{"id":743,"date":"2007-08-24T00:24:00","date_gmt":"2007-08-24T00:24:00","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/paris-1902\/"},"modified":"2007-08-24T00:24:00","modified_gmt":"2007-08-24T00:24:00","slug":"paris-1902","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/paris-1902\/","title":{"rendered":"Paris 1902"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/743?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/743?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p>J\u2019avais dit adieu au pionicat.<\/p>\n<p>\u00c7a c\u2019\u00e9tait brus\u00adque\u00adment fait. La veille, je n\u2019y pen\u00adsais pas. D\u2019avoir trou\u00adv\u00e9 la porte du col\u00adl\u00e8ge fer\u00adm\u00e9e apr\u00e8s minuit \u2013 la grande porte \u00e9tait nor\u00adma\u00adle\u00adment fer\u00adm\u00e9e, mais il en exis\u00adtait une petite qui ne l\u2019\u00e9tait pas d\u2019habitude \u2013 et d\u2019\u00eatre obli\u00adg\u00e9 de sau\u00adter le mur pour ren\u00adtrer me cou\u00adcher, mon sang n\u2019avait fait qu\u2019un tour. Quoi, c\u2019\u00e9tait donc la caserne&nbsp;?<\/p>\n<p>Cette bri\u00admade du prin\u00adci\u00adpal, impos\u00adsible de l\u2019accepter. Peut-\u00eatre igno\u00adrait-il que je n\u2019\u00e9tais pas ren\u00adtr\u00e9&nbsp;? Au contraire, c\u2019est parce qu\u2019il le savait qu\u2019il avait don\u00adn\u00e9 ce tour de clef sup\u00adpl\u00e9\u00admen\u00adtaire. Il avait vu ou quelqu\u2019un lui avait signa\u00adl\u00e9 de petites affiches annon\u00ad\u00e7ant dans la r\u00e9gion une tour\u00adn\u00e9e de conf\u00e9\u00adrences anti\u00admi\u00adli\u00adta\u00adristes par Dubois-Des\u00adsaulle, un mili\u00adtant anar\u00adchiste d\u2019alors. La pre\u00admi\u00e8re de ces conf\u00e9\u00adrences avait eu lieu jus\u00adte\u00adment ce same\u00addi soir \u00e0 Vieux-Cond\u00e9. Il s\u2019\u00e9tait dit&nbsp;: mon bon\u00adhomme, puisque tu n\u2019es pas ren\u00adtr\u00e9 \u00e0 minuit, tu iras cou\u00adcher o\u00f9 tu voudras.<\/p>\n<p>Je sau\u00adtai donc le mur, mais rumi\u00adnai toute la nuit. Non, ce ne fut pas long&nbsp;; la d\u00e9ci\u00adsion s\u2019imposa tr\u00e8s vite. Au matin, je lui remet\u00adtrais ma d\u00e9mis\u00adsion de ma\u00eetre-r\u00e9p\u00e9\u00adti\u00adteur. Ce que je fis. Ce qu\u2019il accep\u00adta sans me poser de ques\u00adtions, sans me deman\u00adder d\u2019attendre mon rem\u00adpla\u00ad\u00e7ant. Comme s\u2019il n\u2019\u00e9tait pas autre\u00adment sur\u00adpris et comme s\u2019il s\u2019en trou\u00advait soulag\u00e9.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait un pauvre homme qui avait peur de tout. Il para\u00eet que dans sa jeu\u00adnesse il avait \u00e9t\u00e9 en Picar\u00addie un mili\u00adtant radi\u00adcal, \u00e0 un moment o\u00f9 un radi\u00adcal \u00e9tait un r\u00e9pu\u00adbli\u00adcain rouge, presque un r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire. \u00c7a lui avait valu quelques ennuis dans sa car\u00adri\u00e8re de pro\u00adfes\u00adseur. Il ne pen\u00adsait plus \u00e0 cette p\u00e9riode de sa vie qu\u2019avec frayeur. Il trem\u00adblait d\u2019ailleurs \u00e0 pro\u00adpos de tout. Quand il \u00e9cri\u00advait pour le ser\u00advice au rec\u00adteur de l\u2019acad\u00e9mie de Lille, il se croyait tenu d\u2019\u00e9num\u00e9rer tous les titres uni\u00adver\u00adsi\u00adtaires et hono\u00adri\u00adfiques du grand per\u00adson\u00adnage qui n\u2019en deman\u00addait pas tant, qui sans doute en sou\u00adriait m\u00eame chaque fois. \u00c0 l\u2019id\u00e9e de perdre l\u2019un de ses vingt internes, il p\u00e2lis\u00adsait. Or, j\u2019avais por\u00adt\u00e9 atteinte une pre\u00admi\u00e8re fois d\u00e9j\u00e0 \u00e0 l\u2019honneur du col\u00adl\u00e8ge de Cond\u00e9-sur-Escaut.<\/p>\n<p>C\u2019\u00e9tait quelques semaines avant. Un dimanche apr\u00e8s-midi o\u00f9 j\u2019\u00e9tais libre, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 retrou\u00adver \u00e0 Fresnes mon ami Del\u00adzant, le mili\u00adtant des ver\u00adriers, et ses cama\u00adrades. Or, ne voi\u00adl\u00e0-t-il pas que le bruit \u00e9tait par\u00adve\u00adnu qu\u2019un chef des jaunes de Valen\u00adciennes se per\u00admet\u00adtait de faire une r\u00e9union publique \u00e0 Vieux-Cond\u00e9 jus\u00adte\u00adment cet apr\u00e8s-midi. Del\u00adzant et quelques cama\u00adrades ne font ni une ni deux. Ils d\u00e9crochent quelque part un dra\u00adpeau rouge. En route pour Vieux-Cond\u00e9&nbsp;! On part de Fresnes une demi-dou\u00adzaine, le petit Monatte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du grand Del\u00adzant. En che\u00admin, on chante peut-\u00eatre \u00ab&nbsp;l\u2019Internationale&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;la Car\u00adma\u00adgnole&nbsp;\u00bb. C\u2019est bien pos\u00adsible. La petite troupe se ren\u00adforce en route. On tra\u00adverse ain\u00adsi Cond\u00e9 dans toute sa lon\u00adgueur. \u00c0 Vieux-Cond\u00e9, l\u2019\u00e9tape de quatre \u00e0 cinq kilo\u00adm\u00e8tres fran\u00adchie, on arrive bien pr\u00e8s d\u2019une cen\u00adtaine. Le conf\u00e9\u00adren\u00adcier des jaunes, un avo\u00adcat catho\u00adlique de Valen\u00adciennes dont le nom ne me revient pas, mais qui eut une cer\u00adtaine noto\u00adri\u00e9\u00adt\u00e9 dans son genre, au temps de Bi\u00e9\u00adtry et de Lanoir, ne s\u2019attendait pas \u00e0 tant de monde et sur\u00adtout \u00e0 cette sorte de monde. D\u2019autant que notre arri\u00adv\u00e9e avait fouet\u00adt\u00e9 l\u2019ardeur des mineurs et des m\u00e9tal\u00adlur\u00adgistes de Vieux-Cond\u00e9. La salle de r\u00e9union fut bien\u00adt\u00f4t trop petite. Notre avo\u00adcat patro\u00adnal essaya de par\u00adler, mais il ne put conti\u00adnuer long\u00adtemps. Il pr\u00e9\u00adf\u00e9\u00adra s\u2019\u00e9clipser et la r\u00e9union fut ter\u00admi\u00adn\u00e9e par Del\u00adzant et les ora\u00adteurs r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires du&nbsp;coin.