{"id":4281,"date":"2021-07-07T07:22:25","date_gmt":"2021-07-07T07:22:25","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2021\/07\/07\/eloge-du-naturisme\/"},"modified":"2021-07-07T07:22:25","modified_gmt":"2021-07-07T07:22:25","slug":"eloge-du-naturisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2021\/07\/07\/eloge-du-naturisme\/","title":{"rendered":"\u00c9loge du naturisme"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4281?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4281?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui pensent que les temps modernes ont fait de vastes enjam\u00adb\u00e9es dans la direc\u00adtion d\u2019une force de pro\u00adduc\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 plus s\u00fbre, ne sau\u00adraient nier que le tra\u00advail actuel dif\u00adf\u00e8re de ce qu\u2019il \u00e9tait jadis. Car la vapeur et l\u2019\u00e9lec\u00adtri\u00adci\u00adt\u00e9 se situent entre le tra\u00advail et l\u2019homme qui en a besoin et doit l\u2019ex\u00e9\u00adcu\u00adter. Jadis, ses mains le met\u00adtaient en contact \u00e9troit avec le miracle tou\u00adjours renou\u00adve\u00adl\u00e9 de l\u2019\u0153uvre des Sai\u00adsons. La char\u00adrue se confec\u00adtion\u00adnait au vil\u00adlage et on y fa\u00e7on\u00adnait la meule&nbsp;; les voi\u00adsins accou\u00adplaient des b\u0153ufs pour all\u00e9\u00adger leurs tra\u00advaux et construi\u00adsaient des mou\u00adlins \u00e0 vent pour cap\u00adter la force de l\u2019air. On ne per\u00addait jamais de vue la nature et on com\u00adpre\u00adnait exac\u00adte\u00adment ses voies, tan\u00addis que des outils tr\u00e8s simples, faits \u00e0 la main\u200a\u2014\u200ab\u00eache, roue de, mou\u00adlin, scie\u200a\u2014\u200aini\u00adtiaient le pay\u00adsan et l\u2019ar\u00adti\u00adsan aux lois m\u00e9ca\u00adniques. De nos jours, des machines com\u00adplexes, action\u00adn\u00e9es par la vapeur, l\u2019ex\u00adplo\u00adsion, l\u2019\u00e9lec\u00adtri\u00adci\u00adt\u00e9,\u200a\u2014\u200aont enti\u00e8\u00adre\u00adment trans\u00adfor\u00adm\u00e9 les rap\u00adports de l\u2019homme avec la Nature. C\u2019est bru\u00adta\u00adle\u00adment que l\u2019homme la r\u00e9duit en escla\u00advage et sans s\u2019en sou\u00adcier tant qu\u2019il en tire sa sub\u00adsis\u00adtance. En admet\u00adtant m\u00eame les affir\u00adma\u00adtions des gens igno\u00adrants que les pro\u00adduits manu\u00adfac\u00adtu\u00adr\u00e9s sont aus\u00adsi sains que ceux faits \u00e0 la main&nbsp;; que les char\u00adrues \u00e0 moteur retournent le sol aus\u00adsi bien que les b\u0153ufs&nbsp;; que les broyeurs \u00e0 vapeur moulent aus\u00adsi bien que les pierres action\u00adn\u00e9es par le vent&nbsp;; que les m\u00e9tiers m\u00e9ca\u00adniques four\u00adnissent aux mul\u00adti\u00adtudes d\u2019aus\u00adsi bonne v\u00eature que celle tis\u00ads\u00e9e jadis par le cam\u00adpa\u00adgnard pour les siens&nbsp;; ceci m\u00eame \u00e9tant accor\u00add\u00e9, nos pr\u00e9\u00adten\u00adtions sub\u00adsistent tou\u00adjours. Et nous pr\u00e9\u00adten\u00addons ceci&nbsp;: que l\u2019homme pour le bien duquel est appa\u00adrem\u00adment adve\u00adnu l\u2019in\u00addus\u00adtria\u00adlisme, que l\u2019homme, par cela m\u00eame, g\u00eet sur un lit de dou\u00adleurs&nbsp;; il souffre,\u200a\u2014\u200acomme il ne souf\u00adfrit jamais autre\u00adfois de la f\u00e9o\u00adda\u00adli\u00adt\u00e9, des guerres, des \u00e9pi\u00add\u00e9\u00admies, de l\u2019es\u00adcla\u00advage,\u200a\u2014\u200ail souffre d\u2019une d\u00e9g\u00e9\u00adn\u00e9\u00adres\u00adcence phy\u00adsique et morale qui rayonne, comme un fl\u00e9au, des grandes cit\u00e9s vers les cam\u00adpagnes. Et nul en qu\u00eate sin\u00adc\u00e8re de v\u00e9ri\u00adt\u00e9 ne le&nbsp;niera.&nbsp;<\/p>\n<p>On nous accuse constam\u00adment de vou\u00adloir retar\u00adder les aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge. Notre juge\u00adment est deve\u00adnu si m\u00e9ca\u00adnique que nous en sommes venus \u00e0 ado\u00adrer ces sym\u00adboles dor\u00e9s de la pr\u00e9\u00adci\u00adsion du Temps&nbsp;; pour les villes indus\u00adtrielles ce sont de v\u00e9ri\u00adtables Dieux, des tyrans&nbsp;; sans elles ne sau\u00adraient fonc\u00adtion\u00adner nos trains, nos moteurs, nos cui\u00adsines ou nos \u00e9coles. Or, dans l\u2019an\u00adcien ordre de choses, au contraire, l\u2019heure \u00e9tait indi\u00adqu\u00e9e par la constance des saisons.