{"id":4242,"date":"1937-11-04T00:00:22","date_gmt":"1937-11-04T00:00:22","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2021\/06\/06\/chapitre-xiii\/"},"modified":"2025-07-20T01:48:03","modified_gmt":"2025-07-20T01:48:03","slug":"chapitre-xiii","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1937\/11\/04\/chapitre-xiii\/","title":{"rendered":"M\u00e9moires d\u2019un libertaire \u2013 Chapitre XIII"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4242?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4242?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><h6 style=\"text-align: center;\">XIII<br>\nLa bataille dans&nbsp;Paris<\/h6>\n<div align=\"justify\">\n<p>Le lun\u00addi 22 mai, dans la mati\u00adn\u00e9e, nous re\u00e7\u00fbmes un choc&nbsp;: l\u2019arm\u00e9e ver\u00adsaillaise venait d\u2019entrer dans&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Sans doute, pour mon p\u00e8re, la nou\u00advelle n\u2019\u00e9tait-elle pas tout \u00e0 fait inat\u00adten\u00addue. Il avait pu voir, depuis la mal\u00adheu\u00adreuse sor\u00adtie du 3 avril, le cercle d\u2019investissement se res\u00adser\u00adrer pro\u00adgres\u00adsi\u00adve\u00adment et les rem\u00adparts, apr\u00e8s les forts, crou\u00adler sous le feu ver\u00adsaillais. N\u00e9an\u00admoins, il ne nous avait jamais fait part d\u2019impressions f\u00e2cheuses&nbsp;: il avait pour prin\u00adcipe d\u2019\u00e9viter toute parole d\u00e9cou\u00adra\u00adgeante et aurait plu\u00adt\u00f4t exa\u00adg\u00e9\u00adr\u00e9 une atti\u00adtude optimiste.<\/p>\n<p>Cette irrup\u00adtion des troupes r\u00e9gu\u00adli\u00e8res s\u2019\u00e9tait pro\u00adduite la veille, vers quatre heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, alors qu\u2019un concert se don\u00adnait aux Tui\u00adle\u00adries au b\u00e9n\u00e9\u00adfice des familles des f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s tom\u00adb\u00e9s pour la Com\u00admune. Un piqueur des ponts et chaus\u00ads\u00e9es, nom\u00adm\u00e9 Ducas\u00adtel, trou\u00advant les rem\u00adparts de chaque c\u00f4t\u00e9 de la porte de Saint-Cloud enti\u00e8\u00adre\u00adment vides de d\u00e9fen\u00adseurs, \u00e9tait mon\u00adt\u00e9 sur le talus et, nouant son mou\u00adchoir au bout de sa canne, avait fait signe aux lignards, cam\u00adp\u00e9s \u00e0 cent m\u00e8tres plus loin, d\u2019entrer dans&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>La p\u00e9n\u00e9\u00adtra\u00adtion fut lente&nbsp;: les Ver\u00adsaillais redou\u00adtaient une sur\u00adprise et s\u2019\u00e9tonnaient de ne point ren\u00adcon\u00adtrer devant eux d\u2019importantes forces f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9es. Un bond har\u00addi e\u00fbt pu les por\u00adter jusqu\u2019\u00e0 l\u2019H\u00f4tel de Ville&nbsp;: dans ce cas, toute r\u00e9sis\u00adtance se f\u00fbt effon\u00addr\u00e9e. Lorsque le mar\u00e9\u00adchal de Mac-Mahon se vit cer\u00adtain de la vic\u00adtoire finale, il conti\u00adnua de ne point se pres\u00adser. Le vain\u00adcu de Reich\u00adshof\u00adfen et de Sedan vou\u00adlut triom\u00adpher majes\u00adtueu\u00adse\u00adment en \u00e9blouis\u00adsant les Prus\u00adsiens, spec\u00adta\u00adteurs du drame, du pro\u00adfond de ses com\u00adbi\u00adnai\u00adsons strat\u00e9giques.<\/p>\n<p>Cette pro\u00adlon\u00adga\u00adtion de la lutte per\u00admet\u00adtrait aux vain\u00adqueurs une r\u00e9pres\u00adsion sans pareille. Qui\u00adconque a vu Paris durant la grande tra\u00adg\u00e9\u00addie de mai 71, alors que la capi\u00adtale se trans\u00adfor\u00admait en four\u00adnaise et qu\u2019on fusillait par trou\u00adpeaux, \u00e2ges et sexes m\u00eal\u00e9s, en a gar\u00add\u00e9 pour la vie le souvenir.<\/p>\n<p>L\u2019H\u00f4tel de Ville n\u2019apprit qu\u2019\u00e0 sept heures du soir l\u2019entr\u00e9e des Ver\u00adsaillais&nbsp;: l\u2019observatoire de l\u2019Arc de Triomphe ne l\u2019avait pas signa\u00adl\u00e9e et la nia m\u00eame une heure plus&nbsp;tard.