{"id":759,"date":"2007-08-24T22:28:07","date_gmt":"2007-08-24T22:28:07","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/notices\/"},"modified":"2007-08-24T22:28:07","modified_gmt":"2007-08-24T22:28:07","slug":"notices","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/notices\/","title":{"rendered":"Notices"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/759?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/759?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p>[(Avec l\u2019autorisation de l\u2019auteur et des \u00e9di\u00adtions Art\u00e9\u00admis, Zurich, nous don\u00adnons ci-des\u00adsous la tra\u00adduc\u00adtion de quelques pas\u00adsages du second tome des \u00ab&nbsp;Notices&nbsp;\u00bb (Noti\u00adzen) de Lud\u00advig Hohl, \u00e9cri\u00advain suisse de langue alle\u00admande vivant depuis de longues ann\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve. Ces \u00ab&nbsp;Noti\u00adzen&nbsp;\u00bb sont un ouvrage en deux volumes \u2013 le pre\u00admier a paru en 1944 et le second, pour des rai\u00adsons ind\u00e9\u00adpen\u00addantes de la volon\u00adt\u00e9 de Hohl, dont le manus\u00adcrit \u00e9tait ache\u00adv\u00e9 en 1937, seule\u00adment l\u2019an der\u00adnier. Si, en nos temps de best-sel\u00adlers, le livre de Hohl est encore assez loin d\u2019avoir trou\u00adv\u00e9 l\u2019\u00e9cho sur lequel il aurait pu comp\u00adter en une \u00e9poque moins bar\u00adbare, il n\u2019en est pas moins cer\u00adtain que cette somme \u00ab&nbsp;orga\u00adnique&nbsp;\u00bb \u2013 Hohl se d\u00e9fend d\u2019avoir vou\u00adlu faire un recueil d\u2019aphorismes \u2013 des r\u00e9flexions d\u2019un des t\u00e9moins les plus pas\u00adsion\u00adn\u00e9s de la vie de l\u2019esprit, main\u00adtient, dans notre bar\u00adba\u00adrie m\u00eame, les valeurs de liber\u00adt\u00e9, de pen\u00ads\u00e9e et d\u2019art sans la per\u00adma\u00adnence des\u00adquelles rien de ce que l\u2019on peut encore r\u00eaver de ten\u00adter pour les humains ne se dis\u00adtin\u00adgue\u00adrait plus des entre\u00adprises plus ou moins bien inten\u00adtion\u00adn\u00e9es des phi\u00adlan\u00adthropes ou de la tech\u00adno\u00adcra\u00adtie au mau\u00advais sens du terme. Les quelques frag\u00adments ici repro\u00adduits per\u00admet\u00adtront peut-\u00eatre de se faire une pre\u00admi\u00e8re notion de la por\u00adt\u00e9e de cette&nbsp;\u0153uvre.)]<\/p>\n<h3>D. H. Lawrence<\/h3>\n<p><\/p>\n<p>Law\u00adrence croyait (et il faut sou\u00adli\u00adgner qu\u2019il \u00e9tait sin\u00adc\u00e8re, ce qui n\u2019est pas le cas de la plu\u00adpart de ceux qui ont, comme lui-m\u00eame, sur la fin de sa vie, ver\u00ads\u00e9 dans quelque fana\u00adtisme ana\u00adlogue&nbsp;; bien s\u00fbr, le vieux Tol\u00adsto\u00ef ne peut pas \u00eatre \u00e0 pro\u00adpre\u00adment par\u00adler tax\u00e9 d\u2019insinc\u00e9rit\u00e9, il y eut chez lui peut-\u00eatre comme un m\u00e9lange de folie, de s\u00e9rieux et de coquet\u00adte\u00adrie) \u2013 Law\u00adrence croyait qu\u2019on ne pou\u00advait faire son salut qu\u2019en bai\u00adsant \u00e0 toute force, en un co\u00eft accom\u00adpli dans cer\u00adtaines condi\u00adtions d\u00e9ter\u00admi\u00adn\u00e9es (que tout le reste n\u2019\u00e9tait pas la vraie&nbsp;vie).<\/p>\n<p>Une seule ques\u00adtion&nbsp;: que doivent faire d\u00e8s lors les malades, les enfants, les vieillards&nbsp;? (Je n\u2019ai aucune notion exacte des facul\u00adt\u00e9s phy\u00adsiques de Spi\u00adno\u00adza, mais enfin on peut fort bien se le repr\u00e9\u00adsen\u00adter des plus fra\u00adgiles, et m\u00eame impuis\u00adsant&nbsp;; est-ce \u00e0 dire qu\u2019il n\u2019a pas pu faire son&nbsp;salut&nbsp;?)