtains, il nous suf\u00adfi\u00adrait de reprendre la for\u00admule de Des\u00adcartes pour d\u00e9plo\u00adrer qu\u2019au lieu de dire \u00ab&nbsp;Je pense donc je suis&nbsp;\u00bb il n\u2019ait pas dit plu\u00adt\u00f4t&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je souffre donc je suis.&nbsp;\u00bb Car il n\u2019y a aucun doute que la souf\u00adfrance est une cer\u00adti\u00adtude indis\u00adcu\u00adtable puisque, h\u00e9las, tout le monde l\u2019\u00e9prouve t\u00f4t ou tard dans sa chair ou dans son c\u0153ur, et qu\u2019on ne sau\u00adrait tout de m\u00eame souf\u00adfrir sans exis\u00adter. Mais si on admet que la souf\u00adfrance d\u00e9montre l\u2019existence, on est obli\u00adg\u00e9 d\u2019admettre aus\u00adsi que la joie peut la d\u00e9mon\u00adtrer au moins aus\u00adsi bien puisque, comme nous venons de le voir, qui \u00e9prouve la souf\u00adfrance s\u2019empresse de la fuir pour conqu\u00e9\u00adrir son contraire, le bon\u00adheur. Et \u00e0 mesure que l\u2019int\u00e9ress\u00e9 r\u00e9us\u00adsit pro\u00adgres\u00adsi\u00adve\u00adment dans cette conqu\u00eate, l\u2019existence devient pour lui&nbsp;: tout d\u2019abord sup\u00adpor\u00adtable, puis agr\u00e9able, et fina\u00adle\u00adment exal\u00adtante. \u00c0 ce moment-l\u00e0 la for\u00admule \u00ab&nbsp;J\u2019exulte donc je suis&nbsp;\u00bb devient, mieux que toute autre, pro\u00adbante \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la&nbsp;vie.<\/p>\n<p>Si, par l\u2019effet d\u2019un heu\u00adreux miracle, il \u00e9tait appa\u00adru \u00e0 Kier\u00adke\u00adgaard, et ensuite \u00e0 ses suc\u00adces\u00adseurs, que le bon\u00adheur est le but supr\u00eame \u2013 et m\u00eame magni\u00adfique \u2013 de l\u2019existence, l\u2019id\u00e9e ne leur serait jamais venue de d\u00e9mon\u00adtrer celle-ci par la mort, ni de glo\u00adri\u00adfier l\u2019absurde au prix de l\u2019angoisse et du d\u00e9ses\u00adpoir. Et alors, tout natu\u00adrel\u00adle\u00adment, l\u2019existentialisme se serait chan\u00adg\u00e9 en un bon\u00adheu\u00adrisme dyna\u00admique et vivi\u00adfiant gr\u00e2ce auquel il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 facile de d\u00e9cou\u00advrir les lois du bon\u00adheur una\u00adnime, ain\u00adsi que leurs meilleures r\u00e8gles d\u2019application. Peut-\u00eatre les choses se seraient-elles pas\u00ads\u00e9es ain\u00adsi si seule\u00adment les exis\u00adten\u00adtia\u00adlistes avaient \u00e9cou\u00adt\u00e9 Pas\u00adcal disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tous les hommes recherchent d\u2019\u00eatre heu\u00adreux&nbsp;; cela est sans excep\u00adtion. Quelques dif\u00adf\u00e9\u00adrents moyens qu\u2019ils emploient, ils tendent tous \u00e0 ce but. La volon\u00adt\u00e9 ne fait jamais la moindre d\u00e9marche que vers cet objet. C\u2019est le motif de toutes les actions de tous les hommes, jus\u00adqu\u2019\u00e0 ceux qui vont se pendre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! l\u2019id\u00e9e de bon\u00adheur est demeu\u00adr\u00e9e com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment \u00e9tran\u00adg\u00e8re \u00e0 Sartre&nbsp;; il n\u2019en parle jamais, sinon par d\u00e9ri\u00adsion. Ain\u00adsi dans \u00ab&nbsp;Les Mouches&nbsp;\u00bb fait-il dire \u00e0 Jupi\u00adter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! l\u2019ennui si quo\u00adti\u00addien du bon\u00adheur&nbsp;!