{"id":514,"date":"1948-10-01T04:30:51","date_gmt":"1948-10-01T04:30:51","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/06\/30\/julien-blanc\/"},"modified":"2024-04-17T09:08:38","modified_gmt":"2024-04-17T09:08:38","slug":"julien-blanc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/1948\/10\/01\/julien-blanc\/","title":{"rendered":"Julien Blanc"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/514?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/514?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>Julien blanc vient de publier le troi\u00adsi\u00e8me tome de <em>Seule, la vie<\/em> <sup class=\"modern-footnotes-footnote modern-footnotes-footnote--expands-on-desktop \" data-mfn=\"1\" data-mfn-post-scope=\"000000002bda0a360000000026570a10_514\"><a href=\"javascript:void(0)\" role=\"button\" aria-pressed=\"false\" aria-describedby=\"mfn-content-000000002bda0a360000000026570a10_514-1\">1<\/a><\/sup><span id=\"mfn-content-000000002bda0a360000000026570a10_514-1\" role=\"tooltip\" class=\"modern-footnotes-footnote__note\" tabindex=\"0\" data-mfn=\"1\">\u00c9di\u00adtions du Pr\u00e9 aux Clercs. Trois volumes&nbsp;: <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em>, <em>Joyeux, fais ton four\u00adbis<\/em><i>\u2026<\/i>, <em>Le Temps des Hommes<\/em>\u2026<\/span>\u2026: <em>Le Temps des Hommes<\/em>. Les pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addents ouvrages ont, depuis quelques ann\u00e9es, ras\u00adsem\u00adbl\u00e9 un public pas\u00adsion\u00adn\u00e9, autour de celui qui est sans doute le meilleur des \u00e9cri\u00advains vivants qui se r\u00e9clament de l\u2019a\u00adnar\u00adchie. On se sou\u00advient de <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em>, que l\u2019on peut pla\u00adcer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9cits d\u2019en\u00adfance de Jules Renard, de Gor\u00adki ou de Val\u00adl\u00e8s. On n\u2019a pas oubli\u00e9 l\u2019a\u00adtroce <em>Joyeux, fais ton four\u00adbi<\/em><i>\u2026<\/i>&nbsp;Le volume qui para\u00eet actuel\u00adle\u00adment en annonce deux autres&nbsp;: la seconde par\u00adtie du <em>Temps des Hommes<\/em> (FORN), et la fin de l\u2019ou\u00advrage, <em>Le Sui\u00adcide<\/em>. Cer\u00adtains auteurs sont absents de leur \u0153uvre, et c\u2019est les tra\u00adhir que de par\u00adler d\u2019eux. Julien Blanc est si inti\u00adme\u00adment m\u00eal\u00e9 \u00e0 la sienne que ce serait le tra\u00adhir que d\u2019a\u00adna\u00adly\u00adser ses livres sans par\u00adler de lui. Les meilleurs cri\u00adtiques s\u2019y sont trom\u00adp\u00e9s, parce qu\u2019ils le connais\u00adsaient mal. C\u2019est que Julien Blanc, qui ne cesse pour\u00adtant pas de se racon\u00adter, est des plus mal\u00adai\u00ads\u00e9s \u00e0 p\u00e9n\u00e9\u00adtrer. Au vrai, il se conna\u00eet peu lui-m\u00eame, l\u2019a\u00advoue et brouille volon\u00adtiers les cartes. Ce qui suit ne peut donc \u00eatre qu\u2019une approximation.