{"id":4240,"date":"1937-10-29T00:00:35","date_gmt":"1937-10-29T00:00:35","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2021\/06\/06\/memoires-dun-libertaire-chapitre-xii\/"},"modified":"2025-07-20T01:45:04","modified_gmt":"2025-07-20T01:45:04","slug":"memoires-dun-libertaire-chapitre-xii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1937\/10\/29\/memoires-dun-libertaire-chapitre-xii\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d\u2019un libertaire\u200a\u2014\u200aChapitre XII"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4240?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4240?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h6 style=\"text-align: center;\">XII<br>\nParis contre Versailles, le second si\u00e8ge<\/h6>\n<div align=\"justify\">\n<p>Cepen\u00addant les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments se pr\u00e9cipitaient.Avec une acti\u00advi\u00adt\u00e9 qu\u2019ils n\u2019a\u00advaient jamais su d\u00e9ployer contre les Prus\u00adsiens, les gens de Ver\u00adsailles orga\u00adni\u00adsaient une arm\u00e9e. En pro\u00advince\u200a\u2014\u200asur\u00adtout en Bre\u00adtagne\u200a\u2014\u200apr\u00e9\u00adfets et maires leur recru\u00adtaient des volon\u00adtaires. Les zouaves pon\u00adti\u00adfi\u00adcaux de Char\u00adrette et de Cate\u00adli\u00adneau, vibrants de la l\u00e9gende des luttes ven\u00add\u00e9ennes et enra\u00adg\u00e9s de fana\u00adtisme contre la ville des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, des corps de gen\u00addar\u00adme\u00adrie et de police accou\u00adraient gros\u00adsir les troupes de \u00ab&nbsp;l\u2019ordre&nbsp;\u00bb. \u00c0 cet embryon d\u2019ar\u00adm\u00e9e, chif\u00adfrant d\u00e9j\u00e0 de trente \u00e0 qua\u00adrante-cinq mille hommes, allaient s\u2019en ajou\u00adter cent mille autres, Thiers et Bis\u00admarck s\u2019\u00e9\u00adtant faci\u00adle\u00adment enten\u00addus pour rapa\u00adtrier d\u2019Al\u00adle\u00admagne les pri\u00adson\u00adniers de guerre. Et cette masse, exas\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9e de ses d\u00e9faites et de ses souf\u00adfrances, allait cher\u00adcher furieu\u00adse\u00adment une revanche sur ces monstres de Pari\u00adsiens qui, ne se r\u00e9si\u00adgnant pas \u00e0 la capi\u00adtu\u00adla\u00adtion, avaient pro\u00adlon\u00adg\u00e9 la guerre et leur captivit\u00e9.<\/p>\n<p>Les pre\u00admiers coups de feu furent tir\u00e9s le 2 avril, \u00e0 Cour\u00adbe\u00advoie, o\u00f9 une recon\u00adnais\u00adsance ver\u00adsaillaise se heur\u00adta \u00e0 un poste de f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la soi\u00adr\u00e9e s\u2019o\u00adp\u00e9\u00adra une concen\u00adtra\u00adtion des forces de la Com\u00admune. Mon p\u00e8re par\u00adtit avec tout le 160<sup>e<\/sup>, jeunes des com\u00adpa\u00adgnies de marche et vieux de la s\u00e9den\u00adtaire, m\u00eal\u00e9e.<\/p>\n<p>On \u00e9tait grave, pres\u00adsen\u00adtant qu\u2019un grand choc allait se pro\u00adduire. Une pro\u00adcla\u00adma\u00adtion de la Com\u00admis\u00adsion ex\u00e9\u00adcu\u00adtive de la guerre annon\u00ad\u00e7ait que les \u00ab&nbsp;conspi\u00adra\u00adteurs roya\u00adlistes&nbsp;\u00bb avaient atta\u00adqu\u00e9. La riposte \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9\u00advoir. Toute la nuit fut emplie de mou\u00adve\u00adments de troupes. Les g\u00e9n\u00e9\u00adraux de la Com\u00admune, ardents mais inex\u00adp\u00e9\u00adri\u00admen\u00adt\u00e9s, pr\u00e9\u00adpa\u00adraient une marche concen\u00adtrique qui, th\u00e9o\u00adri\u00adque\u00adment bien con\u00e7ue, devait, dans la pra\u00adtique, abou\u00adtir \u00e0 un d\u00e9sastre.<\/p>\n<p>Trois mou\u00adve\u00adments devaient conver\u00adger sur Ver\u00adsailles, par\u00adtant&nbsp;: l\u2019un, diri\u00adg\u00e9 par Flou\u00adrens et Ber\u00adge\u00adret, de la pres\u00adqu\u2019\u00eele de Gen\u00adne\u00advil\u00adliers&nbsp;; un autre, conduit par Eudes, du Bas-Meu\u00addon&nbsp;; le troi\u00adsi\u00e8me, avec Duval, du pla\u00adteau de Ch\u00e2\u00adtillon. Le plan con\u00e7u par Eudes parais\u00adsait fort beau. Mal\u00adheu\u00adreu\u00adse\u00adment, une chose devait le ruiner.<\/p>\n<p>Les forts du Sud, situ\u00e9s sur la rive gauche de la Seine\u200a\u2014\u200aceux d\u2019Is\u00adsy, de Vanves, de Mon\u00adtrouge, de Bicetre et d\u2019I\u00advry\u200a\u2014\u200aavaient \u00e9t\u00e9 \u00e9va\u00adcu\u00e9s par les Prus\u00adsiens apr\u00e8s la signa\u00adture de la paix, puis occu\u00adp\u00e9e sans dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9 par les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s. Seul, le Mont-Val\u00e9\u00adrien, beau\u00adcoup plus impor\u00adtant, puisque d\u2019une hau\u00adteur de 136 m\u00e8tres il domine toute la val\u00adl\u00e9e de la Seine et peut l\u2019\u00e9\u00adcra\u00adser de son feu plon\u00adgeant, avait conser\u00adv\u00e9 une gar\u00adni\u00adson de ligne, com\u00adman\u00add\u00e9e par le lieu\u00adte\u00adnant-colo\u00adnel Luckner.<\/p>\n<p>Lul\u00adlier, ex-lieu\u00adte\u00adnant de vais\u00adseau ral\u00adli\u00e9 \u00e0 la d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, avait \u00e9t\u00e9 char\u00adg\u00e9 d\u2019as\u00adsu\u00adrer l\u2019oc\u00adcu\u00adpa\u00adtion du fort par les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s. C\u2019\u00e9\u00adtait un homme capable et \u00e9ner\u00adgique, de sta\u00adture et de force her\u00adcu\u00adl\u00e9ennes, avec une belle t\u00eate de lion et un faible pour l\u2019ab\u00adsinthe qui lui fai\u00adsait par\u00adfois perdre son sang-froid.<\/p>\n<p>Ce marin, qui n\u2019\u00e9\u00adtait pas d\u2019eau douce, avait mon\u00adtr\u00e9 de la d\u00e9ci\u00adsion en maintes cir\u00adcons\u00adtances et s\u2019\u00e9\u00adtait fait nom\u00admer par le Comi\u00adt\u00e9 cen\u00adtral com\u00adman\u00addant en chef de la garde natio\u00adnale, dans la nuit du 18 au 19 mars. Cette fois, il fut mal ins\u00adpi\u00adr\u00e9 en se conten\u00adtant de la parole que lui don\u00adna le gou\u00adver\u00adneur de demeu\u00adrer neutre dans un conflit entre Paris et Ver\u00adsailles. Il s\u2019abs\u00adtint de prendre pos\u00adses\u00adsion du&nbsp;fort.<\/p>\n<p>Le lieu\u00adte\u00adnant-colo\u00adnel Luck\u00adner, bon \u00e9l\u00e8ve en casuis\u00adtique du g\u00e9n\u00e9\u00adral Tro\u00adchu, n\u2019eut rien de plus pres\u00ads\u00e9, une fois Lul\u00adlier \u00e9loi\u00adgn\u00e9, que de t\u00e9l\u00e9\u00adgra\u00adphier la chose au gou\u00adver\u00adne\u00adment de Ver\u00adsailles. La gar\u00adni\u00adson fut aus\u00adsi\u00adt\u00f4t rele\u00adv\u00e9e et le com\u00adman\u00adde\u00adment de la cita\u00addelle remit \u00e0 un autre offi\u00adcier sup\u00e9\u00adrieur qui, lui, n\u2019a\u00advait enga\u00adg\u00e9 aucune parole d\u2019honneur.<\/p>\n<p>Dans la mati\u00adn\u00e9e du 3 avril, les bataillons de Ber\u00adge\u00adret, venant de Neuilly, se pr\u00e9\u00adparent \u00e0 faire leur jonc\u00adtion avec les bataillons de Flou\u00adrens, arri\u00advant d\u2019As\u00adni\u00e8res. Vingt mille hommes <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">Vingt mille d\u2019a\u00adpr\u00e8s le \u00ab&nbsp;Rap\u00adpel&nbsp;\u00bb, beau\u00adcoup moins d\u2019a\u00adpr\u00e8s Lis\u00adsa\u00adga\u00adray, qui dit \u00ab&nbsp;six mille hommes de Ber\u00adge\u00adret et un mil\u00adlier de Flou\u00adrens&nbsp;\u00bb.