La Presse Anarchiste

Matériaux pour le congrès des syndicats Autonomes de France (Lyon, 15–16 novembre 1926)

S’in­spi­rant des néces­sités présentes, la Com­mis­sion a voulu rompre avec un passé récent. L’adop­tion par la C.G.T.U. du plan dressé par l’an­ci­enne C.A. pro­vi­soire en ce qui con­cerne les unions régionales est une preuve que ces Unions, fonc­tion­nant suiv­ant nos principes, sont d’im­por­tance vitale pour le mou­ve­ment syndicaliste.

Par­tant de ce point de vue que le syn­di­cal­isme sera dans l’or­dre nou­veau ce qu’est le cap­i­tal­isme dans l’or­dre actuel, c’est-à-dire le ges­tion­naire de la chose publique, la Com­mis­sion a pen­sé qu’il con­ve­nait que, sans plus atten­dre, le syn­di­cal­isme se pré­parât à jouer le rôle qui lui est dévolu : L’ad­min­is­tra­tion et la ges­tion d’une société reposant sur le travail.

Il est tout de suite apparu à la Com­mis­sion que les cadres et les rouages fonc­tion­nels du syn­di­cal­isme sont vieil­lis et usés, qu’ils ne cor­re­spon­dent plus à la besogne qui leur incombe au triple point de vue : pro­pa­gande, action présente et pré­pa­ra­tion à la ges­tion prolétarienne.

Sur quoi reposent donc, en effet, les cadres de notre mou­ve­ment syn­di­cal ? Sur la délim­i­ta­tion ter­ri­to­ri­ale en départe­ments effec­tuée en 1790 par la Constituante.

Nul ne niera qu’à cette époque, l’in­dus­trie était presque inex­is­tante, que les grands courants d’ap­pro­vi­sion­nements et d’échange, de même que les voies de com­mu­ni­ca­tion étaient rudi­men­taires ou embryonnaires.

On peut dire, sans exagéra­tion, qu’à ce moment, le cap­i­tal­isme mod­erne avec ses exploita­tions gigan­tesques, ses car­tels, ses con­sor­tiums et ses trusts, sa for­mi­da­ble organ­i­sa­tion ban­caire, n’é­tait pas né. L’ex­ploita­tion des richess­es naturelles était presque nulle. Les immenses gise­ments de fer, de houille, de pét­role, de métaux de toutes sortes n’é­taient que fort peu util­isés ou incon­nus. En out­re, la pro­duc­tion avait plutôt pour base l’ar­ti­sanat que l’u­sine ; les cen­tres indus­triels qui acca­parent aujour­d’hui toute l’ac­tiv­ité d’une région, qui la spé­cialisent, étaient totale­ment inex­is­tants à cette époque de même qu’en 1805, lors de la révi­sion des départements.

Bien que les géomètres qui ont effec­tué ces délim­i­ta­tions aient cer­taine­ment tenu compte des con­di­tions économiques de l’époque, il est per­mis de déclar­er qu’ils se sont surtout attachés à partager le ter­ri­toire en un cer­tain nom­bre de départe­ments ayant, à peu près, une éten­due égale. Il est indé­ni­able qu’ils visaient plutôt à effectuer une divi­sion poli­tique et admin­is­tra­tive répon­dant à des néces­sités d’or­dre gou­verne­men­tal qu’à déter­min­er une clas­si­fi­ca­tion pure­ment économique. La péri­ode qui s’est écoulée depuis cette date jusqu’à nos jours le démon­tre surabon­dam­ment. Ce n’est guère que depuis ces dernières années, au moment où, par son développe­ment extra­or­di­naire, le cap­i­tal­isme a à peu près élim­iné l’État, en met­tant l’é­conomie à sa véri­ta­ble place et en reléguant les ques­tions d’or­dre poli­tique, et admin­is­tratif au sec­ond plan, que les grandes régions économiques, les grands cen­tres indus­triels ten­tac­u­laires sont apparus.

Si l’an­cien sys­tème poli­tiqué de l’État con­tin­ue à exis­ter en face du sys­tème économique cap­i­tal­iste, c’est incon­testable­ment parce que ce dernier n’en éprou­ve que fort peu d’in­con­vénients et que la dis­pari­tion du pre­mier n’est plus qu’une ques­tion de temps. La Com­mis­sion est d’ailleurs con­va­in­cue que ce sys­tème aurait vécu, si, demain, la bour­geoisie, à la faveur d’un boule­verse­ment quel­conque, par­ve­nait à asseoir le régime qui a la faveur de la par­tie la plus éclairée des cap­i­tal­istes actuels : la démoc­ra­tie économique, ou si les adeptes de la vio­lence, du tri­om­phe de la finance réus­sis­saient à instau­r­er le fascisme.