<\/p>\n<p>Blanc rel\u00e8ve du genre fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adtique. Le phy\u00adsique le crie. De taille moyenne, il est mince, presque fr\u00eale, mais une accu\u00admu\u00adla\u00adtion ner\u00adveuse excep\u00adtion\u00adnelle fait de lui un \u00eatre par ins\u00adtants redou\u00adtable. Des muscles sans graisse tirent sur des os saillants. Rien de f\u00e9lin, pour\u00adtant. C\u2019est au loup plu\u00adt\u00f4t qu\u2019il res\u00adsem\u00adble\u00adrait, s\u2019il y avait en lui des traces suf\u00adfi\u00adsantes de cruau\u00adt\u00e9. Du loup, il a les muscles \u00e9ti\u00adr\u00e9s et secs, la peau, plis\u00ads\u00e9e, trop grande, l\u2019ab\u00adsence cong\u00e9\u00adni\u00adtale de r\u00e9serves, et la face allon\u00adg\u00e9e. Le front se d\u00e9gar\u00adnit, et fronce sa peau, comme dans les masques de Val\u00e9\u00adry et de Ramuz, des rides expres\u00adsives qui tombent sou\u00addain comme des per\u00adsiennes cata\u00adlanes. Le visage est \u00e9ma\u00adci\u00e9, tri\u00adan\u00adgu\u00adlaire. Par\u00adtout affleure l\u2019o\u00adro\u00adgra\u00adphie des os, dans le saillant des arcades, des pom\u00admettes, du men\u00adton. Une figure dont la jeu\u00adnesse encore pr\u00e9\u00adsente s\u2019ac\u00adcorde avec quelque chose de d\u00e9char\u00adn\u00e9. Les yeux enfon\u00adc\u00e9s \u00e9tin\u00adcellent d\u2019un bleu trop clair, de fa\u00efence ou de m\u00e9tal, avec des reflets dont le froid contraste avec la peau chauf\u00adf\u00e9e par le soleil ou jau\u00adnie par la fatigue, sui\u00advant la sai\u00adson et les hasards de la san\u00adt\u00e9, mais qui se nuance tou\u00adjours du citron au bronze clair. Ces yeux p\u00e2les br\u00fblent dans des orbites ent\u00e9\u00adn\u00e9\u00adbr\u00e9es. Le masque est mobile, docile aux viva\u00adci\u00adt\u00e9s de l\u2019\u00e2me, docile au rire ful\u00adgu\u00adrant, Julien Blanc conte une his\u00adtoire. C\u2019est un acteur n\u00e9. Les mains vol\u00adtigent. Le corps suit dans une d\u00e9marche cas\u00ads\u00e9e, bon\u00addis\u00adsante. Il veut faire rire les copains. Il en dis\u00adtille une bien bonne, la vit, et le voi\u00adl\u00e0 qui tra\u00adverse le bar de l\u2019<em>Auto<\/em> en gla\u00adpis\u00adsant, \u00e0 che\u00adval sur un balai ima\u00adgi\u00adnaire et se tor\u00addant nerveusement.<\/p>\n<p>Julien Blanc a t\u00e2t\u00e9 du jour\u00adna\u00adlisme. Sans trop de go\u00fbt. Il faut bien trou\u00adver son b\u0153uf. Mais il y d\u00e9ployait une mani\u00e8re per\u00adson\u00adnelle. Un sujet&nbsp;? Le voi\u00adl\u00e0 qui flambe. Il inter\u00adviewe Mag\u00adda d\u2019An\u00addu\u00adrain. Il s\u2019en\u00adthou\u00adsiasme. Il la d\u00e9fend. Il fait feu des quatre fers. Le len\u00adde\u00admain, il cor\u00adrige les \u00e9preuves, l\u2019\u0153il \u00e9teint et le c\u0153ur cafar\u00addeux. La paille est br\u00fbl\u00e9e.<\/p>\n<p>Blanc est un pas\u00adsion\u00adn\u00e9 de la bagnole. (Je ne dis pas de l\u2019au\u00adto.) La vitesse, la puis\u00adsance m\u00e9ca\u00adnique, la po\u00e9\u00adsie de la vir\u00e9e l\u2019en\u00adivrent. Pour\u00adquoi pas&nbsp;? C\u2019est peut-\u00eatre par la voi\u00adture que l\u2019argent prend un sens pour lui. Il y engouffre tout ce qu\u2019il gagne en r\u00e9pa\u00adra\u00adtions, huile, essence, etc. J\u2019ai vague\u00adment l\u2019im\u00adpres\u00adsion qu\u2019elle est