<\/span> se dirigent de ce c\u00f4t\u00e9 sur Ver\u00adsailles en tour\u00adnant le Mont-Val\u00e9\u00adrien. L\u2019a\u00advant-garde atteint d\u00e9j\u00e0&nbsp;Rueil.<\/p>\n<p>Sou\u00addain, le fort, que tous croyaient neutre, ouvre le feu. Une bor\u00add\u00e9e fou\u00addroie la colonne des f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s. Coup de th\u00e9\u00e2tre. Aux cris de \u00ab&nbsp;Tra\u00adhi\u00adson&nbsp;!&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;Sauve qui peut&nbsp;!&nbsp;\u00bb les hommes se d\u00e9bandent et s\u2019en\u00adfuient vers&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Le canon conti\u00adnuait de tonner.<\/p>\n<p>Dans Paris, nous enten\u00addions ce canon qui, apr\u00e8s une tr\u00eave de deux mois, nous rap\u00adpe\u00adlait les jours du pre\u00admier si\u00e8ge. Le bruit cou\u00adrait qu\u2019une grande bataille \u00e9tait enga\u00adg\u00e9e et mille rumeurs contra\u00addic\u00adtoires circulaient.<\/p>\n<p>\u00c9treints par l\u2019in\u00adcer\u00adti\u00adtude, ma m\u00e8re et moi rece\u00advions coup sur coup les visites de femmes venant nous r\u00e9cla\u00admer leurs maris, par\u00adtis avec la com\u00adpa\u00adgnie de mon p\u00e8re. H\u00e9las&nbsp;! nous ne pou\u00advions ni les leur rendre ni m\u00eame leur en don\u00adner des nouvelles&nbsp;!<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, angois\u00ads\u00e9e, allait elle-m\u00eame aux infor\u00adma\u00adtions, s\u2019a\u00addres\u00adsant \u00e0 des fuyards d\u00e9j\u00e0 ren\u00adtr\u00e9s dans le quar\u00adtier. Leurs r\u00e9ponses \u00e9taient sou\u00advent extraordinaires&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2014 Ils sont en train de \u00ab&nbsp;mon\u00adter \u00e0 l\u2019as\u00adsaut&nbsp;\u00bb de Ver\u00adsailles&nbsp;! disait tex\u00adtuel\u00adle\u00adment l\u2019un, qui avait jug\u00e9 bon de ne point par\u00adti\u00adci\u00adper \u00e0 cet \u00ab&nbsp;assaut&nbsp;\u00bb d\u2019une ville ouverte.<br>\u200a\u2014\u200aAh&nbsp;! madame, r\u00e9pon\u00addait un autre, fris\u00adson\u00adnant \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e de la ter\u00adrible sur\u00adprise, tout ce que je puis vous dire c\u2019est que votre mari n\u2019\u00e9\u00adtait <i>pas encore<\/i> par\u00admi les&nbsp;morts.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9\u00adtait plus ou moins rassurant&nbsp;!<\/p>\n<p>Toute la jour\u00adn\u00e9e se pas\u00adsa ain\u00adsi. Seule\u00adment, vers dix heures du soir, nous enten\u00add\u00eemes un pas connu r\u00e9son\u00adner dans l\u2019es\u00adca\u00adlier et la voix de mon p\u00e8re crier dans son fran\u00ad\u00e7ais ita\u00adlia\u00adni\u00ads\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;<i>Souis moi&nbsp;!<\/i>\u00bb<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"2\" data-mfn-post-scope=\"000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-2\">2<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-2\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"2\">\u00abC\u2019est moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb Tex\u00adtuel\u00adle\u00adment \u00ab&nbsp;je suis moi&nbsp;\u00bb (Sono io.)<\/span><i>.<\/i><\/p>\n<p>Mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e9rein\u00adt\u00e9. Sur pied depuis la veille, il s\u2019\u00e9\u00adtait effor\u00adc\u00e9 d\u2019en\u00addi\u00adguer la d\u00e9ban\u00addade et de rete\u00adnir sa com\u00adpa\u00adgnie. Mais, dans la panique g\u00e9n\u00e9\u00adrale, ses \u00e9ner\u00adgiques exhor\u00adta\u00adtions \u00e9taient inutiles. Du moins, il \u00e9tait res\u00adt\u00e9 sous le feu jus\u00adqu\u2019au der\u00adnier moment, ne se reti\u00adrant\u200a\u2014\u200aavec ceux aux\u00adquels la ter\u00adreur n\u2019a\u00advait pas don\u00adn\u00e9 des ailes\u200a\u2014\u200aque lorsque toute id\u00e9e d\u2019of\u00adfen\u00adsive avait d\u00fb \u00eatre abandonn\u00e9e.<\/p>\n<p>Flou\u00adrens, qui venait de voir se dis\u00adsi\u00adper son arm\u00e9e et son r\u00eave de vic\u00adtoire, ne vou\u00adlut pas ren\u00adtrer dans Paris comme un Ducrot, vivant et vain\u00adcu. Mal\u00adgr\u00e9 les exhor\u00adta\u00adtions de son aide de camp et ami Cipria\u00adni, il demeu\u00adra seul avec son com\u00adpa\u00adgnon, mur\u00admu\u00adrant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne recu\u00adle\u00adrai&nbsp;pas&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Fati\u00adgu\u00e9s, cepen\u00addant, les deux hommes entr\u00e8rent dans une auberge pour se repo\u00adser. Sou\u00addain, des gen\u00addarmes\u200a\u2014\u200aune qua\u00adran\u00adtaine\u200a\u2014\u200aappa\u00adraissent et, bien\u00adt\u00f4t ren\u00adsei\u00adgn\u00e9s par un habi\u00adtant, se dirigent vers l\u2019\u00e9\u00adta\u00adblis\u00adse\u00adment. Nul moyen de fuir&nbsp;: la mai\u00adson est cer\u00adn\u00e9e. Des coups de revol\u00adver s\u2019\u00e9\u00adchangent&nbsp;: Cipria\u00adni est arr\u00ea\u00adt\u00e9 au rez-de-chaus\u00ads\u00e9e. Il n\u2019est que rou\u00e9 de coups, car c\u2019est sur\u00adtout Flou\u00adrens qu\u2019on cherche et une per\u00adqui\u00adsi\u00adtion le fait bien\u00adt\u00f4t d\u00e9couvrir.<\/p>\n<p>C\u2019est sur lui que la rage des Ver\u00adsaillais va se satis\u00adfaire. On le conduit sur le bord de la Seine, o\u00f9, t\u00eate nue et les bras croi\u00ads\u00e9s, il attend, muet et sto\u00efque, sa des\u00adti\u00adn\u00e9e. Il ne l\u2019at\u00adtend pas long\u00adtemps. Le capi\u00adtaine de ces hommes, Des\u00adma\u00adrets, accourt \u00e0 che\u00adval et, hur\u00adlant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! c\u2019est vous, Flou\u00adrens&nbsp;!&nbsp;\u00bb, lui fend le cr\u00e2ne d\u2019un furieux coup de sabre qui, selon l\u2019ex\u00adpres\u00adsion spi\u00adri\u00adtuelle d\u2019un des gen\u00addarmes, lui fait \u00ab&nbsp;deux \u00e9paulettes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi p\u00e9rit un noble type de pala\u00addin, pos\u00ads\u00e9\u00addant tout&nbsp;: jeu\u00adnesse, for\u00adtune, savoir pour vivre heu\u00adreux, s\u2019il ne se f\u00fbt vou\u00e9 au culte de la liber\u00adt\u00e9 et de la jus\u00adtice sociales. C\u2019\u00e9\u00adtait \u00e0 lui qu\u2019Eu\u00adg\u00e8ne Pot\u00adtier avait d\u00e9di\u00e9 sa belle po\u00e9\u00adsie, <i>Don Qui\u00adchotte<\/i>, et nul n\u2019en \u00e9tait plus digne. Au milieu des graves sou\u00adcis cau\u00ads\u00e9s par un \u00e9chec mili\u00adtaire de f\u00e2cheux augure, la fin tra\u00adgique de Flou\u00adrens cau\u00adsa chez tous les d\u00e9mo\u00adcrates une tris\u00adtesse profonde.<\/p>\n<p>Le corps, r\u00e9cla\u00adm\u00e9 par la famille, fut enter\u00adr\u00e9 \u00e0 Paris. Les parents infli\u00adg\u00e8rent \u00e0 la d\u00e9pouille de ce r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire libre pen\u00adseur les rites d\u2019une reli\u00adgion qu\u2019il avait r\u00e9pudi\u00e9e.