{"id":4238,"date":"1937-10-25T00:00:05","date_gmt":"1937-10-25T00:00:05","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2021\/06\/04\/memoires-dun-libertaire-chapitre-xi\/"},"modified":"2025-07-20T01:42:21","modified_gmt":"2025-07-20T01:42:21","slug":"memoires-dun-libertaire-chapitre-xi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1937\/10\/25\/memoires-dun-libertaire-chapitre-xi\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d\u2019un libertaire\u200a\u2014\u200aChapitre XI"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4238?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4238?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h6 style=\"text-align: center;\">XI<br>\nLa r\u00e9volution du 18&nbsp;mars.<\/h6>\n<div align=\"justify\">\n<p>Thiers avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par l\u2019Assembl\u00e9e natio\u00adnale chef du pou\u00advoir ex\u00e9\u00adcu\u00adtif. Il recueillait le fruit de son atti\u00adtude d\u2019opposition \u00e0 la veille de la d\u00e9cla\u00adra\u00adtion de guerre et de ses d\u00e9marches, pour\u00adtant infruc\u00adtueuses, pour ame\u00adner une inter\u00adven\u00adtion des grandes puissances.C\u2019\u00e9tait le type m\u00eame du bour\u00adgeois de 1840, l\u2019homme de la rue Trans\u00adno\u00adnain, fer\u00adm\u00e9 \u00e0 tout \u00e9lan g\u00e9n\u00e9\u00adreux, \u00e0 toute aspi\u00adra\u00adtion popu\u00adlaire. Pour lui, la ques\u00adtion sociale n\u2019existait pas. Tout au moins, me disait plus tard Alfred Naquet qui l\u2019avait appro\u00adch\u00e9 suf\u00adfi\u00adsam\u00adment pour le bien juger, elle se r\u00e9sol\u00advait pour lui le plus sim\u00adple\u00adment du monde. Exemple&nbsp;: le bon ouvrier fait des \u00e9co\u00adno\u00admies sur son salaire (\u00e0 cette \u00e9poque de cinq \u00e0 sept francs par jour au maxi\u00admum); \u00e0 force de pri\u00adva\u00adtions, il amasse un p\u00e9cule et \u00e9pouse tout natu\u00adrel\u00adle\u00adment la fille de son patron dont il devient l\u2019associ\u00e9. Tout se r\u00e8gle ain\u00adsi pour le mieux dans le meilleur des mondes&nbsp;! Concept de prud\u00adhomme ac\u00e9\u00adphale, bien digne de l\u2019homme qui, dans <i>Le Consu\u00adlat et l\u2019Empire<\/i>, n\u2019avait vu que les batailles&nbsp;! Chez lui, le socio\u00adlogue et le psy\u00adcho\u00adlogue valaient l\u2019historien&nbsp;!<\/p>\n<p>Sous le titre de chef du pou\u00advoir ex\u00e9\u00adcu\u00adtif, Thiers se trou\u00advait donc pr\u00e9\u00adsident de la R\u00e9pu\u00adblique, lui qui n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain. On disait de lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est orl\u00e9a\u00adniste.&nbsp;\u00bb Peut-\u00eatre l\u2019e\u00fbt-il \u00e9t\u00e9 s\u2019il n\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 thi\u00e9\u00adriste. \u00ab&nbsp;La R\u00e9pu\u00adblique est le gou\u00adver\u00adne\u00adment qui nous divise le moins&nbsp;\u00bb, d\u00e9cla\u00adra-t-il aux ruraux de l\u2019Assembl\u00e9e natio\u00adnale. Elle lui parais\u00adsait accep\u00adtable du moment o\u00f9 il en \u00e9tait le roi et \u00e0 condi\u00adtion que ce f\u00fbt \u00ab&nbsp;la R\u00e9pu\u00adblique sans