{"id":940,"date":"2007-10-29T18:07:15","date_gmt":"2007-10-29T18:07:15","guid":{"rendered":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/10\/29\/la-voix-dune-mere\/"},"modified":"2007-10-29T18:07:15","modified_gmt":"2007-10-29T18:07:15","slug":"la-voix-dune-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/2007\/10\/29\/la-voix-dune-mere\/","title":{"rendered":"La voix d\u2019une&nbsp;m\u00e8re"},"content":{"rendered":"<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-post pdfprnt-top-right\"><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/940?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/pdf.png\" alt=\"image_pdf\" title=\"Afficher le PDF\"><\/a><a href=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/940?print=print\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-print\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/wp-content\/plugins\/pdf-print\/images\/print.png\" alt=\"image_print\" title=\"Contenu imprim\u00e9\"><\/a><\/div><p class=\"post_excerpt\">\tCAMILLE BERNERI&nbsp;!\u2026 Je l\u2019ai sou\u00advent ren\u00adcon\u00adtr\u00e9 au caf\u00e9 du Bel Air et je n\u2019ai point oubli\u00e9 nos conver\u00adsa\u00adtions du same\u00addi apr\u00e8s-midi dont son \u00e9ru\u00addi\u00adtion et l\u2019\u00e9\u00adten\u00addue de ses connais\u00adsances consti\u00adtuaient le prin\u00adci\u00adpal charme. Si simple et d\u2019une rare dou\u00adceur, les ins\u00adtants fuyaient en l\u2019\u00e9\u00adcou\u00adtant. Il col\u00adla\u00adbo\u00adra \u00e0 <em>l\u2019En dehors<\/em> comme s\u2019en sou\u00adviennent sans doute ceux des abon\u00adn\u00e9s \u00e0 cette revue qui nous sont res\u00adt\u00e9s fid\u00e8les. Sa docu\u00admen\u00adta\u00adtion \u00e9tait pr\u00e9\u00adcise, ses conclu\u00adsions nettes. Puis je ne le revis plus\u2026 La guerre fai\u00adsait rage de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 des Pyr\u00e9\u00adn\u00e9es. Il \u00e9tait par\u00adti en Espagne o\u00f9 (\u00e0 Bar\u00adce\u00adlone) il y trou\u00adva la mort, assez mys\u00adt\u00e9\u00adrieu\u00adse\u00adment d\u2019ailleurs. J\u2019ai re\u00e7u, il y a quelque temps, quelques feuillets de \u00ab&nbsp;m\u00e9moires&nbsp;\u00bb de sa m\u00e8re qui, octo\u00adg\u00e9\u00adnaire, habite Bor\u00addeaux. Ces pages ont fait sur\u00adgir Ber\u00adne\u00adri devant mon esprit. En sou\u00adve\u00adnir de lui, je les publie tel que&nbsp;; ne l\u2019au\u00adrais-je pas connu per\u00adson\u00adnel\u00adle\u00adment que les sen\u00adti\u00adments mani\u00adfes\u00adt\u00e9s par sa m\u00e8re \u00e0 son \u00e9gard sus\u00adci\u00adte\u00adraient en moi une vive \u00e9motion.&nbsp;<\/p>\n<p>E. A.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<div align=\"justify\">Depuis la nais\u00adsance de mon fils, le 20 mai 1897, \u00e0 Lodi, je n\u2019ai vu le monde qu\u2019\u00e0 tra\u00advers lui. En 1935 je lui \u00e9cri\u00advais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je suis comme un vieil arbre trans\u00adplan\u00adt\u00e9, d\u00e9pouill\u00e9, mais qui a la joie et  la gloire de conser\u00adver une branche qui fleu\u00adrit&nbsp;\u00bb. En me quit\u00adtant, il a empor\u00adt\u00e9 avec lui la fer\u00adveur que les ann\u00e9es et l\u2019ad\u00adver\u00adsi\u00adt\u00e9 n\u2019a\u00advaient aucu\u00adne\u00adment \u00e9teinte en mon c\u0153ur. Je suis hors de la vie, ne com\u00admu\u00adniant avec elle que par les per\u00adsonnes qui l\u2019ont vrai\u00adment aim\u00e9 et qui ont lut\u00adt\u00e9 et souf\u00adfert avec&nbsp;lui.