<\/p>\n<p>La sor\u00adtie du 3 avril avait \u00e9t\u00e9 une d\u00e9faite sur tous les points. Au Petit-Bic\u00eatre, les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, conduits par Duval, ouvrier \u00e9ner\u00adgique, fon\u00addeur intel\u00adli\u00adgent, mais g\u00e9n\u00e9\u00adral impro\u00advi\u00ads\u00e9, s\u2019\u00e9\u00adtaient trou\u00adv\u00e9s brus\u00adque\u00adment atta\u00adqu\u00e9s par les lignards de la bri\u00adgade Der\u00adro\u00adja, sur\u00adgis des bois de Vil\u00adla\u00adcou\u00adblay. Refou\u00adl\u00e9s en d\u00e9sordre sur le pla\u00adteau de Ch\u00e2\u00adtillon, ils avaient d\u00fb mettre bas les&nbsp;armes.<\/p>\n<p>Par\u00admi eux se trou\u00advait \u00c9li\u00ads\u00e9e Reclus, simple garde.<\/p>\n<p>Un g\u00e9n\u00e9\u00adral ver\u00adsaillais appa\u00adrut subi\u00adte\u00adment. C\u2019\u00e9\u00adtait&nbsp;Vinoy.<\/p>\n<p>\u2014 Y a\u2011t-il des chefs par\u00admi vous&nbsp;? demanda-t-il.<\/p>\n<p>Duval sor\u00adtit des rangs et se&nbsp;nomma.<\/p>\n<p>\u2014 Qu\u2019au\u00adriez-vous fait de moi si vous m\u2019a\u00adviez pris&nbsp;? lui deman\u00adda l\u2019ex-gou\u00adver\u00adneur de&nbsp;Paris.<br>\u200a\u2014\u200aJe vous aurais fait fusiller&nbsp;! r\u00e9pon\u00addit sans h\u00e9si\u00adta\u00adtion le r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9\u00adtait son arr\u00eat de mort. Duval s\u2019a\u00addos\u00adsa intr\u00e9\u00adpi\u00adde\u00adment \u00e0 un mur, face au pelo\u00adton d\u2019ex\u00e9\u00adcu\u00adtion, et tom\u00adba au cri de&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vive la Commune&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Son chef d\u2019\u00e9\u00adtat-major et un autre offi\u00adcier f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9, aus\u00adsi cr\u00e2nes, par\u00adta\u00adg\u00e8rent son&nbsp;sort.<\/p>\n<p>Au centre, les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, quoique moins mal\u00adme\u00adn\u00e9s, avaient d\u00fb se replier sur le fort d\u2019Is\u00adsy, apr\u00e8s avoir \u00e9chan\u00adg\u00e9 une vive fusillade avec un mil\u00adlier de gen\u00addarmes retran\u00adch\u00e9s dans les vil\u00adlas cr\u00e9\u00adne\u00adl\u00e9es du Bas-Meudon.<\/p>\n<p>L\u2019in\u00adsuc\u00adc\u00e8s avait \u00e9t\u00e9 com\u00adplet. Les quelques r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains bour\u00adgeois qui si\u00e9\u00adgeaient \u00e0 la Com\u00admune, au milieu des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, don\u00adn\u00e8rent leur d\u00e9mis\u00adsion&nbsp;: les uns, comme M\u00e9line, parce qu\u2019ils n\u2019en\u00adten\u00addaient pas com\u00adpro\u00admettre leur ave\u00adnir poli\u00adtique dans une lutte d\u00e9fa\u00advo\u00adra\u00adble\u00adment enga\u00adg\u00e9e&nbsp;; les autres, comme Ranc, hon\u00adn\u00eate jaco\u00adbin, pour ne pas se lais\u00adser entra\u00ee\u00adner sur le ter\u00adrain trop inqui\u00e9\u00adtant pour eux d\u2019une r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion sociale.<\/p>\n<p>Clu\u00adse\u00adret avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 au minis\u00adt\u00e8re de la Guerre. Il ne man\u00adquait ni d\u2019i\u00add\u00e9es, ni de cou\u00adrage, ni de m\u00e9tier&nbsp;: capi\u00adtaine de mobiles en juin 1848, il s\u2019\u00e9\u00adtait bat\u00adtu contre les insur\u00adg\u00e9s, leur enle\u00advant, \u00e0 la t\u00eate de ses hommes, la bar\u00adri\u00adcade de la rue Saint-Jacques et rece\u00advant de ce fait le ruban rouge. Ayant quit\u00adt\u00e9 l\u2019ar\u00adm\u00e9e sous l\u2019Em\u00adpire, il avait \u00e9mi\u00adgr\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et ser\u00advi dans les forces f\u00e9d\u00e9\u00adrales pen\u00addant la guerre de S\u00e9ces\u00adsion, avec le grade de g\u00e9n\u00e9\u00adral de bri\u00adgade. Au len\u00adde\u00admain du 4 sep\u00adtembre, il avait paru un ins\u00adtant \u00e0 Lyon, dans une \u00e9ph\u00e9\u00adm\u00e8re ten\u00adta\u00adtive de Bakou\u00adnine pour sub\u00adsti\u00adtuer au gou\u00adver\u00adne\u00adment bour\u00adgeois et uni\u00adtaire une f\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adtion d\u2019or\u00adga\u00adni\u00adsa\u00adtions r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>H\u00e9las&nbsp;! si les g\u00e9n\u00e9\u00adraux de l\u2019Em\u00adpire et de la D\u00e9fense natio\u00adnale n\u2019a\u00advaient point brill\u00e9 contre les Prus\u00adsiens, les g\u00e9n\u00e9\u00adraux de la Com\u00admune ne devaient pas \u00eatre plus heu\u00adreux contre les Versaillais&nbsp;!<\/p>\n<p>Pour\u00adtant, \u00e0 par\u00adtir de la d\u00e9sas\u00adtreuse jour\u00adn\u00e9e du 3 avril, les bul\u00adle\u00adtins offi\u00adciels n\u2019an\u00adnon\u00ad\u00e7aient gu\u00e8re que des vic\u00adtoires. Vic\u00adtoires \u00e0 Issy, \u00e0 Asni\u00e8res, \u00e0 Neuilly sur\u00adtout. Ne soup\u00ad\u00e7on\u00adnant pas, dans ma can\u00addeur juv\u00e9\u00adnile, qu\u2019un gou\u00adver\u00adne\u00adment popu\u00adlaire p\u00fbt, tout comme un autre, men\u00adtir par rai\u00adson d\u2019\u00c9\u00adtat, je me disais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si cela conti\u00adnue, on fini\u00adra tout de m\u00eame par arri\u00adver \u00e0 Versailles&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>En atten\u00addant, l\u2019ar\u00adm\u00e9e de l\u2019\u00abordre&nbsp;\u00bb gros\u00adsis\u00adsait de jour en jour, et le mar\u00e9\u00adchal de Mac-Mahon en avait re\u00e7u le com\u00adman\u00adde\u00adment. Le vain\u00adcu de Reich\u00adshof\u00adfen et de Sedan avait deux grandes d\u00e9faites \u00e0 effacer.<\/p>\n<p>Les Ver\u00adsaillais, repous\u00ads\u00e9s le 6 avril au pont de Neuilly, s\u2019en emparent le 7, apr\u00e8s avoir per\u00addu les g\u00e9n\u00e9\u00adraux Bes\u00adson et P\u00e9chot. Le 11 et le 13, attaques contre le fort d\u2019Is\u00adsy, vic\u00adto\u00adrieu\u00adse\u00adment d\u00e9jou\u00e9es, annonce-t-on. Mais ces attaques \u00e9taient sur\u00adtout des canon\u00adnades furieuses qui, appuy\u00e9es par des fusillades de tran\u00adch\u00e9es, ache\u00advaient de d\u00e9man\u00adte\u00adler le fort, ter\u00adri\u00adble\u00adment \u00e9prou\u00adv\u00e9 par le bom\u00adbar\u00adde\u00adment du pre\u00admier si\u00e8ge. \u00c0 la fin du mois, l\u2019ar\u00adm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re l\u2019en\u00adcer\u00adclait presque, s\u2019\u00e9\u00adtant empa\u00adr\u00e9e des Mou\u00adli\u00adneaux, du cime\u00adti\u00e8re, du parc et du ch\u00e2\u00adteau d\u2019Is\u00adsy. Cette par\u00adtie de la ban\u00adlieue pari\u00adsienne a, pen\u00addant de longues ann\u00e9es, conser\u00adv\u00e9 les ves\u00adtiges de la ter\u00adrible tour\u00admente de fer et de feu qui s\u2019\u00e9\u00adtait abat\u00adtue sur&nbsp;elle.<\/p>\n<p>Le 30 avril, la gar\u00adni\u00adson f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9e, aux ordres du blan\u00adquiste M\u00e9gy, voyant l\u2019en\u00adne\u00admi s\u2019\u00e9\u00adtendre sur sa droite, \u00e9va\u00adcua cette ruine. Clu\u00adse\u00adret, aver\u00adti, r\u00e9unit en h\u00e2te quelques cen\u00adtaines d\u2019hommes, les d\u00e9ploya en tirailleurs, mar\u00adchant \u00e0 leur t\u00eate, v\u00eatu en civil, et, s\u2019a\u00advan\u00ad\u00e7ant \u00e0 tra\u00advers le parc, r\u00e9oc\u00adcu\u00adpa le fort. Il \u00e9tait temps. Le d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 \u00e0 la Guerre trou\u00adva un h\u00e9ro\u00efque gamin qui, demeu\u00adr\u00e9 seul dans cet amas de d\u00e9combres et de cadavres, atten\u00addait l\u2019ar\u00adri\u00adv\u00e9e de l\u2019en\u00adne\u00admi pr\u00e8s de la pou\u00addri\u00e8re pour y mettre le feu. Cet \u00e9pique gavroche s\u2019ap\u00adpe\u00adlait Dufour.