r\u00e9publicain&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Mais il y avait des r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains, sinon au gou\u00adver\u00adne\u00adment o\u00f9 se main\u00adte\u00adnaient, ministres d\u00e9po\u00adpu\u00adla\u00adri\u00ads\u00e9s, les hommes de la d\u00e9fense natio\u00adnale, du moins dans la capi\u00adtale et les autres grandes villes&nbsp;: le choc \u00e9tait in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>L\u2019Assembl\u00e9e natio\u00adnale ayant vot\u00e9 la paix qui aban\u00addon\u00adnait au vain\u00adqueur l\u2019Alsace, une par\u00adtie de la Lor\u00adraine, et cinq mil\u00adliards, trans\u00adf\u00e9\u00adra son si\u00e8ge de Bor\u00addeaux \u00e0 Ver\u00adsailles. Paris lui e\u00fbt fait peur avec le bouillon\u00adne\u00adment de ses fau\u00adbourgs. Au contraire, \u00e0 Ver\u00adsailles, demeu\u00adr\u00e9 d\u2019\u00e2me monar\u00adchique, elle se sen\u00adtait chez elle. La ville du grand roi, ville de caserne et de domes\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9, o\u00f9 sem\u00adblaient encore errer, comme des ombres, des figures de cour\u00adti\u00adsans, allait se dres\u00adser contre la ville de la R\u00e9volution.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e2me de Paris, sa force virile, c\u2019\u00e9tait la garde natio\u00adnale. Et elle ne se sou\u00adciait pas d\u2019ob\u00e9ir aux ordres d\u2019un pou\u00advoir dis\u00adcr\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9. L\u2019impopulaire Cl\u00e9\u00adment Tho\u00admas avait d\u00fb se reti\u00adrer, Vinoy assu\u00admant lui-m\u00eame l\u2019int\u00e9rim du com\u00adman\u00adde\u00adment qu\u2019on allait offrir au bona\u00adpar\u00adtiste d\u2019Aurelles de Pala\u00addine. La seule auto\u00adri\u00adt\u00e9 effec\u00adtive \u00e9tait le Comi\u00adt\u00e9 central.<\/p>\n<p>Quelque temps avant le 18 mars, je pas\u00adsais rue Monge avec ma m\u00e8re. Un tam\u00adbour bat\u00adtait le rap\u00adpel&nbsp;; les pas\u00adsants s\u2019interrogeaient. J\u2019entendis un garde natio\u00adnal d\u00e9cla\u00adrer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si c\u2019est le Comi\u00adt\u00e9 cen\u00adtral qui nous appelle, j\u2019y vais&nbsp;; si c\u2019est la place, je ne bouge&nbsp;pas.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ces paroles me frap\u00adp\u00e8rent&nbsp;: elles expri\u00admaient bien l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me de la plus grande par\u00adtie de la garde natio\u00adnale. Mieux que les articles de jour\u00adnaux que je lisais apr\u00e8s avoir ter\u00admi\u00adn\u00e9 mes devoirs, elles sou\u00adli\u00adgnaient le conflit entre deux puis\u00adsances rivales.<\/p>\n<p>La garde mobile et les troupes r\u00e9gu\u00adli\u00e8res, sauf une divi\u00adsion, avaient \u00e9t\u00e9 licen\u00adci\u00e9es. Nous e\u00fbmes \u00e0 loger deux lignards et, de leurs conver\u00adsa\u00adtions avec mon p\u00e8re, j\u2019eus l\u2019impression qu\u2019ils ne nour\u00adris\u00adsaient aucune hos\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9 contre la popu\u00adla\u00adtion pari\u00adsienne. Tout dif\u00adf\u00e9\u00adrem\u00adment ces mobiles bre\u00adtons du pieux Tro\u00adchu&nbsp;! Ces