<\/p>\n<p>Law\u00adrence fut le type m\u00eame du pr\u00e9\u00adcur\u00adseur (avec une \u00e9ton\u00adnante jus\u00adtesse d\u2019intuition, une femme l\u2019a com\u00adpa\u00adr\u00e9 \u00e0 saint Jean-Bap\u00adtiste). Le pro\u00adbl\u00e8me, il l\u2019a cor\u00adrec\u00adte\u00adment pos\u00e9. La d\u00e9so\u00adla\u00adtion de ce monde, l\u2019impossibilit\u00e9 de rem\u00e9\u00addier \u00e0 rien par des m\u00e9thodes ext\u00e9\u00adrieures, la soli\u00adtude de l\u2019homme, l\u2019insuffisance des \u00e9glises et des reli\u00adgions, il a vu tout cela&nbsp;; quant \u00e0 la solu\u00adtion, il l\u2019a soup\u00ad\u00e7on\u00adn\u00e9e, sen\u00adtie, et expri\u00adm\u00e9e <i>sym\u00adbo\u00adli\u00adque\u00adment<\/i>. C\u2019est en tant que <i>sym\u00adbole<\/i> qu\u2019il convient de com\u00adprendre ce qu\u2019il a pr\u00ea\u00adch\u00e9 \u00e0 la fin de sa&nbsp;vie.<\/p>\n<h3>\u00ab&nbsp;L\u2019amant de Lady Chatterley&nbsp;\u00bb<\/h3>\n<p>\nL\u2019homme sans com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion \u00ab&nbsp;ne vit pas&nbsp;\u00bb&nbsp;: comme c\u2019est vrai&nbsp;! Que la com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion qu\u2019il a d\u00e9crite soit vrai\u00adment com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion (com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion sen\u00adsuelle avec la femme sen\u00adsuelle), qui pour\u00adrait en dou\u00adter&nbsp;? Mais ce qui frise le ridi\u00adcule, c\u2019est la th\u00e8se selon laquelle cette sorte de com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion-l\u00e0 est pour le monde entier la&nbsp;seule.<\/p>\n<p>\u00catre en com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion avec un enfant que l\u2019on <i>aide<\/i> et pro\u00adt\u00e8ge&nbsp;; avec un ami, <i>en ami\u00adti\u00e9<\/i>&nbsp;; avec les incon\u00adnus, par le tru\u00adche\u00adment d\u2019une <i>\u0153uvre de l\u2019esprit<\/i> (tout le vrai socia\u00adlisme est impli\u00adqu\u00e9 l\u00e0-dedans)&nbsp;: tout cela peut, selon les cas, \u00eatre aus\u00adsi vrai, aus\u00adsi r\u00e9dempteur.<\/p>\n<p>Car tout d\u00e9pend du <i>degr\u00e9 de v\u00e9ri\u00adt\u00e9<\/i> de la com\u00admu\u00adni\u00adca\u00adtion (la nature de celle-ci, \u00e0 cha\u00adcun de la choi\u00adsir selon les condi\u00adtions qui lui sont propres)&nbsp;; ce degr\u00e9 de v\u00e9ri\u00adt\u00e9, voi\u00adl\u00e0 l\u2019essentiel. Et c\u2019est parce que Law\u00adrence l\u2019a si pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment com\u00adpris, si luci\u00adde\u00adment d\u00e9li\u00admi\u00adt\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de sa cri\u00adtique, si inten\u00ads\u00e9\u00adment expri\u00adm\u00e9 [[Si peu qu\u2019elle lui res\u00adsem\u00adbl\u00e2t, Kathe\u00adrine Mans\u00adfield a pu dire de lui&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ce qui fait de Law\u00adrence un v\u00e9ri\u00adtable \u00e9cri\u00advain, c\u2019est sa nature pas\u00adsion\u00adn\u00e9e.&nbsp;\u00bb Et aus\u00adsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je n\u2019approuve pas Law\u00adrence en tout. Ses id\u00e9es sur le sexe ne me disent rien. Mais je me sens plus pr\u00e8s de Law\u00adrence que d\u2019aucun autre.&nbsp;\u00bb (Jour\u00adnal.)]], que son livre, mal\u00adgr\u00e9 tout, est un grand&nbsp;livre.<\/p>\n<h3>Rilke<\/h3>\n<p>\nSi tout de m\u00eame Rilke avait un peu moins par\u00adl\u00e9 de \u00ab&nbsp;Lui&nbsp;\u00bb, et un peu plus de la recherche, un peu plus des <i>che\u00admins<\/i>&nbsp;!