&nbsp;\u00bb Ce qui est non seule\u00adment un cynique contre-sens, mais encore un affreux blas\u00adph\u00e8me. Sans doute cette lacune r\u00e9sulte-t-elle d\u2019une regret\u00adtable absence de sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9. Il semble que la luci\u00addi\u00adt\u00e9 ait d\u00e9vo\u00adr\u00e9 chez Sartre toute capa\u00adci\u00adt\u00e9 d\u2019\u00e9motion, de ten\u00addresse, de g\u00e9n\u00e9\u00adro\u00adsi\u00adt\u00e9. Au contraire, nous le voyons d\u2019un c\u0153ur gla\u00adc\u00e9 tor\u00adtu\u00adrer \u00e0 plai\u00adsir ses per\u00adson\u00adnages, les perdre de vices, les rou\u00adler dans le men\u00adsonge, le drame, et m\u00eame l\u2019immondice. Mais il y a peut-\u00eatre encore plus grave chez lui, et c\u2019est son manque d\u2019imagination. On en trouve la preuve fla\u00adgrante dans cet ouvrage qui, bien qu\u2019intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019Imagination&nbsp;\u00bb, dis\u00adserte lon\u00adgue\u00adment de l\u2019image et de la fa\u00e7on dont elle s\u2019enregistre dans la m\u00e9moire, mais jamais de l\u2019imagination cr\u00e9a\u00adtrice, qui n\u2019y est m\u00eame pas men\u00adtion\u00adn\u00e9e. Pour lui, l\u2019imagination est un ins\u00adtru\u00adment \u00e0 moudre le pas\u00ads\u00e9, et non \u00e0 \u00e9cha\u00adfau\u00adder le futur. La cr\u00e9a\u00adtion, l\u2019invention, le laissent indif\u00adf\u00e9\u00adrent, c\u2019est l\u2019analyse qui l\u2019accapare, pour ce qu\u2019elle lui montre l\u2019absurdit\u00e9 de toutes choses&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est absurde que nous soyons n\u00e9s et il est absurde que nous mour\u00adrions&nbsp;\u00bb, \u00e9crit-il, et c\u2019est une bien sinistre abdication.<\/p>\n<p>Le plus grave, c\u2019est que, au lieu de conti\u00adnuer \u00e0 mono\u00adlo\u00adguer dans des ouvrages de phi\u00adlo\u00adso\u00adphie tels que \u00ab&nbsp;L\u2019\u00catre et le N\u00e9ant&nbsp;\u00bb, dont les 700 pages rebutent les mieux inten\u00adtion\u00adn\u00e9s, il est des\u00adcen\u00addu, comme il dit, sur la place publique&nbsp;; mais sans pour autant appor\u00adter le moindre ensei\u00adgne\u00adment uti\u00adli\u00adsable dans le social. De cela il convient d\u2019ailleurs en ces termes dans la conclu\u00adsion de cet ouvrage&nbsp;: \u00ab&nbsp;Toutes ces ques\u00adtions, qui nous ren\u00advoient \u00e0 la r\u00e9flexion pure et non com\u00adplice, ne peuvent trou\u00adver leur r\u00e9ponse que sur le ter\u00adrain moral. Nous y consa\u00adcre\u00adrons un pro\u00adchain ouvrage.&nbsp;\u00bb Mais Sartre l\u2019\u00e9crira-t-il jamais ce trai\u00adt\u00e9 de morale&nbsp;? On peut se le deman\u00adder vu l\u2019orientation facile qu\u2019il a choi\u00adsie vers le roman et le th\u00e9\u00e2tre. Et \u00e0 voir com\u00adment ces \u0153uvres, loin de lut\u00adter contre la d\u00e9com\u00adpo\u00adsi\u00adtion ambiante, l\u2019acceptent, l\u2019encouragent, et donc tendent \u00e0 l\u2019aggraver, il est per\u00admis de s\u2019alarmer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ce que pour\u00adrait conte\u00adnir ce trai\u00adt\u00e9, tant il est \u00e0 redou\u00adter qu\u2019il y pro\u00adnonce son habi\u00adtuel \u00e9loge de l\u2019absurde.<\/p>\n<p>D\u2019au\u00adtant plus que Sartre ne para\u00eet nul\u00adle\u00adment r\u00e9si\u00adgn\u00e9 \u00e0 l\u2019attentisme, puis\u00adqu\u2019on le voit tout au contraire pr\u00ea\u00adcher l\u2019engagement&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019existentialisme est un opti\u00admisme, une doc\u00adtrine d\u2019action&nbsp;\u00bb, s\u2019\u00e9crie-t-il. Seule\u00adment il oublie de mon\u00adtrer en quoi r\u00e9side cet opti\u00admisme et en quoi consiste cette action. Peu importe, il insiste en disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si on a une th\u00e9o\u00adrie d\u2019engagement, il faut s\u2019engager jus\u00adqu\u2019au bout.&nbsp;\u00bb Mais s\u2019engager \u00e0 quoi&nbsp;? Est-ce \u00e0 c\u00e9l\u00e9\u00adbrer l\u2019absurde, accep\u00adter le d\u00e9ses\u00adpoir et r\u00e9pandre le cynisme&nbsp;? H\u00e9las&nbsp;! Sartre y excelle, et les r\u00e9sul\u00adtats de sa pro\u00adpa\u00adgande sont des plus redou\u00adtables, vu les ravages qu\u2019elle accom\u00adplit chez cer\u00adtains jeunes, les\u00adquels, d\u00e9ga\u00adg\u00e9s de tous scru\u00adpules et de tous \u00ab&nbsp;pr\u00e9\u00adju\u00adg\u00e9s&nbsp;\u00bb, se livrent alors \u00e0 une d\u00e9bauche d\u00e9gra\u00addante et trop faci\u00adle\u00adment contagieuse.