La Presse Anarchiste

Novembre

Temps d’amour frileux est Novembre,
De la lumière qui s’éteint,
Du vain mirage, à s’y méprendre,
De l’été de la Saint-Martin.
Mais gar­dant au front ce mensonge
Il en fait votre vérité.
Dans la brume grandit un songe
Encor bien plus beau que l’été.
Tout s’apprête à mourir. C’est l’ambre
Des chrysan­thèmes, la Toussaint…
Le feu qui brûle dans la chambre
Ral­lume les soleils éteints.

Cinquante-cinq ans, mon ami.
Au lende­main ne dois remettre
Plus rien, avant les pissenlits,
De tout ce qui réclame d’être
Encore, et depuis si longtemps.
Ou bien es-tu déjà si sage
Que de savoir — c’est de ton âge ! —
Qu’à le per­dre on gagne son temps ?