{"id":736,"date":"2007-08-23T23:08:30","date_gmt":"2007-08-23T23:08:30","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/23\/peuple-de-la-mer\/"},"modified":"2007-08-23T23:08:30","modified_gmt":"2007-08-23T23:08:30","slug":"peuple-de-la-mer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/23\/peuple-de-la-mer\/","title":{"rendered":"Peuple de la&nbsp;mer"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/736?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/736?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p>\u00c0 des dates assez r\u00e9gu\u00adli\u00e8res s\u2019impose pour moi l\u2019op\u00e9ration \u00ab&nbsp;bif\u00adteck&nbsp;\u00bb. J\u2019ai peu le sens de la vie quo\u00adti\u00addienne. Aso\u00adcial, il me faut peu pour vivre. Mais coin\u00adc\u00e9, vrai\u00adment agrip\u00adp\u00e9 \u00e0 la gorge par le manque d\u2019argent, je m\u2019affole. Main\u00adte\u00adnant sur\u00adtout, main\u00adte\u00adnant que je suis deux. En ce mois de d\u00e9cembre, c\u0153ur de l\u2019hiver, Paris, et l\u00e0-bas \u00e0 cinq cents kilo\u00adm\u00e8tres l\u2019amour. Mon amour aveugle que je cherche \u00e0 joindre. Depuis trois mois dans le noir. Rien. Pour\u00adtant jamais le der\u00adnier soleil de l\u2019\u00e9t\u00e9 ne s\u2019est cou\u00adch\u00e9 si orgueilleux, si rouge \u00e9cla\u00adtant entre deux cuisses, et la lame du froid et de l\u2019ombre ne fouill\u00e8rent vie si crue. Jamais \u00e0 la fon\u00adtaine le cres\u00adson tendre cueilli en toute sai\u00adson ne fut si vert Et il piquait la langue comme mes\u00adsage de l\u2019eau et de la&nbsp;terre.<\/p>\n<p>C\u2019est au cours de la der\u00adni\u00e8re op\u00e9\u00adra\u00adtion \u00ab&nbsp;bif\u00adteck&nbsp;\u00bb (der\u00adni\u00e8re en date, il y en aura tel\u00adle\u00adment d\u2019autres), que je fus ame\u00adn\u00e9 \u00e0 pondre deux notes pour un grand heb\u00addo\u00adma\u00addaire, l\u2019une sur Coc\u00adteau et son \u00ab&nbsp;Clair-Obs\u00adcur&nbsp;\u00bb, l\u2019autre o\u00f9 je devais errer dans \u00ab&nbsp;Les Yeux et la M\u00e9moire&nbsp;\u00bb d\u2019Aragon (Mets ton habit scaphandrier&nbsp;!).<\/p>\n<p>Que le pre\u00admier po\u00e8me de \u00ab&nbsp;Clair-Obs\u00adcur&nbsp;\u00bb porte comme titre \u00ab&nbsp;Fou\u00addroyer&nbsp;\u00bb, que le der\u00adnier se nomme \u00ab&nbsp;Esco\u00adrial&nbsp;\u00bb, que tout au long de deux cents pages la mort soit presque tou\u00adjours pr\u00e9\u00adsente, voi\u00adl\u00e0 une indi\u00adca\u00adtion. Que de toutes ces peaux mortes de ser\u00adpents que furent ses livres, Coc\u00adteau se fasse un man\u00adteau de deuil et danse encore, mais le c\u0153ur n\u2019y est&nbsp;plus&nbsp;:<\/p>\n<poesie>Et qu\u2019avant d\u2019\u00e9pouser la mort je m\u2019accoutume<br>\n\u00c0 faire sem\u00adblant de mourir<\/poesie>\n<p>Voi\u00adl\u00e0 une autre indication<\/p>\n<p>C\u2019est Mau\u00adrice Sachs qui consta\u00adtait que Coc\u00adteau avait mis son g\u00e9nie dans sa vie plu\u00adt\u00f4t que dans son&nbsp;\u0153uvre.<\/p>\n<p>Dans \u00ab&nbsp;Clair-Obs\u00adcur&nbsp;\u00bb quelque chose se d\u00e9clenche. De la ren\u00adcontre du po\u00e8te et de la mort na\u00eet la cer\u00adti\u00adtude que le pre\u00admier ne tient plus toutes les r\u00eanes. D\u00e9j\u00e0 dans \u00ab&nbsp;Les Parents ter\u00adribles&nbsp;\u00bb la mort aver\u00adtis\u00adsait, tra\u00adquait, puis frap\u00adpait. L\u00e0, elle est dans la chair du po\u00e8te. Et si elle y est trai\u00adt\u00e9e sou\u00advent encore en per\u00adson\u00adnage roman\u00adtique en fal\u00adba\u00adlas, avec tout ce que cela com\u00adporte de chat\u00adte\u00adries et de coquet\u00adte\u00adries, on sent tou\u00adjours chez Coc\u00adteau une v\u00e9ri\u00adtable angoisse.<\/p>\n<p>Ce po\u00e8te de la jeu\u00adnesse, tou\u00adjours tour\u00adn\u00e9 vers elle, et qui refu\u00adsait obs\u00adti\u00adn\u00e9\u00adment de vieillir se sait bles\u00ads\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Soleil de mes vingt ans vous offen\u00adsez mes ombres \u2013 De vos yeux indis\u00adcrets&nbsp;\u00bb. Pour la pre\u00admi\u00e8re fois, le temps lui \u00e9chappe, et \u00e0 son tour impose ses lois. Vain\u00adcu par cette vitesse qu\u2019il a tant aim\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;Temps, j\u2019aimerais te prendre en faute&nbsp;\u00bb. Jamais le monde de Coc\u00adteau n\u2019a autant pen\u00adch\u00e9 vers celui de la