Cette bour­geoisie .ne dis­ait-elle pas, dès 1869, à Nan­cy, dans son pro­gramme : ce qui est com­mu­nal est à la com­mune ; ce qui est région­al est à la région ; ce qui est nation­al est à l’État. Bien enten­du, par là, elle voulait dire : ce qui est nation­al est à la nation, à l’ensem­ble du pays.

Ain­si, elle indi­quait son désir formel de décen­tralis­er ; de spé­cialis­er, de coor­don­ner suiv­ant des néces­sités économiques, pour s’op­pos­er à l’Em­pire qui voulait cen­tralis­er poli­tique­ment. Elle ajoutait : élargir le cadre trop étroit dans lequel se meut la vie locale, desser­rer les liens de la cen­tral­i­sa­tion. Tels sont les deux objets que veut attein­dre le mou­ve­ment régionaliste.

Com­prenant toute la valeur de ce qui précède, la bour­geoisie n’a cessé, depuis cette époque, de pour­suiv­re les objec­tifs imposés en 1869.

Le développe­ment du cap­i­tal­isme, l’é­clo­sion des grands trusts indus­triels et des grandes ban­ques lui ont fait un devoir d’at­tein­dre au plus tôt les résul­tats cher­chés qui sont indis­pens­ables pour assur­er la vie de l’or­dre économique, devenu de plus en plus, par l’évince­ment gradu­el mais con­tin­uel de l’État, le fac­teur essen­tiel de l’ex­is­tence du régime actuel.

Les grandes régions indus­trielles sont nées de ces néces­sités économiques. Leur coopéra­tion, leur sol­i­dar­ité en ont fait non seule­ment de for­mi­da­bles organes de ges­tion, mais encore de ter­ri­bles adver­saires dis­posant, dans l’of­fen­sive comme dans la défen­sive, de moyens d’ac­tion red­outa­bles, sou­ples et var­iés. Ce sont à la fois des appareils de pro­duc­tion extra­or­di­naire­ment puis­sants et des forter­ess­es véri­ta­ble­ment armées pour s’op­pos­er à la réal­i­sa­tion des désirs des tra­vailleurs et pour per­pétuer les priv­ilèges établis.

Tel est le cap­i­tal­isme d’au­jour­d’hui. Sol­idaire dans l’ex­ploita­tion des richess­es et dans la défense de ses intérêts ; dis­posant des moyens de com­mu­ni­ca­tion qu’il exploite ou qu’il con­trôle, il représente un rival ter­ri­ble­ment dan­gereux pour le Syn­di­cal­isme qui, lui, n’a suivi que de fort loin la con­cen­tra­tion indus­trielle et n’a pas su adapter ses organes aux exi­gences des néces­sités de la lutte.

C’est là la rai­son dom­i­nante des échecs suc­ces­sifs qu’a subi le Syn­di­cal­isme au cours de ces dernières années. Placé en face d’un adver­saire organ­isé « en pro­fondeur et en largeur », capa­ble d’a­gir à sa guise et suiv­ant les con­di­tions de la lutte, soit locale­ment, régionale­ment ou nationale­ment, le Syn­di­cal­isme a dû baiss­er pavil­lon devant un adver­saire plus sci­en­tifique et mieux out­il­lé. La mul­ti­plic­ité de ses organes sol­idaires et con­jugués, pou­vant entr­er en action à tout instant dans l’u­sine, dans le chantier, dans la local­ité, etc., a per­mis au cap­i­tal­isme de venir à bout de toutes les ten­ta­tives faites par le Syn­di­cal­isme pour rompre à son prof­it l’équili­bre économique bour­geois. Et, chose para­doxale, à mesure que les expéri­ences suc­cé­daient aux expéri­ences, que les enseigne­ments qui s’en dégageaient étaient plus pré­cis, le cap­i­tal­isme ren­forçait ses organes de ges­tion et de défense pen­dant que le Syn­di­cal­isme ne tirait aucune leçon des défaites qui lui étaient infligées d’une façon presque con­tin­ue et avec une pré­ci­sion mathématique.

