{"id":4096,"date":"2020-07-10T07:15:18","date_gmt":"2020-07-10T07:15:18","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/10\/sanatorium\/"},"modified":"2020-07-10T07:15:18","modified_gmt":"2020-07-10T07:15:18","slug":"sanatorium","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2020\/07\/10\/sanatorium\/","title":{"rendered":"Sanatorium"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4096?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4096?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Des fleurs, par\u00adtout des fleurs\u2026, des g\u00e9ra\u00adniums ligneux, hauts comme des arbustes, avec sur leur feuillage d\u2019un vert p\u00e2le le rouge violent de leurs fleurs rigides\u2026, des h\u00e9lio\u00adtropes gigan\u00adtesques, qui grimpent le long des murs, comme des gly\u00adcines, et qui embaument\u2026, des rosiers, des rosiers sur\u00adtout, des rosiers par\u00adtout, des blancs, des jaunes, des roses, des pana\u00adch\u00e9s, fleu\u00adris \u00e0 pro\u00adfu\u00adsion, mal\u00adgr\u00e9 les rameaux gour\u00admands, les tailles d\u00e9fec\u00adtueuses, un aban\u00addon presque total de quatre ann\u00e9es\u2026, et des arbres au clair feuillage d\u00e9cou\u00adp\u00e9, des arbres odo\u00adrants, jaunes, du jaune un peu b\u00e9b\u00eate des cana\u00adris, des mimo\u00adsas\u2026 Et encore, les alo\u00e8s bar\u00adbe\u00adl\u00e9s et aigus, les cac\u00adtus para\u00addoxaux avec leurs \u00e9tranges feuilles sou\u00add\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre au hasard par un ouvrier fou, et leurs fruits sin\u00adgu\u00adliers, rouges ver\u00adrues pous\u00ads\u00e9es on ne sait com\u00adment ni pour\u00adquoi, leurs figues de Bar\u00adba\u00adrie savou\u00adreuses mais tra\u00ee\u00adtresses aux doigts gour\u00admands. Des boules, pareilles \u00e0 des tomates, pendent bizar\u00adre\u00adment, comme de minus\u00adcules lan\u00adternes v\u00e9ni\u00adtiennes, aux rameaux tota\u00adle\u00adment d\u00e9pouill\u00e9s des kakis. Ici les fraises m\u00fbrissent dans les arbres. Du moins, qui ne s\u2019y m\u00e9pren\u00addrait en regar\u00addant un arbou\u00adsier&nbsp;? Sur les pentes des col\u00adlines, les vignes jau\u00adnis\u00adsantes s\u2019\u00e9tagent en gra\u00addins&nbsp;; des oli\u00adviers peut-\u00eatre cen\u00adte\u00adnaires poussent hors de leur tronc tor\u00addu des branches flexibles char\u00adg\u00e9es d\u2019un feuillage gris-sombre&nbsp;; plus haut, sur les ver\u00adsants les plus arides, des pins mari\u00adtimes pro\u00adfilent leur \u00e9l\u00e9\u00adgance un peu banale de mod\u00e8les habi\u00adtu\u00e9s \u00e0 poser pour les peintres d\u2019affiches\u2026, au fond du pay\u00adsage la mer bleue\u2026 un stea\u00admer qui tra\u00eene avec len\u00adteur un panache de fum\u00e9e noire, plus grand que lui\u2026 du c\u00f4t\u00e9 oppo\u00ads\u00e9 de l\u2019horizon de dures mon\u00adtagnes grises, avec des ar\u00eates vives et nues, pareilles \u00e0 des scies \u00e9br\u00e9\u00adch\u00e9es. Et sur tout cela le ciel le plus pur du Midi, en d\u00e9cembre, une teinte d\u2019azur unpol\u00adlu\u00e9, un soleil glo\u00adrieux qui ne veut pas qu\u2019on le regarde en face\u2026 Des par\u00adfums, des cou\u00adleurs, de la ti\u00e9\u00addeur, de la lumi\u00e8re\u2026 la plus belle f\u00eate que la nature puisse offrir aux sens dans le plus doux pays du&nbsp;monde.