{"id":760,"date":"2007-08-24T22:43:01","date_gmt":"2007-08-24T22:43:01","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/etape-a-zurich\/"},"modified":"2007-08-24T22:43:01","modified_gmt":"2007-08-24T22:43:01","slug":"etape-a-zurich","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/08\/24\/etape-a-zurich\/","title":{"rendered":"\u00c9tape \u00e0 Zurich"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/760?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/760?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><div align=\"justify\">\n<div style=\"text-indent: 1cm\">\n<p><i>\u00c0 la demande de notre ami Man\u00e8s Sper\u00adber, qui jugea \u00e0 bon droit que le pr\u00e9\u00adsent texte avait par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment sa place dans une revue parais\u00adsant \u00e0 Zurich, Arthur Koest\u00adler nous a g\u00e9n\u00e9\u00adreu\u00adse\u00adment auto\u00adri\u00ads\u00e9 \u00e0 publier les pages sui\u00advantes, extraites du cha\u00adpitre XXVI de la ver\u00adsion fran\u00ad\u00e7aise de son livre \u00ab&nbsp;Hi\u00e9\u00adro\u00adglyphes&nbsp;\u00bb, \u00e0 para\u00eetre chez Calmann-L\u00e9vy.<\/i><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e de tran\u00adsi\u00adtion et de sus\u00adpens, l\u2019ann\u00e9e 1935\u200a\u2013\u200a1936, mar\u00adqua la fin de mon ado\u00adles\u00adcence. J\u2019avais trente ans, mais l\u2019adolescence n\u2019est pas affaire d\u2019\u00e2ge&nbsp;; c\u2019est un \u00e9tat d\u2019esprit et de carac\u00adt\u00e8re. L\u2019histoire que j\u2019ai rap\u00adpor\u00adt\u00e9e ne montre que trop clai\u00adre\u00adment com\u00adbien j\u2019\u00e9tais instable et d\u00e9s\u00ad\u00e9qui\u00adli\u00adbr\u00e9. J\u2019\u00e9prouvais la joie et le d\u00e9ses\u00adpoir, l\u2019amour et la haine de fa\u00e7on intense, mais mes sen\u00adti\u00adments \u00e9taient cen\u00adtr\u00e9s sur moi-m\u00eame, et ceux qui les ins\u00adpi\u00adraient ne jouaient que le r\u00f4le d\u2019\u00e9crans de projection<\/p>\n<p>La crise se pro\u00addui\u00adsit \u00e0 la fin de cette p\u00e9riode, mar\u00adqu\u00e9e par ma cap\u00adti\u00advi\u00adt\u00e9 en Espagne. L\u2019ann\u00e9e qui la pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00adda fut \u00e0 la fois vide et agi\u00adt\u00e9e. Elle se divi\u00adsa entre Paris, Zurich, Buda\u00adpest et d\u2019autres villes. Je ne voya\u00adgeais pas pour mon plai\u00adsir, mais comme un t\u00e2che\u00adron, d\u2019emploi en emploi, \u00e0 la recherche de ma subsistance<\/p>\n<p>La pre\u00admi\u00e8re sta\u00adtion fut Zurich. On venait d\u2019offrir au fr\u00e8re de Doro\u00adthy, Ernie, un poste de chi\u00adrur\u00adgien dans un h\u00f4pi\u00adtal de la Rus\u00adsie sovi\u00e9\u00adtique alle\u00admande de la Vol\u00adga, et il allait y \u00e9mi\u00adgrer avec sa femme, suis\u00adsesse de nais\u00adsance, et leur petite fille. Le loyer de leur appar\u00adte\u00adment de West\u00adbuehl, moderne ban\u00adlieue r\u00e9si\u00adden\u00adtielle de Zurich, \u00e9tait pay\u00e9 pour six mois encore. Il e\u00fbt \u00e9t\u00e9 dom\u00admage de le perdre&nbsp;; Doro\u00adthy et moi pour\u00adrions y loger pour rien, pen\u00addant que j\u2019\u00e9crivais mon livre, et m\u00eame