<\/p>\n<p>Vous pou\u00advez pen\u00adser si on par\u00adla de l\u2019\u00e9v\u00e9nement dans le pays. Cond\u00e9 avait une popu\u00adla\u00adtion pai\u00adsible, mais Fresnes et Vieux-Cond\u00e9 qui l\u2019encadrent \u00e9taient des centres ouvriers de ver\u00adriers, de mineurs et de m\u00e9tal\u00adlur\u00adgistes, tout au fond du bas\u00adsin d\u2019Anzin. Notre d\u00e9fi\u00adl\u00e9 \u00e0 Cond\u00e9 der\u00adri\u00e8re le dra\u00adpeau rouge avait fait mar\u00adcher les langues. Le prin\u00adci\u00adpal du col\u00adl\u00e8ge avait vite appris ma pr\u00e9\u00adsence en t\u00eate du cort\u00e8ge<br>\nEst-ce que cette pr\u00e9\u00adsence d\u2019un pion du col\u00adl\u00e8ge n\u2019allait pas lui atti\u00adrer des his\u00adtoires, peut-\u00eatre le retrait de quelques-uns de ses d\u00e9j\u00e0 si peu nom\u00adbreux internes par quelque famille d\u2019employ\u00e9s de la mine ou de pay\u00adsans ais\u00e9s des environs&nbsp;?<\/p>\n<p>Dans ma can\u00addeur, je n\u2019imaginais pas que de tels mal\u00adheurs pou\u00advaient \u00eatre sus\u00adpen\u00addus sur la t\u00eate de mon prin\u00adci\u00adpal. Et si m\u00eame j\u2019y avais pen\u00ads\u00e9, j\u2019y aurais \u00e9t\u00e9 pro\u00adba\u00adble\u00adment insensible.<\/p>\n<p>Voi\u00adl\u00e0 que deux ou trois semaines plus tard, je remet\u00adtais \u00e7a. Cette tour\u00adn\u00e9e de conf\u00e9\u00adrences anti\u00admi\u00adli\u00adta\u00adristes, c\u2019\u00e9tait encore un coup mon\u00adt\u00e9 par moi. C\u2019en \u00e9tait trop. Mais que faire&nbsp;? Se plaindre \u00e0 l\u2019inspecteur d\u2019acad\u00e9mie avant que celui-ci, asti\u00adco\u00adt\u00e9 par la Com\u00adpa\u00adgnie des mines d\u2019Anzin, ne s\u2019en plai\u00adgnit \u00e0 lui&nbsp;? Mais mon crime n\u2019\u00e9tait pas \u00e9norme. En ce d\u00e9but de 1902, non pas que l\u2019Universit\u00e9 f\u00fbt aus\u00adsi bouillante dans ces len\u00adde\u00admains de l\u2019affaire Drey\u00adfus qu\u2019on le sup\u00adpose par\u00adfois, au moins dans le Nord, et m\u00eame ailleurs, on ne tra\u00adcas\u00adsait pas un pion pour des choses de ce genre. Du moins, je ne l\u2019ai pas \u00e9t\u00e9. Sauf par mon prin\u00adci\u00adpal, plus mar\u00adchand de soupe qu\u2019\u00e9ducateur.<\/p>\n<p>S\u2019il fut agr\u00e9a\u00adble\u00adment sur\u00adpris quand je lui remis ma d\u00e9mis\u00adsion, par contre mes cama\u00adrades de Fresnes furent conster\u00adn\u00e9s. Del\u00adzant tout le pre\u00admier. Et Dubois-Des\u00adsaulle donc&nbsp;! Il devait res\u00adter toute une semaine dans la r\u00e9gion et faire chaque soir une r\u00e9union. L\u2019accompagner tous ces soirs-l\u00e0, je ne pou\u00advais y pen\u00adser. Le petit groupe avait assez de prendre en charge les frais du conf\u00e9\u00adren\u00adcier. Quant \u00e0 mon escar\u00adcelle, elle \u00e9tait l\u00e9g\u00e8re. Donc, c\u2019\u00e9tait exclu. Il m\u2019est reve\u00adnu \u00e0 l\u2019oreille plus tard, en d\u2019autres cir\u00adcons\u00adtances, une remarque&nbsp;: Monatte doit avoir quelque for\u00adtune per\u00adson\u00adnelle pour envoyer pa\u00eetre ain\u00adsi telle ou telle situa\u00adtion. Il m\u2019est arri\u00adv\u00e9 en effet d\u2019en envoyer pa\u00eetre de meilleures sans savoir ce qui advien\u00addrait, le len\u00adde\u00admain, comme ce jour-l\u00e0 j\u2019en quit\u00adtai brus\u00adque\u00adment une assez peu brillante. Et sans grand p\u00e9cule en poche. Ques\u00adtion de tem\u00adp\u00e9\u00adra\u00adment. Comme le cama\u00adrade \u00e0 l\u2019atelier, en ce temps-l\u00e0, je ramas\u00adsais mes&nbsp;clous.<\/p>\n<p>Sou\u00addain, un besoin de liber\u00adt\u00e9 m\u2019avait pris. Il fal\u00adlait par\u00adtir au loin. O\u00f9&nbsp;? \u00c0 Paris, \u00e9videmment.<\/p>\n<p>Le coup du mur \u00e0 \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9tait pro\u00adduit alors que j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 tout remu\u00e9 par l\u2019air du dehors que m\u2019avait appor\u00adt\u00e9 Dubois-Des\u00adsaulle, par la longue conver\u00adsa\u00adtion que nous avions eue tout l\u2019apr\u00e8s-midi du same\u00addi sur les id\u00e9es et le mou\u00adve\u00adment. La vie de pion de col\u00adl\u00e8ge m\u2019\u00e9tait appa\u00adrue dans toute sa tris\u00adtesse. Cette vie n\u2019est accep\u00adtable quelques ann\u00e9es que si l\u2019on pr\u00e9\u00adpare un exa\u00admen qui vous en fasse sor\u00adtir. Or, je n\u2019en pr\u00e9\u00adpa\u00adrais aucun. Rien ne me retenait.<\/p>\n<p>Pas m\u00eame une petite amie&nbsp;? direz-vous peut-\u00eatre. Pas m\u00eame. Pour\u00adtant \u00e0 vingt ans on ne vit pas seule\u00adment de lec\u00adtures, d\u2019\u00e9tudes, d\u2019id\u00e9es. J\u2019\u00e9tais seule\u00adment depuis trois \u00e0 quatre mois \u00e0 Cond\u00e9 et mes vingt et un ans se par\u00adta\u00adgeaient entre les cor\u00adv\u00e9es du col\u00adl\u00e8ge, la lec\u00adture dans ma piaule et les cama\u00adrades de Fresnes. Pour\u00adtant un soir, alors qu\u2019avec tout le col\u00adl\u00e8ge j\u2019\u00e9tais dans la salle des f\u00eates de Cond\u00e9 o\u00f9 l\u2019on jouait une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre, j\u2019avais eu l\u2019impression qu\u2019une grande chose \u2013 grande pour moi \u2013 \u00e9tait en train de m\u2019arriver. Au cours de la soi\u00adr\u00e9e un jeune beau visage m\u2019avait frap\u00adp\u00e9 et je crois bien que nous nous sommes man\u00adg\u00e9 des yeux durant plu\u00adsieurs heures. \u00c0 la sor\u00adtie, dans la cohue, nous avions pris ren\u00addez-vous pour le len\u00adde\u00admain. Pr\u00e8s du kiosque \u00e0 musique sur la grand-place. \u00c0 l\u2019heure dite, dans l\u2019ombre de la soi\u00adr\u00e9e d\u2019hiver, une ombre dou\u00adbl\u00e9e d\u2019un \u00e9pais brouillard, j\u2019ai atten\u00addu un long moment. Pas un pas\u00adsant. Puis un fr\u00f4\u00adle\u00adment brusque. Ce n\u2019\u00e9tait pas le jeune beau visage. \u00ab&nbsp;N\u2019attendez pas ma s\u0153ur. D\u2019ailleurs elle est fian\u00adc\u00e9e.