{"id":4094,"date":"2020-07-10T07:15:14","date_gmt":"2020-07-10T07:15:14","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/10\/letat-major-de-la-pensee\/"},"modified":"2020-07-10T07:15:14","modified_gmt":"2020-07-10T07:15:14","slug":"letat-major-de-la-pensee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/10\/letat-major-de-la-pensee\/","title":{"rendered":"L\u2019\u00c9tat-major de la pens\u00e9e"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4094?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4094?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Tout le peuple des lettres \u00e9tait mobi\u00adli\u00ads\u00e9. On ne dis\u00adtin\u00adguait plus les per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s. Les Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s for\u00admaient comme un minis\u00adt\u00e8re de l\u2019intelligence domes\u00adti\u00adqu\u00e9e&nbsp;; il avait pour office de r\u00e9di\u00adger les actes du ma\u00eetre et patron, l\u2019\u00c9tat. Les dif\u00adf\u00e9\u00adrents ser\u00advices se recon\u00adnais\u00adsaient \u00e0 leurs d\u00e9for\u00adma\u00adtions professionnelles.<\/p>\n<p>Les pro\u00adfes\u00adseurs de lettres \u00e9taient sur\u00adtout experts au d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adment moral, en trois points, au syl\u00adlo\u00adgisme ora\u00adtoire. Ils avaient la manie de sim\u00adpli\u00adfi\u00adca\u00adtion exces\u00adsive dans le rai\u00adson\u00adne\u00adment, se payaient de grands mots pour rai\u00adsons, et abu\u00adsaient des id\u00e9es claires, peu nom\u00adbreuses, tou\u00adjours les m\u00eames, sans ombres, sans nuances, et sans vie. Ils les d\u00e9cro\u00adchaient \u00e0 l\u2019arsenal d\u2019une soi-disant anti\u00adqui\u00adt\u00e9 clas\u00adsique, dont la clef \u00e9tait jalou\u00adse\u00adment gar\u00add\u00e9e, au cours des \u00e2ges, par des g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtions de mame\u00adlouks aca\u00add\u00e9\u00admiques. \u00c0 les bien exa\u00admi\u00adner, ces id\u00e9es \u00e9lo\u00adquentes et vieillies, qu\u2019on nom\u00admait, par abus, \u00ab&nbsp;huma\u00adni\u00adt\u00e9s&nbsp;\u00bb, encore que sur beau\u00adcoup de points elles bles\u00adsassent le bon sens et le c\u0153ur de l\u2019humanit\u00e9 d\u2019au\u00adjourd\u2019\u00adhui, avaient re\u00e7u l\u2019estampille de l\u2019\u00c9tat Romain, pro\u00adto\u00adtype de tous les \u00c9tats euro\u00adp\u00e9ens. Leurs inter\u00adpr\u00e8tes atti\u00adtr\u00e9s \u00e9taient des rh\u00e9\u00adteurs modernes, au ser\u00advice incons\u00adcient de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p>Les phi\u00adlo\u00adsophes r\u00e9gnaient dans la construc\u00adtion abs\u00adtraite. Ils avaient l\u2019art d\u2019expliquer le concret par l\u2019abstrait, le r\u00e9el par son ombre, de sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adti\u00adser quelques obser\u00adva\u00adtions h\u00e2tives, par\u00adtia\u00adle\u00adment choi\u00adsies, et, dans leurs alam\u00adbics, d\u2019en extraire des lois pour r\u00e9gir l\u2019univers&nbsp;; ils s\u2019appliquaient \u00e0 asser\u00advir la vie mul\u00adtiple et chan\u00adgeante \u00e0 l\u2019unit\u00e9 de l\u2019esprit \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire de <em>leur<\/em> esprit. Cet imp\u00e9\u00adria\u00adlisme de la rai\u00adson \u00e9tait favo\u00adri\u00ads\u00e9 par les roue\u00adries com\u00adplai\u00adsantes d\u2019un m\u00e9tier