{"id":527,"date":"2007-06-30T22:31:33","date_gmt":"2007-06-30T22:31:33","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/06\/30\/claude-le-maguet\/"},"modified":"2007-06-30T22:31:33","modified_gmt":"2007-06-30T22:31:33","slug":"claude-le-maguet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/06\/30\/claude-le-maguet\/","title":{"rendered":"Claude Le Maguet"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/527?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/527?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<h2>Claude Le Maguet<\/h2>\n<p> [[Nous devons \u00e0 la g\u00e9n\u00e9\u00adreuse ami\u00adti\u00e9 de Charles Vil\u00addrac la joie de pou\u00advoir publier ici ces pages \u00e9crites en pr\u00e9\u00adface au recueil de Claude Le Maguet, \u00ab&nbsp;Le temps par\u00addon\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb, qui doit para\u00eetre prochainement.]]<\/p>\n<p>Homme et po\u00e8te vrai, Claude Le Maguet demeure abso\u00adlu\u00adment \u00e9tran\u00adger aux modes qui marquent la pro\u00adduc\u00adtion po\u00e9\u00adtique ou pseu\u00addo-po\u00e9\u00adtique des der\u00adni\u00e8res d\u00e9cades.<\/p>\n<p>Com\u00adbien de nos cadets, apr\u00e8s avoir mon\u00adtr\u00e9 quelque fra\u00ee\u00adcheur, quelque authen\u00adti\u00adci\u00adt\u00e9, c\u00e8dent au confor\u00admisme du fatras et aux outrages du maquillage&nbsp;!<\/p>\n<p>Dans la plu\u00adpart de nos abs\u00adtrac\u00adteurs de quin\u00adtes\u00adsence et de nos d\u00e9li\u00adrants, je ne vois que des pr\u00e9\u00adcieux plus ou moins ridi\u00adcules et qui sont de tous les temps. Mon\u00adtaigne d\u00e9non\u00ad\u00e7ait d\u00e9j\u00e0 leur \u00ab&nbsp;mis\u00e9\u00adrable affec\u00adta\u00adtion d\u2019estranget\u00e9, leurs d\u00e9gui\u00adse\u00adments froids et absurdes qui, au lieu de l\u2019eslever, abattent la mati\u00e8re. Pour\u00adveu, disait-il, qu\u2019ils se gor\u00adgiassent en la nou\u00advel\u00adle\u00adt\u00e9, il ne leur chaut de l\u2019efficace&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>La \u00ab&nbsp;nou\u00advel\u00adle\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb vers quoi s\u2019efforcent tous ceux qui se veulent du der\u00adnier bateau, n\u2019est pas dans un \u00e9lar\u00adgis\u00adse\u00adment du domaine po\u00e9\u00adtique, n\u2019est pas celle du mes\u00adsage, de l\u2019inspiration, mais celle de l\u2019\u00e9criture, des pro\u00adc\u00e9\u00add\u00e9s d\u2019expression inva\u00adria\u00adble\u00adment d\u00e9tour\u00adn\u00e9e. Nou\u00adveau\u00adt\u00e9 bien rela\u00adtive, d\u2019ailleurs. Ce n\u2019est, le plus sou\u00advent, qu\u2019un regain de l\u2019aff\u00e9terie, de l\u2019enluminure ver\u00adbale sym\u00adbo\u00adliste&nbsp;; le raf\u00adfi\u00adne\u00adment dans la cha\u00adtouille sen\u00adso\u00adrielle ou c\u00e9r\u00e9\u00adbrale, la trans\u00admu\u00adta\u00adtion sys\u00adt\u00e9\u00adma\u00adtique du concret en abs\u00adtrait, et inver\u00adse\u00adment. C\u2019est encore l\u2019affirmation n\u00e9o-roman\u00adtique des pou\u00advoirs illi\u00admi\u00adt\u00e9s du po\u00e8te. Cela consiste \u00e0 \u00e9crire, par exemple&nbsp;: \u00ab&nbsp;Bleu comme une orange&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Trans\u00adpa\u00adrent comme un&nbsp;mur&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Le th\u00e8me essen\u00adtiel du po\u00e8me, s\u2019il en est un, et la valeur m\u00eame des mots dis\u00adpa\u00adraissent dans la for\u00adce\u00adrie des m\u00e9ta\u00adphores, comme dis\u00adpa\u00adra\u00eet la ligne archi\u00adtec\u00adtu\u00adrale sous les p\u00e2tis\u00adse\u00adries du style baroque.<\/p>\n<p>Le bario\u00adlage gra\u00adtuit, le m\u00e9ca\u00adnisme d\u00e9cha\u00ee\u00adn\u00e9 d\u2019une soi-disant trans\u00adpo\u00adsi\u00adtion po\u00e9\u00adtique abou\u00adtissent \u00e0 l\u2019amphigouri, \u00e0 l\u2019impersonnalit\u00e9, \u00e0 la dis\u00adpa\u00adri\u00adtion de la po\u00e9\u00adsie&nbsp;m\u00eame.