<\/p>\n<p>Comme dans toutes les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions, enfants et vieillards se mon\u00adtraient les plus intr\u00e9\u00adpides&nbsp;: les pre\u00admiers, enthou\u00adsiastes et esp\u00e9\u00adrant tout&nbsp;; les seconds, bron\u00adz\u00e9s par les luttes de la vie et ne regret\u00adtant&nbsp;rien.<\/p>\n<p>Ceux qui tom\u00adbaient avaient de belles fun\u00e9\u00adrailles. Ils \u00e9taient conduits \u00e0 leur der\u00adni\u00e8re demeure sous les plis du dra\u00adpeau rouge, au son de la <i>Marche fun\u00e8bre<\/i> de Cho\u00adpin, ex\u00e9\u00adcu\u00adt\u00e9e par les musiques f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9es. Des d\u00e9ta\u00adche\u00adments de leur bataillon et des d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9s de la Com\u00admune sui\u00advaient le cor\u00adbillard et des dis\u00adcours vibrants d\u2019une \u00e9mo\u00adtion sin\u00adc\u00e8re \u00e9taient pro\u00adnon\u00adc\u00e9s sur leur tombe. Leurs veuves et leurs orphe\u00adlins \u00e9taient adop\u00adt\u00e9s par la Commune.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9\u00adtait impres\u00adsion\u00adnant, d\u2019un effet th\u00e9\u00e2\u00adtral peut-\u00eatre, mais sans le moindre cabo\u00adti\u00adnage. On ne cabo\u00adti\u00adnait pas avec la&nbsp;mort.<\/p>\n<p>Si l\u2019ar\u00adm\u00e9e de Ver\u00adsailles se ren\u00adfor\u00ad\u00e7ait, celle de la Com\u00admune fon\u00addait \u00e0 vue d\u2019\u0153il. Sur le papier, elle chif\u00adfrait 200.000 hommes, dont une moi\u00adti\u00e9 pour la garde natio\u00adnale s\u00e9den\u00adtaire, et l\u2019autre pour les com\u00adpa\u00adgnies de guerre&nbsp;; mais, en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, elle n\u2019at\u00adtei\u00adgnait pas, pour les deux cat\u00e9\u00adgo\u00adries r\u00e9unies, la moi\u00adti\u00e9 de cet effec\u00adtif. Les bataillons tom\u00adbaient \u00e0 trois cents hommes au maxi\u00admum, les com\u00adpa\u00adgnies \u00e0 moins de cin\u00adquante. Celle de mon p\u00e8re s\u2019\u00e9\u00adle\u00advait \u00e0 une tren\u00adtaine de gardes.<\/p>\n<p>Pour les esprits clair\u00advoyants, la situa\u00adtion se des\u00adsi\u00adnait&nbsp;: les bataillons f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s qui n\u2019a\u00advaient pas mar\u00adch\u00e9 sur Ver\u00adsailles d\u00e8s le len\u00adde\u00admain du 18 mars, alors qu\u2019ils avaient l\u2019a\u00advan\u00adtage mat\u00e9\u00adriel du nombre et l\u2019a\u00advan\u00adtage moral d\u2019une pre\u00admi\u00e8re vic\u00adtoire, \u00e9taient main\u00adte\u00adnant, condam\u00adn\u00e9s \u00e0 l\u2019im\u00adpuis\u00adsance devant une arm\u00e9e sup\u00e9\u00adrieure en orga\u00adni\u00adsa\u00adtion et, d\u00e9j\u00e0, en nombre. Les r\u00f4les se trou\u00advaient renvers\u00e9s.<\/p>\n<p>Les Ver\u00adsaillais occu\u00adpaient une par\u00adtie de Neuilly, les com\u00admu\u00adnards l\u2019autre. Les pre\u00admiers \u00e9taient pro\u00adt\u00e9\u00adg\u00e9s par les feux plon\u00adgeants du Mont-Val\u00e9\u00adrien, en atten\u00addant l\u2019\u00e9\u00adta\u00adblis\u00adse\u00adment \u00e0 Mon\u00adtre\u00adtout d\u2019une for\u00admi\u00addable bat\u00adte\u00adrie de soixante-dix pi\u00e8ces&nbsp;; les seconds \u00e9taient appuy\u00e9s par quelques canons de la porte-Maillot, dont les ser\u00advants se mon\u00adtraient h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<p>La situa\u00adtion des habi\u00adtants de Neuilly, pris entre deux feux, \u00e9tait \u00e9pou\u00advan\u00adtable&nbsp;: un oura\u00adgan inin\u00adter\u00adrom\u00adpu de mitraille les empri\u00adson\u00adnait dans les caves, sous des pans de murs crou\u00adlants. Un armis\u00adtice de vingt-quatre heures fut conclu, le 25 avril, pour leur per\u00admettre d\u2019\u00e9\u00adva\u00adcuer les ruines qui avaient \u00e9t\u00e9 leurs maisons.<\/p>\n<p>Entre le pont de Neuilly et la porte-Maillot, les com\u00adbats fai\u00adsaient rage. De la pres\u00adqu\u2019\u00eele de Gen\u00adne\u00advil\u00adliers, le feu des f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s pou\u00advait g\u00eaner les Ver\u00adsaillais&nbsp;; une attaque de nuit enle\u00adva aux sol\u00addats de la Com\u00admune le ch\u00e2\u00adteau de B\u00e9con. Pour\u00adsui\u00advant ce suc\u00adc\u00e8s, l\u2019ar\u00adm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re les reje\u00adta sur Asni\u00e8res, qu\u2019elle occu\u00adpa ensuite. Le pont res\u00adta au pou\u00advoir des f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, d\u00e9fen\u00addu par deux loco\u00admo\u00adtives blin\u00add\u00e9es et arm\u00e9es.<\/p>\n<p>La bour\u00adgeoi\u00adsie r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaine redou\u00adtait \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e9ga\u00adle\u00adment la vic\u00adtoire de la Com\u00admune, par peur d\u2019une brusque trans\u00adfor\u00adma\u00adtion sociale, et celle de l\u2019As\u00adsem\u00adbl\u00e9e natio\u00adnale, par crainte d\u2019une r\u00e9ac\u00adtion monar\u00adchique. Des ten\u00adta\u00adtives de conci\u00adlia\u00adtion entre Paris et Ver\u00adsailles s\u2019\u00e9\u00adbau\u00adchaient, mais sans suc\u00adc\u00e8s&nbsp;; des d\u00e9mo\u00adcrates radi\u00adcaux, qui se jalon\u00adnaient, pour quelques-uns, une route \u00e0 la d\u00e9pu\u00adta\u00adtion, avaient for\u00adm\u00e9 une Union r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaine pour les droits de Paris, mais leur voix se per\u00addait dans la bataille. D\u2019ailleurs, ils n\u2019a\u00advaient gu\u00e8re la confiance de la Com\u00admune, et encore bien moins la sym\u00adpa\u00adthie de l\u2019Assembl\u00e9e.<\/p>\n<p>Par\u00admi eux se trou\u00advaient l\u2019an\u00adcien maire du III<sup>e<\/sup>, Bon\u00adval et l\u2019his\u00adto\u00adrien Mau\u00adrice Lach\u00e2tre, Laurent Pichat, Mot\u00adtu et trois d\u00e9pu\u00adt\u00e9s d\u00e9mis\u00adsion\u00adnaires&nbsp;: Cle\u00admen\u00adceau, Lockroy, Floquet.<\/p>\n<p>Le mou\u00adve\u00adment du 18 mars avait eu pour\u00adtant son contre\u00adcoup en pro\u00advince&nbsp;; Mar\u00adseille, Lyon, Saint-\u00c9tienne, Limoges, Nar\u00adbonne s\u2019\u00e9\u00adtaient sou\u00adle\u00adv\u00e9es. Dans cette der\u00adni\u00e8re cit\u00e9, un ardent r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain, \u00c9mile Digeon, pros\u00adcrit du 2 d\u00e9cembre et qui \u00e9tait des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 deve\u00adnir un des pre\u00admiers pro\u00adpa\u00adgan\u00addistes de l\u2019a\u00adnar\u00adchisme, avait orga\u00adni\u00ads\u00e9 une d\u00e9fense \u00e9ner\u00adgique. Mais par\u00adtout aus\u00adsi l\u2019in\u00adsur\u00adrec\u00adtion avait \u00e9t\u00e9 \u00e9touf\u00adf\u00e9e en peu de jours. L\u2019a\u00advo\u00adcat Gas\u00adton Cr\u00e9\u00admieux, r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain enthou\u00adsiaste et huma\u00adni\u00adtaire, membre de l\u2019\u00e9\u00adph\u00e9\u00adm\u00e8re Com\u00admune de Mar\u00adseille, fut arr\u00ea\u00adt\u00e9 par ordre du g\u00e9n\u00e9\u00adral Espivent et d\u00e9f\u00e9\u00adr\u00e9 \u00e0 un conseil de guerre. Il fut condam\u00adn\u00e9 \u00e0 mort et fusill\u00e9, expiant son cri indi\u00adgn\u00e9 de \u00ab&nbsp;Majo\u00adri\u00adt\u00e9 rurale, honte de la France&nbsp;!