<\/p>\n<p>Mais cette joie du monde ne sert \u00e0 rien qu\u2019\u00e0 enca\u00addrer la triste mai\u00adson des malades, le b\u00e2ti\u00adment sinistre qui est dans la san\u00adt\u00e9 du pay\u00adsage comme un abc\u00e8s dans une chair vivante. Avec ses quatre \u00e9tages de pierre blanche encore neuves, son toit de tuiles propres, sa v\u00e9ran\u00adda, son per\u00adron et sa balus\u00adtrade de marbre, la net\u00adte\u00adt\u00e9 de sa masse cubique le sana\u00adto\u00adrium tient une place exces\u00adsive. Il domine, on ne voit que lui. Le dos soli\u00adde\u00adment appuy\u00e9 \u00e0 la mon\u00adtagne, il tourne vers la val\u00adl\u00e9e et vers la mer le regard de ses cent fen\u00eatres. Sa fa\u00e7ade, d\u2019une sym\u00e9\u00adtrie inexo\u00adrable, se d\u00e9tache cruel\u00adle\u00adment sur le fond un peu sombre du pay\u00adsage. Il acca\u00adpare le regard&nbsp;; le soleil semble n\u2019\u00e9clairer que lui&nbsp;; toute la beau\u00adt\u00e9 du pays n\u2019est qu\u2019un repous\u00adsoir \u00e0 sa lai\u00addeur inso\u00adlente. Il est le ma\u00eetre. Au-des\u00adsus du bon\u00adheur des choses il affirme les droits de la souf\u00adfrance humaine.<\/p>\n<p>C\u2019est ici qu\u2019on a ras\u00adsem\u00adbl\u00e9 les plus infor\u00adtu\u00adn\u00e9s et les moins glo\u00adrieux d\u00e9chets de la guerre. Ceux-ci ne portent pas une bles\u00adsure qu\u2019ils puissent \u00e9ta\u00adler pour s\u2019enorgueillir. Ils n\u2019ont m\u00eame pas, comme le cul-de-jatte ou le man\u00adchot, la conso\u00adla\u00adtion de pou\u00advoir dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai per\u00addu mon bras ou mes jambes \u00e0 telle bataille\u2026 ce fut une rude jour\u00adn\u00e9e\u2026 voi\u00adci la m\u00e9daille et la croix qui d\u00e9montrent mon h\u00e9ro\u00efsme.&nbsp;\u00bb L\u2019ennemi qui les a frap\u00adp\u00e9s les atten\u00addait invi\u00adsi\u00adble\u00adment dans la boue des tran\u00adch\u00e9es, dans l\u2019humidit\u00e9 des sombres abris, dans la pous\u00adsi\u00e8re de la paille souill\u00e9e de cra\u00adchats et de fange, o\u00f9 ils s\u2019\u00e9tendaient avec confiance pour prendre un rapide repos. Ceux-ci ne sont pas des h\u00e9ros, car la mor\u00adsure du bacille est lente et ne se r\u00e9v\u00e8le pas tout d\u2019un coup. Le sang m\u00eame qu\u2019elle r\u00e9pand et que l\u2019h\u00e9\u00adro\u00admop\u00adty\u00adsie arrache aux pou\u00admons, par sac\u00adcades, n\u2019est pas le sang pur des com\u00adbats. C\u2019est un sang inavouable&nbsp;; un sang hon\u00adteux. Le seul sang hono\u00adrable est celui que r\u00e9pand la balle qui per\u00adfore ou l\u2019\u00e9clat qui fra\u00adcasse. Pour ver\u00adser le sang du phti\u00adsique il ne fut pas besoin d\u2019un choc bru\u00adtal. Il a suf\u00adfi de quelques ann\u00e9es de mis\u00e8re. De veilles dans le noir, les nerfs ten\u00addus vers l\u2019ennemi comme des antennes sen\u00adsibles. De som\u00admeils trop brefs et cou\u00adp\u00e9s de brusques sur\u00adsauts. De marches sous la pluie et sous la neige. Du sac trop lourd aux \u00e9paules. De l\u2019angoisse trop lourde au c\u0153ur. D\u2019une nour\u00adri\u00adture insuf\u00adfi\u00adsante et