{"id":633,"date":"2007-08-14T19:22:35","date_gmt":"2007-08-14T19:22:35","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/14\/amis-de-quarante-ans-2\/"},"modified":"2007-08-14T19:22:35","modified_gmt":"2007-08-14T19:22:35","slug":"amis-de-quarante-ans-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/14\/amis-de-quarante-ans-2\/","title":{"rendered":"Amis de quarante ans (2)"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/633?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/633?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p class=\"post_excerpt\">[[Voir \u00ab&nbsp;T\u00e9moins&nbsp;\u00bb, no&nbsp;5.&nbsp;]]<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p>Brup\u00adba\u00adcher a racon\u00adt\u00e9 dans ses \u00ab&nbsp;Sou\u00adve\u00adnirs d\u2019un h\u00e9r\u00e9\u00adtique&nbsp;\u00bb une visite faite \u00e0 Trots\u00adki en 1921, lors d\u2019un voyage en Rus\u00adsie [[Ce pas\u00adsage des m\u00e9moires de Brup\u00adba\u00adcher \u2013 dont nous avons tra\u00adduit le titre par \u00ab&nbsp;Soixante ans d\u2019h\u00e9r\u00e9sie&nbsp;\u00bb \u2013 a paru dans \u00ab&nbsp;Preuves&nbsp;\u00bb (f\u00e9vr. 1952)&nbsp;; il nous a sem\u00adbl\u00e9 d\u2019un int\u00e9\u00adr\u00eat docu\u00admen\u00adtaire de per\u00admettre au lec\u00adteur de s\u2019y repor\u00adter ici m\u00eame, et c\u2019est pour\u00adquoi nous repro\u00addui\u00adsons \u00e9ga\u00adle\u00adment ledit pas\u00adsage dans le \u00ab&nbsp;Car\u00adnet&nbsp;\u00bb du pr\u00e9\u00adsent cahier (pp. 27\u200a\u2013\u200a29).]]. Seule\u00adment il l\u2019a racon\u00adt\u00e9e vingt ans apr\u00e8s, brouillant un peu les dates et les faits. Sur\u00adtout ne tenant pas suf\u00adfi\u00adsam\u00adment compte de l\u2019atmosph\u00e8re d\u2019alors et qu\u2019il y a dans l\u2019histoire du mou\u00adve\u00adment ouvrier des ann\u00e9es au rythme acc\u00e9\u00adl\u00e9\u00adr\u00e9 et d\u2019autres au rythme som\u00adnolent. Les ann\u00e9es de 1917 \u00e0 1923 ont \u00e9t\u00e9 des ann\u00e9es comp\u00adtant double ou triple, o\u00f9 les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments d\u00e9ci\u00adsifs se sont pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e9s. Jusqu\u2019en 1923 nous avons gar\u00add\u00e9 l\u2019espoir que la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion alle\u00admande relaye\u00adrait La R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe. Cet espoir r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9, le sort de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe aurait \u00e9t\u00e9 dif\u00adf\u00e9\u00adrent, celui du monde aurait \u00e9t\u00e9 chang\u00e9.<\/p>\n<p>Au cours de cette ren\u00adcontre avec Trots\u00adki, Brup\u00adba\u00adcher fut bles\u00ads\u00e9 par le ton d\u2019une r\u00e9ponse de Trots\u00adki&nbsp;; mieux que par le ton, par l\u2019esprit. Brup\u00adba\u00adcher lui avait par\u00adl\u00e9 de la situa\u00adtion en France et dit de ma part \u2013 l\u2019en avais-je char\u00adg\u00e9&nbsp;? je ne me sou\u00adviens plus \u2013 que les syn\u00addi\u00adca\u00adlistes fran\u00ad\u00e7ais n\u2019\u00e9taient pas d\u2019avis d\u2019entrer imm\u00e9\u00addia\u00adte\u00adment au par\u00adti com\u00admu\u00adniste. \u00c0 cela, Trots\u00adki per\u00addant patience aurait r\u00e9pli\u00adqu\u00e9 d\u2019un ton imp\u00e9\u00adra\u00adtif&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si Monatte ne veut pas, nous ferons la chose avec Grif\u00adfuelhes. Grif\u00adfuelhes se trouve jus\u00adte\u00adment \u00e0 Mos\u00adcou en ce moment et il est d\u2019accord avec nous.&nbsp;\u00bb Brup\u00adba\u00adcher m\u2019\u00e9crivit sans retard le r\u00e9cit de cette entre\u00advue et me conseilla de ne pas entrer dans l\u2019Internationale com\u00admu\u00adniste. Il ajoute en conclu\u00adsion&nbsp;: Monatte re\u00e7ut ma lettre et adh\u00e9\u00adra n\u00e9an\u00admoins \u00e0 l\u2019Internationale communiste.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait vrai. Je n\u2019adh\u00e9rai que deux ans plus tard. Et deux ans, c\u2019est long dans une pareille p\u00e9riode. \u00c0 la lec\u00adture de ce pas\u00adsage du livre de Brup\u00adba\u00adcher, je me pas\u00adsai la main sur le front. \u00c0 quelle date avais-je adh\u00e9\u00adr\u00e9 au par\u00adti&nbsp;? S\u00fbre\u00adment pas en 1921. Un menu d\u00e9tail vint ravi\u00adver ma m\u00e9moire. Au d\u00e9but de jan\u00advier 1924, Louis Sel\u00adlier, l\u2019un des secr\u00e9\u00adtaires du par\u00adti, m\u2019avisa que mon nom figu\u00adrait sur la liste des membres du comi\u00adt\u00e9 direc\u00adteur \u00e9ta\u00adblie en vue du congr\u00e8s qui allait se tenir \u00e0 Lyon&nbsp;: je m\u2019\u00e9criai alors&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu veux rire. Je ne suis pas encore membre du par\u00adti, j\u2019ai \u00e0 peine six mois de stage \u00e0 la XIXe sec\u00adtion.&nbsp;\u00bb Sel\u00adlier de r\u00e9pli\u00adquer&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette his\u00adtoire ridi\u00adcule de stage, c\u2019est une affaire \u00e0 la Treint.