r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, mais il pressent qu\u2019il va s\u2019y perdre. \u00ab&nbsp;Clair-Obs\u00adcur&nbsp;\u00bb reprend tous les th\u00e8mes chers \u00e0 Coc\u00adteau, et par-des\u00adsus tout celui de la jeu\u00adnesse qui se sui\u00adcide. Mais tout y est las de tout super\u00adfi\u00adciel\u00adle\u00adment. Cette recherche obses\u00adsion\u00adnelle de la liber\u00adt\u00e9, d\u2019une liber\u00adt\u00e9 sans racine&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019ai qua\u00adrante ans v\u00e9cu dans tes molles entraves \u2013 Sour\u00adnoise liber\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb, fait de lui presque un faux t\u00e9moin, de l\u00e0 na\u00eet le drame, et un Coc\u00adteau asc\u00e8te appa\u00adra\u00eet&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ne suis-je pas le cri du silence \u00e0 l\u2019envers.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et lorsque la v\u00e9ri\u00adt\u00e9 sur\u00adgit, il se perd un peu plus (\u0152dipe d\u00e9j\u00e0 se cre\u00advait les yeux, Galaad res\u00adtait aveugle)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette terre apr\u00e8s tout n\u2019\u00e9tait pas ma patrie \u2013 Mes papiers sont des faux.&nbsp;\u00bb \u00c0 tra\u00advers toutes les m\u00e9ta\u00admor\u00adphoses, il y a chez l\u2019auteur des \u00ab&nbsp;Enfants ter\u00adribles&nbsp;\u00bb une conti\u00adnui\u00adt\u00e9 po\u00e9\u00adtique. Si dans \u00ab&nbsp;Clair-Obs\u00adcur&nbsp;\u00bb les pirouettes se trouvent encore, si l\u00e0 comme ailleurs il paie la lourde ran\u00ad\u00e7on de son agi\u00adli\u00adt\u00e9, de sa ver\u00adsa\u00adti\u00adli\u00adt\u00e9, son ton est plus grave, et moins pr\u00e9\u00adsent son d\u00e9sordre savam\u00adment ordon\u00adn\u00e9, on y retrouve les mots jux\u00adta\u00adpo\u00ads\u00e9s mais non joints. Et si le meilleur voi\u00adsine avec le pire, la langue est sou\u00advent belle, m\u00e9lo\u00addieuse&nbsp;; effi\u00adcace, aux accents presque clas\u00adsiques. Deux ou trois, po\u00e8mes&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Les\u00adsive&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Petite Chan\u00adson&nbsp;\u00bb sont des r\u00e9us\u00adsites, \u00e9chos du meilleur \u00ab&nbsp;Voca\u00adbu\u00adlaire&nbsp;\u00bb. II y est plus qu\u2019habile, mais clair\u00advoyant plus que jamais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un ange impuis\u00adsant exi\u00adl\u00e9 du&nbsp;ciel.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et l\u2019Arlequin triste \u00e9meut quand il \u00e9crit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cach\u00e9, je vis cach\u00e9 sous un man\u00adteau de fables \/\u200b Plus tenace que la poix \/\u200b Et ne laisse jamais d\u2019empreintes sur vos sables \/\u200b Mon corps n\u2019ayant aucun poids.&nbsp;\u00bb Il reste en m\u00e9moire que \u00ab&nbsp;La po\u00e9\u00adsie est une cala\u00admi\u00adt\u00e9 de nais\u00adsance&nbsp;\u00bb, que Coc\u00adteau trom\u00adpeur trom\u00adp\u00e9 se perd dans sa nuit&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est du sang que je saigne \u2013 C\u2019est de l\u2019encre qui sort.&nbsp;\u00bb Pris au pi\u00e8ge ten\u00addu par lui il sait qu\u2019il doit&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00e9cou\u00adter sans se trou\u00adver d\u2019excuse sa condam\u00adna\u00adtion \u00e0&nbsp;mort&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Je fis cette note dans la jour\u00adn\u00e9e, un ven\u00addre\u00addi. Le m\u00eame soir je com\u00admen\u00ad\u00e7ais la lec\u00adture des \u00ab&nbsp;Yeux et la M\u00e9moire&nbsp;\u00bb. Il est cer\u00adtain choc lit\u00adt\u00e9\u00adraire qui d\u00e9cide d\u2019une vie&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il faut \u00e0 chaque vers d\u00e9cou\u00advrir l\u2019Am\u00e9rique \u2013 Pour arri\u00adver \u00e0 la che\u00adville de la nuit.&nbsp;\u00bb Je fus ras\u00adsu\u00adr\u00e9 sur-le-champ, Ara\u00adgon marche sous un soleil de plomb. \u00ab&nbsp;Le tra\u00advail et l\u2019amour changent le chant mys\u00adtique \u2013 Et tout d\u00e9pend vers qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve l\u2019hosanna \u2013 On boit dans le verre qu\u2019on a.