pay\u00adsans du Finis\u00adt\u00e8re, qui ne connais\u00adsaient que leur cur\u00e9 et quelques vieilles familles nobles, ne com\u00adpre\u00adnaient m\u00eame pas le fran\u00ad\u00e7ais. Aus\u00adsi avaient-ils la d\u00e9fiance de Paris. Et Paris, qui leur reti\u00adra ses sym\u00adpa\u00adthies apr\u00e8s la fusillade du 22 jan\u00advier, les raillait en chan\u00adtant des paroles iro\u00adniques sur le vieil air armoricain&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 120px;\"><em>An hini&nbsp;gous<\/em><br>\n<em>E va&nbsp;odus\u2026<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un beau jour, un bour\u00addon\u00adne\u00adment emplit notre quar\u00adtier. Le bruit se r\u00e9pan\u00addait que quelque chose comme une r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion venait d\u2019\u00e9clater. Le mou\u00adve\u00adment avait com\u00admen\u00adc\u00e9 \u00e0 Mont\u00admartre, se com\u00admu\u00adni\u00adquant aux fau\u00adbourgs de la rive droite et, main\u00adte\u00adnant, le gou\u00adver\u00adne\u00adment \u00e9tait en&nbsp;fuite.<\/p>\n<p>Rumeurs d\u2019une ruche secou\u00e9e par un vent d\u2019orage&nbsp;!<\/p>\n<p>\u2014 Thiers vou\u00adlait rame\u00adner le roi, annon\u00ad\u00e7aient des ren\u00adsei\u00adgn\u00e9s. L\u2019arm\u00e9e a refu\u00ads\u00e9 de mar\u00adcher et mis la crosse en l\u2019air&nbsp;!<br>\u200a\u2014\u200aVinoy avait ordon\u00adn\u00e9 de prendre nos canons et de d\u00e9sar\u00admer la garde natio\u00adnale&nbsp;! ajou\u00adtaient d\u2019autres. Mais il a trou\u00adv\u00e9 \u00e0 qui par\u00adler. Il a \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 en menant ses troupes \u00e0 l\u2019assaut d\u2019une bar\u00adri\u00adcade et ses sol\u00addats ont fra\u00adter\u00adni\u00ads\u00e9 avec le peuple&nbsp;!<br>\u200a\u2014\u200aC\u2019est bien fait&nbsp;! approu\u00advaient les femmes.<\/p>\n<p>Et le bou\u00adti\u00adquier Per\u00adrin, digne fils de M.&nbsp;Prud\u00adhomme, pre\u00adnait des airs enten\u00addus, mur\u00admu\u00adrait quelques mots sen\u00adten\u00adcieux, pr\u00eat \u00e0 opi\u00adner en faveur du plus&nbsp;fort.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait inexact que le gou\u00adver\u00adneur de Paris e\u00fbt \u00e9t\u00e9 tu\u00e9, mais il avait failli l\u2019\u00eatre. Apr\u00e8s avoir char\u00adg\u00e9 les g\u00e9n\u00e9\u00adraux de bri\u00adgade Lecomte et Sus\u00adbielle d\u2019enlever, dans la nuit du 17 au 18, les canons par\u00adqu\u00e9s au som\u00admet de la butte Mont\u00admartre, domi\u00adnant la place Saint-Pierre et tout Paris, Vinoy \u00e9tait venu sur\u00adveiller l\u2019ex\u00e9cution de ses ordres.<\/p>\n<p>Arri\u00adv\u00e9s avant l\u2019aube sur le pla\u00adteau, les lignards du 88<sup>e<\/sup>, abat\u00adtant le garde natio\u00adnal de fac\u00adtion, Tur\u00adpin, s\u2019\u00e9taient tout d\u2019abord empa\u00adr\u00e9s des canons. Mais la m\u00eame incu\u00adrie qui s\u2019\u00e9tait mani\u00adfes\u00adt\u00e9e tant de fois chez les g\u00e9n\u00e9\u00adraux fran\u00ad\u00e7ais, annu\u00adla ce pre\u00admier suc\u00adc\u00e8s des troupes&nbsp;: on avait oubli\u00e9 de leur don\u00adner des atte\u00adlages pour emme\u00adner les canons&nbsp;!