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant des coups de feu s\u2019\u00e9changeaient \u00e0 ce moment devant le via\u00adduc d\u2019Auteuil, entre la troupe et les volon\u00adtaires de la Com\u00admune. Ceux-ci tenaient bon jusque vers minuit, se repliaient ensuite sur la Muette, tiraillant quelque temps dans le ch\u00e2\u00adteau, puis, pr\u00e8s d\u2019\u00eatre enve\u00adlop\u00adp\u00e9s, bat\u00adtaient en retraite sur la place de l\u2019\u00c9toile et les Champs-\u00c9ly\u00ads\u00e9es. Il \u00e9tait pr\u00e8s d\u2019une heure du matin lorsque les Ver\u00adsaillais sur\u00adgirent devant le Tro\u00adca\u00add\u00e9\u00adro, l\u2019enlevant sans coup f\u00e9rir avec une bat\u00adte\u00adrie, nagu\u00e8re Ins\u00adtal\u00adl\u00e9e l\u00e0 par Clu\u00adse\u00adret, et les quelques f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s qui la gardaient.<\/p>\n<p>En m\u00eame temps, les Ver\u00adsaillais, pour \u00e9lar\u00adgir leur base, s\u2019avan\u00e7aient le long des for\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adtions, d\u2019un c\u00f4t\u00e9 vers la porte-Maillot, de l\u2019autre vers Gre\u00adnelle, apr\u00e8s avoir tra\u00adver\u00ads\u00e9 le via\u00adduc du Point-du-Jour.<\/p>\n<p>Les figures que je ren\u00adcon\u00adtrai dans cette mati\u00adn\u00e9e du 22 \u00e9taient s\u00e9rieuses&nbsp;; cepen\u00addant nul ne pou\u00advait pr\u00e9\u00advoir l\u2019horreur que cette lutte allait atteindre.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Se bat\u00adtra-t-on dans notre quar\u00adtier&nbsp;?&nbsp;\u00bb telle \u00e9tait sur\u00adtout la ques\u00adtion que se posaient les habitants.<\/p>\n<p>Notre voi\u00adsin Cham\u2026 tenait d\u00e9pli\u00e9 un plan de&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>\u2013 Les troupes mar\u00adche\u00adront sur Mont\u00admartre, disait-il. Nous ne nous trou\u00advons point sur leur passage.<\/p>\n<p>Il s\u2019imaginait qu\u2019une seule bataille allait se livrer, d\u00e9ci\u00adsive, dans Paris entre les forces concen\u00adtr\u00e9es de la Com\u00admune et celles de Ver\u00adsailles&nbsp;: il ne pr\u00e9\u00advoyait pas la guerre des&nbsp;rues.<\/p>\n<p>La jour\u00adn\u00e9e du 22 s\u2019\u00e9coula sans qu\u2019il y e\u00fbt grande action sur la rive gauche. Le colo\u00adnel f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9 Razoua, qui com\u00adman\u00addait \u00e0 l\u2019\u00c9cole mili\u00adtaire, fit \u00e9va\u00adcuer au petit jour cette posi\u00adtion domi\u00adn\u00e9e par le Tro\u00adca\u00add\u00e9\u00adro, main\u00adte\u00adnant aux mains des Ver\u00adsaillais. Les Inva\u00adlides furent pareille\u00adment aban\u00addon\u00adn\u00e9s, tan\u00addis que sur la rive droite, les troupes r\u00e9gu\u00adli\u00e8res s\u2019\u00e9tendaient dans les Champs-\u00c9ly\u00ads\u00e9es et, ayant occu\u00adp\u00e9 la place de l\u2019\u00e9toile, se pr\u00e9\u00adpa\u00adraient \u00e0 mar\u00adcher sur Mont\u00admartre par les Termes et les Batignolles.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0 com\u00admen\u00ad\u00e7ait \u00e0 se des\u00adsi\u00adner le plan de Mac-Mahon ou bien plu\u00adt\u00f4t de Thiers, his\u00adto\u00adrien du Consu\u00adlat et de l\u2019Empire, qui, sans pos\u00ads\u00e9\u00adder de Napo\u00adl\u00e9on autre chose que la petite taille, avait tou\u00adjours r\u00eav\u00e9 de jouer au stra\u00adt\u00e8ge&nbsp;: d\u00e9bor\u00adder par les ailes les com\u00admu\u00adnards, dont l\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9\u00adrique \u00e9tait fla\u00adgrante, et les encer\u00adcler en les rabat\u00adtant vers le centre.<\/p>\n<p>Deux corps d\u2019ann\u00e9e lon\u00adgeaient l\u2019enceinte&nbsp;: celui de Lad\u00admi\u00adrault vers le nord, celui de Cis\u00adsey vers le sud. Le 114<sup>e<\/sup> de ligne, arri\u00advant dans la soi\u00adr\u00e9e \u00e0 la gare Mont\u00adpar\u00adnasse, s\u2019en empa\u00adrait apr\u00e8s la brave r\u00e9sis\u00adtance d\u2019une ving\u00adtaine de f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s. Le chef de ce r\u00e9gi\u00adment \u00e9tait un colo\u00adnel appe\u00adl\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le poli\u00adtique quinze ans plus tard&nbsp;: Boulanger.<\/p>\n<p>Dans notre quar\u00adtier, nous igno\u00adrions ces mou\u00adve\u00adments de troupes et, n\u2019entendant pas gron\u00adder le canon plus fort que d\u2019habitude, je sup\u00adpo\u00adsais la marche des Ver\u00adsaillais enray\u00e9e, sinon refoul\u00e9e.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, les jour\u00adnaux r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires conti\u00adnuaient de para\u00eetre (presque tous les autres avaient \u00e9t\u00e9 sup\u00adpri\u00adm\u00e9s) et tout en annon\u00ad\u00e7ant l\u2019entr\u00e9e des Ver\u00adsaillais dans Paris, ils expri\u00admaient une confiance vic\u00adto\u00adrieuse dans l\u2019issue finale. Sauf dans les quar\u00adtiers enva\u00adhis, l\u2019\u00e9clairage public fut continu\u00e9.