<\/p>\n<p>Celle-ci a des ver\u00adtus plus dis\u00adcr\u00e8tes et une source plus pro\u00adfonde. Sa pr\u00e9\u00adsence tient sou\u00advent \u00e0 des impon\u00add\u00e9\u00adrables et il arrive qu\u2019elle nous soit impo\u00ads\u00e9e par la seule atmo\u00adsph\u00e8re du po\u00e8me, par les har\u00admo\u00adniques des mots les plus simples et sur\u00adtout par une trans\u00adpo\u00adsi\u00adtion plus musi\u00adcale que ver\u00adbale. C\u2019est le cas dans les pages dis\u00adcur\u00adsives ou nar\u00adra\u00adtives des meilleurs po\u00e8tes, de Vil\u00adlon \u00e0 Verlaine.<\/p>\n<p>Un chant aus\u00adsi sim\u00adple\u00adment \u00e9mou\u00advant, un art aus\u00adsi direct que ceux de Claude Le Maguet ne feront pas glous\u00adser nos Cathos et nos Mag\u00adde\u00adlon et si je n\u2019ai pu me d\u00e9fendre d\u2019\u00e9voquer ici une pro\u00adduc\u00adtion aber\u00adrante, c\u2019est qu\u2019elle conti\u00adnue de d\u00e9tour\u00adner le public de la Po\u00e9\u00adsie et qu\u2019il sied de lui oppo\u00adser des \u0153uvres comme celle-ci, pures de toute sophis\u00adti\u00adca\u00adtion et o\u00f9 le lec\u00adteur, aver\u00adti ou non, soit aus\u00adsi\u00adt\u00f4t sen\u00adsible \u00e0 la pr\u00e9\u00adsence humaine, au chant de l\u2019\u00e2me et se sente de plain-pied avec le po\u00e8te, \u00ab&nbsp;son sem\u00adblable, son&nbsp;fr\u00e8re&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Dans le beau po\u00e8me limi\u00adnaire du \u00ab&nbsp;Temps par\u00addon\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb, Claude Le Maguet nous pr\u00e9\u00advient d\u2019embl\u00e9e sur le sens de son&nbsp;titre&nbsp;:<\/p>\n<poesie>J\u2019accroche mon c\u0153ur \u00e0 tous les buissons,<br>\nPays de l\u2019enfance aux jours monotones<br>\n.   .   .   .   .   .   .   .   .<br>\nSans fin je m\u2019abreuve \u00e0 vos mares sombres,<br>\nTroubles sou\u00adve\u00adnirs de l\u2019adolescence.<\/poesie>\n<p>Sou\u00adve\u00adnirs d\u2019une enfance nour\u00adrie \u00ab&nbsp;de pain rare&nbsp;\u00bb, confi\u00adn\u00e9e dans un \u00e9troit logis, puis r\u00e9duite au pen\u00adsion\u00adnat des orphe\u00adlins et des indi\u00adgents. Sou\u00adve\u00adnirs d\u2019un temps cruel, mais, tout de m\u00eame, sou\u00adve\u00adnirs du Paris natal, du cher et pres\u00adti\u00adgieux pays \u00ab&nbsp;qu\u2019arrose la Seine&nbsp;\u00bb et que, d\u00e8s l\u2019\u00e2ge adulte, il a d\u00fb quit\u00adter pour se fixer \u00e0 l\u2019\u00e9tranger.<\/p>\n<p>C\u2019est pour\u00adquoi, dit-il de ses jeunes ann\u00e9es&nbsp;:&nbsp;<poesie>\nIl n\u2019est pas une heure et pas un chemin<br>\nQui ne trouve gr\u00e2ce au fond de l\u2019exil<br>\nO\u00f9 m\u2019aura conduit ma jeu\u00adnesse&nbsp;fi\u00e8re.<br>\nTout est par\u00addon\u00adn\u00e9 sous mon ciel \u00e9troit.<\/poesie><\/p>\n<p>\u00d4 face du temps qui me fut hostile,<br>\nTu viens du pays des ombres heureuses.\n<\/p><p>Aus\u00adsi bien les sou\u00adve\u00adnirs des mau\u00advais jours nous hantent plus que tous les autres&nbsp;; ils nous atteignent au plus vif de l\u2019\u00e2me et nous imposent une nos\u00adtal\u00adgie sin\u00adgu\u00adli\u00e8re, toute nour\u00adrie d\u2019apitoiement sur nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Oh&nbsp;! cet api\u00adtoie\u00adment, Le Maguet se garde bien de l\u2019ext\u00e9rioriser. C\u2019est avec un sou\u00adrire enjou\u00e9 ou \u00e0 peine amer que ce pudique force en nous la soli\u00adda\u00adri\u00adt\u00e9 du&nbsp;c\u0153ur.<\/p>\n<p>Soit qu\u2019il chante, sans le moindre \u00e9clat de voix, la com\u00adplainte du pauvre homme que fut son p\u00e8re, soit qu\u2019il s\u2019attache et nous attache \u00e0 d\u2019\u00e9mouvantes figures de ren\u00adcontre, soit qu\u2019il \u00e9voque, dans le ciel bas de sa jeu\u00adnesse, une \u00e9clair\u00adcie, un sou\u00adrire du des\u00adtin, il n\u2019adopte jamais le ton de la dolente \u00e9l\u00e9\u00adgie. Une gouaille inci\u00adsive et bien de Paris tem\u00adp\u00e8re chez lui le lamen\u00adto et il a le secret de l\u2019humour path\u00e9tique.