sophis\u00adtique, rom\u00adpu au manie\u00adment des id\u00e9es&nbsp;; ils savaient les tirer, \u00e9ti\u00adrer, tordre et nouer ensemble, comme des p\u00e2tes de gui\u00admauve&nbsp;: ce n\u2019est pas \u00e0 eux qu\u2019il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 dif\u00adfi\u00adcile de faire pas\u00adser un cha\u00admeau par le trou d\u2019une aiguille&nbsp;! Ils pou\u00advaient aus\u00adsi bien prou\u00adver le blanc que le noir, et trou\u00advaient \u00e0 volon\u00adt\u00e9 dans Emma\u00adnuel Kant la liber\u00adt\u00e9 du monde, ou le mili\u00adta\u00adrisme prussien.<\/p>\n<p>Quant aux his\u00adto\u00adriens, ils \u00e9taient les scribes n\u00e9s, les notaires et avou\u00e9s de l\u2019\u00c9tat, pr\u00e9\u00adpo\u00ads\u00e9s \u00e0 la garde de ses chartes, de ses titres et pro\u00adc\u00e8s, et arm\u00e9s jus\u00adqu\u2019aux dents pour les chi\u00adcanes futures\u2026 L\u2019histoire&nbsp;! Qu\u2019est-ce que l\u2019histoire&nbsp;? L\u2019histoire du suc\u00adc\u00e8s, la d\u00e9mons\u00adtra\u00adtion du fait accom\u00adpli, qu\u2019il soit injuste ou juste&nbsp;! Les vain\u00adcus n\u2019ont pas d\u2019histoire. Silence \u00e0 vous, Perses de Sala\u00admine, esclaves de Spar\u00adta\u00adcus, Gau\u00adlois, Arabes de Poi\u00adtiers, Albi\u00adgeois, Irlan\u00addais, Indiens des deux Am\u00e9\u00adriques, et races colo\u00adniales&nbsp;!\u2026 Quand un homme de bien, en butte aux injus\u00adtices de son temps, met, pour se conso\u00adler, son espoir dans la pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9, il se ferme les yeux sur le peu de moyens qu\u2019a cette pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 d\u2019\u00eatre ins\u00adtruite des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments pas\u00ads\u00e9s. Elle n\u2019en conna\u00eet que ce que les pro\u00adcu\u00adreurs de l\u2019histoire offi\u00adcielle jugent avan\u00adta\u00adgeux \u00e0 l\u00e0 cause de leur client, l\u2019\u00c9tat. \u00c0 moins que n\u2019intervienne l\u2019avocat de la par\u00adtie adverse \u2013 soit d\u2019une autre nation, soit d\u2019un groupe, social ou reli\u00adgieux oppri\u00adm\u00e9. Mais il y a peu de chances&nbsp;: car le pot aux roses est bien&nbsp;gard\u00e9&nbsp;!<\/p>\n<p>Rh\u00e9\u00adteurs, sophistes, et pro\u00adc\u00e9\u00addu\u00adriers&nbsp;: les trois classes pro\u00adfes\u00adsion\u00adnelles aux Facul\u00adt\u00e9s des Lettres, des Lettres de l\u2019\u00c9tat, vis\u00e9es et patent\u00e9es.<\/p>\n<p>Les \u00ab&nbsp;scien\u00adti\u00adfiques&nbsp;\u00bb seraient, par leurs \u00e9tudes, un peu mieux \u00e0 l\u2019abri des sug\u00adges\u00adtions et des conta\u00adgions du dehors, \u2013 s\u2019ils res\u00adtaient dans leur m\u00e9tier. Mais on les en a fait sor\u00adtir. Les appli\u00adca\u00adtions des sciences ont pris une telle place dans la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 pra\u00adtique que les savants se sont vus jet\u00e9s aux pre\u00admiers rangs de l\u2019action. Il leur a bien fal\u00adlu subir les contacts infec\u00adtieux de l\u2019esprit public. Leur amour-propre s\u2019est trou\u00adv\u00e9 direc\u00adte\u00adment int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9 \u00e0 la vic\u00adtoire de la com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9, et celle-ci englobe aus\u00adsi bien l\u2019h\u00e9ro\u00efsme des sol\u00addats que les folies de l\u2019opinion et les men\u00adsonges des publi\u00adcistes. Bien peu ont eu la force de s\u2019en d\u00e9ga\u00adger. La plu\u00adpart y ont appor\u00adt\u00e9 la rigueur, la rai\u00addeur de l\u2019esprit g\u00e9o\u00adm\u00e9\u00adtrique, \u2013 avec les riva\u00adli\u00adt\u00e9s pro\u00adfes\u00adsion\u00adnelles qui sont tou\u00adjours aigu\u00ebs entre les corps savants des dif\u00adf\u00e9\u00adrents&nbsp;pays.