La Presse Anarchiste

Les problèmes posés par l’évolution actuelle du parti communiste

    Il est hors de doute que l’ex­is­tence de la Russie sovié­tique, de même que celle des par­tis com­mu­nistes des dif­férents pays posent un nom­bre de prob­lèmes con­sid­érables pour les hommes de notre temps. Pour les uns, tout ce qui vient de l’Est est néces­saire­ment bon et sans cri­tiques pos­si­bles. Pour les autres, tout est néces­saire­ment mau­vais. Nous ren­con­trons d’ailleurs nom­bre de mil­i­tants anar­chistes qui pra­tiquent d’une manière sim­pliste une oppo­si­tion sys­té­ma­tique à tout ce qui est com­mu­niste. (Il y a quelques mois, nous auri­ons dit « stal­in­ien ») Il est temps de repren­dre le prob­lème sans pas­sion et d’analyser les faits à la lumière de nos thès­es anar­chistes révo­lu­tion­naires, c’est-à-dire avant tout par une méth­ode matérialiste. 

    Il est sou­vent amu­sant d’ob­serv­er l’at­ti­tude des dif­férents réac­tion­naires en face du fait sovié­tique. Pas un jour­nal bour­geois qui ne par­le à longueur de colonne du dan­ger que le bolchevisme fait courir à la Civil­i­sa­tion occi­den­tale. Pas un jour­nal bour­geois qui n’a déjà présen­té au moins qua­tre ou cinq thès­es con­tra­dic­toires sur ce régime et son com­porte­ment. On com­mente les « tour­nants » de la poli­tique russe. On est tan­tôt ras­suré, tan­tôt inqui­et. On voit telle ou telle men­ace ou tel ou tel espoir dans une déc­la­ra­tion anodine de Molo­tov à l’ONU ou ailleurs. On cri­tique sou­vent le régime com­mu­niste pour ne pas avoir à con­venir que le nôtre porte en lui les mêmes tares. On s’émer­veille devant les impres­sions des pas­sagers du « Bato­ry » et on par­le ensuite des camps de con­cen­tra­tion. Mieux, après avoir voué Staline aux foudres de l’En­fer, de son vivant, les jour­naux bour­geois le con­sid­èrent après sa mort comme le plus grand homme de tous les temps et déclar­ent que sa mort représente une men­ace pour la paix. D’une façon ou d’une autre, les stratèges bour­geois sont inca­pables de présen­ter une cri­tique et une analyse cohérente du sys­tème sovié­tique, objet de leurs espoirs et de leurs craintes, tout à la fois. Les chefs com­mu­nistes sont con­sid­érés comme des crim­inels, mais si l’un d’eux vient à se détach­er du sys­tème et à « choisir la lib­erté » il est porté aux nues et on accorde à ses déc­la­ra­tions une pub­lic­ité con­sid­érable. Le « Figaro » pub­lie les déc­la­ra­tions du Campesino, on tire le livre de Kravchenko à des mil­liers d’ex­em­plaires. On dit : « Vous voyez bien que le social­isme est impos­si­ble » et les mêmes d’af­firmer un autre jour que le Social­isme est inex­is­tant en URSS ; sans s’apercevoir que les déc­la­ra­tions ce détru­isent. Enfin, il faut savoir qu’il existe dans le monde cap­i­tal­iste occi­den­tal une con­spir­a­tion cen­tre l’U­nion Sovié­tique qui est dirigée par le Vat­i­can qui rêve, depuis la fameuse his­toire rocam­bo­lesque de Fati­ma de « con­ver­tir la Russie ». Si cer­tains mil­i­tants anar­chistes véhicu­lent sans dis­cerne­ment les dif­férents bon­i­ments de la pro­pa­gande « aux ordres », d’autres sont impres­sion­nés par l’acharne­ment des réac­tion­naires con­tre l’URSS et se défend­ent de faire ce que l’on appelle clas­sique­ment l’« anti­com­mu­nisme ». Il suf­fit qu’un nou­veau tour­nant de la poli­tique bolchevique ait quelque allure démoc­ra­tique pour que le désar­roi soit à son comble. Nous vivons certes dans le monde occi­den­tal et sommes sol­idaires du cli­mat. En révo­lu­tion­naires véri­ta­bles, nous devons, cepen­dant, avoir des posi­tions nettes. Pour ce faire, il n’y a pas d’autres solu­tions que de con­fron­ter le but à attein­dre avec les méth­odes pro­pres à attein­dre ce but. Et ceci, lucide­ment, sans par­ti pris. 

    Cha­cun d’en­tre nous côtoie tous les jours, sur son lieu de tra­vail ou par­mi ses rela­tions, des mil­i­tants du P.C. Il faut bien dire que la plu­part du temps, ces hommes sont devenus com­mu­nistes ini­tiale­ment pour les mêmes raisons que nous sommes devenus anar­chistes. Ils ne con­nais­saient alors pas du tout le fonds des doc­trines, pas plus que nous d’ailleurs, et le mil­i­tan­tisme les for­mant le fos­sé s’est creusé entre eux et nous. Devons-nous nous en réjouir ? Nous avons tou­jours été frap­pés par ce qu’écrivait Gas­ton Lev­al dans « L’indis­pens­able Révo­lu­tion » : « Ce qu’on appelle le Com­mu­nisme russe est une force énorme qui, si elle était vrai­ment ce que tant d’ad­mi­ra­teurs sup­posent, don­nerait à ceux dont la vie entière a été et con­tin­ue d’être un com­bat pour la jus­tice et la lib­erté, la con­vic­tion que l’Hu­man­ité est sur le point d’ar­riv­er aux buts d’é­man­ci­pa­tion économique, poli­tique et sociale qu’ils pour­suiv­ent, pour elle, depuis tou­jours. Et ce n’est pas de gai­eté de coeur que nous, qui avons fait tou­jours le sac­ri­fice de notre bien-être, de notre lib­erté, qui avons risqué et ris­querons notre vie sans hésiter pour amélior­er le sort de l’e­spèce à laque­lle nous appartenons, sommes oblig­és de déclar­er : La solu­tion bolchevique n’est pas une promesse d’émancipation. » 

