{"id":557,"date":"2007-07-05T14:14:22","date_gmt":"2007-07-05T14:14:22","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/07\/05\/la-lettre\/"},"modified":"2007-07-05T14:14:22","modified_gmt":"2007-07-05T14:14:22","slug":"la-lettre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/07\/05\/la-lettre\/","title":{"rendered":"La lettre"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<p>[(<\/p>\n<p>Nous don\u00adnons sous ce titre un second frag\u00adment de notre tra\u00adduc\u00adtion du roman d\u2019Arrigo Bene\u00addet\u00adti, \u00ab&nbsp;Femmes fan\u00adtasques&nbsp;\u00bb, <a href=\"341\">dont on a d\u00e9j\u00e0 pu lire, dans notre n<sup>o<\/sup>&nbsp;2<\/a>, quelques pages. Alors que ces der\u00adni\u00e8res retra\u00ad\u00e7aient une par\u00adtie de la confes\u00adsion \u00e0 demi-mot faite cer\u00adtaine nuit \u00e0 une amie par la jeune Maria Giu\u00adlia de l\u2019aventure tout ensemble banale et exal\u00adtante qu\u2019elle a v\u00e9cue \u00e0 la ville, nous retrou\u00advons ici l\u2019h\u00e9ro\u00efne du livre alors qu\u2019elle entre\u00adprend d\u2019obtenir enfin d\u2019elle-m\u00eame d\u2019\u00e9crire \u00e0 l\u2019homme qui l\u2019a s\u00e9duite, et qui, depuis qu\u2019elle est reve\u00adnue \u00e0 la cam\u00adpagne sous le toit pater\u00adnel, ne lui don\u00adna plus jamais signe de&nbsp;vie.)]<\/p>\n<p>Maria Giu\u00adlia dit \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je ne met\u00adtrai pas une robe faite de cette \u00e9toffe.&nbsp;\u00bb En proie \u00e0 une sou\u00addaine exal\u00adta\u00adtion, elle frois\u00adsait ner\u00adveu\u00adse\u00adment un mor\u00adceau de tis\u00adsu vert \u00e0 raies rouges. \u00ab&nbsp;Moi, M<sup>lle<\/sup>&nbsp;Maria Giu\u00adlia, fit la cou\u00adtu\u00adri\u00e8re, je veux aller au devant de vos go\u00fbts simples.&nbsp;\u00bb Mais Maria Giu\u00adlia sor\u00adtit, gra\u00advit h\u00e2ti\u00adve\u00adment l\u2019escalier, entra dans sa chambre, s\u2019assit devant son petit bureau et, ayant pris une feuille de papier \u00e0 lettre, se mit \u00e0 \u00e9crire.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Cher Tito, si je vous \u00e9cris, ce n\u2019est pas pour reve\u00adnir sur des sen\u00adti\u00adments qui, \u00e0 pr\u00e9\u00adsent, ne comptent plus ni pour vous ni pour moi. J\u2019ai renon\u00adc\u00e9 \u00e0 bien des choses, et suis heu\u00adreuse de l\u2019avoir pu faire. On n\u2019est pas seule\u00adment vieux par l\u2019\u00e2ge. Il est des \u00eatres qui, lorsque leur jeu\u00adnesse ne fait encore que com\u00admen\u00adcer, d\u00e8s l\u2019instant, dirais-je, qu\u2019ils sortent de l\u2019enfance, se r\u00e9v\u00e8lent inca\u00adpables de la moindre illu\u00adsion. Mais n\u2019allez pas, \u00e0 cause de ce que je viens de dire, ima\u00adgi\u00adner que je m\u00e8ne une vie triste et d\u00e9rai\u00adson\u00adnable, n\u2019attendant plus autre chose que de deve\u00adnir vieille et de mou\u00adrir. Je ne suis pas triste et trouve m\u00eame un r\u00e9con\u00adfort \u00e0 savoir ce que ma vie sera d\u00e9sor\u00admais. Je pour\u00adrais, je crois, d\u00e9crire de quelle fa\u00e7on je pas\u00adse\u00adrai ma vie dans les ann\u00e9es \u00e0 venir, et peut-\u00eatre ne me trom\u00adpe\u00adrais-je que dans quelques d\u00e9tails. Il n\u2019est pas impos\u00adsible