La Presse Anarchiste

Le Parti doit être repris en main

[(Le texte dont nous pro­posons ici une tra­duc­tion, serait, croit-on savoir, une cir­cu­laire émanant du Comité cen­tral expédiée par le bureau des affaires courantes du Par­ti com­mu­niste chi­nois, à des­ti­na­tion de tous les cadres de l’ap­pareil jusqu’au niveau des cadres moyens (soit jusqu’au dix-sep­tième rang). Inti­t­ulé : « les Points impor­tants d’une con­ver­sa­tion entre le cama­rade Deng Xiaop­ing et les cama­rades Yang Shangkun, Wan Li, Jiang Zemin, Li Peng, Qiao Shi, Yao Yilin, Song Ping et Li Rui­huan », il repro­duit le dis­cours pronon­cé par Deng Xiaop­ing devant les mem­bres du nou­veau Comité per­ma­nent du Bureau poli­tique. L’in­ter­ven­tion a vraisem­blable­ment été faite avant que ne soit réu­ni le qua­trième plenum du XIIIe Comité cen­tral (23–24 juin 1989), mais à un moment où les déci­sions entérinées par led­it plenum avaient déjà, vis­i­ble­ment, été arrêtées. Le texte a paru dans la presse de Hong Kong. Nous avons util­isé la ver­sion don­née par le Zhongyang ribao [quo­ti­di­en cen­tral] de Tai­wan, en date du 14 juil­let 1989. Le titre et les inter­titres sont de nous, de même que les notes.

S’agis­sant de l’au­then­tic­ité du doc­u­ment, rien ne per­met, à pri­ori, d’en douter. D’une part, parce que les recom­man­da­tions qu’il ren­ferme ont été suiv­ies d’ef­fets immé­di­ate­ment per­cep­ti­bles. Il n’est que de con­stater le tapage mené alors sur le thème de la lutte con­tre la cor­rup­tion, pour ne rien dire des encour­age­ment répétés à l’in­vestisse­ment étranger ou de la répres­sion qui, si elle était déjà dev­enue silen­cieuse, n’en per­du­rait pas moins. On en rel­e­vait, d’autre part, dans la presse offi­cielle chi­noise de l’époque, quan­tité d’ex­traits anonymes, cita­tions qua­si lit­térales ou non. Un exem­ple : l’édi­to­ri­al­iste du Quo­ti­di­en du peu­ple (édi­tion d’outre-mer), en date du 22 juil­let 1989, a repris à son compte, et textuelle­ment, plusieurs phrases.

Ce dis­cours, out­re qu’il con­firme défini­tive­ment que Deng Xiaop­ing reste bien l’empereur de Chine — et voilà qui met­tra un terme à toutes les sup­pu­ta­tions imbé­ciles selon lesquelles on lui aurait for­cé la main pour qu’il adopte telle ou telle mesure — et qu’il nous livre les axes de son pro­gramme de redresse­ment à court terme, ce dis­cours, donc, peut être tenu, sans exagéra­tion aucune, pour le tes­ta­ment poli­tique de la gloire du Sichuan, soit, pour repren­dre ses pro­pres mots, pour le dernier exposé de sa « posi­tion politique ».

Huang S. — A. Pino)]

Dans l’his­toire de notre Par­ti com­mu­niste chi­nois, à compter d’au­jour­d’hui, nous devons établir une direc­tion col­lé­giale de la troisième généra­tion. Avant la Con­férence de Zun­yi [[La Con­férence de Zun­yi s’est tenue en jan­vi­er 1935. Mao s’y est vu con­fi­er la direc­tion du Par­ti en devenant le prési­dent du Comité cen­tral.]] notre Par­ti ne dis­po­sait pas encore d’un cen­tre mûr. De Chen Dux­iu, Qu Qiubai, Xian Zhong­fa, Li Lisan, jusqu’à Wang Ming, nous n’é­tions pas par­venus à con­stituer un cen­tre com­pé­tent. La direc­tion col­lé­giale de notre Par­ti a com­mencé à s’établir à la Con­férence de Zun­yi. Il s’agis­sait de Mao, Liu [Shao­qi], Zhou [Enlai] et Zhu [De], rejoints par la suite par le cama­rade [Ren] Bishi, et, après le décès du cama­rade [Ren] Bishi, par le cama­rade Chen Yun. Jusqu’au VIIIe Con­grès du Par­ti [[La pre­mière ses­sion s’est tenue en sep­tem­bre 1956, la sec­onde en mai 1958.]], nous avons for­mé un Comité per­ma­nent, com­posé de Mao, Liu [Shao­qi], Zhou [Enlai], Zhu [De], Chen [Yun] et Deng [Xiaop­ing]. Par la suite, nous avons inté­gré Lin Biao. Cette direc­tion col­lé­giale s’est main­tenue jusqu’à la Révo­lu­tion culturelle.

