La Presse Anarchiste

L’imprimé, la scène, l’écran, les expositions

L’Unique n°2 (juillet 1945)

L’imprimé, la scène, l’écran, les expositions

Le Théâtre.

    Vouloir faire après un silence for­cé (et com­ment !) de cinq ans la cri­tique du théâtre paraî­trait une gageure. Je voudrais tout de même dire quelques mots sur les récents « suc­cès » dont nos aris­tar­ques asser­men­tés ont fait tant de cas et dont un d’en­tre eux n’a pas hésité à appel­er un de ces « suc­cès » « l’événe­ment de la sai­son ». Il s’ag­it d’un pro­duit qui relève plutôt du psy­chi­a­tre que de la cri­tique. Citer le nom de celui qui a per­pétré cette « oeu­vre », c’est pass­er sous silence les noms de quelques autres qui ne valent pas plus cher. Que la dite « pièce » s’ap­pelle « La godasse en peau de vache » ou « le Souli­er de box-calf ou de satin » n’a pas plus d’im­por­tance non plus ; elle pour­rait tout aus­si bien s’ap­pel­er la « bouil­l­abaisse mar­seil­laise » ou la « carotte de Vichy » – et elle n’au­rait pas plus de rap­port pour cela avec le salmigondis bap­tisé le « brod­e­quin de satin ».

Il n’y à rien à analyser là-dedans : on n’analyse pas l’i­n­analysable. En lais­sant aux psy­chi­a­tre le soin d’ex­am­in­er le malade qui a signé cette mon­stru­osité, on eût été infin­i­ment plus utile et on aurait, par sur­croît, ren­du plus de ser­vice non seule­ment à la sci­ence et au pub­lic, mais à « l’au­teur » lui-même. Hélas ! C’est la Comédie-Française qui a mon­té cette igno­ble comédie, et ce qui est plus affligeant, c’est que presque tous les aris­tar­ques ont enton­né des louanges à la gloire de « l’événe­ment de la saison ».

Seuls quelques chan­son­niers mont­mar­tois ont eu le courage de traiter comme il con­vient ce « chef-d’oeu­vre », et, quoique d’un ton blagueur, de façon plus véhé­mente que je ne saurais le faire. Comme dit le Maître : « C’est en riant qu’on tue le mieux »…

Et voici pour le pre­mier Théâtre Français.

Dans les théâtres de sec­ond ordre, il y eut un autre « suc­cès » de fou rire. Ce truc là s’ap­pelle : « Faut remari­er Pépé », je crois.

On ne me sus­pectera pas de pudi­bon­derie, j’e­spère ; mais ici, il faut bien le dire, c’est la brigade des moeurs qui eût été à sa place. C’est à croire que les « auteurs » (deux femmes, s’il vous plaît !) s’en sont vague­ment ren­du compte, puisque dès la fin du pre­mier acte, la police est tout le temps aux trouss­es des per­son­nages de la pièce.

Et voilà les « suc­cès » de la sai­son. Après la « drôle de guerre », la « drôle d’époque ».

Ce qui est navrant dans tout cela, ce n’est pas autant que des hommes et des femmes qui, en principe, appar­ti­en­nent à l’élite intel­lectuelle de la société puis­sent écrire des insan­ités qui frisent la vésanie ou des mon­stru­osités qui choquent le sens esthé­tique le plus rudi­men­taire, mais que d’autres appar­tenant égale­ment à l’élite, au lieu de faire hon­nête­ment l’in­ter­mé­di­aire entre l’au­teur et le pub­lic (c’est le rôle de la cri­tique) osent présen­ter comme des chef-d’oeu­vre de telles élucubrations.

Oh ! Je sais bien… Entre gens du monde qui con­nais­sent les usages, il ne faut pas se marcher sur les pieds… d’au­tant qu’il y a par­mi les aris­tar­ques quelques-uns qui « font » eux-mêmes du théâtre et aux­quels il ne fau­dra pas non plus marcher sur les pieds lorsque, à leur tour, ils nous présen­teront des « chefs-d’oeu­vre »… Compris…

Drôle d’époque !

Je vous par­lerai la prochaine fois de quelques créa­tions et « repris­es » dignes d’être retenues ain­si que des quelques jeunes tal­ents qui méri­tent d’être encouragés.

Michel Lau­ri­an.

Les enfants du paradis.

Il faudrait plus de place que celle dont nous dis­posons pour racon­ter cette évo­ca­tion roman­tique du boule­vard du Tem­ple qu’on appelait alors le boule­vard du Crime . Ce film de Prévert et Carné dure trois heures. Il m’a ent­hou­si­as­mé. Cette résur­rec­tion des « Funam­bules », ces parades, ces mou­ve­ments de foule, ce délire du pub­lic des gradins supérieurs d’un théâtre pop­u­laire comme on le con­ce­vait à cette époque, tout cela fait, à mon sens, des « Enfants du par­adis » un manière de chef-d’oeu­vre. Bien sûr, on peut chi­caner con­cer­nant l’in­trigue qui per­met de présen­ter Frédérick Lemaître et se deman­der si n’est pas exagérée la place dévolue à Lace­naire. Tout cela n’empêche pas que Jean Bar­rault est un mime admirable. Decroux doit être fier de son élève.

E. A.

Ixigrec : Panurge au pays des machines

Voici un petit livre des­tiné à faire réfléchir ses lecteurs sur les con­séquences extrav­a­gantes où pour­raient aboutir un machin­isme et un lap­in­isme poussés à l’ex­trême, plus encore d’une organ­i­sa­tion sociale où l’in­di­vidu est réduit à n’être plus qu’une « bête de trou­peaux », c’est le cas ou jamais de le dire. Parce qu’écrit qui rap­pelle le joyeux curé de Meudon, plusieurs cama­rades m’ont dit que cet opus­cule, présen­té sous la forme d’un con­te, les avaient amusés. Sa portée, en vérité, dépasse de loin celle d’une sim­ple dis­trac­tion lit­téraire. On appréciera comme il con­vient le con­traste entre la vie menée à l’Ab­baye de Thélème (telle que la conçoit Ixi­grec) et l’ex­is­tence des auto­mates de Machi­nop­o­lis. Le seul reproche que j’adresse à l’au­teur, c’est son silence sur la façon dont les Thélémites résol­vent leurs ques­tions économiques

E. A.

Les Vrais Indépendants

On m’avait présen­té comme assez quel­conque l’ex­po­si­tion, qui, sous ce titre, réu­nit un cer­tain nom­bre de toiles dues au pinceau d’artistes qui n’ont pas voulu expos­er au Salon des Indépen­dants – l’of­fi­ciel. Je n’ai pas trou­vé que ces pro­duc­tions fussent aus­si inférieures qu’on me le dis­ait. Quelques-unes m’ont paru même dignes d’être sig­nalées. La place dont je dis­pose, hélas, ne me per­met pas d’insister.

E.A.


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