<\/p>\n<p>Les pro\u00adcla\u00adma\u00adtions de la Com\u00admune et du Comi\u00adt\u00e9 de salut public se suc\u00adc\u00e9\u00addaient, vibrantes. Celle de Deles\u00adcluze cau\u00adsa une pro\u00adfonde sen\u00adsa\u00adtion de d\u00e9cou\u00adra\u00adge\u00adment chez les uns, une exal\u00adta\u00adtion h\u00e9ro\u00efque chez les autres.<\/p>\n<p>Elle disait, cette pro\u00adcla\u00adma\u00adtion qui a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9e tr\u00e8s diversement&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Plus de chefs&nbsp;!&nbsp;\u00bb Le haut com\u00adman\u00adde\u00adment n\u2019ayant don\u00adn\u00e9 que confu\u00adsion et impuis\u00adsance, le vieux Jaco\u00adbin adres\u00adsait \u00e0 la masse seule son supr\u00eame appel&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Assez de mili\u00adta\u00adrisme&nbsp;! criait-il. Plus d\u2019\u00e9tats-majors galon\u00adn\u00e9s et dor\u00e9s sur toutes les cou\u00adtures&nbsp;! Place au peuple, aux com\u00adbat\u00adtants aux bras nus&nbsp;! L\u2019heure de la guerre r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire a son\u00adn\u00e9. Le peuple ne conna\u00eet rien aux man\u0153uvres savantes, mais quand il a un fusil \u00e0 la main, du pav\u00e9 sous les pieds, il ne craint pas tous les stra\u00adt\u00e8ges de l\u2019\u00e9cole monarchique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Certes, le haut com\u00adman\u00adde\u00adment n\u2019avait gu\u00e8re brill\u00e9. Clu\u00adse\u00adret, som\u00adnolent, et Ros\u00adsel, d\u2019un auto\u00adri\u00adta\u00adrisme cas\u00adsant, s\u2019\u00e9taient us\u00e9e \u2013 le der\u00adnier en huit jours \u2013 au milieu des riva\u00adli\u00adt\u00e9s de bureaux, com\u00admis\u00adsions et comit\u00e9s.<\/p>\n<p>Beau\u00adcoup d\u2019officiers impro\u00advi\u00ads\u00e9s, qui pro\u00adme\u00adnaient fi\u00e8\u00adre\u00adment leurs galons, plu\u00adt\u00f4t dans les caf\u00e9s du bou\u00adle\u00advard que dans les tran\u00adch\u00e9es, \u00e9taient de par\u00adfaits inca\u00adpables. Pour\u00adtant, il y avait eu quelques bons chefs&nbsp;: Dom\u00adbrows\u00adki, plein de brio&nbsp;; Wro\u00adblews\u00adki, m\u00e9tho\u00addique&nbsp;; Bru\u00adnel, \u00e9ner\u00adgique et com\u00adp\u00e9\u00adtent, que sa modes\u00adtie ou des jalou\u00adsies de cote\u00adries avaient main\u00adte\u00adnu simple chef de la l\u00e9gion&nbsp;; Lis\u00adbonne, acteur, qui se figu\u00adrait jouer dans une pi\u00e8ce mili\u00adtaire, et qui, nom\u00adm\u00e9 colo\u00adnel, se mon\u00adtrait d\u2019une bra\u00advoure superbe.<\/p>\n<p>Le com\u00adman\u00addant du 160<sup>e<\/sup> bataillon, Bruy\u00e8re, ne man\u00adquait pas non plus de cran. Mais, avec tout cela, pas de dis\u00adci\u00adpline, l\u2019enthousiasme main\u00adte\u00adnant seul, sous les bons entra\u00ee\u00adneurs, une cer\u00adtaine coh\u00e9\u00adsion. Et, mal\u00adgr\u00e9 les efforts d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9s de Deles\u00adcluze, une d\u00e9sor\u00adga\u00adni\u00adsa\u00adtion grandissante.<\/p>\n<p>Aus\u00adsi je com\u00adprends par\u00adfai\u00adte\u00adment que le vieux d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 \u00e0 la guerre, voyant som\u00adbrer la d\u00e9fense dans un \u00e9pou\u00advan\u00adtable chaos, ait ten\u00adt\u00e9 de la trans\u00adpor\u00adter sur un autre ter\u00adrain en fai\u00adsant appel \u00e0 l\u2019initiative populaire.<\/p>\n<p>Mais la grande masse avait per\u00addu son \u00e9lan du 18 mars&nbsp;; l\u2019arm\u00e9e de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion \u00e9tait ext\u00e9\u00adnu\u00e9e, sai\u00adgn\u00e9e par deux mois de lutte, et des deux cent mille hommes qui, le 26 mars, avaient accla\u00adm\u00e9 la Com\u00admune, il ne s\u2019en trou\u00adva plus qu\u2019une dizaine de mille pour com\u00adbattre der\u00adri\u00e8re les bar\u00adri\u00adcades de&nbsp;Paris.