J’ai été le noyau de la deuxième génération des leaders

Durant la longue péri­ode qui a précédé la Révo­lu­tion cul­turelle, quelles qu’aient été les erreurs com­mis­es par notre Par­ti, quels qu’aient été les change­ments sur­venus par­mi ses mem­bres, du début jusqu’à la fin, nous avons tou­jours main­tenu une direc­tion col­lé­giale, avec, comme noy­au, le cama­rade Mao Zedong. Voilà quels ont été les lead­ers de la pre­mière généra­tion de notre Parti.

Le troisième plenum du XIe Comité cen­tral [[Plenum qui a con­sacré la vic­toire de Deng Xiaop­ing sur Hua Guofeng. Il s’est tenu du 12 au 18 décem­bre 1978.]] a mis en place un nou­veau col­lec­tif directeur, le col­lec­tif directeur de la deux­ième généra­tion. Dans ce col­lec­tif, en fait, on peut estimer que j’ai occupé la poste cru­cial. Dès l’étab­lisse­ment de ce col­lec­tif, je me suis sans cesse préoc­cupé du prob­lème de la suc­ces­sion. Bien que deux suc­cesseurs ne soient pas par­venus à tenir [[Allu­sion à Hu Yaobang, tombé à l’is­sue du mou­ve­ment étu­di­ant de l’hiv­er 1986, et à Zhao Ziyang, limogé con­séc­u­tive­ment aux événe­ments d’avril-juin 1989.]], au moment où ils avaient été choi­sis — en fonc­tion de leur expéri­ence dans la lutte, des suc­cès rem­portés dans leur tra­vail et de leur niveau idéologique —, nous ne pou­vions que faire ce choix. En out­re, les indi­vidus sont changeants.

Toute col­lec­tiv­ité a besoin d’un noy­au. On ne saurait se fier à une direc­tion dépourvue de noy­au. Le noy­au du col­lec­tif directeur de la pre­mière généra­tion était le prési­dent Mao. C’est parce que nous avions le prési­dent Mao comme noy­au de la direc­tion que la Grande Révo­lu­tion cul­turelle n’a pas fait som­br­er le Par­ti com­mu­niste. Pour ce qui con­cerne la deux­ième généra­tion, c’est moi qui en ai été le noy­au. Et c’est parce que nous pos­sé­dions ce noy­au que lorsque nous avons changé à deux repris­es de dirigeant cela n’a exer­cé aucune influ­ence sur la direc­tion de notre Par­ti. La direc­tion du Par­ti est tou­jours demeurée sta­ble. Le col­lec­tif directeur de la troisième généra­tion doit avoir un noy­au. Cela, tous les cama­rades ici présents doivent le com­pren­dre et s’en préoc­cu­per avec une con­science extrême. Il faut pro­téger con­scien­cieuse­ment le noy­au, c’est-à-dire le cama­rade Jiang Zemin [[Agé de soix­ante-trois ans, maire de Shang­hai depuis 1985, il vient d’être nom­mé secré­taire général du Par­ti.]], sur lequel tout le monde est d’ac­cord pour l’in­stant. Tout doit faire l’ob­jet de com­para­isons. Toutes com­para­isons faites, son tour est venu. Exposons pré­cisé­ment les grandes lignes du sujet. À compter du jour où le nou­veau Comité per­ma­nent va com­mencer son tra­vail, il fau­dra pren­dre garde à affer­mir, puis à pro­téger, ce noy­au. Il suf­fit de dis­pos­er d’un bon Bureau poli­tique, et surtout d’un bon Comité per­ma­nent, il suf­fit que leurs mem­bres restent unis, qu’ils tra­vail­lent avec ardeur et qu’ils don­nent l’ex­em­ple — l’ex­em­ple, c’est-à-dire tra­vailler dur et entre­pren­dre, et s’op­pos­er à la cor­rup­tion —, et alors, quel que soit le chaos, on parvien­dra à en venir à bout. Cette affaire a mon­tré que la classe ouvrière était digne de con­fi­ance, que les paysans étaient dignes de con­fi­ance, que l’Ar­mée de libéra­tion était digne de con­fi­ance. Mais si le cen­tre lui-même est en proie à la con­fu­sion, on ne peut rien affirmer. Il s’ag­it là d’un prob­lème cru­cial. Le des­tin du pays, le des­tin du Par­ti, le des­tin du peu­ple, ont besoin d’un tel col­lec­tif directeur.