uni\u00adforme. De la faim m\u00eame quel\u00adque\u00adfois. De l\u2019eau impure. De l\u2019ennui. D\u2019une souf\u00adfrance terre-\u00e0-terre et quo\u00adti\u00addienne, et si long\u00adtemps subie qu\u2019on l\u2019acceptait presque, la fin, comme une n\u00e9ces\u00adsi\u00adt\u00e9 natu\u00adrelle. Ils ne sont donc pas des h\u00e9ros \u2013 il est bien vrai \u2013 les hommes qu\u2019on ren\u00adcontre en ce lieu-ci. Et ils n\u2019ont qu\u2019une chose \u00e0 faire, res\u00adpi\u00adrer cet air ti\u00e8de qui leur per\u00admet\u00adtra peut-\u00eatre de mou\u00adrir un peu moins vite. Esp\u00e9\u00adrer en la vie avec ce qui leur reste d\u2019esp\u00e9rance. Regar\u00adder les fleurs \u2013 puis\u00adqu\u2019il est inter\u00addit de les cueillir \u2013 et se&nbsp;taire.<\/p>\n<p>[|<b>*   *   *   *<\/b>|]<\/p>\n<p>C\u2019est ici la mai\u00adson de la toux. Par toutes les fen\u00eatres, \u00e0 tra\u00advers toutes les portes, la toux \u00e9clate, r\u00e2le, grom\u00admelle, hoquette, racle, arrache, expec\u00adtore. On ima\u00adgine des sanies mons\u00adtrueuses qui viennent fleu\u00adrir sur de pauvres l\u00e8vres trop blanches, comme les moi\u00adsis\u00adsures m\u00eames de la mort. Des puru\u00adlences innom\u00adbrables qui, dans un d\u00e9chi\u00adre\u00adment, montent du fond des poi\u00adtrines, et cr\u00e8vent au grand jour dans un jaillis\u00adse\u00adment empoi\u00adson\u00adn\u00e9. Des pou\u00admons qui peu \u00e0 peu se vident comme un fruit v\u00e9reux, et le tis\u00adsu vital o\u00f9 l\u2019air et le sang se ren\u00adcontre trans\u00adfor\u00adm\u00e9 en une \u00e9ponge inerte, gor\u00adg\u00e9e de pus, et trou\u00e9e de cavernes. Ces hommes jeunes, qui cir\u00adculent, et dont quelques-uns pr\u00e9\u00adsentent encore l\u2019apparence de la san\u00adt\u00e9, sont aus\u00adsi vieux en v\u00e9ri\u00adt\u00e9 que des vieillards. Car ils pour\u00adraient, avec presque autant de cer\u00adti\u00adtude, faire sur leurs dix doigts le compte de leurs der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es. Mais ils ne le font point. C\u2019est une gr\u00e2ce sou\u00adve\u00adraine qui accole au mal le plus impla\u00adcable la plus-puis\u00adsante et la plus pitoyable des illu\u00adsions. M\u00eame quand la peau jau\u00adnit, et que les orbites se creusent, m\u00eame quand les muscles atro\u00adphi\u00e9s ne sont plus, sous les t\u00e9gu\u00adments trop l\u00e2ches, sur les os saillants, que de minces cor\u00addages inutiles, les condam\u00adn\u00e9s songent encore \u00e0 vivre, et caressent les joies futures de leur vie. Ils font des pro\u00adjets, tr\u00e8s loin\u00adtains. Les modestes se voient \u00e0 la cam\u00adpagne, \u00e9l\u00e8vent sage\u00adment des canards et des oies, et r\u00e9a\u00adlisent le r\u00eave des po\u00e8tes&nbsp;: une chau\u00admi\u00e8re et un c\u0153ur. Les m\u00e9ga\u00adlo\u00admanes assou\u00advissent des ambi\u00adtions fan\u00adtas\u00adtiques. L\u2019homme d\u2019affaires est mil\u00adlion\u00adnaire, la voix du po\u00e8te reten\u00adtit \u00e0 tous les \u00e9chos de l\u2019univers, le mili\u00adtaire pro\u00adfes\u00adsion\u00adnel voit s\u2019allumer \u00e0 la manche de son ves\u00adton les sept \u00e9toiles&nbsp;; et tous marchent par\u00admi une foule asser\u00advie de femmes luxueuses, amou\u00adreuses et belles. Un matin on les trou\u00adve\u00adra inertes dans leur lit. Et le mal ne souffle leur r\u00eave qu\u2019avec la petite flamme trem\u00adblo\u00adtante de leur conscience.