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019encontre de maints po\u00e8tes d\u2019aujourd\u2019hui qui se sou\u00adcient aus\u00adsi peu du chant que de la com\u00adpo\u00adsi\u00adtion et, dans leur d\u00e9lire sacr\u00e9, pi\u00e9\u00adtinent outra\u00adgeu\u00adse\u00adment la syn\u00adtaxe, Claude Le Maguet honore autant le m\u00e9tier d\u2019\u00e9crivain que l\u2019art des&nbsp;vers.<\/p>\n<p>Vou\u00e9 aux formes clas\u00adsiques, il s\u2019y meut avec une aisance natu\u00adrelle. Ce n\u2019est pas \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re qu\u2019il adopte ici l\u2019alexandrin et l\u00e0 les cadences mineures, les m\u00e8tres impairs chers \u00e0 Verlaine.<\/p>\n<p>Il ne force jamais la voix et son accent, bien \u00e0 lui, accuse une fine saveur de ter\u00adroir&nbsp;: un Pari\u00adsien comme moi y recon\u00adna\u00eet l\u2019un des&nbsp;siens.<\/p>\n<p>Sur\u00adtout, dans ce po\u00e8te, on d\u00e9couvre ou retrouve un homme, sa pure\u00adt\u00e9 de c\u0153ur, sa fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, l\u2019int\u00e9grit\u00e9 de son carac\u00adt\u00e8re. Le po\u00e8te fait aimer l\u2019homme, et inver\u00adse\u00adment. Que n\u2019en est-il tou\u00adjours&nbsp;ainsi&nbsp;!<\/p>\n<p>[\/\u200bCharles Vildrac\/]<\/p>\n<h2>T\u00e9moignage d\u2019un&nbsp;jeune<\/h2>\n<p>Claude Le Maguet \u2013 qu\u2019il me par\u00addonne, j\u2019ai trente ans, je n\u2019ai pas le temps de m\u2019occuper de po\u00e9\u00adsie (on me veut un c\u0153ur sec) et si, pour\u00adtant, je la cherche (cer\u00adtains jours de vague \u00e0 l\u2019\u00e2me) g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment elle est sortie&nbsp;!<\/p>\n<p>Vos po\u00e8mes, Le Maguet, je ne les ai pas cher\u00adch\u00e9s&nbsp;; J. P. Sam\u00adson m\u2019en a don\u00adn\u00e9 quelques feuillets que j\u2019ai gar\u00add\u00e9s long\u00adtemps sur moi sans les lire. Puis je les ai lus \u00e0 mes amis, aux\u00adquels je tenais d\u00e9mon\u00adtrer que le po\u00e8te est un homme libre. Ils m\u2019ont d\u00e9mon\u00adtr\u00e9 que le po\u00e8te est un homme seul. \u2013 Mais qui ne serait po\u00e8te \u00e0 ce prix&nbsp;! Un homme seul, qui pense aux autres, cela, vous l\u2019\u00eates, Le Maguet. Mais j\u2019ai trou\u00adv\u00e9 dans vos vers davan\u00adtage&nbsp;: l\u2019exemple d\u2019une d\u00e9marche d\u00e9ga\u00adg\u00e9e d\u2019entraves (comme marche souple et droit le n\u00e8gre char\u00adg\u00e9 de fers, qui chante), et le tr\u00e8s conscient cou\u00adrage d\u2019une soli\u00adtude qui ne prend per\u00adsonne pour b\u00e9quille. \u2013 Qu\u2019elle est par\u00adlante et dis\u00adtincte la voix de l\u2019homme qui ne&nbsp;plie&nbsp;!<\/p>\n<p>[\/\u200bWalter Marti\/]<\/p>\n<h2>Un \u00e9l\u00e9giaque honn\u00eate homme<\/h2>\n<p>Il m\u2019a fal\u00adlu appro\u00adcher \u00ab&nbsp;l\u2019oncle Claude&nbsp;\u00bb pour com\u00adprendre que la po\u00e9\u00adsie est l\u2019amie de l\u2019homme et non la belle enne\u00admie qui le d\u00e9ses\u00adp\u00e8re&nbsp;; non pas une \u00e9p\u00e9e teinte de sang, non pas une cris\u00adtal\u00adli\u00adsa\u00adtion faite d\u2019\u00e9clats de miroir, non pas un her\u00adbier de feuilles mortes&nbsp;; mais la chan\u00adson d\u2019une tendre sagesse et la plus s\u00fbre des confidences.<\/p>\n<p>Un \u00e9l\u00e9\u00adgiaque hon\u00adn\u00eate homme, sans com\u00adplai\u00adsance ni vaine iro\u00adnie, a retrou\u00adv\u00e9 d\u2019instinct le ton, la langue et le rythme de l\u2019antique po\u00e9\u00adsie fran\u00ad\u00e7aise de langue d\u2019o\u00efl, source com\u00admune d\u2019o\u00f9 d\u00e9cou\u00adl\u00e8rent tant de pro\u00adfondes rivi\u00e8res. Qui ne se serait sen\u00adti \u00e9lu \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, qui ne se serait cru po\u00e8te, une fois admis dans le cercle intime&nbsp;? Les livres qu\u2019il ouvrait dans son beau gre\u00adnier pour mur\u00admu\u00adrer les vers qui sup\u00adportent le mur\u00admure \u00e9taient, \u00e0 eux seuls, une patrie, la&nbsp;vraie\u2026<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019\u00c9cole du Soir&nbsp;\u00bb, c\u2019est ain\u00adsi que j\u2019avais nom\u00adm\u00e9 ce lieu de ren\u00adcontre avec Rute\u00adbeuf, Sc\u00e8ve, le Th\u00e9o\u00adphile, Favart, Val\u00admore, Ver\u00adlaine \u2013 Val\u00admore sur\u00adtout&nbsp;; tous ces musi\u00adciens du soir \u00e9taient nos fami\u00adliers que j\u2019imitais sans effort et presque sans le savoir pour le plai\u00adsir de don\u00adner la r\u00e9plique en \u00e9cho \u00e0 Le Maguet&nbsp;; en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, je n\u2019imitais que lui, et ces pages d\u2019\u00e9colier, aujourd\u2019hui pou\u00addreuses, aban\u00addon\u00adn\u00e9es, ont eu leur des\u00adtin, puisqu\u2019il les a lues d\u2019une voix&nbsp;amie.