&nbsp;\u00bb C\u2019est donc au milieu de 1923 que j\u2019ai adh\u00e9\u00adr\u00e9 au par\u00adti&nbsp;; six mois apr\u00e8s j\u2019appartenais au comi\u00adt\u00e9 direc\u00adteur&nbsp;; il est vrai que six mois plus tard j\u2019\u00e9tais exclu du comi\u00adt\u00e9 direc\u00adteur et du par\u00adti, avec perte et fra\u00adcas, en com\u00adpa\u00adgnie de Ros\u00admer et de Delagarde.<\/p>\n<p>Brup\u00adba\u00adcher n\u2019avait pas bien com\u00adpris pour\u00adquoi j\u2019avais adh\u00e9\u00adr\u00e9&nbsp;; il ne com\u00adprit gu\u00e8re mieux pour\u00adquoi j\u2019\u00e9tais exclu. Mon adh\u00e9\u00adsion n\u2019avait rien d\u2019un cas per\u00adson\u00adnel. Les diri\u00adgeants de l\u2019Internationale com\u00admu\u00adniste \u00e9taient impa\u00adtients de consti\u00adtuer des par\u00adtis un peu solides dans tous les pays. Ils ne com\u00adpre\u00adnaient pas que les cama\u00adrades qui avaient \u00e9t\u00e9 \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s dans la lutte contre la guerre et \u00e0 Zim\u00admer\u00adwald ne fussent pas des pre\u00admiers \u00e0 y entrer. En France par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment, o\u00f9 tous leurs anciens amis social-d\u00e9mo\u00adcrates leur avaient tour\u00adn\u00e9 le dos, ils avaient \u00e9t\u00e9 ame\u00adn\u00e9s \u00e0 regar\u00adder le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire \u2013 ou ce qu\u2019il en res\u00adtait en notre per\u00adsonne \u00e0 quelques-uns \u2013 comme l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus sain du mou\u00adve\u00adment ouvrier fran\u00ad\u00e7ais. De l\u00e0 l\u2019insistance de Trots\u00adki. Mais cette fusion, cette entr\u00e9e plu\u00adt\u00f4t, je l\u2019appr\u00e9hendais. La par\u00adti\u00adci\u00adpa\u00adtion \u00e0 l\u2019action par\u00adle\u00admen\u00adtaire ne me disait rien. Le voi\u00adsi\u00adnage de poli\u00adchi\u00adnelles \u00e0 la Cachin \u2013 qui avait en 1914 por\u00adt\u00e9 l\u2019argent du gou\u00adver\u00adne\u00adment fran\u00ad\u00e7ais \u00e0 Mus\u00adso\u00adli\u00adni pour l\u2019aider dans sa pro\u00adpa\u00adgande pour l\u2019entr\u00e9e en guerre de l\u2019Italie, qui avait cra\u00adch\u00e9 tant et plus sur octobre 1917, qui avait pleu\u00adr\u00e9 en 1918 dans le gilet de Poin\u00adca\u00adr\u00e9 lors de l\u2019entr\u00e9e des troupes fran\u00ad\u00e7aises \u00e0 Stras\u00adbourg \u2013 n\u2019avait vrai\u00adment rien d\u2019attirant pour moi. C\u2019est d\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019occasion du d\u00e9part sen\u00adsa\u00adtion\u00adnel de Fros\u00adsard, l\u00e2ch\u00e9 \u00e0 la der\u00adni\u00e8re minute par Cachin, que je sau\u00adtai le pas et don\u00adnai mon adh\u00e9\u00adsion au par\u00adti. Les poli\u00adti\u00adciens par\u00adtaient, il fal\u00adlait entrer. Je ne pen\u00adsais pas qu\u2019un tas d\u2019autres poli\u00adti\u00adciens, ou des nou\u00adveaux, poli\u00adti\u00adciens de par\u00adti, poli\u00adti\u00adciens de syn\u00addi\u00adcats, res\u00adtaient ou se for\u00admaient. Mais je pou\u00advais dif\u00adfi\u00adci\u00adle\u00adment res\u00adter dehors. D\u00e9j\u00e0 tous mes amis per\u00adson\u00adnels, je ne parle pas de Loriot qui avait men\u00e9 le branle du ras\u00adsem\u00adble\u00adment au sein du par\u00adti, ni de Ray\u00admond Lefebvre, col\u00adla\u00adbo\u00adra\u00adteur r\u00e9gu\u00adlier de \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb, d\u00e9j\u00e0 mort dans les eaux de l\u2019Oc\u00e9an gla\u00adcial, mais Ros\u00admer, Mar\u00adti\u00adnet, Dunois, Lou\u00adzon, m\u2019avaient pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00add\u00e9 depuis longtemps.<\/p>\n<p>Il est vrai que j\u2019avais accep\u00adt\u00e9 \u00e0 la demande pres\u00adsante de Dunois et de Tou\u00adrette, quelques mois apr\u00e8s mon d\u00e9part de \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb, de mon\u00adter \u00e0 la r\u00e9dac\u00adtion de \u00ab&nbsp;l\u2019Humanit\u00e9&nbsp;\u00bb pour y faire une page syn\u00addi\u00adcale heb\u00addo\u00adma\u00addaire, puis comme char\u00adg\u00e9 de la rubrique de la vie sociale. J\u2019avais eu beau sti\u00adpu\u00adler que je n\u2019entrais pas au par\u00adti pour autant, j\u2019avais mis le bras dans l\u2019engrenage. C\u2019\u00e9tait une situa\u00adtion fausse que d\u2019\u00eatre, quoique non membre du par\u00adti, r\u00e9dac\u00adteur de l\u2019organe offi\u00adciel de ce par\u00adti. Et r\u00e9dac\u00adteur impor\u00adtant. Un jour, m\u00eame, Sel\u00adlier me pro\u00adpo\u00adsait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il n\u2019y a au jour\u00adnal qu\u2019une rubrique qui marche, la vie sociale. Tu devrais prendre le secr\u00e9\u00adta\u00adriat g\u00e9n\u00e9\u00adral et r\u00e9or\u00adga\u00adni\u00adser les autres rubriques.&nbsp;\u00bb Je refu\u00adsais tout net. C\u2019\u00e9tait \u00e0 un moment pour\u00adtant o\u00f9 \u00ab&nbsp;l\u2019Humanit\u00e9&nbsp;\u00bb, loin de co\u00fb\u00adter au par\u00adti, pou\u00advait se per\u00admettre d\u2019\u00eatre ind\u00e9\u00adpen\u00addante&nbsp;; elle lui rever\u00adsait deux \u00e0 trois cent mille francs par&nbsp;mois.