&nbsp;<\/p>\n<p>Le prin\u00adtemps, enfance de l\u2019an\u00adn\u00e9e, nous arrive avec les m\u00e2ts de mai et les guir\u00adlandes, le soleil et les larmes de la ros\u00e9e&nbsp;; sa joyeuse flo\u00adrai\u00adson se rit des \u00e9co\u00adno\u00admies et les longues nuits la for\u00adti\u00adfient. Les joies de l\u2019\u00e9\u00adt\u00e9 suc\u00adc\u00e8dent&nbsp;: les incl\u00e9\u00admences de la tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adture ne les ter\u00adnissent point&nbsp;; les fruits sau\u00advages abondent, les bl\u00e9s montent, les ver\u00adgers res\u00adplen\u00addissent, les uns et les autres sym\u00adboles d\u2019une fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e9ter\u00adnelle. Le sage automne, plus tard, nous tend sans comp\u00adter ses mains pleines des pro\u00adduits de ses \u0153uvres mys\u00adt\u00e9\u00adrieuses&nbsp;; ses dons am\u00e8nent des gloires, renou\u00adve\u00adlant celles du Prin\u00adtemps&nbsp;: riche en beau\u00adt\u00e9s qui se pro\u00addiguent en som\u00admets d\u2019arbres \u00e9tin\u00adce\u00adlants, en vents tur\u00adbu\u00adlents, l\u2019au\u00adtomne marque la feuille mou\u00adrante de lettres de flamme \u00e0 l\u2019u\u00adsage de l\u2019Homme qui doit alors ralen\u00adtir sa marche et attendre. Et voi\u00adci que, vieillie, l\u2019an\u00adn\u00e9e conna\u00eet sa dou\u00adleur&nbsp;; lorsque le vent gla\u00adcial du sep\u00adten\u00adtrion a empor\u00adt\u00e9 le der\u00adnier de ses haillons, elle s\u2019en\u00adse\u00adve\u00adlit dans les feuilles brun dor\u00e9 du h\u00eatre et s\u2019en\u00adterre encore une fois au sein des perce-neige et des pri\u00adme\u00adv\u00e8res, des cam\u00adpa\u00adnules et des narcisses.&nbsp;<\/p>\n<p>C\u2019est de cette fa\u00e7on exu\u00adb\u00e9\u00adrante que la nature a indi\u00adqu\u00e9 les heures de ses tra\u00advaux en son \u00e9ter\u00adnel ate\u00adlier, mais elle n\u2019est pas plus inexacte qu\u2019il ne faut, car ce qui tient lieu d\u2019hor\u00adloge \u00e0 l\u2019\u00c9\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9, c\u2019est jus\u00adte\u00adment cette suc\u00adces\u00adsion inin\u00adter\u00adrom\u00adpue de danses et de cultures, de chants et d\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adments, de louanges \u00e0 la nature et de r\u00e9coltes, de retours au sein mater\u00adnel et d\u2019hivernages.<\/p>\n<p>Tout en haut de la tour de sa foi, l\u2019Homme a pla\u00adc\u00e9 les aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge, il les a dor\u00e9es afin qu\u2019elles captent la lumi\u00e8re solaire&nbsp;: ob\u00e9is\u00adsantes \u00e0 ce stra\u00adta\u00adg\u00e8me, elles l\u2019en\u00adtre\u00adtiennent de maintes choses aux\u00adquelles il n\u2019a pas besoin de croire comme aus\u00adsi de quelques-unes dont il ne peut \u00eatre nui\u00adsible de se rap\u00adpe\u00adler. En grande par\u00adtie, par la faute de ces aiguilles m\u00eames et de leur \u00e9clat, il oublie que la puis\u00adsance qui les fait mou\u00advoir ne sau\u00adrait en rien alt\u00e9\u00adrer la marche du temps&nbsp;: il oublie que ce sont les sai\u00adsons et non l\u2019Heure qui l\u2019ont assis\u00adt\u00e9 \u00e0 son ber\u00adceau. Il oublie que quand bien m\u00eame la machine mise \u00e0 la place du labou\u00adreur et de ses b\u0153ufs usur\u00adpe\u00adrait son pri\u00advi\u00adl\u00e8ge, l\u2019homme ne peut pas vivre de pain seule\u00adment sans que l\u2019hu\u00admain en lui p\u00e9risse d\u2019inanition.