<\/p>\n<p>Comme il savait tout admi\u00adrer et cepen\u00addant pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrer \u00e0 tout le meilleur de tout&nbsp;: cette po\u00e9\u00adsie qui laisse une plus fine et plus pro\u00adfonde empreinte<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Car elle fait plus de musique que de bruit&nbsp;\u00bb gr\u00e2ce aux divines syl\u00adlabes demi-muettes qui \u00e9clair\u00adcissent d\u2019un espace incon\u00adnu des vers pleins de neige&nbsp;:\n<poesie>Les mouches noires nous ont&nbsp;point,<br>\nOres nous poin\u00adde\u00adront les blanches.<\/poesie>\n<\/p><p>[\/\u200bAndr\u00e9 Prudhommeaux\/]<\/p>\n<h2>D\u2019une solitude fraternelle<\/h2>\n<p>Sauf, ne disons pas des id\u00e9es \u2013 sur le plan humain elles peuvent comp\u00adter si peu \u2013 mais bien quelques choix majeurs, dont celui m\u00eame du long exil qui nous aura \u00e9t\u00e9 com\u00admun, \u2013 sauf cela, donc, qui est immense, certes, mais enfin o\u00f9 l\u2019homme, h\u00e9las et tant mieux, n\u2019entre pas tout entier, tant de choses, \u00e0 pre\u00admi\u00e8re vue, eussent d\u00fb nous s\u00e9parer.<\/p>\n<p>Et tout, jusqu\u2019\u00e0 nos dif\u00adf\u00e9\u00adrences, d\u00e8s le pre\u00admier ins\u00adtant nous&nbsp;unit.<\/p>\n<p>Long\u00adtemps sans doute Claude Le Maguet et moi avons-nous d\u00fb croire que cette conni\u00advence dans le dia\u00adlogue ou le rire, dans l\u2019\u00e9motion vite cach\u00e9e \u00e0 l\u2019abri d\u2019un jeu de mots, dans l\u2019\u00e9clat, aus\u00adsi, \u2013 ah&nbsp;! le plai\u00adsir de s\u2019empoigner pour d\u00e9fendre une cause, f\u00fbt-elle la m\u00eame \u2013 des alga\u00adrades&nbsp;; oui, long\u00adtemps avons-nous d\u00fb croire que ce concours, que cette conni\u00advence, comme je disais, nous la devions \u00e0 la joie jamais \u00e9teinte de retrou\u00adver cha\u00adcun, dans l\u2019autre, l\u2019air et la chan\u00adson de notre Paris. De notre Paris d\u2019autant plus pr\u00e9\u00adsent d\u2019\u00eatre si loin, et d\u2019autant plus fami\u00adlier et comme inv\u00e9\u00adt\u00e9\u00adr\u00e9 \u00e0 nous-m\u00eames que tout, autour de nous, jamais, en somme, ne ces\u00adsa de nous \u00eatre d\u00e9paysement.<\/p>\n<p>Ain\u00adsi, au moins un temps, me serais-je peut-\u00eatre expli\u00adqu\u00e9 \u2013 si je m\u2019\u00e9tais inter\u00adro\u00adg\u00e9 l\u00e0-des\u00adsus, mais s\u2019interroge-t-on sur ce qui vous est oxy\u00adg\u00e8ne&nbsp;? \u2013 l\u2019accord jusque dans les d\u00e9sac\u00adcords entre nous, et comme la com\u00admune cadence de nos pas sur le long che\u00admin des&nbsp;jours.<\/p>\n<p>Mais quoi, si pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment qu\u2019on l\u2019aime, qu\u2019on la porte en soi, une ville \u2013 et quelle ville&nbsp;! \u2013 suf\u00adfi\u00adrait-elle \u00e0 rendre compte de ce genre d\u2019entente-l\u00e0, le meilleur&nbsp;: \u00e0 demi-mot&nbsp;?<\/p>\n<p>Je le r\u00e9p\u00e8te, je ne me posais pas la question.<\/p>\n<p>Mais aujourd\u2019hui que le nombre, trop incon\u00adtes\u00adtable, des ann\u00e9es nous aver\u00adtit que nous pou\u00advons l\u2019un et l\u2019autre regar\u00adder loin en arri\u00e8re&nbsp;; aujourd\u2019hui que l\u2019\u0153uvre de Le Maguet, tr\u00e8s par\u00adtiel\u00adle\u00adment ici m\u00eame, et, bien\u00adt\u00f4t plus lon\u00adgue\u00adment dans un livre, va enfin \u00eatre lue, il n\u2019y a plus rien d\u2019impie \u00e0 vou\u00adloir com\u00adprendre&nbsp;; au contraire. C\u2019est beau\u00adcoup, un ter\u00adroir. Ce n\u2019est pas&nbsp;tout.