<\/p>\n<p>En 1921, \u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 Brup\u00adba\u00adcher m\u2019adressa cette fameuse lettre, j\u2019avais d\u2019autres pr\u00e9\u00adoc\u00adcu\u00adpa\u00adtions que d\u2019entrer au par\u00adti. Je pour\u00adsui\u00advais mon entre\u00adprise de redres\u00adser la CGT, de reprendre la vieille mai\u00adson du syn\u00addi\u00adca\u00adlisme r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire. Je venais de sor\u00adtir de pri\u00adson, \u00e0 la suite de la gr\u00e8ve des che\u00admi\u00adnots de mai 1920. Les jur\u00e9s des assises nous avaient acquit\u00adt\u00e9s \u00e0 une dizaine, en mars 1921. En juillet allait se tenir \u00e0 Lille un congr\u00e8s, sinon d\u00e9ci\u00adsif, au moins impor\u00adtant. Peu avant, une d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion nom\u00adbreuse de syn\u00addi\u00adca\u00adlistes fran\u00ad\u00e7ais par\u00adtait \u00e0 Mos\u00adcou assis\u00adter \u00e0 un congr\u00e8s de l\u2019Internationale syn\u00addi\u00adcale rouge. Elle \u00e9tait com\u00adpo\u00ads\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments tr\u00e8s divers repr\u00e9\u00adsen\u00adtant toutes les nuances de la mino\u00adri\u00adt\u00e9 syn\u00addi\u00adca\u00adliste. Je n\u2019en fai\u00adsais natu\u00adrel\u00adle\u00adment pas par\u00adtie. Pour\u00adquoi&nbsp;? J\u2019\u00e9tais pro\u00adba\u00adble\u00adment encore en pri\u00adson lors de sa d\u00e9si\u00adgna\u00adtion. Ou bien je pen\u00adsais que ma pr\u00e9\u00adsence \u00e9tait plus utile en France. Il se trouve d\u2019ailleurs que je n\u2019ai jamais r\u00e9us\u00adsi \u00e0 tailler alors dans mon exis\u00adtence le temps d\u2019un voyage \u00e0 Mos\u00adcou. Depuis, la ques\u00adtion ne s\u2019est plus pos\u00e9e pour moi. La d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise, au cours des d\u00e9bats du congr\u00e8s, se scin\u00adda en deux tron\u00ad\u00e7ons sur le pro\u00adbl\u00e8me de la liai\u00adson orga\u00adnique entre l\u2019Internationale syn\u00addi\u00adcale rouge et l\u2019Internationale com\u00admu\u00adniste. Sous l\u2019influence des cama\u00adrades russes, mes propres amis, les repr\u00e9\u00adsen\u00adtants de la ten\u00addance dite de \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb, Godon\u00adn\u00e8che et Ros\u00admer notam\u00adment, blo\u00adqu\u00e8rent leurs votes avec ceux de la ten\u00addance du par\u00adti repr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9e par Dela\u00adgrange, contre les votes des syn\u00addi\u00adca\u00adlistes dits \u00ab&nbsp;purs&nbsp;\u00bb repr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9s par le tr\u00e8s impur Sirolle, sur la ques\u00adtion de la liai\u00adson orga\u00adnique. Grande \u00e9mo\u00adtion dans les milieux syn\u00addi\u00adca\u00adlistes pari\u00adsiens et par la suite dans tous nos milieux pro\u00advin\u00adciaux. D\u00e8s connais\u00adsance de cette atti\u00adtude, une large r\u00e9union de mili\u00adtants des syn\u00addi\u00adcats pari\u00adsiens avait lieu et, sur ma pro\u00adpo\u00adsi\u00adtion, une r\u00e9so\u00adlu\u00adtion com\u00admune \u00e9tait adop\u00adt\u00e9e d\u00e9cla\u00adrant que la d\u00e9l\u00e9\u00adga\u00adtion fran\u00ad\u00e7aise avait outre\u00adpas\u00ads\u00e9 son man\u00addat. Nous res\u00adtions, je res\u00adtais fer\u00adme\u00adment par\u00adti\u00adsan de l\u2019ind\u00e9pendance du syn\u00addi\u00adca\u00adlisme. La mino\u00adri\u00adt\u00e9 syn\u00addi\u00adca\u00adliste allait se pr\u00e9\u00adsen\u00adter unie au congr\u00e8s conf\u00e9\u00add\u00e9\u00adral de Lille, appa\u00adrem\u00adment unie au&nbsp;moins.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas le lieu de retra\u00adcer ici le che\u00admi\u00adne\u00adment du mou\u00adve\u00adment syn\u00addi\u00adcal fran\u00ad\u00e7ais vers la scis\u00adsion syn\u00addi\u00adcale de fin 1921. Cela pr\u00e9\u00adsente-t-il encore quelque int\u00e9\u00adr\u00eat&nbsp;? Peut-\u00eatre. Cer\u00adtai\u00adne\u00adment m\u00eame, car une l\u00e9gende men\u00adson\u00adg\u00e8re s\u2019est cr\u00e9\u00e9e sui\u00advant laquelle la scis\u00adsion syn\u00addi\u00adcale en France fut l\u2019\u0153uvre des com\u00admu\u00adnistes. Elle fut en r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9 l\u2019\u0153uvre des r\u00e9for\u00admistes qui creu\u00ads\u00e8rent une chausse-trape et celle des anar\u00adchistes et des syn\u00addi\u00adca\u00adlistes dits purs qui s\u2019y pr\u00e9\u00adci\u00adpi\u00adt\u00e8rent. La ten\u00addance de \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb fit ce qu\u2019elle put pour \u00e9vi\u00adter cette catas\u00adtrophe. Pour ma part, je fis m\u00eame un peu plus. J\u2019avais tout fait pour redres\u00adser la CGT, j\u2019avais \u00e9chou\u00e9, je ne me sen\u00adtais plus le c\u0153ur pour conti\u00adnuer \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb. \u00c0 