&nbsp;\u00bb La vision s\u2019\u00e9tait fon\u00addue dans le brouillard. Un petit coup au c\u0153ur et je rega\u00adgnais le coll\u00e8ge.<\/p>\n<p>Rien, abso\u00adlu\u00adment rien ne me rete\u00adnait \u00e0 Cond\u00e9 ni dans le pio\u00adni\u00adcat. Tout m\u2019entra\u00eenait ailleurs.<\/p>\n<p>C\u2019est comme cela que je par\u00adtis pour Paris, la bourse l\u00e9g\u00e8re, ne sachant com\u00adment je me d\u00e9brouille\u00adrais, mais s\u00fbr que je me d\u00e9brouillerais.<\/p>\n<p>Ce ne fut pas tr\u00e8s facile. Pas tel\u00adle\u00adment dif\u00adfi\u00adcile non plus, car la vache enra\u00adg\u00e9e ne me fai\u00adsait pas&nbsp;peur.<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e, je retrouve un cama\u00adrade m\u00e9ca\u00adno que j\u2019avais connu aux grandes vacances pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addentes. Brouill\u00e9 avec l\u2019Auvergne fami\u00adliale, je venais pas\u00adser les vacances \u00e0 Paris. \u2013 En atten\u00addant que tu aies trou\u00adv\u00e9 du tra\u00advail, viens cou\u00adcher chez moi. Il avait une chambre quai des C\u00e9les\u00adtins, pr\u00e8s de ses parents. C\u2019\u00e9tait un gars de la Jeu\u00adnesse r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire du IVe. Un peu bavard s\u00fbre\u00adment, mais ayant du c\u0153ur. Il m\u2019a h\u00e9ber\u00adg\u00e9 ain\u00adsi plu\u00adsieurs semaines&nbsp;; il lui est m\u00eame arri\u00adv\u00e9 vers la fin de lais\u00adser sur la com\u00admode une pi\u00e8ce de vingt sous en par\u00adtant le matin de bonne heure, afin que je puisse cas\u00adser la cro\u00fbte dans la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>Dubois-Des\u00adsaulle m\u2019avait don\u00adn\u00e9 un mot pour Vic\u00adtor Char\u00adbon\u00adnel, le direc\u00adteur de \u00ab&nbsp;la Rai\u00adson&nbsp;\u00bb. L\u2019hebdomadaire qui pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00adda le quo\u00adti\u00addien \u00ab&nbsp;l\u2019Action&nbsp;\u00bb. Char\u00adbon\u00adnel vivait le r\u00eave de sa vie, pr\u00ea\u00adcher, lui d\u00e9fro\u00adqu\u00e9, au grand public pari\u00adsien, sa nou\u00advelle foi, jouer un r\u00f4le poli\u00adtique en vue. Il se figu\u00adrait que tout le monde \u00e9tait mor\u00addu par le m\u00eame d\u00e9sir. Il ne me re\u00e7ut pas mal, mais il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Encore un qui vient \u00e0 la conqu\u00eate de Paris&nbsp;?&nbsp;\u00bb Je ne venais rien conqu\u00e9\u00adrir du tout. Je venais me fondre dans un mouvement.<\/p>\n<p>Pour m\u2019aider \u00e0 trou\u00adver du tra\u00advail, il m\u2019adressa au direc\u00adteur de l\u2019imprimerie Alcan-L\u00e9vy, o\u00f9 s\u2019imprimait \u00ab&nbsp;la Rai\u00adson&nbsp;\u00bb. Cette impri\u00adme\u00adrie alors n\u2019\u00e9tait pas rue du Crois\u00adsant, mais rue R\u00e9au\u00admur. Je m\u2019y ren\u00addis tout de suite, trop vite peut-\u00eatre. Apr\u00e8s m\u2019avoir ques\u00adtion\u00adn\u00e9 cinq minutes, le direc\u00adteur, qui vou\u00adlait faire plai\u00adsir \u00e0 Char\u00adbon\u00adnel, se dit qu\u2019un bache\u00adlier pou\u00advait faire au pied lev\u00e9 un cor\u00adrec\u00adteur d\u2019imprimerie. Il me condui\u00adsit dans l\u2019atelier au cas\u00adse\u00adtin des cor\u00adrec\u00adteurs et me confia \u00e0 un chef cor\u00adrec\u00adteur assez gro\u00adgnon. De toute la jour\u00adn\u00e9e celui-ci ne me dit pas un mot, pas m\u00eame quand il s\u2019aper\u00e7ut, assez vite, que j\u2019ignorais tout des signes de cor\u00adrec\u00adtion et des r\u00e8gles typo\u00adgra\u00adphiques. Per\u00adsonne, par\u00admi les col\u00adl\u00e8gues, ne vint non plus \u00e0 mon secours. Le soir, for\u00adc\u00e9\u00adment, on m\u2019avisait que je n\u2019aurais pas \u00e0 reve\u00adnir. Je com\u00adpris assez t\u00f4t que le mini\u00admum indis\u00adpen\u00adsable de connais\u00adsances typo\u00adgra\u00adphiques m\u2019avait man\u00adqu\u00e9. Ma pre\u00admi\u00e8re chance de me d\u00e9brouiller avait&nbsp;rat\u00e9.<\/p>\n<p>Je pas\u00adsai aux \u00ab&nbsp;Temps nou\u00adveaux&nbsp;\u00bb, o\u00f9 je connais\u00adsais Jean Grave d\u00e9j\u00e0 depuis plu\u00adsieurs ann\u00e9es&nbsp;; au \u00ab&nbsp;Liber\u00adtaire&nbsp;\u00bb aus\u00adsi o\u00f9 je ne sais plus qui m\u2019avait aux vacances emme\u00adn\u00e9 aux petites r\u00e9unions du lun\u00addi soir o\u00f9 se dis\u00adcu\u00adtait le num\u00e9\u00adro de la semaine. Bien re\u00e7u ici et l\u00e0, mais sans pers\u00adpec\u00adtive de travail.<\/p>\n<p>Quelque temps apr\u00e8s, allant \u00e0 \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb faire mon chan\u00adge\u00adment d\u2019adresse, je tombe sur toute son \u00e9quipe, r\u00e9unie dans la pi\u00e8ce du fond du fameux 8, rue de la Sor\u00adbonne. Les quatre qui en \u00e9taient les vrais ani\u00adma\u00adteurs \u00e9taient l\u00e0&nbsp;: Charles Guieysse et Mau\u00adrice Kahn, Moreau et Dujar\u00addin. Voi\u00adl\u00e0 que Moreau, l\u2019administrateur de la mai\u00adson, ne se contente pas de noter ma nou\u00advelle adresse. Il me ques\u00adtionne. Les autres s\u2019en m\u00ealent. Ils veulent savoir pour\u00adquoi j\u2019ai quit\u00adt\u00e9 le Nord et le pio\u00adni\u00adcat. Un tel accueil \u00e9tait sur\u00adpre\u00adnant. L\u2019explication&nbsp;? Un mois ou deux avant, j\u2019avais envoy\u00e9 une com\u00admande de librai\u00adrie pour la biblio\u00adth\u00e8que du groupe