<\/p>\n<p>Les plus valides, ceux qui marchent, ceux qui vont \u00e0 la cure d\u2019air, et des\u00adcendent \u00e0 table pour prendre le repas en com\u00admun, sont entr\u00e9s ici \u00e0 peu pr\u00e8s pareils aux autres hommes. Pour la plu\u00adpart ils igno\u00adraient leur mal, ou ils n\u2019y croyaient pas. \u00c0 peine avaient-ils fran\u00adchi le seuil de la mai\u00adson qu\u2019ils vou\u00adlaient fuir, empoi\u00adgn\u00e9s d\u2019une vague angoisse, nos\u00adtal\u00adgique d\u00e9j\u00e0, comme le voya\u00adgeur qui aban\u00addonne l\u2019oasis fra\u00eeche et douce pour p\u00e9n\u00e9\u00adtrer dans le d\u00e9sert de sable, dont on ne pressent pas la fin. Puis peu \u00e0 peu ils se sont adap\u00adt\u00e9s. La vie du \u00ab&nbsp;sana&nbsp;\u00bb, m\u00e9tho\u00addique, r\u00e9gl\u00e9e, avec l\u2019in\u00e9vitable r\u00e9p\u00e9\u00adti\u00adtion des m\u00eames gestes, aux m\u00eames heures, les a sai\u00adsis, rou\u00adl\u00e9s dans un lin\u00adceul de paresse et d\u2019uniformit\u00e9. Ils s\u2019abandonnent. Ils d\u00e9sap\u00adprennent \u00e0 agir, ils perdent le go\u00fbt de pen\u00adser. Ils r\u00eavassent et ils dig\u00e8rent. Leur bon\u00adheur d\u00e9pend de l\u2019ascension du mer\u00adcure dans un ther\u00admo\u00adm\u00e8tre, du poids que marque le fl\u00e9au d\u2019une balance. N\u2019avoir plus de fi\u00e8vre, engrais\u00adser, voi\u00adl\u00e0 la pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adpa\u00adtion constante qui leur tien\u00addra lieu d\u2019id\u00e9al. Et bien\u00adt\u00f4t ils oublie\u00adront ce qui fai\u00adsait leur fier\u00adt\u00e9 d\u2019hommes. Ils ne sont plus que des tuber\u00adcu\u00adleux, comme les autres\u2026<\/p>\n<p>Leur hori\u00adzon se r\u00e9tr\u00e9\u00adcit aux quatre murs de la mai\u00adson. Le \u00ab&nbsp;sana&nbsp;\u00bb est un micro\u00adcosme, un monde minus\u00adcule et auto\u00adnome, o\u00f9 s\u2019agite une huma\u00adni\u00adt\u00e9 incom\u00adpl\u00e8te, et comme muti\u00adl\u00e9e de ses plus belles qua\u00adli\u00adt\u00e9s humaines. Elle a per\u00addu l\u2019orgueil, il lui reste la vani\u00adt\u00e9. Ici, entre les condam\u00adn\u00e9s que le m\u00eame mal devrait ras\u00adsem\u00adbler dans une com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 fra\u00adter\u00adnelle, sub\u00adsiste le sou\u00adci des pr\u00e9\u00ads\u00e9ances, et le go\u00fbt des arti\u00adfi\u00adcielles hi\u00e9\u00adrar\u00adchies. Il y a une table des capi\u00adtaines, et le \u00ab&nbsp;quatre galons&nbsp;\u00bb qui figure ici en exem\u00adplaire unique, ne sau\u00adrait oublier qu\u2019il est le \u00ab&nbsp;com\u00adman\u00addant&nbsp;\u00bb&nbsp;! Les lieu\u00adte\u00adnants et quelques capi\u00adtaines portent des pyja\u00admas qui n\u2019ont rien de sp\u00e9\u00adci\u00adfi\u00adque\u00adment mili\u00adtaire. Mais le \u00ab&nbsp;com\u00adman\u00addant&nbsp;\u00bb ne se montre jamais que sous sa tunique hori\u00adzon o\u00f9 luisent les quatre galons mira\u00adcu\u00adleux. Une cor\u00addia\u00adli\u00adt\u00e9 banale faci\u00adlite les rela\u00adtions entre ces