La Presse Anarchiste

En Autriche

« Erken­nt­nis und Befreiung » de Vienne, parais­sant sous la direc­tion de Pierre Ramus. C’est le jour­nal le plus vivant, le plus com­bat­if, et le mieux fait que pos­sède le mou­ve­ment anar­chiste de langue alle­mande, et sa sphère d’influence s’étend tou­jours davan­tage. La pro­pa­gande accom­plie par cette feuille s’inspire de la doc­trine de non-vio­lence dont Tol­stoï a été l’apôtre et nous y trou­vons aus­si le fond de reli­giosité qui dom­i­nait la con­cep­tion du grand écrivain russe. Nous con­sta­tons néan­moins une large com­préhen­sion des autres courants anar­chistes et un souci con­stant de tenir les lecteurs au courant de toutes les man­i­fes­ta­tions de l’anarchisme mon­di­al de toutes les tendances. 

En dehors des arti­cles d’actualité, démon­trant la nociv­ité de l’autorité sous toutes ses formes et la néces­sité de lut­ter avant tout con­tre son expres­sion la plus con­crète, l’État — des tra­duc­tions de jour­naux français, ital­iens, hol­landais, etc., com­plè­tent le texte ; de même que les mémoires, pub­liées en feuil­leton, d’Alexandre Berk­mann qui a payé de 14 longues années de prison dans les geôles améri­caines sont atten­tat con­tre le mil­lion­naire Frick à Pitts­burgh pour venger la défaite sanglante de la grève des mineurs de Homestead.

Un des pre­miers jour­naux anar­chistes du monde, Erken­nt­nis und Befreiung a pris net­te­ment posi­tion con­tre le bolchevisme, en lequel il se refu­sait de voir un mou­ve­ment d’émancipation, mais plutôt l’écrasement le plus com­plet de l’individualité sous le mon­stre État, plus dan­gereux sous sa forme pro­lé­tari­enne ou soi-dis­ant telle, que l’ancienne auto­cratie, parce que puisant dans les forces pop­u­laires, cap­tées à son prof­it, une force nou­velle et décu­plée que n’avait plus le régime déchu, com­bat­tu par toutes les forces vives de la nation. Les faits ne lui ont don­né que trop raison.

Nos cama­rades d’Autriche eux aus­si ne cessent d’attirer l’attention du peu­ple sur les dan­gers d’une nou­velle guerre européenne et ils ne pren­nent pas moins net­te­ment posi­tion con­tre le Front unique, qui ne peut être que celui des par­tis social­istes autori­taires dirigé con­tre les élé­ments lib­er­taires. Ces derniers parais­sent décidés en tous pays de ne pas se laiss­er absorber par des mou­ve­ments qui aboutiront fatale­ment à l’instauration d’un nou­veau régime autori­taire quoique se ser­vant en par­tie de moyens révo­lu­tion­naires pour con­quérir le pou­voir. Les décep­tions découlant de l’attitude de leurs chefs font naître chez beau­coup d’obscurs mil­i­tants des doutes sur l’efficacité de la dic­tature pro­lé­tari­enne et les con­cep­tions anar­chistes ren­con­trent chez ces élé­ments un ter­rain fertile.

[/Dol­ci­no/]