de libre-pen\u00ads\u00e9e de Fresnes. La liste des livres deman\u00add\u00e9s avait accro\u00adch\u00e9 leur atten\u00adtion. Ils vou\u00adlaient savoir qui l\u2019avait dres\u00ads\u00e9e, ce qu\u2019\u00e9tait ce groupe de libre-pen\u00ads\u00e9e. Dans le Nord, tr\u00e8s sou\u00advent, un tel groupe ras\u00adsem\u00adblait, ras\u00adsemble peut-\u00eatre encore, les \u00e9l\u00e9\u00adments ouvriers qui ne vou\u00adlaient pas adh\u00e9\u00adrer \u00e0 un groupe socia\u00adliste, gues\u00addiste ou autre. C\u2019\u00e9tait un groupe de libre-pen\u00ads\u00e9e mais sur\u00adtout de pen\u00ads\u00e9e libre, de pen\u00ads\u00e9e socia\u00adliste libre, refuge des liber\u00adtaires et des socia\u00adlistes non par\u00adle\u00admen\u00adtaires, par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment des mili\u00adtants syn\u00addi\u00adcaux. C\u2019\u00e9tait pour la biblio\u00adth\u00e8que d\u2019un tel groupe que j\u2019avais fait venir une dou\u00adzaine de bou\u00adquins. Entre nous, je dois avouer que Del\u00adzant m\u2019a dit quelques ann\u00e9es plus tard que ces livres n\u2019avaient pas trou\u00adv\u00e9 beau\u00adcoup de lec\u00adteurs. En dres\u00adsant la liste je m\u2019\u00e9tais lais\u00ads\u00e9 gui\u00adder davan\u00adtage par ma propre curio\u00adsi\u00adt\u00e9 intel\u00adlec\u00adtuelle que par celle des cama\u00adrades du groupe. Je ne savais pas encore que tel livre pr\u00e9\u00adcieux pour quelqu\u2019un peut tr\u00e8s bien ne rien dire au voisin.<\/p>\n<p>Mon sac vid\u00e9, Moreau me demande&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que comp\u00adtez-vous faire&nbsp;? Avez-vous trou\u00adv\u00e9 du tra\u00advail&nbsp;?&nbsp;\u00bb Sur ma r\u00e9ponse, que je cher\u00adchais sans grand suc\u00adc\u00e8s jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9\u00adsent, il me demande si j\u2019accepterais de faire un petit tra\u00advail momen\u00adta\u00adn\u00e9, les jeux de bandes d\u2019abonn\u00e9s de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb. \u00ab&nbsp;\u00c7a vous pren\u00addrait trois semaines ou un mois. En atten\u00addant que vous ayez trou\u00adv\u00e9&nbsp;mieux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019acceptai volon\u00adtiers, comme on le peut pen\u00adser. Gr\u00e2ce \u00e0 la pers\u00adpi\u00adca\u00adci\u00adt\u00e9 de Moreau, j\u2019\u00e9tais momen\u00adta\u00adn\u00e9\u00adment d\u00e9brouill\u00e9. Der\u00adri\u00e8re un visage un peu rude, Moreau \u00e9tait le plus droit et le moins sec des hommes. Dans l\u2019\u00e9quipe de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, cer\u00adtai\u00adne\u00adment celui qui avait le plus le sens ouvrier. Il avait quit\u00adt\u00e9 le m\u00e9tier de bro\u00adcheur l\u2019ann\u00e9e d\u2019avant pour prendre l\u2019administration de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb. Il la condui\u00adsit de fa\u00e7on remar\u00adquable et ne la quit\u00adta qu\u2019\u00e0 la dis\u00adpa\u00adri\u00adtion de la revue, en 1909, lorsque l\u2019\u00e9quipe se disloqua.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai donc jamais \u00e9t\u00e9 admi\u00adnis\u00adtra\u00adteur de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb. L\u2019honneur en revient, car hon\u00adneur il y a ou il y eut, \u00e0 Georges Moreau. C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 son effort s\u00e9rieux et \u00e0 son ini\u00adtia\u00adtive que cette revue heb\u00addo\u00adma\u00addaire grim\u00adpa \u00e0 7 ou 8000 abon\u00adn\u00e9s, un chiffre \u00e9le\u00adv\u00e9 pour l\u2019\u00e9poque et m\u00eame rare\u00adment atteint depuis dans nos milieux ouvriers. J\u2019ai tra\u00advaill\u00e9 \u00e0 l\u2019administration de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, ce n\u2019est pas la m\u00eame chose. Apr\u00e8s ce pre\u00admier tra\u00advail de bandes \u00e0 tirer au cyclo\u00adstyle, je devais \u00eatre occu\u00adp\u00e9 au ser\u00advice de librai\u00adrie, \u00e0 d\u2019autres t\u00e2ches encore. C\u2019est \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb qui me pro\u00adpo\u00adsa pour le secr\u00e9\u00adta\u00adriat admi\u00adnis\u00adtra\u00adtif de la F\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adtion des Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s popu\u00adlaires quand elle se recons\u00adti\u00adtua pour un temps avec Case\u00advitz et Kastor.<\/p>\n<p>Mais ce n\u2019est pas \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb qui m\u2019a diri\u00adg\u00e9 sur le Pas-de-Calais, contrai\u00adre\u00adment \u00e0 ce qu\u2019a racon\u00adt\u00e9 Brup\u00adba\u00adcher. C\u2019est une autre his\u00adtoire, sur\u00adve\u00adnue par hasard, que je racon\u00adte\u00adrai quelque jour.<\/p>\n<p>Quand je pense \u00e0 ce milieu de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, o\u00f9 j\u2019ai cer\u00adtai\u00adne\u00adment appris le plus de choses, je suis obli\u00adg\u00e9 de me rendre compte que je le regar\u00addais, sinon d\u2019un peu haut, au moins comme ne cadrant pas com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment avec mes propres convic\u00adtions. On y avait le sens  de la liber\u00adt\u00e9, mais on ne s\u2019y pro\u00adcla\u00admait pas liber\u00adtaire. J\u2019\u00e9tais jeune, je tenais aux for\u00admules et je ne savais pas qu\u2019on peut se dire, et se croire liber\u00adtaire et n\u2019avoir aucun sens de la liber\u00adt\u00e9. L\u2019exp\u00e9rience m\u2019a appris \u00e7a plus tard. On n\u2019\u00e9tait donc pas \u00e0 \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb assez liber\u00adtaire pour mon go\u00fbt. Certes, je me regar\u00addais comme un employ\u00e9 qui fait s\u00e9rieu\u00adse\u00adment ce qu\u2019il a \u00e0 faire, mais pas plus. Pas d\u2019initiative. Pas