En aucune façon, on ne doit m’attribuer de titre officiel

Je l’ai déjà indiqué aux cama­rades Li Peng et [Yao] Yilin [[Li Peng, soix­ante et un ans, pre­mier min­istre depuis avril 1988, fils adop­tif de Zhou Enlai. Yao Yilin, soix­ante-douze ans, vice-pre­mier min­istre et prési­dent de la Com­mis­sion du plan d’É­tat.]]: une fois que la nou­velle direc­tion aura com­mencé à met­tre de l’or­dre dans son tra­vail, je ne m’en occu­perai plus. Je ne souhaite plus inter­venir dans vos affaires. Je leur ai dit que c’é­tait ma posi­tion poli­tique. Bien sûr, si vous avez besoin de moi, je ne me récuserai pas. Mais ne faites pas comme par le passé. Je ne souhaite pas qu’après la créa­tion du nou­veau Bureau poli­tique, puis du nou­veau Comité per­ma­nent, on annonce que je dois encore jouer un rôle quel­conque. Pourquoi cela ? Ce n’est nulle­ment par mod­estie ou pour tout autre rai­son. Mais main­tenant il est clair que je pèse d’un poids trop lourd, et cela n’est bon ni pour le pays ni pour le Par­ti. Et un jour cela devien­dra dan­gereux. La poli­tique améri­caine à l’é­gard de la Chine, actuelle­ment, parie sur ma mal­adie ou sur ma mort. Et, sur la scène inter­na­tionale, nom­breux sont les pays qui, dans leur poli­tique à l’é­gard de la Chine, pari­ent sur ma vie. Voilà plusieurs années que j’ai pris con­science de ce prob­lème : quand le des­tin d’un pays repose sur la répu­ta­tion d’une ou deux per­son­nes, cela est mal­sain et très dan­gereux. Tant qu’il n’y a pas d’in­ci­dent, aucun prob­lème ne se pose. Mais en cas d’in­ci­dent, il n’est plus pos­si­ble d’arranger les choses. Une fois la nou­velle direc­tion mise en place, elle doit assumer toute la respon­s­abil­ité. Que vous com­met­tiez des erreurs ou que vous agissiez cor­recte­ment, quels que soient vos mérites, ce sont vos affaires. Ain­si, vous agirez à votre guise. C’est une bonne chose pour le col­lec­tif directeur que de s’en­traîn­er. De plus, les méth­odes du passé n’ont pas beau­coup réus­si. Main­tenant, j’ai qua­tre-vingt-cinq ans. Quand on parvient à cet âge, on doit se mon­tr­er lucide. Le prob­lème le plus impor­tant est celui de la sit­u­a­tion générale. Si les fac­teurs indi­vidu­els influ­ent sur la sta­bil­ité de la sit­u­a­tion, influ­ent sur le développe­ment har­monieux des affaires, il sera très dif­fi­cile de le résoudre. Si quelque chose se pro­duit, vous me trou­verez à vos côtés pour vous apporter mon aide. Mais, en aucune façon, on ne doit m’at­tribuer de titre officiel.

Nous avons vraiment commis des erreurs

Les événe­ments qui se sont pro­duits nous indiquent s’il faut ou non per­sévér­er dans la voie social­iste et sous la direc­tion du Par­ti. Ce sont là deux points cru­ci­aux. Tout l’Oc­ci­dent impéri­al­iste a ten­té de faire quit­ter aux pays social­istes la voie social­iste pour les plac­er sous la dom­i­na­tion du cap­i­tal monop­o­liste inter­na­tion­al et les plac­er sur la voie du cap­i­tal­isme. Il faut main­tenant que nous résis­tions à ce courant. Notre dra­peau ne doit pas prêter à équiv­oque. Parce que si nous ne per­sévérons pas dans le social­isme, en fin de compte, même si nous nous dévelop­pons, nous res­terons un pays sub­or­don­né. Au demeu­rant, quand bien même nous voudri­ons nous dévelop­per, cela ne serait pas chose facile. À l’heure actuelle, le marché inter­na­tion­al est engorgé et il n’est pas facile d’y accéder. Seul le social­isme est à même de sauver la Chine. Seul le social­isme est à même de dévelop­per la Chine.