&nbsp;\n<p>\tJe suis prise par la d\u00e9tresse de l\u2019ir\u00adr\u00e9\u00adpa\u00adrable, d\u2019au\u00adtant plus que je constate que ma m\u00e9moire a re\u00e7u un si violent coup qu\u2019elle ne s\u2019en rel\u00e8\u00adve\u00adra jamais. Et pour\u00adtant je veux arra\u00adcher au pas\u00ads\u00e9 ce qui s\u2019est, pour ain\u00adsi dire, sou\u00addain \u00e9va\u00adnoui dans un \u00e9pais brouillard, et qui me per\u00admet\u00adtra, ne serait-ce que frag\u00admen\u00adtai\u00adre\u00adment, de recons\u00adti\u00adtuer les pre\u00admi\u00e8res ann\u00e9es de mon fils, lequel \u00e9cri\u00advit un jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si j\u2019\u00e9\u00adtais un grand homme ou un m\u00e9ga\u00adlo\u00admane, je pour\u00adrais fort bien \u00e9crire sur mon enfance en pui\u00adsant dans les nom\u00adbreux sou\u00adve\u00adnirs de ma m\u00e8re&nbsp;\u00bb, affir\u00admait aus\u00adsi qu\u2019\u00e0 son avis plu\u00adsieurs auto\u00adbio\u00adgraphes avaient recons\u00adti\u00adtu\u00e9 leur propre enfance en se ser\u00advant davan\u00adtage des sou\u00adve\u00adnirs des autres que des&nbsp;leurs.&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl y a plu\u00adsieurs ann\u00e9es, j\u2019\u00e9\u00adcri\u00advis de courts sou\u00adve\u00adnirs des\u00adti\u00adn\u00e9s \u00e0 mon fils, alors en pri\u00adson. Je me disais&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il sou\u00adri\u00adra \u00e0 ce rap\u00adpel.&nbsp;\u00bb ou bien&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il sera atten\u00addri, en revi\u00advant telle ou telle sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb, et ain\u00adsi de suite. Ils \u00e9taient des\u00adti\u00adn\u00e9s pour le temps o\u00f9 je ne serais plus de ce monde. Un nom, une date, un signe, auraient \u00e9t\u00e9 suf\u00adfi\u00adsants \u00e0 r\u00e9veiller des images \u00e0 demi effa\u00adc\u00e9es. Je suis aujourd\u2019\u00adhui seule, mon c\u0153ur se serre devant ces pages froides, p\u00e2lies, que j\u2019ai sous les yeux. Devant et autour de moi, des ch\u00e8res visions que je conserve du temps pas\u00ads\u00e9 s\u2019\u00e9\u00adtend comme un d\u00e9sert. Per\u00adsonne n\u2019est l\u00e0 qui puisse m\u2019ai\u00adder. \u00c9loi\u00adgn\u00e9s, dis\u00adper\u00ads\u00e9s de par le monde, introu\u00advables, sont les com\u00adpa\u00adgnons de son enfance et de sa pre\u00admi\u00e8re jeunesse.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLes adultes, ceux qui le virent gran\u00addir, parents ou amis, l\u2019ont r\u00e9pu\u00addi\u00e9 ou oubli\u00e9 ou ont dis\u00adpa\u00adru \u00e0 tout jamais.&nbsp;<\/p>\n<p>\tJe ne r\u00e9us\u00adsi\u00adrai qu\u2019\u00e0 faire une aride expo\u00adsi\u00adtion, une pauvre chose avec des \u00e9pi\u00adsodes sans fond, quelque d\u00e9vo\u00adtieuse ten\u00addresse que je puisse mettre en cette docu\u00admen\u00adta\u00adtion. Ce seront des mat\u00e9\u00adriaux bruts pour qui vou\u00addra \u00e9crire un jour la vie de Camille.