de recherche pour faire plus qu\u2019honn\u00eatement mon tra\u00advail. Non que je l\u2019aie jamais trou\u00adv\u00e9 au-des\u00adsous de mes moyens. Je n\u2019ai jamais eu de m\u00e9pris pour ces tra\u00advaux admi\u00adnis\u00adtra\u00adtifs. J\u2019en ai tou\u00adjours mesu\u00adr\u00e9 l\u2019importance. Nos publi\u00adca\u00adtions vivent mal ou ne vivent pas pr\u00e9\u00adci\u00ads\u00e9\u00adment parce que le tra\u00advail admi\u00adnis\u00adtra\u00adtif qu\u2019elles impliquent est trop sou\u00advent mal com\u00adpris et mal fait. Peut-\u00eatre aus\u00adsi \u00e0 cette \u00e9poque r\u00e9fl\u00e9\u00adchis\u00adsais-je trop peu \u00e0 ce que je fai\u00adsais, \u00e0 ce que je voyais, \u00e0 ce dont je vivais, \u00e0 ce qui m\u2019entourait. Trop de r\u00eave, pas assez de r\u00e9flexion. Ou pas assez de r\u00e9flexion sur ce qui me tou\u00adchait de tout pr\u00e8s. Il y a des hommes qui ne pensent qu\u2019\u00e0 eux et \u00e0 ce qu\u2019ils font&nbsp;; il y en a d\u2019autres qui n\u2019y pensent pas assez. Sur\u00adtout, la grosse lacune, trop fr\u00e9\u00adquente, c\u2019est de ne pas faire tra\u00advailler son esprit sur les mat\u00e9\u00adriaux innom\u00adbrables que la vie chaque jour met sous votre nez ou dans vos mains. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, je n\u2019avais pas trop de mes sept soi\u00adr\u00e9es pour cou\u00adrir \u00e0 toutes les r\u00e9unions, petites ou grandes, qui m\u2019int\u00e9ressaient. Pour y par\u00adler&nbsp;? Non, sans ouvrir le bec. Je me suis dis\u00adper\u00ads\u00e9 long\u00adtemps. Aujourd\u2019hui encore, peut-\u00eatre. Je me sou\u00adviens m\u00eame qu\u2019un peu plus tard, alors que j\u2019\u00e9tais entr\u00e9 dans la cor\u00adrec\u00adtion, Guieysse me pro\u00adpo\u00adsa de venir \u00e0 l\u2019imprimerie o\u00f9 se fai\u00adsait alors \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, \u00e0 Ver\u00adsailles. Il vou\u00adlait me sor\u00adtir du milieu arti\u00adfi\u00adciel pari\u00adsien o\u00f9 il crai\u00adgnait que je ne me g\u00e2te. Il vou\u00adlait que je prenne le temps d\u2019\u00e9tudier et de dig\u00e9\u00adrer mon exp\u00e9\u00adrience. Quit\u00adter Paris, m\u00eame pour Ver\u00adsailles, il n\u2019y pen\u00adsait&nbsp;pas&nbsp;!<\/p>\n<p>Le rez-de-chaus\u00ads\u00e9e du 8, rue de la Sor\u00adbonne est presque deve\u00adnu his\u00adto\u00adrique. \u00ab&nbsp;Les Cahiers de la Quin\u00adzaine&nbsp;\u00bb de P\u00e9guy occu\u00adpaient la pi\u00e8ce sur la rue, tan\u00addis que \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb dis\u00adpo\u00adsaient de la pi\u00e8ce du fond. Un moment m\u00eame le cou\u00adloir d\u2019entr\u00e9e fut occu\u00adp\u00e9 par \u00ab&nbsp;Jean-Pierre&nbsp;\u00bb, pre\u00admi\u00e8re ten\u00adta\u00adtive non com\u00admer\u00adciale de jour\u00adnal pour enfants. \u00ab&nbsp;Jean-Pierre&nbsp;\u00bb, sur qui Ren\u00e9 Johan\u00adnet a dit des b\u00eatises l\u2019an der\u00adnier et en a pr\u00ea\u00adt\u00e9 \u00e0 Bour\u00adgeois, l\u2019administrateur des \u00ab&nbsp;Cahiers de la Quin\u00adzaine&nbsp;\u00bb. Aujourd\u2019hui, tout le monde conna\u00eet P\u00e9guy et ses \u00ab&nbsp;Cahiers&nbsp;\u00bb. Il a fal\u00adlu sa mort et l\u2019exploitation de cette mort par l\u2019\u00c9glise et par l\u2019Arm\u00e9e pour qu\u2019on oublie que de son vivant P\u00e9guy a \u00e9t\u00e9 le plus iso\u00adl\u00e9 et le plus m\u00e9con\u00adnu des \u00e9cri\u00advains. Iso\u00adle\u00adment et m\u00e9con\u00adnais\u00adsance, avec la g\u00eane mat\u00e9\u00adrielle cons\u00e9\u00adcu\u00adtive, qui ont peut-\u00eatre ame\u00adn\u00e9 P\u00e9guy \u00e0 la pire situa\u00adtion, celle de se parjurer.<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb \u00e9taient sor\u00adties des Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s popu\u00adlaires comme celles-ci \u00e9taient sor\u00adties de l\u2019affaire Drey\u00adfus. Elles ont dis\u00adpa\u00adru en 1909 \u2013 fon\u00addues dans la \u00ab&nbsp;Grande Revue&nbsp;\u00bb \u2013 non parce qu\u2019elles avaient \u00e9chou\u00e9 com\u00admer\u00adcia\u00adle\u00adment \u2013 elles avaient plu\u00adt\u00f4t assez bien r\u00e9us\u00adsi \u2013 mais parce que le souffle qui les avait por\u00adt\u00e9es s\u2019\u00e9tait \u00e9teint. Qui se sou\u00adve\u00adnait de l\u2019affaire Drey\u00adfus&nbsp;? Qui se rap\u00adpe\u00adlait les Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s popu\u00adlaires&nbsp;? Il suf\u00adfit de pen\u00adser \u00e0 Cle\u00admen\u00adceau se pro\u00adcla\u00admant le \u00ab&nbsp;pre\u00admier des flics&nbsp;\u00bb en 1906 pour mesu\u00adrer le che\u00admin rebrous\u00ads\u00e9 par le Cle\u00admen\u00adceau des pre\u00admi\u00e8res luttes de l\u2019affaire Drey\u00adfus, pas seule\u00adment par Cle\u00admen\u00adceau, mais par l\u2019ensemble des drey\u00adfu\u00adsards et par le pays lui-m\u00eame. Une p\u00e9riode \u00e9tait close, une autre allait com\u00admen\u00adcer, avait com\u00admen\u00adc\u00e9, celle que marque le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme r\u00e9volutionnaire.<\/p>\n<p>Quelques noms de jour\u00adnaux et de revues situent cette p\u00e9riode.<\/p>\n<p>\u00c0 c\u00f4t\u00e9 de \u00ab&nbsp;la Voix du peuple&nbsp;\u00bb, l\u2019organe offi\u00adciel de la CGT, plus lus qu\u2019elle et ren\u00adfor\u00ad\u00e7ant son action, on peut citer \u00ab&nbsp;les Temps nou\u00adveaux&nbsp;\u00bb, l\u2019hebdomadaire liber\u00adtaire, \u00ab&nbsp;le Mou\u00adve\u00adment socia\u00adliste&nbsp;\u00bb, la revue d\u2019Hubert Lagar\u00addelle et des socia\u00adlistes venus au syn\u00addi\u00adca\u00adlisme r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaire, \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, enfin, dont Charles Guieysse \u00e9tait la plus forte personnalit\u00e9.