Toutes ces con­stata­tions, tous ces faits nous oblig­ent à recon­naître que pour être, dans tous les domaines, à la hau­teur de sa mis­sion, le Syn­di­cal­isme doit mod­i­fi­er et trans­former ses organes, les adapter et les faire mou­voir d’une façon nou­velle. C’est ce que nous avons ten­té de faire en indi­quant que, comme le cap­i­tal­isme, le Syn­di­cal­isme devait avoir ses bases et ses fonde­ments dans l’ate­lier, dans l’u­sine, dans la com­mune ou la local­ité et dans la région.

En pré­cisant que son action, qui doit être économique, comme celle du cap­i­tal­isme ; qui doit s’ex­ercer, comme celle de son adver­saire, sur le plan de la pro­duc­tion, mais pour des fins et des buts dif­férents, nous avons enten­du par là qu’il con­ve­nait de cess­er de faire cadr­er cette action sur les délim­i­ta­tions ter­ri­to­ri­ales poli­tiques et admin­is­tra­tives d’un régime économique disparu.

Le but du Syn­di­cal­isme étant : la prise des moyens de pro­duc­tion et d’échange et leur exploita­tion par le Pro­lé­tari­at, il nous a sem­blé que les rouages fonc­tion­nels du mou­ve­ment ouvri­er devaient être organ­isés, dis­tribués et util­isés sur ce plan.

Si le , il faut qu’il se pré­pare à cette tâche.

Il est donc de toute util­ité que toute sa pro­pa­gande, toute son action soient dirigées en vue des fonc­tions de ges­tion future.

Si nous ne pen­sons pas que les U.R. doivent être con­sti­tuées par la réu­nion de plusieurs U.D. pris­es au hasard, sans con­sid­éra­tion des néces­sités économiques, nous pen­sons, par con­tre, que, dans leur pre­mière phase d’ac­tiv­ité, il est par­faite­ment pos­si­ble qu’elles ne soient, au début, que des cen­tres de propagande.

Recher­chons donc les meilleures règles de divi­sion régionale. Quelle sera la grandeur de la Région ? Elle sera telle que la ou les formes d’ac­tiv­ité qui la car­ac­térisent soient entière­ment con­tenues dans sa super­fi­cie. Par exem­ple, la région du Nord est surtout région houil­lère, la présence de la houille y a con­cen­tré la métal­lurgie. Elle con­tient aus­si un fort groupe­ment tex­tile. Cet ensem­ble est con­tenu dans les deux départe­ments du Nord et du Pas-de-Calais. Les mêmes méth­odes indus­trielles doivent être appliquées dans les deux, l’ac­tion syn­di­cale doit y être commune.

La région doit-elle con­tenir deux ou plusieurs départe­ments ? La règle sera vari­able, fonc­tion de l’ac­tiv­ité locale. Dans cer­taines par­ties du pays, il faut grouper un grand nom­bre de départe­ments pour y trou­ver plus d’un cen­tre vrai­ment ani­mé. Com­bi­en de pré­fec­tures ne sont que de gros villages !

Suiv­ra-t-on les con­tours des départe­ments ou, en d’autres ter­mes, la région con­tien­dra-t-elle un nom­bre exact de départe­ments ? En principe, oui, parce que si nous traçons d’autres lim­ites, nous faisons sur­gir des con­stata­tions infinies qui ne man­queraient pas d’ar­rêter tout tra­vail. Cher­chons plutôt à réalis­er une règle de groupe­ment qui per­me­tte tou­jours, à l’avenir, des per­mu­ta­tions ami­ables. Cela sera réal­isé si nous sup­p­ri­mons quelques-uns des groupes inter­mé­di­aires. Dans l’ex­em­ple de découpage don­né plus loin, nous avons, en général, suivi des délim­i­ta­tions déjà établies, sauf à dis­traire quelques ter­ri­toires d’ar­rondisse­ments de leur départe­ment d’origine.