dis\u00adpo\u00adser d\u2019une salle de bain par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8re. Je crois que ce fut la salle de bain qui nous d\u00e9ci\u00adda et, en jan\u00advier 1935, nous nous ins\u00adtal\u00adl\u00e2mes pour six mois \u00e0 Zurich<\/p>\n<p>Juste avant de quit\u00adter Paris, j\u2019eus un coup de chance ines\u00adp\u00e9\u00adr\u00e9. Dans un acc\u00e8s de g\u00e9n\u00e9\u00adro\u00adsi\u00adt\u00e9, Th\u00e9o\u00addore, l\u2019\u00e9diteur du \u00ab&nbsp;Sexe&nbsp;\u00bb, consen\u00adtit \u00e0 me ver\u00adser cinq livres par mois pen\u00addant un an pour le copy\u00adright de \u00ab&nbsp;Spar\u00adta\u00adcus&nbsp;\u00bb. Il \u00e9tait \u00e0 pr\u00e9\u00adsent fort pros\u00adp\u00e8re et sou\u00adhai\u00adtait deve\u00adnir un \u00e9di\u00adteur \u00ab&nbsp;conve\u00adnable&nbsp;\u00bb, sou\u00adhait qu\u2019il ne devait pas r\u00e9a\u00adli\u00adser, comme on le ver\u00adra. Je fus natu\u00adrel\u00adle\u00adment enchan\u00adt\u00e9 par la pers\u00adpec\u00adtive de pou\u00advoir me consa\u00adcrer enti\u00e8\u00adre\u00adment \u00e0 mon roman et le ter\u00admi\u00adner dans l\u2019ann\u00e9e<\/p>\n<p>L\u2019appartement d\u2019Ernie \u00e9tait agr\u00e9a\u00adble\u00adment moderne&nbsp;: il avait trois pi\u00e8ces dont les larges fen\u00eatres ouvraient sur des pelouses bien soi\u00adgn\u00e9es&nbsp;; cela nous parut, apr\u00e8s nos mis\u00e9\u00adrables chambres d\u2019h\u00f4tel pari\u00adsiennes, un s\u00e9jour de luxe et de magni\u00adfi\u00adcence&nbsp;: Nous aim\u00e2mes la pro\u00adpre\u00adt\u00e9 des Suisses, leur patois jovial, leurs mani\u00e8res rudes et franches. La biblio\u00adth\u00e8que muni\u00adci\u00adpale \u00e9tait bien four\u00adnie en ouvrages sur l\u2019antiquit\u00e9, et avait le grand avan\u00adtage de vous per\u00admettre d\u2019emporter chez soi jusqu\u2019\u00e0 quinze volumes<\/p>\n<p>Mal\u00adgr\u00e9 toutes ces b\u00e9n\u00e9\u00addic\u00adtions, la pau\u00advre\u00adt\u00e9 nous parut plus p\u00e9nible \u00e0 Zurich qu\u2019\u00e0 Paris. Tout en \u00e9tant la plus grande ville de Suisse, Zurich a une atmo\u00adsph\u00e8re pro\u00advin\u00adciale intense, satu\u00adr\u00e9e de pros\u00adp\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9 et de ver\u00adtus. On peut prendre \u00e0 la blague le fait d\u2019\u00eatre pauvre \u00e0 Mont\u00adpar\u00adnasse, mais Zurich n\u2019a ni Mont\u00adpar\u00adnasse, ni petits bis\u00adtrots bon mar\u00adch\u00e9, ni ce genre de gaie\u00adt\u00e9. Dans cette ville propre, pros\u00adp\u00e8re et guin\u00add\u00e9e, la pau\u00advre\u00adt\u00e9 \u00e9tait tout sim\u00adple\u00adment d\u00e9gra\u00addante&nbsp;; et, bien que man\u00adgeant \u00e0 notre faim, nous \u00e9tions encore tr\u00e8s pauvres. Doro\u00adthy avait ses cinq livres par mois, et j\u2019en avais autant&nbsp;; nous d\u00e9cou\u00advr\u00eemes un jour que le total de nos reve\u00adnus \u00e0 tous deux n\u2019atteignait pas celui d\u2019un ouvrier suisse en ch\u00f4mage<\/p>\n<p>Cepen\u00addant, ces cinq \u00e0 six mois furent satis\u00adfai\u00adsants et sans his\u00adtoire. Je tra\u00advaillais r\u00e9gu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment huit heures par jour, et nous fai\u00adsions