<\/p>\n<p>Il e\u00fbt fal\u00adlu, lorsque l\u2019enceinte com\u00admen\u00ad\u00e7a \u00e0 cra\u00adquer, en \u00e9le\u00adver rapi\u00adde\u00adment une seconde, au besoin une troi\u00adsi\u00e8me, mettre en \u00e9tat les bat\u00adte\u00adries de Mont\u00admartre, lais\u00ads\u00e9es \u00e0 l\u2019abandon, uti\u00adli\u00adser celles du Tro\u00adca\u00add\u00e9\u00adro, en \u00e9le\u00adver au som\u00admet de l\u2019Arc de Triomphe et du Pan\u00adth\u00e9on. Cela n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 fait, la d\u00e9faite finale \u00e9tait, de toute mani\u00e8re, in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, dans la mati\u00adn\u00e9e du 22, tan\u00addis que son\u00adnait le toc\u00adsin et que bat\u00adtait la g\u00e9n\u00e9\u00adrale&nbsp;; tan\u00addis que, dans notre quar\u00adtier, on s\u2019abordait, grave, en se disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019arm\u00e9e de Ver\u00adsailles est dans Paris&nbsp;\u00bb, Bel\u00adle\u00adville et le fau\u00adbourg Saint-Antoine, ces foyers de r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion s\u2019\u00e9veillaient. Trois ou quatre mille com\u00adbat\u00adtants des\u00adcen\u00addaient vers l\u2019H\u00f4tel de Ville et les Tuileries.<\/p>\n<p>Devant la place de la Concorde, Bru\u00adnel arr\u00ea\u00adtait la marche des Ver\u00adsaillais avec cent cin\u00adquante tirailleurs pos\u00adt\u00e9s sur la ter\u00adrasse des Tui\u00adle\u00adries et six canons. Il s\u2019appuyait, \u00e0 droite, \u00e0 deux fortes redoutes dont j\u2019avais admi\u00adr\u00e9 l\u2019aspect impo\u00adsant&nbsp;: une rue Saint-Flo\u00adren\u00adtin, l\u2019autre rue Royale.<\/p>\n<p>Pen\u00addant deux jours ils tinrent bon. Leur posi\u00adtion \u00e9tait inex\u00adpug\u00adnable de front&nbsp;; ce fut seule\u00adment lorsque les Ver\u00adsaillais l\u2019eurent tour\u00adn\u00e9e par le fau\u00adbourg Saint-Hono\u00adr\u00e9 que les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s se repli\u00e8rent sur l\u2019H\u00f4tel de Ville, dans la nuit du 23 au 24, en incen\u00addiant les Tui\u00adle\u00adries et le Palais-Royal pour cou\u00advrir leur retraite. Pen\u00addant ce temps, sur la rive droite, s\u2019embrasaient la L\u00e9gion d\u2019Honneur, la Cour des Comptes, les rues de Lille et du&nbsp;Bac.<\/p>\n<p>Je ne me rap\u00adpelle plus si ce fut le 22 ou le 23 \u2013 plus pro\u00adba\u00adble\u00adment cette der\u00adni\u00e8re date \u2013 que toute la 5<sup>e<\/sup> l\u00e9gion ayant \u00e9t\u00e9 concen\u00adtr\u00e9e sur la place du Pan\u00adth\u00e9on, nous nous y ren\u00add\u00eemes, ma m\u00e8re et moi, accom\u00adpa\u00adgnant la com\u00adpa\u00adgnie de mon p\u00e8re. Pauvre com\u00adpa\u00adgnie&nbsp;! com\u00adbien elle \u00e9tait r\u00e9duite&nbsp;!<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, de l\u2019ensemble des bataillons mas\u00ads\u00e9s autour du vaste \u00e9di\u00adfice dont la cou\u00adpole domine Paris comme une sen\u00adti\u00adnelle, se d\u00e9ga\u00adgeait une impres\u00adsion assez assu\u00adr\u00e9\u00adment forte&nbsp;: au som\u00admet de la mon\u00adt\u00e9e, une bat\u00adte\u00adrie \u00e9tait ran\u00adg\u00e9e, cou\u00advrant la rue Souf\u00adflot et pr\u00eate \u00e0 prendre sous son feu les Ver\u00adsaillais qui d\u00e9bou\u00adche\u00adraient du Luxem\u00adbourg. Y avait-il l\u00e0 un mil\u00adlier d\u2019hommes&nbsp;? Je n\u2019oserais l\u2019affirmer.<\/p>\n<p>Dans la rue Souf\u00adflot \u00e9taient construites, ou en voie de construc\u00adtion, trois bar\u00adri\u00adcades&nbsp;: l\u2019une au som\u00admet de la mon\u00adt\u00e9e, allant de la mai\u00adrie du 5<sup>e<\/sup> \u00e0 l\u2019\u00c9cole de droit&nbsp;; une autre \u00e0 mi-c\u00f4te, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la hau\u00adteur de la rue Saint-Jacques&nbsp;; la troi\u00adsi\u00e8me au d\u00e9bou\u00adch\u00e9 sur le bou\u00adle\u00advard Saint-Michel.<\/p>\n<p>Je vois encore la belle figure, ouverte et enthou\u00adsiaste, d\u2019un com\u00adman\u00addant f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9, auquel mon p\u00e8re va ser\u00adrer la main. Il s\u2019appelait Lom\u00adbard, \u00e9tait chef d\u2019un corps franc et, bles\u00ads\u00e9, por\u00adtait le bras gauche en \u00e9charpe.<\/p>\n<p>Les Ver\u00adsaillais \u00e9taient encore \u00e0 bonne dis\u00adtance, rete\u00adnus devant le fau\u00adbourg Saint-Ger\u00admain par Eudes et M\u00e9gy, avec quelques cen\u00adtaines d\u2019hommes, et devant la rue Vavin, qui cou\u00advrait le Luxem\u00adbourg, par Lis\u00adbonne avec des forces aus\u00adsi restreintes.