    Il est, bien sûr, élé­men­taire de rap­pel­er les points com­muns et les diver­gences que nous pou­vons avoir avec les com­mu­nistes. Nous en dirons néan­moins quelques mots pour situer le prob­lème. Les anar­chistes révo­lu­tion­naires sont par­ti­sans du COMMUNISME, ils s’es­ti­ment eux-mêmes com­mu­nistes : c’est un lieu com­mun. La déf­i­ni­tion « De cha­cun selon ses moyens, à cha­cun selon ses besoins » est une déf­i­ni­tion qui nous sat­is­fait entière­ment et nous la retrou­vons dans le Cours Élé­men­taire N°4 de l’É­cole du Par­ti Com­mu­niste. Dire que le Com­mu­nisme créera une économie entière­ment soumise au besoins du développe­ment humain, dans l’abon­dance des biens et la réduc­tion de la part de tra­vail que cha­cun four­nit à la société à ses forces et à ses capac­ités réelle cor­re­spond à l’idée que s’en fait l’ensem­ble des mil­i­tants révo­lu­tion­naires de toutes ten­dances. Penser que le but le plus pres­sant est de sup­primer l’ex­ploita­tion de l’homme par l’homme est le fait de tout « com­mu­niste » : qu’il soit com­mu­niste anar­chiste ou com­mu­niste bolchevique. Où nous situons-nous donc ? Les anar­chistes-com­mu­nistes pensent que seule la Révo­lu­tion c’est-à-dire la destruc­tion immé­di­ate du Cap­i­tal et de l’É­tat peut apporter le Com­mu­nisme. Il est évi­dent pour nous que ce stade supérieur néces­site une évo­lu­tion même après le fait révo­lu­tion­naire. Mais le com­mu­nisme sera réal­isé avec le plus de chance que si nous créons au départ une égal­ité de con­som­ma­tion, c’est à dire une sup­pres­sion de la hiérar­chie de con­som­ma­tion. Notre forme de société est basée sur un pou­voir économique con­sti­tué par l’ensem­ble des sys­tèmes de ges­tion fédérés libre­ment entre eux en dehors de tout mono­pole poli­tique et réduisant au min­i­mum la cen­tral­i­sa­tion admin­is­tra­tive. Nous avons der­rière nous la Com­mune de Paris, l’ex­péri­ence de l’Ukraine et celle de l’Es­pagne. Il est ridicule de notre part d’aller au-delà de ces grandes lignes sans tomber dans le sim­ple domaine utopique. Dis­ons tout de suite que le fait révo­lu­tion­naire sera (à notre sens) très dif­férent d’un peu­ple à l’autre et que le fédéral­isme peut seul garan­tir à nos yeux l’o­rig­i­nal­ité de cha­cun. Il est absurde de pren­dre argent comp­tant les déc­la­ra­tions d’un Pierre Bernard qui, dans son « Monde Nou­veau », nous donne des détails extra­or­di­naire­ment pré­cis sur la société lib­er­taire future. James Guil­laume écrivait déjà en 1876 dans « Idées sur L’or­gan­i­sa­tion Sociale » : « Il ne vien­dra à l’e­sprit d’au­cun homme sérieux d’indi­quer à l’a­vance les voies et moyens par lesquels doit s’ac­com­plir la Révo­lu­tion… Une Révo­lu­tion est un fait naturel et non l’acte d’une ou de plusieurs volon­tés indi­vidu­elles : elle ne s’opère pas en ver­tu d’un plan pré­conçu, elle se pro­duit sous l’im­pul­sion incon­trôlable de néces­sités aux­quelles nul ne peut com­man­der. Aus­si, dis­ons après Bak­ou­nine : « Entre les deux ten­dances (com­mu­nistes autori­taires et com­mu­nistes anti-autori­taires), aucune con­cil­i­a­tion n’est aujour­d’hui pos­si­ble. Seule la pra­tique de la Révo­lu­tion Sociale, de grandes expéri­ences his­toriques nou­velles, la logique des évène­ments pour­ront les ramen­er tôt ou tard à une solu­tion commune ». 

    Nous avons indiqué « nos voies et nos moyens ». Le mou­ve­ment anar­chiste inter­na­tion­al a fait des expéri­ences. Une grande expéri­ence his­torique nou­velle a eu lieu, c’est l’ex­péri­ence bolchevique qui s’é­tend sur la moitié du globe. Nous pou­vons déjà main­tenant compter les points et savoir si la fusion dont par­lait Bak­ou­nine est pos­si­ble aujour­d’hui. En un mot : au XIXe siè­cle, marx­istes et anar­chistes posaient des idées et des méth­odes dif­férentes. C’est parce que nous avons des raisons pro­fondes, en face de l’analyse des résul­tats que nous sommes restés anar­chistes et que nous ne sommes pas devenus bolcheviks. Les anar­chistes révo­lu­tion­naires croy­aient au fait révo­lu­tion­naire naturel. Les marx­istes ont voulu s’ap­puy­er sur une société inter­mé­di­aire au com­mu­nisme, basée sur l’É­tat. Cepen­dant leur con­cep­tion matéri­al­iste les con­dui­sait néan­moins à penser aus­si que le fait révo­lu­tion­naire était naturel. Cafiero dans une let­tre à Engels qui est célèbre sen­tait déjà la con­tra­dic­tion pro­fonde et s’é­ton­nait que son cor­re­spon­dant puisse se dire matéri­al­iste en admet­tant la con­cep­tion autori­taire. Qu’est-ce que cela a don­né ? Les « études Sovié­tiques » d’oc­to­bre 1952 (page 5) nous répon­dent : « Le Par­ti Com­mu­niste utilise le Pou­voir d’É­tat comme un levi­er ». C’est en fait dans la con­cep­tion de la « dic­tature du Pro­lé­tari­at » le pro­lé­tari­at qui a délégué ses pou­voirs à l’É­tat. Con­cep­tion idéal­iste qui n’est qu’une pure affir­ma­tion gra­tu­ite. On lit dans le même opus­cule à la page 5 : « La dic­tature du Pro­lé­tari­at s’ex­erce grâce aux forces du Par­ti et sous ses direc­tives », à la page 6, on lit : « Les direc­tives et les appels du Par­ti devi­en­nent des direc­tives pour l’ac­tion de masse ». On voit, dans ce cas, que le pro­lé­tari­at ne joue, en fait, aucun rôle réel dans l’ex­er­ci­ce de la pré­ten­due dic­tature qui porte son nom. Com­ment dès lors penser que logique­ment le pro­lé­tari­at exercera un jour le pou­voir direct dans la société com­mu­niste sans sim­ple­ment préjuger de la bonne volon­té des gou­ver­nants social­istes qui sen­ti­raient sci­ence infuse le moment « his­torique » venu d’a­ban­don­ner leur Pou­voir per­son­nel ? On voit déjà que cette rai­son, à elle seule, peut nous faire con­clure que la voie éta­tique ne peut en aucune manière men­er au communisme. 

    Mais il serait sim­pliste de croire que les bolcheviques en sont arrivés à cette con­cep­tion du jour au lende­main. Les statuts de l’In­ter­na­tionale Com­mu­niste de 1919 déclaraient : « L’In­ter­na­tionale com­mu­niste se donne pour but la lutte armée pour le ren­verse­ment de la bour­geoisie inter­na­tionale et la créa­tion de la république inter­na­tionale des sovi­ets, pre­mière étape dans la voie de la SUPPRESSION COMPLÈTE DE TOUT RÉGIME GOUVERNEMENTAL ». Il exis­tait donc encore à cette époque, mal­gré la recon­nais­sance de la néces­sité de la Dic­tature du Pro­lé­tari­at, deux points com­muns fon­da­men­taux entre les anar­chistes-révo­lu­tion­naires et les bolcheviques, à savoir : la néces­sité du fait révo­lu­tion­naire et LA SUPPRESSION DE L’ÉTAT posée comme but à attein­dre. Que s’est-il passé ? Le cours n°4 de l’É­cole Élé­men­taire du P.C. cité plus haut nous l’ap­prend : « La société com­mu­niste est car­ac­térisée par le DÉPÉRISSEMENT DE L’ÉTAT quand n’ex­iste plus à l’ex­térieur de grands pays cap­i­tal­istes ». Tout est là ! C’est l’encer­clement cap­i­tal­iste qui jus­ti­fie le main­tien de l’É­tat en Russie, c’est l’encer­clement cap­i­tal­iste qui jus­ti­fie tout. Cette jus­ti­fi­ca­tion a entraîné tout le reste puisque Staline en venait à la con­cep­tion du Com­mu­nisme dans un seul pays qui don­nait des déc­la­ra­tions extrav­a­gantes dans le genre de celles-ci : « Il est néces­saire de main­tenir l’É­tat même dans le Com­mu­nisme, si l’encer­clement cap­i­tal­iste subsiste ». 