<\/p>\n<p>Quant aux purs \u00e9cri\u00advains, po\u00e8tes, roman\u00adciers, sans attaches offi\u00adcielles, ils devraient avoir le b\u00e9n\u00e9\u00adfice de leur ind\u00e9\u00adpen\u00addance. Fort peu, mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment, sont en \u00e9tat de juger par eux-m\u00eames d\u2019\u00e9v\u00e9nements qui d\u00e9passent les limites de leurs pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adpa\u00adtions habi\u00adtuelles, esth\u00e9\u00adtiques ou com\u00admer\u00adciales. La plu\u00adpart, et non des moins illustres, sont igno\u00adrants comme des carpes. Le mieux serait qu\u2019ils res\u00adtassent can\u00adton\u00adn\u00e9s dans leur rayon de bou\u00adtique&nbsp;; et leur ins\u00adtinct natu\u00adrel les y main\u00adtien\u00addrait. Mais leur vani\u00adt\u00e9 a \u00e9t\u00e9 sot\u00adte\u00adment taqui\u00adn\u00e9e, sol\u00adli\u00adci\u00adt\u00e9e de se m\u00ealer aux affaires publiques et de dire leur mot sur l\u2019univers. Ils ne peuvent rien en dire qu\u2019\u00e0 tort et \u00e0 tra\u00advers. \u00c0 d\u00e9faut de juge\u00adments per\u00adson\u00adnels, ils s\u2019inspirent des grands cou\u00adrants. Leurs r\u00e9ac\u00adtions sous le choc sont extr\u00ea\u00adme\u00adment vives, car ils sont ultra-sen\u00adsibles et d\u2019une vani\u00adt\u00e9 mala\u00addive, qui, lors\u00adqu\u2019elle ne peut expri\u00admer de pen\u00ads\u00e9es propres, exa\u00adg\u00e8re les pen\u00ads\u00e9es des autres. C\u2019est la seule ori\u00adgi\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9 dont ils dis\u00adposent, et Dieu sait qu\u2019ils en&nbsp;usent&nbsp;!<\/p>\n<p>Que reste-t-il&nbsp;? Les gens d\u2019\u00c9glise&nbsp;? Ce sont ceux qui manient les plus gros explo\u00adsifs&nbsp;: les id\u00e9es de Jus\u00adtice, de V\u00e9ri\u00adt\u00e9, de Bien, de Dieu&nbsp;; et ils mettent cette artille\u00adrie au ser\u00advice de leurs pas\u00adsions. Leur orgueil insen\u00ads\u00e9, dont ils n\u2019ont m\u00eame pas conscience, s\u2019arroge la pro\u00adpri\u00e9\u00adt\u00e9 de Dieu et le droit exclu\u00adsif de le d\u00e9bi\u00adter en gros et en d\u00e9tail. Ils ne manquent pas tant de sin\u00adc\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9, de ver\u00adtu, ou m\u00eame de bon\u00adt\u00e9, qu\u2019ils ne manquent d\u2019humilit\u00e9. Ils n\u2019en ont aucune, bien qu\u2019ils la pro\u00adfessent. Celle qu\u2019ils pra\u00adtiquent consiste \u00e0 ado\u00adrer leur nom\u00adbril, refl\u00e9\u00adt\u00e9 dans le Tal\u00admud, la Bible, ou l\u2019\u00c9vangile. Ce sont des monstres d\u2019orgueil. Ils ne sont pas si loin du fou l\u00e9gen\u00addaire, qui se croyait Dieu le P\u00e8re&nbsp;! Est-il beau\u00adcoup moins fou et moins dan\u00adge\u00adreux de se croire son inten\u00addant, ou bien son secr\u00e9taire&nbsp;?