&nbsp;\u00bb Le verre d\u2019Aragon n\u2019a pas de fond. \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre aveu\u00adgl\u00e9\u00adment nau\u00adfra\u00adgeur de toi-m\u00eame&nbsp;\u00bb, c\u2019est d\u2019un vir\u00adtuose. Il y aurait beau\u00adcoup \u00e0 dire sur \u00ab&nbsp;aveu\u00adgl\u00e9\u00adment&nbsp;\u00bb. Ara\u00adgon aveugle&nbsp;? C\u2019est peut-\u00eatre de sa part la seule chose qui pour\u00adrait encore \u00e9ton\u00adner. Et le petit-lait conti\u00adnue \u00e0 jaillir. La plume embaume \u00e0 coup s\u00fbr, et il n\u2019a plus \u00e0 se d\u00e9han\u00adcher pour venir \u00e0 bout de sa t\u00e2che imb\u00e9cile.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Le train s\u2019en va la vie aus\u00adsi&nbsp;\u00bb \u2013 \u00ab&nbsp;Et je vois cette aurore et que bien l\u2019on m\u2019entende \u2013 L\u2019Olympe illu\u00admine de cette aurore-l\u00e0 \u2013 Zato\u00adpek ou Pas\u00adteur comme \u00e0 l\u2019assaut des Andes\u2026\u00bb (<code>?<\/code>)<\/p>\n<p>Mais \u00e0 ce petit jeu-l\u00e0 l\u2019auteur s\u2019essouffle, le lec\u00adteur aus\u00adsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Car tout ram\u00e8ne l\u2019homme au c\u0153ur de la bataille \u2013 Serait-ce le d\u00e9tour de quelque voie lac\u00adt\u00e9e \u2013 Serait-ce le d\u00e9tour de la bana\u00adli\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Comme je m\u2019arr\u00eatais, simple ques\u00adtion d\u2019haleine&nbsp;\u00bb \u2013 \u00ab&nbsp;Rien ne passe apr\u00e8s tout si ce n\u2019est le pas\u00adsant&nbsp;\u00bb. Heu\u00adreu\u00adse\u00adment le mar\u00adchand de sable pas\u00adsa aus\u00adsi. Je fus cette nuit-l\u00e0 un car\u00adre\u00adfour tr\u00e8s fr\u00e9\u00adquen\u00adt\u00e9. Haut lieu o\u00f9 souf\u00adflait l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Dimanche apr\u00e8s-midi. Elle est arri\u00adv\u00e9e hier en stop, \u00e0 deux heures du matin, petite boule \u00e9bou\u00adrif\u00adf\u00e9e de froid et de pluie. Nous occu\u00adpons un loge\u00adment pr\u00ea\u00adt\u00e9 pour quelques jours. Nous sommes sous les toits au sixi\u00e8me. Toute la nuit le vent et la pluie m\u2019ont tenu \u00e9veill\u00e9 dans les marges de notre temps. J\u2019ai repris le tra\u00advail depuis quelques ins\u00adtants. Je n\u2019ai trans\u00adpor\u00adt\u00e9 que les quelques livres indis\u00adpen\u00adsables. La pi\u00e8ce est petite. Un feu fait avec trois ou quatre livres poli\u00adciers se meurt dans la che\u00admi\u00adn\u00e9e. Elle est allon\u00adg\u00e9e et elle fume un peu loin\u00adtaine. Un livre est ouvert pr\u00e8s d\u2019elle, mais elle ne lit pas. De temps en temps, elle l\u00e8ve les yeux et me regarde, que cherche-t-elle&nbsp;? Les jours longs sans elle&nbsp;? Je com\u00adprends cette panique de l\u2019absence, cette den\u00adtelle empoi\u00adson\u00adn\u00e9e et fas\u00adci\u00adnante qu\u2019on froisse sans rel\u00e2che entre ses mains, et le froid de tous les petits trous vides, ses propres doigts retrou\u00adv\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 de la den\u00adtelle \u2013 \u00e9ter\u00adnel gag du miroir bri\u00ads\u00e9. Le poste de TSF est allu\u00adm\u00e9, bas. Il y a encore le vent et la pluie. Sou\u00advent n\u2019y tenant plus, d\u00e9pas\u00ads\u00e9, j\u2019\u00e9clate et je lui lis quelques vers, vou\u00adlant lui faire par\u00adta\u00adger ma col\u00e8re et\u2026 l\u2019inqui\u00e9tude d\u2019Aragon envers les \u00ab&nbsp;demains&nbsp;\u00bb qui d\u2019apr\u00e8s le Coran doivent chanter&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u00ab&nbsp;Nous ris\u00adquons avec eux de tom\u00adber sur un manche<br>\nLes jeunes gens c\u2019est une autre paire de manches.&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/poesie>\n<p>Cin\u00adquante-sept pages d\u2019explications accom\u00adpagnent les cent soixante de pure semence. Aucune inten\u00adtion ne reste dans l\u2019ombre. \u00ab&nbsp;Les Yeux et la M\u00e9moire&nbsp;\u00bb font pen\u00adser \u00e0 ce repas ser\u00advi au Char\u00adlot-cobaye des \u00ab&nbsp;Temps Modernes&nbsp;\u00bb. Plus rien \u00e0 faire, la machine fait tout et les bras et les jambes li\u00e9s \u00ab&nbsp;le fils de la femme&nbsp;\u00bb n\u2019a plus qu\u2019\u00e0 ava\u00adler le brouet d\u00e9li\u00adcieux pr\u00e9\u00adpa\u00adr\u00e9 dans les offi\u00adcines sacro-saintes.<\/p>\n<p>\u00c0 grand ren\u00adfort d\u2019antiseptiques, voi\u00adl\u00e0 des id\u00e9es, des pen\u00ads\u00e9es en sauce inof\u00adfen\u00adsive. Et voi\u00adl\u00e0 D\u00e9rou\u00adl\u00e8de, il avait du&nbsp;g\u00e9nie.