    Et nous savons que le main­tien de l’É­tat, c’est le main­tien d’une classe dom­i­nante. (Marx ne dis­ait-il pas que l’É­tat est l’ex­pres­sion de la classe dom­i­nante ?). Nous savons qu’en U.R.S.S. le main­tien de l’É­tat c’est le main­tien de l’iné­gal­ité de con­som­ma­tion. (Fer­nand Gre­nier avouait dans les Études Sovié­tiques d’avril 1947 l’ex­is­tence de 8 caté­gories de salaires du manoeu­vra à l’ou­vri­er qual­i­fié). Gas­ton Lev­al écrivait fort juste­ment dans son livre « Le Com­mu­nisme » : « L’É­tat est, on le voit, l’oeu­vre d’une classe qui se crée en le créant, qui s’im­pose à sa façon et qui exploite la société à sa façon. Il sera tou­jours une source d’iné­gal­ité et il la fera naître là où elle n’ex­iste pas. Ceux qui veu­lent par­venir à l’é­gal­ité économique, ceux qui veu­lent attein­dre le Com­mu­nisme véri­ta­ble doivent renon­cer à l’er­reur funeste d’y par­venir par l’État… » 

    Mais tout ceci pose un prob­lème très grave, même pour nous, anar­chistes. On nous objectera tou­jours : L’U.R.S.S., le Par­ti Bolchevique pou­vait-il faire autrement ? En un mot, est-il pos­si­ble de main­tenir un régime révo­lu­tion­naire tout seul, sans l’ex­is­tence d’une Révo­lu­tion mon­di­ale ? Imag­i­nons que l’ex­péri­ence com­mu­niste lib­er­taire d’Es­pagne ait réus­si, que le régime de Fran­co ait été vain­cu. Auri­ons-nous pu tenir le coup devant l’encer­clement cap­i­tal­iste qui n’au­rait pas man­qué de se pro­duire ? Je ne pré­tends pas répon­dre à la ques­tion. Nous auri­ons sans doute trou­vé une solu­tion. Cette solu­tion n’au­rait-elle pas été une entorse à nos principes ? Tou­jours est-il que la sit­u­a­tion de l’U.R.S.S. a provo­qué une dic­tature per­son­nelle sanglante jus­ti­fiée par l’ar­gu­ment de « tenir le bas­tion du Social­isme à tout prix ». 

    La posi­tion d’isole­ment de l’U.R.S.S. a amené les Par­tis com­mu­nistes de l’Oc­ci­dent à com­pos­er avec l’ad­ver­saire et même à par­ticiper aux gou­verne­ments bour­geois sous pré­texte de tac­tique. Car bien sûr, il ne s’agis­sait que de tac­tique au départ. Au temps de Lénine, les bolcheviques n’en­vis­ageaient la présence de députés ouvri­ers dans le Par­lement bour­geois que dans un but d’ag­i­ta­tion. Sous le règne de Staline, ceux-ci par­ticipèrent. Pou­vaient-ils faire autrement ? Quand on a la main dans l’en­grenage, tout le corps y passe… 

    C’est à ce point de notre étude qu’il nous faut exam­in­er la théorie de l’autre ten­dance marx­iste appelée « sociale-démoc­ra­tie ». Les soci­aux-démoc­rates pensent que l’on peut arriv­er au Social­isme en util­isant les insti­tu­tions bour­geois­es, en y par­tic­i­pant et en les réfor­mant petit à petit. Ils nient donc le fait révo­lu­tion­naire. Ils pré­ten­dent que les révo­lu­tion­naires ne sont pas réal­istes et nient en fait la loi de l’évo­lu­tion naturelle qu’ils sont cen­sés, eux, réformistes, ne pas trans­gress­er. James Guil­laume, dans son livre « Idées sur l’or­gan­i­sa­tion sociale » démon­trait déjà leur erreur : 

    « La société mod­erne subit une évo­lu­tion lente : des idées nou­velles s’in­fil­trent dans la masse, des besoins nou­veaux récla­ment sat­is­fac­tion, de nou­veaux et puis­sants moyens d’ac­tion sont mis tous les jours à la dis­po­si­tion de l’Hu­man­ité. Cette trans­for­ma­tion s’ac­com­plit peu à peu. C’est une évo­lu­tion insen­si­ble, gradu­elle, tout à fait con­forme à la théorie sci­en­tifique. Mais, chose dont ceux à qui nous répon­dons ici, ne tien­nent pas compte, l’évo­lu­tion en ques­tion n’est pas libre. Elle ren­con­tre une oppo­si­tion sou­vent violente… » 

    En fait, les soci­aux-démoc­rates nient l’ex­is­tence de ce qu’il a été con­venu d’ap­pel­er la Réac­tion : c’est-à-dire les forces de résis­tance du Cap­i­tal­isme. Cela les con­duit à faire le jeu du régime qui se ren­force grâce aux réformes. 

    Jean GRAVE écrivait en 1910 dans son livre « Réformes et Révo­lu­tions » : « Le Par­ti Social­iste Révo­lu­tion­naire lorsqu’il débu­ta, après la Com­mune, se lança dans la lutte élec­torale sous pré­texte de pro­pa­gande à faire ; se croy­ant sauve­g­ardé par les con­sid­érants révo­lu­tion­naires de son pro­gramme, où il était dit que la lutte élec­torale n’é­tait qu’un moyen d’ag­i­ta­tion, la Révo­lu­tion restant le seul moyen d’é­man­ci­pa­tion du pro­lé­tari­at. On sait ce qu’il en est advenu. Pris par la lutte élec­torale, les con­sid­érants révo­lu­tion­naires se sont égarés en cours de route, il n’est resté de révo­lu­tion­naire que l’é­ti­quette. La con­quête du Pou­voir poli­tique est devenu le vrai cre­do et l’on fait espér­er aux tra­vailleurs leur affran­chisse­ment par des lois pro­tec­tri­ces, et les élus social­istes col­la­borent aux mesures de répres­sion que les min­istères bour­geois (dont ils font par­tie) pren­nent con­tre leurs électeurs lorsqu’ils s’av­isant de mon­tr­er l’énergie que, pour faire leur for­tune poli­tique, leur con­seil­lèrent, autre­fois ceux qu’ils ont eu la naïveté s’en­voy­er pren­dre place au milieu de leurs pires enne­mis, les faiseurs de lois. » On voit, par cette cita­tion que les social­istes réformistes eux-mêmes étaient, eux aus­si, comme les com­mu­nistes par­tis d’une déf­i­ni­tion d’un but révo­lu­tion­naire. Lénine avait repris, après eux, la même idée. Nous avons assisté, sous Staline, aux mêmes résultats… 

    Mais Staline est mort… Il y a, paraît-il, quelque chose de changé. Le XXe Con­grès du Par­ti Com­mu­niste de l’U.R.S.S. vient d’avoir lieu et ses con­clu­sions sont toutes basées sur le fameux rap­port Krouchtchev qui a défi­ni la soi-dis­ant nou­velle poli­tique, jetant une fois de plus le désar­roi dans la presse bour­geoise et… par­mi les par­tis com­mu­nistes occi­den­taux eux-mêmes. Ce qui se passe aujour­d’hui infirme-t-il notre thèse ? Nous allons exam­in­er, pour ce faire, le fameux rap­port et ce qui en découle. 