<\/p>\n<poesie>Tu es celui qui n\u2019as jamais de dimanche,<br>\npour qui son tra\u00advail est recueillement,<br>\nqui pour\u00adrait mou\u00adrir des\u00adsus l\u2019\u00e9p\u00e9e pas assez blanche<br>\nencore, ni brillante suffisamment.<\/poesie>\n<p> [[Est-il besoin de dire que le tra\u00adduc\u00adteur, dans ces quatre lignes d\u00e9plo\u00adra\u00adble\u00adment rim\u00e9es, s\u2019est effor\u00adc\u00e9 de rendre autant que pos\u00adsible ce que les vers de l\u2019original ont d\u2019ex\u00e9crable&nbsp;? (S.)]]<\/p>\n<p>Cela peut pas\u00adser, contient du vrai, ne s\u2019adresse pas le moins du monde \u00e0 quelque Enti\u00adt\u00e9 mys\u00adt\u00e9\u00adrieuse, mais bien plu\u00adt\u00f4t \u00e0 un \u00eatre humain, au v\u00e9ri\u00adtable artiste. Mais un peu plus&nbsp;loin&nbsp;:<\/p>\n<poesie>\u2026 on entend tes coups de marteau<br>\n\u00e0 toutes les cloches de la&nbsp;ville.<\/poesie>\n<br>\nAin\u00adsi donc Rilke, dans le \u00ab&nbsp;Stun\u00adden-Buch&nbsp;\u00bb, ne recule m\u00eame pas devant la pom\u00admade. (Tou\u00adjours le \u00ab&nbsp;Stun\u00adden-Buch&nbsp;\u00bb&nbsp;! Ce n\u2019est pas tout \u00e0 fait juste, puisque Rilke par la suite n\u2019avouait pour ain\u00adsi dire plus cet ouvrage [[Je tenais alors encore pour vrai\u00adment grand et inat\u00adta\u00adquable le Rilke de plus tard. Par la suite, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 obli\u00adg\u00e9 de me rendre compte que, de tous les auteurs dont il est encore pos\u00adsible de par\u00adler s\u00e9rieu\u00adse\u00adment, il est celui qui offre l\u2019acc\u00e8s le plus facile&nbsp;; mais aus\u00adsi celui que l\u2019on quitte le plus t\u00f4t. (1944.)]] \u2013 et encore moins, bien s\u00fbr, le d\u00e9plo\u00adrable \u00ab&nbsp;Cor\u00adnet&nbsp;\u00bb.) Pour oppo\u00adser \u00e0 ce ron\u00adron conven\u00adtion\u00adnel l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de la vision et un sen\u00adti\u00adment authen\u00adtique, je cite\u00adrai cette phrase de Lich\u00adten\u00adberg&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les clo\u00adchers sont des enton\u00adnoirs \u00e0 l\u2019envers ser\u00advant \u00e0 trans\u00adfu\u00adser la pri\u00e8re dans le ciel.&nbsp;\u00bb Et sur le digue-dingue-don, le m\u00eame Lich\u00adten\u00adberg (se ren\u00adcon\u00adtrant d\u2019ailleurs ici avec Goethe, voir \u00ab&nbsp;Second Faust&nbsp;\u00bb, acte V) dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;En ce qui concerne la ques\u00adtion de savoir dans quelle mesure la son\u00adne\u00adrie des cloches peut contri\u00adbuer \u00e0 la paix des d\u00e9funts, je ne sau\u00adrais me pro\u00adnon\u00adcer&nbsp;; pour les vivants, elle est une abomination.&nbsp;\u00bb\n<h3>Montaigne, Lichtenberg, Spinoza<\/h3>\n<p>\nTrois grands \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments de lec\u00adture, oui les trois plus grands \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments dans toutes mes lec\u00adtures pen\u00addant (si je leur joins Proust, qui me fut r\u00e9v\u00e9\u00adl\u00e9 un peu plus tard) l\u2019espace de dix ans, se situent dans une seule et m\u00eame ann\u00e9e, m\u00eame plus exac\u00adte\u00adment dans une p\u00e9riode de seule\u00adment quelques mois, \u00e0 peine plus d\u2019un tri\u00admestre. Le pre\u00admier, ce fut Mon\u00adtaigne. J\u2019entendis l\u00e0 sou\u00addain une voix \u00e9ter\u00adnelle qui, dans son aisance et sa non-cadu\u00adci\u00adt\u00e9, dans sa s\u00e9r\u00e9\u00adni\u00adt\u00e9 dis\u00adtante et s\u00fbre, me parut ne pou\u00advoir \u00eatre com\u00adpa\u00adr\u00e9e qu\u2019\u00e0 celle de J.