&nbsp;\u00bb qu\u2019il avait lan\u00adc\u00e9 \u00e0 l\u2019As\u00adsem\u00adbl\u00e9e de Bor\u00addeaux, venant de huer Garibaldi.<\/p>\n<p>Paris demeu\u00adrait iso\u00adl\u00e9, cepen\u00addant que j\u2019entendais chan\u00adter dans les rues, \u00e0 peu pr\u00e8s sur l\u2019air de <i>O Nep\u00adtune, dieu des eaux<\/i>&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 160px;\"><em>Sau\u00advez Paris, enfants de la province&nbsp;!<\/em><br>\n<em>Avec ardeur, accou\u00adrez \u00e0 nos&nbsp;cris.<\/em><br>\n<em>On nous mitraille et sous le joug d\u2019un prince,<\/em><br>\n<em>On veut nous mettre&nbsp;! Ah&nbsp;! secou\u00adrez&nbsp;Paris&nbsp;!<br>\n(\u2026)<br>\n<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les m\u00e9nes\u00adtrels ambu\u00adlants chan\u00adtaient aus\u00adsi une autre po\u00e9\u00adsie, aus\u00adsi fol\u00e2tre que l\u2019eussent pu \u00eatre les pr\u00e9\u00addic\u00adtions du pro\u00adph\u00e8te J\u00e9r\u00e9\u00admie mises en vers avec musique. Le refrain en&nbsp;\u00e9tait&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 160px;\"><em>Pauvre Paris&nbsp;! tu ver\u00adras bien des larmes<\/em><br>\n<em>Si tes vieux murs ne sont pas engloutis&nbsp;!<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D\u2019autres po\u00e9\u00adsies pr\u00e9\u00adsen\u00adtaient, \u00e0 la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, des pers\u00adpec\u00adtives moins lugubres.<\/p>\n<p>La g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion de 1871 \u00e9tait autre\u00adment enthou\u00adsiaste et sen\u00adti\u00admen\u00adtale que celle qui est venue un demi-si\u00e8cle plus perd. R\u00e9veill\u00e9e de la tor\u00adpeur o\u00f9 l\u2019avait plon\u00adg\u00e9e le r\u00e9gime imp\u00e9\u00adrial, elle vibrait aux grands mots et s\u2019\u00e9panchait en des effu\u00adsions sou\u00advent na\u00efves, tou\u00adjours g\u00e9n\u00e9\u00adreuses. Bon nombre de d\u00e9por\u00adt\u00e9s que j\u2019ai connus, quelques ann\u00e9es plus tard, en Nou\u00advelle-Cal\u00e9\u00addo\u00adnie, avaient leur cahier de chansons.<\/p>\n<p>\u00ab\u2014 \u00c0 en juger par l\u2019histoire, me disait, en 1913, Alfred Naquet, les \u00e9lans popu\u00adlaires de la Grande R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion ont \u00e9t\u00e9 sublimes. J\u2019ai vu 48&nbsp;; c\u2019\u00e9tait admi\u00adrable. Il y avait dans le peuple un enthou\u00adsiasme, un esprit de fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 \u00e9mou\u00advants. 1871, c\u2019\u00e9tait encore tr\u00e8s bien. Mais main\u00adte\u00adnant&nbsp;!&nbsp;\u00bb Les vieux sont sou\u00advent injustes en s\u2019imaginant que l\u2019\u00e9poque qui les vit jeunes et pleins de s\u00e8ve l\u2019emporte en beau\u00adt\u00e9 sur le temps de leur d\u00e9cr\u00e9\u00adpi\u00adtude. C\u2019est exces\u00adsif et humain, mais il semble bien que, dans les soci\u00e9\u00adt\u00e9s comme chez les indi\u00advi\u00addus qui les com\u00adposent, l\u2019esprit se d\u00e9ve\u00adloppe et s\u2019aigris au d\u00e9tri\u00adment du c\u0153ur. Celui-ci se des\u00ads\u00e8che au fur et \u00e0 mesure que celui-l\u00e0 devient rai\u00adson\u00adneur, cri\u00adtique et acerbe.<\/p>\n<p>D\u00e8s la fin d\u2019avril, si les clair\u00advoyants, mieux ren\u00adsei\u00adgn\u00e9s que la masse, envi\u00adsa\u00adgeaient la d\u00e9faite&nbsp;; si la bour\u00adgeoi\u00adsie, m\u00eame r\u00e9pu\u00adbli\u00adcaine, se d\u00e9ta\u00adchait pru\u00addem\u00adment de la Com\u00admune, la fer\u00adveur r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire per\u00adsis\u00adtait dans la popu\u00adla\u00adtion des fau\u00adbourgs. Les quelques d\u00e9crets, nul\u00adle\u00adment ter\u00adri\u00adfiants, ren\u00addus sur les loyers, les \u00e9ch\u00e9ances, la sup\u00adpres\u00adsion des amendes et rete\u00adnues de salaires, l\u2019installation d\u2019une \u00e9cole pro\u00adfes\u00adsion\u00adnelle\u200a\u2014\u200ala pre\u00admi\u00e8re cr\u00e9\u00e9e\u200a\u2014\u200adans l\u2019\u00e9tablissement des J\u00e9suites, rue des Postes, la pen\u00adsion pro\u00admise aux veuves et aux orphe\u00adlins de f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, amorce d\u2019une trans\u00adfor\u00adma\u00adtion sociale, suf\u00adfi\u00adsaient, avec quelques pr\u00e9\u00addi\u00adca\u00adtions dans les clubs, pour main\u00adte\u00adnir une atmo\u00adsph\u00e8re r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Les com\u00adbat\u00adtants, n\u00e9an\u00admoins, demeu\u00adraient une mino\u00adri\u00adt\u00e9. Il se ren\u00adcon\u00adtrait chez eux des h\u00e9ros, mais cette dis\u00adci\u00adpline ration\u00adnelle\u200a\u2014\u200aque m\u00eame les plus liber\u00adtaires doivent, sous peine d\u2019\u00e9crasement, se don\u00adner en temps de crise\u200a\u2014\u200adis\u00adpa\u00adrais\u00adsait de plus en plus. Ros\u00adsel, qui venait de rem\u00adpla\u00adcer Clu\u00adse\u00adret comme d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 \u00e0 la Guerre et qui le res\u00adta huit jours, avait r\u00eav\u00e9 de faire de la garde natio\u00adnale une arm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re. Entre\u00adprise impossible&nbsp;!<\/p>\n<p>Ros\u00adsel \u00e9tait un jeune capi\u00adtaine du g\u00e9nie, patriote jaco\u00adbin et pro\u00adtes\u00adtant, qui, s\u2019\u00e9chappant de Metz lors de la capi\u00adtu\u00adla\u00adtion, avait \u00e9t\u00e9 nom\u00adm\u00e9 par Gam\u00adbet\u00adta lieu\u00adte\u00adnant-colo\u00adnel. Indi\u00adgn\u00e9 de la signa\u00adture de la paix, il \u00e9tait venu s\u2019offrir \u00e0 la Com\u00admune avec l\u2019espoir que celle-ci, vic\u00adto\u00adrieuse, repren\u00addrait la guerre contre l\u2019Allemagne. Espoir d\u2019un patriote sin\u00adc\u00e8re et aveugle, non d\u00e9pour\u00advu d\u2019ambition, qui se croyait peut-\u00eatre \u00e0 m\u00eame de jouer les Hoches\u2026 ou les Bonapartes.<\/p>\n<p>Sa nomi\u00adna\u00adtion fut salu\u00e9e avec espoir, notam\u00adment par le <i>Mot d\u2019ordre<\/i>, jour\u00adnal que fai\u00adsait para\u00eetre Roche\u00adfort, d\u00e9mis\u00adsion\u00adnaire de l\u2019Assembl\u00e9e de Ver\u00adsailles, et par le <i>P\u00e8re Duchesne<\/i>, pam\u00adphlet heb\u00addo\u00adma\u00addaire de Ver\u00admersch. Celui-ci, po\u00e8te de grand talent, des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 mou\u00adrir dans la mis\u00e8re et dans l\u2019oubli, avait res\u00adsus\u00adci\u00adt\u00e9 le jour\u00adnal d\u2019H\u00e9bert avec la m\u00eame langue faubourienne.<\/p>\n<p>Mal\u00adgr\u00e9 ces appuis, Ros\u00adsel, r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain tr\u00e8s bour\u00adgeois d\u2019esprit, aux allures rigides, ne devait pas, tar\u00adder \u00e0 se sen\u00adtir four\u00advoy\u00e9 dans ce bouillon\u00adne\u00adment popu\u00adlaire d\u00e9g\u00e9\u00adn\u00e9\u00adrant en chaos, o\u00f9 ses ordres se perdaient.