&nbsp;<\/p>\n<p>\tEn ce moment, une vision sou\u00addaine effleure et trans\u00adporte ma pen\u00ads\u00e9e vers un loin\u00adtain jour d\u2019\u00e9\u00adt\u00e9. Nous sommes \u00e0 la mon\u00adtagne, dans la Val\u00adca\u00admo\u00adni\u00adca, Camille et moi, nous avons l\u00e2ch\u00e9 ses com\u00adpa\u00adgnons parce qu\u2019il d\u00e9sire conti\u00adnuer \u00e0 grim\u00adper. Je le suis, car je crains qu\u2019il ne s\u2019a\u00adven\u00adture en des sen\u00adtiers p\u00e9rilleux ou qu\u2019il ne s\u2019\u00e9\u00adgare. Mais on dirait qu\u2019il n\u2019a jamais v\u00e9cu qu\u2019en des r\u00e9gions alpestres tant il est s\u00fbr de lui. Je lui recom\u00admande de ne pas trop man\u00adger de baies. Il se retourne, il me sou\u00adrit avec la bouche toute noire de ces myr\u00adtilles dont il n\u2019est jamais rassasi\u00e9.&nbsp;<\/p>\n<p>\tApr\u00e8s un moment je me sens fati\u00adgu\u00e9 et vou\u00addrais m\u2019ar\u00adr\u00ea\u00adter, mais je remarque que le cr\u00e9\u00adpus\u00adcule est d\u00e9j\u00e0 tom\u00adb\u00e9 sur la val\u00adl\u00e9e et qu\u2019il fait de plus en plus sombre autour de&nbsp;nous&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2015 Il faut se h\u00e2ter de ren\u00adtrer, lui dis-je.&nbsp;<\/p>\n<p>\tNe voyant plus la route par laquelle nous sommes mon\u00adt\u00e9s, je com\u00admence \u00e0 m\u2019in\u00adqui\u00e9\u00adter. En r\u00e9a\u00adli\u00adt\u00e9, il suf\u00adfit de peu de chose pour me rendre ner\u00adveuse. Camille, fier de son sens de l\u2019o\u00adrien\u00adta\u00adtion, me ras\u00adsure en me disant&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\t\u2015 Viens par&nbsp;ici.<\/p>\n<p>\tDurant un s\u00e9jour \u00e0 Rome, en 1904, il m\u2019a\u00advait ser\u00advi de guide pour ren\u00adtrer \u00e0 l\u2019h\u00f4\u00adtel. Il avait fait vic\u00adto\u00adrieu\u00adse\u00adment cette constatation&nbsp;:<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aSi je n\u2019\u00e9\u00adtais pas avec toi, maman, tu te per\u00addrais toujours.<\/p>\n<p>\tIl ne se dou\u00adtait pas, petit comme il \u00e9tait, qu\u2019il avait expri\u00adm\u00e9 l\u00e0 une pen\u00ads\u00e9e pro\u00adfonde. Com\u00adbien de fois, en effet, je me serais \u00e9ga\u00adr\u00e9e, moi qui n\u2019ai jamais appris \u00e0 vivre, si je ne l\u2019a\u00advais pas eu a mon c\u00f4t\u00e9. Peut-\u00eatre est-ce a cause de mon inca\u00adpa\u00adci\u00adt\u00e9 \u00e0 m\u2019a\u00addap\u00adter, \u00e0 lou\u00advoyer, que mon fils a gran\u00addi ain\u00adsi, se sen\u00adtant si sou\u00advent et si dou\u00adlou\u00adreu\u00adse\u00adment seul, lui, dont le c\u0153ur pour\u00adtant d\u00e9bor\u00addait d\u2019a\u00admour. Il fut r\u00e9frac\u00adtaire aux conven\u00adtions sociales et rebelle \u00e0 toute forme de coercition.&nbsp;<\/p>\n<p>\tDans le silence des hau\u00adteurs, j\u2019en\u00adtends encore la voix de Camille&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aMaman, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 prendre par ici pour arri\u00adver \u00e0 la mai\u00adson avant qu\u2019il fasse&nbsp;nuit.