qu\u2019un jour je reste seule au monde, le sort pou\u00advant demain \u00e9loi\u00adgner les \u00eatres avec qui je vis&nbsp;; mais s\u2019il doit en \u00eatre ain\u00adsi (et il pour\u00adrait aus\u00adsi en \u00eatre autre\u00adment, encore que je ne veuille point me le sou\u00adhai\u00adter, crai\u00adgnant, si j\u2019exprimais pareil v\u0153u, que vous ne me croyiez pas), je n\u2019en res\u00adte\u00adrais pas moins seule que je ne le suis \u00e0 pr\u00e9\u00adsent. Il ne faut pas croire, \u00e0 cause de cela, que je n\u2019aime ni mon p\u00e8re ni ma m\u00e8re&nbsp;; bien plus, sachez-le, ce sont les deux seuls \u00eatres \u00e0 qui j\u2019aie jamais \u00e9t\u00e9 vrai\u00adment li\u00e9e d\u2019affection.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Arri\u00adv\u00e9e \u00e0 ces mots, Maria Giu\u00adlia, ces\u00adsant d\u2019\u00e9crire, demeu\u00adra ind\u00e9\u00adcise. Si la der\u00adni\u00e8re phrase avait \u00e9t\u00e9 r\u00e9di\u00adg\u00e9e comme par divi\u00adna\u00adtion des sen\u00adti\u00adments que les pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addentes pou\u00advaient \u00e9veiller chez un pos\u00adsible lec\u00adteur, cette phrase-ci, \u00e0 son tour, exi\u00adgeait une nou\u00advelle cor\u00adrec\u00adtion. Consti\u00adtuant une d\u00e9cla\u00adra\u00adtion d\u2019affection envers les parents faite \u00e0 un \u00eatre qui pou\u00advait se croire le d\u00e9po\u00adsi\u00adtaire de tout sen\u00adti\u00adment pro\u00adfond, elle parut \u00e0 Maria Giu\u00adlia plus empha\u00adtique qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9. Tout le temps que l\u2019occup\u00e8rent ces pen\u00ads\u00e9es, la jeune fille res\u00adta la plume en sus\u00adpens au-des\u00adsus du papier, puis, l\u2019abaissant, elle fit en sorte qu\u2019un r\u00e9seau de traits com\u00adpli\u00adqu\u00e9s ren\u00add\u00eet illi\u00adsibles les der\u00adnier mots. Mais jugeant aus\u00adsi\u00adt\u00f4t que toutes ces ratures avaient g\u00e2t\u00e9 sa lettre, elle se leva et cou\u00adrut \u00e0 la recherche d\u2019un canif, dans l\u2019intention de grat\u00adter l\u2019encre encore fra\u00eeche. \u00c0 tout autre moment, Maria Giu\u00adlia e\u00fbt d\u00e9chi\u00adr\u00e9 la feuille et recom\u00admen\u00adc\u00e9 sa lettre&nbsp;; mais, cette fois-ci, une \u00e9trange pudeur lui \u00f4tait jusqu\u2019\u00e0 l\u2019envie de relire les phrases d\u00e9j\u00e0 \u00e9crites.<\/p>\n<p>Un canif&nbsp;! Elle alla fouiller dans une bo\u00eete pla\u00adc\u00e9e sur sa com\u00admode, mais ne trou\u00advant pas ce qu\u2019elle cher\u00adchait, sor\u00adtit de sa chambre et pas\u00adsa dans un petit salon adja\u00adcent o\u00f9, pen\u00addant un cer\u00adtain temps, selon un arran\u00adge\u00adment com\u00adbi\u00adn\u00e9 par son p\u00e8re, la ma\u00ee\u00adtresse de mai\u00adson avait \u00e9t\u00e9 cen\u00ads\u00e9e devoir pas\u00adser une grande par\u00adtie de ses jour\u00adn\u00e9es \u00e0 bro\u00adder et \u00e0 rece\u00advoir les dames des vil\u00adlas du voi\u00adsi\u00adnage. (Et Maria Giu\u00adlia se sou\u00adve\u00adnait d\u2019avoir vu sur ces petits divans instables M<sup>me<\/sup>&nbsp;Enri\u00adca, d\u2019une cor\u00addia\u00adli\u00adt\u00e9 tou\u00adjours assez rete\u00adnue pour pr\u00e9\u00adve\u00adnir tout \u00e9pan\u00adche\u00adment, assise