<\/p>\n<p>L\u2019arm\u00e9e de la Com\u00admune fon\u00addait, fon\u00addait, mais les com\u00adbat\u00adtants se mul\u00adti\u00adplient avec un h\u00e9ro\u00efsme furieux.<\/p>\n<p>Je sup\u00adpose que les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s r\u00e9unis sur la place du Pan\u00adth\u00e9on furent diri\u00adg\u00e9s sur des points stra\u00adt\u00e9\u00adgiques, Les uns durent aller ren\u00adfor\u00adcer les d\u00e9fen\u00adseurs de la Croix-Rouge, o\u00f9 \u00e9tait Var\u00adlin&nbsp;; d\u2019autres, ceux de la rue Vavin. Aux deux endroits la lutte \u00e9tait chaude.<\/p>\n<p>Je me suis tou\u00adjours deman\u00add\u00e9 pour\u00adquoi la Com\u00admune o\u00f9 son d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9 \u00e0 la guerre n\u2019avait pas fait d\u2019urgence, et d\u00e8s le com\u00admen\u00adce\u00adment d\u2019avril, ins\u00adtal\u00adler des canons sur la toi\u00adture plate du Pan\u00adth\u00e9on, ce qui e\u00fbt \u00e9t\u00e9 facile, et m\u00eame dans la cou\u00adpole, ce qui n\u2019\u00e9tait pas impos\u00adsible. Ces pi\u00e8ces eussent d\u00e9fen\u00addu effi\u00adca\u00adce\u00adment les forts d\u2019Issy et de Vanves, \u00e9teint peut-\u00eatre le feu des bat\u00adte\u00adries de Ch\u00e2\u00adtillon et de Meu\u00addon. En tout cas, la marche des Ver\u00adsaillais dans Paris se f\u00fbt trou\u00adv\u00e9e arr\u00ea\u00adt\u00e9e&nbsp;net.<\/p>\n<p>Com\u00adment cette id\u00e9e si simple ne venait-elle pas \u00e0 l\u2019id\u00e9e des chefs r\u00e9volutionnaires&nbsp;?<\/p>\n<p>La Com\u00admune pos\u00ads\u00e9\u00addait pr\u00e8s de deux mille bouches \u00e0 feu&nbsp;: elle n\u2019en uti\u00adli\u00adsa gu\u00e8re que le dixi\u00e8me.<\/p>\n<p>Sur le flanc nord de la vieille mon\u00adtagne, on com\u00admen\u00ad\u00e7ait \u00e0 d\u00e9pa\u00adver quelques voies&nbsp;: une bar\u00adri\u00adcade fut \u00e9le\u00adv\u00e9e \u00e0 hau\u00adteur d\u2019homme au coin de la rue de la Mon\u00adtagne-Sainte Gene\u00advi\u00e8ve et de celle des \u00c9coles, \u00e0 quelque vingt m\u00e8tres de notre mai\u00adson. Mon p\u00e8re occu\u00adpa ce retran\u00adche\u00adment d\u00e9ri\u00adsoire avec sa com\u00adpa\u00adgnie r\u00e9duite \u00e0\u2026 six hommes.<\/p>\n<p>Car, main\u00adte\u00adnant que le moment non plus seule\u00adment cri\u00adtique mais d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9 arri\u00advait, les effec\u00adtifs se vola\u00adti\u00adli\u00adsaient. Les indi\u00advi\u00addus qui avaient bri\u00adgu\u00e9 un grade seule\u00adment par vani\u00adt\u00e9 ou int\u00e9\u00adr\u00eat s\u2019\u00e9clipsaient, entra\u00ee\u00adn\u00e9s par l\u2019instinct de conservation.<\/p>\n<p>On venait d\u2019apprendre la prise de Mont\u00admartre. C\u2019\u00e9tait le coup de gr\u00e2ce pour la Com\u00admune, et cepen\u00addant le cou\u00adrage de ceux qui allaient se battre ne fai\u00adblit pas&nbsp;; la r\u00e9sis\u00adtance devait durer encore cinq grands jours&nbsp;!<\/p>\n<p>Rien ne montre mieux le g\u00e2chis dans lequel som\u00adbrait le gou\u00adver\u00adne\u00adment de la Com\u00admune, aus\u00adsi inca\u00adpable qu\u2019honn\u00eate, et l\u2019infiltration des agents de Ver\u00adsailles, que la faci\u00adli\u00adt\u00e9 avec laquelle l\u2019arm\u00e9e s\u2019empara de la Butte Montmartre.<\/p>\n<p>Cette for\u00adte\u00adresse devait \u00eatre inex\u00adpug\u00adnable avec cent cin\u00adquante canons, mais ces pi\u00e8ces que la Com\u00admune avait eu deux mois pour mettre en \u00e9tat, n\u2019\u00e9taient, comme celles du Tro\u00adca\u00add\u00e9\u00adro, ni abri\u00adt\u00e9es der\u00adri\u00e8re des tra\u00advaux ni m\u00eame appro\u00advi\u00adsion\u00adn\u00e9es de gar\u00adgousses de leur calibre. Et, supr\u00eame d\u00e9ri\u00adsion, presque pas d\u2019hommes pour gar\u00adder cette artille\u00adrie&nbsp;! Atta\u00adqu\u00e9e \u00e0 la fois au nord par Lad\u00admi\u00adrault et \u00e0 l\u2019ouest par Clin\u00adchant, la ter\u00adrible mon\u00adtagne o\u00f9 avait com\u00admen\u00adc\u00e9 la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion \u00e9tait prise \u00e0 midi&nbsp;: \u00e0 peine y eut-il quelques coups de&nbsp;fusil.