Nous pro­posons, après d’autres per­son­nes qui,ont étudié sérieuse­ment le prob­lème, de pren­dre comme point de départ un choix de villes impor­tantes par les activ­ité indus­trielle, intel­lectuelle, com­mer­ciale et par leur sit­u­a­tion géo­graphique naturelle ou arti­fi­cielle. Il suf­fit alors de chercher leurs lim­ites d’at­trac­tion. Il se trou­ve for­cé­ment que l’ac­tiv­ité de ces villes est représen­ta­tive de l’ac­tiv­ité régionale. Nous Pren­drons comme élé­ments d’ap­pré­ci­a­tion le chiffre de pop­u­la­tion, les divers­es formes d’ac­tiv­ité, la posi­tion, la présence d’une voie nav­i­ga­ble, d’un port, d’un nœud de voies fer­rées, celle d’une Uni­ver­sité ou d’un groupe impor­tant d’é­coles, le voisi­nage d’une riche région agri­cole, d’un gise­ment de mines, de sources naturelles de forces.

L’im­por­tance d’un cen­tre peut grande­ment se mod­i­fi­er au cours des siè­cles, mais il ne s’ag­it pas du tout de faire œuvre éter­nelle ; en tous cas, c’est cepen­dant l’élé­ment le plus sta­ble que nous trou­vions. Qu’un cen­tre nou­veau gran­disse, il devien­dra à son tour cap­i­tale. Qu’une région entière se développe spé­ciale­ment, elle dédou­blera. Qu’elle Péri­clite au con­traire, elle s’ag­glomér­era alors à une région plus riche. Nous ne cher­chons pas l’équili­bre absolu entre régions. Nous ne cher­chons pas à créer des régions qui se suff­isent entière­ment à elles-mêmes. Nous ne le voulons même pas. Il est désir­able que, com­plètes en un sens, cha­cune d’elles dépende des autres pour divers besoins, comme nous voudri­ons que toute les nations dépen­dent les unes des autres à un point tel qu’elles ne puis­sent ou n’osent entr­er en lutte. Les régions se spé­cialis­eront, selon leur richesse matérielle, leur cli­mat et la répar­ti­tion dès pro­duits entre elles sera assurée ‑par la direc­tion générale d’é­conomie nationale, pou­voir cen­tral des travailleurs.

Au-dessous ‘de la région, qu’au­rons-nous ? Dans l’or­dre admin­is­tratif nous pro­posons de sup­primer com­plète­ment, non seule­ment le départe­ment, mais aus­si l’ar­rondisse­ment et le can­ton. Selon les besoins, on envis­agera des groupe­ments de com­munes vari­ables, néces­saires dans cer­tains cas : créa­tion d’hôpi­tal inter­com­mu­nal, d’é­cole sec­ondaire, de sta­tions d’es­sais agri­coles ou indus­triels par exem­ple. Les divers­es admin­is­tra­tions de la région auront des suc­cur­sales dis­séminées selon les besoins, mais ceci ne néces­site en rien la créa­tion de séries infinies de bureau­crates plus ou moins galonnés.

L’ex­péri­ence mon­tre que là où il y a trop grand nom­bre d’éch­e­lons, il en appa­raît d’inu­tiles. L’usage con­serve le mètre et le kilo­mètre, il oublie le décamètre et l’hec­tomètre. L’ex­em­ple absurde est don­né par l’in­ter­minable hiérar­chie militaire.

Nous aurons le classe­ment suivant :

l’in­di­vidu

la famille,

la com­mune,

la région,

la nation,

le monde.

Si nous trans­portons cette suite dans le plan syn­di­cal, nous aurons, en l’é­tat actuel ou immé­di­ate­ment réalisable :

l’ou­vri­er, ,

l’ate­lier (et sa com­mis­sion d’atelier),

le syn­di­cat local

(s’il y a plusieurs indus­tries dans la com­mune, la com­mis­sion intersyndicale),

la fédéra­tion, régionale,

l’u­nion, régionale intersyndicale

(avec la com­mis­sion régionale de con­trôle et de statistique),

la fédéra­tion nationale,

la con­fédéra­tion (ser­vices centraux),

l’u­nion inter­na­tionale syndicale.

On voit qu’il y a cor­re­spon­dance directe à tous les degrés.

À l’ob­jec­tion qu’il est déjà dif­fi­cile de faire vivre cer­tains organ­ismes départe­men­taux et qu’ils périront sous une tâche plus lourde, il est facile de répon­dre d’abord que juste­ment l’ac­croisse­ment de tra­vail est une assur­ance de vie, et ensuite qu’il est facile de ren­forcer des organ­ismes moins nom­breux. Avec les cen­tres dis­parus ne dis­paraîtront pas tous ceux qui les ani­maient puisqu’on en aura besoin dans un cen­tre plus fort.