de temps \u00e0 autre de longues pro\u00adme\u00adnades \u00e0 pied autour du lac et dans les mon\u00adtagnes. \u00c0 notre grand sou\u00adla\u00adge\u00adment, le Par\u00adti nous inter\u00addi\u00adsait toute rela\u00adtion avec le PC suisse. La police suisse sur\u00adveillait beau\u00adcoup plus s\u00e9v\u00e8\u00adre\u00adment que la police fran\u00ad\u00e7aise les acti\u00advi\u00adt\u00e9s des \u00e9tran\u00adgers, et des rela\u00adtions avec le PC suisse auraient entra\u00ee\u00adn\u00e9 notre expul\u00adsion imm\u00e9\u00addiate du&nbsp;pays<\/p>\n<p>Nos amis appar\u00adte\u00adnaient tous \u00e0 ce qu\u2019on appe\u00adlait le Cercle Humm. Rudolf-Jacob Humm [[Les lec\u00adteurs de \u00ab&nbsp;T\u00e9moins&nbsp;\u00bb pour\u00adront prendre connais\u00adsance de tr\u00e8s beaux textes de Humm dans un de nos pro\u00adchains cahiers. (S)]] est un roman\u00adcier suisse-alle\u00admand de talent chez qui un groupe d\u2019\u00e9crivains se r\u00e9unis\u00adsaient une fois par semaine pour des lec\u00adtures et des dis\u00adcus\u00adsions litt\u00e9raires.<\/p>\n<p>Ces soi\u00adr\u00e9es \u00e9taient tr\u00e8s plai\u00adsantes, et le ton ami\u00adcal et poli des dis\u00adcus\u00adsions contras\u00adtait agr\u00e9a\u00adble\u00adment avec le ton acerbe de la cel\u00adlule des \u00c9cri\u00advains \u00e0 Paris. Humm \u00e9tait un excen\u00adtrique, grand et maigre, avec toutes les appa\u00adrences d\u2019un guide de mon\u00adtagne suisse, mais avec une grande ten\u00addresse de sen\u00adti\u00adment et une intui\u00adtion de sis\u00admo\u00adgraphe des ennuis d\u2019autrui. Il res\u00adsem\u00adblait \u00e0 beau\u00adcoup d\u2019\u00e9gards \u00e0 George Orwell. Il habi\u00adtait un vieil appar\u00adte\u00adment d\u00e9cr\u00e9\u00adpit et d\u00e9mo\u00add\u00e9 de Hecht Platz, avec sa femme Lil\u00adly, silen\u00adcieuse et effi\u00adciente, et une bande d\u2019enfants de tous \u00e2ges. L\u2019une des par\u00adti\u00adcu\u00adla\u00adri\u00adt\u00e9s de cet appar\u00adte\u00adment \u00e9tait la porte vitr\u00e9e des cabi\u00adnets, ouvrant direc\u00adte\u00adment dans le salon. Nos dis\u00adcus\u00adsions, tou\u00adjours tr\u00e8s \u00e9le\u00adv\u00e9es, \u00e9taient ponc\u00adtu\u00e9es par les pas\u00adsages des enfants Humm par cette&nbsp;porte.<\/p>\n<p>Par\u00admi les par\u00adti\u00adci\u00adpants plus ou moins r\u00e9gu\u00adliers \u00e0 nos dis\u00adcus\u00adsions \u00e9tait Igna\u00adzio Silone qui, \u00e0 cette \u00e9poque, habi\u00adtait la Suisse&nbsp;; le roman\u00adcier alle\u00admand Ber\u00adnard von Bren\u00adta\u00adno&nbsp;; le dra\u00adma\u00adturge com\u00admu\u00adniste hon\u00adgrois Julius Ray, et divers jour\u00adna\u00adlistes et jeunes \u00e9cri\u00advains de la&nbsp;ville.