pour lui la revanche&nbsp;: ce che\u00adval m\u00e9ca\u00adnique qu\u2019il n\u2019a pas eu quand il en \u00e9tait encore temps. Mais je devine aus\u00adsi qu\u2019elle est la mat\u00e9\u00adria\u00adli\u00adsa\u00adtion de ce sens de la fugue qui l\u2019a tou\u00adjours habi\u00adt\u00e9. Blanc n\u2019a jamais \u00ab&nbsp;un peu d\u2019argent&nbsp;\u00bb. Il en a beau\u00adcoup (pour peu de temps) ou pas du tout, au point de man\u00adquer du n\u00e9ces\u00adsaire. Je l\u2019ai vu pr\u00ea\u00adter de force quelques mil\u00adliers de francs \u00e0 un copain qui pro\u00adtes\u00adtait parce qu\u2019il n\u2019en avait pas besoin. Mais quatre jours plus tard, Blanc \u00e9tait furi\u00adbond parce qu\u2019il n\u2019a\u00advait plus de quoi d\u00eener. La vie, le temps, le bon\u00adheur, il doit les trai\u00adter comme l\u2019argent.<\/p>\n<p><em>Joyeux, fais ton four\u00adbi<\/em><i>\u2026<\/i>&nbsp;a rem\u00adpor\u00adt\u00e9 le <em>Prix Sainte-Beuve<\/em> 1947. Fureur du lau\u00adr\u00e9at. Il aurait vou\u00adlu le Prix des Cri\u00adtiques. En fait, il m\u00e9ri\u00adtait le Gon\u00adcourt. Sa vie, c\u2019est un dia\u00adgramme de fi\u00e8vre. Il a besoin de ces dents de scie. Donc, un fr\u00e9\u00adn\u00e9\u00adtique. Un gars pas nor\u00admal. Tout au moins, pas moyen. Natu\u00adrel\u00adle\u00adment il en reste quelque chose dans le jeu des id\u00e9es&nbsp;: il lui arrive de s\u2019embrouiller dans les id\u00e9o\u00adlo\u00adgies, de virer dans un tour\u00adnoie\u00adment pal\u00adpi\u00adtant vers les fron\u00adti\u00e8res du com\u00admu\u00adnisme, de rebon\u00addir dans le tol\u00adsto\u00efsme et la non-vio\u00adlence, d\u2019en\u00advi\u00adsa\u00adger avec sym\u00adpa\u00adthie le ter\u00adro\u00adrisme et de se retrou\u00adver au bord d\u2019un chris\u00adtia\u00adnisme id\u00e9al. Mais ces suc\u00adces\u00adsions ne le g\u00eanent pas. Par contre ce qu\u2019il sait, ce qu\u2019il sait bien, c\u2019est qu\u2019il veut l\u2019homme libre. Il d\u00e9teste les bour\u00adreaux, les pri\u00adsons, les camps, m\u00eame les formes beno\u00eetes de l\u2019op\u00adpres\u00adsion, et n\u2019ad\u00admet pas qu\u2019on impose le bon\u00adheur \u00e0 coups de trique.<\/p>\n<p>Cet instable est pour\u00adtant un vrai tra\u00advailleur. Il a \u00e9crit quelques romans dont il ne veut plus entendre par\u00adler, sous aucun pr\u00e9\u00adtexte. Il a adap\u00adt\u00e9 quelques-uns des meilleurs films ita\u00adliens r\u00e9cents. Il s\u2019a\u00adcharne sur <em>Seule, la vie<\/em>\u2026 Il est assez comique quand il tra\u00advaille. Il peste, sacre, grogne s\u2019il fait beau, grogne s\u2019il pleut, lutte avec le papier et r\u00e9crit dix fois la page. Quand Jean Paul\u00adhan lui annonce qu\u2019il faut encore recom\u00admen\u00adcer, eh bien, il recom\u00admence. Il n\u2019a de suite dans les id\u00e9es que pour son tra\u00advail. Pour son tra\u00advail et l\u2019a\u00admi\u00adti\u00e9. Il n\u2019est pas un seul de ses amis qu\u2019il n\u2019ait insul\u00adt\u00e9 jus\u00adqu\u2019\u00e0 la bride, au hasard de l\u2019hu\u00admeur, mais il n\u2019en a jamais oubli\u00e9 un. Tel para\u00eet le gaillard qui a \u00e9crit <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em>, <em>Joyeux, fais ton four\u00adbi<\/em> et <em>Le Temps des Hommes<\/em>. Heu\u00adreu\u00adse\u00adment pour nous, la ver\u00adtu d\u2019\u00e9\u00adcrire lui est capi\u00adtale. Il a besoin de la confes\u00adsion publique, comme nous avons besoin de son t\u00e9moi\u00adgnage. Et c\u2019est tr\u00e8s bien&nbsp;ainsi.