<\/p>\n<p>Certes, le g\u00e9nie du c\u0153ur de Le Maguet, et sa lucide vision du monde, tels que ses vers aus\u00adsi nous les font devi\u00adner, tou\u00adjours, d\u00e8s avant m\u00eame d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 tant de beaux textes que sa modes\u00adtie gar\u00addait secrets, j\u2019en ai su en lui la pr\u00e9\u00adsence. Et si, r\u00e9tros\u00adpec\u00adti\u00adve\u00adment, je songe aux longues ann\u00e9es que j\u2019ai, par exemple, \u00ab&nbsp;v\u00e9cues en Silone&nbsp;\u00bb, je soup\u00ad\u00e7onne que quelque chose en moi, en d\u00e9pit de l\u2019assez exces\u00adsive c\u00e9r\u00e9\u00adbra\u00adli\u00adt\u00e9 qui ne fut que trop sou\u00advent mon lot, me pr\u00e9\u00addes\u00adti\u00adnait \u00e0 entendre la simple et grave le\u00e7on de l\u2019homme, du po\u00e8te du \u00ab&nbsp;Temps pardonn\u00e9&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Je dis bien le\u00e7on. Com\u00adbien Charles Vil\u00addrac a rai\u00adson, par\u00adlant des po\u00e8mes de Le Maguet, d\u2019en oppo\u00adser la d\u00e9cence de d\u00e9marche, la fra\u00adter\u00adnelle huma\u00adni\u00adt\u00e9 aux fabri\u00adca\u00adtions de la&nbsp;mode&nbsp;!<\/p>\n<p>Mais je sais aus\u00adsi la joie que peuvent dis\u00adpen\u00adser \u00e0 Le Maguet et la lec\u00adture de quelque Renais\u00adsant consom\u00adm\u00e9 en toutes ruses ou de tels po\u00e8tes \u00ab&nbsp;gro\u00adtesques&nbsp;\u00bb du XVII<sup>e<\/sup>, et ces grandes archi\u00adtec\u00adtures, j\u2019en demande par\u00addon au po\u00e8te du \u00ab&nbsp;Livre d\u2019amour&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;baroques&nbsp;\u00bb que sont telles sc\u00e8nes de Cor\u00adneille ou du \u00ab&nbsp;Sou\u00adlier de&nbsp;satin&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Car il ne faut point que l\u2019on s\u2019y trompe.<\/p>\n<p>Quel cri\u00adtique, ren\u00addant compte d\u2019une pi\u00e8ce fameuse de cette sai\u00adson et y rele\u00advant cette r\u00e9plique&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cela est vul\u00adgaire, b\u00eate, peuple&nbsp;\u00bb, \u00e9cri\u00advait donc r\u00e9cem\u00adment&nbsp;: \u00ab&nbsp;La pi\u00e8ce n\u2019est ni b\u00eate ni peuple, elle est vulgaire&nbsp;\u00bb&nbsp;?<\/p>\n<p>L\u2019essence de la po\u00e9\u00adsie de Le Maguet est, pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment, popu\u00adlaire, parce qu\u2019elle est \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 m\u00eame de la vul\u00adga\u00adri\u00adt\u00e9, de la sot\u00adtise. \u2013 Ce n\u2019est m\u00eame pas ce qu\u2019on appelle de la po\u00e9\u00adsie popu\u00adliste&nbsp;: c\u2019est de la po\u00e9\u00adsie tout&nbsp;court.<\/p>\n<p>La reli\u00adsant, je crois que je com\u00admence \u00e0 com\u00adprendre, par son miracle, le miracle d\u2019amiti\u00e9 que, pour la mieux p\u00e9n\u00e9\u00adtrer, j\u2019interroge ici.<\/p>\n<p>Le lec\u00adteur de Le Maguet, assu\u00adr\u00e9\u00adment, sent que ce po\u00e8te-l\u00e0 est son fr\u00e8re. Mais \u2013 tout \u00e0 fait \u2013 son sem\u00adblable&nbsp;? Qu\u2019on relise la chan\u00adson qui s\u2019intitule \u00ab&nbsp;Royaumes du vent&nbsp;\u00bb et que l\u2019on en m\u00e9dite le finale, sp\u00e9\u00adcia\u00adle\u00adment la der\u00adni\u00e8re&nbsp;ligne&nbsp;:<\/p>\n<poesie>Dans le vent pleu\u00adrant mis\u00e8re<br>\nChante un roi de pauvret\u00e9.<\/poesie>\n<p>Et si le mot de Bau\u00adde\u00adlaire n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas, \u00f4 lec\u00adteur, plus vrai encore, inver\u00ads\u00e9&nbsp;: le po\u00e8te ton fr\u00e8re, ton \u00ab&nbsp;dis\u00adsem\u00adblable&nbsp;\u00bb&nbsp;? \u00c0 mieux y son\u00adger, on en vient \u00e0 se dire que, de nos h\u00e9r\u00e9\u00addi\u00adt\u00e9s chr\u00e9\u00adtiennes, nous avons tous un peu trop gar\u00add\u00e9 le sen\u00adti\u00adment que la fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 est effa\u00adce\u00adment des dif\u00adf\u00e9\u00adrences, ce qui la ren\u00addrait presque dan\u00adge\u00adreuse pour l\u2019esprit de liber\u00adt\u00e9, ce fomen\u00adta\u00adteur d\u2019individuation. Mais n\u2019existe-t-il