    Toute la pre­mière par­tie du rap­port est con­sacrée à une apolo­gie de l’in­dus­tri­al­i­sa­tion de l’U.R.S.S., des bien­faits de la plan­i­fi­ca­tion. Sans nous arrêter sur les sta­tis­tiques présen­tées par Krouchtchev, dis­ons que cette indus­tri­al­i­sa­tion qui s’ex­plique par le besoin de rat­trap­er le retard de l’é­conomie d’un pays arriéré n’a rien de « social­iste » par elle-même. Nous imag­i­nons que le Japon au début du siè­cle aurait pu raison­ner de la même façon. Krouchtchev voit, en face des réus­sites de la pro­duc­tion russe une accen­tu­a­tion des dif­fi­cultés des pays cap­i­tal­istes. Il pose ensuite le principe de la coex­is­tence paci­fique. Voilà qui n’est guère nou­veau et nous con­firme sim­ple­ment qu’il n’y a, à aucun moment, renon­ce­ment à la théorie stal­in­i­enne du « com­mu­nisme dans un seul pays » dont nous par­lions plus haut. « Le principe de la coex­is­tence paci­fique des états aux régimes soci­aux dif­férents a été et demeure la ligne générale de la poli­tique extérieure de notre pays » déclare Krouchtchev. 

    Cette ques­tion de la « coex­is­tence paci­fique » a déjà fait couler beau­coup d’en­cre. Krouchtchev déclare : « Ce n’est pas une manoeu­vre tac­tique mais un principe fon­da­men­tal de la poli­tique sovié­tique ». Remar­quons d’abord que nous avons cessé depuis bien longtemps d’être impres­sion­nés par les soi-dis­ant principes fon­da­men­taux de la poli­tique « sovié­tique ». Quelles raisons y a‑t-il de la coex­is­tence ? Krouchtchev nous répond lui-même : « Man­que­ri­ons-nous de débouchés pour nos marchan­dis­es ? Non, nous avons tout cela ». On trou­ve un com­plé­ment à ce point de vue dans la péro­rai­son du rap­port (p. 101) : « Nous sommes résol­u­ment pour la coex­is­tence paci­fique, pour l’é­mu­la­tion économique entre le social­isme et le cap­i­tal­isme. » On se demande ce que sig­ni­fie en fin de compte ce terme d’« ému­la­tion ». En fait, la Russie ne manque pas de débouchés et elle va, en même temps entr­er en con­cur­rence sur le marché avec les pays cap­i­tal­istes. Gageons que ce moment étant arrivé, il ne sera plus ques­tion de coex­is­tence paci­fique. On a vu, dans l’im­mé­di­at, les réal­i­sa­tions de cette « coex­is­tence » avec, par exem­ple, les organ­i­sa­tions de con­férences économiques à Moscou qui avaient pour but de faire des sourires aux cap­i­tal­istes de l’Eu­rope occi­den­tale et à ren­forcer leurs posi­tions par rap­port aux cap­i­tal­istes américains. 

    Il s’ag­it donc bien, en fait, d’une sim­ple poli­tique économique. 

    Quel intérêt ont donc les dirigeants sovié­tiques à défendre les cap­i­tal­istes occi­den­taux, en dehors du fait com­mer­cial ? Il est pos­si­ble que, sachant que le pou­voir poli­tique, dont ils sont les priv­ilégiés, ne pour­rait pas sub­sis­ter en cas de crise du Cap­i­tal­isme mon­di­al et en cas de Révo­lu­tion mon­di­ale, ils veu­lent pro­longer le bail sous le faux pré­texte de défendre la Paix. Car enfin, peut-il y avoir la paix, dans l’ex­is­tence de ce régime qui, comme le dis­ait Jau­rès « porte en lui la guerre comme la nuée porte l’or­age ? ». Krouchtchev développe d’ailleurs une curieuse argu­men­ta­tion : D’une part, l’U.R.S.S. veut la Paix et, d’autre part, il faut traiter avec ces dirigeants « agres­sifs ». Ceux-ci sans doute d’un seul coup seront trans­for­més en anges de la Paix. Car, c’est bien sur les dirigeants cap­i­tal­istes que compte Krouchtchev, pour réalis­er sa paix. Cette théorie est per­ni­cieuse à plus d’un titre et pour­rait jus­ti­fi­er notre hypothèse quant à la con­ser­va­tion des priv­ilèges du dit Krouchtchev. En fait, elle a con­tribué à répan­dre dans la classe ouvrière l’idée qu’il n’y a qu’à deman­der aux dirigeants des nations de traiter. C’est en même temps con­clure à leur util­ité. Car, bien sûr, que devien­dri­ons-nous (sic) si nous n’avions pas Eisen­how­er et Krouchtchev pour s’en­ten­dre. Ceci rap­pelle les incon­scients qui dis­ent : « S’il n’y avait pas de patron, qui paierait les ouvri­ers ? ». Paul Rassinier déclare fort juste­ment dans son « Dis­cours de la Dernière Chance » : « Ce fut un enfan­til­lage de laiss­er s’ac­créditer cette légende selon laque­lle il y aurait, d’un coté des cap­i­tal­istes et de l’autre des hommes en train de plac­er un six­ième du globe sur les voies qui con­duisent au com­mu­nisme. Le Cap­i­tal­isme et UN et sous des formes var­iées ou sim­ple­ment nuancées, il étend sa dom­i­na­tion sur toute la sur­face du globe. Il est seule­ment com­par­ti­men­té, poli­tique­ment, et ceci est à l’o­rig­ine des antag­o­nismes économiques entre ses divers com­par­ti­ments. » Il est curieux d’ex­am­in­er les ali­bis idéologiques employés par Krouchtchev pour jus­ti­fi­er la « coex­is­tence ». « Jusqu’i­ci les enne­mis de la Paix s’ef­for­cent de faire croire que l’U­nion Sovié­tique aurait l’in­ten­tion de ren­vers­er le Cap­i­tal­isme dans les autres pays en « expor­tant » la Révo­lu­tion. Il va de soi que, par­mi nous, com­mu­nistes, il n’y a pas d’adeptes du Cap­i­tal­isme. Mais cela ne veut point dire que nous nous sommes ingérés et que nous nous apprê­tons à nous ingér­er dans les affaires intérieures des pays ou règne l’or­dre cap­i­tal­iste ». Remar­quons, en pas­sant, que cette poli­tique est paraît-il léniniste…Pourtant, elle con­tred­it la Déc­la­ra­tion de l’In­ter­na­tionale Com­mu­niste de 1919 que nous citons plus haut. Le mal­heur de l’his­toire est que les par­tis com­mu­nistes des autres pays sont bien soumis étroite­ment à la poli­tique de l’U.R.S.S. (nous venons de le voir à pro­pos du… reniement de l’an­ci­enne poli­tique stal­in­i­enne), et que celle-ci aban­don­nant l’idée de détru­ire le Cap­i­tal­isme, les suiveurs n’y pensent plus non plus ! Mais Khrouchtchev ajoute cette phrase qui est très impor­tante : « Il est ridicule de penser que les Révo­lu­tions se font sur com­mande. » Voilà qui est nou­veau ! Ce n’est donc plus, d’après Khrouchtchev, le Par­ti Com­mu­niste qui dirige la masse et la con­duit vers la Révo­lu­tion. La Révo­lu­tion est un fait naturel. Nous sommes bien loin des déc­la­ra­tions grandil­o­quentes sur la direc­tion des mass­es ! C’est l’aspect le plus curieux de la phraséolo­gie des dirigeants sovié­tiques que de se servir d’ar­gu­ments révo­lu­tion­naires et matéri­al­istes pour jus­ti­fi­er leur poli­tique éta­tique du moment. Car, enfin, si les « révo­lu­tions ne se font pas sur com­mande », il faudrait peut-être remet­tre on ques­tion le fonc­tion­nement com­plet et les principes de la con­cep­tion autori­taire de l’« avant garde ». Cette pre­mière remise en ques­tion en entraîne une autre, celle de la con­cep­tion éta­tique. Nous voici revenus au temps de la polémique Cafiero-Engels ! 