<\/p>\n<p>S\u2019il rai\u00adsonne mal, il conte \u00e0 la per\u00adfec\u00adtion. On conna\u00eet le sujet de <em>Seule, la vie<\/em>\u2026 Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb de l\u2019ou\u00advrage est un enfant per\u00addu. Le p\u00e8re est mort avant sa nais\u00adsance. La m\u00e8re, une des plus belles figures de m\u00e8re que je connaisse, se tue\u00adra \u00e0 la t\u00e2che pour l\u2019\u00e9\u00adle\u00adver. Cet orphe\u00adlin sen\u00adti\u00admen\u00adtal\u200a\u2014\u200aoh, com\u00adbien&nbsp;!\u200a\u2014\u200aest recueilli par une mar\u00adraine qui ne sait pra\u00adti\u00adquer qu\u2019une reli\u00adgion close. Le gosse devient intrai\u00adtable. Mai\u00adson d\u2019or\u00adphe\u00adlins. La machine infer\u00adnale est en route. L\u2019ab\u00adsence de ten\u00addresse le jette dans la r\u00e9volte des enfants, la r\u00e9volte l\u2019en\u00adfonce dans des cercles infer\u00adnaux de plus en plus pri\u00adv\u00e9s de ten\u00addresse. Vol. Mai\u00adson de cor\u00adrec\u00adtion. P\u00e9ni\u00adten\u00adcier. Pri\u00adson. <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em> se ter\u00admine sur les bataillons d\u2019A\u00adfrique. Mais, d\u2019a\u00adven\u00adture sor\u00addide en aven\u00adture sor\u00addide, de mis\u00e8re phy\u00adsio\u00adlo\u00adgique en mis\u00e8re morale, l\u2019a\u00addo\u00adles\u00adcent gran\u00addit quand m\u00eame. C\u2019est un ange qui le sauve&nbsp;: l\u2019ange de la connais\u00adsance. Ce non-r\u00e9cu\u00adp\u00e9\u00adrable lutte sans tr\u00eave. Il s\u2019\u00e9\u00adl\u00e8ve. Il tra\u00adverse le Bat\u2019 d\u2019Af\u2019, lucide, et hur\u00adlant sa souf\u00adfrance. C\u2019est un tou\u00adbib qui le sauve, un major mili\u00adtaire. Il y a plu\u00adsieurs bons tou\u00adbibs dans l\u2019\u0153uvre de Julien Blanc. Cela doit vou\u00adloir dire quelque chose. Et parce qu\u2019il s\u2019a\u00adcharne \u00e0 \u00e9tu\u00addier, le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb est lib\u00e9\u00adr\u00e9 de l\u2019en\u00adfer bataillon\u00adnaire, stu\u00adp\u00e9\u00adfait devant la liber\u00adt\u00e9 toute neuve. Il rentre en France. Nous avons quit\u00adt\u00e9 <em>Joyeux, fais ton four\u00adbi<\/em><i>\u2026<\/i>&nbsp;pour entrer dans le <em>Temps des Hommes<\/em>. Le d\u00e9mo\u00adbi\u00adli\u00ads\u00e9 retrouve dans sa mar\u00adraine le m\u00eame dosage de sol\u00adli\u00adci\u00adtude mat\u00e9\u00adrielle et d\u2019in\u00adcom\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsion bour\u00adgeoise. Je ne sais si je me trompe, mais je crois qu\u2019obs\u00adcu\u00adr\u00e9\u00adment, il lui en veut sur\u00adtout d\u2019\u00eatre sa mar\u00adraine, d\u2019\u00eatre vivante alors que sa m\u00e8re est morte. Comme les gar\u00ad\u00e7ons d\u00e9testent