Comme nous avons dit qu’il faut inscrire dans la règle le droit qu’au­ront les com­munes de faire des alliances tem­po­raires entre elles, droit qu’au­ront de même les syn­di­cats locaux, on inscrira le même droit pour les régions. Plus loin encore, sans rien abdi­quer bien enten­du des pou­voirs des com­mis­sions nationales, on ‘inscrira le droit, pour les régions fron­tières, d’en­tr­er en rela­tions avec les organ­i­sa­tions voisines étrangères. Nous voyons très bien les cama­rades lil­lois en con­tact avec Brux­elles, ceux de Greno­ble avec Genève, de Stras­bourg avec Franc­fort, de Mont­pel­li­er avec Barcelone, du Havre avec les Anglais. Il fau­dra encour­ager les affinités, gage de paix (notre paix).

Nous présen­tons surtout à titre d’ex­em­ple, un essai de divi­sion. II nous con­duit à un nom­bre (29) plus élevé que celui du décret Clé­mentel (groupe­ment des Cham­bres de com­merce) calqué à peu près par la Fédéra­tion Nationale des Coopéra­tives, plus grand aus­si que celui de la Fédéra­tion du Bâti­ment (25 sans l’Al­gérie). Les diver­gences, quant au choix des cen­tres, ne sont pas très grandes.

Pour trac­er les con­tours, il fau­dra agir avec une grande pru­dence. Si l’on heurte les ten­dances de quelques syn­di­cats, leur attrac­tion vers un cer­tain pôle, on soulèvera chez eux d’ar­dentes résis­tances qui, c’est à crain­dre, absorberont fâcheuse­ment toute leur action, au grand détri­ment de leurs objec­tifs réguliers.

Nous présen­tons, dans le tableau qui suit, un classe­ment, une sélec­tion des villes impor­tantes non pas pour les ranger dans un ordre général, mais pour déter­min­er les régions bien car­ac­térisées par la for­ma­tion, plus ou moins anci­enne, d’une métro­pole, et aus­si pour choisir entre les villes qui, dans une région peu dévelop­pée, pour­raient pré­ten­dre en être le chef-lieu.

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Nous avons don­né à chaque ville des cotes arbi­traires en valeur absolue, mais en rap­port relatif de l’une à l’autre.

Nous avons con­sid­éré sou­vent des cou­ples de villes ayant entre elles des échanges intenses.

Nous pro­posons donc les régions suivantes :

  1. Lille (Nord et Pas-de-Calais).
  1. Reims (cou­plée avec Châlons et Eper­nay) (Aisne, Marne, Ardennes et arrondisse­ment de Bar-le-Duc).
  2. Nan­cy-Metz (Meuse- moins Bar-le-Duc, Moselle, Meur­the, Vosges).
  3. Stras­bourg (Bas-Rhin, Haut-Rhin avec Belfort).
  4. Besançon. (Haute-Saône, Doubs moins Dôle, Jura).
  5. Lyon (Rhône, Loire, Ain, Ardèche, et arrondisse­ment de Vienne et La Tour-du-Pin).
  6. Greno­ble (Isère sans Vienne ni La Tour-du-Pin, Hautes-Alpes, Savoie et Haute-Savoie).
  7. Mar­seille (Bass­es-Alpes, Vau­cluse, Bouch­es-du-Rhône ; Var et Alpes-Maritimes).
  8. Mont­pel­li­er (Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales).
  9. Toulouse (Haute-Garonne, Ariège, Tarn-et-Garonne, Gers moins Mirande).
  10. Bay­onne (Bass­es-Pyrénées, Hautes-Pyrénées, arrondisse­ment de Mirande et sud du départe­ment des Landes).
  11. Bor­deaux (Nord du départe­ment des Lan­des, Gironde, Lot, Lot-et-Garonne, Dor­dogne, arrondisse­ment de Jonzac).
  12. Poitiers (Vienne, Deux-Sèvres, Char­ente moins Con­folens, Char­ente-Inférieure moins Jon­zac. Ces deux derniers départe­ments pour­ront être séparés).
  13. Nantes-Saint-Nazaire (Vendée, Maine-et-Loire, Loire-Inférieure).
  14. Lori­ent (Mor­bi­han, Fin­istère, Côtes-du-Nord).
  15. Rennes (Ille-et-Vilaine, Mayenne).
  16. Caen (Manche, Cal­va­dos, Orne).
  17. Rouen-Havre (Eure, Seine-Inférieure).
  18. Amiens (Somme, Oise).
  19. Paris (Seine, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise).
  20. Troyes (Yonne, Aube, Haute-Marne, arr. de Châtil­lon et Semur).
  21. Dijon (Côte-d’Or sans Semur ni Châtil­lon, Saône-et-Loire). .
  22. Cler­mont (Puy-de-Dôme, Haute-Loire, Cantal).
  23. Albi (Tarn, Avey­ron, Lozère).
  24. Limo­ges (Haute-Vienne, Creuse, Cor­rèze, arr. de Confolens).
  25. Tours (Sarthe, Indre-et-Loire, Indre).
  26. Orléans (Eure-et-Loir, Loir-et-Cher, Loiret).
  27. Nev­ers (ou Montluçon) (Nièvre, Cher, Allier).
  28. Corse.