<\/p>\n<p>Quelques semaines apr\u00e8s nous, Peter, dont j\u2019\u00e9tais \u00e0 pr\u00e9\u00adsent le beau-fr\u00e8re, arri\u00adva lui aus\u00adsi en Suisse, char\u00adg\u00e9 d\u2019une nou\u00advelle mis\u00adsion secr\u00e8te du Par\u00adti, et devint membre assi\u00addu du cercle Humm. La mis\u00adsion concer\u00adnait \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9largissement du front de la culture et l\u2019\u00e9tablissement de nou\u00adveaux contacts&nbsp;\u00bb, mais il se mon\u00adtrait tr\u00e8s cachot\u00adtier \u00e0 ce sujet et, connais\u00adsant le go\u00fbt bien inof\u00adfen\u00adsif de Peter pour les allures de conspi\u00adra\u00adteur, je ne l\u2019interrogeai pas et ne d\u00e9cou\u00advris jamais la v\u00e9ri\u00adtable nature de sa mis\u00adsion. Nos exp\u00e9\u00adriences \u00e0 l\u2019INFA l\u2019avaient lais\u00ads\u00e9 abso\u00adlu\u00adment intact, et lorsque je me per\u00admis quelques remarques am\u00e8res et cyniques \u00e0 cet \u00e9gard, il se conten\u00adta de plon\u00adger pro\u00adfon\u00add\u00e9\u00adment dans mes yeux son regard de saint, \u00e0 la fois psy\u00adchiatre et pr\u00eatre, et j\u2019eus&nbsp;honte.<\/p>\n<p>Fid\u00e8les \u00e0 la tra\u00addi\u00adtion du Par\u00adti, Peter, Hay et moi fon\u00add\u00e2mes aus\u00adsi\u00adt\u00f4t un noyau com\u00admu\u00adniste \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du cercle Humm. C\u2019\u00e9tait un groupe d\u2019intellectuels qu\u2019on ne pou\u00advait pas atta\u00adquer direc\u00adte\u00adment par la pro\u00adpa\u00adgande com\u00admu\u00adniste&nbsp;; on ne pou\u00advait le man\u0153u\u00advrer que de fa\u00e7on imper\u00adcep\u00adtible, avec une grande patience, pour l\u2019amener \u00e0 une atti\u00adtude \u00ab&nbsp;sym\u00adpa\u00adthi\u00adsante&nbsp;\u00bb. Tous trois, bien ver\u00ads\u00e9s dans la th\u00e9o\u00adrie mar\u00adxiste de la lit\u00adt\u00e9\u00adra\u00adture, nous pos\u00ads\u00e9\u00addions l\u2019avantage qu\u2019ont tous les tenants d\u2019un sys\u00adt\u00e8me logique et coh\u00e9\u00adrent sur les adver\u00adsaires d\u00e9pour\u00advus de sys\u00adt\u00e8me. Nos argu\u00adments \u00e9taient consis\u00adtants et parais\u00adsaient convain\u00adcants, bien que les axiomes sur les\u00adquels ils se fon\u00addaient fussent uni\u00adla\u00adt\u00e9\u00adraux et en par\u00adtie absurdes.<\/p>\n<p>Le cercle Humm ne repr\u00e9\u00adsen\u00adtait aucun pou\u00advoir public&nbsp;; ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une de ces cote\u00adries intel\u00adlec\u00adtuelles comme il y en a des mil\u00adliers dans le monde et dont l\u2019ensemble cr\u00e9e le cli\u00admat de l\u2019opinion publique&nbsp;; dans cha\u00adcune d\u2019entre elles, il y avait, dans les ann\u00e9es 30, de petites cel\u00adlules de Peter et d\u2019Arthur, qui tra\u00advaillaient patiem\u00adment \u00e0 rendre ce cli\u00admat favo\u00adrable, ou au moins d\u2019une neu\u00adtra\u00adli\u00adt\u00e9 bien\u00adveillante \u00e0 la Grande Exp\u00e9\u00adrience sociale de Rus\u00adsie et \u00e0 son exten\u00adsion occi\u00adden\u00adtale, le Front popu\u00adlaire contre la guerre et le fas\u00adcisme. Le troi\u00adsi\u00e8me de notre trio, Julius Hay, \u00e9tait beau gar\u00ad\u00e7on et d\u00e9sin\u00advolte. Il \u00e9tait com\u00admu\u00adniste par phi\u00adlo\u00adso\u00adphie, mais ne s\u2019int\u00e9ressait pas \u00e0 la poli\u00adtique, payant ses coti\u00adsa\u00adtions au Par\u00adti comme on paye ses imp\u00f4ts, et ne vivait que pour les pi\u00e8ces qu\u2019il \u00e9cri\u00advait. Il avait \u00e9t\u00e9 jou\u00e9 par le Th\u00e9\u00e2tre natio\u00adnal hon\u00adgrois pen\u00addant la Com\u00admune de 1919&nbsp;; depuis