<\/p>\n<p>Le 9 mai, le fort d\u2019Issy, pul\u00adv\u00e9\u00adri\u00ads\u00e9 par les feux conver\u00adgeant de Ch\u00e2\u00adtillon, Meu\u00addon, les Mou\u00adli\u00adneaux et le Mont-Val\u00e9\u00adrien, avait ces\u00ads\u00e9 toute r\u00e9sis\u00adtance et ses occu\u00adpants, presque cer\u00adn\u00e9s, s\u2019\u00e9taient \u00e9chap\u00adp\u00e9s dans la nuit. Paris res\u00adsen\u00adtit une com\u00admo\u00adtion en lisant cette fatale nou\u00advelle que, dans un acc\u00e8s d\u2019exasp\u00e9ration, Ros\u00adsel venait de faire afficher&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le dra\u00adpeau tri\u00adco\u00adlore flotte sur le fort d\u2019Issy, aban\u00addon\u00adn\u00e9 hier par sa garnison.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un pre\u00admier tin\u00adte\u00adment de glas&nbsp;: il devait \u00eatre sui\u00advi d\u2019autres.<\/p>\n<p>Pen\u00addant l\u2019agonie du fort d\u2019Issy, le 160<sup>e<\/sup> bataillon s\u00e9den\u00adtaire avait \u00e9t\u00e9 de garde aux rem\u00adparts du c\u00f4t\u00e9 de la porte de Ver\u00adsailles. Puis il revint dans notre cin\u00adqui\u00e8me arron\u00addis\u00adse\u00adment. Quelques hommes man\u00adquaient, entre autres un ser\u00adgent nom\u00adm\u00e9 No\u00ebl, de la com\u00adpa\u00adgnie de mon p\u00e8re. Ce f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9, ferme et modeste r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain, qui, presque quin\u00adqua\u00adg\u00e9\u00adnaire, ser\u00advait avec son fils la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion com\u00admu\u00adna\u00adliste, avait \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 du sec\u00adteur avec un d\u00e9ta\u00adche\u00adment pour escor\u00adter un convoi d\u2019artillerie des\u00adti\u00adn\u00e9 au fort d\u2019Issy.<\/p>\n<p>Le d\u00e9ta\u00adche\u00adment n\u2019avait point repa\u00adru. On pou\u00advait le sup\u00adpo\u00adser mas\u00adsa\u00adcr\u00e9, cap\u00adtu\u00adr\u00e9 ou blo\u00adqu\u00e9 dans la mal\u00adheu\u00adreuse cita\u00addelle. Car l\u2019affiche d\u00e9cou\u00adra\u00adgeante de Ros\u00adsel avait \u00e9t\u00e9 sui\u00advie d\u2019une autre annon\u00ad\u00e7ant, \u00e0 la fois, la r\u00e9oc\u00adcu\u00adpa\u00adtion du fort et l\u2019incarc\u00e9ration du d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 \u00e0 la guerre, rem\u00adpla\u00adc\u00e9 par le vieux Delescluze.<\/p>\n<p>Or, notre trio fami\u00adlial, se pro\u00adme\u00adnant pr\u00e8s de la place Mau\u00adbert, ren\u00adcon\u00adtra sou\u00addain le brave&nbsp;No\u00ebl.<\/p>\n<p>Non sans quelque \u00e9mo\u00adtion il nous nar\u00adra son odyss\u00e9e.<\/p>\n<p>Le convoi d\u2019artillerie et le d\u00e9ta\u00adche\u00adment d\u2019escorte s\u2019\u00e9taient trou\u00adv\u00e9s sou\u00addai\u00adne\u00adment atta\u00adqu\u00e9s par les Ver\u00adsaillais qui encer\u00adclaient le fort d\u2019Issy, et ils avaient d\u00fb se replier en h\u00e2te sur celui de Vanves, \u00e0 leur gauche.<\/p>\n<p>\u00c0 son tour, celui-ci avait suc\u00adcom\u00adb\u00e9. Trois jours plus tard sa gar\u00adni\u00adson l\u2019\u00e9vacuait par les souterrains.<\/p>\n<p>Ces sou\u00adter\u00adrains com\u00admu\u00adni\u00adquaient avec les car\u00adri\u00e8res de Mon\u00adtrouge. Sans doute for\u00admaient-ils un laby\u00adrinthe \u00e0 plu\u00adsieurs issues, car No\u00ebl s\u2019\u00e9tait trou\u00adv\u00e9 \u00e9ga\u00adr\u00e9 dans les cata\u00adcombes. Il venait enfin d\u2019en sor\u00adtir et, main\u00adte\u00adnant, ren\u00adtr\u00e9 \u00e0 la sur\u00adface du sol, il allait sim\u00adple\u00adment et bra\u00adve\u00adment reprendre son service.<\/p>\n<p>Mon p\u00e8re lui recom\u00adman\u00adda de ne pas \u00e9brui\u00adter la d\u00e9cou\u00adra\u00adgeante nou\u00advelle. Et moi, je r\u00e9fl\u00e9\u00adchis\u00adsais que cette \u00e9va\u00adcua\u00adtion de deux forts jurait un peu avec les bul\u00adle\u00adtins vic\u00adto\u00adrieux publi\u00e9s par les jour\u00adnaux r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Les deux forts du sud-ouest \u00e9tant per\u00addus, la Com\u00admune s\u2019attendait \u00e0 une attaque contre la par\u00adtie de l\u2019enceinte qui se trou\u00advait, autant dire, \u00e0 d\u00e9cou\u00advert. Toute la cin\u00adqui\u00e8me l\u00e9gion se por\u00adta vers le sec\u00adteur mena\u00adc\u00e9, le 160<sup>e<\/sup> bataillon occu\u00adpant, en sou\u00adtien, le col\u00adl\u00e8ge des J\u00e9suites de la rue de Vau\u00adgi\u00adrard, \u00e0 deux pas de la porte de Versailles.<\/p>\n<p>La canon\u00adnade fai\u00adsait rage. Son gron\u00adde\u00adment inin\u00adter\u00adrom\u00adpu emplis\u00adsait notre quar\u00adtier. Comme au 3 avril, les femmes des f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s venaient, angois\u00ads\u00e9es, nous deman\u00adder des nou\u00advelles. Mais, alors, c\u2019\u00e9tait la Com\u00admune qui, pre\u00adnant l\u2019offensive, mar\u00adchait sur Ver\u00adsailles, tan\u00addis que, main\u00adte\u00adnant, c\u2019\u00e9tait l\u2019arm\u00e9e r\u00e9gu\u00adli\u00e8re qui frap\u00adpait aux portes de&nbsp;Paris&nbsp;!<\/p>\n<p>L\u2019anxi\u00e9t\u00e9 des familles s\u2019expliquait surabondamment.<\/p>\n<p>Tout com\u00adbat\u00adtant est expo\u00ads\u00e9 \u00e0 la mort ou \u00e0 la cap\u00adture&nbsp;; mais, dans cette guerre par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment atroce, la cap\u00adture \u00e9qui\u00adva\u00adlait sou\u00advent \u00e0 la mort som\u00admaire\u200a\u2014\u200ale sort de Flou\u00adrens, de Duval et de nombre de simples gardes natio\u00adnaux pas\u00ads\u00e9s par les armes, aus\u00adsi\u00adt\u00f4t pris, l\u2019avait bien mon\u00adtr\u00e9. Et ceux qui se trou\u00advaient, r\u00e9ser\u00adv\u00e9s \u00e0 la jus\u00adtice des conseils de guerre ache\u00adtaient ce bon\u00adheur rela\u00adtif en souf\u00adfrant tous les s\u00e9vices imaginables.<\/p>\n<p>Les pri\u00adson\u00adniers qui d\u00e9fi\u00adlaient, cor\u00adt\u00e8ge lamen\u00adtable, dans les rues de Ver\u00adsailles, sous les injures, les cra\u00adchats et les coups de f\u00eatards et de noceuses qui, trans\u00adfor\u00adm\u00e9es en furies, s\u2019effor\u00e7aient de cre\u00adver les yeux et de fouiller les bles\u00adsures de la pointe de leur ombrelle. Puis, c\u2019\u00e9taient toutes les \u00e9tapes d\u2019un inter\u00admi\u00adnable calvaire.<\/p>\n<p>Les femmes pri\u00adson\u00adni\u00e8res\u200a\u2014\u200ades ambu\u00adlan\u00adci\u00e8res de la Com\u00admune\u200a\u2014\u200a\u00e9taient aus\u00adsi mal\u00adtrai\u00adt\u00e9es que les hommes, avec, en plus, les atten\u00adtats d\u2019une d\u00e9pra\u00adva\u00adtion f\u00e9roce&nbsp;: les sou\u00addards s\u2019amusaient&nbsp;!<\/p>\n<p>\u00c9li\u00ads\u00e9e Reclus, qui fut fait pri\u00adson\u00adnier \u00e0 Ch\u00e2\u00adtillon, rap\u00adporte qu\u2019il enten\u00addit un lieu\u00adte\u00adnant ver\u00adsaillais pro\u00adf\u00e9\u00adrer \u00e0 l\u2019adresse d\u2019une pri\u00adson\u00adni\u00e8re cette menace inou\u00efe \u00ab&nbsp;Il fau\u00addrait l\u2019enc\u2026 avec un fer&nbsp;rouge&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Toutes les fureurs des ter\u00adreurs blanches, autre\u00adment f\u00e9roces que les ter\u00adreurs rouges, gron\u00addaient \u00e0 Ver\u00adsailles, la ville des rois. Mal\u00adheur \u00e0 Paris si, dans cette lutte sans piti\u00e9, Paris \u00e9tait vaincu&nbsp;!