la r\u00e9union de mili\u00adtants, au d\u00e9but de 1922, o\u00f9 je fis part de ma d\u00e9ci\u00adsion, je conclus mon expo\u00ads\u00e9 en d\u00e9cla\u00adrant qu\u2019il fal\u00adlait choi\u00adsir entre deux \u00e9quipes de rem\u00adpla\u00adce\u00adment&nbsp;: l\u2019une for\u00adm\u00e9e par Ros\u00admer, qui avait apr\u00e8s moi le plus de droits sur \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb, l\u2019autre for\u00adm\u00e9e par Mon\u00admous\u00adseau et Semard. Mais Ros\u00admer s\u2019\u00e9tant pro\u00adnon\u00adc\u00e9 pour la liai\u00adson orga\u00adnique, je croyais que l\u2019autre \u00e9quipe main\u00adtien\u00addrait mieux \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb dans sa ligne tra\u00addi\u00adtion\u00adnelle, celle du syn\u00addi\u00adca\u00adlisme r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire. J\u2019\u00e9tais loin de sup\u00adpo\u00adser que cette \u00e9quipe aurait bien\u00adt\u00f4t fait de s\u2019asseoir sur nos prin\u00adcipes, tan\u00addis que Ros\u00admer, en d\u00e9sac\u00adcord sur un mode d\u2019organisation, res\u00adte\u00adrait fid\u00e8le \u00e0 nos prin\u00adcipes r\u00e9volutionnaires.<\/p>\n<p>Brup\u00adba\u00adcher avait tort dans son livre de r\u00e9veiller cette lettre de 1921 dont je n\u2019aurais tenu aucun compte. J\u2019en tins cer\u00adtai\u00adne\u00adment compte. J\u2019adh\u00e9rai au par\u00adti deux ans plus tard seule\u00adment et dans les cir\u00adcons\u00adtances que j\u2019ai rap\u00adpe\u00adl\u00e9es. Je ne le taqui\u00adne\u00adrai pas en deman\u00addant \u00e0 quelle \u00e9poque il entra lui-m\u00eame au par\u00adti. Peut-\u00eatre y entra-t-il avant moi. Il en sor\u00adtit en tout cas long\u00adtemps apr\u00e8s moi. Mais il est vrai, sa situa\u00adtion \u00e9tait dif\u00adf\u00e9\u00adrente. Il avait les cou\u00add\u00e9es plus franches.<\/p>\n<p>Dans le cou\u00adrant de 1924, la grande crise qui se d\u00e9rou\u00adla dans le par\u00adti russe et peu apr\u00e8s dans toute l\u2019Internationale com\u00admu\u00adniste, \u00e0 la suite de la mort de L\u00e9nine, aurait pu et d\u00fb secouer tous les hommes ayant le sou\u00adci de leur liber\u00adt\u00e9 de juge\u00adment et pos\u00ads\u00e9\u00addant un peu de carac\u00adt\u00e8re. Entre l\u2019opposition grou\u00adp\u00e9e autour de Trots\u00adki et la tro\u00ef\u00adka Zino\u00adviev-Kame\u00adnev-Sta\u00adline une lutte f\u00e9roce s\u2019engagea. Il ne s\u2019agissait pas seule\u00adment de Trots\u00adki, mais de m\u00e9thodes et de m\u0153urs nou\u00advelles qui s\u2019instauraient dans l\u2019Internationale sous le nom de la bol\u00adche\u00advi\u00adsa\u00adtion. De quoi s\u2019agissait-il&nbsp;? Les vrais pro\u00adbl\u00e8mes \u00e9taient mas\u00adqu\u00e9s sous un tas de faux pro\u00adbl\u00e8mes. Qui\u00adconque s\u2019effor\u00e7ait de com\u00adprendre en \u00e9tait pra\u00adti\u00adque\u00adment inca\u00adpable. Aujourd\u2019hui un bon com\u00admu\u00adniste n\u2019a ni le temps ni le droit d\u2019ouvrir un livre hos\u00adtile aux th\u00e8ses des diri\u00adgeants de son par\u00adti. Il est sub\u00admer\u00adg\u00e9 de lec\u00adtures impo\u00ads\u00e9es. Il a les oreilles pleines de dis\u00adcours offi\u00adciels. Il ne peut voir avec ses yeux, mais avec ceux de ses grands chefs. \u2013 Mais enfin je veux com\u00adprendre, ai-je dit vingt fois \u00e0 l\u2019\u00e9poque dans les dis\u00adcus\u00adsions fumeuses des comi\u00adt\u00e9s d\u2019alors, au Comi\u00adt\u00e9 direc\u00adteur en pre\u00admier lieu. Don\u00adnez-moi les \u00e9l\u00e9\u00adments pour conna\u00eetre des diverses ques\u00adtions. Je veux bien condam\u00adner Pierre ou Paul, mais pas sans savoir ce qui lui est repro\u00adch\u00e9, sans conna\u00eetre ses crimes r\u00e9els. C\u2019est pour avoir vou\u00adlu com\u00adprendre, pour m\u2019\u00eatre refu\u00ads\u00e9 \u00e0 condam\u00adner l\u2019opposition et Trots\u00adki avant d\u2019avoir eu connais\u00adsance de leurs crimes ima\u00adgi\u00adnaires que je fus exclu, que furent exclus dans tous les par\u00adtis ceux qui os\u00e8rent sau\u00adve\u00adgar\u00adder le droit de com\u00adprendre avant de trancher.<\/p>\n<p>Brup\u00adba\u00adcher ne vit pas qu\u2019il s\u2019agissait de bien autre chose que de Trots\u00adki, que nous nous trou\u00advions devant un cours nou\u00adveau de l\u2019Internationale qui allait mener tout droit et rapi\u00adde\u00adment \u00e0 la ser\u00advi\u00adtude des par\u00adtis et des membres du par\u00adti, ensuite \u00e0 l\u2019assassinat de toute la g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion des mili\u00adtants d\u2019Octobre.