par\u00adfois le second mari d\u2019une m\u00e8re veuve. La lutte entre deux fata\u00adli\u00adt\u00e9s, l\u2019ange de la connais\u00adsance et le d\u00e9mon de l\u2019in\u00adsou\u00admis\u00adsion, conti\u00adnue. Tenace, il veut pas\u00adser son bac. Il fuit encore une fois la fausse m\u00e8re. Il tra\u00advaille aux Halles, pr\u00e9\u00adpare son exa\u00admen. Il est presque heu\u00adreux. Mais il a la poisse. La poisse noire. Deux poli\u00adciers le rouent de coups et lui rap\u00adpellent qu\u2019il est inter\u00addit de s\u00e9jour. Il faut par\u00adtir. Il se rend\u2026 en Espagne. Nous sommes en 1934. Il devient pares\u00adseux, se laisse non sans remords entre\u00adte\u00adnir par la pen\u00adsion que lui fait cette \u00e9trange mar\u00adraine qu\u2019un Ber\u00adna\u00adnos e\u00fbt sans doute p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9e, alors que Blanc, aveu\u00adgl\u00e9 par de l\u00e9gi\u00adtimes res\u00adsen\u00adti\u00adments, ne peut peindre que de l\u2019ex\u00adt\u00e9\u00adrieur. Il fr\u00e9\u00adquente la F.A.I. Il ren\u00adcontre une fille, Paqui\u00adta. Et l\u2019in\u00adsur\u00adrec\u00adtion de Fran\u00adco \u00e9clate. D\u00e9ci\u00add\u00e9\u00adment, l\u2019en\u00adfer colle \u00e0 la peau. Le <em>Temps des Hommes<\/em>, c\u2019est la guerre civile, l\u2019a\u00admour de Paqui\u00adta, l\u2019a\u00admour de Fran\u00adces\u00adca, leur b\u00e9b\u00e9, la lutte entre les gou\u00adver\u00adne\u00admen\u00adtaux et les fran\u00adquistes, d\u2019Al\u00adca\u00adzar en Guer\u00adni\u00adca, dou\u00adbl\u00e9e par la lutte sourde entre les com\u00admu\u00adnistes, les mili\u00adtaires et les anar\u00adchistes. C\u2019est le d\u00e9bat de conscience des hommes qui veulent la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion sans \u00eatre sol\u00addats et qui sont encore mieux vain\u00adcus par la fata\u00adli\u00adt\u00e9 de la guerre que par les troupes de Fran\u00adco. Le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb est d\u2019ailleurs infir\u00admier. Pour\u00adtant, il tue\u00adra. Il aura du sang sur les mains. Et il le regar\u00adde\u00adra, assom\u00adm\u00e9. C\u2019est l\u2019en\u00adfer de l\u2019homme, apr\u00e8s l\u2019en\u00adfer de l\u2019en\u00adfant, et l\u2019en\u00adfer de l\u2019a\u00addo\u00adles\u00adcent. Cet homme de <em>Seule, la Vie<\/em>\u2026 c\u2019est Julien Blanc, lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Dans quelle mesure&nbsp;?<\/p>\n<p>Pour une grande part, je crois. Mais il serait le seul \u00e0 pou\u00advoir d\u00e9li\u00admi\u00adter le r\u00e9el de l\u2019i\u00adma\u00adgi\u00adnaire. En fait, il n\u2019a d\u00fb que fort peu trans\u00adpo\u00adser car trop de d\u00e9tails crient l\u2019au\u00adthen\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9. Et c\u2019est pour\u00adquoi ce livre nous attache et nous \u00e9meut. Des \u00e9clairs de luci\u00addi\u00adt\u00e9 interne z\u00e8brent l\u2019\u0153uvre&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 cra\u00adch\u00e9 un peu de ce qui a fait de moi cet \u00eatre bour\u00adr\u00e9 de com\u00adplexes, tour \u00e0 tour auda\u00adcieux et crain\u00adtif, violent et pleur\u00adni\u00adchard.