en face de sa m\u00e8re, elle-m\u00eame avare du moindre signe d\u2019amabilit\u00e9, au point d\u2019en para\u00eetre habi\u00adt\u00e9e par une incom\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsible ran\u00adc\u0153ur.) Elle fouilla dans une petite armoire, mais sans r\u00e9sul\u00adtat. Elle ne s\u2019en attar\u00adda pas moins dans la pi\u00e8ce, qui ne sem\u00adblait pas faire par\u00adtie de la mai\u00adson. Elle ouvrit un volet, lais\u00adsant entrer un peu de jour, consi\u00add\u00e9\u00adra les meubles d\u2019un maigre style flo\u00adral, regar\u00adda la tapis\u00adse\u00adrie&nbsp;; alors, elle d\u00e9ci\u00adda de faire \u00e0 son p\u00e8re une pro\u00adpo\u00adsi\u00adtion&nbsp;: que cette pi\u00e8ce lui f\u00fbt conc\u00e9\u00add\u00e9e. Elle-m\u00eame la trans\u00adfor\u00adme\u00adrait en un modeste stu\u00addio&nbsp;: une table, une biblio\u00adth\u00e8que, une chaise. Mais bien\u00adt\u00f4t elle revint \u00e0 la pen\u00ads\u00e9e de ce canif qu\u2019il lui fal\u00adlait abso\u00adlu\u00adment, vu qu\u2019elle ne vou\u00adlait ni r\u00e9crire sa lettre ni l\u2019exp\u00e9dier avec cette hor\u00adrible rature.<\/p>\n<p>Sor\u00adtie du petit salon, Maria Giu\u00adlia se ren\u00addit dans la chambre de sa m\u00e8re, mais aus\u00adsi inuti\u00adle\u00adment. C\u2019\u00e9tait une vaste pi\u00e8ce que son lourd mobi\u00adlier matri\u00admo\u00adnial n\u2019arrivait pas \u00e0 rem\u00adplir. On n\u2019e\u00fbt point dit la chambre d\u2019une dame, mais plu\u00adt\u00f4t d\u2019une femme de charge. Les meubles \u00e9taient luxueux et riches, mais peut-\u00eatre l\u2019absence de soins que mon\u00adtraient des v\u00eate\u00adments aban\u00addon\u00adn\u00e9s un peu par\u00adtout, don\u00adnait-elle \u00e0 ce lieu quelque chose de pl\u00e9\u00adb\u00e9ien. Maria Giu\u00adlia demeu\u00adra long\u00adtemps dans cette chambre, puis, se secouant sou\u00addain comme si elle se f\u00fbt sur\u00adprise dans une situa\u00adtion baroque et d\u00e9plai\u00adsante, elle se reti\u00adra. Elle des\u00adcen\u00addit l\u2019escalier, p\u00e9n\u00e9\u00adtra dans la salle \u00e0 man\u00adger. \u00ab&nbsp;Je cherche un canif, vou\u00adlut-elle dire, il faut que je taille un crayon.&nbsp;\u00bb Mais elle ne par\u00adla point&nbsp;: son p\u00e8re, pen\u00adch\u00e9 sur la radio, \u00e9cou\u00adtait avec grande atten\u00adtion quelque conf\u00e9\u00adrence. Maria Giu\u00adlia, ob\u00e9is\u00adsant alors \u00e0 une sou\u00addaine impul\u00adsion, remon\u00adta l\u2019escalier et se diri\u00adgea vers la chambre o\u00f9, depuis de nom\u00adbreuses ann\u00e9es, dor\u00admait son p\u00e8re. Rec\u00adtan\u00adgu\u00adlaire, cette chambre \u00e9tait tapis\u00ads\u00e9e d\u2019un papier \u00e0 fleurs. Le lit, \u00e9troit, avait une cou\u00adver\u00adture de soie ancienne&nbsp;; sur la table de nuit s\u2019accumulaient de nom\u00adbreux volumes, Augus\u00adto ayant la mau\u00advaise habi\u00adtude de tou\u00adjours lire plu\u00adsieurs livres \u00e0 la fois. Tout \u00e9tait bien en ordre. Maria Giu\u00adlia connais\u00adsait peu cette pi\u00e8ce, assez cepen\u00addant pour savoir que son p\u00e8re ran\u00adgeait sur un petite table, pr\u00e8s de la fen\u00eatre, les objets lui ser\u00advant \u00e0 se faire la barbe. Toute la