<\/p>\n<p>Nous nous sommes adon\u00adn\u00e9s \u00e0 la t\u00e2che, nul\u00adle\u00adment impos\u00adsible, de retar\u00adder les aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge. Aider l\u2019homme \u00e0 com\u00adprendre que sa vie, sans d\u00e9sastre, ne peut pas \u00eatre s\u00e9pa\u00adr\u00e9e de celle de sa M\u00e8re&nbsp;; que d\u00e9pendre du machi\u00adnisme au lieu de se repo\u00adser sur le miracle \u00e9ter\u00adnel\u00adle\u00adment renou\u00adve\u00adl\u00e9 de la nature c\u2019est rui\u00adner la viri\u00adli\u00adt\u00e9 de ses enfants&nbsp;; que l\u2019exis\u00adtence d\u2019une cou\u00adtume, m\u00eame quand elle est \u00e9ta\u00adblie aus\u00adsi fer\u00adme\u00adment que l\u2019est notre indus\u00adtria\u00adlisme, ne jus\u00adti\u00adfie pas son uti\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;; tout ceci, en effet, n\u2019est point mar\u00adcher de conserve avec les Aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge, mais au contraire insis\u00adter sur ce fait que les sai\u00adsons bien\u00adfai\u00adsantes nous tiennent tou\u00adjours com\u00adpa\u00adgnie lors\u00adqu\u2019elles font appel au c\u0153ur et \u00e0 la main de l\u2019homme plu\u00adt\u00f4t qu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il invente pour en igno\u00adrer le besoin. \u00ab&nbsp;La Cou\u00adtume sans la v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, a \u00e9crit Saint-Cyprien, \u00ab&nbsp;n\u2019est que la vieillesse de l\u2019Erreur&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n<p>S\u2019il n\u2019est pas d\u2019autre sti\u00admu\u00adlant que l\u2019Hor\u00adloge, d\u2019autre sym\u00adbole du temps que ses aiguilles m\u00e9tal\u00adliques, le monde peut avoir rai\u00adson en consi\u00add\u00e9\u00adrant le pro\u00adgr\u00e8s m\u00e9ca\u00adnique\u200a\u2014\u200amal\u00adgr\u00e9 qu\u2019il a d\u00e9truit la vie d\u2019in\u00adt\u00e9\u00adrieur et le tra\u00advail \u00e0 la main,\u200a\u2014\u200acomme le sum\u00admum de la pros\u00adp\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9. Mais il y a un c\u0153ur qui vibre quelque part dans le vieux b\u00e2ti\u00adment dont la tour contient l\u2019Hor\u00adloge, si dans la musique de la son\u00adne\u00adrie il y a autre chose que l\u2019in\u00addi\u00adca\u00adtion de l\u2019heure&nbsp;; si la girouette du clo\u00adcher insiste encore pour que son aver\u00adtis\u00adse\u00adment ait autant de r\u00e9per\u00adcus\u00adsions dans nos vies quo\u00adti\u00addiennes que les Aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge, alors, nous sommes dans le vrai en niant le pro\u00adgr\u00e8s dont ce si\u00e8cle fait parade. On ne peut pas nous accu\u00adser de ten\u00adter l\u2019im\u00adpos\u00adsible en encou\u00adra\u00adgeant ces modes de tra\u00advail et d\u2019en\u00adsei\u00adgne\u00adment qui, non seule\u00adment ont subi l\u2019\u00e9\u00adpreuve du temps, mais qui, ayant encore fait l\u2019Homme ce qu\u2019il est, ne doivent pas moins sub\u00adsis\u00adter \u00e9ter\u00adnel\u00adle\u00adment en lui qu\u2019en les lois de son \u00e9volution.&nbsp;<\/p>\n<p>Nous vou\u00addrions \u00eatre les ser\u00advi\u00adteurs des sai\u00adsons et non les esclaves de l\u2019hor\u00adloge, les enfants des Hommes et non les outils de l\u2019heure m\u00e9ca\u00adnique. Nous vou\u00addrions labou\u00adrer, semer et r\u00e9col\u00adter, filer, tis\u00adser, nous cou\u00advrir de chaume, afin de rece\u00advoir notre part des dons natu\u00adrels et leur rendre leur d\u00fb \u00e0 la sai\u00adson conve\u00adnable. Nos tombes alors seraient vertes, et les trou\u00adpeaux y trou\u00adve\u00adraient la p\u00e2ture, au lieu de se r\u00e9duire \u00e0 de petits tas de frag\u00adments hor\u00adribles et noir\u00adcis\u00adsant le sol. Nous lais\u00adsons les aiguilles de l\u2019Hor\u00adloge \u00e0 leur propre tache. Ce n\u2019est ni en les retar\u00addant ni en h\u00e2tant le balan\u00adce\u00adment du pen\u00addule qu\u2019on pour\u00adra modi\u00adfier les joies et les t\u00e2ches tra\u00addi\u00adtion\u00adnelles de l\u2019homme.<\/p>\n<p>[\/\u200bAdapt\u00e9 de <sc>Vineyard<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui pensent que les temps modernes ont fait de vastes enjam\u00adb\u00e9es dans la direc\u00adtion d\u2019une force de pro\u00adduc\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 plus s\u00fbre, ne sau\u00adraient nier que le tra\u00advail actuel dif\u00adf\u00e8re de ce qu\u2019il \u00e9tait jadis. 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