<\/p>\n<p>Me revient cette his\u00adtoire arri\u00adv\u00e9e dans l\u2019atelier du sculp\u00adteur Lip\u00adchitz. Un char\u00adbon\u00adnier venait de lui livrer de la pierre noire et, peu pres\u00ads\u00e9, tar\u00addait, tour\u00adnait autour des \u0153uvres. Dans un coin de l\u2019atelier, il y avait une femme \u00ab&nbsp;res\u00adsem\u00adblante&nbsp;\u00bb, et au centre \u00ab&nbsp;Le chant des voyelles&nbsp;\u00bb, cette pi\u00e8ce immense que l\u2019on peut voir au Mus\u00e9e d\u2019Art Moderne. Lip\u00adchitz deman\u00adda au char\u00adbon\u00adnier quelle \u0153uvre il empor\u00adte\u00adrait s\u2019il avait le choix. \u00c0 la stu\u00adp\u00e9\u00adfac\u00adtion du sculp\u00adteur, il lui fut r\u00e9pon\u00addu&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le chant des voyelles&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;parce que c\u2019\u00e9tait atti\u00adrant, parce qu\u2019il y avait un mys\u00adt\u00e8re dans cette \u0153uvre, qu\u2019on sen\u00adtait mais ne pou\u00advait d\u00e9fi\u00adnir. Et parce que si \u201con\u201d nous aide, nous devons aus\u00adsi com\u00adprendre.&nbsp;\u00bb Que pense Ara\u00adgon de ce char\u00adbon\u00adnier&nbsp;? De ceux qui ne croient pas \u00ab&nbsp;qu\u2019il y a un art pour eux, et un art pour nous&nbsp;\u00bb&nbsp;? L\u2019humiliation \u00e0 la longue ne paie pas et le peuple ne la par\u00addonne pas. Dans cette \u00ab&nbsp;humi\u00adlia\u00adtion&nbsp;\u00bb fabri\u00adqu\u00e9e, il entre de la suf\u00adfi\u00adsance, et \u00e7a pue. V\u00e9ri\u00adt\u00e9 trop d\u00e9mon\u00adtr\u00e9e par ces \u00ab&nbsp;cr\u00e9a\u00adteurs qui sont des phi\u00adlo\u00adsophes hon\u00adteux&nbsp;\u00bb dont parle&nbsp;Camus.<\/p>\n<p>Paro\u00addiant un jour\u00adnal pari\u00adsien qui sur la pre\u00admi\u00e8re page de ses num\u00e9\u00adros donne un por\u00adtrait de l\u2019homme de la semaine sui\u00advi d\u2019une phrase \u2013 d\u2019un grand clas\u00adsique de pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adrence \u2013 on pour\u00adrait sous la pho\u00adto d\u2019Aragon col\u00adler cette phrase de Michaux&nbsp;: \u00ab&nbsp;O\u00f9 est votre digni\u00adt\u00e9 de roseau pensant&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Devant ces yeux atteints de stra\u00adbisme convergent sou\u00advent je d\u00e9crochais.<\/p>\n<p>\u00c0 la radio, il y a eu un mor\u00adceau de musique, je ne me sou\u00adviens plus de ce que c\u2019\u00e9tait. Mais elle aimait et m\u2019avait deman\u00add\u00e9 l\u2019autorisation de mon\u00adter le poste. \u00c7a ne me d\u00e9ran\u00adgeait pas, je crois m\u00eame que la m\u00e9lo\u00addie m\u2019entra\u00eenait et fai\u00adsait vague avec mes pen\u00ads\u00e9es, les pous\u00adsant contre le rivage d\u00e9chi\u00adque\u00adt\u00e9. Je n\u2019entendais plus la musique, mais dans ce que je res\u00adsen\u00adtais elle \u00e9tait aux c\u00f4t\u00e9s de la col\u00e8re, du sen\u00adti\u00adment de l\u2019absurde, de la honte, et je me trai\u00adtais de ch\u00e2\u00adtr\u00e9 parce que je lisais, parce que pour vivre, pour faire mon tra\u00advail, je devais aller au bout de ces \u00ab&nbsp;yeux&nbsp;\u00bb et de cette \u00ab&nbsp;m\u00e9moire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>M\u00eame le \u00ab&nbsp;ren\u00addu&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;m\u00e9tier&nbsp;\u00bb si chers aux r\u00e9a\u00adlistes sociaux y essuient quelques m\u00e9chants coups. Les vers ont par\u00adfois des gr\u00e2ces \u00e9l\u00e9phantesques&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Mal\u00adgr\u00e9 tout je vous dis que cette vie fut telle \u2013 Qu\u2019\u00e0 qui vou\u00addra m\u2019entendre \u00e0 qui je parle ici\u2026&nbsp;\u00bb Pour \u00ab&nbsp;Trai\u00adt\u00e9 du Style&nbsp;\u00bb <em>in memo\u00adriam<\/em>.<\/p>\n<p>Pris par cer\u00adtains, \u00e0 juste titre d\u2019ailleurs, pour l\u2019un des \u00e9cri\u00advains les plus dou\u00e9s, les plus brillants, l\u2019auteur du \u00ab&nbsp;Pay\u00adsan de Paris&nbsp;\u00bb a le visage m\u00eame d\u2019une forme de sui\u00adcide, la seule inac\u00adcep\u00adtable. Cette course \u00e0 l\u2019abrutissement, cette putas\u00adse\u00adrie \u2013 \u00ab&nbsp;je lui crois une nature un peu femme&nbsp;\u00bb, disait Vic\u00adtor Craste \u2013 cette sur\u00aden\u00adch\u00e8re \u00e0 la flat\u00adte\u00adrie sont r\u00e9pu\u00adgnants. Et qu\u2019on ne vienne pas me dire qu\u2019il rentre l\u00e0-dedans une part de jeu. Canu\u00adlard&nbsp;? je ne le crois pas, et de toute fa\u00e7on les temps de ces pirouettes intel\u00adlec\u00adtuelles, de ces mumuses ch\u00e8res \u00e0 quelques Nere\u00adfenes sont un peu caducs.