<\/p>\n<p>Et, pen\u00addant ce temps, des heures s\u2019\u00e9coulaient. Tur\u00adpin, en tom\u00adbant, avait don\u00adn\u00e9 l\u2019alarme&nbsp;; le toc\u00adsin son\u00adnait, Mont\u00admartre \u00e9tait en rumeur et sa popu\u00adla\u00adtion mar\u00adchait \u00e0 la recon\u00adqu\u00eate des canons, les femmes en&nbsp;t\u00eate.<\/p>\n<p>Le g\u00e9n\u00e9\u00adral Lecomte, qui avait diri\u00adg\u00e9 l\u2019op\u00e9ration, se vit per\u00addu s\u2019il se lais\u00adsait d\u00e9bor\u00adder. Mili\u00adtaire de m\u00e9tier, peu tendre aux Pari\u00adsiens, il com\u00adman\u00adda&nbsp;: \u00ab&nbsp;feu&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ses sol\u00addats ne lui ob\u00e9irent point.<\/p>\n<p>Fr\u00e9\u00admis\u00adsant, il r\u00e9it\u00e9\u00adra l\u2019ordre de&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Mais ces lignards du 88<sup>e<\/sup> \u00e9taient d\u2019une tout autre men\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9 que les mobiles bre\u00adtons. En contact depuis des mois avec la popu\u00adla\u00adtion civile, par\u00adta\u00adgeant ses ran\u00adc\u0153urs, ils se refu\u00adsaient \u00e0 la mas\u00adsa\u00adcrer&nbsp;: sous les adju\u00adra\u00adtions \u00e9mou\u00advantes des femmes, les crosses se levaient en l\u2019air. Avant que Lecomte e\u00fbt eu le temps d\u2019ordonner&nbsp;: \u00ab&nbsp;Feu&nbsp;!&nbsp;\u00bb pour la troi\u00adsi\u00e8me fois, il \u00e9tait sai\u00adsi par ses propres sol\u00addats, par la foule et pous\u00ads\u00e9 devant un comi\u00adt\u00e9 si\u00e9\u00adgeant au Ch\u00e2teau-Rouge.<\/p>\n<p>Ces m\u00eames r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, qu\u2019on trai\u00adte\u00adra plus tard d\u2019assassins, font l\u2019impossible pour sous\u00adtraire leur pri\u00adson\u00adnier \u00e0 l\u2019exasp\u00e9ration popu\u00adlaire&nbsp;: ils adjurent, par\u00adle\u00admentent et s\u2019efforcent de gagner du temps. Lecomte est emme\u00adn\u00e9 rue des Rosiers, gar\u00add\u00e9 dans un local. Mais voi\u00adci que, pous\u00ads\u00e9 par la foule, un autre vient l\u2019y rejoindre&nbsp;: Cl\u00e9\u00adment Tho\u00admas, l\u2019homme de juin 1848. Recon\u00adnu comme, sous des v\u00eate\u00adments civils, il r\u00f4dait pr\u00e8s des buttes, il avait \u00e9t\u00e9 imm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adment arr\u00ea\u00adt\u00e9. Toutes les inter\u00adven\u00adtions pour sau\u00adver les deux pri\u00adson\u00adniers \u00e9chou\u00e8rent devant la fureur de la foule, ter\u00adrible comme un \u00e9l\u00e9\u00adment d\u00e9cha\u00ee\u00adn\u00e9 lorsqu\u2019elle sort de sa pas\u00adsi\u00advi\u00adt\u00e9. Le cyclone humain les emporte&nbsp;: pous\u00ads\u00e9s dans un enclos de la rue des Rosiers, ils tombent foudroy\u00e9s.<\/p>\n<p>Mont\u00admartre \u00e9tait au pou\u00advoir de la r\u00e9volution&nbsp;!<\/p>\n<p>Vinoy, venu en obser\u00adva\u00adtion rue Lepic, n\u2019e\u00fbt que le temps de d\u00e9ta\u00adler au grand galop de son che\u00adval, salu\u00e9 par les balles des f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Comme pen\u00addant les quatre mois de si\u00e8ge, ces mou\u00adve\u00adments de masse s\u2019\u00e9taient effec\u00adtu\u00e9s, une fois la tra\u00adg\u00e9\u00addie de Mont\u00admartre accom\u00adplie, sans trou\u00adbler la vie publique. Jamais, mal\u00adgr\u00e9 l\u2019effervescence des esprits, la s\u00e9cu\u00adri\u00adt\u00e9 n\u2019avait \u00e9t\u00e9 plus grande dans notre 5<sup>e<\/sup> arrondissement.