<\/p>\n<p>\tOn n\u2019y voit plus. Je des\u00adcends, comme dans un songe, le sen\u00adtier rapide et pier\u00adreux. Quand mon pied vacille, je sens sa petite main ser\u00adrer bien fort la mienne. Lors\u00adqu\u2019en\u00adfin nous sommes en bas, il s\u2019\u00e9crie&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aRegarde. Nous voi\u00adl\u00e0 sur la bonne&nbsp;route&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n<p>\tJe vois, en effet, blan\u00adchir l\u2019\u00e9\u00adglise de Cor\u00adte\u00adno dans la vall\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl est de la race des mon\u00adta\u00adgnards, pensai-je.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLa vision a dis\u00adpa\u00adru. Je suis seule dans le silence de ma chambre et je me r\u00e9p\u00e8te, en concen\u00adtrant toute mon \u00e9ner\u00adgie, dans la crainte que le peu de lumi\u00e8re de ma pen\u00ads\u00e9e ne vienne \u00e0 man\u00adquer&nbsp;: \u00ab&nbsp;il faut que j\u2019ar\u00adrive avant qu\u2019il ne fasse com\u00adpl\u00e8\u00adte\u00adment&nbsp;nuit&nbsp;\u00bb.&nbsp;<\/p>\n<h2>- 0&nbsp;-<\/h2>\n<p>\tLe soleil brillait-il quand j\u2019ai appris que j\u2019al\u00adlais \u00eatre m\u00e8re&nbsp;? Je ne m\u2019en sou\u00adviens plus. Mais cer\u00adtai\u00adne\u00adment je sen\u00adtis en moi une ardeur, une exu\u00adb\u00e9\u00adrance de vie que je n\u2019a\u00advais jamais \u00e9prou\u00adv\u00e9es. Le pas\u00ads\u00e9 \u00e9tait abo\u00adli comme par enchan\u00adte\u00adment. Par un \u00e9lan de recon\u00adnais\u00adsance, j\u2019ou\u00adbliais tout ce qui avait pu exis\u00adter d\u2019in\u00adcom\u00adpr\u00e9\u00adhen\u00adsion entre mon mari et moi. A peine \u00e9tais-je seule, que l\u2019im\u00adpa\u00adtience me pre\u00adnait de faire savoir que moi, oui moi, j\u2019\u00e9\u00adtais bien celle qui, dans quelques mois, allait don\u00adner le jour \u00e0 un enfant. J\u2019ap\u00adpe\u00adlais ma s\u0153ur d\u2019adoption&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aAntoi\u00adnette, d\u00e9p\u00eache-toi&nbsp;!<\/p>\n<p>\tElle appa\u00adrut aus\u00adsi\u00adt\u00f4t avec sa petite Marie, de quatre ans, la plus jeune de ses fillettes, et je leur dis triomphalement&nbsp;:<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aSaluez en moi une future maman.<\/p>\n<p>\tD\u00e8s ce moment, je me trou\u00advais en \u00ab&nbsp;\u00e9tat de gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb, un \u00e9tat d\u2019\u00eatre qui me pous\u00adsait vers mes sem\u00adblables et m\u2019in\u00adci\u00adtait \u00e0 consi\u00add\u00e9\u00adrer avec int\u00e9\u00adr\u00eat et \u00e0 com\u00adprendre une infi\u00adni\u00adt\u00e9 de choses qui m\u2019a\u00advaient paru aupa\u00adra\u00advant insi\u00adgni\u00adfiantes ou que je n\u2019a\u00advais pas m\u00eame remar\u00adqu\u00e9es. Sou\u00adventes fois \u00e0 la Mater\u00adnelle ou au jar\u00addin d\u2019en\u00adfants j\u2019a\u00advais enten\u00addu des ch\u0153urs de bam\u00adbins. Je les avais trou\u00adv\u00e9s presque tou\u00adjours fades. Et voi\u00adci que m\u00eame la ronde \u00ab&nbsp;\u00c9toile, petite \u00e9toile, la nuit s\u2019a\u00advance&nbsp;\u00bb m\u2019\u00e9\u00admou\u00advait comme une effu\u00adsion tendre et uni\u00adver\u00adselle de la mater\u00adni\u00adt\u00e9. Le bon\u00adheur que j\u2019a\u00advais un jour \u00e9per\u00addu\u00adment d\u00e9si\u00adr\u00e9, \u00e9tait, comme chante la romance, pas\u00ads\u00e9 pr\u00e8s de moi, mais il s\u2019\u00e9\u00adtait aus\u00adsi\u00adt\u00f4t envo\u00adl\u00e9. Et voi\u00adci qu\u2019une f\u00e9li\u00adci\u00adt\u00e9 