<\/p>\n<p>C\u2019est dans Lau\u00adtr\u00e9a\u00admont que j\u2019ai relu voi\u00adci quelques jours cette ex\u00e9\u00adcu\u00adtion&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il y a des \u00e9cri\u00advains rava\u00adl\u00e9s, dan\u00adge\u00adreux lous\u00adtics, far\u00adceurs au quar\u00adte\u00adron, sombres mys\u00adti\u00adfi\u00adca\u00adteurs, v\u00e9ri\u00adtables ali\u00e9\u00adn\u00e9s qui m\u00e9ri\u00adte\u00adraient de peu\u00adpler Bic\u00eatre. Leurs t\u00eates cr\u00e9\u00adti\u00adni\u00adsantes, d\u2019o\u00f9 une tuile a \u00e9t\u00e9 enle\u00adv\u00e9e, cr\u00e9ent des fan\u00adt\u00f4mes gigan\u00adtesques qui des\u00adcendent au lieu de mon\u00adter. Exer\u00adcice sca\u00adbreux, gym\u00adnas\u00adtique sp\u00e9\u00adcieuse. Pas\u00adsez donc, gro\u00adtesque mus\u00adcade. S\u2019il vous pla\u00eet, reti\u00adrez-vous de ma pr\u00e9\u00adsence, fabri\u00adca\u00adteurs \u00e0 la dou\u00adzaine de r\u00e9bus d\u00e9fen\u00addus, dans les\u00adquels je n\u2019apercevais pas aupa\u00adra\u00advant du pre\u00admier coup comme aujourd\u2019hui le joint de la solu\u00adtion fri\u00advole. Cas patho\u00adlo\u00adgique d\u2019un \u00e9go\u00efsme for\u00admi\u00addable. Auto\u00admates fan\u00adtas\u00adtiques&nbsp;: indi\u00adquez-vous du doigt, l\u2019un \u00e0 l\u2019autre mes enfants, l\u2019\u00e9pith\u00e8te qui les remet \u00e0 leur&nbsp;place.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Assis ou non dans ses r\u00eaves modiques.&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous aurons le repos que le tra\u00advail pro\u00adcure.&nbsp;\u00bb Car&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je me sou\u00adviens pour moi la vie est un th\u00e9\u00e2tre.&nbsp;\u00bb Et, \u00ab&nbsp;Le sac lourd \u00e0 l\u2019\u00e9chine et le c\u0153ur d\u00e9vas\u00adt\u00e9 \u2013 Cet impos\u00adsible choix d\u2019\u00eatre et d\u2019avoir \u00e9t\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>La lec\u00adture ache\u00adv\u00e9e, j\u2019avais l\u2019\u00e2me neuve d\u2019Alice au pays des Mer\u00adveilles&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous direz que les mots \u00e9per\u00addu\u00adment me grisent \u2013 Et que j\u2019y crois go\u00fb\u00adter le vin de l\u2019infini.&nbsp;\u00bb Mais c\u2019\u00e9tait la sagesse, mais c\u2019\u00e9tait la fra\u00adter\u00adni\u00adt\u00e9. Et nous irons nous redi\u00adsant sans cesse les deux der\u00adniers vers des \u00ab&nbsp;Yeux et la M\u00e9moire&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;Tais-toi l\u2019atome et toi canon cesse ta toux \u2013 Par\u00adtout ces\u00adsez le feu ces\u00adsez le feu par\u00adtout.&nbsp;\u00bb Ah&nbsp;mais&nbsp;!<\/p>\n<p>Et puis sur les ondes il y a eu un bul\u00adle\u00adtin d\u2019information, sui\u00advi d\u2019un appel \u00e0 la popu\u00adla\u00adtion en faveur des marins bre\u00adtons per\u00addus en mer, soixante-quatre pour cette seule tem\u00adp\u00eate et elle n\u2019\u00e9tait pas finie. Quel dr\u00f4le de pays. Incons\u00adcience&nbsp;? Digni\u00adt\u00e9 per\u00addue&nbsp;? Peuple mort d\u2019un monde mort. \u00c0 chaque catas\u00adtrophe la m\u00eame chan\u00adson. L\u2019appel du ministre int\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9, l\u2019appel, l\u2019aum\u00f4ne. Il faut que l\u2019aide vienne d\u2019en bas. En haut on ne peut plus, on nage dans une telle gadoue. Avec encore \u00e0 la bouche le go\u00fbt fade de la tra\u00adg\u00e9\u00addie bouf\u00adfonne de l\u2019abb\u00e9 Pierre \u00ab&nbsp;le lys dans la gadoue&nbsp;\u00bb. Les qu\u00eates, Dien Bien Phu, Orl\u00e9ans\u00adville, les marins per\u00addus, les inon\u00adda\u00adtions, les 500 000 francs du Saint-P\u00e8re \u00ab&nbsp;Mon\u00adsieur Tout Blanc dans vos ch\u00e2\u00adteaux en Ita\u00adlie&nbsp;\u00bb, le ch\u00e8que de Mon\u00adsieur Cha\u00adplin. Je voyais les c\u00f4tes bre\u00adtonnes. Mer et gra\u00adnit. Com\u00adbat de ser\u00adpents, long, cruel. Mais la terre a la gueule la plus grande. Elle dig\u00e9\u00adra une fois encore. Ciel gris cou\u00adch\u00e9, marins noy\u00e9s, les filets bleus de Concar\u00adneau. Le grand com\u00adbat de l\u2019homme silen\u00adcieux contre les vagues sans cesse recom\u00admen\u00adc\u00e9es. Com\u00adbat absurde. Une l\u00e9gende bre\u00adtonne donne \u00e0 Ankou (la mort) les traits habi\u00adtuels du sque\u00adlette f\u00e9mi\u00adnin (pour\u00adquoi suis-je s\u00fbr de cette f\u00e9mi\u00adni\u00adt\u00e9&nbsp;?) avec sa faux et sa char\u00adrette fan\u00adt\u00f4me. Mais la faux s\u2019attaque aux m\u00e2ts des navires, longs \u00e9pis per\u00addus, les coque\u00adli\u00adcots s\u2019arrachent avec.