<\/p>\n<p>Cette nou\u00advelle nous par\u00advint confu\u00ads\u00e9\u00adment dans la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Sans faire part de ma vel\u00adl\u00e9i\u00adt\u00e9 com\u00adba\u00adtive \u00e0 ma m\u00e8re, que je voyais sou\u00adcieuse (on l\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e0 moins), j\u2019allai poli\u00adment deman\u00adder un fusil aux gardes natio\u00adnaux de la bar\u00adri\u00adcade tenue par mon&nbsp;p\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 d\u00e9faut de chas\u00adse\u00adpot \u2013 cette arme \u00e9tait r\u00e9ser\u00adv\u00e9e aux com\u00adpa\u00adgnies de guerre \u2013 un modeste fusil \u00e0 taba\u00adti\u00e8re, voire \u00e0 piston.<\/p>\n<p>\u2013 Pas d\u2019armes dis\u00adpo\u00adnibles&nbsp;! me r\u00e9pondit-on.<\/p>\n<p>Avaient-ils piti\u00e9 de mon jeune \u00e2ge ou esti\u00admaient-ils mon concours insuf\u00adfi\u00adsant&nbsp;? Je n\u2019ai jamais su.<\/p>\n<p>Il me semble qu\u2019un d\u2019eux grom\u00adme\u00adla quelque chose&nbsp;comme&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 La \u00ab&nbsp;taba\u00adti\u00e8re&nbsp;\u00bb manque, mais pas le&nbsp;tabac&nbsp;!<\/p>\n<p>Comme quoi, m\u00eame dans les moments cri\u00adtiques, l\u2019esprit pari\u00adsien ne perd pas ses droits.<\/p>\n<p>\u2013 Enfin, mur\u00admu\u00adrai-je, cher\u00adchant \u00e0 me conso\u00adler. Je pren\u00addrai l\u2019arme du pre\u00admier qui sera&nbsp;tu\u00e9.<\/p>\n<p>Solu\u00adtion acceptable&nbsp;!<\/p>\n<p>On sen\u00adtait bien main\u00adte\u00adnant que la lutte se rap\u00adpro\u00adchait. Dans la soi\u00adr\u00e9e, deux ou trois cents f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s vinrent occu\u00adper la place du Mar\u00adch\u00e9-des-Carmes. Ils y bivouaqu\u00e8rent.<\/p>\n<p>De temps \u00e0 autre un sif\u00adfle\u00adment \u00e9trange tra\u00adver\u00adsait l\u2019air.<\/p>\n<p>\u2013 Ce sont, m\u2019apprit-on, des bour\u00adgeois r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaires (le mou\u00adve\u00adment de la Com\u00admune comp\u00adta nombre de bour\u00adgeois tr\u00e8s fer\u00adme\u00adment r\u00e9pu\u00adbli\u00adcains) qui tirent de chez eux sur les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s, avec des fusils \u00e0&nbsp;vent.<\/p>\n<p>Peut-\u00eatre y eut-il un garde natio\u00adnal bles\u00ads\u00e9 je ne sau\u00adrais l\u2019affirmer. Ces com\u00adbat\u00adtants, on ne peut plus en chambre, tiraient mal.<\/p>\n<p>Chaque coup ame\u00adnait une per\u00adqui\u00adsi\u00adtion. D\u2019en bas arri\u00advait cet ordre imp\u00e9rieux&nbsp;:<\/p>\n<p>\u2013 Ouvrez les per\u00adsiennes&nbsp;! Fer\u00admez les fen\u00eatres&nbsp;!<\/p>\n<p>La rue des \u00c9coles coupe en deux par\u00adties bien dis\u00adtinctes celle de la Mon\u00adtagne-Sainte-Gene\u00advi\u00e8ve. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, grim\u00adpant vers le Pan\u00adth\u00e9on, la par\u00adtie pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne, \u00e9troite et tor\u00adtueuse, aux vieilles mai\u00adsons grises. De l\u2019autre, des\u00adcen\u00addant en pente douce vers la Seine, la par\u00adtie neuve, o\u00f9 nous habi\u00adtions, au n<sup>o<\/sup> 7. Cette par\u00adtie-l\u00e0 \u00e9tait peu\u00adpl\u00e9e de petits bour\u00adgeois conser\u00adva\u00adteurs, de bou\u00adti\u00adquiers dans le genre de M.&nbsp;Per\u00adrin. Les coups de fusil \u00e0 vent qu\u2019ils envoyaient en sour\u00addine aux f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s prou\u00advaient l\u2019impatience avec laquelle ils atten\u00addaient l\u2019arriv\u00e9e des Ver\u00adsaillais pour se faire leurs pourvoyeurs.<\/p>\n<p>Mal\u00adgr\u00e9 leurs per\u00adqui\u00adsi\u00adtions, les gardes natio\u00adnaux ne trou\u00adv\u00e8rent per\u00adsonne \u00e0 arr\u00ea\u00adter. J\u2019\u00e9prouvai un sou\u00adla\u00adge\u00adment de n\u2019avoir point \u00e0 assis\u00adter \u00e0 une ex\u00e9\u00adcu\u00adtion. Tuer ou mou\u00adrir dans le com\u00adbat, oui. Mais l\u2019ex\u00e9cution apr\u00e8s ou sans la bataille, c\u2019est autre\u00adment p\u00e9nible.<\/p>\n<p>Les Ver\u00adsaillais ne s\u2019en sont gu\u00e8re pri\u00adv\u00e9s. Le matin m\u00eame, \u00e0 Mont\u00admartre, conquis par eux, une four\u00adn\u00e9e de qua\u00adrante-deux hommes, trois femmes et quatre enfants, ramas\u00ads\u00e9s au hasard, avaient \u00e9t\u00e9 col\u00adl\u00e9s au m\u00eame mur de la rue des Rosiers au pied duquel, le 18 mars, \u00e9taient tom\u00adb\u00e9s Lecomte et Cl\u00e9\u00adment Tho\u00admas, et fusill\u00e9s en holo\u00adcauste aux m\u00e2nes des deux g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p>La nuit vint, la der\u00adni\u00e8re que nous devions pas\u00adser dans notre appar\u00adte\u00adment. Mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 la bar\u00adri\u00adcade avec sa com\u00adpa\u00adgnie squelettique.