hommes. Mais en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 cha\u00adcun d\u2019eux se sent seul, et sou\u00advent, d\u2019individu \u00e0 indi\u00advi\u00addu, de groupe \u00e0 groupe, couvent des ini\u00admi\u00adti\u00e9s secr\u00e8tes, qui \u00e9clatent par\u00adfois, dans une explo\u00adsion de haine. On s\u2019observe avec mal\u00adveillance. Le moindre inci\u00addent prend des pro\u00adpor\u00adtions d\u00e9me\u00adsu\u00adr\u00e9es. Les moindres gestes sont \u00e9pi\u00e9s, com\u00admen\u00adt\u00e9s, d\u00e9for\u00adm\u00e9s&nbsp;; les moindres inten\u00adtions sont sus\u00adpec\u00adt\u00e9es. Les sus\u00adcep\u00adti\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9s s\u2019exacerbent. Les carac\u00adt\u00e8res aigrissent comme un vin trop long\u00adtemps conser\u00adv\u00e9 en ton\u00adneau. Et un m\u00e9de\u00adcin aurait beau champ ici pour obser\u00adver la \u00ab&nbsp;psy\u00adchose&nbsp;\u00bb sp\u00e9\u00adciale aux r\u00e9unions d\u2019hommes oisifs et malades.<\/p>\n<p>C\u2019est le milieu qui les fa\u00e7onne ain\u00adsi\u2026 Ils sont, au fond, de braves gens, de pauvres hommes\u2026<\/p>\n<p>[|<b>*   *   *   *<\/b>|]<\/p>\n<p>J\u2019ai quit\u00adt\u00e9 le \u00ab&nbsp;sana&nbsp;\u00bb, et ses cou\u00adloirs trop propres, o\u00f9 les cra\u00adchoirs de por\u00adce\u00adlaine blanche montent tous les vingt m\u00e8tres leur immuable fac\u00adtion, J\u2019ai fui la fade odeur de mala\u00addie et de rem\u00e8des. J\u2019ai cueilli, mal\u00adgr\u00e9 les \u00e9cri\u00adteaux pro\u00adhi\u00adbi\u00adtifs, la plus belle rose blanche, avec un fes\u00adton ros\u00e9 \u00e0 l\u2019entour de chaque p\u00e9tale, et je suis all\u00e9 m\u2019asseoir sous les mimosas.<\/p>\n<p>De l\u00e0 j\u2019observe le b\u00e2ti\u00adment hos\u00adtile. Un bruit de voix joyeuses me par\u00advient, m\u00eal\u00e9 \u00e0 des \u00e9clats de toux. Un pia\u00adno moud une valse banale, mais dont les motifs mille fois res\u00adsas\u00ads\u00e9s \u00e9veillent cepen\u00addant en mon c\u0153ur \u2013 pour\u00adquoi&nbsp;? est-ce le lieu, est-ce l\u2019heure du jour d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cli\u00adnant&nbsp;? \u2013 je ne sais quels \u00e9chos m\u00e9lan\u00adco\u00adliques. Un grand chien-loup bon\u00addit sur la ter\u00adrasse, il pose les pattes de devant sur le para\u00adpet, darde sous deux yeux d\u2019un \u00e9clat dia\u00adbo\u00adlique un museau poin\u00adtu, une langue rouge, longue et molle. Et, voi\u00adci que der\u00adri\u00e8re lui s\u2019avance une appa\u00adri\u00adtion lente et blanche, une femme qui porte la blouse et le voile imma\u00adcu\u00adl\u00e9 des infir\u00admi\u00e8res. Elle vient s\u2019accouder \u00e0 la ter\u00adrasse, le chien l\u00e8ve vers elle un mufle sym\u00adpa\u00adthique. Elle est jolie&nbsp;; mais comme son visage est p\u00e2le&nbsp;! Et ses doigts, allon\u00adg\u00e9s par la mai\u00adgreur, se croisent dans un geste de pri\u00e8re\u2026<\/p>\n<p>Celle-l\u00e0 aus\u00adsi\u2026 et pour\u00adquoi celle-l\u00e0, Dieu qu\u2019on dit tout puis\u00adsant et de toute sagesse&nbsp;? Cepen\u00addant que le clair soleil qui va som\u00adbrer dans la houle p\u00e9tri\u00adfi\u00e9e des mon\u00adtagnes, que le soleil me soit t\u00e9moin, petite s\u0153ur incon\u00adnue, que