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019institution Boyer, je remar\u00adquai que mes condis\u00adciples se mon\u00adtraient r\u00e9ser\u00adv\u00e9s dans leurs appr\u00e9\u00adcia\u00adtions des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments. Ils appar\u00adte\u00adnaient \u00e0 la petite bour\u00adgeoi\u00adsie qui, rap\u00adpro\u00adch\u00e9e mal\u00adgr\u00e9 elle du pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat, s\u2019offusque de ses allures et redoute son envahissement.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s eurent lieu des \u00e9lec\u00adtions d\u2019officiers de la garde natio\u00adnale. L\u2019ancien \u00ab&nbsp;mar\u00adchand d\u2019hommes&nbsp;\u00bb Pas\u00adse\u00adbon s\u2019\u00e9tait \u00e9clip\u00ads\u00e9&nbsp;: mon p\u00e8re fut \u00e9lu capi\u00adtaine \u00e0 sa place. Avec son pas\u00ads\u00e9 dans la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ita\u00adlienne et au 2 D\u00e9cembre, il lui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 cer\u00adtai\u00adne\u00adment dif\u00adfi\u00adcile de pr\u00e9\u00adtendre \u00e0 un grade moins modeste dans ce mou\u00adve\u00adment r\u00e9pon\u00addant \u00e0 ses id\u00e9es, qui voyait d\u2019anciens sous-offi\u00adciers, comme Ber\u00adge\u00adret, se trans\u00adfor\u00admer en g\u00e9n\u00e9\u00adraux. Mais s\u2019il \u00e9tait r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire tout d\u2019action, il n\u2019avait pas l\u2019amour du&nbsp;galon.<\/p>\n<p>Le Comi\u00adt\u00e9 cen\u00adtral, ma\u00eetre de la situa\u00adtion, se h\u00e2ta de convo\u00adquer les Pari\u00adsiens pour \u00e9lire la Commune.<\/p>\n<p>\u2014 Les braves gens&nbsp;! enten\u00addais-je dire autour de moi. Ils se sont empa\u00adr\u00e9s du pou\u00advoir et ne cherchent pas \u00e0 le garder.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, mon jeune esprit s\u2019\u00e9tonnait vague\u00adment de ce scru\u00adpule. Les \u00e9l\u00e9\u00adments de l\u2019arm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re qui n\u2019avaient point fra\u00adter\u00adni\u00ads\u00e9 avec le peuple s\u2019\u00e9taient repli\u00e9s sur Ver\u00adsailles, flan\u00adqu\u00e9s des gen\u00addarmes et des poli\u00adciers. Il appa\u00adrais\u00adsait \u00e9vident que perdre du temps \u00e0 scru\u00adti\u00adner c\u2019\u00e9tait per\u00admettre \u00e0 Thiers de for\u00admer une arm\u00e9e des\u00adti\u00adn\u00e9e \u00e0 \u00e9touf\u00adfer la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion dans&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Cela ne man\u00adqua&nbsp;pas.