    Mais Krouchtchev ne tire pas (quant à lui) les mêmes con­clu­sions que nous. Nous l’al­lons voir. 

    Il cite d’abord Lénine : « Toutes les nations vien­dront au Social­isme, cela est inévitable ; mais elles y vien­dront d’une façon non pas absol­u­ment iden­tique : cha­cune apportera ce qu’elle a d’o­rig­i­nal dans telle ou telle forme de démoc­ra­tie, telle ou telle var­iété de dic­tature du pro­lé­tari­at, dans tel ou tel rythme de trans­for­ma­tion social­iste des dif­férents aspects de la vie sociale. Il n’est rien de plus pau­vre au point de vue théorique et de plus ridicule du point de vue pra­tique, que de voir, sous ce rap­port « au nom du matéri­al­isme his­torique » l’avenir sous une couleur uni­for­mé­ment grise : ce serait un bar­bouil­lage, rien de plus ». Nous avons don­né le point de vue anar­chiste-révo­lu­tion­naire sur cette ques­tion en citant James Guil­laume. On voit que notre point de vue dif­fère peu de celui de Lénine en cette matière. Cepen­dant, qu’on nous per­me­tte de dire que les bolcheviques n’ont jamais été capa­ble val­able­ment de réalis­er ces orig­i­nal­ités de chaque peu­ple ou de chaque groupe social. Leur sys­tème du cen­tral­isme démoc­ra­tique s’y oppose seul, le fédéral­isme peut respecter l’o­rig­i­nal­ité de chaque peu­ple ou de chaque groupe social. Il n’est pas suff­isant d’af­firmer, il faut énon­cer les pos­si­bil­ités de réal­i­sa­tion. L’ex­em­ple des démoc­ra­ties pop­u­laires citées par Krouchtchev à l’ap­pui de la thèse de Lénine n’est pas très con­va­in­quant. Le régime de ces pays a été, ou bien imposé par les armes ou ben par un noy­au­tage poli­tique : nous sommes loin du fait révo­lu­tion­naire naturel. Il est sig­ni­fi­catif que l’ar­gu­ment mas­sue de Krouchtchev est con­sti­tué par l’ex­em­ple yougoslave, alors que les réal­i­sa­tions de Tito ont été faites en dépit et con­tre le Kominform ! 

    Mais con­tin­uons notre cita­tion de Krouchtchev : « Le Lénin­isme nous enseigne que les class­es dom­i­nantes ne cèdent pas le pou­voir de leur plein gré. Mais une acuité plus ou moins de la lutte, l’emploi ou le non-emploi de la vio­lence pour pass­er au social­isme dépen­dent moins du pro­lé­tari­at que de la résis­tance opposée par les exploiteurs, que de l’emploi de la vio­lence par la classe exploitée elle-même. Dans cet ordre d’idées, la ques­tion se pose de la pos­si­bil­ité d’u­tilis­er aus­si la voie par­lemen­taire pour pass­er au social­isme. Cette voie était exclu pour les bolcheviks russ­es qui ont les pre­miers réal­isé le pas­sage au social­isme… Mais, depuis lors, des change­ments rad­i­caux sont sur­venus dans la sit­u­a­tion his­torique et ils per­me­t­tent d’abor­der la ques­tion d’une manière nou­velle ». Et plus loin : « La con­quête d’une solide majorité par­lemen­taire s’ap­puyant sur le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire de masse du pro­lé­tari­at et des tra­vailleurs créerait pour la classe ouvrière des dif­férents pays cap­i­tal­istes et d’an­ciens pays colo­ni­aux des con­di­tions assur­ant des trans­for­ma­tions sociales rad­i­cales ». Avant d’ex­am­in­er le fond de la ques­tion, nous fer­ons une pre­mière remar­que ; Krouchtchev qui pré­tend (pour la pro­pa­gande) revenir au Lénin­isme déclare en toutes let­tres que « des change­ments rad­i­caux sont sur­venus dans la sit­u­a­tion ». Comme nous l’avons remon­tré plus haut, ce n’est pas d’au­jour­d’hui que les par­tis com­mu­nistes ont eu recours à la méth­ode par­lemen­taire. Il faudrait deman­der à Krouchtchev, à quel moment sont inter­venus ces « change­ments rad­i­caux » ! Le plus curieux de l’af­faire, c’est que Krouchtchev, pla­giant à l’en­vers, son prédécesseur, feint de présen­ter cette poli­tique comme nou­velle par rap­port à la con­cep­tion des pre­miers bolcheviks : tout cela, comme si Staline n’avait jamais existé. Une pre­mière con­clu­sion s’im­pose : Il n’y a rien dans les idées doc­tri­nales de Krouchtchev qui se dif­féren­cient fon­da­men­tale­ment du Stal­in­isme. Cet oubli de l’existence de Staline mon­tre que les procédés sont les mêmes en ce qui con­cerne les arrange­ments avec l’his­toire. Il nous sem­ble pour­tant que la méth­ode stal­in­i­enne de par­tic­i­pa­tion au par­lemen­tarisme rel­e­vait d’un ensem­ble de posi­tions tac­tiques sans rap­port avec la doc­trine qu’au fond, on chercherait vaine­ment chez Staline. Chez Krouchtchev, au con­traire, on sent le souci d’énon­cer un principe idéologique. Il y aurait en quelque sorte une cod­i­fi­ca­tion de la par­tic­i­pa­tion par­lemen­taire des par­tis ouvri­ers. Et c’est ici que nous dis­cuter. Depuis longtemps, l’analyse anar­chiste révo­lu­tion­naire voy­ait les P.C. s’en­gager dans la voie réformiste. Krouchtchev ne fait que con­firmer d’une manière écla­tante la justesse de leurs prévi­sions. Que vaut le principe de la par­tic­i­pa­tion au régime par­lemen­taire ? Y a‑t-il vrai­ment des faits nou­veaux pou­vant don­ner rai­son à Krouchtchev ? 