Sur ce point, la présente émeute nous a présen­té des sug­ges­tions nom­breuses et impor­tantes qui ont éveil­lé notre con­science. Si la Chine n’emprunte pas la voie du social­isme, elle n’a aucun avenir [[L’édi­to­r­i­al du Quo­ti­di­en du peu­ple (édi­tion d’outre-mer), en date du 22 juil­let 1989, cite, presque mot pour mot, ces dernières lignes.]]. Et le grand tri­an­gle Chine – Union sovié­tique – États-Unis n’ex­is­tera plus. En fait, la Chine est un pays pau­vre. Pourquoi ce grand tri­an­gle existe-t-il ? Mais parce que la Chine est un pays indépen­dant et autonome. Pourquoi dis-je que nous sommes indépen­dants et autonomes ? Mais parce que nous per­sis­tons à nous tenir sur la voie social­iste. Sinon, nous nous con­tente­ri­ons d’a­gir sous les couleurs améri­caines, sous les couleurs des pays dévelop­pés. Quelle indépen­dance, alors, que la nôtre ! En ce moment, l’opin­ion inter­na­tionale exerce des pres­sions sur nous. Mais nous avons la con­science tran­quille. Nous ne céderons pas à ses provo­ca­tions. Toute­fois, nous devons nous occu­per sérieuse­ment de nos affaires. En réal­ité, cet événe­ment a mis suff­isam­ment en évi­dence nos erreurs. Car nous avons vrai­ment com­mis des erreurs ! Et pas de minces erreurs !

Nos taches immédiates

Je vais, ensuite, traiter de la ques­tion des tâch­es immé­di­ates à accom­plir. Nous ne devons pas atten­dre que l’émeute soit totale­ment écrasée. S’il faut main­tenant, d’un côté, écras­er à fond l’émeute, il faut aus­si, d’un autre côté, localis­er les erreurs que nous avons com­mis­es par le passé, envis­ager le moyen de les cor­riger, et cern­er les prob­lèmes qu’il faut résoudre d’ur­gence. Pour l’heure, cent choses lais­sées à l’a­ban­don deman­dent à être remis­es en état. Mais il est impos­si­ble de tout faire, et de tout faire en même temps. Ouvrir en ce moment un débat sur un prob­lème théorique quel­conque, par exem­ple le débat sur le marché ou le débat sur la plan­i­fi­ca­tion, non seule­ment cela ne prof­it­erait pas à la sta­bil­ité, mais cela nuirait à nos affaires. Nous devons nous con­cen­tr­er sur l’ac­com­plisse­ment de quelques actes pro­pres à sat­is­faire le peu­ple et à lui plaire, et, en même temps, nous devons pren­dre garde rapi­de­ment à ce qui porte préju­dice à notre avancée.

Nous repar­lerons du prob­lème des respon­s­abil­ités dans deux ou trois ans.
L’é­conomie ne doit pas dégringoler