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s t\u00f4t Guieysse avait com\u00adpris la grande force que por\u00adtait en lui le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme. Il avait d\u00e9ga\u00adg\u00e9 son exp\u00e9\u00adrience des Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s popu\u00adlaires dans un \u00ab&nbsp;Cahier de la Quin\u00adzaine&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Les Uni\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9s popu\u00adlaires et le mou\u00adve\u00adment ouvrier&nbsp;\u00bb. Offi\u00adcier d\u2019artillerie d\u00e9mis\u00adsion\u00adnaire apr\u00e8s la deuxi\u00e8me condam\u00adna\u00adtion de Drey\u00adfus par un conseil de guerre, il avait v\u00e9cu la vie des UP de tr\u00e8s pr\u00e8s&nbsp;; pen\u00addant la belle flam\u00adb\u00e9e de leurs d\u00e9buts il avait \u00e9t\u00e9 appe\u00adl\u00e9 au secr\u00e9\u00adta\u00adriat de leur F\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adtion. D\u2019ailleurs, pour lui et ses cama\u00adrades, \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb \u00e9taient encore une UP, ins\u00adtal\u00adl\u00e9e \u00e0 un car\u00adre\u00adfour o\u00f9 se rejoi\u00adgnaient le mou\u00adve\u00adment ouvrier, le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme des fonc\u00adtion\u00adnaires, par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment des ins\u00adti\u00adtu\u00adteurs et des pos\u00adtiers, aus\u00adsi le tout jeune syn\u00addi\u00adca\u00adlisme des m\u00e9de\u00adcins fra\u00ee\u00adche\u00adment sor\u00adti de l\u2019Association cor\u00adpo\u00adra\u00adtive des \u00e9tu\u00addiants en m\u00e9de\u00adcine, et ceux des intel\u00adlec\u00adtuels drey\u00adfu\u00adsards qui se refu\u00adsaient \u00e0 oublier, voire \u00e0 trahir.<\/p>\n<p>1902&nbsp;; c\u2019est le minis\u00adt\u00e8re Combes, mais c\u2019est sur\u00adtout l\u2019ann\u00e9e du congr\u00e8s de Mont\u00adpel\u00adlier o\u00f9 se r\u00e9a\u00adli\u00adsa l\u2019unit\u00e9 ouvri\u00e8re, l\u2019ann\u00e9e o\u00f9 parut l\u2019\u00ab&nbsp;His\u00adtoire des Bourses du tra\u00advail&nbsp;\u00bb de Fer\u00adnand Pel\u00adlou\u00adtier, mort l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addente. En 1904, Guieysse sui\u00advait avec pas\u00adsion le congr\u00e8s conf\u00e9\u00add\u00e9\u00adral de Bourges o\u00f9 les r\u00e9vo\u00adlu\u00adtion\u00adnaires l\u2019emportaient d\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment sur les r\u00e9for\u00admistes. D\u00e9fi\u00adni\u00adti\u00adve\u00adment&nbsp;? Rien n\u2019est jamais d\u00e9fi\u00adni\u00adtif. Dix ans plus tard, devant la guerre, les r\u00e9for\u00admistes et les mil\u00adle\u00adran\u00addistes devaient prendre une fameuse revanche. Mais alors, en plein \u00e9lan du mou\u00adve\u00adment pour les huit heures, et le congr\u00e8s conf\u00e9\u00add\u00e9\u00adral d\u2019Amiens deux ans apr\u00e8s devait le confir\u00admer, le mou\u00adve\u00adment syn\u00addi\u00adcal fran\u00ad\u00e7ais sem\u00adblait \u00eatre s\u00fbr de son che\u00admin et de sa force. \u00c0 Amiens, Guieysse pre\u00adnait ses repas, comme \u00e0 Bourges d\u2019ailleurs, \u00e0 la m\u00eame table d\u2019h\u00f4tel que les meilleures t\u00eates de la CGT, avec Pou\u00adget, Grif\u00adfuelhes, Mer\u00adrheim. Il a par\u00adti\u00adci\u00adp\u00e9, plume en main, \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de la fameuse charte d\u2019Amiens. Pour\u00adquoi Guieysse ne s\u2019est-il pas enga\u00adg\u00e9 plus \u00e0 fond dans le mou\u00adve\u00adment&nbsp;? Pour\u00adquoi sa confiance en lui a\u2011t-elle bais\u00ads\u00e9 apr\u00e8s 1906&nbsp;? Pour bien des rai\u00adsons. Il est dif\u00adfi\u00adcile \u00e0 un bour\u00adgeois de trou\u00adver une t\u00e2che o\u00f9 il puisse \u00eatre uti\u00adli\u00ads\u00e9 dans le mou\u00adve\u00adment. Il lui est non moins dif\u00adfi\u00adcile de sur\u00admon\u00adter cer\u00adtaines dures \u00e9preuves intel\u00adlec\u00adtuelles. Autant que par Sorel, Guieysse avait \u00e9t\u00e9 influen\u00adc\u00e9 par Prou\u00addhon, le Prou\u00addhon de la \u00ab&nbsp;Capa\u00adci\u00adt\u00e9 poli\u00adtique de la classe ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb. Il voyait le syn\u00addi\u00adcat vidant l\u2019\u00c9tat de ses fonc\u00adtions utiles et les pre\u00adnant en charge. Dans la lutte contre les bureaux de pla\u00adce\u00adment, par exemple, il ne com\u00adprit pas la timi\u00addi\u00adt\u00e9 emp\u00ea\u00adchant les syn\u00addi\u00adcats de reven\u00addi\u00adquer le pla\u00adce\u00adment par eux-m\u00eames et leur r\u00e9si\u00adgna\u00adtion \u00e0 se satis\u00adfaire d\u2019offices muni\u00adci\u00adpaux. Le tapage de \u00ab&nbsp;la Guerre sociale&nbsp;\u00bb et son influence dans cer\u00adtaines couches syn\u00addi\u00adcales cr\u00e9\u00e8rent en lui un malaise. Le vieil offi\u00adcier d\u2019artillerie se rebif\u00adfait. Peut-\u00eatre aurait-il conve\u00adnu avec Prou\u00addhon que la fin du mili\u00adta\u00adrisme est la mis\u00adsion du XIXe si\u00e8cle \u2013 et du XXe donc \u2013 \u00e0 peine de d\u00e9ca\u00addence ind\u00e9\u00adfi\u00adnie. Mais il s\u2019habituait mal \u00e0 un cer\u00adtain anti\u00admi\u00adli\u00adta\u00adrisme que Gus\u00adtave Her\u00adv\u00e9 sera le pre\u00admier \u00e0 jeter aux orties. Autre chose encore, il avait \u00e9t\u00e9 sur\u00adpris que dans chaque F\u00e9d\u00e9\u00adra\u00adtion d\u2019industrie il ne se trou\u00adv\u00e2t pas un mili\u00adtant pour suivre l\u2019exemple don\u00adn\u00e9 par Mer\u00adrheim dans les m\u00e9taux, que dans chaque Bourse du tra\u00advail l\u2019ombre tom\u00adb\u00e2t sur Pel\u00adlou\u00adtier et son enseignement.