lors, exi\u00adl\u00e9, il errait \u00e0 tra\u00advers l\u2019Europe, avec une valise rem\u00adplie de pi\u00e8ces non repr\u00e9\u00adsen\u00adt\u00e9es qui consti\u00adtuaient son capi\u00adtal et son ave\u00adnir. Apr\u00e8s la guerre, il ren\u00adtra en Hon\u00adgrie o\u00f9 l\u2019une de ses pi\u00e8ces connut un grand succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Silone assis\u00adtait moins r\u00e9gu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment \u00e0 nos r\u00e9unions&nbsp;; il y vint peut-\u00eatre en tout deux ou trois fois. Il gu\u00e9\u00adris\u00adsait, \u00e0 la mon\u00adtagne, d\u2019un acc\u00e8s de tuber\u00adcu\u00adlose et ne venait \u00e0 Zurich qu\u2019\u00e0 de rares inter\u00advalles. \u00ab&nbsp;Fon\u00adta\u00adma\u00adra&nbsp;\u00bb, son pre\u00admier roman, qui \u00e9ta\u00adblit sa r\u00e9pu\u00adta\u00adtion en Europe, avait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 quelques mois aupa\u00adra\u00advant dans une tra\u00adduc\u00adtion alle\u00admande. L\u2019histoire de ce livre est carac\u00adt\u00e9\u00adris\u00adtique des dif\u00adfi\u00adcul\u00adt\u00e9s presque insur\u00admon\u00adtables que ren\u00adcontrent les \u00e9cri\u00advains \u00e9mi\u00adgr\u00e9s. Silone en avait pro\u00adpo\u00ads\u00e9 le manus\u00adcrit \u00e0 la mai\u00adson d\u2019\u00e9dition suisse la plus impor\u00adtante de cette \u00e9poque&nbsp;: Oprecht et Hel\u00adbing, dont le pro\u00adpri\u00e9\u00adtaire, le doc\u00adteur Emil Oprecht, \u00e9tait un socia\u00adliste de gauche \u00e0 sym\u00adpa\u00adthies com\u00admu\u00adnistes. Mal\u00adgr\u00e9 cela, et en d\u00e9pit de rap\u00adports enthou\u00adsiastes de ses lec\u00adteurs, Oprecht refu\u00adsa de publier l\u2019ouvrage, sous pr\u00e9\u00adtexte que les frais de tra\u00adduc\u00adtion du manus\u00adcrit ita\u00adlien \u00ab&nbsp;consti\u00adtue\u00adraient un risque trop \u00e9le\u00adv\u00e9&nbsp;\u00bb. C\u2019est l\u00e0 l\u2019argument clas\u00adsique qui condamne l\u2019\u00e9crivain exi\u00adl\u00e9 au silence et \u00e0 la mis\u00e8re. Au bout d\u2019un an ou deux, les amis de Silone d\u00e9cou\u00advrirent un m\u00e9c\u00e8ne dans la per\u00adsonne d\u2019un cha\u00adri\u00adtable four\u00adreur de Zurich dont la femme avait des go\u00fbts lit\u00adt\u00e9\u00adraires. Le four\u00adreur don\u00adna \u00e0 Oprecht une garan\u00adtie contre les pertes pos\u00adsibles, et \u00ab&nbsp;Fon\u00adta\u00adma\u00adra&nbsp;\u00bb fut enfin impri\u00adm\u00e9. Il eut aus\u00adsi\u00adt\u00f4t un tr\u00e8s grand suc\u00adc\u00e8s de librai\u00adrie, et l\u2019\u00e9diteur jouit jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours de la gloire d\u2019avoir d\u00e9cou\u00advert Silone. Tout le m\u00e9rite en reve\u00adnait \u00e9vi\u00addem\u00adment au four\u00adreur, dont le nom a le droit de pas\u00adser \u00e0 la pos\u00adt\u00e9\u00adri\u00adt\u00e9&nbsp;: il s\u2019appelait Herr&nbsp;Mayer.<\/p>\n<p>Au cours des quelques ann\u00e9es pr\u00e9\u00adc\u00e9\u00addant notre ren\u00adcontre \u00e0 Zurich, Silone s\u2019\u00e9tait peu \u00e0 peu d\u00e9ta\u00adch\u00e9 du Par\u00adti [[Voir son apport auto\u00adbio\u00adgra\u00adphique au \u00ab&nbsp;Dieu des t\u00e9n\u00e8bres&nbsp;\u00bb.]]