    Fixons notre posi­tion sur ce prob­lème. Le mou­ve­ment anar­chiste révo­lu­tion­naire se prononce et s’est pronon­cé au cours de son his­toire con­tre la par­tic­i­pa­tion au régime par­lemen­taire et aux élec­tions. Cette atti­tude n’é­tait nulle­ment con­sid­érée par nos aînés comme une posi­tion tac­tique. Elle cor­re­spondait, en réal­ité, à une posi­tion très pré­cise sur le plan idéologique. La pre­mière organ­i­sa­tion spé­ci­fique anar­chiste, l’Al­liance fondée par Bak­ou­nine, con­sid­érait que son action ne devait avoir lieu qu’au sein de la Pre­mière Inter­na­tionale, c’est-à-dire du mou­ve­ment de masse de l’époque. Dans cet état d’e­sprit, les mil­i­tants les plus con­scients de la classe ouvrière ne devaient se sépar­er à aucun moment du mou­ve­ment syn­di­cal avec qui ils fai­saient corps. Ce qui les séparait de la con­cep­tion marx­iste, c’é­tait pré­cisé­ment la néga­tion de la valeur de l’ac­tion poli­tique, c’est-à-dire de la con­quête de l’É­tat (nous en avons abon­dam­ment par­lé déjà). Le con­grès d’Al­ger de 1902 de la Fédéra­tion des Bours­es du Tra­vail déclare : « La C.G.T. groupe tous les tra­vailleurs con­scients de la lutte à men­er pour la dis­pari­tion du salari­at et du patronat, et l’élab­o­ra­tion sur le ter­rain économique de la société com­mu­niste. » Il s’agis­sait donc bien dans l’e­sprit de l’époque d’une con­quête sur le seul ter­rain économique. Nous avons tout lieu de penser que cette posi­tion était fon­da­men­tale. Par la suite, d’autres courants de l’a­n­ar­chisme ont ajouté des raisons sur le plan éthique que nous ne renions pas d’ailleurs. Mais pour nous, anar­chistes révo­lu­tion­naires, la notion de non-par­tic­i­pa­tion de la classe ouvrière au par­lemen­tarisme est lié à notre notion de la lutte de classe. Nous avons cité Jean Grave et son livre de « Réforme et Révo­lu­tion ». Son argu­men­ta­tion peut se résumer de la façon suiv­ante : Aucune réforme en faveur de la classe ouvrière n’est appliquée si l’ac­tion ne l’im­pose. L’idée du vote con­tribue à faire croire au peu­ple qu’il est sou­verain et qu’il peut influ­encer les évène­ments par un sim­ple bul­letin de vote déposé dans l’urne, ce qui retarde sa prise de con­science. Les lois élaborées par les élus étant appliquées dans un régime de classe ne peu­vent fatale­ment pas être édic­tées en faveur de tous et expri­ment for­cé­ment en pre­mier lieu les intérêts de la classe dom­i­nante. La par­tic­i­pa­tion au par­lemen­tarisme con­tribue à faire croire à la classe ouvrière que la solu­tion se trou­ve dans un change­ment de gou­verne­ment ou de poli­tique alors que la con­ti­nu­ité du régime économique cap­i­tal­iste main­tient l’op­pres­sion et l’ex­ploita­tion. Ceux qui veu­lent détru­ire l’au­torité ne doivent pas l’ex­ercer. Mais si nous affir­mons et esti­mons que le point de vue anar­chiste repo­sait sur des bases sérieuses, nous pour­rions, en révo­lu­tion­naires con­scients, exam­in­er si le point de vue de Krouchtchev peut infirmer nos thès­es. Notre mou­ve­ment, lui-même, a déjà fait, dans une cer­taine mesure, un com­mence­ment d’ex­péri­ence dans ce sens, lorsque la C.N.T. d’Es­pagne deman­da, en 19365, aux tra­vailleurs de vot­er pour con­jur­er le dan­ger fas­ciste. Non seule­ment le dan­ger ne fut pas con­juré, mais les fas­cistes employèrent l’ac­tion directe pour leur avène­ment. Lorsque nos cama­rades con­tin­uèrent leur par­tic­i­pa­tion au régime bour­geois en envoy­ant des min­istres au sein du gou­verne­ment répub­li­cain espag­nol, leur présence servit de cau­tion à l’é­tran­gle­ment de la Révo­lu­tion (Voir « Let­tre ouverte à Fédéri­ca Montse­ny » par Camil­lo Berneri dans « Guerre de Class­es »). Que fai­saient pen­dant ce temps, les amis de Mon­sieur Krouchtchev en Espagne ? Ils pra­ti­quaient déjà la par­tic­i­pa­tion au régime par­lemen­taire bour­geois ! Alors que le peu­ple espag­nol fai­sait sa Révo­lu­tion, les élé­ments bour­geois qui avaient peur de per­dre leurs priv­ilèges furent favorisés par cette poli­tique des com­mu­nistes qui ne fai­saient d’ailleurs que se cal­quer sur les social­istes. Mais lais­sons la parole à Camil­lo BERNERI : « Lorsque le Par­ti Com­mu­niste Espag­nol pub­li­ait en août 1936 un man­i­feste signé par Jesus Her­nan­dez déclarant lut­ter unique­ment pour une République Démoc­ra­tique, lorsque le même par­ti con­fir­mait la même ligne de con­duite le 15 décem­bre de la même année, ce n’est pas tant la plouto­cratie extérieure et les gou­verne­ments démoc­ra­tiques que cette organ­i­sa­tion voulait ras­sur­er, mais bien les mil­liers de pseu­do-néo­phytes qui se sont insérés dans ses cadres et dans ceux de l’U.G.T. » ― On sait la suite : étran­gle­ment de la Révo­lu­tion espag­nole par les élé­ments petits bour­geois de Madrid et vic­toire de Franco… 