nou\u00advelle, vraie, m\u2019en\u00adva\u00adhis\u00adsait toute, m\u2019exal\u00adtait. Je n\u2019\u00e9\u00adprou\u00advais plus jamais d\u00e8s lors la sen\u00adsa\u00adtion d\u2019\u00eatre seule. La joie de sen\u00adtir en moi vivre mon enfant, me conso\u00adlait de tout. Qui sait le prix que je devais te payer ensuite&nbsp;! Car c\u2019est le des\u00adtin de beau\u00adcoup, qu\u2019il leur faut payer un tri\u00adbut \u00e0 la dou\u00adleur en com\u00adpen\u00adsa\u00adtion du bon\u00adheur octroy\u00e9. Je r\u00e9pon\u00addais har\u00addi\u00adment, dans mon c\u0153ur, \u00e0 cette vague appr\u00e9\u00adhen\u00adsion qui m\u2019as\u00adsaillait. Des chants que j\u2019a\u00advais dans la m\u00e9moire reten\u00adtis\u00adsaient, en moi, en par\u00adti\u00adcu\u00adlier une bar\u00adca\u00adrole de marins qui me plai\u00adsait et a laquelle \u00e9tait li\u00e9 un souvenir&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\tJe me ris des flots, je n\u2019en ai nulle&nbsp;peur&nbsp;;<br>\n\t_\u200b De pen\u00adser \u00e0 mon bien aim\u00e9 me donne de la&nbsp;force.<\/p>\n<p>\tEt je l\u2019at\u00adten\u00addais, mon bien-aim\u00e9. Il m\u2019\u00e9\u00adtait doux de sen\u00adtir ses coups fr\u00e9\u00adquents et forts. La nuit, il me sem\u00adblait qu\u2019il y avait dans la chambre une pr\u00e9\u00adsence myst\u00e9rieuse.&nbsp;<\/p>\n<p>\tLors de sa nais\u00adsance, je disais en mon c\u0153ur et peut-\u00eatre en des paroles mar\u00admot\u00adteuses des choses tendres, absurdes. Je lui pro\u00admet\u00adtais de me vouer toute \u00e0 lui. Invo\u00adca\u00adtions de croyante ou d\u00e9sir humain et mater\u00adnel (j\u2019\u00e9\u00adtais alors un \u00e9trange m\u00e9lange de foi et d\u2019in\u00adcr\u00e9\u00addu\u00adli\u00adt\u00e9)&nbsp;? Le fait est que je fis des v\u0153ux pour que l\u2019en\u00adfant que je met\u00adtrais au monde, devienne un jour ce que j\u2019a\u00advais d\u00e9si\u00adr\u00e9 \u00eatre moi-m\u00eame, sans jamais y r\u00e9us\u00adsir. Un \u00eatre d\u2019\u00e9\u00adlite, un de ceux qui sont pour le monde un grand exemple, une b\u00e9n\u00e9diction.&nbsp;<\/p>\n<p>\tIl me sem\u00adbla que le pre\u00admier g\u00e9mis\u00adse\u00adment de mon enfant se r\u00e9per\u00adcu\u00adtait en moi, tout autour de moi, rem\u00adplis\u00adsant tout l\u2019es\u00adpace. La sage-femme rom\u00adpit l\u2019en\u00adchan\u00adte\u00adment, disant d\u2019un air satisfait&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n<p>\u200a\u2014\u200aVoi\u00adl\u00e0 qui est bien. C\u2019est un beau gar\u00ad\u00e7on, j\u2019en ai rare\u00adment vu d\u2019aus\u00adsi&nbsp;gros.<br>\n\t\u2014Mon\u00adtrez-le moi, mur\u00admu\u00adrai-je. Mais cet ins\u00adtant, je per\u00addis de nou\u00adveau connais\u00adsance. Quand je revins \u00e0 moi, je vis \u00e0 mon c\u00f4t\u00e9 le nou\u00adveau-n\u00e9 d\u00e9j\u00e0 enve\u00adlop\u00adp\u00e9 de langes. Je ne pou\u00advais d\u00e9ta\u00adcher mes yeux de son visage. J\u2019\u00e9\u00adtais toute rem\u00adplie d\u2019une sen\u00adsa\u00adtion d\u00e9li\u00adcieuse, comme je ne sais devant quel pro\u00addige et je me mis \u00e0 r\u00eaver fol\u00adle\u00adment de son avenir.