&nbsp;; mais il ne l\u2019attaquait pas ouver\u00adte\u00adment, et le Par\u00adti gar\u00addait l\u2019espoir de le recon\u00adqu\u00e9\u00adrir. J\u2019avais beau\u00adcoup admi\u00adr\u00e9 \u00ab&nbsp;Fon\u00adta\u00adma\u00adra&nbsp;\u00bb et me fai\u00adsais une joie de conna\u00eetre Silone. Il me parut un \u00eatre plein de bon\u00adt\u00e9, mais de r\u00e9serve, enfer\u00adm\u00e9 en lui-m\u00eame et envi\u00adron\u00adn\u00e9 d\u2019un doux mais imp\u00e9\u00adn\u00e9\u00adtrable nuage de m\u00e9lan\u00adco\u00adlie et d\u2019abattement. Il me fut impos\u00adsible, \u00e0 ma grande d\u00e9cep\u00adtion, d\u2019atteindre avec lui \u00e0 un contact per\u00adson\u00adnel [[Apr\u00e8s la p\u00e9riode zuri\u00adchoise, nous res\u00adt\u00e2mes treize ans sans nous revoir, mais nos noms \u00e9taient constam\u00adment rap\u00adpro\u00adch\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre par les cri\u00adtiques, avec celui d\u2019Andr\u00e9 Mal\u00adraux, com\u00adpl\u00e9\u00adtant une esp\u00e8ce de trium\u00advi\u00adrat repr\u00e9\u00adsen\u00adtant la marque ex-com\u00admu\u00adniste dans le roman europ\u00e9en.<\/p>\n<p>En 1948, au cours de notre pre\u00admier s\u00e9jour d\u2019apr\u00e8s-guerre \u00e0 Rome, Mamaine (ma seconde femme) et moi t\u00e9l\u00e9\u00adpho\u00adn\u00e2mes \u00e0 Silone et conv\u00eenmes de nous retrou\u00adver le len\u00adde\u00admain, pour d\u00e9jeu\u00adner au res\u00adtau\u00adrant. Silone arri\u00adva en retard et, apr\u00e8s nous avoir adres\u00ads\u00e9 quelques m\u00e9lan\u00adco\u00adliques paroles de bien\u00adve\u00adnue, s\u2019enfon\u00e7a dans la lec\u00adture d\u2019un jour\u00adnal jusqu\u2019\u00e0 la fin du repas, sans prendre garde \u00e0 notre stu\u00adp\u00e9\u00adfac\u00adtion. Par la suite, Dari\u00adna, l\u2019\u00e9pouse irlan\u00addaise, aimante et char\u00admante de Silone, nous racon\u00adta avec un d\u00e9ses\u00adpoir comique qu\u2019elle avait, apr\u00e8s d\u00e9jeu\u00adner, repro\u00adch\u00e9 \u00e0 Igna\u00adzio son appa\u00adrente impo\u00adli\u00adtesse \u00e0 notre \u00e9gard, et qu\u2019il lui avait r\u00e9pon\u00addu, tout sur\u00adpris&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour\u00adquoi n\u2019aurais-je pas lu mon jour\u00adnal&nbsp;? Les Koest\u00adler ne sont pas des \u00e9tran\u00adgers. Ce sont mes amis.&nbsp;\u00bb Nous dev\u00eenmes en effet fort bons amis apr\u00e8s cela, mais ce fut tou\u00adjours une ami\u00adti\u00e9 un peu distante.\u201d]]<\/p>\n<p>[\/(traduit de l\u2019anglais par Denise Van Mopp\u00e8s)\/]<\/p>\n<\/div><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c0 la demande de notre ami Man\u00e8s Sper\u00adber, qui jugea \u00e0 bon droit que le pr\u00e9\u00adsent texte avait par\u00adti\u00adcu\u00adli\u00e8\u00adre\u00adment sa place dans une revue parais\u00adsant \u00e0 Zurich, Arthur Koest\u00adler nous a g\u00e9n\u00e9\u00adreu\u00adse\u00adment auto\u00adri\u00ads\u00e9 \u00e0 publier les pages sui\u00advantes, extraites du cha\u00adpitre XXVI de la ver\u00adsion fran\u00ad\u00e7aise de son livre \u00ab&nbsp;Hi\u00e9\u00adro\u00adglyphes&nbsp;\u00bb, \u00e0 para\u00eetre chez Cal\u00admann-L\u00e9vy. 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