La Presse Anarchiste

Sur la grève des mineurs

Un beau mou­ve­ment en Angleterre, en Alle­magne et même chez nous. Petit à petit, l’In­ter­na­tionale s’éla­bore, se con­stitue. D’ailleurs, il n’y a aucune rai­son sérieuse qui empêche les ouvri­ers de tous les pays de frater­niser ; les cap­i­tal­istes à tra­vers la planète ont bien con­sti­tué toutes sortes d’u­nions, d’en­tentes, de sociétés. Certes, la masse pop­u­laire, inter­na­tionale est une belle col­lec­tion d’abrutis, mais je ne vois pas en quoi se dis­tinguent les bour­geois : ils ne sont pas moins abrutis mais ils ont des sous !

Les mineurs anglais par leur beau mou­ve­ment de sol­i­dar­ité ont prou­vé qu’il fal­lait compter avec eux, qu’un jour vien­dra où ils pré­ten­dront qu’un prob­lème se pose, celui de savoir à qui les mines doivent appartenir : aux pro­prié­taires, aux mineurs ou à l’é­tat. Ce jour-là je serai encore content.

Pour aujour­d’hui que je sache qu’ils fer­ont un peu moins de boulot, ça me fait plaisir ; moins les gens et les bêtes sont enchaînés, plus je suis satisfait.

Man­i­fes­ta­tion anti­mil­i­tariste — Au lende­main de la man­i­fes­ta­tion grandiose que sus­ci­ta le trans­port du corps d’Aernoult à tra­vers Paris, une grande joie emplit le cœur de tous les anti­mil­i­taristes. Nous con­sta­tions une fois de plus que la masse du peu­ple en a assez des bat d’af et de toutes les sec­tions et com­pag­nies spé­ciales, où les chaous mar­tyrisent les types que la déveine a jeté dans leurs griffes. Non seule­ment les copains qui étaient là man­i­fes­taient en faveur de Rous­set parce qu’ils pen­saient que cette man­i­fes­ta­tion influ­encerait le pub­lic et le pou­voir, mais encore les deux cents mille man­i­fes­tants man­i­fes­taient surtout con­tre l’ar­mée, car tout le monde en a assez des armées per­ma­nentes : leur temps est fini et ce jour-là Paris l’a bien manifesté.

Certes, nous avons eu depuis les retraites à Millerand, la revue de Vin­cennes et ça aus­si ce sont des man­i­fes­ta­tions, mais c’est déjà un fort joli résul­tat que les man­i­fes­ta­tions des anti­mil­i­taristes éga­lent celles des patri­otes. Nous n’avons qu’à per­sévér­er, l’an­ti­mil­i­tarisme fait des progrès.

Tout de même, je ne me monte pas le coup sur la man­i­fes­ta­tion Aernould, sur les mineurs qui sont capa­bles de rester quelques jours en grève. Tous les ans il y a quelque « mou­ve­ment » sem­blable de pro­lé­taires, — un éclair — puis l’esclave, le citoyen retourne à l’esclavage, comme le chien à sa chaîne.

[/G. Butaud/]