pas, sur\u00adtout pour le po\u00e8te, une fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 dans la soli\u00adtude&nbsp;? \u2013 qui d\u00e8s lors, entre deux esprits vivant l\u2019un et l\u2019autre, f\u00fbt-ce m\u00eame aus\u00adsi in\u00e9ga\u00adle\u00adment que l\u2019on vou\u00addra, \u00ab&nbsp;en po\u00e9\u00adsie&nbsp;\u00bb, pour\u00adra de sur\u00adcro\u00eet deve\u00adnir fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9 de soli\u00adtude, de par le paral\u00adl\u00e9\u00adlisme de l\u2019esp\u00e8ce de \u00ab&nbsp;com\u00admu\u00adnion, en apar\u00adt\u00e9 dans le monde, au monde,\u00bb que, tout ind\u00e9\u00adpen\u00addam\u00adment du plus ou moins de r\u00e9com\u00adpense des mots et d\u2019une \u0153uvre, leur fait \u00e0 cha\u00adcun, gr\u00e2ce et dis\u00adgr\u00e2ce, pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment cette vie-l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n<p>Je relis de Le Maguet l\u2019admirable po\u00e8me \u00ab&nbsp;Un prince&nbsp;\u00bb [[Publi\u00e9, avec un tr\u00e8s heu\u00adreux choix d\u2019autres textes de Le Maguet, dans \u00ab&nbsp;La Revue de Suisse&nbsp;\u00bb, n\u00b0 8, mai 1952.]], d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Vil\u00addrac, et dont, \u00e9vo\u00adquant tel gueux \u00ab&nbsp;au front mar\u00adqu\u00e9 de royau\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb (encore ce mot), les vers, par leur force et la rigueur ser\u00adr\u00e9e de leur trame, tou\u00adjours me font pen\u00adser \u00e0 ceux dont Bau\u00adde\u00adlaire a com\u00adpo\u00ads\u00e9 \u00ab&nbsp;Les petites vieilles&nbsp;\u00bb. Or, de ce prince-l\u00e0, dont il nous est dit qu\u2019\u00abil se tenait seul&nbsp;\u00bb pour, ajoute le po\u00e8me, \u00ab&nbsp;mieux res\u00adter \u00e0 ses ombres fid\u00e8le&nbsp;\u00bb, Le Maguet, notre fr\u00e8re dis\u00adsem\u00adblable par sa prin\u00adci\u00adpau\u00adt\u00e9 en r\u00eave et en po\u00e9\u00adsie, trace en ces termes l\u2019\u00e9pitaphe&nbsp;:<\/p>\n<poesie>Une herbe unique o\u00f9 l\u2019herbe surabonde<br>\nFit de tous temps la gloire de nos&nbsp;pr\u00e9s.<\/poesie>\n<p>[\/\u200bJean Paul Samson\/]<\/p>\n<h2>Claude Le Maguet ou le temps pour&nbsp;soi<\/h2>\n<p>Peu d\u2019\u0153uvres consentent \u00e0 m\u00fbrir, savent \u00ab&nbsp;prendre le temps&nbsp;\u00bb, l\u2019ajouter \u00e0 leur bagage ou se l\u2019incorporer. Ce sont pour\u00adtant, sinon tou\u00adjours les plus repr\u00e9\u00adsen\u00adta\u00adtives, du moins les plus mys\u00adt\u00e9\u00adrieuses&nbsp;: celles dont le secret tour \u00e0 tour se d\u00e9robe et s\u2019avoue (l\u2019art du secret est tout entier dans cette alter\u00adnance jalouse) et qui portent en elles leur com\u00adplexi\u00adt\u00e9 alli\u00e9e \u00e0 la sub\u00adstance intime du temps. \u00c0 la v\u00e9ri\u00adt\u00e9, ces \u0153uvres-l\u00e0 risquent fort de durer\u2026 Les po\u00e8tes d\u2019aujourd\u2019hui, parce qu\u2019ils sont gent pres\u00ads\u00e9e, lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adle\u00adment \u00ab&nbsp;n\u2019ont pas le temps&nbsp;\u00bb. Leur m\u00e9moire est courte, leur sou\u00adci de sin\u00adgu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9 d\u2019autant plus vif. La tra\u00addi\u00adtion, qui les g\u00eane peu, ne les sou\u00adtient pas davan\u00adtage. Ils sont libres, si l\u2019on veut, mais que dire d\u2019une liber\u00adt\u00e9 cou\u00adp\u00e9e des racines pro\u00adfondes du pas\u00ads\u00e9, ampu\u00adt\u00e9e ain\u00adsi de son res\u00adsort et de sa dyna\u00admique essen\u00adtielle&nbsp;? Est-elle encore capable de sub\u00adver\u00adsion v\u00e9ri\u00adtable&nbsp;? Si vous ne vous conce\u00advez plus reli\u00e9 a ce qui \u2013 m\u0153urs, culture, lan\u00adgage \u2013 informe la struc\u00adture m\u00eame de l\u2019expression po\u00e9\u00adtique, votre r\u00e9volte n\u2019embouche rien et d\u00e9bouche dans le vide. Pas de deve\u00adnir sans ant\u00e9\u00adrio\u00adri\u00adt\u00e9. Notre ten\u00adta\u00adtion majeure, c\u2019est celle de la dis\u00adcon\u00adti\u00adnui\u00adt\u00e9, de l\u2019informul\u00e9 et du chaos, et nous ne la sur\u00admon\u00adte\u00adrons point que nous n\u2019ayons retrou\u00adv\u00e9, avec le sens effi\u00adcace de l\u2019Origine, la connais\u00adsance intui\u00adtive ou p\u00e9ni\u00adble\u00adment r\u00e9ap\u00adprise des ensembles par\u00adfois indis\u00adtincts que sont la m\u00e9moire (f\u00fbt-elle oublieuse), la m\u00e9mo\u00adrable et son poids d\u2019actes rev\u00e9\u00adcus, le flux contrac\u00adtile de la dur\u00e9e et la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 pal\u00adpable du&nbsp;temps.