Pre­mière­ment. L’é­conomie ne doit pas dégringol­er. Tout ce qui peut accélér­er la vitesse du développe­ment mérite d’être soutenu active­ment. Bien enten­du, nous ne pou­vons deman­der autant que nous le voulions aupar­a­vant. Pour l’in­stant, l’im­por­tant réside dans le fait que les secteurs indus­triels de base sont trop faibles. Nous man­quons d’élec­tric­ité et de matières pre­mières. Dans la répar­ti­tion des matières pre­mières, les petites entre­pris­es ont mangé les gross­es. Résul­tat, l’É­tat a subi de gros dom­mages. Cette fois-ci, pour éviter que l’é­conomie ne dégringole, nous devons met­tre à plat les prob­lèmes pour déter­min­er l’or­dre des urgences et accélér­er leur règle­ment. Il faut tranch­er cet éche­veau embrouil­lé avec un couteau acéré, et cela sans tarder. Si des déci­sions s’im­posent et qu’on ne les prend pas, cela nuit aux affaires. Pour l’in­stant, nous ne devons pas nous embrouiller dans le prob­lème des respon­s­abil­ités. Nous repar­lerons du prob­lème des respon­s­abil­ités dans deux ou trois ans. Il n’est pas néces­saire, main­tenant, de gaspiller de l’én­ergie pour cela. Tous les objec­tifs visés qui sont posi­tifs et qui favorisent le développe­ment doivent être atteints immé­di­ate­ment. Il faut que dans les onze années et demie à venir, nous nous effor­cions d’at­tein­dre un rythme de crois­sance économique rel­a­tive­ment sat­is­faisant. Même si nous ne par­venons pas à 7%, nous pou­vons nous con­tenter de 6%. Le rythme moyen au cours de notre pre­mier dou­ble­ment a été de 9%[[Il s’ag­it du dou­ble­ment du Pro­duit nation­al brut. Il a été prévu de réalis­er le deux­ième dou­ble­ment en douze ans.]]. Pour réalis­er le deux­ième dou­ble­ment, un rythme de 6% suf­fi­ra. Si nous effec­tuons encore un dou­ble­ment, un réel dou­ble­ment, à ce moment-là, le peu­ple s’apercevra de la prospérité et du développe­ment de notre pays et de notre œuvre social­iste. Il faut fer­mer de façon intran­sigeante les entre­pris­es des bourgs et des vil­lages qui gaspillent l’élec­tric­ité et les matières pre­mières. Nous devons nous mon­tr­er inflex­i­bles sur ce point. Les cama­rades sur place doivent s’en porter garants, par con­science de Par­ti. Le Comité cen­tral du Par­ti et le Con­seil des affaires d’É­tat doivent avoir autorité et com­pé­tence. Sans autorité, cela ne marchera pas. Je pro­pose qu’on mette sur pied une équipe chargée d’é­tudi­er la stratégie du développe­ment et la plan­i­fi­ca­tion des cinquante pre­mières années du siè­cle prochain. Sa tâche essen­tielle con­sis­tera en l’étab­lisse­ment d’un plan de développe­ment pour les secteurs indus­triels de base et les trans­ports. Nous devons pren­dre des mesures dra­coni­ennes pour que notre développe­ment parvi­enne à se pour­suiv­re sans puis­er dans les réserves. Sans secteurs indus­triels de base, le développe­ment économique ne dis­posera pas de réserves, et, tôt ou tard, un chaos économique se pro­duira. L’é­conomie, alors, stag­n­era, voire même régressera. Il faut trou­ver un moyen pour résoudre le prob­lème des trans­ports. Nous ne pou­vons le laiss­er sans solu­tion. Il faut se pencher sur le prob­lème des entre­pris­es sidérurgiques, de l’in­dus­trie du bois et de celle des matières plas­tiques. Pour résoudre ces prob­lèmes, il est pos­si­ble d’ab­sorber des cap­i­taux étrangers, c’est-à-dire de pra­ti­quer l’ou­ver­ture. Main­tenant, dans les pays dévelop­pés, on trou­ve beau­coup d’équipements de deux­ième main. Nous devons réu­nir des infor­ma­tions pré­cis­es à leur sujet et, dès que l’oc­ca­sion s’en présente, les acheter pour réformer ain­si nos vieilles entre­pris­es. Sur ce point, nous devons con­cen­tr­er nos efforts et installer des ser­vices d’é­tudes spé­ci­aux, des ser­vices spé­ci­aux de ren­seigne­ments, pour agir prompte­ment. Je l’ai déjà dit, grâce à cet événe­ment, il suf­fit que nous tiri­ons sérieuse­ment les leçons du passé et que nous réfléchis­sions à l’avenir, pour que, peut-être, non seule­ment notre développe­ment se sta­bilise et s’améliore, mais pour qu’il s’ac­célère prob­a­ble­ment. Les pos­si­bil­ités exis­tent pour que cette vilaine affaire se trans­forme en une bonne. Il faut aus­si étudi­er le prob­lème de l’a­gri­cul­ture. En fin de compte, c’est prob­a­ble­ment la sci­ence qui résoudra ce prob­lème. À l’o­rig­ine, la pro­duc­tion de riz dans le Hunan aug­men­tait de 15% à 20%. Mais, récem­ment, grâce à de nou­velles décou­vertes, son aug­men­ta­tion a atteint 20% de plus. Cela prou­ve que des poten­tial­ités exis­tent. La sci­ence est vrai­ment for­mi­da­ble. On doit en faire grand cas.