<\/p>\n<p>Le cours de l\u2019histoire de l\u2019Internationale et celui de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe auraient-ils pu chan\u00adger si tous ceux qui avaient alors le sen\u00adti\u00adment du dan\u00adger s\u2019\u00e9taient dres\u00ads\u00e9s ensemble dans tous les pays&nbsp;? Nul ne peut le dire. Ce qui est cer\u00adtain, c\u2019est qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas pos\u00adsible d\u2019accepter ces m\u00e9thodes et ces m\u0153urs. Les intel\u00adlec\u00adtuels membres du par\u00adti auraient d\u00fb \u00eatre les pre\u00admiers \u00e0 refu\u00adser. Quel est le pre\u00admier de leurs devoirs, sinon de sau\u00adve\u00adgar\u00adder le droit de com\u00adprendre, de main\u00adte\u00adnir les droits de l\u2019esprit cri\u00adtique&nbsp;? Une fois de plus ils mon\u00adtr\u00e8rent que c\u2019\u00e9tait le cadet de leurs sou\u00adcis. Pour quelques-uns, les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments n\u2019avaient pas d\u2019importance que nous leur atta\u00adchions. Quelques autres, du fait de leur ori\u00adgine bour\u00adgeoise, avaient une sorte de timi\u00addi\u00adt\u00e9 \u00e0 contre\u00addire des chefs ouvriers. Il y avait ceux qui trou\u00advaient hon\u00adteux de la part de petits mili\u00adtants de rien du tout de contre\u00addire les g\u00e9ants de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe. G\u00e9ant pour g\u00e9ant, Trots\u00adki l\u2019\u00e9tait un peu plus que Zino\u00adviev ou Sta\u00adline. Aujourd\u2019hui, loin de regret\u00adter mon geste de 1924, je me demande sou\u00advent au contraire \u00e0 quel moment la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe a pris le mau\u00advais aiguillage&nbsp;; je pense qu\u2019elle l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 pris avant 1924, mais je crois qu\u2019il \u00e9tait encore pos\u00adsible \u00e0 cette date de la remettre dans la bonne voie, et avec elle l\u2019Internationale.<\/p>\n<p>Le sta\u00adli\u00adnisme tota\u00adli\u00adtaire \u00e9tait-il en germe dans L\u00e9nine&nbsp;? D\u00e9j\u00e0 dans Marx&nbsp;? Je ne le crois pas. Dans la pen\u00ads\u00e9e de L\u00e9nine et celle de Marx, il y avait des germes nom\u00adbreux et dif\u00adf\u00e9\u00adrents. Les cir\u00adcons\u00adtances his\u00adto\u00adriques ont fait fleu\u00adrir les dan\u00adge\u00adreux et tu\u00e9 les bien\u00adfai\u00adsants. Je ne crois pas non plus que les mou\u00adve\u00adments socia\u00adlistes russes d\u2019alors, et en par\u00adti\u00adcu\u00adlier le mou\u00adve\u00adment bol\u00adche\u00advik, \u00e9taient non des mou\u00adve\u00adments ouvriers, mais des mou\u00adve\u00adments d\u2019intellectuels visant uni\u00adque\u00adment le pou\u00advoir. Ils \u00e9taient \u00e9vi\u00addem\u00adment des mou\u00adve\u00adments tr\u00e8s m\u00e9lan\u00adg\u00e9s, car en 17 la Rus\u00adsie fai\u00adsait \u00e0 la fois sa r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion bour\u00adgeoise et sa r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne, mais ni L\u00e9nine, ni Trots\u00adki, ni la g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion d\u2019Octobre ne visaient le pou\u00advoir pour le pou\u00advoir&nbsp;; ils le vou\u00adlaient ardem\u00adment pour r\u00e9a\u00adli\u00adser le socialisme.<\/p>\n<p>Quelle influence exer\u00ad\u00e7a Tobler, vers 1927, lors de son retour de voyage en Rus\u00adsie, ren\u00adtrant gagn\u00e9 au sta\u00adli\u00adnisme, croyant que la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion n\u2019avait pas d\u00e9raill\u00e9 et que par\u00adler de Ther\u00admi\u00addor \u00e9tait une sot\u00adtise&nbsp;? Brup\u00adba\u00adcher atta\u00adchait grand prix au juge\u00adment de son vieux cama\u00adrade. Il fut sans doute plus trou\u00adbl\u00e9, plus d\u00e9chi\u00adr\u00e9, plus h\u00e9si\u00adtant encore.<\/p>\n<p>\u00c0 la m\u00eame \u00e9poque, nous enten\u00addions un soir \u2013 r\u00e9unis \u00e0 une demi-dou\u00adzaine d\u2019exclus ou de non-exclus, chez un ami \u2013 Pia\u00adta\u00adkov, qu\u2019accompagnait Chliap\u00adni\u00adkov, nous dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Regar\u00addez la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe comme finie. Repre\u00adnez en Occi\u00addent le flam\u00adbeau&nbsp;!\u00bb Pia\u00adta\u00adkov \u00e9tait bien pla\u00adc\u00e9 par son poste dans l\u2019\u00e9conomie russe pour por\u00adter un juge\u00adment exact, confir\u00adm\u00e9 d\u2019ailleurs par Chliap\u00adni\u00adkov. Nous \u00e9tions tous atter\u00adr\u00e9s. Je r\u00e9pon\u00addis \u00e0 Pia\u00adta\u00adkov&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas pos\u00adsible. Une telle nou\u00advelle ferait pas\u00adser un vent gla\u00adcial sur le monde. Esp\u00e9\u00adrez encore. Cram\u00adpon\u00adnez-vous.