<\/p>\n<p>C\u2019est pen\u00addant cette qu\u00eate radio\u00adpho\u00adnique que toutes ces don\u00adn\u00e9es&nbsp;: le chant d\u2019arbre mort de Coc\u00adteau, le sui\u00adcide sans gran\u00addeur d\u2019Aragon, la peau de soixante-quatre hommes de la mer se tres\u00ads\u00e8rent. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019elles se m\u00eal\u00e8rent pour moi en un dr\u00f4le de nou\u00adgat, indi\u00adgeste comme celui des f\u00eates foraines, vert putain et rose bon\u00adbon. Les dents d\u00e9j\u00e0 dans cette frian\u00addise de foire, j\u2019ai ten\u00adt\u00e9 d\u2019esquisser ce \u00ab&nbsp;tilt&nbsp;\u00bb qui s\u2019inscrit en lettres rouges dans le coin \u00e0 droite pr\u00e8s des \u00ab&nbsp;pin-ups&nbsp;\u00bb. Les \u00ab&nbsp;20 F&nbsp;\u00bb je les ai mis dans l\u2019appareil \u00e0 sous, j\u2019avais cinq billes. Mais le jeu est tru\u00adqu\u00e9 ou alors je remue trop, mais \u00e7a a fait \u00ab&nbsp;tilt&nbsp;\u00bb comme souvent.<\/p>\n<p>La mer a tout enva\u00adhi, et ses hommes. Ici dans la chambre, elle com\u00admande et impose son rythme. Je me sou\u00adviens qu\u2019il y a quelques mois j\u2019avais \u00e9t\u00e9 frap\u00adp\u00e9 par un essai de Pierre Dumayet trou\u00adv\u00e9 dans un ancien num\u00e9\u00adro de la revue \u00ab&nbsp;Les Lettres&nbsp;\u00bb sur Hen\u00adri Michaux et la mer. Pour l\u2019auteur de \u00ab&nbsp;La Nuit remue&nbsp;\u00bb, h\u00e9ri\u00adtier direct du \u00ab&nbsp;Je te salue vieil oc\u00e9an&nbsp;\u00bb d\u2019Isidore Ducasse, la mer est \u00ab&nbsp;la r\u00e9p\u00e9\u00adti\u00adtion d\u2019un peu d\u2019eau, la r\u00e9p\u00e9\u00adti\u00adtion consi\u00add\u00e9\u00adrable\u2026\u00bb \u00ab&nbsp;Et l\u2019eau est bien la chose la plus nulle, la plus incon\u00adsis\u00adtante qui soit.&nbsp;\u00bb Pour Michaux, elle pla\u00eet au faible parce que sa fai\u00adblesse n\u2019est rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la sienne, et elle reste clou\u00e9e \u00e0 son lit, un peu de sable l\u2019arr\u00eate&nbsp;: \u00ab&nbsp;On regarde les vagues dans les yeux\u2026 On sait qu\u2019elles ont honte elles&nbsp;aussi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Peuple de la mer, monde marin, inquiet et s\u00fbr, solide et liquide. Homme li\u00e9 \u00e0 la mer, comme elle atta\u00adch\u00e9 \u00e0 son lit. C\u2019est dans ce lit entre les quatre rivages, que la vie se tient toute, les joies, les peines et les col\u00e8res. Immense et pour\u00adtant bor\u00adn\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Avez-vous vu, dit Michaux, avez-vous vu main\u00adte\u00adnant&nbsp;? Eh bien, quand on a vu \u00e7a, on a vu ce qui comp\u00adtait, on peut jeter ses yeux, on n\u2019en a plus besoin.&nbsp;\u00bb \u00c9chec de la mer&nbsp;? Sen\u00adsa\u00adtion de vide&nbsp;? P\u00e2te du monde, refus et accep\u00adta\u00adtion&nbsp;? \u00c9chec de l\u2019homme&nbsp;? \u00ab&nbsp;Vraie v\u00e9ri\u00adt\u00e9&nbsp;\u00bb tou\u00adjours cher\u00adch\u00e9e, tou\u00adjours \u00e9chap\u00adp\u00e9e&nbsp;? Mais sous les pieds de l\u2019homme, il faut la sen\u00adsa\u00adtion de quelque chose d\u2019aim\u00e9 et de res\u00adpec\u00adt\u00e9, de craint, de connu et d\u2019ignor\u00e9, de rythme nour\u00adri\u00adcier, sinon point de salut. La mer est cela, on dit de ses hommes qu\u2019ils ont le pied marin. Peuple de la&nbsp;mer.<\/p>\n<p>Les vingt-cinq ann\u00e9es qui viennent de s\u2019\u00e9couler ont \u00e9t\u00e9 fatales dans notre Europe occi\u00adden\u00adtale plus qu\u2019ailleurs \u00e0 la notion de peuple atta\u00adch\u00e9e \u00e0 la notion de patrie. P\u00e2te tel\u00adle\u00adment bras\u00ads\u00e9e, trou\u00e9e par tous les vents. Il faut une force pri\u00admaire, \u00ab&nbsp;triom\u00adphante&nbsp;\u00bb, il faut ce \u00ab&nbsp;plan\u00adcher&nbsp;\u00bb dont on par\u00adlait plus haut pour qu\u2019une com\u00admu\u00adnau\u00adt\u00e9 existe. En Europe occi\u00adden\u00adtale, je ne vois que l\u2019Espagne qui soit un peuple. Peuple de la mer, peuple d\u2019Espagne, aus\u00adsi vrais l\u2019un que l\u2019autre. Cer\u00adtaines choses pro\u00adfondes com\u00admunes aux deux les font se res\u00adsem\u00adbler. Ils gardent en eux quelques cailloux de digni\u00adt\u00e9 qui sont les pierres \u00e0 feu de tout temps vou\u00adlu et v\u00e9cu, gran\u00addeur et simplicit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 vous, cher Sam\u00adson, si vous le vou\u00adlez bien, plus par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment les lignes qui suivent.