<\/p>\n<p>Le matin du 24 mai se leva mena\u00ad\u00e7ant. D\u2019immenses lueurs rouges cou\u00adraient dans le ciel, \u00e0 l\u2019ouest.<\/p>\n<p>\u2013 C\u2019est le fau\u00adbourg Saint-Ger\u00admain qui br\u00fble, nous apprit-on. Ses bataillons r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaires ont tir\u00e9 dans le dos des n\u00f4tres et ceux-ci ont mis le feu au quartier.<\/p>\n<p>Telle \u00e9tait l\u2019explication suc\u00adcincte que col\u00adpor\u00adtaient les gens du quartier.<\/p>\n<p>La v\u00e9ri\u00adt\u00e9 \u00e9tait que les gardes natio\u00adnaux du 106<sup>e<\/sup> bataillon \u2013 du noble fau\u00adbourg \u2013 qui, dans la soi\u00adr\u00e9e du 31 octobre, \u00e9taient venus, sous les ordres du com\u00adman\u00addant Ibos et conduits par Jules Fer\u00adry, reprendre l\u2019H\u00f4tel de Ville aux r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, se mon\u00adtraient de nou\u00adveau. Ter\u00adr\u00e9s sous la Com\u00admune, ils se retrou\u00advaient main\u00adte\u00adnant, for\u00adm\u00e9s par petits groupes et arbo\u00adrant comme signe de ral\u00adlie\u00adment un bras\u00adsard tri\u00adco\u00adlore qui les dis\u00adtin\u00adguait des f\u00e9d\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans la jour\u00adn\u00e9e du 22, il avait paru dans la VII<sup>e<\/sup> arron\u00addis\u00adse\u00adment une bande de ces bras\u00adsar\u00addiers, gui\u00add\u00e9e par deux agi\u00adta\u00adteurs contre-r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires&nbsp;: le publi\u00adciste Vri\u00adgnault et Durou\u00adchoux. Ce der\u00adnier ayant \u00e9t\u00e9 ren\u00adver\u00ads\u00e9 par une balle f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9e, ses com\u00adpa\u00adgnons l\u2019emport\u00e8rent et disparurent.<\/p>\n<p>Mais, sans doute, la jour\u00adn\u00e9e du len\u00adde\u00admain vit-elle se pro\u00adduire dans le VII<sup>e<\/sup> des actes d\u2019hostilit\u00e9 contre les d\u00e9fen\u00adseurs de la Com\u00admune. Actes plus accen\u00adtu\u00e9s dans cet arron\u00addis\u00adse\u00adment tout \u00e0 fait r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaire que ceux qui, dans notre V<sup>e<\/sup>, mi-pro\u00adl\u00e9\u00adtaire, mi-bour\u00adgeois, mena\u00ad\u00e7aient les d\u00e9fen\u00adseurs des barricades.<\/p>\n<p>Les incen\u00addies ne purent que retar\u00adder, sans l\u2019emp\u00eacher, la marche des troupes ver\u00adsaillaises. La Croix-Rouge avait suc\u00adcom\u00adb\u00e9, Saint-Sul\u00adpice \u00e9tait occu\u00adp\u00e9, livrant les approches du bou\u00adle\u00advard Saint-Michel par l\u2019Od\u00e9on et le Luxembourg.<\/p>\n<p>Une ambu\u00adlance avait \u00e9t\u00e9 ins\u00adtal\u00adl\u00e9e dans le s\u00e9mi\u00adnaire Saint-Sul\u00adpice. Les lignards y mas\u00adsa\u00adcr\u00e8rent tous les f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s bles\u00ads\u00e9s et fusill\u00e8rent le m\u00e9de\u00adcin-chef. Celui-ci, le doc\u00adteur Faneau, n\u2019\u00e9tait pour\u00adtant pas sym\u00adpa\u00adthique \u00e0 la Com\u00admune, mais homme de c\u0153ur, il avait vou\u00adlu pro\u00adt\u00e9\u00adger les mal\u00adheu\u00adreux confi\u00e9s \u00e0 ses soins contre les meurtriers&nbsp;!<\/p>\n<p>Le ciel, de plus en plus rouge, sem\u00adblait une four\u00adnaise allu\u00adm\u00e9e au- des\u00adsus de nos t\u00eates&nbsp;; un voile empour\u00adpr\u00e9 se d\u00e9rou\u00adlait \u00e0 l\u2019infini sur Paris. Cette jour\u00adn\u00e9e du 24 fut celle d\u2019un enfer dantesque.<\/p>\n<p>Vers dix heures du matin, de notre bal\u00adcon, j\u2019aper\u00e7us, remon\u00adtant le bou\u00adle\u00advard Saint-Ger\u00admain, un petit groupe de f\u00e9d\u00e9\u00adr\u00e9s qui emme\u00adnaient en les tra\u00ee\u00adnant deux pi\u00e8ces d\u2019artillerie l\u00e9g\u00e8re&nbsp;: canons de petit calibre ou mitrailleuses. Ils se repliaient du bou\u00adle\u00advard Saint-Michel, pr\u00e8s d\u2019\u00eatre for\u00adc\u00e9, sur l\u2019H\u00f4tel de Ville o\u00f9 la Com\u00admune avait tenu sa der\u00adni\u00e8re s\u00e9ance.