<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re, sans \u00eatre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire d\u2019opinions, \u00e9tait tr\u00e8s cou\u00adra\u00adgeuse. Elle d\u00e9ci\u00adda, avec quelques femmes de f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, d\u2019aller voir ce que deve\u00adnait le 160<sup>e<\/sup> bataillon. Natu\u00adrel\u00adle\u00adment, je les accompagnai.<\/p>\n<p>Nous par\u00adt\u00eemes donc, \u00e0 une demi-dou\u00adzaine, de la Mon\u00adtagne-Sainte-Gene\u00advi\u00e8ve, pres\u00ads\u00e9s d\u2019arriver aupr\u00e8s des n\u00f4tres.<\/p>\n<p>Cin\u00adquante-six ans se sont \u00e9cou\u00adl\u00e9s depuis ce jour. Plus d\u2019un demi-si\u00e8cle qu\u2019ont empli des \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments tumul\u00adtueux et tra\u00adgiques&nbsp;: la ru\u00e9e f\u00e9roce des Ver\u00adsaillais dans Paris, fusillades, incen\u00addies et mas\u00adsacres, le d\u00e9part des d\u00e9por\u00adt\u00e9s aux anti\u00adpodes, l\u2019insurrection des Canaques anthro\u00adpo\u00adphages de la Nou\u00advelle-Cal\u00e9\u00addo\u00adnie, l\u2019amnistie, le bou\u00adlan\u00adgisme, l\u2019affaire Drey\u00adfus, des pro\u00adc\u00e8s poli\u00adtiques reten\u00adtis\u00adsants, la pri\u00adson, l\u2019exil, la Grande Guerre, \u00e9po\u00adp\u00e9e for\u00admi\u00addable, aupr\u00e8s de laquelle celle de 1870 n\u2019\u00e9tait qu\u2019un jeu. Toutes ces impres\u00adsions, toutes ces images se gra\u00advant suc\u00adces\u00adsi\u00adve\u00adment sur la plaque sen\u00adsible qu\u2019est le cer\u00adveau, sem\u00adble\u00adraient ne plus devoir, par leur mul\u00adti\u00adpli\u00adci\u00adt\u00e9, lais\u00adser qu\u2019un sou\u00adve\u00adnir confus. Et, cepen\u00addant, je revois tou\u00adjours notre cara\u00advane s\u2019acheminant, le long de l\u2019interminable rue de Vau\u00adgi\u00adrard, vers la par\u00adtie de l\u2019enceinte bat\u00adtue par le feu versaillais.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 mesure que nous avan\u00adcions vers la zone s\u2019\u00e9tendant entre la gare Mont\u00adpar\u00adnasse et les Inva\u00adlides, la voix du canon s\u2019amplifiait&nbsp;: cette voix pas\u00adsait du gron\u00adde\u00adment sourd au rugis\u00adse\u00adment \u00e9cla\u00adtant. En m\u00eame temps, les pre\u00admiers obus com\u00admen\u00ad\u00e7aient \u00e0 tra\u00adver\u00adser le ciel au-des\u00adsus de nos t\u00eates. Obus per\u00addus qui avaient d\u00e9pas\u00ads\u00e9 la ligne f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9e et allaient fouiller dans les rues du 14<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment, tuant au hasard.<\/p>\n<p>Je vis que notre groupe avait dimi\u00adnu\u00e9&nbsp;: plu\u00adsieurs femmes avaient rebrous\u00ads\u00e9 che\u00admin. Moins par peur, sans doute\u200a\u2014\u200acar pen\u00addant les deux si\u00e8ges j\u2019ai vu les Pari\u00adsiennes tr\u00e8s braves\u200a\u2014\u200aque parce qu\u2019elles disaient, ces femmes de pro\u00adl\u00e9\u00adtaires ayant lais\u00ads\u00e9 des enfants chez elles, que leur devoir \u00e9tait de se conser\u00adver pour ces petites cr\u00e9a\u00adtures dont le p\u00e8re n\u2019allait peut-\u00eatre pas revenir.<\/p>\n<p>Nous n\u2019\u00e9tions plus que trois&nbsp;: ma m\u00e8re, une autre femme de f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9 et moi, lorsque nous attei\u00adgn\u00eemes l\u2019immense b\u00e2ti\u00adment occu\u00adp\u00e9 par les bataillons de la 5<sup>e<\/sup> l\u00e9gion. Les gardes natio\u00adnaux \u00e9taient sur\u00adpris de nous voir arri\u00adver et mon p\u00e8re jeta les hauts cris, nous repro\u00adchant de nous \u00eatre expo\u00ads\u00e9s sans n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p>Nous allions et venions \u00e0 tra\u00advers la cour et les cor\u00adri\u00addors. Une impres\u00adsion, chez moi domi\u00adna toutes les autres&nbsp;: ce fut de voir, dans les locaux, le sol jon\u00adch\u00e9 de feuillets arra\u00adch\u00e9s \u00e0 des volumes. La biblio\u00adth\u00e8que des r\u00e9v\u00e9\u00adrends p\u00e8res avait \u00e9t\u00e9 sac\u00adca\u00adg\u00e9e, et, \u00e0 en juger par ses d\u00e9bris \u00e9pars, elle devait \u00eatre assez nour\u00adrie. Cette vue me fit mal&nbsp;: j\u2019avais eu de tr\u00e8s bonne heure la pas\u00adsion des livres.<\/p>\n<p>Pen\u00addant que nous \u00e9tions l\u00e0, sous les obus, les Ver\u00adsaillais, qui venaient de s\u2019emparer du lyc\u00e9e de Vanves, y ins\u00adtal\u00adlaient de nou\u00advelles pi\u00e8ces, des\u00adti\u00adn\u00e9es \u00e0 rendre inte\u00adnable le sec\u00adteur Vau\u00adgi\u00adrard-Gre\u00adnelle, comme l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 le sec\u00adteur Point-du-Jour-Auteuil, et, de son c\u00f4t\u00e9, la Com\u00admune, dont les jours \u00e9taient comp\u00adt\u00e9s, abat\u00adtait la colonne Vend\u00f4me.<\/p>\n<p>Le 12 avril, elle avait ren\u00addu ce d\u00e9cret&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;La Com\u00admune de Paris, consi\u00add\u00e9\u00adrant que la colonne imp\u00e9\u00adriale de la place Ven\u00add\u00f4me est un monu\u00adment de bar\u00adba\u00adrie, un sym\u00adbole de force bru\u00adtale et de fausse gloire, une affir\u00adma\u00adtion du mili\u00adta\u00adrisme, une n\u00e9ga\u00adtion du droit inter\u00adna\u00adtio\u00adnal, une insulte per\u00adma\u00adnente des vain\u00adqueurs aux vain\u00adcus, un atten\u00adtat per\u00adp\u00e9\u00adtuel \u00e0 l\u2019un des trois grands prin\u00adcipes de la R\u00e9pu\u00adblique fran\u00ad\u00e7aise, la fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9, d\u00e9cr\u00e8te&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Article unique.\u200a\u2014\u200ala colonne de la place Ven\u00add\u00f4me sera d\u00e9molie.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019eus le regret de n\u2019avoir pu assis\u00adter \u00e0 ce spec\u00adtacle, dou\u00adbl\u00e9 d\u2019une haute le\u00e7on de morale sociale. Si mon ima\u00adgi\u00adna\u00adtion et mon sang sici\u00adlien me fai\u00adsaient ado\u00adrer les aven\u00adtures \u00e9piques, mon amour pas\u00adsion\u00adn\u00e9 de la liber\u00adt\u00e9 et un sen\u00adti\u00admen\u00adta\u00adlisme huma\u00adni\u00adtaire, que je tenais sans doute de ma m\u00e8re, m\u2019inspiraient l\u2019aversion du mili\u00adta\u00adrisme imp\u00e9\u00adrieux et bru\u00adtal. Je dois pour\u00adtant confes\u00adser que, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de deux ans, au moment o\u00f9 Pales\u00adtro, Magen\u00adta et Sol\u00adfe\u00adri\u00adno sem\u00adblaient devoir assu\u00adrer la com\u00adpl\u00e8te lib\u00e9\u00adra\u00adtion de l\u2019Italie, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 rev\u00ea\u00adtu d\u2019un petit cos\u00adtume de zouave&nbsp;! Les zouaves \u00e9taient popu\u00adlaires et mon grand-p\u00e8re, \u00e0 cette occa\u00adsion, avait acquies\u00adc\u00e9 au d\u00e9sir de mes grands-parents de me voir por\u00adter l\u2019uniforme des vain\u00adqueurs de Palestro.