-S. Bach. Comme Mon\u00adtaigne le dit lui-m\u00eame&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il faut avoir femmes, enfants, biens, et sur\u00adtout de la san\u00adt\u00e9, qui peut&nbsp;; mais non pas s\u2019y atta\u00adcher en mani\u00e8re que notre heur en d\u00e9pende. Il se faut r\u00e9ser\u00adver une arri\u00e8re-bou\u00adtique, toute n\u00f4tre, toute franche, en laquelle nous \u00e9ta\u00adblis\u00adsions notre vraie liber\u00adt\u00e9 et prin\u00adci\u00adpale retraite et solitude.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Je l\u2019ai peu cit\u00e9, pour la m\u00eame rai\u00adson qui fait que je n\u2019ai presque jamais cit\u00e9 Proust&nbsp;: choi\u00adsir quoi&nbsp;? en quelque endroit que j\u2019ouvre leurs livres, ce pour\u00adrait \u00eatre des demi-pages et des pages enti\u00e8res. L\u2019important, l\u2019essentiel, chez eux, est moins conden\u00ads\u00e9 en telle ou telle cris\u00adtal\u00adli\u00adsa\u00adtion d\u00e9ta\u00adch\u00e9e du reste qu\u2019il ne se trouve \u00e9ga\u00adle\u00adment r\u00e9pan\u00addu sur toute la sur\u00adface du fleuve&nbsp;; la mer\u00adveille, c\u2019est le&nbsp;parl\u00e9.<\/p>\n<p>Lich\u00adten\u00adberg, au contraire \u2013 le second des trois grands \u00e9v\u00e9\u00adne\u00adments \u2013 je l\u2019ai fr\u00e9\u00adquem\u00adment cit\u00e9 au long de tout cet ouvrage. Spi\u00adno\u00adza \u2013 le troi\u00adsi\u00e8me \u2013 le moins de tous. Et pour\u00adtant cer\u00adtaines phrases de lui sont plus inti\u00adme\u00adment, plus int\u00e9\u00adrieu\u00adre\u00adment que quoi que ce soit li\u00e9es \u00e0 ce livre-ci&nbsp;; sans doute non point tant par les mots&nbsp;; je dis&nbsp;: int\u00e9\u00adrieu\u00adre\u00adment&nbsp;; comme l\u2019enveloppement, ou le sur\u00advol, d\u2019une pr\u00e9\u00adsence r\u00e9demp\u00adtrice&nbsp;; ou les mon\u00adtagnes de neige \u00e0 l\u2019arri\u00e8re-plan.<\/p>\n<p>J\u2019avais fait l\u2019acquisition d\u2019un volume de mor\u00adceaux choi\u00adsis de Lich\u00adten\u00adberg d\u2019un si petit for\u00admat qu\u2019on pou\u00advait presque le tenir tout entier dans la main (le plus petit livre que j\u2019aie jamais pos\u00ads\u00e9\u00add\u00e9, et en m\u00eame temps l\u2019un des plus grands). C\u2019est au mar\u00adch\u00e9 aux puces que je l\u2019avais ache\u00adt\u00e9 pour quelques sous (le prix des livres, en Hol\u00adlande, \u00e9tant fonc\u00adtion de leur poids et de leur aspect&nbsp;; et cepen\u00addant l\u2019un des t\u00e9moi\u00adgnages majeurs d\u2019une pro\u00adfonde vie cultu\u00adrelle allait ain\u00adsi du m\u00eame coup me per\u00admettre d\u2019\u00e9lever celle de mon propre esprit, je veux dire me pro\u00adcu\u00adrer le moyen, bien que je ne dis\u00adpo\u00adsasse alors ni d\u2019aucune biblio\u00adth\u00e8que ni d\u2019argent, de triom\u00adpher d\u2019une condi\u00adtion jusque-l\u00e0 pro\u00adpre\u00adment moyen\u00ad\u00e2geuse quant \u00e0 la pos\u00adsi\u00adbi\u00adli\u00adt\u00e9 d\u2019entrer en contact avec des \u0153uvres lit\u00adt\u00e9\u00adraires). J\u2019\u00e9tais jus\u00adte\u00adment en pleine r\u00e9ac\u00adtion contre le tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre contem\u00adpo\u00adrain de Lich\u00adten\u00adberg, Jean Paul, \u00e0 qui je repro\u00adchais sur\u00adtout deux choses qui avaient com\u00admen\u00adc\u00e9 de me le rendre insup\u00adpor\u00adtable. D\u2019abord, l\u2019h\u00e9ritage roman\u00adtique, les san\u00adglots \u00e0 r\u00e9p\u00e9\u00adti\u00adtion, les pleur\u00adni\u00adche\u00adries \u00e0 n\u2019en plus finir, \u00e0 tel point qu\u2019on ne pou\u00advait plus voir la lune que juste \u00e0 tra\u00advers une larme tom\u00adbante (et c\u2019est ce qui fai\u00adsait que l\u2019astre avait deux halos)&nbsp;; et ensuite une ind\u00e9\u00adniable l\u00e2che\u00adt\u00e9, qu\u2019il me sem\u00adblait avoir d\u00e9ce\u00adl\u00e9e dans sa pen\u00ads\u00e9e. Sans doute, il ne man\u00adquait pas d\u2019instruments des plus sub\u00adtils pour se hasar\u00adder fort loin par les che\u00admins les plus divers&nbsp;; seule\u00adment, d\u00e8s qu\u2019\u00e9tait en vue une cons\u00e9\u00adquence \u00e0 laquelle il e\u00fbt d\u00fb n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment arri\u00adver, mais qui l\u2019e\u00fbt non moins n\u00e9ces\u00adsai\u00adre\u00adment accu\u00adl\u00e9 \u00e0 entrer en oppo\u00adsi\u00adtion ouverte avec les conven\u00adtions, il fai\u00adsait marche arri\u00e8re, lais\u00adsait tout aller \u00e0 la d\u00e9ban\u00addade, ache\u00advant sa recherche par des sen\u00adti\u00admen\u00adta\u00adli\u00adt\u00e9s. Apr\u00e8s cet illus\u00adtris\u00adsime, assu\u00adr\u00e9\u00adment des plus dou\u00e9s, \u00e0 qui je repro\u00adchais d\u2019\u00eatre une poule mouill\u00e9e et une fem\u00adme\u00adlette [[Pas relu Jean Paul depuis&nbsp;; mais une mer\u00adveilleuse phrase de lui, uni\u00adque\u00adment rap\u00adpe\u00adl\u00e9e par la m\u00e9moire, m\u2019est reve\u00adnue apr\u00e8s plus de dix ans&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tout repose au pays de la jus\u00adtice, dis-je, mais l\u2019amour r\u00eave.&nbsp;\u00bb]], je trou\u00advais main\u00adte\u00adnant le vrai grand homme, celui qui jamais ne fut \u00e0 la mode. Il ne se frap\u00adpait point la poi\u00adtrine, il disait au contraire&nbsp;:<\/p>\n<p>\u00ab&nbsp;Il ne faut jamais avoir confiance en per\u00adsonne qui, pour mieux pro\u00adtes\u00adter de sa v\u00e9ra\u00adci\u00adt\u00e9, se met la main sur le&nbsp;c\u0153ur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n<p>Ce fut la phrase que je lus apr\u00e8s avoir ouvert le minus\u00adcule volume et \u2013 comme cela m\u2019est arri\u00adv\u00e9 plus d\u2019une fois avec un auteur \u2013 elle est res\u00adt\u00e9e pour moi la phrase cen\u00adtrale&nbsp;; elle me parut four\u00adnir la cl\u00e9 d\u2019une \u0153uvre, elle \u00e9tait pour moi la cou\u00adleur de toutes les autres phrases de Lich\u00adten\u00adberg, la note fon\u00adda\u00admen\u00adtale qui r\u00e9son\u00adnait en chacune.<\/p>\n<p>L\u2019\u00ab&nbsp;\u00c9thique&nbsp;\u00bb de Spi\u00adno\u00adza entra en ma  pos\u00adses\u00adsion le 27 mai 1935, qui se trou\u00adva ain\u00adsi \u00eatre pour moi le grand jour de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>[\/\u200bLudwig <sc>Hohl<\/sc>\/\u200b]<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>[(Avec l\u2019autorisation de l\u2019auteur et des \u00e9di\u00adtions Art\u00e9\u00admis, Zurich, nous don\u00adnons ci-des\u00ad\u00adsous la tra\u00adduc\u00adtion de quelques pas\u00adsages du second tome des \u00ab&nbsp;Notices&nbsp;\u00bb (Noti\u00adzen) de Lud\u00advig Hohl, \u00e9cri\u00advain suisse de langue alle\u00admande vivant depuis de longues ann\u00e9es \u00e0 Gen\u00e8ve. Ces \u00ab&nbsp;Noti\u00adzen&nbsp;\u00bb sont un ouvrage en deux volumes \u2013 le pre\u00admier a paru en 1944 et&nbsp;le&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[87],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-temoins-n9-ete-1955"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=759"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/759\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=759"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}