col\u00adlec\u00adtion des rasoirs, des menus appa\u00adreils ras\u00adsem\u00adbl\u00e9s par Augus\u00adto, avec la per\u00ads\u00e9\u00adv\u00e9\u00adrance d\u2019un col\u00adlec\u00adtion\u00adneur, sur la foi des annonces lues dans les jour\u00adnaux, brillait dans la clar\u00adt\u00e9 du beau jour d\u2019hiver, blan\u00adchie d\u2019\u00eatre fil\u00adtr\u00e9e par de can\u00addides rideaux de lin ami\u00addon\u00adn\u00e9s. Maria Giu\u00adlia, rapi\u00adde\u00adment, s\u2019avan\u00e7a, vibrant d\u2019un l\u00e9ger orgasme&nbsp;; de tous les rasoirs, elle choi\u00adsit celui qui lui parut le moins co\u00fb\u00adteux et, par cons\u00e9\u00adquent, le moins expo\u00ads\u00e9 \u00e0 p\u00e2tir du fait d\u2019\u00eatre uti\u00adli\u00ads\u00e9 comme grat\u00adtoir. Apr\u00e8s quoi, fur\u00adti\u00adve\u00adment et sur la pointe des pieds, comme pour le plai\u00adsir de mener avec vir\u00adtuo\u00adsi\u00adt\u00e9 \u00e0 bonne fin une exp\u00e9\u00addi\u00adtion d\u00e9j\u00e0 si bien com\u00admen\u00adc\u00e9e, elle retour\u00adna dans sa chambre o\u00f9, apr\u00e8s avoir fer\u00adm\u00e9 la porte \u00e0 double tour, elle alla s\u2019asseoir \u00e0 son bureau, com\u00admen\u00ad\u00e7ant aus\u00adsi\u00adt\u00f4t l\u2019op\u00e9ration qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait pro\u00adpo\u00ads\u00e9e. Pour ne pas enta\u00admer le papier, elle s\u2019essaya \u00e0 grat\u00adter le plus l\u00e9g\u00e8\u00adre\u00adment pos\u00adsible, t\u00e2che dif\u00adfi\u00adcile et qui l\u2019astreignit \u00e0 une grande atten\u00adtion, lorsque, tout \u00e0 coup, elle pous\u00adsa un l\u00e9ger cri. Il y avait du sang qui cou\u00adlait de l\u2019index de sa main droite. Ce n\u2019\u00e9tait rien de grave, \u00e0 peine une \u00e9gra\u00adti\u00adgnure, mais, de toute fa\u00e7on, la page, main\u00adte\u00adnant, \u00e9tait macu\u00adl\u00e9e. S\u2019\u00e9tant lev\u00e9e, Maria Giu\u00adlia s\u2019effor\u00e7a de soi\u00adgner son doigt bles\u00ads\u00e9, mais pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adtam\u00adment et comme sous l\u2019obsession d\u2019achever quelque urgente entre\u00adprise. En fait, \u00e0 peine le doigt cou\u00adp\u00e9 eut-il \u00e9t\u00e9 ban\u00add\u00e9 tant bien que mal qu\u2019elle retour\u00adna \u00e0 son bureau et sai\u00adsit sa plume, appa\u00adrem\u00adment dans la h\u00e2te de jeter sur le papier une phrase enfin pos\u00adsible. Peut-\u00eatre vou\u00adlait-elle \u00e9crire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cher Tito, c\u2019est avec mon sang que je trace ces lignes&nbsp;\u00bb, ou quelque chose de sem\u00adblable. Mais elle fut prise d\u2019une rage sou\u00addaine qui la fit chan\u00adger d\u2019intention. Elle sai\u00adsit la feuille, la d\u00e9chi\u00adra, en dis\u00adsi\u00admu\u00adla les mor\u00adceaux au fond d\u2019une poche, sans doute dans le des\u00adsein de les jeter dans le po\u00eale \u00e0 un moment o\u00f9 ses parents seraient sor\u00adtis de la salle \u00e0 man\u00adger ou ne feraient pas atten\u00adtion \u00e0 elle. Tou\u00adjours f\u00e9bri\u00adle\u00adment, elle prit le rasoir et, ayant ouvert un tiroir o\u00f9 elle conser\u00advait de vieux papiers, elle y jeta brus\u00adque\u00adment l\u2019appareil. Puis, se trou\u00advant \u00e0 nou\u00adveau devant une page