<\/em>\u00bb Des pas\u00adsages d\u2019une grande beau\u00adt\u00e9 montrent le \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb du livre ten\u00adt\u00e9 par le Christ. Ah&nbsp;! si la reli\u00adgion \u00e9tait vraie&nbsp;! Comme on retrouve l\u00e0 l\u2019en\u00adfant qui volait une hos\u00adtie dans un geste d\u2019a\u00admour sacr\u00e9&nbsp;! Julien Blanc est avant tout un ani\u00admal path\u00e9\u00adtique. Dans le poste de secours o\u00f9 il place la fin de ce troi\u00adsi\u00e8me tome, des r\u00eaves le visitent. Il les confie au tou\u00adbib Pas\u00adcal. Celui-ci r\u00e9pond&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019\u00e9\u00adtu\u00addie\u00adrai cela quand Fran\u00adco sera hors de com\u00adbat, si tou\u00adte\u00adfois nous arri\u00advons \u00e0 l\u2019y mettre. Peut-\u00eatre qu\u2019une bonne psy\u00adcha\u00adna\u00adlyse\u2026\u00bb Signi\u00adfi\u00adca\u00adtif. Mais ce n\u2019est pas Julien Blanc qui en a tel\u00adle\u00adment besoin. L\u2019un des grands int\u00e9\u00adr\u00eats de son \u0153uvre est peut-\u00eatre de nous four\u00adnir les \u00e9l\u00e9\u00adments, aus\u00adsi peu sophis\u00adti\u00adqu\u00e9s que pos\u00adsible, d\u2019une psy\u00adcha\u00adna\u00adlyse de la r\u00e9volte indi\u00advi\u00adduelle. Et cela \u00e9voque brus\u00adque\u00adment la Croi\u00adsade sans croix de K\u0153st\u00adler. Quant \u00e0 Blanc, il s\u2019est d\u00e9li\u00advr\u00e9 par l\u2019art et l\u2019a\u00admi\u00adti\u00e9, les deux moyens de subli\u00adma\u00adtion don\u00adn\u00e9s \u00e0 l\u2019homme.<\/p>\n<p>Dans cette pers\u00adpec\u00adtive, on me per\u00admet\u00adtra de dire que des trois volumes, je pr\u00e9\u00adf\u00e8re le pre\u00admier. <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em> me semble atteindre de rares som\u00admets. Beau\u00adcoup de lec\u00adteurs ne par\u00adta\u00adge\u00adront pas cette opi\u00adnion, et c\u2019est tant mieux. C\u2019est avec joie que, dans <em>Le Temps des Hommes<\/em>, il m\u2019a paru que la par\u00adtie du Poste de Secours retrou\u00advait l\u2019in\u00adten\u00adsi\u00adt\u00e9 du pre\u00admier ouvrage. En tout cas, une conclu\u00adsion est assu\u00adr\u00e9e&nbsp;: Blanc est un authen\u00adtique \u00e9cri\u00advain. Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 dom\u00admage que sa figure tour\u00admen\u00adt\u00e9e n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9vo\u00adqu\u00e9e dans une revue qui s\u2019est don\u00adn\u00e9 pour des\u00adsein la d\u00e9fense de l\u2019Homme.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Armand Lanoux<\/p>\n<\/div>\n<ul class=\"modern-footnotes-list modern-footnotes-list--show-only-for-print\"><li><span>1<\/span><div>\u00c9di\u00adtions du Pr\u00e9 aux Clercs. Trois volumes&nbsp;: <em>Confu\u00adsion des Peines<\/em>, <em>Joyeux, fais ton four\u00adbis<\/em><i>\u2026<\/i>, <em>Le Temps des Hommes<\/em>\u2026<\/div><\/li><\/ul>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Julien blanc vient de publier le troi\u00adsi\u00e8me tome de Seule, la vie \u2026: Le Temps des Hommes. 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