<\/p>\n<p>Toutes ces rai\u00adsons ont cer\u00adtai\u00adne\u00adment jou\u00e9, mais la prin\u00adci\u00adpale, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas vu \u2013 et le mou\u00adve\u00adment non plus \u2013 quelle t\u00e2che pou\u00advait uti\u00adli\u00adser sa force et ses qua\u00adli\u00adt\u00e9s. Pour un socia\u00adliste poli\u00adtique, la ques\u00adtion ne se pose pas. Il devient d\u00e9pu\u00adt\u00e9. Son milieu bour\u00adgeois accepte \u00e0 ce prix qu\u2019il pro\u00adfesse des id\u00e9es de trans\u00adfor\u00adma\u00adtion sociale. Il ne d\u00e9roge pas, il garde son rang. Guieysse aurait faci\u00adle\u00adment trou\u00adv\u00e9 quelque cir\u00adcons\u00adcrip\u00adtion \u00e9lec\u00adto\u00adrale. N\u2019\u00e9tait-il pas le fils de l\u2019ancien ministre de la Marine, le d\u00e9pu\u00adt\u00e9 radi\u00adcal du Mor\u00adbi\u00adhan&nbsp;? Il ne le pou\u00advait ni ne le vou\u00adlait. Non pas qu\u2019il f\u00fbt anti\u00adpar\u00adle\u00admen\u00adtaire \u00e0 notre fa\u00e7on. Il croyait m\u00eame que le par\u00adle\u00admen\u00adta\u00adrisme pou\u00advait appor\u00adter un \u00e9l\u00e9\u00adment de sou\u00adtien au mou\u00adve\u00adment. Mais il savait que le jour o\u00f9 il serait d\u00e9pu\u00adt\u00e9 il aurait de ce fait m\u00eame per\u00addu une part, une grande part, de la confiance de ses amis syn\u00addi\u00adca\u00adlistes. Alors \u00e0 quelle t\u00e2che se consa\u00adcrer&nbsp;? Le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme n\u2019en avait aucune \u00e0 lui confier.<\/p>\n<p>Il aurait pu \u00eatre d\u2019une grande aide dans un quo\u00adti\u00addien syn\u00addi\u00adca\u00adliste. Mais un tel quo\u00adti\u00addien n\u2019existait pas. Et s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 fon\u00add\u00e9 alors, aurait-il \u00e9t\u00e9 dif\u00adf\u00e9\u00adrent de \u00ab&nbsp;la R\u00e9vo\u00adlu\u00adtion&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;la Bataille syn\u00addi\u00adca\u00adliste&nbsp;\u00bb qui ont fait dire avec \u00e9ton\u00adne\u00adment \u00e0 des obser\u00adva\u00adteurs clair\u00advoyants&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est tout ce que les syn\u00addi\u00adca\u00adlistes avaient \u00e0 dire&nbsp;?&nbsp;\u00bb \u00c9vi\u00addem\u00adment, Guieysse n\u2019aurait pu s\u2019y int\u00e9\u00adres\u00adser qu\u2019\u00e0 la condi\u00adtion que ce quo\u00adti\u00addien f\u00fbt vrai\u00adment une cr\u00e9a\u00adtion ori\u00adgi\u00adnale du syn\u00addi\u00adca\u00adlisme. D\u2019ailleurs lui aurait-on pro\u00adpo\u00ads\u00e9 de s\u2019y consa\u00adcrer&nbsp;? Il est pro\u00adbable qu\u2019on n\u2019y aurait m\u00eame pas pen\u00ads\u00e9. Nous avons bien com\u00admis la faute et l\u2019injustice de ne pas aller cher\u00adcher Pou\u00adget quand nous avons fon\u00add\u00e9 \u00ab&nbsp;la Bataille syndicaliste&nbsp;\u00bb<br>\nNous n\u2019avons m\u00eame pas pen\u00ads\u00e9 \u00e0 un tel geste, r\u00e9pa\u00adra\u00adtion qui lui \u00e9tait bien due, d\u00e9marche qui aurait pu \u00eatre si utile au quo\u00adti\u00addien lui-m\u00eame.<\/p>\n<p>Guieysse sera res\u00adt\u00e9 dix ans en marge du mou\u00adve\u00adment. Le syn\u00addi\u00adca\u00adlisme ne lui a pas ten\u00addu la main&nbsp;; le par\u00adle\u00admen\u00adta\u00adrisme ne lui disait rien. \u00c0 quelle t\u00e2che se don\u00adner&nbsp;? Il a essay\u00e9 de tou\u00adcher le grand public avec \u00ab&nbsp;la Revue de l\u2019opinion&nbsp;\u00bb. Il avait r\u00e9us\u00adsi avec \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb \u00e0 tou\u00adcher un public de mili\u00adtants, un assez vaste public&nbsp;; il en a cher\u00adch\u00e9 un plus large. L\u2019essai n\u2019a pas r\u00e9us\u00adsi. Il s\u2019est aper\u00ad\u00e7u alors que sa for\u00adtune per\u00adson\u00adnelle s\u2019\u00e9tait envo\u00adl\u00e9e. Ce jour-l\u00e0, une femme de t\u00eate, sa belle-maman, la fille de l\u2019\u00e9diteur Jouaust, lui a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Charles, tout ce que vous avez fait, j\u2019ai trou\u00adv\u00e9 que c\u2019\u00e9tait bien. Mais il ne reste plus que la part de la maman&nbsp;; il ne faut pas y tou\u00adcher&nbsp;; cela doit reve\u00adnir aux enfants.&nbsp;\u00bb Guieysse dut alors se faire une situa\u00adtion dans l\u2019industrie. Il entra dans une affaire de colles et g\u00e9la\u00adtine o\u00f9 il r\u00e9us\u00adsit par\u00adfai\u00adte\u00adment. Mais adieu, le mou\u00adve\u00adment ouvrier. Adieu, \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb. Il avait don\u00adn\u00e9 son effort, un effort qui marque dans le mou\u00adve\u00adment. Il reste encore par le pays des cen\u00adtaines d\u2019hommes et de femmes qui doivent \u00e0 \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb et \u00e0 Guieysse d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 conduits au syndicalisme.<\/p>\n<p>Pour\u00adquoi me suis-je lais\u00ads\u00e9 entra\u00ee\u00adner \u00e0 par\u00adler si lon\u00adgue\u00adment de lui et de \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb&nbsp;? Parce que j\u2019ai l\u2019impression qu\u2019ils sont injus\u00adte\u00adment oubli\u00e9s. Peut-\u00eatre aus\u00adsi parce que Daniel Hal\u00e9\u00advy m\u2019a paru tirer Guieysse \u00e0 lui et \u00e0 ses id\u00e9es r\u00e9ac\u00adtion\u00adnaires d\u2019aujourd\u2019hui, don\u00adnant \u00e0 pen\u00adser que Guieysse avait pris le m\u00eame che\u00admin que P\u00e9guy, que les deux revues du 8 de la rue de la Sor\u00adbonne avaient pareille\u00adment tour\u00adn\u00e9 le dos aux id\u00e9es qu\u2019elles avaient d\u00e9fen\u00addues dans leurs jeunes ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Je ne dirai pas qu\u2019au temps o\u00f9 je tra\u00advaillais \u00e0 \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb, donc dans le voi\u00adsi\u00adnage des \u00ab&nbsp;Cahiers&nbsp;\u00bb, j\u2019ai connu per\u00adson\u00adnel\u00adle\u00adment P\u00e9guy. Je l\u2019ai vu, je lui ai par\u00adl\u00e9. Je puis m\u00eame dire qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 plu\u00adsieurs fois cor\u00addial pour le tout jeune homme que j\u2019\u00e9tais. Mais le pre\u00admier P\u00e9guy d\u00e9j\u00e0 me met\u00adtait sur la r\u00e9serve, m\u00eame celui d\u2019avant son retour \u00e0 la reli\u00adgion et d\u2019avant son chau\u00advi\u00adnisme forcen\u00e9.