<\/p>\n<p>Une autre fois, au jar\u00addin du Luxem\u00adbourg, o\u00f9 me condui\u00adsait ma m\u00e8re, fai\u00adsant ma par\u00adtie dans une bande d\u2019enfants qui s\u2019\u00e9taient mis \u00e0 jouer aux sol\u00addats, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 pla\u00adc\u00e9 par eux en sen\u00adti\u00adnelle pr\u00e8s d\u2019une porte, avec la stricte consigne d\u2019attendre la rel\u00e8ve. Deux heures s\u2019\u00e9coul\u00e8rent et la rel\u00e8ve n\u2019arrivait pas. Sto\u00efque, je demeu\u00adrais \u00e0 mon poste, consi\u00add\u00e9\u00adrant comme igno\u00admi\u00adnieux de d\u00e9serter.<\/p>\n<p>Feu Scribe n\u2019a\u2011t-il pas&nbsp;\u00e9crit&nbsp;:<\/p>\n<blockquote>\n<p style=\"padding-left: 160px;\"><em>Un vieux sol\u00addat doit souf\u00adfrir et se&nbsp;taire<\/em><br>\n<em>Sans mur\u00admu\u00adrer.<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Ce fut ma m\u00e8re qui arri\u00adva. Affo\u00adl\u00e9e de ma dis\u00adpa\u00adri\u00adtion, elle m\u2019avait cher\u00adch\u00e9 en vain dans toutes les all\u00e9es. Mais le Luxem\u00adbourg est vaste et mes cama\u00adrades occa\u00adsion\u00adnels m\u2019avaient\u200a\u2014\u200ales gar\u00adne\u00adments&nbsp;!\u200a\u2014\u200aame\u00adn\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur des grilles, assez loin de l\u2019endroit o\u00f9 s\u2019\u00e9tait assise ma m\u00e8re. Celle-ci fon\u00addit sur moi comme une tigresse ou plu\u00adt\u00f4t comme une chatte qui retrouve ses petits \u00e9ga\u00adr\u00e9s. Elle m\u2019entra\u00eena mal\u00adgr\u00e9 ma r\u00e9sis\u00adtance, car je me trou\u00advais d\u00e9sho\u00adno\u00adr\u00e9 d\u2019abandonner mon poste. Mais elle ne vou\u00adlut rien entendre.<\/p>\n<p>J\u2019avais alors pr\u00e8s de dix ans. \u00c0 l\u2019heure o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes, j\u2019en ai soixante-neuf, et j\u2019ai pu me convaincre que les hommes, plus encore que les enfants, oublient volon\u00adtiers ceux qui observent la consigne conve\u00adnue. Cepen\u00addant, je n\u2019ai jamais regret\u00adt\u00e9 d\u2019avoir tou\u00adjours \u00e0 tra\u00advers les vicis\u00adsi\u00adtudes de la vie, et dans des occa\u00adsions graves, agi comme le jour o\u00f9, enfant, j\u2019\u00e9tais sen\u00adti\u00adnelle oubli\u00e9e, au jar\u00addin du Luxembourg.<\/p>\n<p>Avec tout cela, je ne vis pas tom\u00adber la colonne, aux accla\u00adma\u00adtions de la foule, laquelle, du reste, applau\u00addit tous les spec\u00adtacles. \u00c0 cette ex\u00e9\u00adcu\u00adtion du des\u00adpote de bronze assis\u00adtait un ancien membre du gou\u00adver\u00adne\u00adment du 4 sep\u00adtembre, Glais-Bizoin, r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain bour\u00adgeois mais ind\u00e9\u00adpen\u00addant et anti\u00adna\u00adpo\u00adl\u00e9o\u00adnien fervent,<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse de Ver\u00adsailles eut lieu le len\u00adde\u00admain, 17 mai&nbsp;: ce fut l\u2019explosion de la car\u00adtou\u00adche\u00adrie&nbsp;Rapp.<\/p>\n<p>Explo\u00adsion for\u00admi\u00addable, dont le bruit fut enten\u00addu de tout Paris. Quatre mai\u00adsons voi\u00adsines s\u2019\u00e9croul\u00e8rent, ense\u00adve\u00adlis\u00adsant sous leurs d\u00e9combres qua\u00adrante vic\u00adtimes. Au pre\u00admier moment on en annon\u00ad\u00e7a deux cents<sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"3\" data-mfn-post-scope=\"000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-3\">3<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000003cbfb1fb00000000050fc476_4240-3\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"3\">Il semble que les ouvri\u00e8res, ou une par\u00adtie d\u2019entre elles, aient \u00e9t\u00e9 cong\u00e9\u00addi\u00e9es plus t\u00f4t que d\u2019habitude, ce qui appuie la pro\u00adba\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un com\u00adplot ver\u00adsaillais.<\/span>.<\/p>\n<p>Un fr\u00e9\u00admis\u00adse\u00adment d\u2019horreur cou\u00adrut dans la&nbsp;masse.<\/p>\n<p>La Com\u00admune, pour don\u00adner satis\u00adfac\u00adtion \u00e0 l\u2019opinion publique, se h\u00e2ta d\u2019annoncer l\u2019arrestation de quatre des auteurs de l\u2019attentat, la d\u00e9cou\u00adverte\u200a\u2014\u200aun peu tar\u00addive\u200a\u2014\u200adu com\u00adplot et l\u2019ouverture d\u2019une enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Mais cette enqu\u00eate ne devait jamais avoir lieu&nbsp;: l\u2019agonie de la Com\u00admune allait commencer.<\/p>\n<\/div>\n<ul class=\"modern-footnotes-list modern-footnotes-list--show-only-for-print\"><li><span>1<\/span><div>Vingt mille d\u2019a\u00adpr\u00e8s le \u00ab&nbsp;Rap\u00adpel&nbsp;\u00bb, beau\u00adcoup moins d\u2019a\u00adpr\u00e8s Lis\u00adsa\u00adga\u00adray, qui dit \u00ab&nbsp;six mille hommes de Ber\u00adge\u00adret et un mil\u00adlier de Flourens&nbsp;\u00bb.<\/div><\/li><li><span>2<\/span><div>\u00ab&nbsp;C\u2019est moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb Tex\u00adtuel\u00adle\u00adment \u00ab&nbsp;je suis moi&nbsp;\u00bb (Sono&nbsp;io.)<\/div><\/li><li><span>3<\/span><div>Il semble que les ouvri\u00e8res, ou une par\u00adtie d\u2019entre elles, aient \u00e9t\u00e9 cong\u00e9\u00addi\u00e9es plus t\u00f4t que d\u2019habitude, ce qui appuie la pro\u00adba\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019un com\u00adplot versaillais.<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>XII Paris contre Ver\u00adsailles, le second si\u00e8ge Cepen\u00addant les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments se pr\u00e9cipitaient.Avec une acti\u00advi\u00adt\u00e9 qu\u2019ils n\u2019a\u00advaient jamais su d\u00e9ployer contre les Prus\u00adsiens, les gens de Ver\u00adsailles orga\u00adni\u00adsaient une arm\u00e9e. En pro\u00advince\u200a\u2014\u200asur\u00adtout en Bre\u00adtagne\u200a\u2014\u200apr\u00e9\u00adfets et maires leur recru\u00adtaient des volon\u00adtaires. Les zouaves pon\u00adti\u00adfi\u00adcaux de Char\u00adrette et de Cate\u00adli\u00adneau, vibrants de la l\u00e9gende des luttes ven\u00add\u00e9ennes et&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":5379,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[469],"tags":[893],"ppma_author":[764],"class_list":["post-4240","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-memoires-dun-libertaire-par-charles-malato-le-peuple-1937-1938","tag-memoires"],"authors":[{"term_id":764,"user_id":98,"is_guest":0,"slug":"charles-malato","display_name":"Charles Malato","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/dec37ae452dae98c83574ffb83b51be776819688ad66aad5025fe8a60d533467?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Malato","first_name":"Charles","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4240"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4240\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9010,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4240\/revisions\/9010"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4240"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}