<\/p>\n<p>Le 26 fut solen\u00adnel\u00adle\u00adment ins\u00adtau\u00adr\u00e9e la Com\u00admune. Les \u00e9lec\u00adtions avaient don\u00adn\u00e9 une \u00e9norme majo\u00adri\u00adt\u00e9 aux r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires&nbsp;: beau\u00adcoup de blan\u00adquistes, comme Eudes, Vaillant, Fer\u00adr\u00e9, Tri\u00addon&nbsp;; de socia\u00adlistes adh\u00e9\u00adrant \u00e0 l\u2019Internationale&nbsp;: Var\u00adlin, Malon, Assi, Ran\u00advier&nbsp;; nombre d\u2019\u00e9crivains d\u2019avant-garde&nbsp;: Deles\u00adcluze, Pyat, Rogeard, Val\u00adl\u00e8s, Ver\u00admo\u00adrel. Quelques r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains bour\u00adgeois, plus ou moins radi\u00adcaux, y figu\u00adraient, un peu g\u00ean\u00e9s, et qui ne tar\u00add\u00e8rent pas \u00e0 se d\u00e9fi\u00adler. Notre 5<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment avait \u00e9lu R\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n<p>Deux cent mille gardes natio\u00adnaux d\u00e9fi\u00adl\u00e8rent, ce jour-l\u00e0, sur la place de l\u2019H\u00f4tel-de-Ville, devant les membres du nou\u00adveau gou\u00adver\u00adne\u00adment, ceints de l\u2019\u00e9charpe rouge fran\u00adg\u00e9e d\u2019or. Une force invin\u00adcible sem\u00adblait enve\u00adlop\u00adper la Com\u00admune de&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>De ces 200.000, una\u00adnimes dans l\u2019acclamation au jeune pou\u00advoir vic\u00adto\u00adrieux, com\u00adbien allaient se retrou\u00adver pour le d\u00e9fendre au jour du supr\u00eame p\u00e9ril&nbsp;? Gu\u00e8re plus de 15.000&nbsp;!<\/p>\n<p>Pour l\u2019instant, dans la capi\u00adtale, tout \u00e9tait \u00e0 l\u2019enthousiasme.<\/p>\n<p>Je vis ceux qui \u00e9taient autour de moi accueillir avec satis\u00adfac\u00adtion les pre\u00admiers d\u00e9crets de la Com\u00admune&nbsp;: abo\u00adli\u00adtion de la conscrip\u00adtion, sup\u00adpres\u00adsion de l\u2019arm\u00e9e per\u00adma\u00adnente, s\u00e9pa\u00adra\u00adtion de l\u2019\u00c9glise et de l\u2019\u00c9tat. C\u2019\u00e9tait le pro\u00adgramme for\u00admu\u00adl\u00e9 aux \u00e9lec\u00adtions de 1869 par les r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains, m\u00eame bour\u00adgeois, qui com\u00admen\u00ad\u00e7ait \u00e0 se r\u00e9a\u00adli\u00adser. Mon p\u00e8re approu\u00advait avec convic\u00adtion cette appli\u00adca\u00adtion des prin\u00adcipes d\u00e9mo\u00adcra\u00adtiques. Ma m\u00e8re se r\u00e9jouis\u00adsait \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e que je ne serais pas sol\u00addat. Et moi, je tra\u00addui\u00adsais, non sans quelque fier\u00adt\u00e9, le <i>De viris Illus\u00adtri\u00adbus Urbis&nbsp;Roma\u0153<\/i><\/p>\n<p>Dans sept ann\u00e9es, j\u2019aurais vingt ans, libre de toute obli\u00adga\u00adtion mili\u00adtaire, sans avoir eu \u00e0 ache\u00adter un rem\u00adpla\u00ad\u00e7ant des\u00adti\u00adn\u00e9, moyen\u00adnant 2.000 francs, \u00e0 se faire tuer \u00e0 ma place en temps de guerre ou \u00e0 s\u2019abrutir \u00e0 la caserne en temps de paix&nbsp;; je pren\u00addrais mes ins\u00adcrip\u00adtions et, apr\u00e8s avoir cares\u00ads\u00e9 l\u2019ambition d\u2019\u00eatre une c\u00e9l\u00e9\u00adbri\u00adt\u00e9 de la pein\u00adture, je devien\u00addrais une lumi\u00e8re de l\u2019art m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Mais d\u2019ici l\u00e0&nbsp;? L\u2019avenir rati\u00adfie\u00adrait-il les d\u00e9crets de la Commune&nbsp;?