<\/p>\n<p>Je ne m\u2019expliquais pas, entre autres, le plai\u00adsir qu\u2019il avait \u00e0 se mon\u00adtrer p\u00e9rio\u00addi\u00adque\u00adment dans la bou\u00adtique en uni\u00adforme d\u2019officier de r\u00e9serve.<\/p>\n<p>Quant au deuxi\u00e8me P\u00e9guy, celui qui est deve\u00adnu c\u00e9l\u00e8bre, j\u2019avoue que je ne le com\u00adprends pas. Je ne puis oublier qu\u2019il est par\u00adti du socia\u00adlisme et du drey\u00adfu\u00adsisme. Pour aller o\u00f9&nbsp;? Je crains que son talent n\u2019ait \u00e9t\u00e9 per\u00addu par l\u2019orgueil et qu\u2019il n\u2019ait \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9 par son insuc\u00adc\u00e8s du d\u00e9but. Pou\u00advait-il se sau\u00adver dans le socia\u00adlisme, en d\u00e9pit des poli\u00adti\u00adciens et des pro\u00adfes\u00adseurs socia\u00adlistes&nbsp;? Cette pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9, il ne l\u2019aurait eue que s\u2019il \u00e9tait all\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019anarchisme. Il n\u2019y est pas all\u00e9 et ne pou\u00advait pas y aller. Il y avait en lui trop d\u2019orgueil, trop le go\u00fbt du chef, peut-\u00eatre aus\u00adsi un hori\u00adzon trop \u00e9troit. Il a eu la m\u00e9ga\u00adlo\u00adma\u00adnie du pro\u00adfes\u00adseur et de l\u2019intellectuel. Pour lui, la vie de la France a tour\u00adn\u00e9 autour de la Sor\u00adbonne. Le livre lui a bou\u00adch\u00e9 l\u2019horizon. Il n\u2019a connu ni la vie \u00e9co\u00adno\u00admique, ni la vie sociale, ni la v\u00e9ri\u00adtable vie intel\u00adlec\u00adtuelle. Il s\u2019en est tenu \u00e0 une vie sco\u00adlaire sup\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9 au peuple&nbsp;? Fid\u00e9\u00adli\u00adt\u00e9 \u00e0 ses amis&nbsp;? Il a jalou\u00ads\u00e9 Romain Rol\u00adland pour le suc\u00adc\u00e8s de \u00ab&nbsp;Jean-Chris\u00adtophe&nbsp;\u00bb. Il a calom\u00adni\u00e9 Berg\u00adson lors de son entr\u00e9e \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie. Il a cher\u00adch\u00e9 des poux \u00e0 Guieysse parce que \u00ab&nbsp;Pages libres&nbsp;\u00bb avaient quatre \u00e0 cinq fois plus d\u2019abonn\u00e9s que \u00ab&nbsp;les Cahiers&nbsp;\u00bb. Et sur\u00adtout il s\u2019est li\u00e9 avec Mil\u00adle\u00adrand au moment o\u00f9 celui-ci \u00e9tait visi\u00adble\u00adment pas\u00ads\u00e9 \u00e0 la bour\u00adgeoi\u00adsie. Il s\u2019est li\u00e9 avec Bar\u00adr\u00e8s, le Bar\u00adr\u00e8s de la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, celui du natio\u00adna\u00adlisme le plus \u00e9troit et de l\u2019antidreyfusisme. Il a vis\u00e9 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Il n\u2019\u00e9tait plus de notre camp celui \u00e0 qui Romain Rol\u00adland a enten\u00addu dire \u00e0 pro\u00adpos de Jau\u00adr\u00e8s&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous ne par\u00adti\u00adrons point pour le front, en lais\u00adsant ces tra\u00eetres vivants der\u00adri\u00e8re notre dos.&nbsp;\u00bb P\u00e9guy est un homme que je ne com\u00adprends pas. Ce que je dis l\u00e0, je l\u2019ai \u00e9crit de son vivant dans \u00ab&nbsp;la Vie ouvri\u00e8re&nbsp;\u00bb, en r\u00e9ponse \u00e0 une lettre d\u2019Albert Thier\u00adry, un ami com\u00admun, qui me pro\u00adpo\u00adsait un article&nbsp;: \u00ab&nbsp;P\u00e9guy ouvrier&nbsp;\u00bb.<\/p>\n<p>Nous voi\u00adl\u00e0 loin de mon arri\u00adv\u00e9e \u00e0 Paris en 1902. \u00c0 regar\u00adder en arri\u00e8re, \u00e0 revivre cette p\u00e9riode d\u2019avant 1914, \u00e0 \u00e9vo\u00adquer des figures comme celles de Guieysse et de P\u00e9guy, je me demande ce qu\u2019il fau\u00addrait faire pour que tant d\u2019efforts d\u00e9s\u00adin\u00adt\u00e9\u00adres\u00ads\u00e9s et de grand prix ne se perdent pas pour le mou\u00adve\u00adment, ou ne se retournent pas contre lui, pour que ce pays ne s\u2019\u00e9puise pas p\u00e9rio\u00addi\u00adque\u00adment en vel\u00adl\u00e9i\u00adt\u00e9s sans lendemain.<\/p>\n<p>[\/\u200bPierre <sc>Monatte<\/sc>\/\u200b]\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019avais dit adieu au pio\u00adni\u00adcat. \u00c7a c\u2019\u00e9tait brus\u00adque\u00adment fait. La veille, je n\u2019y pen\u00adsais pas. D\u2019avoir trou\u00adv\u00e9 la porte du col\u00adl\u00e8ge fer\u00adm\u00e9e apr\u00e8s minuit \u2013 la grande porte \u00e9tait nor\u00adma\u00adle\u00adment fer\u00adm\u00e9e, mais il en exis\u00adtait une petite qui ne l\u2019\u00e9tait pas d\u2019habitude \u2013 et d\u2019\u00eatre obli\u00adg\u00e9 de sau\u00adter le mur pour ren\u00adtrer me cou\u00adcher,&nbsp;mon&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[86],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-743","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n8-printemps-1955"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/743","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=743"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/743\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=743"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=743"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=743"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=743"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}