    Qu’ont fait les par­tis com­mu­niste et social­iste en France depuis des décades ? Leur prin­ci­pale activ­ité se pas­sant au Par­lement et dans les dif­férentes assem­blées. Ils en sont arrivés à sub­or­don­ner l’ac­tion ouvrière à leur action poli­tique ; c’est d’ailleurs ce que dit claire­ment Krouchtchev lorsqu’il par­le de « Solide majorité par­lemen­taire s’ap­puyant sur le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire des mass­es. » Et nous avons vu les com­mu­nistes par­tic­i­pant au gou­verne­ment de la « libéra­tion » faire taire les reven­di­ca­tions ouvrières. Il fal­lait pro­duire et la grève était dev­enue « l’arme des trusts ». Nous les avons vus dis­soudre les « Mil­ices Patri­o­tiques » en échange d’une place pour Thorez dans le gou­verne­ment. C’est dans le même ordre de choses qu’un min­istre des P.T.T. social­iste fit taire « Force Ouvrière » en 1947, au nom de l’in­térêt poli­tique général. Des mil­liers d’ex­em­ples de ce genre pour­raient être cités ! « Cette voie était exclue pour les bolcheviks russ­es… » dit Khrouchtchev. Lénine déclarait un effet : « Décider, une fois un quelques années, quel mem­bre de la classe dom­i­nante opprimera, écrasera le peu­ple au par­lement ― voilà le fond du par­lemen­tarisme bour­geois ! » (« L’É­tat et la Révo­lu­tion »). Comme nous l’avons vu plus haut, Lénine soute­nait la thèse de l’ag­i­ta­tion faite par les élus au sein de l’ap­pareil bour­geois. Il défendait ce point de vue, alors que les social­istes avaient déjà som­bré dans le Pou­voir. Il s’agis­sait en quelque sorte d’une récidive. Les com­mu­nistes ont eux aus­si som­bré dans le Pou­voir. Khrouchtchev déclare qu’il y a des faits nou­veaux. Que s’est-il donc passé ? ― Citons encore Jean Grave : « Par quelle aber­ra­tion un social­iste, dont tous les efforts doivent ten­dre à la destruc­tion des insti­tu­tions qu’il recon­naît oppres­sives, peut-il s’imag­in­er faire servir ces mêmes insti­tu­tions à l’é­man­ci­pa­tion humaine, alors qu’elle n’a pour but que de faire dur­er l’é­tat de choses en se prê­tant un mutuel appui ? De même qu’à une machine mon­tée pour tiss­er de la toile, tor­dre des fils, on ne fera pas fab­ri­quer des casseroles ou imprimer le moin­dre prospec­tus, même lorsqu’on met­trait pour les con­duire des chau­dron­niers ou des imprimeurs, de même on ne pro­duira pas la lib­erté de l’au­torité. La machine gou­verne­men­tale étant mon­tée pour défendre l’or­dre et la pro­priété, c’est-à-dire impos­er silence aux récla­ma­tions, empêch­er les reven­di­ca­tions des volés et des opprimés, on aura beau met­tre à sa tête ceux qui auront fait les promess­es les plus mir­i­fiques d’af­fran­chisse­ment, les cri­tiques les plus vio­lentes con­tre le sys­tème économique et l’ex­ploita­tion de l’homme par l’homme, ils ne pour­ront pas faire autre chose que d’a­ban­don­ner leurs récla­ma­tions d’avenir pour assur­er la bonne marche du présent. » Car les assem­blées bour­geois­es ne sont faites que pour légifér­er. Qu’ont fait les députés com­mu­nistes au sein des assem­blées bour­geois­es ? Ils ont vite com­pris qu’il leur était impos­si­ble d’être con­stam­ment dans l’op­po­si­tion. Il se vote, en effet, de loin en loin, des lois, si caduques soient-elles, en faveur de la classe ouvrière. Le Par­ti Com­mu­niste ne peut s’en dés­in­téress­er, ne serait-ce que pour hon­or­er un peu ses promess­es élec­torales. L’ex­péri­ence nous mon­tre que les lois sociales ne sont appliquées et prof­ita­bles que lorsqu’elles sont appuyées par l’ac­tion ouvrière. C’est sans doute pour cela que Khrouchtchev prend bien soin de soulign­er le sou­tien néces­saire de la masse. Mais il est impos­si­ble de dire que l’ac­tion ouvrière seule impose l’ap­pli­ca­tion de la loi car cela rend la présence des députés ouvri­ers inutile. D’où impos­si­bil­ité pour un député com­mu­niste d’être vrai­ment un agi­ta­teur. Krouchtchev nous dit que les actions des mass­es ne peu­vent se créer arti­fi­cielle­ment. Il n’est pas du tout oblig­a­toire que la masse soit à la tem­péra­ture suff­isante pré­cisé­ment au moment où se vote une loi. Et les députés com­mu­nistes sont arrivés au cas où une loi sociale a été votée sans la par­tic­i­pa­tion directe de la classe ouvrière. Nous savons aujour­d’hui que les réformes sociales ten­dent à ren­forcer le régime cap­i­tal­iste en le ren­dant plus viable. Et c’est là où, en fin de compte, les députés com­mu­nistes devi­en­nent de sim­ples réformistes employ­ant les mêmes méth­odes que les soci­aux-démoc­rates avec les mêmes effets. Il est impos­si­ble de sor­tir de là et comme pour la dégénéres­cence de la Révo­lu­tion russe dont nous par­lions au début, nous con­clu­ons qu’il leur était impos­si­ble de faire autrement. Il ne fal­lait pas y aller !… 

    Khrouchtchev déclare encore : « Il importe de soulign­er avec force que si des con­di­tions plus favor­ables à la vic­toire du Social­isme ont été créées dans les autres pays, c’est parce que le social­isme a tri­om­phé en Union Sovié­tique et tri­om­phe dans les pays de démoc­ra­tie pop­u­laires. Or, notre vic­toire aurait été impos­si­ble si Lénine et le par­ti bolchevik n’avaient pas défendu le marx­isme révo­lu­tion­naire dans la lutte con­tre les réformistes qui avaient rompu avec le marx­isme et s’é­taient engagé dans la voie de l’op­por­tunisme. » C’est une his­toire de fous : si les com­mu­nistes peu­vent employ­er avec suc­cès des méth­odes réformistes c’est parce que Lénine avait dénon­cé le réformisme ; com­prenne qui pour­ra ! Mais cette phrase appelle d’autres com­men­taires. Il faut not­er que Khrouchtchev a sen­ti le dan­ger d’une com­para­i­son pos­si­ble avec les « soci­aux-démoc­rates », de la part des mil­i­tants. Il s’en tire par cette pirou­ette. En fait si Khrouchtchev estime qu’il y a des con­di­tions plus favor­ables de pas­sage au social­isme, c’est qu’il s’a­chem­ine tout douce­ment vers la théorie sociale-démoc­rate de néga­tion de la Réac­tion que dénonçait déjà James Guil­laume. Enfin, que vaut cette con­damna­tion de l’op­por­tunisme des réformistes ? Obser­vons donc le P.C. Français, par exem­ple : il est savoureux de lire, dans le numéro de mars-avril 1956 de « Temps Mod­ernes » cette phrase sub­lime de J.P. Sartre : « C’est le seul par­ti de France qui ait une poli­tique cohérente. » En fait on chercherait vaine­ment une ligne idéologique dans les dif­férentes posi­tions du P.C. français entière­ment soumis à la poli­tique de l’U.R.S.S. et à ses revire­ments : pour la pro­duc­tion en 1945, con­tre le réarme­ment de l’Alle­magne et ensuite pour une armée alle­mande autonome ; pour Tito, con­tre Tito, re pour Tito. Con­tre les « assas­sins en blouse blanche » ― pour leur réha­bil­i­ta­tion. Con­tre le réformisme de Pierre Hervé ― pour pren­dre quelques mois après ses pro­pres posi­tions etc., etc., c’est le mod­èle de l’op­por­tunisme. Oui, Khrouchtchev a rai­son d’af­firmer comme dépassés la doc­trine d’ag­i­ta­tion de Lénine et des pre­miers bolcheviks. Voilà le fait nou­veau ! Mais ce fait nou­veau mon­tre qu’il n’y a, en fait, que deux posi­tions cohérentes pos­si­bles : la posi­tion réformiste de la sociale démoc­ra­tie et la posi­tion révo­lu­tion­naire des anar­chistes. Nous avons vu le résul­tat néfaste de la pre­mière ― force nous est de choisir la sec­onde. Le Bolchevisme n’é­tait au fond qu’un com­pro­mis et pas une véri­ta­ble doc­trine. Khrouchtchev a levé l’équiv­oque. Telle sera notre pre­mière conclusion. 