Conclusion

Le Syn­di­cal­isme et le Cap­i­tal­isme dis­posent de forces iden­tiques qui se meu­vent de la même façon sur des plans dif­férents, pour des buts opposés. Ils ne peu­vent que s’or­gan­is­er d’une façon sem­blable, suiv­ant les mêmes règles, pour aboutir à une même fin :l’or­gan­i­sa­tion de la production.

Avec ses puis­santes assis­es, l’U.R. pour­ra faire face à toute l’ac­tion offen­sive et défen­sive qui lui incombera. Unie à une autre ou à d’autres régions si l’ac­tion soutenue ou engagée l’ex­ige, elle sera en mesure de résis­ter vic­to­rieuse­ment ou de lut­ter vic­to­rieuse­ment aux attaques inter-régionales du Capitalisme.

La lutte sera ain­si replacée sur son véri­ta­ble ter­rain et le Syn­di­cal­isme aura comblé le retard qu’il a actuelle­ment sur le Cap­i­tal­isme. Il pour­ra lui faire face en toute occasion.

La créa­tion des U.R., avec le car­ac­tère que la Com­mis­sion leur donne, oblig­era à créer partout où elles n’ex­is­tent pas les U.L. ou com­munes, cel­lules com­plètes de la vie sociale.

La vie régulière de ces U.L. amèn­era la con­sti­tu­tion nor­male des Con­seils d’usines et des Comités d’ate­liers qui per­me­t­tront d’in­staller dans chaque lieu de pro­duc­tion le con­trôle syn­di­cal au moyen duquel il sera pos­si­ble à la classe ouvrière de faire, sans com­pro­mis­sion avec le Patronat, l’ap­pren­tis­sage de la gestion.

La réno­va­tion du Syn­di­cal­isme ne s’opér­era qu’au­tant que nous com­pren­drons la néces­sité de toutes ces mod­i­fi­ca­tions et trans­for­ma­tions profondes.

Pour cela, il est indis­pens­able de rompre avec les erre­ments du passé, de bous­culer bien des préjugés, de s’élever une fois pour toutes au niveau de la sit­u­a­tion actuelle et de com­pren­dre, enfin, que ce n’est qu’à ce prix que le Syn­di­cal­isme pour­ra accom­plir sa mission.

S’il en était autrement, les dif­fi­cultés resteraient insur­monta­bles pour lui ; il ne serait pas la grande force d’af­fran­chisse­ment qu’il doit représen­ter. Le Syn­di­cal­isme ne sera libre qu’au­tant qu’il saura se libér­er et s’im­pos­er à toutes les autres forces. Si le développe­ment de ces dernières années était plus rapi­de que le sien, nous pour­rions faire encore bien des révo­lu­tions poli­tiques avant de pou­voir faire la véri­ta­ble révo­lu­tion pro­lé­tari­enne et libéra­trice : l’économique.

Tel est l’avis de la Com­mis­sion. Elle veut croire que le Con­grès, com­prenant la grande tâche qu’il a à rem­plir, la suiv­ra dans la démon­stra­tion et décidera, dans une man­i­fes­ta­tion éclairée, la créa­tion des Unions régionales et locales, des Comités d’usines et des Con­seils d’ate­lier, bases solides d’un Syn­di­cal­isme qui pour­ra organ­is­er la pro­duc­tion et la répar­ti­tion, la ges­tion et l’ad­min­is­tra­tion de l’or­dre nouveau.