<\/p>\n<p>Et l\u2019H\u00f4tel de Ville s\u2019embrasa dans la m\u00eame jour\u00adn\u00e9e. Atta\u00adqu\u00e9 de front par le square Saint-Jacques chau\u00adde\u00adment dis\u00adpu\u00adt\u00e9, en flanc par le Marais et les quais, son gou\u00adver\u00adneur Pin\u00addy incen\u00addiait la Mai\u00adson Com\u00admune pour ne livrer \u00e0 l\u2019ennemi que des d\u00e9combres&nbsp;!<\/p>\n<p>L\u2019attaque du Pan\u00adth\u00e9on se rapprochait.<\/p>\n<p>Dans la mati\u00adn\u00e9e, la pou\u00addri\u00e8re du Luxem\u00adbourg sau\u00adtait. Des lignards p\u00e9n\u00e9\u00adtraient dans le jar\u00addin et voyaient la pre\u00admi\u00e8re bar\u00adri\u00adcade de la rue Souf\u00adflot mal gar\u00add\u00e9e&nbsp;; d\u2019un \u00e9lan ils tra\u00adver\u00adsaient le bou\u00adle\u00advard Saint-Michel et s\u2019emparaient du retranchement.<\/p>\n<p>Assailli de flanc par le fau\u00adbourg Saint-Jacques et la rue Tour\u00adne\u00adfort, le Pan\u00adth\u00e9on fut pris dans l\u2019apr\u00e8s-midi. \u00c0 quatre heures, on put aper\u00adce\u00advoir, de tous les coins de Paris, le dra\u00adpeau tri\u00adco\u00adlore flot\u00adtant \u00e0 sa coupole.<\/p>\n<p>Com\u00adment notre trio fami\u00adlial pu s\u2019en&nbsp;tirer&nbsp;?<\/p>\n<p>Lorsque les Ver\u00adsaillais, d\u00e9bou\u00adchant de par\u00adtout, entr\u00e8rent dans la rue de la Mon\u00adtagne-Sainte-Gene\u00advi\u00e8ve, un de leurs pre\u00admiers actes fut de fusiller, comme \u00e0 Mont\u00admartre, une qua\u00adran\u00adtaine de per\u00adsonnes prises au hasard.<\/p>\n<p>Les cadavres furent jet\u00e9s dans un \u00e9gout et le bruit se r\u00e9pan\u00addit que mes parents et moi \u00e9tions dans le&nbsp;tas.<\/p>\n<p>Ce bruit, qui nous sau\u00adva peut-\u00eatre la vie, nous l\u2019appr\u00eemes plus tard, par la ren\u00adcontre d\u2019un habitent du quar\u00adtier stu\u00adp\u00e9\u00adfait de nous revoir vivants.<\/p>\n<p>Nous s\u00fbmes aus\u00adsi que tr\u00e8s peu de temps apr\u00e8s notre d\u00e9part de cette rue dan\u00adge\u00adreuse, un obus, entr\u00e9 sans fa\u00e7on par la che\u00admi\u00adn\u00e9e, \u00e9tait venu \u00e9cla\u00adter dans la chambre \u00e0 cou\u00adcher de mes parente, jetant un cer\u00adtain d\u00e9sordre dans la literie.<\/p>\n<p>Nous nous abs\u00adt\u00eenmes pru\u00addem\u00adment d\u2019aller recon\u00adna\u00eetre l\u2019\u00e9tat du res\u00adtant de notre mobi\u00adlier, qui avait pour\u00adtant sa valeur.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>XIII La bataille dans&nbsp;Paris Le lun\u00addi 22 mai, dans la mati\u00adn\u00e9e, nous re\u00e7\u00fbmes un choc&nbsp;: l\u2019arm\u00e9e ver\u00adsaillaise venait d\u2019entrer dans&nbsp;Paris. Sans doute, pour mon p\u00e8re, la nou\u00advelle n\u2019\u00e9tait-elle pas tout \u00e0 fait inat\u00adten\u00addue. Il avait pu voir, depuis la mal\u00adheu\u00adreuse sor\u00adtie du 3 avril, le cercle d\u2019investissement se res\u00adser\u00adrer pro\u00adgres\u00adsi\u00adve\u00adment et les rem\u00adparts, apr\u00e8s&nbsp;les&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":98,"featured_media":5379,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"wp-custom-template-page-d-article","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[469],"tags":[893],"ppma_author":[764],"class_list":["post-4242","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-memoires-dun-libertaire-par-charles-malato-le-peuple-1937-1938","tag-memoires"],"authors":[{"term_id":764,"user_id":98,"is_guest":0,"slug":"charles-malato","display_name":"Charles Malato","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/dec37ae452dae98c83574ffb83b51be776819688ad66aad5025fe8a60d533467?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"","last_name":"Malato","first_name":"Charles","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4242","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/98"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4242"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4242\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":9011,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4242\/revisions\/9011"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/5379"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4242"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4242"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4242"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=4242"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}