Faire quelque chose pour satisfaire le peuple

Deux­ième­ment. Faire quelque chose pour sat­is­faire le peu­ple. Le plus impor­tant, c’est, d’abord, une réforme et une ouver­ture encore plus auda­cieuses. C’est, ensuite, punir avec sévérité la corruption.

Pour ce qui est du tra­vail de l’ou­ver­ture, le Con­seil des affaires d’É­tat, pour l’essen­tiel, s’en charge. Il faut faire quelque chose et agiter un coup la ban­nière de l’ou­ver­ture. Il ne faut pas man­quer de courage. En gros, pour le moment, nous devons per­me­t­tre que des pertes soient con­sen­ties. Nous ne devons pas crain­dre les pertes. Dès lors que des béné­fices sont tirés à long terme, on peut s’en­gager. Il faut faire quelque chose de plus en faveur de la réforme et de l’ou­ver­ture. Il faut faire des affaires en asso­ci­a­tion avec le cap­i­tal étranger. Nous pou­vons créer, un peu partout, des zones de développe­ment pour absorber les cap­i­taux étrangers. Et si les cap­i­taux étrangers réalisent des béné­fices, en fin de compte, nous aus­si, nous en tirerons cer­taine­ment prof­it. Nous pour­rons prélever plus d’im­pôts et des sociétés au ser­vice des cap­i­taux étrangers pour­ront être créées. Nous pou­vons, égale­ment, créer dans ces zones des entre­pris­es qui gag­neront de l’ar­gent. Notre économie, de cette façon, gag­n­era en vital­ité. À l’heure actuelle, sur la scène inter­na­tionale, on craint que nous ne nous fermi­ons. Nous devons donc faire quelque chose qui mon­tre que notre poli­tique de réforme et d’ou­ver­ture n’a pas changé et même qu’elle s’est ren­for­cée. Sur le plan de la réforme du sys­tème poli­tique, l’ob­jec­tif le plus haut con­siste à sta­bilis­er l’en­vi­ron­nement. J’ai expliqué aux Améri­cains que l’in­térêt le plus grand de la Chine était sa sta­bil­ité. Tout ce qui prof­ite à la sta­bil­ité de la Chine con­stitue une bonne affaire. Sur les qua­tre principes, je n’ai jamais, en aucune cir­con­stance, cédé [[Les « qua­tre principes fon­da­men­taux » sont : 1) main­tien de la voie social­iste ; 2) main­tien de la dic­tature du pro­lé­tari­at ; 3) main­tien de la direc­tion exer­cée par le Par­ti ; 4) main­tien du marx­isme-lénin­isme et de la pen­sée de Mao Zedong. Sur ce point, voir, par exem­ple : Deng Xiaop­ing, « Main­tenir les qua­tre principes fon­da­men­taux » (30 sep­tem­bre 1986), Textes choi­sis (1975–1982), édi­tions en langues étrangères, Pékin, 1985, pp. 169–195.]]. Nous ne pou­vons aban­don­ner la dic­tature démoc­ra­tique du peu­ple. Toute­fois, s’agis­sant de cette dic­tature, il est pos­si­ble d’en par­ler moins, voire d’en user sans le dire. Les Améri­cains ont dit de nous pis que pen­dre, ils ont répan­du des rumeurs sur notre compte. Mais cela ne revêt aucune impor­tance. Sup­primer les lour­deurs de l’ap­pareil, punir la cor­rup­tion, ren­forcer la légal­ité : voilà autant de réformes.