<\/p>\n<p>Ce sont l\u00e0, me dira-t-on, consi\u00add\u00e9\u00adra\u00adtions bien g\u00e9n\u00e9\u00adrales (et sim\u00adpli\u00adfi\u00adca\u00adtrices) au seuil d\u2019un hom\u00admage. Sans doute, mais je ne les crois pas tout \u00e0 fait hors de pro\u00adpos. Claude Le Maguet est du petit nombre de ceux qui ont su \u0153uvrer \u00e0 m\u00eame le temps \u2013 et le titre de l\u2019ouvrage que nous nous plai\u00adsons \u00e0 saluer ici par anti\u00adci\u00adpa\u00adtion l\u2019indique d\u00e9j\u00e0 excel\u00adlem\u00adment. \u00ab&nbsp;Le Temps par\u00addon\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb s\u2019inscrit dans le cours char\u00adnel d\u2019une vie dont les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments ne se dis\u00adtinguent point de l\u2019entreprise po\u00e9\u00adtique con\u00e7ue comme une insen\u00adsible trans\u00admu\u00adta\u00adtion du r\u00e9el quo\u00adti\u00addien en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 signi\u00adfiante, je dis bien \u00ab&nbsp;en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 signi\u00adfiante&nbsp;\u00bb, et non pas en lyrisme concer\u00adt\u00e9, sou\u00adcieux que je suis de sou\u00adli\u00adgner par l\u00e0 l\u2019humilit\u00e9 sin\u00adgu\u00adli\u00e8re d\u2019un po\u00e8te qui n\u2019a jamais pr\u00e9\u00adten\u00addu mobi\u00adli\u00adser la po\u00e9\u00adsie \u00e0 son seul pro\u00adfit. Au contraire, il l\u2019a asso\u00adci\u00e9e de si pr\u00e8s \u2013 avec tant de pudeur et de tels scru\u00adpules \u2013 aux \u00e9tapes de sa crois\u00adsance int\u00e9\u00adrieure, qu\u2019il r\u00e9sulte de cette longue patience, et de sa double appli\u00adca\u00adtion au r\u00e9el po\u00e9\u00adtique et \u00e0 l\u2019humain, le livre le plus \u00e9mou\u00advant qui soit, l\u2019un des rares qui fussent capables de nous r\u00e9con\u00adci\u00adlier avec la po\u00e9\u00adsie s\u2019il se trou\u00advait que celle-ci p\u00fbt jamais nous trahir.<\/p>\n<p>L\u2019Abbaye est, \u00e0 coup s\u00fbr, le mou\u00adve\u00adment auquel on peut le plus vala\u00adble\u00adment rat\u00adta\u00adcher Claude Le Maguet, \u00e0 condi\u00adtion de ne point par\u00adler ici d\u2019influence d\u00e9ter\u00admi\u00adnante, mais du seul jeu des affi\u00adni\u00adt\u00e9s \u00e9lec\u00adtives. Un indi\u00advi\u00addua\u00adlisme inn\u00e9, qui a \u00e9vo\u00adlu\u00e9 de cer\u00adtains pr\u00e9\u00adceptes liber\u00adtaires \u00e0 une ombra\u00adgeuse \u00e9thique de la liber\u00adt\u00e9 (d\u2019autant plus irri\u00adtable qu\u2019elle est plus mena\u00adc\u00e9e alen\u00adtour), a tenu Le Maguet \u00e0 l\u2019\u00e9cart de tout una\u00adni\u00admisme et de tout entra\u00ee\u00adne\u00adment col\u00adlec\u00adtif irrai\u00adson\u00adn\u00e9. D\u2019o\u00f9 le ton curieu\u00adse\u00adment altier par\u00adfois de ces po\u00e8mes, alors m\u00eame que la meilleure veine popu\u00adlaire ne cesse d\u2019affleurer, \u00e9vo\u00adquant ici l\u2019enfance d\u00e9lais\u00ads\u00e9e, l\u00e0 le joug des ser\u00advi\u00adtudes ouvri\u00e8res, ailleurs l\u2019exil ou la pau\u00advre\u00adt\u00e9. L\u2019une des figures qui hantent le po\u00e8te, comme une sorte de per\u00adson\u00adni\u00adfi\u00adca\u00adtion insen\u00ads\u00e9e ou mira\u00adcu\u00adleuse du Labeur capable de rayon\u00adner en joie cr\u00e9a\u00adtrice, c\u2019est celle par exemple, que grave de son burin la pi\u00e8ce inti\u00adtu\u00adl\u00e9e \u00ab&nbsp;Un prince&nbsp;\u00bb&nbsp;:&nbsp;<poesie>\nJ\u2019\u00e9tais ins\u00adtruit par la voix des oracles<br>\nDu signe vrai de toute majest\u00e9.