<\/p>\n<p>\u00c0 votre pas\u00adsage \u00e0 Paris, en sep\u00adtembre, nous nous \u00e9tions retrou\u00adv\u00e9s \u00e0 la ter\u00adrasse d\u2019un caf\u00e9 place Saint-Michel. Le \u00ab&nbsp;D\u00e9part&nbsp;\u00bb ou le \u00ab&nbsp;Ter\u00admi\u00adnus&nbsp;\u00bb&nbsp;? Bah, \u00e7a d\u00e9pend du sens de la marche&nbsp;! Je vous avais par\u00adl\u00e9 d\u2019une id\u00e9e que je cares\u00adsais depuis deux ans. J\u2019ai l\u2019Espagne enfon\u00adc\u00e9e dans la chair comme une \u00e9pine noire, et \u00e7a s\u2019infecte.<\/p>\n<p>Je vous disais l\u2019envie que j\u2019avais de r\u00e9unir des textes des grands fr\u00e8res, de ceux qui ont vu Madrid \u00ab&nbsp;sou\u00adrire avec du plomb dans les entrailles&nbsp;\u00bb [[Anto\u00adnio Macha\u00addo.]], et puis \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s les voix des autres, ceux de ma g\u00e9n\u00e9\u00adra\u00adtion, ceux pour qui l\u2019Espagne fut le pre\u00admier \u00e9cho de la guerre. \u00c9cho ou coup de crosse contre la porte, le fait que l\u00e0 c\u2019\u00e9tait le d\u00e9part, et la course n\u2019est pas finie. \u00c0 ce livre, \u00e0 cette amer\u00adtume et \u00e0 cet espoir par\u00adta\u00adg\u00e9s, j\u2019esp\u00e8re arri\u00adver. Je vou\u00addrais que Camus et Char soient les pre\u00admi\u00e8res voix, et Jos\u00e9 Her\u00adre\u00adra Pete\u00adr\u00e9, et d\u2019autres, et puis nous qui avons aux envi\u00adrons de trente ans. Je vou\u00addrais que quelques voix iso\u00adl\u00e9es se r\u00e9unissent en fais\u00adceau. T\u00e9moi\u00adgnage que l\u2019Espagne est vivante.<\/p>\n<p>J\u2019ai la cer\u00adti\u00adtude que comme la mort a impo\u00ads\u00e9 son alpha\u00adbet l\u00e0-bas, c\u2019est l\u00e0-bas qu\u2019il fau\u00addra la vaincre. \u00c0 ce sen\u00adti\u00adment est m\u00eal\u00e9 un sens magique, \u00ab&nbsp;exor\u00adcisme&nbsp;\u00bb presque. Espagne tra\u00adhie, monde tra\u00adhi. Espagne ven\u00addue, assas\u00adsi\u00adn\u00e9e. Je vous disais cela Sam\u00adson et vous m\u2019avez r\u00e9pon\u00addu (vous pen\u00adsiez \u00e0 \u00ab&nbsp;T\u00e9moins&nbsp;\u00bb, cer\u00adtai\u00adne\u00adment)&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un num\u00e9\u00adro sur l\u2019Espagne, \u00e7a date&nbsp;\u00bb [[Je n\u2019ai pas pu dire cela. La preuve&nbsp;: si je l\u2019avais dit, et dit comme \u00e7a, Mor\u00advan, je l\u2019esp\u00e8re bien, m\u2019aurait cas\u00ads\u00e9 la figure. Ce qui \u00ab&nbsp;date&nbsp;\u00bb \u2013 j\u2019ai hor\u00adreur de ce mot \u2013 ce n\u2019est pas \u00e9vi\u00addem\u00adment, h\u00e9las&nbsp;! la tra\u00adg\u00e9\u00addie plus que jamais dou\u00adlou\u00adreuse de l\u2019Espagne, mais les id\u00e9o\u00adlo\u00adgies, m\u00eame les n\u00f4tres, pour les\u00adquelles on s\u2019est bat\u00adtu. Si, dans l\u2019entretien que Mor\u00advan rap\u00adporte, j\u2019ai pu pen\u00adser et dire qu\u2019un cahier de revue des\u00adti\u00adn\u00e9 \u00e0 r\u00e9af\u00adfir\u00admer les \u00ab&nbsp;dogmes&nbsp;\u00bb, f\u00fbt-ce ceux-l\u00e0 m\u00eame de l\u2019antidogmatisme liber\u00adtaire, ne par\u00adle\u00adrait plus au pr\u00e9\u00adsent, ce n\u2019\u00e9tait pas, Mor\u00advan doit s\u2019en dou\u00adter, pour pr\u00ea\u00adcher la cause de je ne sais quel d\u00e9ta\u00adche\u00adment, de l\u2019oubli, d\u2019une basse infi\u00add\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e0 nos fr\u00e8res espa\u00adgnols, tu\u00e9s ou sur\u00advi\u00advants. Peut-\u00eatre, en cette trop br\u00e8ve ren\u00adcontre de sep\u00adtembre, ai-je sim\u00adple\u00adment vou\u00adlu \u2013 oui, c\u2019est cer\u00adtai\u00adne\u00adment cela \u2013 en appe\u00adler \u00e0 la conscience, que nous nous devons \u00e0 nous-m\u00eames et aus\u00adsi aux vic\u00adtimes, que tous les pro\u00adbl\u00e8mes doivent \u00eatre pos\u00e9s \u00e0 nou\u00adveau. \u00ab&nbsp;Table rase&nbsp;\u00bb, comme pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment je m\u2019en explique ailleurs dans ce \u00ab&nbsp;Car\u00adnet&nbsp;\u00bb&nbsp;: table rase, non point de nos valeurs, mais de nos \u00ab&nbsp;opi\u00adnions&nbsp;\u00bb. \u00c7a n\u2019est pas moi qui invente cela, mais c\u2019est le tes\u00adta\u00adment, par exemple, d\u2019un Brup\u00adba\u00adcher, comme c\u2019est aus\u00adsi la le\u00e7on qui se d\u00e9gage de l\u2019actuelle m\u00e9di\u00adta\u00adtion d\u2019un Silone. Pieu\u00adse\u00adment res\u00adsas\u00adser un cat\u00e9\u00adchisme, f\u00fbt-il liber\u00adtaire, ce n\u2019est pas ser\u00advir la liber\u00adt\u00e9, la liber\u00adt\u00e9 liber\u00adtaire moins que toute autre. Et c\u2019est sans doute \u00e0 ce dan\u00adger-l\u00e0 que j\u2019ai pen\u00ads\u00e9 en \u00e9met\u00adtant, il se peut bien, une r\u00e9serve quant \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019un num\u00e9\u00adro sur l\u2019Espagne. Cher Mor\u00advan, ce n\u2019est pas cela, je le vois main\u00adte\u00adnant, que vous aviez en t\u00eate et au c\u0153ur. Moi aus\u00adsi, direz-vous, j\u2019aurais pu m\u2019en dou\u00adter. Bien s\u00fbr. Un cahier tel que vous le pro\u00adpo\u00adsez&nbsp;? D\u2019enthousiasme, \u2013 et le plus vite pos\u00adsible. (S.)]]. Oui, peut-\u00eatre, de vingt ans, l\u2019\u00e2ge de notre grande l\u00e2che\u00adt\u00e9, il y en a d\u2019autres. Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019accord, je ne le suis pas et ne le serai jamais. L\u2019antimilitarisme, le cri contre les tor\u00adtures, les camps, les d\u00e9por\u00adta\u00adtions, \u00e7a n\u2019est pas neuf non plus, et pour\u00adtant vous, d\u2019autres et moi nous crions. L\u2019Espagne est un immense camp de concen\u00adtra\u00adtion, et si depuis quelques mois on peut y m\u00e2cher du che\u00adwing-gum, \u00e7a ne change rien, \u2013 si la cer\u00adti\u00adtude s\u2019impose de la der\u00adni\u00e8re tra\u00adhi\u00adson, Fran\u00adco \u00e0 l\u2019Unesco et puis \u00e0 l\u2019ONU.<\/p>\n<p>De la fa\u00e7on dont les choses se pr\u00e9\u00adsentent. De la fa\u00e7on dont l\u2019engrenage nous guette, l\u2019adaptation pour exis\u00adter devient presque impos\u00adsible si l\u2019on veut gar\u00adder aux creux des mains les deux cailloux pour l\u2019\u00e9tincelle. Entre le d\u00e9ses\u00adpoir de Coc\u00adteau iso\u00adl\u00e9 \u00e0 jamais et le faux t\u00e9moi\u00adgnage d\u2019Aragon je ne choi\u00adsis pas. On ne choi\u00adsit pas entre la peste et le cho\u00adl\u00e9\u00adra disait Jules Guesde, je&nbsp;crois.<\/p>\n<p>\u00c0 corps per\u00addu, je vais ailleurs, pour quelques bou\u00e9es dans un che\u00adnal que sur\u00adveille la mort. Pour vivre cette phrase de John Dos Pas\u00adsos&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tant qu\u2019il y a une classe inf\u00e9\u00adrieure j\u2019en suis, tant qu\u2019il y a une classe cri\u00admi\u00adnelle j\u2019en suis, tant qu\u2019il y a une \u00e2me en pri\u00adson, je ne suis pas&nbsp;libre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Et puis tant pis pour tous&nbsp;les&nbsp;\u00ab<br>&nbsp;tilts&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>[\/\u200bJean Jacques <sc>Mor\u00advan<\/sc>\/\u200b]\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 des dates assez r\u00e9gu\u00adli\u00e8res s\u2019impose pour moi l\u2019op\u00e9ration \u00ab&nbsp;bif\u00adteck&nbsp;\u00bb. J\u2019ai peu le sens de la vie quo\u00adti\u00addienne. Aso\u00adcial, il me faut peu pour vivre. Mais coin\u00adc\u00e9, vrai\u00adment agrip\u00adp\u00e9 \u00e0 la gorge par le manque d\u2019argent, je m\u2019affole. Main\u00adte\u00adnant sur\u00adtout, main\u00adte\u00adnant que je suis deux. En ce mois de d\u00e9cembre, c\u0153ur de l\u2019hiver, Paris, et&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[86],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-736","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n8-printemps-1955"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/736","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=736"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/736\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=736"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=736"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=736"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=736"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}