La Presse Anarchiste

D’économie sociale

Ceci n’est qu’une opinion.

Elle vau­dra suiv­ant l’idée pré­conçue que ce for­gent mal­heureuse­ment la majorité des individus.

Étant sans pré­ten­tions, elle est livrée seule­ment à la médi­ta­tion de ceux qui en pren­dront connaissance.

La voici !

En général, l’on s’est fait, dans les milieux dits avancés, une fausse idée de l’é­conomie sociale, et de sa valeur en tant que philoso­phie matérielle et morale.

Une dévi­a­tion pro­fonde, causée par de fauss­es inter­pré­ta­tions s’est opérée sous son cou­vert, parce que l’idée dom­i­nante du révo­lu­tion­naire a relégué au dernier plan, le besoin, plus encore, la néces­sité d’ap­pren­dre à se diriger, s’or­gan­is­er s’administrer.

Savoir gér­er son activ­ité est devenu fastidieux.

Vio­len­ter celle des autres est, au con­traire, recon­nu comme un brevet de capac­ité indiscutable.

Étudi­er le prob­lème d’or­gan­i­sa­tion pra­tique de la vie en société en se bas­ant sur les enseigne­ments innom­brables que nous four­nissent la nature et les expéri­ences vécues, ne compte pas.

Au con­traire, défendre, comme un principe intan­gi­ble, une théorie basée sur la vio­lence et l’ig­no­rance, puis décider en petit comité, que telle est la loi du monde, sans autres préoc­cu­pa­tions que de sat­is­faire son orgueil et son ambi­tion. Voilà qui est bien.

Vouloir con­naître dans l’ensem­ble la valeur réal­isatrice d’un mou­ve­ment, après en avoir recher­ché tous les détails utiles et applic­a­bles, non sans s’être débar­rassé de tout ce qui pou­vait nuire à l’har­monie générale. Cela n’in­téresse pas, du fait même qu’un effort intel­lectuel est à accomplir.

Ce qui parait intéres­sant, c’est dis­cuter – ou plutôt dis­cu­tailler – à perte de vue sur des sujets bénins, peu en rap­port avec le prob­lème à résoudre et avec le rôle que l’on s’est assigné. C’est déter­min­er sans bases solides, le moment et l’heure d’une action stérile dans laque­lle les par­tic­i­pants effec­tifs sont entraînée sans en con­naître les raisons, ni les motifs exacts, ce qui provoque les déchire­ments, les divi­sions et en fausse tou­jours les résul­tats déjà problématiques.

Essay­er de com­pren­dre et d’es­timer à sa juste valeur cha­cune des man­i­fes­ta­tions de la vie, de sa pro­pre vie, et rec­ti­fi­er au mieux les erreurs com­mis­es par les autres et par soi-même.

Amélior­er son exis­tence en entraî­nant sur cette route bien­faisante ceux qui vous entourent. Élever son esprit pour le libér­er d’un dog­ma­tisme en même temps que d’as­sainir son corps.

Tout cela n’est rien.

Car ce n’est pas sat­is­faire l’é­goïsme tri­om­phant, qui exige que tout ce qui est fait par soi- même est bien et par con­séquent repousse toute impres­sion d’er­reurs. Comme il est inutile d’amélior­er l’ex­is­tence com­mune, il n’est pas utile non plus de s’élever en éle­vant les autres pour débar­rass­er les esprits faussée de tout ce qui les encombre.

Il n’est pas jusqu’aux rela­tions et aux rap­ports entre indi­vidus qui ne se trou­vent imprégnés de ce fâcheux état d’esprit.

La valeur des uns et des autres n’a pour étalon que la puis­sance de leurs cordes vocales ou de leur musculature.

La clas­si­fi­ca­tion en enne­mis ou en amis est sub­or­don­née, non pas à la capac­ité morale et matérielle de celui à qui elle est appliquée, mais plutôt à son allure, sa struc­ture ou à sa façon toni­tru­ante, d’ex­primer une pen­sée qui est aus­si trou­ble qu’impersonnelle.

Rien que cette forme de rela­tions et de rap­ports entre ceux qui, inéluctable­ment, doivent com­pos­er une société, démon­tre à quel degré d’in­com­préhen­sion l’on en est arrivé de ce qui serait réal­is­able, sur le ter­rain pra­tique d’un sys­tème social économique.

Ce qui nous appa­raît vrai pour l’in­di­vidu, c’est égale­ment et par réper­cus­sion pour les organ­i­sa­tions – dites d’ex­trême gauche – exis­tantes, encom­brées par l’in­ca­pac­ité et la suffisance.

En ten­ant compte de tout ce qui précède, est-il pos­si­ble d’en­vis­ager un rap­proche­ment vers une inter­pré­ta­tion plus exacte, plus véridique de ce vaste sujet, l’é­conomie sociale, dont se réclame avec véhé­mence cha­cun de ceux qui se déclar­ent les cham­pi­ons de la trans­for­ma­tion de la société.

Nous aurons l’oc­ca­sion, plus tard, tout en étab­lis­sant la part de tous dans l’ex­is­tence de ces fauss­es inter­pré­ta­tions, de revenir sur la pos­si­bil­ité de les faire disparaître.

Veber