<\/p>\n<p>Cle\u00adram\u00adbault \u00e9tait sai\u00adsi du carac\u00adt\u00e8re mor\u00adbide de la gent intel\u00adlec\u00adtuelle. La pr\u00e9\u00adpon\u00add\u00e9\u00adrance qu\u2019ont prise chez une caste bour\u00adgeoise les facul\u00adt\u00e9s d\u2019organisation et d\u2019expression de la pen\u00ads\u00e9e a quelque chose de t\u00e9ra\u00adto\u00adlo\u00adgique. L\u2019\u00e9quilibre vital est d\u00e9truit. C\u2019est une bureau\u00adcra\u00adtie de l\u2019esprit qui se croit tr\u00e8s sup\u00e9\u00adrieure au simple tra\u00advailleur. Certes, elle est utile\u2026 Qui songe \u00e0 le nier&nbsp;? Elle amasse, elle classe la pen\u00ads\u00e9e dans ses casiers&nbsp;; elle en fait des construc\u00adtions vari\u00e9es. Mais qu\u2019il lui vient rare\u00adment \u00e0 l\u2019id\u00e9e de v\u00e9ri\u00adfier les mat\u00e9\u00adriaux qu\u2019elle met en \u0153uvre et de renou\u00adve\u00adler le conte\u00adnu de la pen\u00ads\u00e9e&nbsp;! Elle reste la gar\u00addienne vani\u00adteuse d\u2019un tr\u00e9\u00adsor d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9.<\/p>\n<p>Si du moins cette erreur \u00e9tait inof\u00adfen\u00adsive&nbsp;! Mais les id\u00e9es qu\u2019on ne confronte point constam\u00adment avec la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, celles qui ne baignent pas \u00e0 toute heure dans le flot de l\u2019exp\u00e9rience vivante, prennent, en se des\u00ads\u00e9\u00adchant, des carac\u00adt\u00e8res toxiques. Elles \u00e9tendent sur la vie nou\u00advelle leur ombre lourde, qui fait la nuit, qui donne la fi\u00e8vre\u2026<\/p>\n<p>Stu\u00adpide envo\u00fb\u00adte\u00adment des mots abs\u00adtraits&nbsp;! \u00c0 quoi sert-il de d\u00e9tr\u00f4\u00adner les rois, et quel droit de railler ceux qui meurent pour leurs ma\u00eetres, si c\u2019est pour leur sub\u00adsti\u00adtuer des enti\u00adt\u00e9s tyran\u00adniques qu\u2019on rev\u00eat de leurs ori\u00adpeaux&nbsp;? Mieux vaut encore un monarque en chair et en os, qu\u2019on voit, qu\u2019on tient, et qu\u2019on peut sup\u00adpri\u00admer&nbsp;! Mais ces abs\u00adtrac\u00adtions, ces des\u00adpotes invi\u00adsibles, que nul ne conna\u00ee\u00adtra, ni n\u2019a connus jamais&nbsp;!\u2026 Car nous n\u2019avons affaire qu\u2019aux grands Eunuques, aux pr\u00eatres d\u2019un \u00ab&nbsp;cro\u00adco\u00addile cach\u00e9&nbsp;\u00bb (ain\u00adsi que le nom\u00admait Taine), aux ministres intri\u00adgants qui font par\u00adler l\u2019idole \u00e0 leur gr\u00e9&nbsp;! Ah&nbsp;! que le voile se d\u00e9chire et que nous connais\u00adsions la b\u00eate qui se dis\u00adsi\u00admule en nous&nbsp;! Il y aurait moins de dan\u00adger pour l\u2019homme \u00e0 \u00eatre une franche brute qu\u2019\u00e0 habiller sa bru\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un id\u00e9a\u00adlisme men\u00adteur et mala\u00addif. Il n\u2019\u00e9limine pas ses ins\u00adtincts ani\u00admaux&nbsp;; mais il les d\u00e9i\u00adfie. Il les id\u00e9a\u00adlise et t\u00e2che de les expli\u00adquer. Comme il ne le peut sans les sou\u00admettre \u00e0 une sim\u00adpli\u00adfi\u00adca\u00adtion exces\u00adsive, (c\u2019est une loi de son esprit qui, pour com\u00adprendre, d\u00e9truit autant qu\u2019il prend), il les d\u00e9na\u00adture et les oriente en les inten\u00adsi\u00adfiant, dans un sens unique. Tout ce qui s\u2019\u00e9carte de cette direc\u00adtion impo\u00ads\u00e9e, tout ce qui g\u00eane la logique \u00e9troite de sa construc\u00adtion men\u00adtale, il fait plus que le nier, il le sac\u00adcage, il en d\u00e9cr\u00e8te la des\u00adtruc\u00adtion, au nom de sacr\u00e9s prin\u00adcipes. De l\u00e0 que, dans l\u2019infinit\u00e9 vivante de la nature, il op\u00e8re des abat\u00adtis immenses, pour lais\u00adser sub\u00adsis\u00adter les seuls arbres de