    C’est pour réalis­er la « solide majorité au Par­lement » dont par­le Khrouchtchev que les par­tis com­mu­nistes arriveront de plus en plus à s’in­té­gr­er aux par­tis social­istes. Des expéri­ences d’« unions » mal­heureuses ont ren­du la plu­part des mil­i­tants social­istes de tous les pays extrême­ment pru­dents dans leurs rap­ports avec les com­mu­nistes. On se rap­pellera l’ex­péri­ence de noy­au­tage effec­tuée par les com­mu­nistes en Tché­coslo­vaquie. Mais ce rap­proche­ment avec les soci­aux démoc­rates qui était au début pure­ment tac­tique est devenu, nous l’avons démon­tré, un principe idéologique. Cela prof­it­era-t-il aux par­tis social­istes ? Nous fer­ons pour cela une com­para­i­son : lorsque les Romains con­quirent la Grèce, ce furent finale­ment les Grecs vain­cus qui leur don­nèrent leur forme de civil­i­sa­tion. De même, les social­istes sou­vent vain­cus et noy­autés par les com­mu­nistes leur ont finale­ment don­né leur doc­trine. Mais il est un aspect de ce proces­sus qui reste très impor­tant pour nous anar­chistes révo­lu­tion­naires. Les par­tis com­mu­nistes essaient d’en­traîn­er la classe ouvrière dans leurs fluc­tu­a­tions doc­tri­nales par la cam­pagne du « Front Pop­u­laire ». Un grand nom­bre de tra­vailleurs qui aspirent à l’u­nité ouvrière se lais­sent abuser en con­fon­dant l’u­nité avec des social­istes et des com­mu­nistes et un front uni de lutte de classe. Nous avons vu que ce phénomène d’u­nion des doc­trines réformistes ne peut avoir aucun rap­port avec les aspi­ra­tions à l’u­nité des tra­vailleurs : aucun rap­port ni dans la méth­ode ni dans les buts. C’est ici que le rôle des anar­chistes révo­lu­tion­naires devient très impor­tant pour mon­tr­er aux tra­vailleurs les con­séquences néfastes de cette unité arti­fi­cielle. Il est à remar­quer dans cet ordre d’idée que les dif­férents « sou­venirs » sur le « front pop­u­laire » pub­liés par la presse com­mu­niste sont extrême­ment dis­crets en ce qui con­cerne les mou­ve­ments reven­di­cat­ifs de 1936. Si nous étions méchants nous pour­rions même ajouter que l’u­nité avec les tra­vailleurs social­istes doit sûre­ment être une chose très curieuse car pour notre part, nous n’avons que très rarement ren­con­tré des tra­vailleurs socialistes. 

    Nous par­lions au début de cette étude du désar­roi des stratèges bour­geois en face du fait sovié­tique. D’après ceux-ci il y aurait vrai­ment quelque chose de changé en Russie et tous les jour­nal­istes paten­tés se déclar­ent très impres­sion­nés par la « déstal­in­i­sa­tion ». Nous avons vu que pour les principes idéologiques essen­tiels la posi­tion de Krouchtchev ne se dif­féren­cie pas sen­si­ble­ment de celle de Staline : coex­is­tence paci­fique amenant la col­lab­o­ra­tion avec les insti­tu­tions bour­geois­es pour arriv­er en fin de compte aux posi­tions réformistes. Nous avons remar­qué tout à l’heure que le seul change­ment résidait dans le fait que Krouchtchev recon­naît le mou­ve­ment naturel des mass­es. Force nous est de ne pas nous réjouir puisque Krouchtchev déclare : « Pour toutes les formes de pas­sage au social­isme la direc­tion poli­tique de la classe ouvrière avec son avant-garde à la tête est la con­di­tion expresse, la con­di­tion déci­sive. Sinon il est impos­si­ble de pass­er au « social­isme ». Il s’ag­it donc encore là d’un sim­ple ali­bi idéologique ; dans ces con­di­tions, la sup­pres­sion du culte de la per­son­nal­ité est réduite à de plus justes pro­por­tions. Krouchtchev déclare : « l’en­cour­age­ment du culte de la per­son­nal­ité amoin­dris­sait le rôle de direc­tion col­lec­tive dans le par­ti et aboutis­sait par­fois à de sérieuses omis­sions dans notre tra­vail ». Staline est mort. Aucun de ses suc­cesseurs n’a été capa­ble de se ren­dre prépondérant, on en revient tout naturelle­ment à une direc­tion col­lec­tive. Out­re que cette direc­tion col­lec­tive est en fait exer­cée par un petit nom­bre d’in­di­vidus, il faut remar­quer que ce n’est plus un homme tout seul, mais le Par­ti tout entier qui est l’ob­jet du culte. Nous pour­rions sourire des expli­ca­tions embar­rassées des com­mu­nistes français au sujet de l’a­ban­don du fameux culte le la per­son­nal­ité. Mau­rice Thorez déclarait devant le comité cen­tral du P.C.F. du 9 mai 1956 : « La for­mule du « par­ti de Mau­rice Thorez » est une expres­sion con­damnable, et ici je n’ex­am­ine même pas dans quelles con­di­tions elle a pu sur­gir. Je dois dire que j’ai protesté maintes fois con­tre cette for­mule auprès du bureau poli­tique et de l’Hu­man­ité. Je regrette que cela n’ait pas été porté plus vite à la con­nais­sance du Comité Central. » 

    Il est vrai aus­si qu’on a don­né un peu trop d’é­clat à cer­tains anniver­saires. On sait où cela com­mence, on ne sait pas où cela finit. N’a-t-on pas vu récem­ment, dans une fédéra­tion, fêter le 25e anniver­saire du secré­taire fédéral ? Le culte de la per­son­nal­ité com­porte aus­si le culte de pas mal de mil­i­tants à de dif­férents éch­e­lons ; dans sa région, le secré­taire fédéral est par­fois l’homme qui décide de tout, et peut-être avec plus de con­séquences graves pour le Par­ti qu’il n’en résul­terait d’une telle sit­u­a­tion au Bureau. Poli­tique. Nous pou­vons espér­er peut-être, sans illu­sions, que ces pris­es de posi­tions amu­santes et embar­rassées pour­ront faire réfléchir cer­tains mil­i­tants de base du P.C.F. Mais il serait faux de croire que la démoc­ra­tie existe pour cela chez les com­mu­nistes. La con­damna­tion de Staline a été aus­si unanimes que ses louanges. Tout au plus cette sup­pres­sion du culte per­son­nel est-elle des­tinée à sup­primer les bar­rières et la méfi­ance entre les com­mu­nistes et les social­istes. Le fait que Krouchtchev con­tin­ue néan­moins à stig­ma­tis­er les trot­skystes prou­ve que son ouver­ture ne va pas vers la droite. 

    Les derniers évène­ments prou­veront aux anar­chistes révo­lu­tion­naires qu’il est tou­jours vain de s’at­tach­er à une attaque d’é­ti­quette poli­tique et que le prob­lème idéologique reste celui de notre temps celui de la classe ouvrière. Tous nos coups se sont portés pen­dant des années con­tre les com­mu­nistes seuls et nous avons nég­ligé sou­vent d’avoir la même sévérité pour les social­istes, dont les aspects nous appa­rais­sent plus débon­naires. En fait, main­tenant comme tou­jours il y a d’un côté la Révo­lu­tion, et de l’autre, la con­tre-révo­lu­tion ou ce qui la favorise. Tout le reste n’est que lit­téra­ture. Dans cette per­spec­tive de pen­sée, nous dis­ons que nous com­bat­tons et com­bat­trons le Réformisme, quel que soit sa forme et le Par­ti dont il se cou­vre. Nous tien­drons compte néan­moins de l’ex­is­tence de mil­i­tants ouvri­ers égarés, qui rejoin­dront un jour le camp de la Révo­lu­tion, ou qui s’y trou­vent déjà, sans le savoir ! 

Groupe Gér­mi­nal



    Nous regret­tons de ne pas avoir pu, pour des raisons tech­niques pub­li­er dans ce numéro l’opin­ion du GROUPE de PARIS sur la ques­tion de l’évo­lu­tion du Régime Sovié­tique et de sa réper­cus­sion sur les Par­tis com­mu­nistes. Nous ne man­querons pas de le faire dans notre prochain numéro, car il sera intéres­sant de faire la con­fronta­tion, l’op­tique des cama­rades de Paris étant quelque peu différente.