<\/p>\n<p>D\u2019autres mesures, d\u2019un carac\u00adt\u00e8re \u00e9co\u00adno\u00admique plus terre \u00e0 terre, mais d\u2019une impor\u00adtance imm\u00e9\u00addiate, appr\u00e9\u00adciable, allaient suivre&nbsp;: pro\u00adro\u00adga\u00adtion de l\u2019\u00e9ch\u00e9ance des effets com\u00admer\u00adciaux&nbsp;; remise des termes de loyer d\u2019octobre, jan\u00advier et avril, que les Pari\u00adsiens, rui\u00adn\u00e9s par la guerre, \u00e9taient hors d\u2019\u00e9tat de payer&nbsp;; sus\u00adpen\u00adsion de la vente des objets appor\u00adt\u00e9s au Mont-de-Pi\u00e9\u00adt\u00e9 et res\u00adti\u00adtu\u00adtion de ceux enga\u00adg\u00e9s pour une somme inf\u00e9\u00adrieure \u00e0 20 francs.<\/p>\n<p>Certes, ce n\u2019\u00e9tait pas l\u2019instauration d\u2019un r\u00e9gime socia\u00adliste, encore peu entre\u00advu de la masse, mais des solu\u00adtions pro\u00advi\u00adsoires des\u00adti\u00adn\u00e9es \u00e0 enrayer la mis\u00e8re et les souf\u00adfrances. Tout le com\u00admerce, sauf celui de l\u2019alimentation, demeu\u00adrait para\u00adly\u00ads\u00e9. L\u2019allocation de 1 fr. 50 par jour aux gardes natio\u00adnaux, allo\u00adca\u00adtion que le gou\u00adver\u00adne\u00adment de Thiers avait vou\u00adlu sup\u00adpri\u00admer, per\u00admet\u00adtait seule aux Pari\u00adsiens, jointe \u00e0 celles ser\u00advies par les femmes \u2013 l\u00e9gi\u00adtimes ou non \u2013 et pour les enfants, de ne pas mou\u00adrir de&nbsp;faim.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>XI La r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion du 18&nbsp;mars. Thiers avait \u00e9t\u00e9 \u00e9lu par l\u2019Assembl\u00e9e natio\u00adnale chef du pou\u00advoir ex\u00e9\u00adcu\u00adtif. Il recueillait le fruit de son atti\u00adtude d\u2019opposition \u00e0 la veille de la d\u00e9cla\u00adra\u00adtion de guerre et de ses d\u00e9marches, pour\u00adtant infruc\u00adtueuses, pour ame\u00adner une inter\u00adven\u00adtion des grandes puissances.C\u2019\u00e9tait le type m\u00eame du bour\u00adgeois de 1840, l\u2019homme de&nbsp;la&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":5379,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[469],"tags":[893],"ppma_author":[764],"class_list":["post-4238","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-memoires-dun-libertaire-par-charles-malato-le-peuple-1937-1938","tag-memoires"],"authors":[{"term_id":764,"user_id":98,"is_guest":0,"slug":"charles-malato","display_name":"Charles Malato","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/dec37ae452dae98c83574ffb83b51be776819688ad66aad5025fe8a60d533467?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Malato","first_name":"Charles","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4238","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4238"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4238\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9009,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4238\/revisions\/9009"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4238"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4238"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4238"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4238"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}