vous n\u2019avez pas m\u00e9ri\u00adt\u00e9 ce ch\u00e2\u00adti\u00adment&nbsp;! Vous n\u2019avez au c\u0153ur nulle haine. Vous n\u2019avez pas mani\u00e9, avec la joie cri\u00admi\u00adnelle des forts, les ins\u00adtru\u00adments qui assas\u00adsinent. Votre domaine \u00e0 vous \u00e9tait celui de la piti\u00e9, de la dou\u00adceur. Gr\u00e2ce \u00e0 vous, les membres indo\u00adlents connais\u00adsaient le sou\u00adla\u00adge\u00adment des linges frais, o\u00f9 vos mains l\u00e9g\u00e8res les emmaillo\u00adtaient, comme on fait d\u2019un petit enfant. Ceux qui souf\u00adfraient aimaient votre d\u00e9marche, votre rire, votre voix. Vous \u00e9vo\u00adquiez pour eux, la maman, la s\u0153ur, ou l\u2019amante. Et rien que de vous voir appa\u00adra\u00eetre sous la baraque de planche ou de toile, ils sen\u00adtaient que se rel\u00e2\u00adchaient les tenailles de la dou\u00adleur. Qu\u2019ils souffrent, eux qui ont cr\u00e9\u00e9 de la souf\u00adfrance\u2026 peut-\u00eatre est-ce une, esp\u00e8ce de jus\u00adtice, apr\u00e8s tout\u2026 Mais vous, pour\u00adquoi\u2026 pour\u00adquoi&nbsp;?\u2026 Qu\u2019avez-vous fait&nbsp;?\u2026<\/p>\n<p>Main\u00adte\u00adnant elle ram\u00e8ne ses mains sur sa poi\u00adtrine, comme si elle vou\u00adlait ramas\u00adser toute sa vie en elle, et la conte\u00adnir, cette vie qui fuit mal\u00adgr\u00e9 elle, comme l\u2019eau d\u2019une outre per\u00adc\u00e9e. Elle res\u00adpire le par\u00adfum des fleurs, et ses narines se dilatent, et sa blouse se sou\u00adl\u00e8ve dans un sou\u00adpir\u2026 Un ins\u00adtant elle laisse tom\u00adber sur moi un regard bleu, d\u2019une lim\u00adpi\u00addi\u00adt\u00e9 inexo\u00adrable. Mais bien vite elle se d\u00e9tourne de moi, qui ne suis qu\u2019un homme, pour regar\u00adder inten\u00ads\u00e9\u00adment la vie\u2026 Peu \u00e0 peu l\u2019ombre tombe sur la mai\u00adson des condam\u00adn\u00e9s, une cloche a tin\u00adt\u00e9, la forme blanche dis\u00adpa\u00adra\u00eet. Les mimo\u00adsas exhalent un par\u00adfum plus lourd\u2026 Tout est t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p>[\/\u200bPaul <sc>Desanges<\/sc>.\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des fleurs, par\u00adtout des fleurs\u2026, des g\u00e9ra\u00adniums ligneux, hauts comme des arbustes, avec sur leur feuillage d\u2019un vert p\u00e2le le rouge violent de leurs fleurs rigides\u2026, des h\u00e9lio\u00adtropes gigan\u00adtesques, qui grimpent le long des murs, comme des gly\u00adcines, et qui embaument\u2026, des rosiers, des rosiers sur\u00adtout, des rosiers par\u00adtout, des blancs, des jaunes, des&nbsp;roses,&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[330],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-4096","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-notre-voix-na2-13-avril-1919"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4096","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4096"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4096\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4096"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4096"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4096"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4096"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}