<\/p>\n<p>Que cette doc\u00adtrine vienne \u00e0 se pro\u00adpa\u00adger serait d\u2019autant plus d\u00e9so\u00adlant qu\u2019il y a dans tout \u00eatre humain de magni\u00adfiques tr\u00e9\u00adsors de d\u00e9voue\u00adment, d\u2019enthousiasme, de g\u00e9n\u00e9\u00adro\u00adsi\u00adt\u00e9 en puis\u00adsance, qui ne demandent qu\u2019\u00e0 s\u2019employer, Mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment l\u2019occasion leur en est rare\u00adment offerte, sauf de loin en loin sur les champs de bataille, ce qui est pire que tout. Et d\u2019ailleurs on remarque chez les peuples une grande las\u00adsi\u00adtude \u00e0 l\u2019endroit de tout cet h\u00e9ro\u00efsme qui leur est p\u00e9rio\u00addi\u00adque\u00adment deman\u00add\u00e9 pour rien, puisque tout est per\u00adp\u00e9\u00adtuel\u00adle\u00adment \u00e0 recom\u00admen\u00adcer. C\u2019est pour\u00adquoi il est temps d\u2019apporter autre chose qui soit capable de faire lever le souffle des grandes esp\u00e9\u00adrances r\u00e9demptrices.<\/p>\n<p>Et quoi donc&nbsp;? deman\u00adde\u00adra-t-on. Eh bien mais le pro\u00adgramme d\u2019une civi\u00adli\u00adsa\u00adtion nou\u00advelle, duquel se d\u00e9ga\u00adge\u00adrait une pro\u00admesse de bon\u00adheur si \u00e9vi\u00addente, que les masses humaines se mon\u00adtre\u00adraient pr\u00eates \u00e0 se d\u00e9vouer pour sa meilleure r\u00e9us\u00adsite. Il y a en cha\u00adcun de nous un besoin imp\u00e9\u00adrieux de se jeter \u00e0 l\u2019eau pour quelque chose qui en vaille la peine. Ce quelque chose ce devrait \u00eatre le bon\u00adheur una\u00adnime. Or, celui-l\u00e0, il nous est don\u00adn\u00e9 de le voir main\u00adte\u00adnant \u00e0 notre por\u00adt\u00e9e, depuis que les sciences nous ont pro\u00adcu\u00adr\u00e9 le pou\u00advoir de dis\u00adci\u00adpli\u00adner \u00e0 notre pro\u00adfit les forces de la nature. Il ne nous reste plus d\u00e9sor\u00admais qu\u2019\u00e0 les coor\u00addon\u00adner, puis \u00e0 dis\u00adci\u00adpli\u00adner les n\u00f4tres propres&nbsp;: ces forces int\u00e9\u00adrieures qui sont toutes puis\u00adsantes, mais que nous ne savons pas encore uti\u00adli\u00adser pour le bien commun.<\/p>\n<p>Le jour o\u00f9 nous y serons par\u00adve\u00adnus, nous assis\u00adte\u00adrons \u00e0 la r\u00e9con\u00adci\u00adlia\u00adtion uni\u00adver\u00adselle&nbsp;: la vraie, celle des c\u0153urs, laquelle nous appor\u00adte\u00adra la paix d\u00e9fi\u00adni\u00adtive, dans l\u2019amour retrou\u00adv\u00e9 et le bon\u00adheur fra\u00adter\u00adnel. Il est mons\u00adtrueux d\u2019affirmer, comme le font Hei\u00addeg\u00adger et Sartre, que nous sommes \u00ab&nbsp;des \u00eatres pour la mort&nbsp;\u00bb. En v\u00e9ri\u00adt\u00e9, nous sommes \u00ab&nbsp;des \u00eatres pour le bon\u00adheur&nbsp;\u00bb, et ce que nous atten\u00addons de l\u2019existence n\u2019est autre chose que ce bon\u00adheur. C\u2019est lui que sou\u00adhaite l\u2019humanit\u00e9 tout enti\u00e8re depuis le fond des si\u00e8cles&nbsp;; seule\u00adment, elle ne le sait pas encore. Le moment est venu de le lui apprendre, afin d\u2019allumer en elle la flamme des enthou\u00adsiasmes intr\u00e9\u00adpides et fer\u00advents, sans laquelle rien de grand ne sau\u00adrait s\u2019accomplir dans notre pauvre monde en mal de novation.<\/p>\n<p>[\/\u200bBernard <sc>Malan<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il n\u2019entre pas dans notre inten\u00adtion de pr\u00e9\u00adsen\u00adter ici une \u00e9tude phi\u00adlo\u00adso\u00adphique de l\u2019existentialisme. Il y fau\u00addrait tout un volume, car la mati\u00e8re est consi\u00add\u00e9\u00adrable, de Kier\u00adke\u00adgaard \u00e0 Sartre. Notre but est seule\u00adment de mon\u00adtrer vers quels \u00e9cueils conduit la doc\u00adtrine de ce der\u00adnier, en rai\u00adson des erreurs fon\u00adda\u00admen\u00adtales sur quoi elle s\u2019est impru\u00addem\u00adment&nbsp;bas\u00e9e. 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