S’emparer de dix ou de vingt affaires de corruption au moins

Pour punir la cor­rup­tion, il faut accom­plir sérieuse­ment quelques actions. Il con­vient de s’emparer de dix ou de vingt affaires au moins et de les ren­dre totale­ment trans­par­entes. Je me suis récem­ment demandé pourquoi nous n’é­tions tou­jours pas par­venus à redress­er la sit­u­a­tion. C’est prob­a­ble­ment parce qu’elle con­cerne, en rel­a­tive­ment grand nom­bre, des hauts cadres de notre Par­ti ou leurs familles. J’ai déjà évo­qué ce prob­lème par le passé, à dif­férentes repris­es et durant plusieurs années. Pourquoi cela n’a-t-il pas induit d’ef­fets nota­bles ? La cause, prob­a­ble­ment, doit être recher­chée à l’in­térieur du Par­ti, et à un haut niveau. Pour résoudre ce prob­lème, il faut écarter les obsta­cles. Nous pou­vons adopter une poli­tique au terme de laque­lle ceux qui se dénon­ceront ou qui restitueront l’ar­gent de la cor­rup­tion, dans un cer­tain délai, ne passeront pas en juge­ment et seront traités avec clé­mence. Nous leur accorderons un délai, nous leur don­nerons une occa­sion, et, dans le même temps, nous leur prodiguerons des con­seils. Nous pou­vons aus­si enten­dre les dénon­ci­a­tions. Adop­tons une grande poli­tique pro­vi­soire. Je sup­pose que les dossiers ne man­quent pas, et si on compte à par­tir du niveau du dis­trict, ils sont encore plus nom­breux. Il faut traiter quelques affaires sérieuse­ment. Nous ne pou­vons atten­dre pour régler ce prob­lème. Au cours de cet événe­ment, il n’y a pas eu de slo­gans con­tre la réforme ou con­tre l’ou­ver­ture. Les slo­gans sont restés rel­a­tive­ment con­cen­trés sur l’op­po­si­tion à la cor­rup­tion. Bien sûr, ces slo­gans ont servi de pré­texte. On les a util­isés pour exciter les pas­sions. Mais, pour ce qui nous con­cerne, nous devons rec­ti­fi­er le Par­ti pour attein­dre notre but stratégique. Si nous ne punis­sons pas la cor­rup­tion, au sein du Par­ti surtout, nous courons réelle­ment le dan­ger d’é­chouer. Aus­si, bien que les slo­gans con­tre la cor­rup­tion n’aient servi que de pré­texte dans cette affaire, nous devons en tenir compte et résoudre le prob­lème. La nou­velle direc­tion se doit de traiter la ques­tion en pri­or­ité. Il faut que nous adop­tions une poli­tique per­me­t­tant de résoudre plus facile­ment cette affaire et de la faire aboutir. Il s’ag­it d’un prob­lème interne au Par­ti et c’est le thème prin­ci­pal de la rec­ti­fi­ca­tion du Par­ti. Si ici on tra­vaille dur et qu’on entre­prend, mais que là-bas on est cor­rompu et pour­ri, alors cela ne marche pas. Punir la cor­rup­tion, voilà une ques­tion sur laque­lle je vous invite à débat­tre tout particulièrement.

Occupons-nous d’une main de la réforme et de l’ou­ver­ture et, de l’autre, punis­sons la cor­rup­tion. Si nous menons les deux affaires en bal­ance, notre poli­tique devien­dra claire, évi­dente, et gag­n­era la con­fi­ance du peuple.

Il faut écraser l’émeute jusqu’au bout

Troisième­ment. Il faut écras­er l’émeute jusqu’au bout. L’oc­ca­sion est belle. Nous pou­vons, d’un coup, inter­dire dans tout le pays les organ­i­sa­tions illé­gales. Et c’est vrai­ment une bonne affaire. Si nous nous occupons sérieuse­ment de cela, nous pou­vons obtenir une vic­toire écla­tante. À l’é­gard de ceux qui ont com­mis des for­faits, pas de quarti­er. Bien enten­du, il faut faire la part du vrai et du faux, dis­tinguer entre les cas graves et les cas bénins, se fonder sur les faits et juger selon la loi. Il faut pos­er une lim­ite aux exé­cu­tions et expli­quer la poli­tique de clé­mence envers ceux qui avouent et de sévérité envers ceux qui s’y refusent. Nous devons nous don­ner beau­coup de moyens incar­nant notre politique.

Les trois affaires dont je viens de vous entretenir, nous devons main­tenant con­cen­tr­er nos efforts dessus pour les men­er à bien. Je le répète : tous les débats doivent être, pour l’in­stant, lais­sés de côté, au moins pour deux ans. La ligne, les principes et la poli­tique arrêtés au XIIIe Con­grès [[Con­grès du Par­ti tenu en octo­bre 1987.]] n’ont pas changé. Si cer­tains pro­pos ne sont pas appro­priés, il suf­fit de ne pas les pronon­cer. Encore un point : les cama­rades du Comité per­ma­nent doivent con­cen­tr­er tous leurs efforts pour repren­dre en main la con­struc­tion du Par­ti. Ce Par­ti doit être repris en main. Si nous ne le reprenons pas en main, rien ne marchera.

Deng Xiaop­ing

[Traduit du chi­nois par Huang San et Angel Pino.]