blanche, elle reprit la plume&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cher Tito, \u00e9cri\u00advit-elle, tu ne peux te repr\u00e9\u00adsen\u00adter com\u00adbien je suis heu\u00adreuse, main\u00adte\u00adnant que j\u2019ai enfin su renon\u00adcer \u00e0 tout. Je n\u2019ai plus per\u00adsonne&nbsp;: je renonce \u00e0 mon p\u00e8re, \u00e0 ma m\u00e8re. Je renonce \u00e0 tous les liens et m\u00e9prise les ami\u00adti\u00e9s avec les \u00eatres qui ne peuvent faire autre\u00adment que de s\u2019abaisser \u00e0 ce que je consi\u00add\u00e8re comme vil.&nbsp;\u00bb Mais une fois de plus, elle ne fut point satis\u00adfaite, et la seconde feuille, elle aus\u00adsi, fut d\u00e9chi\u00adr\u00e9e. Alors, Maria Giu\u00adlia cher\u00adcha dans une bo\u00eete, y trou\u00adva une carte pos\u00adtale fai\u00adsant par\u00adtie d\u2019une s\u00e9rie de vues que lui avait don\u00adn\u00e9es son p\u00e8re et repr\u00e9\u00adsen\u00adtant les prin\u00adci\u00adpaux monu\u00adments d\u2019Italie, puis, l\u2019adresse de Tito une fois mise, elle \u00e9cri\u00advit, sur la par\u00adtie gauche r\u00e9ser\u00adv\u00e9e \u00e0 la cor\u00adres\u00adpon\u00addance&nbsp;: \u00ab&nbsp;Adieu&nbsp;!\u00bb, Elle h\u00e9si\u00adta, se deman\u00addant si elle signe\u00adrait, br\u00fb\u00adlant de mettre son nom sous ce mot qui, main\u00adte\u00adnant, l\u2019enivrait&nbsp;; pour\u00adtant, elle ne signa point, car il lui plai\u00adsait aus\u00adsi de ne pas c\u00e9der \u00e0 sa fai\u00adblesse. Elle enten\u00addit des pas. Rapi\u00adde\u00adment, elle ouvrit le tiroir aux vieux papiers et lais\u00adsa tom\u00adber la carte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du rasoir. Un livre \u00e0 la main, elle alla ouvrir la porte et se trou\u00adva face \u00e0 face avec sa m\u00e8re, qui lui dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;La cou\u00adtu\u00adri\u00e8re attend, il faut que tu choi\u00adsisses une \u00e9toffe. \u2013 Je ne veux pas de robe, je ne veux rien, cria Maria Giu\u00adlia. Lorsque quelqu\u2019un s\u2019enferme dans sa chambre, cela veut dire qu\u2019il d\u00e9sire n\u2019\u00eatre pas d\u00e9rang\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>[\/\u200bArrigo <sc>Bene\u00addet\u00adti<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[( Nous don\u00adnons sous ce titre un second frag\u00adment de notre tra\u00adduc\u00adtion du roman d\u2019Arrigo Bene\u00addet\u00adti, \u00ab&nbsp;Femmes fan\u00adtasques&nbsp;\u00bb, dont on a d\u00e9j\u00e0 pu lire, dans notre no&nbsp;2, quelques pages. Alors que ces der\u00adni\u00e8res retra\u00ad\u00e7aient une par\u00adtie de la confes\u00adsion \u00e0 demi-mot faite cer\u00adtaine nuit \u00e0 une amie par la jeune Maria Giu\u00adlia de l\u2019aventure tout&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[70],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-557","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n5-printemps-1954"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=557"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=557"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=557"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=557"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=557"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}