pen\u00ads\u00e9e qu\u2019il a \u00e9lus, et qui se d\u00e9ve\u00adloppent dans le d\u00e9sert et les ruines qui les entourent, \u2013 mons\u00adtrueu\u00adse\u00adment. Tel le d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adment acca\u00adblant, \u00e9touf\u00adfant, d\u2019une cer\u00adtaine forme de la Famille, de la Patrie, et de la morale bor\u00adn\u00e9e, aveugle, tyran\u00adnique, qui est mise \u00e0 leur ser\u00advice. Le mal\u00adheu\u00adreux en est fier&nbsp;; et il en est vic\u00adtime&nbsp;! L\u2019humanit\u00e9 qui se mas\u00adsacre n\u2019oserait plus le faire pour ses seuls int\u00e9\u00adr\u00eats. Des int\u00e9\u00adr\u00eats, elle ne se vante point, mais elle se vante de ses Id\u00e9es, qui sont mille fois plus meur\u00adtri\u00e8res. L\u2019homme voit dans les Id\u00e9es, pour les\u00adquelles iI com\u00adbat, sa sup\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9 d\u2019homme. Et j\u2019y vois sa folie. L\u2019id\u00e9alisme guer\u00adrier est une mala\u00addie qui lui est propre. Ses effets sont pareils \u00e0 ceux de l\u2019alcoolisme, dont l\u2019intoxication d\u00e9t\u00e9\u00adriore le cer\u00adveau. Il cen\u00adtuple la m\u00e9chan\u00adce\u00adt\u00e9 et la cri\u00admi\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9. Il inter\u00adpose entre la sen\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 natu\u00adrelle et les \u00eatres vivants des hal\u00adlu\u00adci\u00adna\u00adtions, et il sacri\u00adfie \u00e0 celles-ci, ceux-l\u00e0.<\/p>\n<p>\u2026 L\u2019extraordinaire spec\u00adtacle, vu de l\u2019int\u00e9rieur des cr\u00e2nes&nbsp;! Une nu\u00e9e de fan\u00adt\u00f4mes, qui fument des cer\u00adveaux fi\u00e9\u00advreux&nbsp;: Jus\u00adtice, Liber\u00adt\u00e9, Droit, Patrie\u2026 Tous ces pauvres cer\u00adveaux \u00e9ga\u00adle\u00adment sin\u00adc\u00e8res, tous accu\u00adsant les autres de ne l\u2019\u00eatre point De cette lutte fan\u00adtas\u00adtique entre des ombres l\u00e9gen\u00addaires, on ne voit rien au-dehors que les convul\u00adsions et les cris de l\u2019animal humain, pos\u00ads\u00e9\u00add\u00e9 par les trou\u00adpeaux de d\u00e9mons\u2026 Au-des\u00adsous des nu\u00e9es char\u00adg\u00e9es d\u2019\u00e9clairs, o\u00f9 com\u00adbattent de grands oiseaux furieux, les r\u00e9a\u00adlistes, les gens d\u2019affaires, comme des poux dans une toi\u00adson, grouillent et rongent&nbsp;: gueules avides, mains rapaces, exci\u00adtant sour\u00adnoi\u00adse\u00adment les folies qu\u2019ils exploitent, sans les partager\u2026<\/p>\n<p>O Pen\u00ads\u00e9e, fleur mons\u00adtrueuse et splen\u00addide, qui pousse sur l\u2019humus des ins\u00adtincts obs\u00adcurs et s\u00e9cu\u00adlaires&nbsp;!\u2026 Tu es un \u00e9l\u00e9\u00adment. Tu p\u00e9n\u00e8tres l\u2019homme, tu l\u2019impr\u00e8gnes&nbsp;; mais tu ne viens pas de lui&nbsp;; ta source lui \u00e9chappe, et ta force le d\u00e9passe. \u2013 Les sens de l\u2019homme sont \u00e0 peu pr\u00e8s adap\u00adt\u00e9s \u00e0 sa vie et \u00e0 l\u2019usage pra\u00adtique. Sa pen\u00ads\u00e9e ne l\u2019est point. Elle le d\u00e9borde, elle l\u2019affole, elle l\u2019\u00e9crase. Un nombre infi\u00adni\u00adment res\u00adtreint d\u2019\u00eatres r\u00e9us\u00adsissent \u00e0 se diri\u00adger sur son tor\u00adrent. Mais l\u2019\u00e9norme masse est entra\u00ee\u00adn\u00e9e au hasard, \u00e0 toute vol\u00e9e. Sa puis\u00adsance for\u00admi\u00addable n\u2019est pas au ser\u00advice de l\u2019homme. Mais l\u2019homme