&nbsp;\u00bb Pi\u00e8tres paroles, apr\u00e8s le diag\u00adnos\u00adtic ter\u00adrible mais s\u00fbr, que je me suis repro\u00adch\u00e9es apr\u00e8s l\u2019attitude de Pia\u00adta\u00adkov aux pro\u00adc\u00e8s de Mos\u00adcou. N\u2019est-ce pas nous qui l\u2019avons conduit, ou du moins aid\u00e9, \u00e0 se renier, en sacri\u00adfiant son propre hon\u00adneur \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat appa\u00adrent de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe&nbsp;? Devant le juge\u00adment s\u00fbr, pro\u00adnon\u00adc\u00e9 avec dou\u00adleur, par des hommes comme Pia\u00adta\u00adkov et Chliap\u00adni\u00adkov, que pesait le juge\u00adment rapide d\u2019un voya\u00adgeur comme Tobler&nbsp;? Dans les m\u00eames temps, nous pou\u00advions recueillir le t\u00e9moi\u00adgnage de Fran\u00ad\u00e7ais ayant v\u00e9cu en Rus\u00adsie huit ou dix ans, non pas \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Lux pour tou\u00adristes et d\u00e9l\u00e9\u00adgu\u00e9s \u00e9tran\u00adgers, mais de la vie de d\u2019ouvrier russe, de cama\u00adrades comme Pierre Pas\u00adcal et Yvon. Pour eux, nul doute, comme pour Pia\u00adta\u00adkov et Chliap\u00adni\u00adkov, la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe \u00e9tait morte. Ils ren\u00adtraient, non en enne\u00admis du peuple russe, mais conquis par lui au contraire, dont ils avaient par\u00adta\u00adg\u00e9 le pain noir, les \u00e9preuves, toute la&nbsp;vie.<\/p>\n<p>Le d\u00e9rou\u00adle\u00adment fatal du sta\u00adli\u00adnisme, la mili\u00adta\u00adri\u00adsa\u00adtion au tra\u00advail, l\u2019\u00e9touffement au par\u00adti, les \u00e9pu\u00adra\u00adtions mas\u00adsives, le mas\u00adsacre des pay\u00adsans, les d\u00e9por\u00adta\u00adtions d\u2019opposants, les pro\u00adc\u00e8s de Mos\u00adcou, les camps de concen\u00adtra\u00adtion ne pou\u00advaient d\u2019ann\u00e9e en ann\u00e9e que mettre la rage au c\u0153ur de Brupbacher.<\/p>\n<p>Il pou\u00advait se lais\u00adser entra\u00ee\u00adner par son ami M\u00fcn\u00adzen\u00adberg dans les conf\u00e9\u00adrences d\u2019Amsterdam-Pleyel, se m\u00ealer aux faux com\u00adbat\u00adtants de la paix d\u2019alors, il n\u2019avait plus d\u2019illusions. Il n\u2019osait pas s\u2019avouer que le sort de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion alle\u00admande s\u2019\u00e9tait jou\u00e9 en jan\u00advier 1919 avec l\u2019assassinat de Rosa Luxem\u00adburg et de Karl Liebk\u00adnecht. \u00c7\u2019aurait \u00e9t\u00e9 accor\u00adder trop d\u2019importance au r\u00f4le des hommes. Pour\u00adtant que serait deve\u00adnue la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe sans L\u00e9nine et Trots\u00adki&nbsp;? Elle n\u2019aurait pas fait le bond d\u2019Octobre et elle aurait avor\u00adt\u00e9. Sans les deux chefs de Spar\u00adta\u00adkus, le mou\u00adve\u00adment r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire alle\u00admand n\u2019a jamais pris son \u00e9lan. Il s\u2019est tra\u00ee\u00adn\u00e9 de putchs en luttes int\u00e9\u00adrieures jusqu\u2019\u00e0 sa fin lamen\u00adtable en 1933. Pas de front uni avec la social-d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie contre Hit\u00adler. Selon le grand stra\u00adt\u00e8ge Sta\u00adline, Hit\u00adler dure\u00adrait trois mois, puis serait balay\u00e9 par le reflux ouvrier por\u00adtant \u00e0 sa t\u00eate les com\u00admu\u00adnistes. Comme si un mou\u00adve\u00adment, si fort f\u00fbt-il, pou\u00advait, une fois les reins bri\u00ads\u00e9s, se remettre trois mois apr\u00e8s sur les genoux. Par sa tac\u00adtique, Sta\u00adline avait por\u00adt\u00e9 le der\u00adnier coup au mou\u00adve\u00adment. Les offi\u00adciers assas\u00adsins de Rosa Luxem\u00adburg et de Liebk\u00adnecht en 1919 avaient pu por\u00adter Hit\u00adler au pou\u00advoir en&nbsp;1933.<\/p>\n<p>Il avait beau s\u2019en d\u00e9fendre, Brup\u00adba\u00adcher croyait au pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat alle\u00admand&nbsp;; il ne se lais\u00adse\u00adrait pas encha\u00ee\u00adner par le fas\u00adcisme. 1933 fut pour lui une ann\u00e9e ter\u00adrible. Apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019internationalisme en 1914, apr\u00e8s la ban\u00adque\u00adroute de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe, il lui fal\u00adlait voir l\u2019av\u00e8nement au pou\u00advoir de Hit\u00adler en Alle\u00admagne. Il fut obli\u00adg\u00e9 de col\u00adlec\u00adtion\u00adner quelques autres \u00e9preuves, la d\u00e9faite de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion espa\u00adgnole, sinon tra\u00adhie au moins mal aid\u00e9e par Sta\u00adline, enfin le cynique pacte ger\u00adma\u00adno-russe ouvrant les portes \u00e0 la deuxi\u00e8me guerre mon\u00addiale. Il y avait de quoi \u00eatre assom\u00adm\u00e9. On peut dire que c\u2019est de cela que mou\u00adrut Brupbacher.<\/p>\n<p>Il s\u2019est deman\u00add\u00e9 s\u00fbre\u00adment dans ses der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es s\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 vingt ans cru \u00e0 des chi\u00adm\u00e8res et ain\u00adsi g\u00e2ch\u00e9 sa vie. Il n\u2019est pas, dans la g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion d\u2019apr\u00e8s 1900, le seul des bour\u00adgeois et des intel\u00adlec\u00adtuels venus au socia\u00adlisme qui se soit pos\u00e9 cette am\u00e8re ques\u00adtion. Son cas n\u2019est pas iso\u00adl\u00e9. Il est m\u00eame typique. C\u2019est l\u2019un des drames moraux de ces cin\u00adquante der\u00adni\u00e8res ann\u00e9es. Dans tous les pays, il s\u2019est trou\u00adv\u00e9 des hommes comme Brup\u00adba\u00adcher. Ils sont venus de la bour\u00adgeoi\u00adsie au mou\u00adve\u00adment