&nbsp;<\/p>\n<p>\tJe fis d\u2019heu\u00adreux pro\u00adnos\u00adtics parce qu\u2019il \u00e9tait n\u00e9 le mois que les astro\u00adlogues disent de b\u00e9n\u00e9\u00adfique influence&nbsp;: \u00ab&nbsp;Si tu suis ton \u00e9toile, tu ne peux man\u00adquer d\u2019ar\u00adri\u00adver au glo\u00adrieux port&nbsp;\u00bb [[Dante]]. \u00c0 la r\u00e9mi\u00adnis\u00adcence lit\u00adt\u00e9\u00adraire, j\u2019a\u00adjou\u00adtais celle his\u00adto\u00adrique, parce que j\u2019\u00e9\u00adtais toute impr\u00e9\u00adgn\u00e9e de gari\u00adbal\u00addisme \u00e0 cause de mon p\u00e8re, volon\u00adtaire sous Gari\u00adbal\u00addi en 1860 et 1866. Il m\u2019\u00e9\u00adtait agr\u00e9able qu\u2019il f\u00fbt n\u00e9 rue de Mar\u00adsa\u00adla [[C\u2019est \u00e0 Mar\u00adsa\u00adla qu\u2019en 1860 d\u00e9bar\u00adqu\u00e8rent les \u00ab&nbsp;Mille&nbsp;\u00bb de Garibaldi.]].&nbsp;<\/p>\n<p>\tUn si gros nou\u00adveau-n\u00e9, je l\u2019a\u00advais por\u00adt\u00e9, comme si de rien n\u2019\u00e9\u00adtait, durant des mois. \u00c0 pr\u00e9\u00adsent, voi\u00adl\u00e0 qu\u2019il ne fai\u00adsait plus par\u00adtie de mon corps. Cette s\u00e9pa\u00adra\u00adtion me rem\u00adplis\u00adsait d\u2019une bizarre tris\u00adtesse, comme s\u2019il se f\u00fbt agi d\u2019une perte, d\u2019une muti\u00adla\u00adtion. Quand, aux pre\u00admiers jours de juin, je sor\u00adtis, au lieu d\u2019\u00e9\u00adprou\u00adver quelque sou\u00adla\u00adge\u00adment, il me sem\u00adbla qu\u2019il me man\u00adquait quelque chose de&nbsp;vital.&nbsp;<\/p>\n<p>Veuve Ber\u00adne\u00adri&nbsp;m\u00e8re<\/p>\n<\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CAMILLE BERNERI&nbsp;!\u2026 Je l\u2019ai sou\u00advent ren\u00adcon\u00adtr\u00e9 au caf\u00e9 du Bel Air et je n\u2019ai point oubli\u00e9 nos conver\u00adsa\u00adtions du same\u00addi apr\u00e8s-midi dont son \u00e9ru\u00addi\u00adtion et l\u2019\u00e9\u00adten\u00addue de ses connais\u00adsances consti\u00adtuaient le prin\u00adci\u00adpal charme. Si simple et d\u2019une rare dou\u00adceur, les ins\u00adtants fuyaient en l\u2019\u00e9\u00adcou\u00adtant. Il col\u00adla\u00adbo\u00adra \u00e0 l\u2019En dehors comme s\u2019en sou\u00adviennent sans doute&nbsp;ceux&nbsp;[\u2026]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"wp_typography_post_enhancements_disabled":false,"footnotes":""},"categories":[105],"tags":[],"ppma_author":[540],"class_list":["post-940","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-lunique-na8-mars-1946"],"authors":[{"term_id":540,"user_id":1,"is_guest":0,"slug":"admin_3gikpwyf","display_name":"Vincent Dubuc","avatar_url":"https:\/\/secure.gravatar.com\/avatar\/d015720652c25fd2ced191ade86430094e1f288a17483713e3b34d26dea52507?s=96&d=mm&r=g","author_category":"","user_url":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net","last_name":"Dubuc","first_name":"Vincent","job_title":"","description":""}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/940","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=940"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/940\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=940"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=940"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=940"},{"taxonomy":"author","embeddable":true,"href":"https:\/\/la-presse-anarchiste.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/ppma_author?post=940"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}