<br>\nOr, se trou\u00advait \u00e0 la Cour des Miracles<br>\nUn homme au front mar\u00adqu\u00e9 de royaut\u00e9\u2026<\/poesie><\/p>\n<p>Il remon\u00adtait le ton de sa tristesse,<br>\nChaque matin, d\u2019un canon de vin&nbsp;noir,<br>\nEt, rele\u00advant la t\u00eate avec noblesse,<br>\nRegar\u00addait loin o\u00f9 tu ne pou\u00advais&nbsp;voir.\n<\/p><p>C\u2019est l\u2019image du \u00ab&nbsp;com\u00adpa\u00adgnon&nbsp;\u00bb, beau nom fra\u00adter\u00adnel par quoi Le Maguet rejoint avec nos\u00adtal\u00adgie quelques purs lyriques moyen\u00ad\u00e2geux, et qui lui per\u00admet de r\u00e9soudre po\u00e9\u00adti\u00adque\u00adment la dif\u00adfi\u00adcile \u00e9qua\u00adtion \u2013 dans le temps o\u00f9 nous sommes \u2013 du tra\u00advail et de la digni\u00adt\u00e9 humaine. Ne deman\u00addons pas \u00e0 ce po\u00e8te si p\u00e9n\u00e9\u00adtr\u00e9 de conscience arti\u00adsa\u00adnale, si natu\u00adrel\u00adle\u00adment clas\u00adsique dans sa forme, si \u00e9mu de com\u00adpas\u00adsion dans son chant, des accents r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires que le des\u00adsein m\u00eame de son \u0153uvre et le sens aver\u00adti des tra\u00addi\u00adtions tou\u00adjours bien vivantes excluaient. Si le sym\u00adbo\u00adlisme ne l\u2019a que peu tou\u00adch\u00e9, et s\u2019il a igno\u00adr\u00e9 volon\u00adtiers le sur\u00adr\u00e9a\u00adlisme, on ne sau\u00adrait taxer de lacune ce qui ne cor\u00adres\u00adpon\u00addait pas \u00e0 sa d\u00e9marche par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re, \u00e0 sa recherche intime. Et pour ce qui est de la r\u00e9volte cla\u00adm\u00e9e, il me suf\u00adfit qu\u2019elle ait trou\u00adv\u00e9 ici, \u00e0 l\u2019inverse de ce qui est faconde pure ou exer\u00adcice de rh\u00e9\u00adto\u00adrique, des mots qui ne sau\u00adraient trom\u00adper sur la qua\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019une \u00e2me et sa puis\u00adsance secr\u00e8te de d\u00e9saveu&nbsp;:&nbsp;<poesie>\nEt j\u2019ai vu le prodige<br>\nD\u2019un \u00e9trange d\u00e9dain<br>\nQui d\u00e9robe au prestige<br>\nL\u2019homme et le d\u00e9soblige<br>\nPour l\u2019\u0153uvre de ses&nbsp;mains.<br>\n\u00ab&nbsp;Don\u00adnez-nous notre&nbsp;pain&nbsp;!\u00bb<\/poesie>\n<\/p><p>Ain\u00adsi offerts, avec la sobre \u00e9lo\u00adquence de la chose \u00e9prou\u00adv\u00e9e, de l\u2019art authen\u00adtique et du bien dire, les fruits de la col\u00e8re se d\u00e9versent en r\u00e9colte de po\u00e9\u00adsie, et le che\u00admi\u00adne\u00adment de l\u2019esp\u00e9rance est d\u00e8s lors l\u00e9gi\u00adtime&nbsp;:\n<poesie>Car la grande merveille,<br>\nAh&nbsp;! c\u2019est bien de revoir<br>\nL\u2019aube \u00e0 l\u2019aube pareille<br>\nEt sa fra\u00eeche corbeille<br>\nToute pleine d\u2019espoir<br>\nQu\u2019on vide jusqu\u2019au soir.&nbsp;<\/poesie>\n[\/\u200bGilbert Trolliet\/]<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Claude Le Maguet [[Nous devons \u00e0 la g\u00e9n\u00e9\u00adreuse ami\u00adti\u00e9 de Charles Vil\u00addrac la joie de pou\u00advoir publier ici ces pages \u00e9crites en pr\u00e9\u00adface au recueil de Claude Le Maguet, \u00ab&nbsp;Le temps par\u00addon\u00adn\u00e9&nbsp;\u00bb, qui doit para\u00eetre pro\u00adchai\u00adne\u00adment.]] Homme et po\u00e8te vrai, Claude Le Maguet demeure abso\u00adlu\u00adment \u00e9tran\u00adger aux modes qui marquent la pro\u00adduc\u00adtion po\u00e9\u00adtique ou pseudo-po\u00e9tique&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[67],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-527","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n3-4-automne-hiver-1953-1954"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/527","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=527"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/527\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=527"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=527"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=527"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=527"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}