r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, sans la moindre id\u00e9e de cal\u00adcul, sans recher\u00adcher des r\u00f4les impor\u00adtants \u00e0 jouer, ni m\u00eame par go\u00fbt de l\u2019aventure, venus sim\u00adple\u00adment et sin\u00adc\u00e8\u00adre\u00adment. Ils ne sont pas \u00e0 confondre avec ceux qui \u00e0 vingt ans \u2013 tout le monde se croit r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire \u00e0 vingt ans \u2013 viennent un court moment mon\u00adtrer le bout de leur nez&nbsp;; ni avec ces gosses de riche qui croient nous faire beau\u00adcoup d\u2019honneur en s\u2019offrant \u00e0 nous ser\u00advir de guides&nbsp;; non plus avec ceux qui croient habile d\u2019\u00eatre l\u00e9g\u00e8\u00adre\u00adment en avance sur les \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments pour ne pas rater le coche des puis\u00adsants du len\u00adde\u00admain&nbsp;; encore moins avec ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 coif\u00adfer toutes les id\u00e9es et \u00e0 ral\u00adlier tous les mou\u00adve\u00adments r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires \u00e0 condi\u00adtion de figu\u00adrer par\u00admi les dirigeants.<\/p>\n<p>\u00c0 Brup\u00adba\u00adcher aus\u00adsi l\u2019ouvrier socia\u00adliste de Vienne, dont a par\u00adl\u00e9 Man\u00e8s Sper\u00adber, aurait pu poser sa fameuse ques\u00adtion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu n\u2019es pas fils d\u2019ouvrier, tu n\u2019as jamais \u00e9t\u00e9 ouvrier toi-m\u00eame, qu\u2019est-ce qui t\u2019a pris de te m\u00ealer de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adrienne&nbsp;? Tu n\u2019es pas all\u00e9 au com\u00admu\u00adnisme pour \u00eatre maire, ou ministre, ou com\u00admis\u00adsaire du peuple, \u00e7a se voit, tu n\u2019es pas un type \u00e0 \u00e7a. Alors pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Oui, pour\u00adquoi&nbsp;? Quand il arri\u00adva \u00e0 Brup\u00adba\u00adcher d\u2019\u00eatre \u00e9lu d\u00e9pu\u00adt\u00e9 com\u00admu\u00adniste au Conseil natio\u00adnal suisse, il se tour\u00adna le soir m\u00eame vers les diri\u00adgeants du par\u00adti pour leur dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous avez cer\u00adtai\u00adne\u00adment quelque ch\u00f4\u00admeur \u00e0 qui la fonc\u00adtion convien\u00addra mieux qu\u2019\u00e0&nbsp;moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Brup\u00adba\u00adcher aurait sans doute r\u00e9pon\u00addu comme le h\u00e9ros de Sper\u00adber&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour l\u2019amour d\u2019une id\u00e9e, l\u2019id\u00e9e d\u2019un uni\u00advers tel qu\u2019il devrait \u00eatre, tel qu\u2019il pour\u00adrait \u00eatre.&nbsp;\u00bb \u00c0 la fin de sa vie, le tour fait de toutes les th\u00e9o\u00adries r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires, d\u00e9\u00e7u par toutes, il aurait pro\u00adba\u00adble\u00adment r\u00e9pon\u00addu&nbsp;: par id\u00e9a\u00adlisme. Un mot dont il aurait sou\u00adri nagu\u00e8re.<\/p>\n<p>Il a gra\u00adv\u00e9 dans une for\u00admule frap\u00adpante sa pen\u00ads\u00e9e profonde&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le socia\u00adlisme des tra\u00advailleurs \u00e9tait conte\u00adnu dans le mien, mais non celui-ci dans le leur.&nbsp;\u00bb Il n\u2019aurait \u00e9t\u00e9, tant pour la social-d\u00e9mo\u00adcra\u00adtie et le com\u00admu\u00adnisme que pour le pro\u00adl\u00e9\u00adta\u00adriat, qu\u2019un simple alli\u00e9. L\u2019id\u00e9aliste refu\u00adsait de s\u2019enfermer dans un mou\u00adve\u00adment de classe.<\/p>\n<p>Quelle part de v\u00e9ri\u00adt\u00e9 y a\u2011t-il dans cette for\u00admule&nbsp;? La classe ouvri\u00e8re ayant r\u00e9a\u00adli\u00ads\u00e9 son \u00e9man\u00adci\u00adpa\u00adtion, il peut se trou\u00adver encore au len\u00adde\u00admain de la r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion des couches de d\u00e9sh\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9s et de mal\u00adheu\u00adreux. Une nou\u00advelle \u00e9tape r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire serait alors \u00e0 envi\u00adsa\u00adger. Cela peut-\u00eatre ind\u00e9finiment.<\/p>\n<p>Quelle part d\u2019erreur&nbsp;? Peut-\u00eatre plus grande. Le socia\u00adlisme de Brup\u00adba\u00adcher com\u00adpre\u00adnait autre chose que l\u2019\u00e9mancipation des tra\u00advailleurs&nbsp;; en effet, il vou\u00adlait que tous les hommes, ouvriers ou non, aspirent \u00e0 vivre d\u2019une vie humaine, d\u2019une vie intel\u00adli\u00adgente, alors que les plus for\u00adtu\u00adn\u00e9s se satis\u00adfont d\u2019une vie inin\u00adtel\u00adli\u00adgente et inhu\u00admaine. Mais quel d\u00e9mon talon\u00adne\u00adra jamais les hommes qui se croient heu\u00adreux parce qu\u2019ils ont plus de pain et de beurre que ceux qui les environnent&nbsp;?