t\u00e2che de s\u2019en ser\u00advir, et le plus grand dan\u00adger est qu\u2019il croit qu\u2019il s\u2019en sert. Il est comme un enfant qui manie des explo\u00adsifs. Il n\u2019y a pas de pro\u00adpor\u00adtion entre ces engins colos\u00adsaux et les cir\u00adcons\u00adtances enfan\u00adtines de la vie o\u00f9 les mains d\u00e9biles de l\u2019homme les emploie. Par\u00adfois ils font tout sauter\u2026<\/p>\n<p>Com\u00adment parer au dan\u00adger&nbsp;? \u00c9touf\u00adfer la pen\u00ads\u00e9e, arra\u00adcher les id\u00e9es ivres&nbsp;? Ce serait ch\u00e2\u00adtrer l\u2019homme de son cer\u00adveau, le pri\u00adver de sa prin\u00adci\u00adpale exci\u00adta\u00adtion \u00e0 la vie. Et pour\u00adtant, il y a dans l\u2019eau-de-vie de la pen\u00ads\u00e9e un poi\u00adson d\u2019autant plus redou\u00adtable qu\u2019il est r\u00e9pan\u00addu dans les masses, en drogues fre\u00adla\u00adt\u00e9es\u2026 Homme, d\u00e9fends-toi&nbsp;! Debout&nbsp;! Tu es saoul&nbsp;! Secoue l\u2019ivresse. R\u00e9veille-toi&nbsp;! Regarde, connais-toi et les autres&nbsp;! Sors des id\u00e9es, fais-foi libre de ta propre pen\u00ads\u00e9e&nbsp;! Apprends \u00e0 domi\u00adner ta gigan\u00adto-machie, ces fan\u00adt\u00f4mes enra\u00adg\u00e9s qui s\u2019entred\u00e9chirent\u2026 Patrie, Droit, Liber\u00adt\u00e9, Grandes D\u00e9esses, nous vous d\u00e9cou\u00adron\u00adne\u00adrons d\u2019abord de vos majus\u00adcules. Des\u00adcen\u00addez de l\u2019Olympe dans la cr\u00e8che, et venez sans orne\u00adments, sans armes, riches de votre seule beau\u00adt\u00e9 et de votre seul amour&nbsp;!\u2026 Je ne connais point des dieux Jus\u00adtice, Liber\u00adt\u00e9. Je connais mes fr\u00e8res hommes et, je connais leurs actes, tan\u00adt\u00f4t justes, tan\u00adt\u00f4t injustes. Et je connais les peuples, qui sont tous d\u00e9nu\u00e9s de vraie liber\u00adt\u00e9, mais qui tous y aspirent et qui tous, plus ou moins, se laissent opprimer.<\/p>\n<p>[\/\u200bRomain <sc>Rol\u00adland<\/sc>.<br>\n(Extrait de \u00ab&nbsp;<em>L\u2019Un contre Tous<\/em>&nbsp;\u00bb.)\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Tout le peuple des lettres \u00e9tait mobi\u00adli\u00ads\u00e9. On ne dis\u00adtin\u00adguait plus les per\u00adson\u00adna\u00adli\u00adt\u00e9s. Les Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s for\u00admaient comme un minis\u00adt\u00e8re de l\u2019intelligence domes\u00adti\u00adqu\u00e9e&nbsp;; il avait pour office de r\u00e9di\u00adger les actes du ma\u00eetre et patron, l\u2019\u00c9tat. Les dif\u00adf\u00e9\u00adrents ser\u00advices se recon\u00adnais\u00adsaient \u00e0 leurs d\u00e9for\u00adma\u00adtions pro\u00adfes\u00adsion\u00adnelles. Les pro\u00adfes\u00adseurs de lettres \u00e9taient sur\u00adtout experts au d\u00e9ve\u00adlop\u00adpe\u00adment moral, en&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[330],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-4094","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notre-voix-na2-13-avril-1919"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4094","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4094"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4094\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4094"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4094"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4094"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4094"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}