<\/p>\n<p>Le socia\u00adlisme des tra\u00advailleurs n\u2019\u00e9tait pas tout entier conte\u00adnu dans le sien. Avec la meilleure volon\u00adt\u00e9, le meilleur des bour\u00adgeois ne se rend pas compte de la vie des ouvriers, n\u2019en tient pas compte en pre\u00admier lieu. Brup\u00adba\u00adcher pou\u00advait dire comme il le r\u00e9pon\u00addit un jour en Afrique \u00e0 quelqu\u2019un qui lui offrait soit un Arabe soit un cha\u00admeau pour por\u00adter ses bagages&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis mon propre cha\u00admeau, je suis mon propre Arabe.&nbsp;\u00bb Il res\u00adtait quand m\u00eame un grand bour\u00adgeois et un intellectuel.<\/p>\n<p>Par\u00admi les causes de sa ran\u00adc\u0153ur devant la ban\u00adque\u00adroute frau\u00addu\u00adleuse de la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion russe, il n\u2019aurait pas comme tel mili\u00adtant com\u00admu\u00adniste alle\u00admand d\u2019opposition, pour\u00adtant d\u2019origine ouvri\u00e8re, refu\u00ads\u00e9 de comp\u00adter \u2013 et de comp\u00adter en pre\u00admier lieu \u2013 le sort impo\u00ads\u00e9 aux ouvriers et aux pay\u00adsans russes par la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion soit-disant faite en leur nom. \u00ab&nbsp;Que pou\u00advait-on faire d\u2019autre&nbsp;?&nbsp;\u00bb me d\u00e9cla\u00adra ce sin\u00adgu\u00adlier com\u00admu\u00adniste d\u2019opposition&nbsp;; il ne voyait \u00e0 repro\u00adcher \u00e0 Sta\u00adline que des his\u00adtoires de par\u00adti. Non, Brup\u00adba\u00adcher ne fai\u00adsait pas fi du sort des ouvriers et des pay\u00adsans russes&nbsp;; il ne confon\u00addait pas le socia\u00adlisme avec le bagne. Mais il ne met\u00adtait pas au pre\u00admier rang cette cause de r\u00e9pu\u00addia\u00adtion du r\u00e9gime russe. Il avait sup\u00adpo\u00ads\u00e9 long\u00adtemps que c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre une condi\u00adtion fatale de l\u2019\u00e9dification socia\u00adliste. Il lui avait fal\u00adlu les pro\u00adc\u00e8s de Mos\u00adcou, les d\u00e9por\u00adta\u00adtions en masse, les camps de concen\u00adtra\u00adtion pour rompre son mariage avec la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion&nbsp;russe.<\/p>\n<p>Nous avons appar\u00adte\u00adnu, lui et moi, \u00e0 une g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion qui ne savait pas ce que seraient les guerres du XXe si\u00e8cle et qui a \u00e9t\u00e9 obli\u00adg\u00e9e de pi\u00e9\u00adti\u00adner dans des fleuves de sang. Nous avons vu la vie humaine n\u2019avoir plus aucun prix. Nous ne savions pas non plus pra\u00adti\u00adque\u00adment ce que seraient les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions sociales aux\u00adquelles nous r\u00eavions de consa\u00adcrer notre vie. Nous les ima\u00adgi\u00adnions beau\u00adcoup plus faciles&nbsp;; sans nous en rendre compte un peu trop \u00e0 la fa\u00e7on des r\u00e9vo\u00adlu\u00adtions poli\u00adtiques de 1830 et de 1848. Un coup d\u2019\u00e9paule et le vieux monde s\u2019\u00e9croulait&nbsp;; quelques efforts et le nou\u00adveau s\u2019\u00e9difiait. Nous ne pen\u00adsions pas aux \u00e9checs et aux faillites qui nous atten\u00addaient. Nous avons fait ce que nous avons pu, c\u2019est-\u00e0-dire tr\u00e8s peu. Nous nous sommes trou\u00adv\u00e9s sou\u00advent, sou\u00advent seuls. C\u2019est donc que les autres en fai\u00adsaient encore moins que nous. Brup\u00adba\u00adcher a fini par d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrer de tout, des id\u00e9es, des hommes et du mou\u00adve\u00adment. Je n\u2019arrive pas \u00e0 d\u00e9ses\u00adp\u00e9\u00adrer. Nous sommes retom\u00adb\u00e9s au fond du ravin pour la deuxi\u00e8me, pour la troi\u00adsi\u00e8me fois. On remon\u00adte\u00adra la pente comme on pour\u00adra, mais on la remon\u00adte\u00adra. Je suis obli\u00adg\u00e9 de suivre le sort de ma classe, les ouvriers de tous les pays. J\u2019appliquerais volon\u00adtiers \u00e0 l\u2019effondrement momen\u00adta\u00adn\u00e9 de nos esp\u00e9\u00adrances r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires ce qu\u2019un his\u00adto\u00adrien a dit de l\u2019effondrement mili\u00adtaire de la France en 1940&nbsp;: La d\u00e9faite du mou\u00adve\u00adment ouvrier r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire a \u00e9t\u00e9 avant tout une d\u00e9faite de l\u2019intelligence et du caract\u00e8re.<\/p>\n<p>[\/\u200bPierre <sc>Monatte<\/sc>\/\u200b]<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[[Voir \u00ab&nbsp;T\u00e9moins&nbsp;\u00bb, no&nbsp;5.&nbsp;]]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[77],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-633","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n6-ete-1954"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/633","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=633"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/633\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=633"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=633"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=633"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=633"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}